dimanche 5 avril 2020

S’OCCUPER, DÉCOUVRIR, TRAVAILLER…


S’OCCUPER, DÉCOUVRIR, TRAVAILLER…

J’espère que vous allez bien, que cette troisième semaine de confinement (déjà/encore/pff/brrr… trois semaines…), n’use pas vos nerfs, votre moral ou votre détermination…
La situation planétaire n’incite pas à l’optimisme…
La politique de retournement de vestes non plus…
Comment faire pour gérer au mieux et en même temps tenter de conserver ses privilèges dans un futur incertain ?...
Voilà bien effectivement qui doit en tarauder plus d’un.
Toutes les stratégies, mêmes changeantes selon le vent, sont bonnes.
Je regarde N.Y, je suis effaré…
Je pense à l’Espagne, ce pays où de Barcelone en Andalousie j’ai pris par le passé l’espace du bon vivre…
Je suis l’Italie, la peste vénitienne était dévastatrice… mais là…
J’observe avec effroi un premier ministre anglais passé de l’inconsistance à la responsabilité…
Je ne parle pas de la Chine, de l’Asie où j’ai pu me rendre et imaginer un peu aujourd’hui comment cette propagation de proximité doit être ingérable…
Alors je retourne à mon piano, une sorte de refuge intime, interne…
Le pianiste est souvent montré comme égoïste, nombriliste, « pianiste »…
Il faut dire qu’avec 88 touches, une tessiture et la capacité de faire sonner quel que soit le niveau de par la justesse de l’instrument (s’il est accordé, mais aujourd’hui avec le piano numérique…), s’enfermer dans la bulle de plaisir est de suite confortable, agréable…
On s’isole et là, le confinement augmente cette envie de se refermer vers et sur soi-même.

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J’ai imaginé trier le reliquat de K7 qui me restaient et que j’avais remisées dans le coin « à vérifier » …
A vérifier quoi ?
Si ce que j’avais imaginé en lisant l’étiquetage soigné auquel je m’adonnais, ainsi que l’enregistrement se vérifiait… à savoir si tel ou tel album m’apparaissant comme rare était là, sur ce brin de ruban aimanté comme une trace ultime, genre le truc que t’as toi et peu d’autres ont…
Je me suis ainsi arrêté avec tendresse sur l’album « Piano Rêves » de François « Faton » Cahen.
Rien que lire son nom et me rappeler… j’ai de suite mis la K7 dans le lecteur (oui, j’en ai encore un…) et d’un coup l’irréel a pris sa place dans mon espace de travail.
Bizarre le pouvoir de certaines musiques…
Bizarre le souvenir qu’elles laissent.
J’avais parlé longuement de « Tendre Piano Solo » un autre de ses albums là encore jamais réédité et que j’ai la chance inouïe d’avoir en Vinyle. Il y a là, sa « ballade flambée », sorte de petit geste musical directement émouvant, intemporel, irréel, oui, irréel…
« Piano Rêves » me procurait la même sensation, mais cette fois ci, Faton l’avait enregistré sur un piano certainement genre crapaud, à l’accordage vivant.
J’ai enchaîné ces pièces, chacune laissant entre elle une respiration, une trace… de la vie…
Alors j’ai immédiatement transféré précautionneusement tout cela sur mon PC et au fil de ce travail de fourmi (car je relifte le son initial), j’ai imaginé me mettre réellement à jouer ces pièces.
J’ai ainsi commencé à les transcrire et à les travailler…
Un travail de prime abord de respect de l’initial, de la version enregistrée, puis j’ai commencé à me les approprier afin non de m’en écarter, mais de leur insuffler ma vision, mon appropriation musicale.
Entre Bill Evans et Satie, m’a dit Antoine…
C’est certainement ce qui à l’époque m’a directement fait aimer ce pianiste atypique, aux compositions l’étant également, permettant une rigueur de partition comme de s’évader vers l’improvisation…
Ce travail est devenu projet et il va faire son chemin.
La musique de Faton Cahen m’a énormément influencé dans mon jeu pianistique de ballades, ce que je préfère jouer plus que tout car n’ayant pas un niveau technique véloce, je préfère les univers expressifs. Elle m’a aussi énormément influencé dans mes compositions pianistiques…
Et dire que tout cela est parti, il y a bien longtemps, d’une simple interview dans Rock’n’Folk qui à cette époque d’avant Manœuvre était encore une revue avec de l’écrit, du niveau d’interview et de pertinence.

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J’ai aussi redécouvert un album de Chuck Mangione « Tarentella », enregistré en public avec un casting d’invités à faire rêver…
Gadd, Corea …
Le genre de concert grosse artillerie américaine bien répété, bien huilé, ficelé au coup de caisse de Steve prêt…
Et produit avec un son à tomber par terre…
La réunion de potes high level.
On n’aime ou on n’aime pas…
Vous savez que j’aime…
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En travaillant mon piano, avec toujours le real book dans sa première mouture sur le pupitre je me suis imposé de jouer des titres autres que les 50 à 100 standards que tous jouent, qui sont la version réduite de ce pavé de la culture musicale américaine.
De Zappa en passant par R.Towner ou encore tellement de relevés de Bill Evans, C.Corea, j’ai eu l’idée de ce travail de fourmi commencé, justement sur K7, dans les années 80, alors que ma vie a basculé dans le jazz.
Se procurer le Real Book, ce recueil de relevés d’étudiants de la Berkley School relevait alors du défi…
Il se vendait sous le coude, en version photocopiée, à prix d’or, par certains musiciens ayant fait quelques mois, ou années dans la célébrissime école.
C’est par ce biais et pour un tarif inacceptable mais obligatoire si l’on voulait posséder cette bible musicale que j’avais fait un trou dans le budget familial de jeunes mariés.
Une fois ces trois énormes classeurs rangés précieusement à côté du piano j’avais commencé à mettre sur K7, par le biais d’emprunts en médiathèques, les albums ou les titres selon le cas, soulignés en fin de relevé, comme étant référents de ces repiquages.

Ce travail était long, fastidieux et il déviait souvent du fait que la découverte de tel ou tel album permettait à la fois d’enrichir ma culture jazz, mais également de partir vers d’autres contrées plus jazz rock bien entendu.
Aujourd’hui, le principe des playlist via le streaming est bien plus pratique et même si une telle affaire parait encore fastidieuse, j’ai donc réussi en quelques jours, de façon ponctuelle, à enfin réaliser cette « bibliothèque » sonore recouvrant tout le real book, à quelques exceptions près…
Car il y a encore des albums impossible à trouver…

Cette plongée dans ce résumé du jazz a été captivante…
Elle m’a permis encore une fois de réaliser que de cette mine d’or nombre de musiciens se sont contentés d’un résumé certes représentatif mais négligeant tant des compositeurs que des esthétiques pourtant réunies ici dans un recueil se voulant représentatif de l’étude du jazz.
J’ai pu constater que Bill Evans et son incontournable gestion harmonique ne pouvait qu’être ici en modèle d’école, que le bebop et les relevés de thèmes de Charlie Parker étaient omniprésents, ainsi que les compositions de Wayne Shorter ou de Trane.
Pourtant, justement, si l’on se réfère à ces musiciens (sans parler de Miles, de S.Rollins…), force est de constater que ce sont finalement là encore toujours les mêmes « titres » de leur répertoire que l’on joue, entend, met en avant alors qu’ici le choix est bien plus vaste que cet espace réducteur communément joué et diffusé.
Fee-Fo-Fum de Shorter…
I love You Honey, The Inchform par Trane…
Pfrancing de Miles…

Et puis il y a ces merveilles du compositeur Michael Gibbs, souvent joué par Gary Burton donc là encore la somme de relevés est phénoménale…
Gary Burton ce vibraphoniste enthousiasmant, en quartet, en duo avec Chick Corea, stimulateur de talents, compositeur et adaptateur délicat.
Tiens Chick Corea, justement, là encore tout comme Keith Jarrett, des relevés d’albums « de jeunesse », les premier ECM et même avant… de quoi réfléchir tout comme constater que les titres du premier album de Pat Metheny avec Jaco et Bob étaient estampillés encore « exercises ».
Et puis Paul Bley ou Carla ont ici des places significatives, Ralph Towner également, cette école E.C.M incontournable…
Oubliés sont Louis Armstrong, Ella, Sarah mais par contre Billie et Frankie sont parfois là…
La bossa n’est pas en reste et permettra de découvrir .A.C Jobim dans ses albums plutôt qu’avec les version systématiques réalisées par Astrud, Joao et Stan…
Stan qui lui aussi se taille la part belle avec, aux côtés de Gerry ou Chet, bien sûr, mais seul également.
Bill Evans a lui été décortiqué de compos en standards et cette somme à son égard est juste merveilleuse à feuilleter tant qu’à « tenter » de jouer…
Il y a aussi là Randy Weston, le Modern Jazz Quartet, Frank Zappa (oui vous avez bien lu) mais aussi Tom Scott avec le L.A Express ou encore le Mahavishnu première mouture, injouable ( ?) ou presque…
Steve Kuhn est totalement introuvable à écouter dans les albums repiqués ici... regrettable...
Pour ceux qui souhaiteraient se souvenir que Charles Mingus reste l’un des compositeurs jazz les plus complexes tant que captivants, il y a là de quoi se satisfaire, plus que largement car nombre de ses compositions emplissent des pages et des pages.
Les trompettistes bien sûr avec Miles, Freddie Hubbard, Chet mais aussi Art Farmer et Clifford Brown…
Et puis côté saxophone il y a là nombre de relevés du formidable compositeur Joe Henderson…
Herbie n’a pas été oublié et l’essentiel de ses mythiques Blue Note sont intégralement installés dans le recueil mais aussi ses incartades funky des premières heures…

Bon, vous l’aurez compris, ce petit exercice de (re)plongée dans le panorama estudiantin du jazz - un panorama devenu avec les années ouvrage de référence, pour s’augmenter de volumes complémentaires tout aussi captivants et parallèles (pour lesquels l’exercice de stockage en playlist serait aussi captivant), certains devenus officiels ou même rachetés par Hal Leonar, l’une des plus grosses maisons d’édition musicale des US (donc ce même Real Book relifté augmenté d’ajouts et intitulé 6Th Edition) – m’a tant occupé que passionné…
Il ouvre des territoires musicaux oubliés, il en confirme d’autres et incite à chercher plus avant et en tout cas il m’a résumé un énorme pan du jazz…
Playlist en mode public sur qobuz pour ceux qui veulent essayer…

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La quatrième semaine va bientôt commencer…
Le printemps est là pour nous narguer…
La musique et son partage virtuel ne se suffit plus ainsi et cela fait prendre la dimension de la vraie chaleur humaine…

Ah oui !
Je suis allé au cabaret… enfin presque… j’ai regardé « Burlesque » sur Netflix et apprécié réellement les performances vocales de Christina Aguilera (des vocalises ahurissantes...), la qualité du groupe qui accompagne cette histoire cousue de ficelles grosses comme les plus grosses productions hollywoodiennes… mais Cher avec sa voix si singulière inonde de feeling et puis ce perfectionnisme de la comédie musicale à l’américaine, franchement, ça le fait grave…

Je me suis marré avec cette comédie sur base pianistique « A la folie, aveuglément » entre personnes se confinant et dialoguant par une cloison… pour finir par le besoin de la vraie relation physique, humaine et palpable… un bon moment…

et puis...
J’ai eu tellement de tristesse en apprenant la mort de Wallace Roney – c’est trop dur d’accepter cela… je n’en parlerais pas encore… il me faut digérer cette injuste fatalité.

