mardi 20 décembre 2016

FRANKIE – antidote du quotidien - Chapitre 2

FRANKIE – antidote du quotidien.

La pause d'une semaine en chansons a mis notre ami Frankie sur la touche...
Mais le revoici tous charmes dehors, tout swing fringuant entouré des rutilants orchestres des années Capitol sur lesquelles je me suis (re) centré ici tant sa carrière est vaste, sa discographie en almanach, ses versions en tables de multiplication.
On aurait pu faire cette semaine entière de thématiques sympathiques rien qu'avec des chansons interprétées par Frankie, il y avait là de quoi largement satisfaire...
Partir le lundi "Come Fly with me", motivé...
Se retrouver seul face à soi même le mardi "One for my baby"...
Madeleine du mercredi, "South of the border"...
Effort du jeudi, "I've got the world on a string" (tentez donc de la chanter...)
le vendredi espoir ? "If I had you"
le samedi je festoie avec "Night and Day", direct dans le piano...
le dimanche au lever ? "Spring is here" m'impose un calme absolu...
C'eut été assez simple d'en rester à Mr The Voice, Frankie, ou Sinatra... après tout.
Mais jouer n'est pas tricher... 

Alors reprenons le fil des cordes soyeuses et frottées avec amour dans un chapitre précédent.
On y parlait de blues, d'Amérique aussi... des sujets d'influence qui tombent sous le coup de l'évidence mais qu'il a transcendé, mis en relief, cinématographiquement dimensionnés.
Frankie est un catalyseur de la vie en chansons...
Tout ce qui fait sa vie (et aussi la notre, c'est certainement pour cela aussi qu'il "nous parle") il le chante, l'exprime en mélodies inoubliables, pas forcément simples à reproduire, mais qui s'inscrivent dans nos têtes - ainsi va le véritable sens du mot "standard" probablement.
Alors reprenons le fil de la vie.

---

Frank Sinatra et l’influence météorologique...

Qu’il pleuve, vente, neige...
Qu’il fasse soleil de plomb...
Qu’il y ait un brouillard dense ou une légère brume...
Frank Sinatra est sous l’influence du temps qu’il fait, de ses bienfait ou méfaits sur le moral.
Il y associe ses états d’âme, son quotidien amoureux, ses pensées profondes...
Cela est bien sûr lié aux saisons, qu’il chante au fil des ans et à ces lieux rarement éloignés de la ville ou de l’approche citadine, car, campagne, plage, montagne, sont avant tout séjours vacanciers pour le citadin des quartier, des rues... devenu star.

« Wrap your troubles in dreams » - Album « Swing Easy » - recording dates Avril 1954 Capitol Studios Hollywood. Arranged and Conducted by Nelson Riddle.

Wrap Your Troubles In Dreams (Frank Sinatra - with Lyrics) - YouTube

Après la pluie vient le beau temps – oubliez donc vos soucis, enveloppez les de rêve, finalement soyez positifs...
Nos spécialistes politiques du pessimisme devraient chanter ce titre plus souvent.
Il dégage la bonne humeur logique du contexte, un irrésistible swing que même Keith Jarrett ne peut éviter lors de ses réappropriations de standards.
Issu d’un album « Swing Easy » au titre si adéquat, voilà bien la chanson qui peut installer le bonheur dans le foyer, en quelques secondes, en une ritournelle de clarinette à la Benny (Eddie Miller), par quelques cuivres de big band bien accentués (Harry Sweets Edison en chef de file), autour d’un vibraphone très West Coast (Frank Flynn) et avec un solo de trombone dialoguant avec Eddie, à se prendre les pieds dans le tapis du salon, tant cette humeur est joviale et entrainante...
Un petit accent en point d'exclamation juste placé en Wrap - ! - une forme éternelle de AABA permettant au B de roucouler en glissades de bois délicieuses... une coda aux airs de déjà entendu Mr Frankie... hmm, hmm...
Légèreté, insouciance ?... Allez, prenez la vie du bon côté...
Avec classe et élégance, bien entendu.

« Ill Wind » - Album « in the Wee Smal Hours » - recording dates 1954/55 Capitol Studios Hollywood. Produced by Voyle Gilmore – Arranged and Conducted by Nelson Riddle.

12. Ill Wind - YouTube

"Il n’y a plus de soleil quand la personne que vous aimez s’en est allée...
Au petit matin, pendant que le monde entier est endormi, vous ne dormez pas et pensez à cette fille...
Et en chantant, il créait une ambiance de petit matin, empreinte d’une extrême solitude..."

Frank est là, il fume sa clope dans la lueur d’un réverbère, Ava lui manque...

« Ill Wind » est le moment fort du film Cotton Club chargé de métissage, de l’empreinte de Harlem, de doutes, de peines, de réalisme social.
Ici les bois chargent l’introduction hitchcockienne d’une atmosphère brumeuse, ce vent glace l’âme et là encore la voix de Frank, survole l’arrangement – véritable petite pièce minimaliste aux multiples contours subtils (traits de contrebasse du pont, solo jazzy de Harry Edison comme au bon vieux temps de Duke, célesta de Paul Smith, riffs de clarinettes sortis du club enfumé).
Il s’en émancipe pour lui donner cette autonomie qui le rend plus clair, plus lisible, plus direct.
Cet art de la différenciation, de la mise en valeur, du contraste est aussi une des clés de ces interprétations si chargées d’émotion de Sinatra.
Le phrasé est bluesy, le jazz s’invite discrètement mais efficacement au cœur de cette ballade emplie de sentiments, de regrets...
« Met ta gabardine Frankie, ça caille dehors ! Rentre ! »...

« Stormy Weather » - Album « No One Cares » - recording dates 1959-60 Capitol Studios Hollywood. Produced by Dave Cavanaugh – Arranged and Conducted by Gordon Jenkins.

Stormy Weather - Frank Sinatra

L’orage gronde au loin, un unisson sur fond de timbales en mode grand orchestre installe le sujet, l’effet, l’atmosphère.
Ce standard du blues prend encore ici une dimension orchestrale, hollywoodienne, grand format et pourtant il est présenté avec une écriture d’une grande sobriété.
Ce standard du blues transcendé par Billie Holiday qui meurt, là, pendant cette période où Frankie enregistre ce somptueux album.
« La simplicité des arrangements de Gordon Jenkins me touche infiniment. On touche ici à l’essentiel de la vie » - dira-t-il...
Les cordes pleurent et pleuvent, chantent et s’émeuvent en répondant à Frank, la contrebasse pose le minima sur balais délicats, les bois tournent en ritournelle obsédante.
The voice infléchit chaque mot, s’épanche en phrasés bluesy, prolonge à l’infini cette séparation, installe cette immense solitude et lui donne un relief, une profondeur qui subliment tant l’orchestration d’une rare pureté (pupitres par pupitres avec soutien minimal) que ce standard inscrit au répertoire de toutes les grandes voix américaines.

Frank Sinatra, s’amuse, se gausse, fait la fête...

« Makin’ Whoopee » - Album « Songs for Swingin’ Lovers » - recording date 16 janvier 1956 Capitol Studios Hollywood - Produced by Voyle Gilmore - Arranged and Conducted by Nelson Riddle.

Makin' Whoopee (Frank Sinatra - with Lyrics) - YouTube

Frank fait la bringue, le fric, l’ambition, les gonzesses, les mariages, les divorces, l’insouciance, le superficiel, le bling bling...
Ça grince et ça couine d’emblée, le ton est moqueur, sarcastique, au vitriol...
Glissades acides, harmons et sourdines de trombones qui se marrent, cordes qui virevoltent et hésitent, clarinettes qui provoquent, une petite transposition sur trombone rigolard...
Frankie danse dans sa suite luxueuse, le drumming s’est renforcé, Broadway a rameuté toutes les maîtresses du charmeur et n’exclura pas la petite morale de l’histoire...
Le jazz façon grand show, le swing façon universelle, l’argument façon comédie musicale...
Un sitcom fifties...

« You make me feel so young » - Album « Songs for Swingin’ Lovers » - recording date 16 janvier 1956 Capitol Studios Hollywood - Produced by Voyle Gilmore - Arranged and Conducted by Nelson Riddle.