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Bon, on s’occupe…
Bon et vous , ça va ?...













mercredi 1 avril 2020

HISTOIRES DE POISSONS…

HISTOIRES DE POISSONS…

Bonjour à toutes et à tous,
En ce premier avril après deux semaines et demi de confinement, ne pas oublier cette date…
celle des petits blagueurs malins qui, dès le 31 mars s’ingénient à :
inventer la petite blagounette,
découper cartons et feuilles de papier pour accrocher subrepticement un artefact marin au dos d’un(e) camarade, ami(e),…
Purée le lien social là, il compte vraiment…
Bon on se les fera en virtuel mais pour la blague potache qui impose de passer sa journée dans l’incertitude « d’avoir ce truc collé à son dos », en imposant une vérif’ régulière, c’est râpé !...
Voyons voir où m’amène l’idée de poisson en musique…
juste pour tenter…

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Le bassiste du groupe Yes, le défunt Chris Squire s’est fendu en 1975, histoire de faire une pause, de l’album « Fish out of water », certainement une métaphore pour exprimer son besoin d’aller voir ailleurs, hors des eaux confortables du groupe dont la célébrité, en cette mi seventies, est plus qu’évidente.

A sa sortie, je ne me suis pas franchement intéressé à cet album, je l’ai écouté, certes, mais sa grandiloquence, son mixage médium aigu, son symphonisme exacerbé et la « sous voix » d’Anderson, ça m’a laissé indifférent.
Pourtant, si l’on prête bien l’oreille attentive l’on remarque pas mal d’inventivité, soutenue par des partenaires de la sphère Yes (Bruford/Moraz) particulièrement intéressants ici, car eux aussi sortis du contexte habituel du groupe.
Un peu de funk par ci, un peu de jazz Canterbury par là  et une approche du prog différente, plus multiple et pour autant plutôt bien identitaire.
Les cordes et l’orchestre sont arrangés non en simple background, mais en écriture active de l’ensemble, ce qui est à souligner. Mel Collins (saxophones) ancien membre de Crimson apporte justement cette touche de mélange entre jazz et prog, qui caractérisait les premiers albums de cet autre groupe phare du prog’.
Des flûtes, un orgue d’église (préfigurant certainement le « Going for the One » du groupe Yes avec son sublime Awaken), tout ici se rassemble en un patchwork pas si décousu que cela et franchement captivant.
Plus qu’anecdotique cette sortie du poisson Squire hors des eaux de Yes est une bien belle redécouverte.

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En 1990 Charles lloyd a lui aussi voulu sortir de l’eau.
J’ai parlé de cet album au gré de la discographie de feu Jon Christensen, ce batteur pour lequel je voue une admiration sans limites.
Revenir à ce bijou de délicatesse musicale, servi qui plus est, par Bobo Stenson (que je place là encore sur les sommets pianistiques), Palle Danielsson (au jeu de contrebasse lyrique et ample) est un plaisir de lumière bienfaitrice en ces temps de confinement – où je vous recommande cependant de bien y rester, vous, dans l’eau qui vous est familière…
Vous irez voir ailleurs plus tard…
En tout cas, Charles lloyd (faut-il encore présenter ce pionnier aventureux du jazz avant-gardiste ?) est bien sorti ici de ses aventures américaines pour aller plonger dans un jazz européen désormais bien installé et alternatif.
Cette rencontre fusionnelle entre ces approches culturelles est juste irréelle et magique…

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Allez, un peu de ruralité urbaine, de flower power, un retour à Woodstock.
Country Joe and the Fish… ça vous dit ?
1967, voici le premier album du groupe du chanteur Country Joe Mc Donald entouré de son groupe de poissons, qu’il a pêchés en plein psychédélisme et qui jouait à San Francisco au Fillmore ou à l’Avalon.
Le public venait là pour se charger d’acide et partir en leur compagnie vers un long trip…
« Electric Music for the Mind and Body » résume vraiment bien toute cette période.
Le blues, langage tellement commun en ces périodes qu’on finirait presque par oublier qu’il est toujours là, émaille le parcours de l’album chargé d’orgues acides, de guitares qui le sont tout autant, saturées, vibrées, nerveuses et aigres, de tambourins cliquetants.
Basse et batterie sont solides, tracent une autoroute dure et sécurisante.
Jefferson Airplane, puis Starship, Grateful Dead… m… on avait oublié ces poissons vraiment lumineux…
Un plaisir que de plonger littéralement dans les eaux de cet album.

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Hé les gars ! Vous qui aimez le punk rock, vous vous souvenez de : Eddie and the Hot Rods ?
« Fish and Chips » est un album produit par Al Kooper, qui sonna la fin (ou quasi fin) du groupe en 1981…
Ce pub rock nerveux, solide et pugnace, c’est le genre d’enfilade de titres qui met la patate…
Beats fédérateurs, refrains directement accrocheurs, son compressé et combatif, ça défile et ça installe l’énergie positive…
Idéal pour la série de pompes du matin…  
Faites gaffe au rythme cardiaque…

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1975, Steve Hillage sort son premier album « Fish Rising ».
Il ne sait pas que cela deviendra un album culte et pas vraiment pour les sphères musicales dans lesquelles il nage…
Il bourre son concept album de boucles électroniques, ce qui sera progressivement l’un de ses axes créatifs et sonores, une pâte identitaire…
Il deviendra ainsi (avant d’en faire carrément partie) l’un des artistes qui influencera le mouvement techno.
« Fish Rising » n’a donc pas pris une seule ride tant il est d’emblée en avance sur son temps dès sa sortie.
Hillage est le « guitar hero » du foutoir collectif créatif Gong, sorte d’aquarium confortable ou transitoire mené par le patron gourou Aelen.
Steve va partir et revenir dans ces eaux inspiratrices, pour finalement récupérer cette philosophie dynamique de brassage collectif d’influences et de mutualisation culturelle, et la déployer à sa façon.
Avec sa compagne Miquette, les voilà partis et comme ce saumon érigé en héro de par sa volonté naturelle, il va remonter pour sortir avec force, volonté et imagination, le courant musical dans lequel il sait que son bien être créatif ne pourra s’émanciper.
Il ira chercher d’autres eaux, rencontrer d’autres espaces et s’entourera progressivement et toujours avec une actualité pertinente, de la technologie la plus pointue et immédiatement maitrisée pour sortir album après album, des petites pépites lumineuses.

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« Fishing with John » est un de ces albums pour soutenir l’image de John Lurie.
1991, John Lurie devient la vedette d’une série Télé.
Le concept est simple…
Il n’y connait rien à la pêche… il invite à chaque épisode un ami, un invité et ils partent pêcher…
Le genre de truc complètement absurde et délirant que seul un gars comme Lurie peut faire…
Il invite Jarmush, Tom Waits, Denis Hopper… et les voilà partis pêcher.
Bien entendu, pour accompagner ces pérégrinations il a composé et joué la bande son, devenue elle aussi  (car cette série l’est devenue) culte…
On y trouve les ingrédients de Lurie… 
Ces sonorités venues du free, mâtinées new wave eighties…
Ces espaces minimalistes pour lesquels il est maestro en la matière – en quelques secondes il « installe » une atmosphère, de l’image, du rêve ou une situation… alors avec la force de l’image en plus, je vous laisse imaginer…
Cette attirance à jouer de l’accord de 7e en espace de langage.
Chaque mini pièce est un espace d’évasion et partir pêcher avec John ça devait être un sacré moment… d’évasion et de sortie du quotidien.
Chaque mini pièce est juste géniale…
Idéal pour sortir mentalement du confinement si réel.
Et puis si ça vous chante regardez vous du coup les films « Stranger than paradise », « Down By Law » et « Mystery Train » de Jarmush… purée… que c’est extraordinaire…

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Bon allez, c’est fini pour aujourd’hui.
Pour vous occuper, écoutez de la musique, vous pouvez aussi recycler le tas d’emballages destiné au tri cartons en poissons… avec des crayons de couleur, des feutres et même de la peinture je suis certain que vous allez libérer votre imagination créative.
Et puis, c’est l’occas’ de blaguer un peu, après tout ça fera pas de mal en espérant que Macron n’aille pas nous sortir un autre poisson d’avril, genre annonce illusoire ou irréelle, genre effet de manche purement imaginaire ne reposant que… sur du vide…
Lui, des poissons d’avril , il nous en fait à chaque prise de parole (qu’il lit, car le par cœur, à son niveau y sait même pas faire…) et franchement… il me fait pas du tout marrer…
A plus et restez… pêcher... chez vous…



 


samedi 28 mars 2020

DONC ? PENDANT CE TEMPS…


DONC ? PENDANT CE TEMPS…

Pendant ce temps, une forme de mouvement intemporel s’installe…
Quel jour ? Quelle heure ? ...
Le temps, cette valeur qui mesure la musique, semble prendre … son temps…
Parfois l’info, tentant l’optimisme mais ne pouvant empêcher l’alarmisme ponctue ce temps en réalités étrangement éloignées, quasi virtuelles…
On réalise alors et peut être enfin que la télé n’est pas, finalement, la seule « solution », le seul espace extérieur de contact avec ce qu’on pense la réalité…
On réalise c’est certain que le contact humain est bien plus important que tout cela et que la virtualité, même skypée, même téléphonée, même par les divers réseaux sociaux ne remplace pas le réel, le palpable, le tactile, le vrai…

On arrive en fin de seconde semaine de confinement.
Le nouveau temps s’est quelque part réorganisé, entre les nécessités dues au travail – hé oui ! les enseignants, même en musique dans les établissements dits spécialisés bossent – le plein de musiques laissées sur l’étagère du « à écouter… un jour… » commence à se remplir de découvertes, nouveautés (pas spécialement en sorties, mais en noms, esthétiques, directions artistiques), la pioche des films et séries sur Netflix se fait plus attentive, tant qu’à faire… chercher, ne pas se précipiter et faire que « ça vaille le coup »…
On travaille à « distance », élèves, pédagogie, projets artistiques…
Le home studio n’a jamais autant pris son sens, les claviers ont été décortiqués au chapitre de notice prêt… là encore on partage et on réalise que l’égoïsme n’existe finalement que peu, que l’essentiel reste dans le dialogue.
Alors le mot futur, le mot avenir s’osent à peine car le présent intemporel et incertain a pris le dessus… et l’occupation se doit de palier en remettant ce présent en actif, en réel, en usuel… pour finalement, faire.

Coûte que coûte ?...
Une sorte de réflexe éducatif et social fait de l’homme un animal qui ne considère la vie que de façon collective, sociale et organisée…
Certains vont alors réaliser le sens réel du mot prison, du retrait de cette société, véritable punition quant justement on n’en a pas su prendre la réelle dimension à quelque degré que cela soit et sans polémique vaine.
L’humanité toute entière est emprisonnée, muselée et ligotée. Enfermée dans des espaces sociaux divers et prouvant là encore la réalité, l’autre… celle de la société et de ses conditions.
L’humanité entière attend…
Certains politiques ont imaginé faire un pied de nez à cette alerte invisible, sournoise et impalpable. Ils ont blagué, joué les intouchables arrogants et supérieurs… mais la réalité les a rattrapés et leur a prouvé que l’égalité dans une telle situation est le mot qui s’apparente le plus véritablement à notre espèce.
On peut se montrer fièrement président des Etats Unis, Prince d’Angleterre ou ministre de telle ou telle « compétence », là, pour le coup, d’un trait la vie devient égale à tout ce que l’on a jusqu’alors méprisé, regardé d’en haut, asservi et dirigé.

Ces pensées minimales ne sont ni mornes, ni déprimée, ni même vindicatives…
C’est juste ce qui me traverse l’esprit au fil de ce temps qui défile lentement et qui prend son temps… en forme d’attente pour certains, pire, d’impatience et pour d’autres de sens nouveau et différent.
Avant…
Pendant…
Mais après ?...
L’après sera pour moi de toutes façons différent, j’avais déjà commencé à modifier sensiblement mon approche de la vie, du travail, cette fois cela sera radical.
Je ne serais pas le seul, comme je l’ai dit précédemment, nous serons nombreux…
Les sociétés vont être traumatisées par ces mois de pause, d’arrêt forcé, de désir de survie.
La planète a lancé là son premier immense message, au fond d’eux ils le savent, au fond de nous il nous reste à le leur rappeler, après… et c’est peut être là qu’un optimisme se doit d’être de mise.
Oui, je sais, le français est allé voter…
Le devoir… pour remettre comme ici la même redite en cinquième mandat.
La situation est surréaliste et cela maintenant, avec un recul de deux semaines le semble tout aussi…
Mais les repères sociaux avec structurel pyramidal ont l’emprise dure…

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L’autre soir j’ai enfin regardé « Whiplash ».
La critique était élogieuse lors de sa sortie, nombre d’amis m’avaient incité à le faire…
Pas envie…
Une énième histoire de batteur, telle que je l’avais imaginée car présentée rapidement comme telle.
Ras le bol de ces instrumentistes refermés sur leurs instruments, leurs axes techniques, leur micro-sphère…
On peut être c… parfois (ou souvent…).
Il ne s’agit pas ici de « batterie », ce serait tellement réducteur.
Il s’agit d’enseignement, d’élève, d’excellence, de convictions et d’idéaux… de rêves aussi.
La musique en est le vecteur et l’enseignement de celle-ci son argument.
Tu parles que je m’y suis retrouvé !
On aura jugé extrême ce prof d’une exigence incommensurable, on aura certainement plaint ces étudiants humiliés, obligés de se sortir de leurs zones de confort pour oser, prendre des responsabilités, se connaitre et se dépasser.
Un seul objectif l’art et l’émergence du génie, avec en toile de fond l’aventure parkérienne et l’anecdote qui l’a fait devenir ainsi, ce génial et incontournable représentant du « sens » jazz.

Forcément tout pour me plaire dans ce chemin estudiantin vers la perfection, vers le métier, vers l’intransigeance.
D’abord le big band de jazz et le rôle fondamental du batteur dans ce mode tant d’écriture, que de fonctionnement, de contexte, de conception.
Les modèles, Buddy Rich en tête.
Le standard le plus difficile à jouer du genre « Whiplash ».
Le double swing, ce truc qui monte le tempo vers des sommets où la condition physique doit être assumée et travaillée, entraînée, pour être en mesure d’interpréter (des œuvres comme ça, dans d’autres domaine… sonate en si m Liszt, concerto à la mémoire d’un ange, Berg…) avec recul et souplesse, le « sujet ».
Cela demande une discipline, du travail et de l’exigence. A peu près et médiocrité ne peuvent s’immiscer dans cette perspective et ne sont même pas imaginables.
De cette discipline, de cette expérience le musicien deviendra grand et fera une carrière, sera de visée supérieure car son esprit aura franchi l’étape de cette conscience d’un degré proche de l’inaccessible, donc entre, le travail la capacité à faire… voilà bien le challenge à placer pour l’individu… pour l’enseignant qui positionne ses étudiants dans cette démarche.

« Whiplash » c’est tout cela à la fois.
Les convictions, l’éthique, l’exigence dépassant l’humain, la volonté, le  découragement et la récompense, la ténacité, l’effort, l’envie et les rêves, même brisés un temps qui restent là, installés et qui ne quitteront pas les esprits.

« Whiplash » est une leçon de pédagogie, et une leçon de musique, est une leçon de travail et de volonté.
Comme les sportifs de très haut niveau, les musiciens savent l’être aussi et ce film en apporte la preuve. Et l’on n’atteint pas ces hautes sphères rêvées sans un coach, un soutien si apparemment inhumain soit-il. Car dans ce domaine, médiocrité, laisser aller et approximation sont des mots exclus du vocabulaire.

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Décidément, le jazz reste là, présent…
Encore sur Netflix, voici que j’ai décidé de me regarder le reportage sur John Coltrane « Chasing Trane ».
Ceux qui me lisent ici savent à quel point j’ai une forme d’affection pour Trane, tout comme pour Billie, d’ailleurs et Bird, aussi…
Ces artistes ont été représentatifs du terme jazz, mais finalement ils sont juste représentatifs de la musique…
Par leur langage, par leur créativité, le sens qu’ils ont donné à leur expression, leur musique… par leurs recherches, par la vie qui émane de chaque son sorti d’eux, la musique étant leur expression la plus directe et sensible.

Ici l’on parcours la vie de Trane, de ses débuts vraiment peu convaincants à son ascension chez Miles, chez Diz, chez Monk, son addiction à la drogue puis sa rédemption et son socle avec le quartet légendaire duquel il s’échappera pour une liberté bien plus totale et assumée que nombre d’autres, faisant ainsi encore et toujours exemple car… il s’agissait non d’une liberté de forme, mais de fond basée sur la spiritualité, la réflexion et la vie.

Regarder ce reportage entrecoupé d’interviews tant de jazzmen comme W.Marsallis, S. Rollins… des amis de Trane, comme de philosophes black ou même du batteur des Doors, John Densmore, grand inconditionnel de Trane (dont on perçoit clairement dans le jeu l’influence d’Elvin) et chose surprenante de Bill Clinton c’est aussi prendre la dimension de sa musique à un niveau universel… de sa musique et de sa spiritualité (« a love supreme » en point de sommet comme de rupture vers un autre futur, une autre dimension).
Réécouter Trane devient alors une évidence et là, détaché de ce seul sentiment d’écouter « du jazz », l’on perçoit véritablement la dimension universelle de sa musique.

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Nils Frahm que Charlu m’a fait découvrir a sorti un nouvel album.
En cette période de confinement planétaire, il vient de prendre la décision de sortir « Empty », des chutes de l’album « Screw », des berceuses qu’il trouvait inachevées, composées avec un pouce cassé.
Voilà pour l’anecdote.
En ce qui concerne cette plongée dans l’espace intemporel de ce piano qui semble surgit d’une autre dimension, voilà bien un album adéquat, un peu comme le dernier Eno entre frangins, pour la paix de l’âme, le repos du stress que nous vivions et que certains vivent encore dans ce quotidien déstabilisant, déstructurant et inédit.
Cet album peut s’écouter en boucle, il emplit le vide d’une présence limpide et non envahissante, sans heurts, sans agression, juste idéal à ce repli sur soi obligatoire et à l’aspiration au calme…
Bienfaisant…

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« Aporia » de Sufjan Stevens est une bien heureuse découverte.
Le voici étiqueté New Age et/ou Ambient, si ce n’est électro.
Je m’en fous en fait car ces étiquettes orientent malheureusement l’axe d’écoute et parfois cela s’avère déviant…
On s’attend à, on est déçu…
On croyait que… on est perplexe.
J’ai tenté sans œillères…rien n’est simple.

Des retrouvailles sont l’argument de cet album…
Des retrouvailles, vous savez, ce truc qui va être essentiel dès qu’on va sortir de ce bordel et qui passera avant tout, avant tout autre chose…
Avant le boulot, les directives sociales, les inutilités dont on va se débarrasser pour l’essentiel, notre cadre de vie, nos relations, la famille et les amis…

De temps à autre et dès qu’ils en ont la possibilité et le temps, Sufjan Stevens et son beau-père Lowel Brahms, jamment et enregistrent ces moments de partage.
Cela fait dix ans que ça dure et parfois la réécoute de ces moments installe du magique.
C’est de cela qu’est fait l’album, de ces moments qui émergent du partage, de la complicité, de l’essai, de la convivialité, du dialogue, tout cela avec la musique comme vecteur.
Alors ces univers électroniques perdent de leur froideur des boites dans lesquelles ils sont généralement créés, inventés, imaginés et réalisés et cette interaction est là, bien audible et bien palpable. 

Chaleureux…
Un voyage… et on sait qu’en ce moment s’échapper est essentiel.

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Chez E.C.M, Avishai Cohen sort un nouvel opus « Big Vivious » …
C’est un choc positif, un tournant audacieux et une forme d’actualité musicale qui va mélanger jazz, rock, électro tant que révision du classique (Beethoven)…
Ce n’est pas novateur, c’est juste actuel et brise les barrières, les étiquettes, les nomenclatures.
En cela, je sais désormais que la musique commence réellement et culturellement à prendre un sens plus général, moins sectaire et restrictif et ce sont ces jeunes artistes, culturellement ouvert à tout qui montrent la direction à suivre.

L’étrange réappropriation de la Sonate au Clair de Lune de Beethoven en choquera plus d’un, nous ne sommes pourtant pas, là, dans l’approximation de feu Ekseption, mais dans une vision se voulant universelle d’une œuvre qui ici est réorganisée à partir de sa matière première pour prendre sa réelle dimension, celle qui ne se réduit pas au seul aspect figé de son écriture pianistique, mais à sa pensée même.
Cette vision musicale à partir de ce moment qui interpelle, résume quasiment en soi l’album.
Alors tout défilera avec intérêt, attente d’une surprise équivalente et c’est avec les sens éveillés en cette direction que l’on va savourer réellement ce superbe moment musical.

Rare…

Allez, courage, portez vous bien et faites gaffe à vous.