Frank Sinatra- You make me feel so young - YouTube

L’amour, l’insouciance, le bonheur de la pétillante jeunesse, tout cela est ici transporté sur le swing d’une contrebasse oscillante en toum- toutoum, placide et immuable.
Autour de ce mouvement irrésistiblement dansant va s’articuler un Big Band pur jus rehaussé de bois et cordes coloristes qui s’amusent, se divertissent à admirer Frankie emballer la belle.
Ils dansent bien sûr et la caméra suit l’incorrigible séducteur, Don Juan des temps modernes, le long de ce salon d’hôtel grand luxe Riviera, ça brille de mil feux.
Smoking aux plis parfaits et nœud pap’  à la classe intemporelle accompagnent le sourire charmeur de notre crooner, un sourire aux éclats scintillants, comme dans une belle pub de dentifrice.
Elle est belle, jeune et parfaite, et forcément ingénue... Frankie a mis tout son pouvoir de séduction pour cette romance qui, comme toujours, a des accents d’éternité qui commence... à peine.

« I Won’t Dance » - Album « A Swingin’ Affair ! » - recording dates 15 -11 /1956 Capitol Studios Hollywood. Produced by Voyle Gilmore – Arranged and Conducted by Nelson Riddle.

Frank Sinatra - I Won't Dance - YouTube

Frankie refuse de s’offrir à la dame ? Courtoisie...
Ne nous méprenons pas, il a déjà bien du mal à s’en sortir avec ses multiples conquêtes notre brillant séducteur que bon, là, il hésite, il sait qu’il va vite, encore une fois, « redevenir » amoureux.
A ce jeu-là, il y laisse des plumes l’ami Frankie...
L’insert du « Madame » en français, s’il vous plait, summum du « bon goût » donne à ce standard ce côté classieux / palaces / croisières de luxe qui fait rêver.
L’intro est un pas de danse hésitant – j’y vais, j’y vais pas... là encore formidable mise en bouche du sujet par Mr Riddle.
Le Big Band a pris sa place sur la scène, la piste attire Frankie, l’immense lustre scintille de mil feux et la dame aguiche notre beau séducteur...
Il va encore sentimentaliser en violonades de rhumba de pacotille (là encore le B du AABA qui permet bien des possibilités orchestrales sur ce format usuel), non, il ne veut pas.
Il martèle en triolets de noires (retour du A) en traînant ainsi de la patte, hésitant et se forçant à ne pas tomber dans les bras de la merveilleuse créature, non « merci beaucoup » car si je tombe dans vos bras...
Le pont revient en violons langoureux, il résistera jusqu’au bout malgré un swing qui se renforce, qui pousse l’after beat plus que mesure et le rend fou de désir.

La fête Frankie... le fête... le champagne, Frankie, le champagne... la danse Frankie, la danse...

dimanche 18 décembre 2016

FARNIENTE : "BLUEBIRD" - Jim White

Farniente : La chanson parfaite que l’on écoute le dimanche matin en traînant dans le lit, pour une grasse matinée bien méritée (ou pas).

JIM WHITE :  "Bluebird" album "Drill a Hole in that Substrate and tell me what you see" - 2004.

Jim White - Bluebird - YouTube

Je pense que j'aurais pu mettre tout l'album pour ce dimanche matin de farniente.
La grasse matinée n'a jamais été vraiment mon trip, sauf si j'ai joué le samedi jusqu'à une heure impossible, mais en tout cas, un lever de la sorte à heure dominicale tardive n'est pas pour glander au lit...
Pas mon truc.
Par contre traîner tout court, le dimanche ça oui, c'est même plutôt fréquent et ça additionne la flemmardise due à l'âge et au besoin de réel repos jusqu'à l'après midi... le farniente peut aussi s’additionner d'une bonne sieste.
Il faut même parfois se forcer pour décoller et/pour... faire quelque chose.


On va tout de même nous coller le boulot obligatoire jusqu'à au mieux soixante deux balais, au pire soixante cinq (pour le moment...), donc le dimanche, c'est un espace privilégié et nécessaire de repos.
Dans cet espace, la prise sonique énergique n'a pas vraiment sa place, il faut installer calme et bien être, enluminer l'espace quotidien, cocon bienveillant qu'il est toujours plaisant d'apprécier avec une notion de temps, d'un lissage sonore pas forcément easy, pas nécessairement simpliste, mais qui donne de la valeur au temps.
Eno et son Budd de confrère, avec toute cette électro ambient que j'affectionne sont souvent les refuges vers lesquels je m'incline avec facilité et plaisir renouvelé.
Cette musique a le don de bienfaisance et elle a aussi même après des écoutes répétées cette faculté de n'installer aucun "par cœur", juste une atmosphère...
Le baroque également, tout comme Mozart, vont vers mes préférences.

Mais là on parle chanson et depuis le début de ce jeu, même si l'instrumental pouvait en faire partie, j'ai préféré opter pour la part vocale...
Il y en a un paquet de ces chansons endimanchées, j'aurais pu puiser dans ce jazz qui m'est cher, mais d'instinct j'ai pensé à cet album de Jim White, découvert par pur hasard, au détour d'une compil Rock 'n' Folk à sa sortie.
Il est des sons, des ambiances, des voix et des traitements qui attisent, attirent et font aller plus loin.
J'ai donc immédiatement acheté l'album et me souviens d'un long trajet avec départ très matinal, d'un dimanche, justement, vers Grenoble, où il n'a pas quitté l'habitacle de la voiture, sorte d'obsession sonore, de havre paisible permettant d'apprécier les paysages changeants, avec ce point culminant de plaisir visuel et sensoriel que me provoque à chaque fois le passage du col de Lus la Croix Haute.
Non, je ne vous refais pas le coup du TF1nisme "Là où je t’emmènerais"..., mais dans un sens comme dans l'autre le passage de ce col le Lus reste toujours un grand moment de plaisir et d'amour envers la nature.


Cet album de Jim White a été longtemps posé en platine, par la suite, at home, afin de décoller lentement les matins endimanchés, afin de donner à l'esprit du temps pour s'ouvrir sur ces guitares slidées et banjos en fils de lin, transporté en paysages à l'immensité spirituelle (et américaine) à perte de vue, charmé par cette voix de creux d'oreille "hiphopée", trafiquée, chuchotée, murmurée, qui semble prendre sa place sans vouloir déranger, sans heurt, juste avec calme pour couler de source du côté de Kerouac, par exemple...
Il est des chansons dont on sait immédiatement qu'elles ont fixées par la direction poétique.


Des nappes synthétiques immenses traversent la pièce de toute part.
Elles vont se nicher jusque dans les plus infimes recoins de mon esprit en (r)éveil, elles ont la beauté d'une aurore boréale, d'un ciel vierge de toute turbulence, d'un horizon qui s'étire à l'infini, d'un petit coin de paradis qu'on croyait perdu :

"Bluebird" en plage 02 pourrait rester en replay des heures matinales entières, on n'a pas vraiment envie de s'en échapper, on est dans cette torpeur d’entre deux mondes, hésitant entre un reste de sommeil rêveur et un lever de paupières attiré par la pâle et attirante lumière qui traverse la pièce.
Rien, pas grand chose et tellement de musique contenue dans ce petit écrin à bijoux qui, en s'ouvrant sur un infime drumming presque rationnel, va proposer à l'esprit, à l'âme, de divaguer et de flotter dans l'intemporalité.
L'odeur du café, pourtant matérielle, prend des airs de nébuleuse,
Le petit coin de terrasse installé de façon vagabonde à l'entrée du Motor-Home conduit par un prophétique personnage légendaire, nomade des temps modernes, chanté un peu après, parcourant l'Amérique des espaces cinématographiques incite et invite au farniente,
Le temps s'étire... rien n'est pourtant infini, mais certes, c'est si bon d'en prendre un peu, de cet infini...


Vivement dimanche... prochain...

vendredi 16 décembre 2016

FETE : "Music" - Madonna



Fête : La chanson parfaite que l’on écoute le samedi soir, juste avant d’aller faire la fête ou de dîner entre amis (tout dépend de votre génération et de votre dynamisme).

"MUSIC" - Album "Music" / Madonna - 2000

Madonna - Music - YouTube


Été 2000 , Août...
Hey Mr DJ...

DJ... le mot autour duquel va s'articuler une soirée de vie musicale peu ordinaire, enfin, c'est selon, car on en tellement vu...

Isère nordique, un chateau, célèbre de renommée VIP.
Parc immense, salles infinies, terrasse avec vue champêtre, dépendances immenses, golf, héliport...
Le DJ montant des soirées VIP, mariages, bals de pompiers et d'associations diverses me contacte.
C'est un jeune gars souriant, dynamique et avec un gros sens des affaires, une équipe de frangins, cousins, amis très proches, bref une affaire de famille.
Il ne "mixe" pas, il passe des CD, les derniers tubes, c'est encore ça un DJ, surtout en milieu rural.
Il a son stock de Cloclo, quelques mambos et musettes, il connait par cœur Johnny et aussi ses démons de minuit, les compils disco emplissent son bac posé à côté des platines.
Il a encore des maxi 45 vinyl et il s'est mis au CD - il est passé par les eighties, comme tout le monde, mais lui, adolescent de cette période a sa vision plus tubes du truc...
Le matos est relié par des enceintes JBL, le fleuron de l'époque, le truc qui en ces 2000, millénaire naissant fait hésiter à briser le livret A ou le compte épargne.


Il m'a posé le deal compliqué, mais aguichant, sachant que je pianote bar dans ce chateau depuis un certains temps déjà, il a pris les devants... pour cette soirée on ne doit pas se louper, c'est... du lourd et on est en confiance.
"Bon, tu viens en duo avec la chanteuse, celle dont on m'a parlé..."
Il s'agit de L, qui effectivement est remarquable et remarquée.
"On aura deux mariages, vous faites l'apéro du premier, extérieur dans le parc, puis vous réintégrez le matos intérieur grand salon pour animation repas familial pour le mariage de la fille d'une grosse fortune russe - je te passe des enceintes pour le son si t'as besoin"...

Samedi début d'après midi, on arrive, on passe le vigile sécurité posté à l'entrée du chateau (inhabituel, ce qui sous entend que là, c'est du VIP de chez VIP...), on gare la 205, passée in extremis à l'aire de lavage, chargée à bloc de claviers, enceintes - énormes et fidèles KB100 Peavey - et tout un stock de curvers emplis de câbles divers et variés.
Il est déjà là, il s'installe, me passe le complément de matériel, nous offre une bière.
Il est détendu, a le sourire et me glisse déjà la petite enveloppe dans la poche.

Puis il part faire la balance sur un truc chargé d’électronique, cette voix ça me dit quelque chose... pas le temps pour l'instant de causer zic et de se renseigner, y'a du taff.

On prépare les deux scènes, il n'y aura que les claviers à déplacer et replugger, simple...

Tintamarre, klaxons, rires tonitruants, vrombissement de l'hélico qui surgit en complément, la mariée est délicieuse, charmante, belle, pétillante et animée d'une furieuse envie de faire la fête.
Une envie compulsive, obsessionnelle, fusionnelle avec l'ambiance qui se dégage déjà depuis moins de cinq minutes du cercle des invités.
Ça dansouille de partout...
Ça promet...

Le deal est "Apéro Jazz".
De champagne en whiskys aux années laissant rêveur, le latino mambo chacha, mâtiné groove de luxe prendra vite place sous nos cordes vocales et doigts passés de pianistique à synthétique.
Le bonheur inonde ce moment, on est souriant, détendus et là, forcément on joue avec aisance...
Un public réceptif, ça aide à "être bon" aussi... du moins donner le meilleur.

La mariée est la petite fille d'un illustre artiste qui lui a légué une fortune colossale - elle a déjà le champagne festif, elle nous bise, nous adore, cause avec nous, nous abreuve et nous charge de petits fours sous l’œil inquisiteur du maître d’hôtel gay, acariâtre et méthodique à l'excès.
Elle aura beau tenter de le faire sourire et de le chambrer, elle n'aura qu'un sourire commercial de circonstance professionnelle...
Quant à nous, on est déjà bien embarqués dans cette première fête.

Mais... l'heure tourne et un chapelet de limousines vient d'entrer.
"Comment ? vous partez déjà ?" - nous lance la mariée avec une voix chargée de regrets. "Promettez moi, dès l'autre mariage terminé de nous rejoindre et de profiter de la fête avec nous".
On promet.
Après tout, s'offrir une grosse teuf après avoir bossé une am et bonne partie de nuit c'est du why not ?

La famille russe est arrivée, on profite qu'ils s'installent dans leurs chambres et s'offrent une promenade dans le parc pour s'installer rapidos, timing oblige.
Il faudra là aussi commencer par l'apéro jazz puis accompagner de douces ballades pop le repas pour enfin faire danser sur un court timing d'une heure.
Ils ont l'air nerveux et fatigués, fâchés aussi...
Curieux pour un jour de mariage...

On commence, rien ne décolle, pas la moindre vibration festive - on vient de passer de blanc à noir, on est sceptiques...
Et soudain, de la bouche d'un jeune serveur nous arrive l'explication... le maître d’hôtel si exigeant, si intransigeant a juste "oublié" de prévenir le curé du village et de réserver l'église...
Mieux, il s'est trompé de jour pour le mariage civil et celui ci n'a même pas pu être célébré...
Tout aura été fait pour tenter de rattraper le coup dans la fin de matinée au moment où la boulette a été découverte, mais en Août, tu parles... c'est un peu la bousculade question mariage... le samedi...
Ils sont donc là pour fêter leur mariage, mais... ne sont pas mariés.
Les parents sont d'une humeur massacrante, les mariés non mariés ne cessent de se consoler amoureusement...
On joue, dans un vide sidéral.

L'apéritif est passé sans la moindre réaction.
Pour le repas, le père de la mariée, voyant que nous tentons d'apporter un peu d'ambiance à cette situation pour le moins inhabituelle appelle le maître d’hôtel avec autoritarisme et lui demande de nous placer en terrasse et de nous servir un bon repas.
Il ne souhaite pas de musique pendant le dîner, la situation ne s'y prête pas, ils ne danseront pas mais il faut tout de même respecter les musiciens qui "eux au moins font leur travail avec professionnalisme !!!".
On s'installe, on est franchement mal, mais on finit par se détendre, causer boulot (on est tous deux profs de musique), famille, répertoire, dernier album sorti...
Le père de la mariée vient nous voir.
Il a une requête.
Avant de rejoindre leurs chambres, il vient d'apprendre que le mariage pourra être célébré demain, sur cette touche d'espoir il va nous demander de jouer "Summertime" afin de garder une sensation positive de cette déplorable soirée.

On s'installe, ils sont là, devant nous tel un vrai public, comme au concert.
Solm6, D79b, c'est parti...
Ils pleurent, nous remercient, nous glissent une petite enveloppe de remerciement complémentaire, s'excusent de l'ambiance...
Le maître d’hôtel s'est éclipsé, salutaire initiative.
Je ne le reverrais plus par la suite.

Il est bien "tôt" finalement...
On range le matos et c'est l'occasion de répondre favorablement à l'invitation de notre attachante et sympathique mariée VIP... (je garde son nom pour moi, désolé...)
On entre dans l'immense dépendance transformée en salle de danse... aveuglés par les lights qui clignent de toute part, assourdis par un son énorme, dense, trippant.
Notre ami DJ nous regarde, interrogatif : "Vous avez déjà fini ?" - on lui raconte... pas le temps de disserter...

Un cri de bonheur... la mariée (ou du moins, ce qu'il en reste).
"Super, vous êtes venus, allez servez du champ' à nos amis musiciens... Venez faire la fête avec nous !"
Elle se rue sur moi, m'ôte ma cravate, se tourne vers le DJ :
"Remets nous à fond le nouveau tube de Madonna ! Vous connaissez ?" nous hurle t'elle dans les oreilles, éméchée à souhait.
Sa magnifique robe n'est plus que parcellaire, son maquillage s'est estompé depuis un temps déjà, elle est dans une forme festive o-lym-pi-que.
Une voix inonde l'espace, les JBL vibrent, un vocoder nous happe, une première basse, puis une qui arrache tout. Je reconnais immédiatement ce tube mis à la balance.
Elle nous prend par la main :
"Allez, on va danser, profitez, amusez vous - c'est bon hein ?"