  

lundi 23 mars 2020

ET PENDANT TOUT CE TEMPS…


ET PENDANT TOUT CE TEMPS…

Eh oui, pendant tout ce temps,
on… jardine,
on… cuisine,
on… netflix,
on… playstation,
on… apéro virtuel,
on téléphone à ses potes…,
on streaming…,
on youtube…,
on se fait ch…,
on a la trouille… de sortir (pourtant faut bien aller chercher à manger, des médocs, bref…)… car si jamais…,
on fait le ménage…
on bricole…,
on s’alarme devant les infos…
on commence à gamberger politique et responsabilités/irresponsabilités…
on soutient le personnel soignant, comme ma voisine, doctoresse libérale qui part tôt, rentre… très tard, forcément stressée…
on s’inquiète dès qu’on tousse de l’allergie printanière, dès qu’on a un coup de fatigue, un éternuement…
on écoute de la zic, on la fait, on la partage car on se dit que c’est un moyen de faire plaisir aux gens… surement… alors Aubert, M et tant d’autres font le buzz. J’ai vu Steve Winwood dans son salon, jouer sur son piano, assis sur un rockin’ chair… sacré Steve…
on partage des vieilles photos, ça fait rire, ça fait émerger la tendresse, ça raccroche au passé.
on constate maintenant que c’était vraiment du sérieux, car certains sont touchés, d’autres malades, il y a même des décès, là, pas loin…
l’ancien qui n’avait pas jusqu’alors vraiment réalisé que c’était pas de la blague reste enfin chez lui et a cessé de sortir à tout heure, à tout va, en tous sens… seul humain en suractivité il tranchait largement même avec les gosses du quartier rentrés chez eux à force de vocifération des parents inquiets.

les gamins tournent en rond, les ados vont passer en mode je me ressaisis et je vais m’y mettre, les adultes se demandent quand… car tellement d’incertitudes…
‘tain, si on avait imaginé ça quand on avait vingt ans…
y’avait bien que les romans de SF, les films aussi qui pensaient à un truc pareil en étant estampillés catastrophe… et ça faisait vraiment peur…

mais on va croire qu’ils vont y arriver, à nous en sortir…
pas les politiques, ça non, eux viennent de réaliser qu’en fait ils sont exactement là à ce stade des choses exactement comme nous, une sorte d’égalité, sans liberté et avec une fraternité qui pour eux est enfin temps d’imaginer appeler responsabilité et qui pour nous commence à s’installer, entre personnes…
non, pas les politiques donc… mais les chercheurs qui aujourd’hui sont certainement ceux envers lesquels tous se tournent avec espoir, car c’est bien eux, et eux seuls qui nous sortiront de cette m…
pourtant il n’y a pas vraiment longtemps, quelques mois, un peu d’années, quelques jours aussi… la politique n’en avait pas grand-chose à foutre des études, des budgets, de l’argent pour maintenir l’hôpital à un degré réel de service tant que de moyens pour « chercher ».
ils le leur avaient dit, ils l’ont martelé, ils ont fait des grèves, toutes et tous de ces professions de soignants, de chercheurs, d’urgentistes pour les alerter, leur faire prendre… conscience.
Tu parles…

Macron va parler, là sous peu… il va promettre des moyens pour jouer encore le politicien qui berne les foules, qui appelle à la raison et croit qu’un bon discours va endormir cette « populace » qu’il méprise… lui l’énarque aux idées toutes faites des hautes sphères.
il prend son temps, il sait qu’il va lui falloir peser ses mots…
et peut être écouter ce qu’il a minimisé jusqu’alors, car, c’est vrai… c’était tellement plus important  d’aller se serrer citoyennement pour aller voter…
il sait que tout le personnel médical, soignant et englobant ces métiers qui, là, aujourd’hui se dévoilent comme tellement nécessaires, importants, vitaux – oui vitaux – va lui tomber dessus et qu’un ordre nouveau finira par emporter tous ces nantis du pognon, ces abrutis de l’élitisme autoproclamé.

un virus, une bombe à retardement pour ces arrogants du pouvoir, cette petite famille de suffisants qui maintenant en sont, comme nous à se demander si demain sera encore une réalité tangible pour eux, comme nous tous, amassés.
confiné dans un appart’, coincé dans 30 mètres carrés, le « petit peuple » montré du haut de la vanité d’un ministre pédant va, une fois sorti de cet emprisonnement forcé, de ce confinement, demander des comptes, exiger qu’enfin la raison climatique ne soit plus que des colloques de serrages de paluches mais il voudra des résultats, des mesures concrètes…
il voudra la conscience, car tiens donc, certains constatent que la vie, l’autre vie, reprend ses droits naturels et que par exemple la pollution par ci, par là, régresse… en peu de temps… hmmm ça fait réfléchir…
il faudra cesser de louvoyer – il faudra agir et vite, car là, si ce n’est pas un signal d’alerte, les gars, je me demande ce qu’il vous faut !...

on vous avait prévenus que la culture du pognon (du votre) vous exploserait à la tronche, on vous avait dit que la culture était capitale pour que l’homme se prenne en mains, soit respectueux car lucide quant à son environnement, puisque éduqué et apte à réfléchir sur le sens de sa vie.
purée, cette fois, vous voilà face à un réel problème, un réel challenge face non à des affabulations, face non à la défense de vos intérêts, mais enfin face à ceux qui, vous aviez failli l’oublier, vous ont mis royalement en place pour un pouvoir dont ne faites qu’user et abuser.

il va falloir les sortir de cette m… et cette fois, sans distinction, avec parité, égalité, fraternité et liberté pour que, si jamais, ils reprennent le sens de leurs vies qui sembleront forcément plus libres qu’avant…
pas simple ?
oui les gars, mais bon vous avez tellement bougé vos culs respectifs pour être là-haut, en écrasant tout le monde, en arrogance, en vanité, en insultes, en irrespect, en magouilles que maintenant que vous y êtes, et bien… faites ce pourquoi vous êtes là : enfin vos preuves.

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Allez, j’ai presque plus envie tellement ils me dégoûtent…
mais bon, on va revenir à l’essentiel dans ce blog, la musique.

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Une pochette de ville de fin du monde, noirâtre, glauque, de ces quartiers dits bas qui seront peut-être le fond de nos sociétés futures avec les échelles sociales étagées des sous-sols à la terre jusqu’aux cieux, eux, en haut auront la lumière, eux en bas la fange, la pollution et la basse misère.
Un sujet SF récurant.
Summer Sons et leur album de frangins londoniens « Beats from the Rain » mixe, recycle, groove, synthétise, fenderise, grouille en tous sens sonores, en récup’ Getz et tout ça défile comme le ferait la B.O d’un film documentaire non futuriste, non lointain – juste actuel.

Le jazz des ruelles teinté de blues est là, en gimmicks, en récupération d’objets sonores.
La musique black a positionné ses cultures autour de nous, ces murs, ces méandres de Harlem, ses beats gorgés de sueur, d’urbanité, de moiteur et d’ombre, de noirceur nocturne.
On met le premier titre, puis le suivant arrive et ainsi l’album défile sans accroc, sans qu’on ait envie d’en sortir.
Il est des jours où la pluie peut effectivement installer un beat moite et enveloppant le corps et l’âme jusqu’à l’hypnose.
Comme ici…

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King Solomon Hicks a 22 ans, il joue dans les clubs depuis qu’il en a 13 où il faisait partie du Band du Cotton Club, c’est dire…
Il est de NY et le blues, ça il connait…
Dans cet album « Harlem » il l’a un peu édulcoré certes, teinté de rythm’n’blues, de roots attitude…
Sa guitare soloïse en tous sens, sa voix juvénile me fait parfois penser à l’ami Robben Ford.
C’est un actif de la défense de son patrimoine blues, le gars…

« Harlem » c’est des reprises, rien de bien nouveau, ni novateur d’ailleurs, juste une bonne plongée dans ce qu’on aime, qu’on connait par cœur. Il y a des compos, aussi, pas sûr qu’elles surpassent d’originalité les standards, mais en fait peu importe.
Alors on s’installe, on sort une bonne bière (s’il en reste une) ou plus luxueux, un whisky (là on est au fond de la bouteille) et finalement on se laisse aller à juste ce moment à qualifier de « bon ».
L’orgue tapisse et secoue en riffs nerveux, la gratte circule sur sa pentatonique en gimmicks et clichés éculés mais fédérateurs, un ‘tit rock shuffle par ci, une ‘tite ballade jazzy par-là, un gros swing martelé – la rythmique efficace joue son rôle tranquille… et ça s’écoute en fond ou à fond, à vous de voir.

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La guitare, décidément.
Tiens donc, le roi de la guitare mitraillette, du mode hispanisant passé à la moulinette jazz-rock que j’ai adulé avec son « élégant gitan » sort un album hommage aux Beatles…
Al Di Meola « Across the Universe » fait passer les Fab Fours en tous modes acoustiques world.

Je reste perplexe… qu’est ce qui, au fond me fait écouter cet album dans son entier…
Le fait que cette relecture des chansons des Beatles que j’aime forcément, m’incite à les fredonner tellement je les connais… ?
Le fait que le jeu d’Al Di Meola, toujours reconnaissable et caractéristique intrigue tant que surprend dans un tel contexte… ?
Le fait que les arrangements vont dans une direction originale qui n’est pas pour autant franchement à mon goût, mais peut se défendre, en soi… ?
Au sortir, je ne suis vraiment pas certain que j’aime véritablement cet album, même si j’aime les Beatles.
Mais je ne suis pas sûr que cette surenchère, quelque part évidente quant on connait le guitariste – pourtant ici amoindrie – ne me suffise réellement à y revenir… ce malgré vraiment d’excellents passages.
Comme si on forçait un truc à rentrer dans un cadre parce que c’est ainsi qu’on l’a voulu, même si, à priori ce n’est pas spécialement adapté ou adéquat.
Alors « Dear Prudence » sur argument Caron et Flamenco se retrouve tant coincé qu’obligé de s’en sortir - comme tiens donc… de confiné à devoir extirper le meilleur d’un environnement obligé.
C’est peut-être cela la marge imaginative et créative, après tout…
C’est surement cela qui fait que les Beatles sont universels…

A vous d’en juger.





vendredi 20 mars 2020

EMPLISSEZ VOTRE TEMPS DE MUSIQUE(S)…


EMPLISSEZ VOTRE TEMPS DE MUSIQUE(S)…

Entre info, contre info, intérêts politiques se dévoilant au fil des jours, prise en compte enfin sérieuse et affirmée avec raison par des professionnels de santé - dont je me dois de saluer ici l’engagement, la compétence, le professionnalisme mais aussi la difficile et inédite mission humanitaire, sociale, civique – scandales en tout genres émergeant et dénoncés prouvant encore une fois les mentalités nauséeuses de nos dirigeants (allez lire Onfray), la vie confinée et presque redevenue raisonnable (même si certains s’imaginent qu’avec un papier d’autorisation permettant d’aller chaque jour chercher… son pain, son journal… peut être une « astuce » afin de frauder face à un fléau dont ils ne prennent pas la mesure) s’organise pour chacun.

Vous imaginez bien que la musique a ici place prépondérante…

Pas que, par exemple Canal a eu l’idée généreuse d’être en clair par ces temps d’incertitude.
Hier, j’ai enfin pu regarder le film sur Queen, raté lors de sa sortie au cinéma et dont les ados ne cessaient de me rabâcher les oreilles suite à leurs déplacements massifs pour aller s’en abreuver.
Je pense les avoir compris et je ne regrette pas d’avoir passé l’après midi à m’émouvoir tant que remettre le groupe Queen à une juste place que j’avais particulièrement négligé et ce dès leur arrivée en « Bohemian Rhapsody »… ça ne date pas d’hier.

J’ai certainement réalisé que mon peu d’intérêt pour Queen, ou mon intérêt relatif était certainement dû au fait, qu’ado, ancré dans le langage de la batterie, Roger Taylor ne m’inspirait pas grand-chose… La déformation sur fond instrumental peut parfois se révéler œillères, cette conscience je l’ai véritablement prise en compte hier, au sortir de ce film qui m’a, d’une part fait réévaluer l’impact réel de ce groupe dans l’histoire du rock, et d’autre révélé le génial conceptuel initial.
Un concept, parti pourtant d’un domaine que j’adule, l’opéra, émanant du charisme vocal de Freddie Mercury.
Et puis, sa vie, son décalage, ses errances, son mal être tant que son génie qui a influencé tant de musiques, tant d’ouverture d’esprit, tant de comportements, tant de prises de risques artistiques…
L'actualité d'un virus, autre fléau que celui que nous vivons an ce moment, celui du Sida qui l'emporta... mais lui donna le statut de légende.

Alors avec retard et un retard - qui n’est pas celui d’avoir négligé d’aller au ciné voir ce film à sa sortie mais qui date de l’arrivée, pourtant auréolée de passion par mes amis musiciens d’alors, à la sortie de cette nuit à l’opéra - j’ai compris l’engouement des gens pour Queen.
J’ai compris pourquoi même encore aujourd’hui, à la lumière de ce film... depuis les adolescents découvrant le charismatique Freddie jusqu'à encore s'y identifier aux adultes se remémorant par titres phares les moments clés de leurs vies respectives, Queen était et restait un événement musical majeur et légendaire.
Le croisement du rock, de la grandiloquence classique populaire, de l’emphase et du sérieux, du show charismatique servi par l’exigence et l’audace créative.