On aura dansé, bu, déliré, puis à une heure matinale hors normes, suivie d'un serveur me montrant au passage la montagne de cadavres de bouteilles de champagne débordant du local poublelles, elle nous aura embarqué vers la piscine, avec DJ, enceinte JBL et lecteur CD pour terminer, totalement nue cette fête au son de "Music" passé là en boucle, faisant apparaître des vagues sur l'horizon d'une piscine qui en quelques secondes sera passée d'un calme plan d'eau frémissant à un espace festif empli de créatures hilares, dans le plus simple apparat et magnifiques.

La fête...
Aujourd'hui j'écoute encore cet album...
Il est effectivement idéal pour s'engager un samedi soir et partir pour l'aventure festive.
Grosse basses pulpeuses à souhait, effets rythmiques de sursauts compulsifs, vocoders et vintageries de luxe, la voix qui revient dans les teintes gamines des eighties, le petit gimmick qui obsède...
Ça, c'est de la bonne humeur en boite...
J'ai adoré "Ray of Light", j'ai cet attachement en souvenirs dû à ce "Music", j'ai été addict des "Confessions on the Dance floor" me disant que s'il était sorti plus tôt notre incroyable mariée se serait certainement lancée sexy dans un délire Moroder...

"Hang up"...














ESPOIR : "Imagine " - John Lennon

Espoir : La chanson parfaite que l’on écoute le vendredi soir, alors que la semaine de travail s’achève, qu’un soulagement émerge nécessairement et que les projections du week-end deviennent enfin concrètes.

"IMAGINE" - Album "Imagine" / John Lennon 1971.

John Lennon - Imagine - YouTube

Un coup de génie.

"Tiens, je t'ai acheté une partition, j'aime la partie de piano qui accompagne cette chanson, tu devrais l'apprendre" - mon Oncle, 1972.

Je me suis exécuté et ai gardé à vie, dans les doigts qui ont progressé sur les touches ici blanches, (à part le sol# de l'accord de mi du pont) pour vite s'émanciper en chopinisant vers les noires.
"Imagine" fait partie de ces titres phares d'une génération, de ces poncifs incontournable qui ont mis la pop en standard, l'espoir utopiste mais fondamentalement altruiste en exergue, la générosité et la réflexion consciente en tube (pas éprouvette, ne nous méprenons pas).
Un beau et vaste programme humanitaire planétaire, qui peut et doit encore résonner dans les têtes de nos dirigeants bien pensants en surface, mais derrière la surface d'apparence et les discours...


Réflexe suite de barbarie ? Un jeune homme installe un piano et joue... "Imagine" - cette chanson a une portée et une dimension quasi inexplicables et est inscrite dans la mémoire collective.


"Imagine" fait partie des vrais standards, de ceux que l'on met sur les dix doigts pour deux mains en choix incontournable populaire que tout le monde connait et que je n'évite quasiment jamais de jouer, souvent le vendredi soir au piano bar, le samedi aussi, forcément et parfois même le dimanche... deux mains serrées vers le centre du piano.
En version augmentée de petites extensions Maj7, 9e, 13e, voire #9 (cet accord de mi incongru, encore lui) afin de le jazzer comme la brillance d'une Randy Crawford (pour ne citer qu'elle parmi la pléthore de "covers") comme en version collant à l'original avec cet ajout de la seconde dans l'accord initial de do qui a tant influencé les couleurs mordorées de certains pop song (ce jusqu'à l’hexagonal "homme heureux" tournant autour du pot de ce poncif) - "Imagine" est un détour obligatoire de mon répertoire, une sorte de point de repère d'un auditoire qui, dès les premières notes s'impose le silence, l'écoute et le respect.
Peu de titres lors d'une soirée pouvant aller jusqu'à trois/quatre heures de jeu en quasi continu peuvent prétendre à cela - peu de titres, en fait, seulement celui ci.
C'est dire !


On a une fâcheuse tendance à jouer au do serrure (milieu du piano) le noyau / pattern de base du titre, pourtant sa profondeur prend place une octave en dessous, dans un registre pianistique peu usuel pour ce qui est de ces fonctionnalités harmoniques.
Cette fâcheuse tendance se veut éclairante.
Le titre en lui même, en do Majeur, agrémenté de ce ré qui traîne et installe cette semi suspension rêveuse n'a nul besoin d'éclairage supplémentaire - pourtant, il me faut réflexe pour ne pas m'incliner vers le médium logique, là où Lennon a transgressé.
Je mets ça sur plusieurs comptes volontaires ou indirects...
- Sa voix aiguë et si immédiatement identifiable sort ainsi avec plus de charisme et de "simplicité", du piano.
- Ses réflexes guitaristiques sont habituées à cette tessiture harmonique.
- Lennon n'est pas pianiste, il a le réflexe de la "pince" (doigts 1-3-5 placés sur l'accord parfait) et de l'alternance 3-5/1 en croches régulières - chose quasi instinctive du novice (ce que j'appelle le EltonJohning) et celle ci fonctionne là aussi.
- Il a ripé ou coincé ce ré, chose qui tombe sous les doigts de cette position de base et dans le grave, oh que ça sonne...
- Son piano présent pour l'enregistrement est partiellement désaccordé, alors, en jouant une octave inférieure, on limite les dégâts... j'extrapole.


"Imagine" est une chanson qui "fait du bien".
Elle est fondamentalement optimiste tant par son texte que par sa composition musicale.
Autour des axes de base (I, IV, V), en quelques descentes de basse pour agrémenter et suivre l'implacable mélodie, en un jeu de forme mis en correspondance avec le texte construit comme un poème, là où couplet / refrain eussent été simple légion, en un minimalisme volontaire afin de donner au message toute sa portée, Lennon pose là l'archétype de la ballade pop.


J'ai volontairement boudé "Imagine" de mon répertoire, tant d'années, tant de réflexes, une volonté de renouveler un répertoire, de proposer "autre chose", de passer à d'autres titres pianistiquement plus "gratifiants"... le genre d'attitude musicalement musicienne qu'on se met en devoir d'avoir pour changer, pour se faire croire qu'il y a tant d'autres choses (et c'est quelque part tellement vrai) à proposer aux gens...
Deux années, deux saisons sans "Imagine" puis, un beau soir d'été, avec ma fille (chanteuse), à l'heure où l'on fouille dans le classeur afin de finir la soirée en proposant aux derniers attablés attentifs et à l'écoute un "dernier" titre, minuit bien sonnés, prestation commencée vers 19h30 avec en perspective un lendemain soir puis un autre et encore un autre - j'ai relancé, faute d'idée, le délicieux pattern.
L'effet fut immédiat, l'émotion transmise par cette seule chanson a laissé le reste d'auditoire dans un état dont j'avais oublié qu'il puisse encore être vraiment possible.
Je n'ai plus jamais boudé "Imagine"...
Et maintenant s'il m'arrivait de l'oublier, c'est l'auditoire qui me le demande.


"Imagine" est un formidable sujet pédagogique, tant pianistique que de modèle de composition de chanson.

"Imagine" dans sa version initiale n'a pas besoin de grand chose...
Klaus Voormann, bassiste obscur mais ayant collaboré avec quelques légendes, ami intime des Beatles, graphiste de pochettes, pose là un rôle basique et minimal, simple, efficace pour une telle chanson - à quoi bon faire montre de virtuosité dans"Imagine" ? - la chanson se suffit à elle-même.
Alan White n'a pas encore cédé à la muse progressive, impliquant un jeu où technique, profusion et liberté détachée rapport à l'axe 4/4 des fondamentaux est de mise.
Ici, son break d'entrée est presque d'anthologie, là aussi, archétype inscrit dans les gênes du batteur en mode relance de ballade, réflexe, automatique, évident, ce jusqu'au son...
Puis le beat simple colle à la chanson, rien de bien recherché, juste l'essentiel, mais c'est aujourd'hui si rare à souligner.