Comme quoi il n’est jamais trop tard…



Vous le savez aussi, je n’aime pas trop « regarder » la musique, ou si rarement, comme hier…

Alors quand je n’en fais pas, en ces moments où cela est impératif, libérateur tant que nécessaire, j’en écoute, forcément.
Alors mon Qobuz dont je réitère ici l’extrême qualité, soin apporté aux auditeurs exigeants m’est un précieux outil et ils font tout pour en cette période pour le rendre à la fois attractif, exigeant, sérieux et mis à jour en nouveautés permanentes.

...

Roger et Brian Eno, les deux frères qui avaient collaboré avec parcimonie sortent ce mois ci un album qui semble parfait pour accompagner ces mornes journées, favoriser la réflexion et quelque part l’introspection, la pensée et une forme de repli sur l’essentiel de nos vies dont on prend la conscience de l’éphémère.
Cet album « Mixing Colors » est un appel à tout cela, à cette plénitude dont nous avons besoin et à cette nécessité méditative qui devrait faire partie de nos vies tellement happées d’habitude par la course au temps, par le travail, par le stress aberrant et absurde dont, si l’on a capacité de recul, on ne peut prendre que la mesure futile de sa source, ce bien souvent.
Il s’installe là dans l’espace de la vie comme tous ces albums ambient de ces géniaux protagonistes de cette esthétique du bien-être, de la mise en/avec musique de la vie, du quotidien…
Chaque composition défile comme une dentelle ciselée, délicate, belle et douce.

Le temps et l’espace se redimensionnent, la seule idée de pulsation n’est pas à l’ordre du jour, ces musiques dépassent toute notion terrienne et chargent d’emblée celle de spirituel.
Alors nos âmes, nos pensées, nos esprits se libèrent et elles servent de vecteur à cette irréalité.

A ne manquer sous aucun prétexte… sortir du temps et de la contrainte est plus que vital.   


Ophélie Gaillard continue quant à elle à visiter toutes les esthétiques, toutes les époques, tous les genres, même…
C’est certainement cela qu’être réellement musicienne en ce XXIème siècle, avoir la capacité de briser les frontières, de passer outre les confinements (encore, ce mot !) esthétiques.
Le faire avec culture, recul, talent… 

Ces « jeunes », cette nouvelle génération dont on imagine, dont on croit devoir penser que « la musique classique n’intéresse plus les jeunes » prouvent en fait que le terme de musique classique est en passe de devenir, heureusement obsolète…
Il s’agit juste de « musique »…
Jouons la musique, apprenons la musique, parlons musique et cessons d’être des abrutis à œillères défendant telles attitudes se voulant passéistes, telles « philosophies » surannées, tels élitismes voulant créer des barrières tant sociales qu’humaines, tels comportements liés à l’aberration de l’étiquetage...
Développons l’idée de culture, inondons de musique(s) la vie, sans limites et sans frontières tant sociales qu’éducatives.

Utopique ?
Pas tant que cela et ce sont ces artistes, jeunes, pluralistes, ouverts vers tout, car nourris à tout,  porteurs d'un avenir certainement plus respectueux de tout cet ensemble de culture(s) – qui seront probablement exemple.

O.Gaillard aime Vivaldi.
Elle n’en est pas à sa première dans l’interprétation de ce compositeur tant populaire que prolixe, tant légendaire qu’aimé comme Mozart unanimement, de tous.  

Ce nouvel opus « i colori dell’ ombra », magistralement interprété par son Pulcinella Orchestra nous fait voyager dans ce temps vénitien imaginé, imagé, chargé de carnavals et de masques mystérieux, fantasques, fantasmagoriques, érotiques, exotiques, ésotériques, fantastiques et poétiques, artistiques, délicats, baroques, excentriques, représentatifs de cette société en décadence, en quête de beau et d’esthétisme.
Lucile Richardot à la voix quasi masculine fait contre-pied à celles de haute contre que le baroque nous a accoutumé à repérer. L’effet est saisissant et cette « féminité masculine » presque androgyne à l’écoute augmente d’avantage ce voyage en ces temps de castrats, d’orphelines de la Piété musiciennes de l’extrême vivaldien, professeur tant que prêtre aux mœurs, n’en doutons pas, fantasques.

Le travelling s’opère dès les premières notes, les canaux se dessinent, les palais balisent le champ de vision, la place Saint Marc forcément déserte en ces jours de virus covid 19 est là, au bout de chaque ruelle et les gondoles oscillent, vides, amarrées à ces pieux fichés dans l’eau saumâtre.
Entre 1575 et 1576, bien avant Vivaldi - la ville connut une épidémie de peste légendaire.
L’information ne passait que par annonces, certainement tambourinantes.
La peur, la panique, les morts, la chaux vive sur les cadavres, seul moyen de non-propagation…
Le confinement là encore, forcément obligé mais tardif dû aux manques de moyen liés à l’époque de communication…
Sans parler des moyens sanitaires…
Tout dans l’histoire de l’homme rappelle ces moments d’incertitude, de panique et de hantise…

Que cela n’empêche pas de voyager avec Ophélie Gaillard et son ensemble Pulcinella – un album en forme de machine à remonter le temps.



En voici quatre dont le nom de scène a été épinglé dans mon carnet de notes, rubrique « à creuser » dès le jour où j’ai acheté leur album « Brazil » - le quatuor à cordes « Ebène ».

J’ai donc creusé après m’être délecté de ces péripéties musicales ensoleillées par les voix de Bernard (Lavilliers), de Stacey (Kent)  - présente également ici - et je suis tombé, au fil de leur discographie tant variée que, là encore ouverte sur LA musique, sans barrières, sans restrictions, sur cet album : « Fiction »…

Travelling là aussi, plus réel, argumentaire avec cependant quelques échappées…

Les thèmes de films sont abordés ici en projet clé et le chemin musical se construit autour de ce concept, avec des arrangements d’une phénoménale intelligence, d’une approche tant sensible qu’originale – chose logique car l’écriture pour quatuor à cordes impose un savoir faire véritablement savant et de connaissance d’un patrimoine (Beethoven, Schubert, Bartok, Mozart, Haydn…).

Le quatuor se met en avant, accompagne chant,  côtoie batterie et percussions et parcourt ici en un kaléidoscope - face auquel rester insensible est impossible, dont le biais argumentaire pluraliste des supports musicaux de ces films connus de nous tous tant par leur synopsis que par les « tubes » musicaux qui les ont installé à postérité - l’idée là encore générale et finalement simple de musique(s).

Nouvelle génération de classicos oblige, les voilà passant à la moulinette inventive et habile tant que virtuose « Amado Mio », « Calling you », « Come Together » ou encore « Nature Boy » et l'immense "Nothing Personnal" de Michael Brecker…
Les barrières, par ce projet unificateur de musique, sont franchies. 

Il n’y a pas de démagogie musicale, leur degré d’exigence et leur niveau en tous domaines est tel que cette seule idée ne viendrait même pas à l’esprit et qu’elle s’efface dès les premières notes de « Misirlou » … pourtant imaginé racoleur.
Le niveau des arrangements tant par leur particularité, leur degré implicatif, leur connaissance culturelle et le respect des titres « base » se situe en haut du panier musical et leur exécution, interprétation suscite l’admiration tant que met en évidence la pluralité et l’ouverture culturelle véritablement actuelle de ces artistes.
Des artistes tel que ce XXIème siècle se doit d’en former, produire et respecter.
 
Qui a dit que les jeunes d’aujourd’hui n’étaient plus attirés par la musique classique ?
Pas eux en tout cas… 
Allez donc pour compléter ce merveilleux album les écouter quant ils interprètent Bartok, Schubert, Ravel, Debussy, Fauré, Beethoven.
Ils y sont tout aussi excellents que quand ils retrouvent Michel Portal… ou comme ici… les Beatles ou Wayne Shorter.
Et ils sont passé en haut de fait, de mon box-office quatuors…

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Trois albums de temps à autre…

Pas la peine d’en mettre des tonnes car avec chacun de l’un d’eux il ne suffira certainement pas d’une seule écoute pour en apprécier la finesse de chaque détail – rien que ce « Calling you » et ses contre chants aigus ou "Smile" d'une intense émotion, du quatuor Ebène, vont remplir à eux seuls quelques autres minutes en mode répétition de ce temps de confinement qui va s’étendre et relativiser obligatoirement cette notion si découpée… du temps…
Merci de votre passage...
A très vite.


dimanche 15 mars 2020

VOUS RESTEZ CHEZ VOUS ? écoutez donc de la musique…


VOUS RESTEZ CHEZ VOUS ?
écoutez donc de la musique…

Que faire ?
Quoi faire ?
Attendre quoi, en fait ?

La première annonce gouvernementale a en premier lieu saisi les esprits, imaginé de s’organiser, se réorganiser.
BAC ? Exams ? Comment faire ? Un vide professionnel et relationnel s’installe à l’horizon.
Un vide sonore aussi. Les cours de musique comme environnement quotidien ça remplit obligatoirement cet espace.
Et paf, hier, la suite.
Confinement quasi-total – rester chez soi, éviter de se déplacer. Eviter autrui.
On dit le français égoïste, austère – vu d’ailleurs, c’est qui sait ? vrai.
Vu d’ici, de l’intérieur, ça va tout de même bouleverser nos vies que de rester ainsi en stand-by, comme en parenthèse avant… avant quoi ? au fait…

Gamin les films de SF à connotation pessimiste/catastrophique nous faisaient peur, car tellement plus réalistes et tangiblement possibles que ces univers de vampires et autres super héros venus d’un ailleurs en Comics urbains dégénérés.
La terre révoltée, les virus inattaquables, les populations décimées…
Certes, peste, choléra, grippe dite espagnole et H1N1 ou encore moustiques ravageurs, je ne parle pas de ce sida et de ces cancers si virulents… on en a connu des ferments de craintes humaines… mais là, qui sait ? autre donnée, autre alerte ?
Sans céder à la panique ni à la résolution tacite, il faut bien admettre que, ça va vite et ce n’est pas les « alertes » qui ont pu faire bouger les véritables décisions politiques, pourtant là il a bien fallu qu’ils se « décident »…
Car face à cela, finalement, on est tous égaux… j'y reviendrais.

Une Rome déserte ?... Brrr…
Comme un film d’apocalypse, sans l’envahissement de la végétation reprenant ses droits.
Des réflexes puisant dans les fins fonds de l'irrationalité humaine, des bas instincts de la survie, la peur… Trump…
Racisme, accusations, isolationnisme…

Allez, je reste optimiste et croyant en l’intelligence pour stopper tout ça, après tout, avec un microscope digne de ceux vendus à Jouet Club, Pasteur a bien réussi à stopper la rage… ou du moins à lui opposer un adversaire capable de l’annihiler.

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Bon, Netflix va être saturé…
les chaines TV d’infos qui se relayent pour œuvrer entre réalité, capharnaüm et psychose vont être prises d’assaut audimat.
Je vais suivre comme tout à chacun du plus près possible et puis, un piano me tend les touches, le printemps me tend sa terre à potager et mes rayonnages de musique en cas de saturation de streaming me tendent l’oreille afin que ce temps puisse s’écouler du mieux possible et avec la musique ce mieux m’est forcément meilleur.
Et puis on va pas les oublier ces chers et tendres élèves, on va justement leur en donner… à écouter, tant qu’à faire et à lire, aussi.

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JOHN ADAMS « HARMONIELEHRE » - Album « The John Adams Edition – Berliner Philharmoniker/Simon Rattle ».

John Adams est un compositeur que j’ai découvert par le biais d’une revue d’il y a bien longtemps, une revue intitulée « Classic », décennie 90. Je m’étais abonné et malgré le fait qu’elle fut éphémère (pas plus d’un an et demi me semble-t-il), j’y trouvais largement de quoi satisfaire ma curiosité dans une pluralité d’articles, de pertinence, de « critique »…

Des analyses, des interviews et justement celle de ce compositeur dont le propos m’avait instantanément séduit, expliquant ses interrogations, ses recherches, parlant de jazz, de rock, d’ouverture de ces nouveaux « savants » de la musique, vers la réalité musicale ce, jusqu’à l’usage des logiciels d’écriture pour et comme moyen de composer.

Dans les années 90 les moteurs de recherche n’étaient pas aussi rapides, « instruits » et performants qu’aujourd’hui. Certains étaient les favoris des musiciens, comme si une forme de spécialisation s’installait avant l’ère des « gros » …
On se souvient du chien Lycos qui cherchait…
John Adams… c’est autour de cet article et de cette interview qu’il m’avait fallu me faire une idée et tenter de me procurer son œuvre, par cd, auprès de vendeurs interloqués à la prononciation de son nom… « John… Adams ? C’est qui ? Ça doit être classé en jazz… Ah ? Du minimalisme ? répétitif ?... Cherchez en musique contemporaine, qui sait… ».

2020, cours de culture musicale adultes.
On a refait les chemins du jazz, on a parlé Amérique (celle qu’on aime, pas l’image trumpiste qui détruit nos rêves), on est passé par Ives, récemment évoqué, Bernstein… puis présenté cette « école » minimaliste de musique « sans intention » (ce concept tant abstrait que novateur), dixit P.Glass. 
On a focalisé ses sens sur l’addition soustraction de cellules chez Glass et le décalage de pulses chez Reich, insisté sensoriellement sur le fait que le chemin musical n’est effectivement pas dirigé par l’axe tonal habituel insufflé par le compositeur mais que, justement l’auditeur peut prendre des directions, des choix, des alternatives au sein de l’écoute. 
Il devient responsable de sa perception.

Adams, c’est le cas suivant, l’autre, celui qui, justement, en 1985, à propos de cette œuvre, est dans l’impasse du minimalisme, dans l’impasse du schéma tonal et répétitif de cette école.
Il cherche, ne trouve et comme ces cellules infiniment répétées il tourne en rond.
Il fait alors un rêve qui lui montre la voie et lui ouvre l’espace vers la libération.
Il va enfin pouvoir mêler ce mouvement auquel il appartient avec l’acte musical qui a déstructuré le système tonal (et modal), le traité d’harmonie de Schoenberg.
La série répétitive, finalement… voilà bien j’imagine des idées parallèles, relatives.
Puis il va se libérer du carcan de la non-intention pour installer thèmes, réminiscences romantiques et programme digne de la symphonie à programme en usant, comme par le passé, de mythes et légendes, celles et ceux qui font encore travailler l’imaginaire de l’enfance. Sa fille d'ailleurs a participé directement à lui faire imaginer l'oeuvre.

Cette œuvre en hommage au grand inventeur de nouvelles règles musicales Arnold Schoenberg (en écrivant cela je repense à un certain « Thank you Pierrot Lunaire » de Soft Machine…) est, dès les premiers tuttis massifs et clairs un choc, un appel à la beauté, un appât esthétique qui vous attire et que l’on dévore avec une envie, une attraction immuable.
« Waouh, c’est beau ! », c’est effectivement ce qu’il vient directement à l’esprit en quelques mesures, en une poignée de minutes.

Trois mouvements, comme une symphonie classique…
Des cellules répétitives d’une écriture de juxtapositions qui aurait pu être hypnotique (il rend ici également hommage à Riley et son célèbre et précurseur « In C ») comme dans la majorité de ces œuvres…
Mais l’hypnose musicale est ailleurs, au-delà, principalement dans ces thèmes d’une profondeur et d’un lyrisme mélodique qui remet le romantisme à l’heure actuelle (Sibelius, Liszt ou encore Mahler sont cités, évoqués, suggérés). 

Simon Rattle a consacré un coffret à l’œuvre de John Adams et embarqué le philharmonique de Berlin dans l’aventure – ce simple fait n’est pas anodin. Pour qu’un tel chef à la tête de l’un des plus grands orchestres de musique symphonique au monde, sur son propre label de surcroît se positionne ainsi envers un compositeur cela atteste du respect qui lui est voué.
John Adams a un catalogue d’œuvres remarquable et captivant tant que varié, oratorios, symphonique, opéra, pièces minimalistes…
Se laisser envoûter par sa musique, voilà bien un excellent remède pour passer le temps.

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DONAL BYRD « FANCY FREE » - Blue Note 1969.

1969, le jazz s’électrise, le fender rhodes (qui agit comme un tapis, dixit Miles) est désormais installé sur toutes les scènes, dans tous les studios, sa sonorité cristalline, sa capacité à être augmenté de modules, pédales habituellement exploitées par les guitaristes ouvre le champ d’expérimentation vers de nouveaux horizons sonores.
Le funk, la soul, le rythm’n’blues viennent enrichir son langage, ils ne sont plus parallèles, mais prennent leur juste place dans un jazz qui va quelque part synthétiser et fusionner la culture afro-américaine.
Miles vient de révolutionner, encore une fois, l’idée générale de l’étiquette du jazz avec « In a Silent Way ». De longues plages modales, un accord, un espace ouvert autour d’un riff, d’une ligne de basse, d’un motif rythmique – les consignes données aux musiciens sont tant vagues que plurielles et interactives. Le sens du mot solo n’a plus grand-chose à voir avec l’idée commune, l’idée de collectif social émanant du flower power et des hippies, de la beat génération est transposée à la musique version rock, version jazz.

« Fancy Free » est l’un de ces albums qui paraissent en ces temps de mutation d’une musique qui va progressivement s’électrifier de plus en plus, devenir jazz rock, puis fusion là où elle est reste, comme ici, encore en point d’équilibre entre deux espaces, comme une ligne d’horizon qui serait en elle-même un chemin à suivre, les protagonistes lorgnant d’un côté, de l’autre…

Hantés par le swing, attirés par le groove…
Habitués au thème écrit ou prétexte, attirés par la liberté…
Traumatisés par le free, éduqués au bop, débridés au modal…
Ils cherchent, s’émancipent, expérimentent et investissent d’autres lieux (sens propre comme figuré), d’autres espaces, d’autres modes de jeu et d’enregistrement, d’autres « concepts ».
Les voisins de la pop et du rock ont bousculé les codes, ils s’y mettent, eux aussi.

J’entends tout ça dans cet album, cette envie d’aventure, ce besoin générationnel d’en découdre mais de rester en mode « respect », de bouger les codes en gardant le patrimoine désormais hard bop.

Quatre plages, des beats sur progressions ouvertes, solides, roots, binaires, des solistes qui lorgnent vers de nouvelles directions, pas free, pas vraiment bop, autres… des riffs de cuivres droit sortis du funk, de la varièt’ populaire, magnifiés par un jeu et des inflexions jazz.
Des thèmes simples, efficaces, chantants, directs et empreints de jovialité éclairent cet album, pas de hargne, pas d’agressivité, pas de nervosité, juste une infinie souplesse…
Le swing a changé, s’est mu en groove… c’est certainement aussi simple que cela.
Au service de cette nouvelle donne qui reste encore très souple et féline, le leader Donald Byrd, trompettiste des expérimentations d’une génération free, Frank Foster qui reprendra tant d’années après le flambeau du big band de Count Basie, soliste et arrangeur subtil et précis, le tromboniste que je vénère, Julian Priester, compagnon de Herbie Hancock dans son sextet révolutionnaire et poseur d’un album « love, love » chez ECM qui augmente le concept de ces nouvelles visions, Duke Pearson en axe de chef d’orchestre au fender rhodes, un jeu groovy, churchy, funk et soul tout cela à la fois… Joe Chambers et Leo Morris se partagent les drums complétés parfois par un arsenal de percussions discrètes et coloristes qui amplifient leurs grooves soutenus par la basse davisienne de Roland Wilson. Par ci et par là les flutes de Jerry Dodgion viennent apporter le plus de légèreté et de délicatesse à l’ensemble.

Extra…

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ENSEMBLE RESONANZ :
« Mozart, Symphonies 39-40-41 Jupiter », direction Riccardo Minasi.
« Bryce Dessner, Tenebre ».

J’aime être surpris…
Je pars d’une énième version des symphonies les plus rabâchées du génie Mozart, celles dont je crois connaitre chaque recoin, dont j'ai lu et relu les conducteurs, que j'ai étudié en profondeur, analysé en long large et même travers et voilà que je tombe là-dessus et je me retrouve face à une autre et nouvelle vision. Une vision qui par d’infimes comme de caractéristiques traits de choix, de texture, de nuances, d’interprétation, de directions fait redécouvrir ces monuments sous un angle encore une fois différent. 

Cela redéfinit alors Mozart, les écoles d’interprétation – Walter, Marriner, Hogwood, Karajan, Böhm… les chemins tracés d’us et coutumes, de réflexes d’écoutes « habituelles » et habituées.
Pourtant là finalement rien de véritablement divergeant, de véritablement transgressant, de véritablement différent et pourtant, si ce n’est…
un rapport énergique plus présent, tendu, actuel…
un espace entre pupitres d’une grande clarté.
un autre espace, celui des valeurs de silence qui se positionne comme des respirations et augmentent de fait, le potentiel de ces mélodies qui retrouvent une fraîcheur, une pertinence, une réalité.
un axe rythmique assumé qui réactualise Mozart et le re-dynamise en place de contenter l’accompagnement de la mélodie comme seule possibilité.

Alors chaque mélodie, chaque chant et contre chant prend une place sensible et sans besoin d’insistance dans l’échiquier de cette orchestration naturelle mozartienne, faite de relances tonales, de contrastes souvent oubliés, de contrepoints rythmiques que l’on (re)découvre ici car souvent ignorés, oubliés ou simplement négligés.
Toute cette lecture redonne à ces symphonies une aura qu’elle aurait qui sait perdue si de tels interprètes n’étaient capables de simplement « oser » et par ce terme être en capacité de modifier sensiblement par touches et par intelligence des directions empruntées depuis des lustres, des décennies… des siècles. Mozart est ici ressuscité, rajeuni, plus rock que jamais, oui rock est bien le terme qu’il faudrait mettre sur l’image de ce compositeur qui en trente seules années de vie a empli l’univers terrien de génie, de musique, marquant à jamais de son empreinte cet art.
Un artiste extrême, excessif, politiquement incorrect, engagé et même si l’exagération de Forman l’aura décrit comme un gamin irresponsable et festif, il n’en était pas moins un adorateur de l’épicurien, de la vie, des gens.
Une vie qui ne l’aura pas épargné et qui l’aura brisé tant qu’auréolé.

Mozart, lui aussi, victime d'une épidémie - égal devant tous face à ce que nous tous sommes, simplement des humains...