Et puis il y la voix... entourée d'une simple réverb, genre "plate"...
Cette façon de mettre l'émotion sans émotion, l'implication avec un détachement apparent, de provoquer le frisson rien qu'au timbre savamment mis en valeur, de se poser volontairement au dessus du sujet, sans y entrer plus que raison...


"Imagine" - vendredi...
Le week-end pourrait s'ouvrir ainsi...
La semaine de travail pourrait se conclure ainsi...
Un pont optimiste, un message de paix, une touche d'utopie, un regard humaniste...


Un vendredi, d'ici quelques petits mois, il faudra se mettre en condition morale, mentale et citoyenne pour oser aller, le dimanche, juste là, mettre - ou pas - un petit bulletin dans une enveloppe.
Ce vendredi là, écoutez donc "Imagine" avant de vous décider... qui sait ?
Une lueur d'espoir pourrait surgir au détour du marasme ambiant qui déjà rongeait Lennon... en 71...
C'est bien connu, les artistes et la politique...
Mais parfois, les politiques devraient écouter plus attentivement les artistes...


Aux infos, dans les médias, sur les "réseaux" - on est là, face à Alep, nouveau Beyrouth à ajouter à la longue liste d'inhumanités...
"Imagine all the people ..." me chante Lennon dans ce recoin de tête...

Mon pauvre John, c'est pas gagné... y arrivera t'on un jour ? En seront-ils capables ?...
Utopie...
Naïveté ?...
Actualité, prémonition ?...















jeudi 15 décembre 2016

EFFORT : " LE SCAT" Michel Jonasz

Effort : La chanson parfaite que l’on écoute le jeudi soir, au moment où l’on effectue ce footing hebdomadaire qui nous donne bonne conscience.

"LE SCAT" - Michel Jonasz -album "Pôle Ouest" / 2000.

Clip Michel Jonasz, Le Scat, vidéo et Paroles de chanson

Qu'on se le dise, j'ai toujours eu un penchant Jonasz, cet artiste est une exception sur notre territoire hexagonal.
Bon d'accord on en a des exceptions chez nous, forcé d'admettre que c'est un peu bateau comme argument...


Chez lui, j'aime sa culture, son amour et son humour, sa fausse désinvolture et son sérieux, sa passion pour la musique aussi, évidente, exprimée et assumée jusqu'à avoir osé se payer une gâterie Gadd/Carlton/Laboriel... fallait oser, tenter et donner corps à ses passions.
Il nous a sorti Manu du réseau, il est resté fidèle à D'Angelo ce claviériste/pianiste - pianiste/claviériste exceptionnel, Basile a transcendé nombre de ses chansons comme tant d'autres et pas des moindres, sortis des clubs, des scènes hexagonales.
Bref, comme ces pointilleux du calif' mode, il sait s'entourer et trouver comment mettre son propos musical en valeur.


Jonasz aime le jazz, pas juste comme une ambiance de repas ou une musique de comptoir, non, il connait le jazz, sa culture, ses clichés et gimmicks, son milieu aussi et ce ne sont pas les Salt Peanuts ou traits d'hammond à la Jimmy qui prétendront le contraire - en quelques mn d'un tube dont il aura peine à se défaire il nous aura proposé d'installer le plus de clichés possibles d'une culture musicale tant par touches musicales que par un texte qui, au passage, décrit assez parfaitement le milieu hostile (le jeune Bird en aura fait les frais et en France c'est légion dans ce milieu récupéré par l'intellectualisme pédant) qui auréole cette musique pourtant merveilleuse.

Jonasz c'est aussi l'artiste intègre osant sortir un album après une tournée exclusivement porteuse d'inédits (Mr Swing) - pas peur de se planter... et même si, alors, tant pis...

Je l'ai usé sur les bancs du piano bar - je l'ai fait chanter à tant de gamins en interventions en milieu scolaire...
Tu parles ! Idéal de parler de jazz, de bossa, de s'amuser avec Big Boss quand tu as une "mission" culturelle dans les écoles, c'est du pain béni...
Tu parles, quand t'en as marre de chanter en anglais des standards et que t'as envie de la pousser en frenchy, sur des accords jazz réels et non de "circonstance", de la pousser bluesy soft et de s'ouvrir quelques solos bien pêchus, y'a qu'à puiser dans ses chansons, c'est simple c'est là, devant toi, y'a qu'à... "Joueurs de Blues" / "La Bossa" / "Groove baby Groove" / "Lune" / "Lucille"...

Il m'a fait chialer aussi, je me suis jamais remis d'Arthur... ce mec sait ce qu'est la fratrie amicale, le respect, le lien unique entre humains.
Il m'a rappelé que le rôle de père est essentiel, que l'âge va avec la déchirure et qu'il faut rester en contact, toujours, même si les téléphones aujourd’hui ne suivent plus le cours américanisé des lignes téléphoniques.


2003-2004 (ah, ces satanées années scolaires), me voici à Grimaud pour un projet scolaire jazz.
Un de plus...
Allez, c'est reparti pour "Armstrong", un coup de "petits loups du Jazz", une déviance Brassens...
Mais j'aime tellement aller plus loin, proposer des challenges...
Il y aura eu Trenet, notre autre jazzman, Aznavour et son Feutre Taupé et puis j'aurais choisi de délier les langues paresseuses avec "Le Scat"...
Et il est vrai que cela demande un effort, un sacré effort même...
Bon, on peut toujours reproduire ces wapdouwap, dingueling et autres onomatopées issues d'Ella avec à peu près, genre désinvolture de salle de bain, mais là, pardon, faut s’entraîner, il nous balance tous les clichés du genre...
En France on en a une de spécialiste du genre, c'est Mme Laurence Saltiel, elle a même un "lexique" qu'elle fournit en stages afin de mettre les bonnes syllabes de scat, comme on met les bons doigtés à l'instrument, quand on improvise... c'est dire que scater, c'est tout... sauf du hasard.


Le jogging hebdomadaire qui donne bonne conscience c'est, pour moi, me taper mon heure de gammes ou de plans bop...
Pour un(e) chanteur(euse) ça pourrait être tenter de se faire toute la partie scat de cette redoutable chanson.


Intro sous le capot, au piano histoire de tromper le candidat puis tempo médium qu'il faut déjà tenir...
Michel est sympa, il propose de répondre en 
chœur à ses délires de zazou Calloway. déjà là...
Alors on croit y arriver mais au second tour il met la barre un tantinet plus haute, en changeant le syllabique... pas cool ça...
Et enfin, un méchant roulement de caisse va nous achever en tempo dédoublé et là, c'est est terminé, la langue se mélange et se prend dans le tapis, le masticage devient virtuosité, le zinguili n'est plus drôle du tout, on en bave, si, si, on veut y arriver, on insiste, on s'épuise, on s'époumone (alors qu'il faut justement y aller cool - technique de base de la respiration en chant oblige "allez diaphragme, on bascule !"...) et on se dit que le oumalabouboulazeboulbouboulabop de "Just a Gigolo" (que j'ai appris par cœur et qui opère désormais en mode réflexe) c'est juste un infime échauffement...

Ces balais, nom d'un scat, ils tracent...
Ce walking, 'tain de train de ligne A...
Allez, petite fin rapidos à la Duke...
On se la remet ?
Faut absolument que j'y arrive... allez encore un effort... ça y est... presque... zinguili, ouapouloubé, baptoubap oubapoutoubap... hmmm ! langue délicate ?...
Tu nous as encore trompé Michel... y'a pas qu'la cravate à défaire et pour le coup la tenue jogger semble plus adaptée.


(Charlu, gros clin d'oreille... quand j'ai lu et réécouté ton choix hier je me suis dit... à un jour près, même pioche... comme quoi il nous poursuit...)










mercredi 14 décembre 2016

CANDEUR : "SCHOOL" - Supertramp



Candeur : La chanson parfaite que l’on écoute le mercredi après-midi, telle une madeleine de Proust, lorsque la présence d’enfants dans les rues nous rappelle quelques souvenirs de jeunesse.