Une star avant les stars, le premier roi de la pop, si tant est que l’on puisse dire de ce terme qu’il insuffle l’idée d’être « populaire » à savoir avoir su composer des « airs » que tout à chacun connait et peut se souvenir, capable de les fredonner car installés dans la mémoire collective.

La curiosité m’a donc poussé à rencontrer cet ensemble Resonanz, un ensemble de cordes fondé en 1994 dont le but est de faire se rejoindre, se connecter le répertoire dit traditionnel et les créations contemporaines, alors, de ces merveilleuses réinterprétations là aussi - mais plus difficiles à supposer en comparaison rapport à Mozart tellement enregistré et joué – des symphonies de Carl Phillip Emmanuel Bach j’ai puisé dans leur discographies et sorti cet enregistrement du compositeur Bryce Dessner « Tenebre ».
Là, et en me renseignant d’avantage jusqu’à découvrir qu’ils ont enregistré pour des urban series avec des DJ et joué dans des clubs, j’ai compris leur direction, leur sens ici supposé dans cette lecture mozartienne impressionnante.
« Tenebre » du guitariste Bryce Dessner, membre du groupe rock The National est le parfait exemple de cette connection entre les univers, les espaces musicaux tel qu’ils se doivent d’être fusionnés en ce XXI siècle. Plus de barrières, plus de confinement esthétique (terme récurent en ces jours d’incertitude) et plus de limites restrictives – bref, tout le contraire de ce que ce virus nous impose pour une sauvegarde de l’humanité. L’axe esthétique rock en riffs du compositeur est bien présent, le mode répétitif version cubase est bien lisible, le jeu de guitariste de groupe est bien représenté avec ses modes de jeu directement transposés aux cordes.
Et ce moment répétitif avec le chanteur electro Moses Sumney, atypique, à la carrière soliste qui attise la curiosité (de EP à des génériques de séries Netflix) installe une aura inoubliable.

De Mozart à Dessner en passant, après tout par le fils de Bach et bien d’autres albums captivants et transcendants, cet ensemble Resonanz est ma grande découverte de ces dernières semaines.
Et si, parfois certaines des œuvres contemporaines qu’ils ont choisi de mettre en lumière demandent un réel effort de concentration et de moment à choisir pour entrer et apprécier ces nouveaux espaces créatifs « connectés » entre esthétiques, comme maintenant certains d’entre nous auront le temps de tenter de s’occuper autrement, c’est l’occasion.

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Pour conclure je n’oublie pas - au-delà de l’occasion futile et oisive que certains comme moi pourraient avoir de mettre à profit ce temps qui s’ouvre devant nous pour le prendre justement ce temps (mais je sais que ma vie professionnelle va très vite me rattraper) – ceux qui vont se retrouver dans le marasme social, chômage, perte de proches aussi, bref, tout ce que peut engendrer une telle situation et face à laquelle je me sais comme tout à chacun vulnérable.
Protégez-vous et prenez soin de vous…
Cette alerte-là, il va vraiment falloir que nos politiques en prenne la véritable mesure mondiale et terrienne. L’homme, dernier des prédateurs de la planète va en prendre un coup et ce message d’alerte devrait monter au cerveau des dirigeants, finalement enfin logés à la même enseigne que tous.
L’égalité… cette fois n’est plus qu’un vain mot.








vendredi 21 février 2020

LYLE MAYS – « SOLO – Improvisations for expanded piano »


LYLE MAYS – « SOLO – Improvisations for expanded piano » / 2000, Warner. Prod Steve Rodby.

Les passionnés d’ECM sont tristes, les fans de Pat Metheny en deuil sans parler de nombre de pianistes.
Lyle Mays est décédé d’une « maladie récurrente », ce 10 février 2020.
Je voudrais ici rendre un dernier hommage à ce pianiste/claviériste qui fut le parfait et complet alter ego de Pat Metheny et dont le jeu musical était le parfait complément de ce guitariste marquant.

La première fois que j’ai écouté Lyle Mays c’est au travers de l’album « Offramp » de Pat Metheny.
Cet album m’a, à l’époque, marqué profondément à de nombreux égards.
Je me souviens même être resté dans ma voiture, k7 engagée dans l’autoradio, afin de me laisser submerger par la vague d’émotions que déchargeait le titre « Are you Going with me ? », son solo dont j’ai largement débattu ici, l’envoutement de ces nappes de claviers et le sens orchestral de progression développé tant par Metheny que par Lyle Mays et… le choix des textures synthétiques, de ce solo d’harmonica/mélodica à ces immenses nappes et pads aux richesses tant de couleur sonore que d’harmonies empreintes de jazz, de classique et de pop-folk.
Ce soir-là, je suis resté sous la pluie battante qui attaquait la voiture, une vieille Opel Kadett, j’étais fasciné…
Je le suis resté, très longtemps, envers ce Pat Metheny Group ce même lorsqu’ils quittèrent ECM pour signer chez Geffen et se diriger vers des cieux plus internationaux, si ce n’est commerciaux.

J’ai toujours associé Pat Metheny à Lyle Mays, Lyle Mays à Pat Metheny, comme deux frangins liés par la musique, associés par une sorte de pacte d’éternité.

Il y eut, après « Offramp », « First Circle » avec sa fanfare déjantée en ouverture, et ces titres tous aussi magiques et merveilleux les uns que les autres « Mas Alla » et « The First Circle » au développement identique mais avec ces voix sorties du Brésil ensorcelantes.
Je me doutais bien qu’un jour les deux frangins oseraient d’avantage et je fus naturellement comblé à la sortie de leur album, cette fois réellement en duo (avec quelques interventions de Nana Vasconcelos) « As falls wichita, so wichita falls », un album que je crois avoir usé en vinyle tant cette nouvelle notion, sous couvert d’étiquetage jazz, mais embarquant vers d’autres données de musique instrumentale, me captivait.

Pat Metheny désormais renommé est alors parti vers des aventures diverses, revenant régulièrement à son « Group », socle au personnel changeant mais au claviériste resté fidèle et surtout indispensable à la pâte identitaire de ce concept musical.
Ils participèrent à la BO de ce film, « Falcon and the Snowman » dont Lyle composa le titre phare, chanté par David Bowie, une sacrée reconnaissance et surtout la mise en évidence que Lyle Mays était un claviériste, un pianiste et un compositeur pas exclusivement étiqueté jazz, mais bel et bien universel.
D’ailleurs « Shadows and Lights », l’album live de Joni Mitchell est un puissant témoignage de la capacité de cette génération sortie de Berkeley à embrasser toute les musiques, sans limites, sans frontières, sans gêne. Là, les deux compères se frottent à Michael Brecker, dans une verve olympique et positionnent entre Jaco Pastorius véloce, volubile, incroyable et le saxophoniste une passerelle de sérénité, d’immensité, de paysages sonores en parfaite adéquation avec les titres folk-jazz et les textes poétiques de la dame. Passerelle entre « Mingus » et « Hejira », sans oublier « Don Juan ».

A ce stade je réalise que le jeu, la (les) sonorité (s) de Lyle Mays ainsi que son image d’éternel étudiant, habité par la musique, fasciné par le piano tant que par la technologie (la génération des premiers synthétiseurs numériques, du M.I.D.I, les Oberheim et autres Fairlight, tout cela associé à la guitare synthé de P.Metheny) me sont restés familiers, courants, comme habituels.

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« Pascal, fais-nous ces nappes à la… tu sais ce gars qui fait les claviers avec Metheny, ah oui...  Lyle Mays sur ce morceau, tu sais, ces trucs qui donnent de l’espace, c’est ça qu’il faudrait pour le fond de ce titre » - un ami guitariste m’avait sorti ça, un jour, alors qu’on était en studio et que je cherchais une toile sonore pour le titre qu’on enregistrait. J’avais commencé à creuser en ce sens avec mon fidèle X3 Korg et effectivement je tentais très humblement et très modestement de me rapprocher de cette idée installée depuis des lustres dans mon mental musical.

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Rares sont les pianistes pouvant à la fois se frotter à des monuments comme Keith Jarrett et en même temps avoir un sens réel de l’usage du synthétiseur non en soliste comme Corea, par exemple, ou en orchestrateur jazz, comme Zawinul, mais en texture, en orchestrateur ambient, sachant mettre sa technique digitale au placard pour, en toute humilité et surtout musicalité installer des nappes et pads où le son compte plus que la prolongation technique pianistique virtuose.
Lyle Mays est à cet égard non seulement rare mais aussi quelque part véritablement unique.

J’ai aussi justement cette image de gars simple, humble, passionné tant qu’efficace, effacé car intègre et peu enclin à la starification, resté éternel étudiant, certainement fasciné par l’avancée technologique et les possibilités que celle-ci apporte à la création musicale.

C’est pour cela que je veux mettre en avant son album « solo – improvisations for expanded piano », enregistré sur un piano à queue (certainement un Steinway), un piano midi et des synthétiseurs.
Un album intriguant prouvant les capacités multiples de cet artiste.
Il a de prime abord enregistré ses improvisations au piano, puis celles-ci dans l’ordinateur, il a ajouté des orchestrations midi, des extensions synthétiques permettant d’augmenter le potentiel de ses élans spontanés et à la charge émotionnelle immédiate.
D’emblée le concept interpelle, cette idée jarrettienne d’improvisation totale, sans thème initial, juste se « mettre » au piano et aller là où son âme vous mène. Ici, si l’on s’en tient au jeu pianistique original, la virtuosité n’est pas gratuite, elle est utile, jaillit lorsque l’on sent que le propos doit obligatoirement en passer par une forme d’énergie où le débit des notes s’impose. 

L’esprit créatif et instantané de Lyle Mays se révèle là encore tel l’image qu’il donne, tel que son parcours tant extrêmement personnel qu’ouvert sur toutes les musiques qui lui permet de nombreuses références intégrées afin d’être langage et bagage identitaire.

Son producteur et autre acolyte du Pat Metheny Group, Steve Rodby a su parfaitement saisir ce projet et a su le mettre en valeur, en relief sans charger vers une vision où le son de synthèse prendrait le pas sur l’essence des improvisations et à l’inverse sans effacer ces apports et renforts synthétiques.
Le point d’équilibre est donc atteint, la musique est alors là posée comme je l’ai précisé, dans une totale universalité permettant d’oublier l’étiquette stylistique pour rester justement et simplement musique.
Une performance, en soi.
Une véritable idée de passerelles, d’ouverture et de réelle transversalité (ce mot trop à la mode de nos jours dans les échanges pédagogiques) émane de cet acte artistique.

Seul et en solo, Lyle Mays, préférant certainement la compagnie musicale de son frère de musique et de route Pat Metheny, a présenté là un album unique, rare et finalement trop confidentiel.
Cet album est un véritable témoignage musical de liberté, de langages, de vision actuelle tant que futuriste de l’outil technologique au profit de la création, de simplicité (et pourtant la musique ici est loin de l’être), d’humilité et d’émotions.

...

Décidément, ECM en prend un coup ce mois-ci…

Jon Christensen, ce batteur dont j’ai parlé récemment, lui aussi si personnel, si atypique.
Lyle Mays, ce créateur d’images sonores, ce mélancolique aux doigts sensibles et au toucher délicat, cet éternel jeune homme au regard détaché de la réalité, la musique étant sa réalité, ce musicien à la carrière tant impressionnante qu’enthousiasmante et ce frère de route et de musique indissociable de l’une des plus grandes stars de la guitare, qui certainement, sans lui…
RIP, Mr Mays, tes longues plages musicales restent définitivement en moi et je t’en remercie.


mardi 18 février 2020

Coups de Cœur, la suite…


Coups de Cœur, la suite…

HAYDN (1732/1809) – « Les Saisons » (1799/1801) – Harnoncourt (live 1987 - teldec).