"SCHOOL" - Supertramp "Crime of the Century" - 1974.

School - Supertramp

Quand j'ai lu les thèmes de suite j'ai eu cette chanson en tête en me disant que je m'étais peut être laissé aller à l'évidence, au titre, à ce souvenir des bruits de la cour de récré...
J'ai failli laisser courir et chercher plus loin, trouver du plus approchant, une fantaisie Beatles, par exemple, une déviance Cooper, pourquoi pas, des boites à musique côté Bjork, après tout...
Et puis, comme il faut toujours garder en mémoire l'idée initiale (ça c'est la vie qui me l'a appris et pas qu'en musique...), j'ai évité de me torturer l'esprit et suis revenu à cette merveilleuse chanson, posée en plein milieu de mes premières années lycéennes comme un îlot bienfaiteur au milieu d'un hard devenu métal et d'un prog se métallisant.

"Supertramp, les gars, ça nous rajeunit pas, hein !"
J'en vois qui déjà se gaussent...
" -'tain le papy - oh les vieux - bon on peut passer un peu d'actu stp - sup... connais pas, c'est un film Marvel ?"


Roland.
"On entre chez Ken Scott, hall immense, luxueux et le choc, "Crime of the century" qui sonne partout, prend l'espace, se réverbère dans chaque angle, dans chaque espace de la pièce... le champagne était excellent, l'accueil confiant, on était surs de signer..."
confidence...

Pour ma part, "Crime of the Century" ça a été l'album décortiqué, aimé, usé, détaillé en priorité au casque, sorte de porte ouverte sur un univers qui, tel cette pochette spatiale l'était tout autant.
Une cage, une musique prisonnière à l'intérieur de celle ci mais qui arrive par les grilles à se redimensionner dans l'espace temps, dans l'univers, partout, en chaque recoin, dans chaque angle, en chaque lieu, moment, incroyable performance de production...

"School" - première écoute d'ado pourtant le quasi rejet...
- "Non, svp, pas de cet harmonica à la Morricone, le western spaghetti dans la pop ?... "
D'emblée, rejet... ça a failli...
Mais bon le lit-canap' zone fumette étant trop loin de la platine, les quelques mesures s'évadèrent comme un trait de fumée et... ce soutien morbide en background suivi de cette gratte arpégée, de cette clarinette en contre chant, cette voix hésitant puis prenant place, ces points d'arrêt, ces gamins qui jouent...
Ça y est, j'était foutu, je savais que je devrais maintenant et ce, en une poignée de mesures, compter avec Supertramp dans ma vie - ça tient à peu et l'album l'a confirmé.
J'en ai encore réellement "besoin" aujourd’hui.

Alors on attend, on hésite, les gamins restent en filigrane, les grattes se bourrent d'effets et le drumming entre, tant léger que massif, belle basse, qui colle au drums, cocotte grattée se funkisant un tantinet, gros break et là...
Un petit miracle, une sorte d'arc en ciel musical, de délice sucré, de surprise auditive addictive, un dépucelage auditif...
Le wurtlizer installe ce petit arpège magique, les grattes pleurent et gémissent de concert irisant l'espace temporel, les drums se réverbèrent, marimbas et vibes se joignent à la fête contre-chantent avec la basse qui se précise, s'impose, densifie le propos qui s'égare, veut s'éloigner...
Une caisse claire martiale ramène toute cette rêverie à la maison du tempo, on va la bourrer d'effets fla-isants.
Le piano, l'acoustique des guitares va prendre l'impérieuse place, rappeler que Supertramp est une affaire touches, parfois de cordes pas que grattées mais aussi surtout vocales.
Déjà plus de cinq minutes, à peine deux phrases chantées qui pourtant sont restées là, en mémoire, imprégnant dès l'ouverture du titre l'espace et l'on a assisté à un développement minimaliste digne des grands.
Coup de génie de la mise en haleine, en forme...
La musique a surgit en surprises de part et d'autre, elle a été le continuo de ces bribes vocales et les a emportées avec elle, comme ça, simplement avec juste une intelligence aiguë, une sensorialité unique et essentielle, une cohésion compositionnelle inédite dans ce domaine popisé.

Voix unies, ils reviennent pour une coda épique, les double croches des claviers, marque de fabrique gimmick du groupe ont retrouvé leur place, ça se symphonise, ça enveloppe tout et frise l'insoutenable du souvenir d'enfance à fleur de peau... le mot nostalgie peut prendre sa place réelle sur l'échiquier des sensations.
Le dernier clou s'enfonce et ne (me)-nous laissera aucune alternative - cette dernière phrase, chantée seule, après ce déluge contrôlé qui va amener cet accord de m6/9 à la couleur sensible insistante va rester là, à jamais...

Rare...






































mardi 13 décembre 2016

INTROSPECTION : "Lascia La Spina Cogli la Rosa" - G.F HAENDEL

Introspection : La chanson parfaite que l’on écoute le mardi midi, lorsque l’on s’isole pendant la pause méridienne pour se retrouver avec soi-même.

"LASCIA LA SPINA, COGLI LA ROSA" - G.F HAENDEL.
"Il trionfo del tempo e de Disinganno" / Benedetto Pamphili - "Rinaldo - titre initial Lascia Ch'io Pianga".
Cecilia Bartoli - Les musiciens du Louvre / Minkowski.


Il Trionfo del Tiempo e del Disinganno, HWV 46a : "Lascia la spina cogli la rosa" - Cecilia Bartoli - Les Musiciens du Louvre - Marc Minkowski

Une chanson, un air, un "aria"...
En fait peu importe l'époque, la voix au service d'une mélodie qui reste dans la mémoire, se suspend dans l'espace, ça n'a pas d'âge.


Au box office des compositeurs classique Mozart, Beethoven, Strauss et ses valses enrubannées et passées aux mains désuètes de Rieu, Bach en suites s'arrêtant tout "relativement" juste à la première et jouées par un "gros violon", Vivaldi qui fait la joie des musiques d'attente des répondeurs de 0800...
Schubert est déjà loin avec sa Truite (trop simple ?) et Ravel avec son Boléro a pris de l'âge médiatique (trop long surement)...


Haendel est un compositeur qui m'a toujours fasciné, je ne l'ai pourtant mis dans mes écoutes régulières qu'assez tard, occulté par les années d'analyse musicale de ses feux d'artifices et musiques de jet d'eau, démonstratives et royalistes en brillances tant cuivrées que de moulures d'apparat.

C'est par ses "Concerti Grossi" et en particulier les versions de Trevor Pinnock qu'il m'est apparu sous un éclairage nouveau.
Une forme d'alternative moins démonstrative que les oeuvres virtuoses de Vivaldi (dont je raffole n'en doutons point), un sens plus pertinent de la simplicité musicale vers une forme d'efficacité rationnelle, une écriture soignée, équilibrée, presque "académique" comme celle de celui qui plus tard, en H tant qu'en proximité de prononciation, figeât la forme de l'écriture classique de la Symphonie, Mr Haydn - voilà quelques apparences qui m'ont tourné vers ce compositeur, dont j'ai découvert en me renseignant d'avantage, la prolixité quasi inimaginable.

On a pour habitude de citer Mozart, génie, inventif créateur, sorte d'alien à la production inexplicable sur si peu d'années de vie tant elle est foisonnante. L'oeuvre ? un  véritable bottin catalogué, aux recoupements par périodes, encadrées de commandes d'opéras tous aussi indispensables les uns que les autres.
Mozart et ses mélodies tubes que tout le monde connait, sait ou peu fredonner ce, jusqu'à savoir trouver la fin tant leur évident cheminement impose une logique, un sens, une direction inscrite (par lui ?) dans nos ADNs culturels.

Ce serait oublier que, Bach a lui aussi une production pharaonique...
Que Schubert talonne de prêt, tant en durée (décès très jeune quasi équivalent, lui aussi) qu'en somme d'écrits, l'illustre viennois voyageur.


Alors on se penche sur Haendel et là on découvre que... si en plus on se met à considérer qu'une grande partie de ses oeuvres a disparu dans l'incendie de Londres (quel immense regret !) - il a à son compte un catalogue frisant l'incommensurable et couvrant tout ce qu'un compositeur se devait de maîtriser en style, en genre, en domaines d'écriture (opéras, oratorios, musique de chambre, concerto, etc...)...


Bon cela semble étrange mais ces gars là écrivaient la musique comme nous des emails, ou des sms...
Naturellement, logiquement, simplement en fait.


"Ecrire" ce que l'on dit ... ou écrire, transposition musicale du fait usuel, en notes organisées, "ce que l'on entend", peu de différence, c'est juste une forme d'éducation, d'habitude...
Après il faut dans les deux cas, la syntaxe, du vocabulaire et un sens de la mise en forme des idées, par mots, phrases, expressions...
C'est aussi un boulot... car tous vivaient de cette musique.
Telle messe, tel événement royal, telle amusette champêtre, telle déclaration amoureuse et hop, une petite commande, quelque monnayage et le quotidien familial de ces génies créateurs, mettant leur savoir au profit de la vie quotidienne se trouvait amélioré, voir, confortablement assuré.


La pression...
Pas de redite, pas d'oeuvre rejouée, à chaque fois être inventif et proposer du "nouveau".
Avec de tels challenges dus à la société des époques, voilà qui installait dans leurs esprits, très certainement, à la fois, écriture réflexe avec LEURS habitudes, recherche d'inventivité, évolution puisque s'installaient avec l'âge tant le professionnalisme que l'envie d'avancer, d'oser, ce, toujours encadré sévèrement par des contraintes tant sociales que religieuses.
Cela semble fascinant et crée ainsi des mythes, des légendes, des héros, en quelque sorte, et ça le reste... mais il faut bien resituer les contextes, les sociétés, les besoins aussi et les mécanismes qui ont créé de tels illustres personnages.


En 2010, Cecilia Bartoli sort un album "Sospiri" qui met en évidence cette action respiratoire bien connue de nos ados en cours et significative d'une lassitude, d'un ennui, qu'ils s'emm... qu'on les emm...

Le soupir avait pourtant une autre dimension, plus positive, plus attentive, plus émotionnelle, voire addictive en ces temps baroques retenus avec délicatesse, puis romantiques exacerbés.
Il était chargé d'amour, de désir, d'attente, d'espoir, de pudeur sociale et cachée, de passion obsessionnelle retenue.

Au delà de cette simple action, de ce sentiment poussant au..., de ce mal bienfaisant qui ronge et qui peine à sortir au grand jour, elle en a fait interprétation ultime, excellente, tellement réaliste.
Le soupir prémisse de ce qui peut pousser à l'acte dévastateur désespéré, qui est l'axe émotionnel de nombre de sujets d'opéra... les héroïnes mozartiennes passent la quasi totalité d'un opéra à soupirer auprès ou après un amoureux, un idéal.


Ici, dans cet aria, Haendel puise dans tout l'artifice émotif et sensuel/sensoriel et le transcende en modèle de sobriété pour cette sensation à fleur de sentiments, cette retenue au bord des larmes, ce désir s'apparentant à une folie, à un esprit qui se sait incapable de contrôler cet aimant de l'amour.

Comme toujours Cecilia Bartoli associe perfection vocale et grande interprétation, comme quoi l'indiscutable "technique" n'est pas antinomique avec le sens de l'interprétation, ici subjuguée par et aussi grâce à cette technique.
L'orchestre tout en cordes posées avec une amoureuse délicatesse, relié aux bois d'amour et enrubanné de luth est savamment dirigé pour une mise totale au service du propos. 

L’équilibre de l'écriture fait rêver, la cohésion des pupitres au service de la mélodie soutenue par ce coussin brodé d'or musical est à étudier avec attention.
Minkowski, qui a défrayé la chronique des abrutis de la subvention culturelle avec ses musiciens du Louvre grenoblois décriés par un maire écolo n'ayant pas pigé que le baroque est une forme d'expression réellement artistiquement écologique - encore un inculte - est ici la preuve par 9 qu'il est un acteur de ce mouvement musical d’authenticité incontournable.
Ici l'on respire de toute part, on retient son souffle, on soupire, la voix s'envole dans les cieux, le thème/mélodie principal (e) ne quitte pas le chemin qui se trace de quelques ornements, logique baroque oblige.
Le passage central se voudrait excité, il justifie, il densifie, intensifie mais jamais ne déroge à cette introversion du sentiment dans l'âme solitaire, face à son dilemme amoureux.

Cecilia Bartoli achève l'ouvrage par un pianissimo d'une immense qualité, d'une perfection à fleur de souffle, on perçoit le crin de l'archer sur les cordes, elles aussi contraintes à ce pianissimo de l'extrême.
Le soupir devient souffle, la plume légère qu'il tenait dans l'espace angélique et forcément ingénu va se poser avec une infinie douceur et laisser la respiration de l'auditeur en suspens, face au silence.
Pas un silence neutre et vide, mais un silence empli d'âme et de désir, de beauté et de grâce, de féminité délicate, d'amour, forcément.


"Laisse l'épine, cueille la rose, tu cherches à te faire mal. Les cheveux d'argent que cache la main se montrent quand le cœur ne s'y attend pas..."























dimanche 11 décembre 2016

MOTIVATION - Make it Mine / Jason Mraz

Motivation : La chanson parfaite que l’on écoute le lundi matin, au moment du café ou dans la voiture pour aller au boulot, afin de nous donner l’énergie nécessaire pour affronter une semaine éprouvante.

"MAKE IT MINE"
Jason Mraz - 2008



Jason Mraz - Make it Mine - YouTube

"Pascal, tu sais, depuis que tu m'as fait découvrir cette chanson, je l'écoute tous les matins en partant au lycée, elle me donne de la bonne énergie ! Elle me met de bonne humeur...".
"Tous les matins ?"
"Oui jt'assure..."

Une petite chanson peut, comme ça, parcourir la vie de mini anecdotes, mais si elle accroche elle accompagnera certainement des moments de vie.
Je gage que la petite Agathe, chanteuse du groupe auquel j'ai demandé de bosser ce titre en y trouvant là un caractère tant pédagogique (forcément) que d'intérêt musical, trouvera au fil des écoutes de ce pétillant pop/jazzy moment de quoi agrémenter son passage dans l'adolescence souriante (et là tant mieux) de délicats souvenirs.

J'ai découvert "Make it Mine" vers 2010, je crois...
Séance de studio, on vient de terminer une longue semaine et quelques week-ends d'enregistrement,
On mixe et forcément, on n'est pas d'accord...
"Là tu devrais renforcer telle guitare..."
"Non, c'est la son de batterie qu'il faut mettre en avant !"...
Essais, pauses café, chanteur qui tourne en rond comme un lion en cage de cabine de mix, oreilles fatiguées.
"Au fait, la semaine dernière j'ai rencontré un gars, il est chanteur guitariste et avec leur groupe ils cherchent un clavier, ça t'intéresserait ?" - me glisse l'ingénieur du son, entre deux mixages.
Il me passe le téléphone, je les appelle, on a rendez vous, on fait une répétition d'essai, le répertoire m'a été envoyé par texto (P. Collins, L.Kravitz, Red Hot, U2, etc... et Jason Mraz...) et j'arrive avec mon stock de relevés sous le bras, mon fidèle X3 et un piano généraliste, histoire de...
Les gars sont sympas, il y a des dates, les répétitions sont dans un local militaire, le frigo propose un assortiment de bières diverses et la prise de tête n'est pas à l'actualité.
Aucun problème pour l'ensemble des chansons, elles sont toutes soit dans ma mémoire, soit dans mes stocks de partitions sauf... "Make it Mine" que j'ai mis un temps assez long à transcrire, pas pour sa grille mais plutôt pour sa "forme", d'une part et ses cuivres d'autre part sachant à l'avance que, les riffs de cuivres et le passage solo de trombone jazzy ce sera également - et je m'en régale - pour ma pomme.

Ce groupe n'aura pas duré longtemps, les éternelles divergences d'orientation de répertoire, d’ego, de manque de "professionnalisme" aussi face aux lieux où ils jouaient.

J'ai donc fini par ranger le relevé crayon de "Make it Mine" avec les autres partitions du groupe, dans une pochette cartonnée - étiquette à l'appui.
Au passage j'ai souvent pioché dans cette pochette pour aller chercher les précieux supports en vue de mes cours mais aussi autres moments musicaux de groupes, car les répertoires, heureusement pour la facilité, malheureusement pour la preuve que le public n'écoute toujours QUE la même chose, c'est trop souvent du pareil au même, à quelques tonalités prêt...

Mais pas de "Make it Mine"...
Ceci dit, au passage j'ai depuis toujours gardé l'album de téléphones en lecteurs mp3, de HD en CD, à portée d'oreille.

2016 est l'année d'une grande décision de "rangement" et de gain de place...
Le support papier ? Franchement, il était temps de faire un gros tri, des tonnes de partitions en pile ce, depuis mes débuts de piano bar avec tant de titres en mode par cœur, tant de choses à classer dans le tiroir des "souvenirs" pas forcément utiles à maintenir en matérialisation...
Une pochette... à l'intérieur... "Make it Mine"...
Je suis en train de noter toutes les idées afin d'établir la liste des titres pour mes cours, par intérêt d'objectifs pédagogiques, par souci de style à découvrir et savoir jouer, par souci d'ouverture et aussi par envie du simple plaisir...
Petit flash, un pourquoi pas, en mémoire une structure compliquée ou du moins pas courante, bref, une super matière.
Hop, copié, collé dans le dossier à détailler, celui qui inonde les trajets routiers afin de détailler, justement, puis trier et enfin choisir pour tel ou tel atelier d'élèves, tel titre.

Rentrée 2016, ils arrivent...
Chaque groupe écoute son programme de l'année et entend les objectifs que je souhaite leur communiquer, les notions que je souhaite leur faire intégrer.
"Make it mine" sera dans la liste "Jersey Girl" de Waits, "Wild Horses" des Stones, "Josie" de Steely Dan, "Livin' it up" de B.LaBounty...

Un trimestre déjà et chaque semaine, Agathe :" Pascal, quand est-ce qu'on commence Make it Mine ?"

Et voilà, c'est fait...
On a attaqué et on a décortiqué afin de comprendre comment jouer et franchement, sous le fun apparent de cette délicate chanson se cachent bien des trappes, bien des complexités, bien des pièges pour le musicien habitué à sa carrure de 4/4, sur défilé de 4 géré par multiples de 4...

Allez, on y va...

Prenez le verse, le couplet, si vous préférez...
Sur ma petite feuille je calibre par sections de 4 mesures et heureux j'en installe 12 - tiens un blues ?...
pourtant il m'avait semblé...
Je relis, j'écoute, mais m...rien ne fonctionne comme j'ai "l'habitude" - alors petite étincelle...
il me faut regrouper mes mesures par 6 et non 4 et... ça y'est, ça marche - déjà ça va poser un problème au batteur, car le réflexe du break toutes les 4 mesures, va falloir oublier...
Et écouter le chant...

Un petit truc qui parait essentiel...
Apparemment c'est un détail mais à l'écoute puis à la lecture et enfin à la compréhension on va vite comprendre que cette petite syncope unie qui ponctue ce qu'on aurait tendance à croire en point final alors que c'est un axe d'ouverture (tada... ta) est un élément de repère essentiel pour la carrure du titre...
Il va donc falloir la bosser "à part" afin de lui donner toute sa valeur puis ensuite ne jamais zapper de la placer au bon moment, en l'incluant discrètement mais efficacement, pas comme un bourrin, dans le défilé limpide de la chanson.

Cet accord de Do septième Majeur sur la partition, Dieu qu'il parait long...
pas moins de... six mesures... deux qui concluent pour un point d'arrêt. quatre qui servent de pont...
(au passage l'intro... tiens donc...) - va falloir gérer ça aussi... car en plus il utilise cet accord selon, selon quoi ? où il est placé bien sûr...

Puis il y a ces arrêts au milieu, avec des lalala, guillerets, histoire de les mettre encore plus avant, vous savez, pour ne pas oublier de chanter tous ensemble...

La grille pour trombone ? à qui la refiler ?...
Elle est vraiment et carrément adaptée à l'instrument, tonalité permettant la couleur et de faire ressortir en médium aigu l'instrument en lui donnant de la valeur, en le faisant sortir facilement du riff dans lequel il était apparemment coincé...
Ce riff - de cuivres - justement, comme sorti d'une bande de Brecker, ou de Jamiroquai frappés du sceau du challenge virtuose. "Bon, les gars, j'vous ai écrit un arrangement de cuivres bien pêchu, attention au détaché car c'est rapide, ça ponctue le chant, faites gaffe...".
Pour le casting, ils ont pas pris des débutants...

Et puis tout de même on ira évoquer ces petits mais tellement joviaux arpeggios quasi vintage, sortis d'un synthé rangé au placard depuis les seventies et trouvé là, en rangeant le studio (comme j'ai rangé mes partoches) - il est guilleret ce synthé et on va lui laisser le loisir de prendre une belle place, là, au 2 tiers du titre, là où en général on ressasse le chorus (refrain) histoire de terminer en insistant pour mettre une brillante (ou basique) mélodie en mode tube...
Que nenni, Jason, pose là à la fois un changement tonal (Eb) incongru... qui va éclairer ce moment en contraste avec le solo jazzy/funk de trombone, mais également de caractère instrumental en offrant la part belle à cet arpeggio synthétique comme sorti d'un chateau de Bavière Krautrock sous les doigts d'un rêve mandarine...
Amusette ou somme de culture musicale ?
En tout cas ça fonctionne à merveille.
Allez, hop, syncope et ça repart...
Et attention au tempo, car mine de rien... faut le tenir... et le rythme syncopé (ce côté fun justement) des guitares aussi... sans ralentir ou mollir, hein les gars !

"Make it mine"...

Oui Agathe, je confirme, de bon matin, avec un tel titre, on part avec la banane, la patate, le sourire et plein de positif dans l'âme...
Rare les chansons qui transportent ce type d'humeur, hein !...








lundi 5 décembre 2016

Un 'tit jeu avant Noël...

'Perfect Week' - Un jeu interblogs



Les habitués le savent, sur Last Stop ? This Blog ! ce sont essentiellement des morceaux, plus que des albums, qui sont mis à l’honneur. Un blasphème aux yeux de certains puristes, qui servira néanmoins de base pour ce nouveau jeu interblogs, fortement inspiré par les éditions précédentes du Grand Jeu des regrettés Mangeurs de Disques.

Avec l’accord de Jimmy, on reprend donc la trame principale de ce Grand Jeu :
-          chaque participant doit poster ses articles sur un blog quelconque (possibilité évidemment de contribuer à plusieurs sur un même blog, étant entendu que toutes les adresses des blogs participants seront référencées par ici)
-          chaque article sera consacré à un – et uniquement un – morceau
-          chaque morceau (qui peut être instrumental ou non, aucune contrainte à ce sujet)  sera choisi en fonction d’un thème précis
-          sept thèmes pour une semaine de jeu
-          les thèmes seront envoyés au préalable aux participants qui, de fait, auront tout le loisir de préparer leurs contributions
-          la thématique globale (de laquelle découleront les sept thèmes) sera ‘Perfect Week’. L’idée sera de désigner sept morceaux correspondant à autant de moments clés d’une semaine dite « parfaite ». 
-          le jeu aura lieu du 12 au 18 décembre 2016, charge à chacun des participants de publier l'article sur son blog, chaque jour, au moment où il le désire.

Afin d’éviter le bide et car plus on est de fous, plus on rit, n’hésitez pas à relayer l’existence de ce jeu sur votre blog (ou ailleurs, dans la rue, avec les collègues, etc… Bon ok, sur vos blogs, ça suffira).
Pour vous inscrire et recevoir la liste des thèmes, vous pouvez m’adresser un mail à l’adresse suivante : ailenorton@laposte.net

Merci aux futurs participants !

BON VOUS AVEZ PIGE...
JE PARTICIPE OF COURSE - UN PEU DE BOOST  AVANT LES FETES, HISTOIRE DE TERMINER L'ANNEE...