On le remarque en lisant les dates, « les saisons » de Haydn est une œuvre composée par le grand compositeur à la fin de sa vie. Il s’agit d’un oratorio créé à partir d’un poème de l’écossais James Thomson, une direction musicale et éthique qui s’éloignait de l’oratorio classique tel Haendel et pour laquelle Haydn, malgré quelques réticences initiales se laissa finalement séduire.
Il composa cet oratorio déifiant la nature avec ces saisons comme prétexte à philosopher mais aussi infléchir sur des notions tant scientifiques que même « économiques » sous la commande du baron Gottfried Van Swieten. Haydn était désormais débarrassé de ses obligations envers le Prince Esterhazy (il lui avait d’ailleurs exprimé en musique sa révolte avec sa célèbre symphonie « La Surprise » qui représente à mon sens un acte artistico-politique fort, pas sûr que nos politiques actuels soient suffisamment subtils cela dit pour appréhender le message d’une telle œuvre s’ils devaient être confrontés au revendications des artistes – pas sûr également que le milieu artistique soit capable d’une telle subtilité revendicative).
Il pouvait désormais répondre à des commandes privées mais ici le Baron, qui était de surcroit l’adaptateur du long poème, ne cessait d’imposer au compositeur ses idées, ses changements ce qui, on l’imagine avait le don d’exaspérer le compositeur particulièrement renommé.
Il a composé cet oratorio fatigué, exaspéré et usé par les années.

Haydn fut un compositeur prolixe et inventif tant que « scientifiquement » métrique et organisé.
Il fut l’ami et surtout le grand soutien d’un jeune Mozart dont il avait immédiatement cerné le génie.
Sa musique est en quelque sorte d’une grande pédagogie à l’attention de l’auditeur qui, au fil des siècles précédents, s’était en quelque sorte « perdu » dans les méandres des nombreuses fioritures du baroque.
Avec une rigueur méthodique et un sens du « chemin musical » tonal tant harmonique que mélodique, Haydn a remis de l’ordre dans l’écriture musicale afin d’installer l’auditeur dans une sorte de confort essentiel, de lisibilité logique, de conduite droite mais parfois sinueuse sans pour autant s’écarter de trop des règles initiales, sans pour autant les oublier, mais plutôt leur redonner une réelle valeur, un sens appréhendable pour tout à chacun.
Sans Haydn, il n’y a pas de Beethoven dont on célèbre l’anniversaire de la naissance en cette année 2020 – 250 ans tout de même… il n’y a pas de Mozart non plus… et de tant d’autres.
Il reste cependant mis en second plan et je fais ce dommageable constat depuis que je l’ai découvert par sa symphonie militaire, mon premier devoir d’analyse musicale sous la houlette d’André Tissot, ce professeur passionné auquel je ne peux que réitérer mon admiration ici, puisque c’est grâce à lui que la musique m’est devenue quelque part lumière. Pour lui, analyser Haydn était pédagogiquement essentiel.

« Les Saisons » est une œuvre qui m’est toujours apparue comme compliquée, abrupte et austère, chose étrange justement de la part d’un compositeur si enclin à faciliter le chemin sensoriel de l’auditeur.
Mais voilà… je pense qu’il s’agissait avant tout d’une problématique d’interprétation.
C’est donc sans réelle conviction, mais sous couvert d’une curiosité auréolée d’une volonté de sortir d’un a priori peu normal à mon sens, que j’ai redonné ma chance à ce monument musical.
Il y a peu, une amie m’a offert quelques albums me sachant mélomane.
Il y avait cette version par Harnoncourt. 
Cela a été l’occasion de réessayer.

Instantanément j’ai été heurté de plein fouet par cette dimension énergique et directe de la vision de l’ouvrage, une réalité véritablement classique tranchant avec les versions plutôt pompeuses et romantiques qui m’avaient jusqu’alors laissé de côté.
Un orchestre tranchant, dynamique et surtout sans maniérisme, sans « interprétation » superflue – le Philharmonique de Vienne.
Des solistes efficaces et là encore qui n’en rajoutent pas là où effectivement la trame mélodique inciterait à s’épancher inutilement – Angela Maria Blasi, Josef Protschka, Robert Holl.
Et surtout des chœurs d’une incroyable justesse  -  Arnold Schönberg Chor dirigé par Erwin G.Ortner - d’une articulation tonifiante et chargés de nuances et d’émotion interne absolument renversants.
Harnoncourt a toujours fait partie de mes chefs fétiches, il a une intégrale des symphonies de Beethoven que je ne sais pas quitter tant elle me touche par sa sincérité, il dirige les valses de Strauss comme nul autre et chacune de ses interprétations ne laisse indifférent  car elles ont une pertinence et une réalité qui tranche avec nombre de vues trop personnelles ou trop édulcorées d’autres chefs.
Cette œuvre sous sa baguette préfigure effectivement le grand romantisme sans pour autant être installée dans ce nouvel axe, j’imagine donc la difficulté d’une interprétation « intermédiaire » telle qu’ici. Une interprétation, en soi, autonome et forcément différente d’appartenance.
Être en avance sur le romantisme tout en gardant la limpidité du classicisme – je sais maintenant ce à quoi cela correspond avec cette vision d’un oratorio qui du coup s’est révélé dans sa clarté, sa simplicité en dehors de moyens orchestraux et vocaux plutôt gigantesques pour l’époque.
A vous de voir…

Il existe également une version studio largement plébiscitée par la critique, de N. Harnoncourt – je pense qu’elle doit bien évidemment égaler celle-ci, enregistrée live au Konzerthaus de Vienne en Janvier 87, ce qui lui donne encore plus de conviction.
Je vais bien sûr m’y atteler.

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CHARLES IVES (1874/1954) – « Symphony N°3 – The Camp Meeting » - San Francisco Symphony – Michael Tilson Thomas.


Voilà comment cela arrive…
Tu prépares un cours de culture musicale autour de la musique symphonique américaine, ou plus largement des compositeurs américains de musique dite savante. Tu commences à creuser le rapport historico-culturel particulier d’outre Atlantique, tu n’évites pas Bernstein en dehors de West Side, car il faut aussi le rencontrer autrement, tu passeras par les minimalistes et tenteras de ne pas oublier Varèse… et puis un arrêt s’impose sur le mystérieux Charles Ives.
Je creuse et le mystère en fait, s’épaissit et la fascination s’installe.

Je suis parti de cette symphonie N°3. Je l’ai par James Sinclair et le Nothern Orchestra, chez naxos. Une interprétation méticuleuse avec des choix rapport aux indications du compositeur.
Un album au demeurant parfait pour entrer dans l’univers si étrange de Mr Ives.

Charles Ives… d’une part je constate qu’il est à cheval entre deux siècles, que cette symphonie a été composée entre 1904 et 1908 et ce modernisme tant de pensée que d’écriture, mais encore de conception me laisse totalement admiratif.
Il faut parfois resituer le contexte historique et simplement chronologique d’une œuvre… et réaliser que…

Que là où, en Europe, l’on se penche en impressionnisme modal ou que l’on cherche à en finir avec l’immensité romantique, à bout de souffle, pour se jeter dans l’atonalisme, un petit gars, né dans le Connecticut, à Danbury (faudra que j’aille voir sur google maps…) et décédé à 79 ans à New York, riche d’une carrière non de compositeur mais de patron d’une compagnie d’assurances (Ives and Co) trouve dans son coin, en usant du système tonal pour l’argumenter polytonal, une éventuelle solution afin de sortir la création musicale de son ornière ancestrale. 

Cet homme était un visionnaire et son œuvre en est une preuve tangible.
Cet homme - grâce à son père (chef de la fanfare de Danbury) qui s’amusait à mélanger pour le jeu de l’oreille et l’éducation musicale théorique, les directions harmoniques de façon certainement ludique et révélant ainsi une pédagogie inédite si ce n’est source d’ouverture créative – a réussit de façon « naturelle » à choquer les mondes musicaux tonaux pour les mélanger, les associer et les faire cohabiter. 

Bartok fit de même, finalement et force est de constater que ces réflexions afin de sortir du système tonal étaient d’une criante actualité en ces années de transition de siècle et d’esthétique.
Un peu également comme Bartok et ce rapprochement m’interpelle vraiment quant à ces consciences créatrices, Ives puise son savoir et son inspiration dans le quotidien, dans le « populaire », dans le patrimoine. La différence est que ce patrimoine américain est en « construction » alors que sur notre vieux continent, il est quasi séculaire.
Cette différentiation peu négligeable amène ici l’auditeur vers des espaces encore peu familiers, finalement pour nous européens. 

Ainsi l’œuvre de Charles Ives apparaît comme étrange, inhabituelle, inédite, parfois dérangeante, ainsi de son temps son accueil ne fut pas bon et il est somme toute logique que ce compositeur atypique ait pu finalement, afin de vivre, pratiquer la composition en « amateur », avant de prendre une retraite créative longue et quasi définitive sur la fin de sa vie, une santé précaire (attaques cardiaques) n’aidant certainement pas à s’engager dans une voie incertaine.
Ainsi non seulement il put, je l’imagine, par la non contrainte financière de « métier » de compositeur se permettre d’oser là où bon lui semblait, remettant sur le tapis sans obligation réelle de commande par exemple, mais juste avec l’idée conceptuelle, l’idée génératrice, le travail méticuleux et naturellement expérimental de ses œuvres.

L’album que j’ai pensé présenter ici plutôt que la version de James Sinclair est dû au choix d’un réalisme d’interprétation remarquable en la personne de M.Tilson Thomas qui est un grand défenseur du patrimoine de la musique américaine. Il est à signifier que les symphonies de Ives ont également été enregistrées par l’autre inévitable grand chef de la musique américaine, Leonard Bernstein.
Sinclair m’a pourtant éclairé sur quelques point intéressants concernant le matériaux initial de l’œuvre en indiquant que C.Ives écrivait des parties fantômes avec des indications de choix pour le chef quant à l’exécution de l’œuvre.
Tout cela a contribué au mystère auréolant le compositeur et m’a d’autant plus fasciné. Avant-gardisme, modernisme et pourtant finalement, un système tonal connu de tous et détourné de façon tant naturelle par des us de formation auditive de l’enfance pour en faire un langage dont j’avoue après m’être plongé dans les partitions n’avoir que superficiellement pu me représenter l’essentiel ou la surface.
Ici le patrimoine c’est « The Camp meeting » et M.Tilson Thomas en pédagogue averti donne quelques clés afin d’appréhender cette œuvre en ajoutant des œuvres chorales chantées lors de ces assemblées religieuses typiques du 19e siècle. 
Cela permet évidemment un éclairage véritablement « utile » afin d’appréhender cette symphonie en trois mouvements.

« Old Folks Gathering » est empreint de plénitude et de majesté, « Children’s Day » est alerte, léger et insouciant, comme il se doit et « Communion » est logiquement recueilli en forme chorale avec de magnifiques interventions des vents tels des fanfares internes, procédant par vagues mélodiques vers un point culminant dense et intensément émotionnel.
Cette courte symphonie, chargée de l’argumentaire d’un quotidien populaire et religieux s’avère au sortir, d’un abord presque aisé. 

Il n’en sera pas de même pour la suivante – fascinante là encore et incroyablement contemporaine - présente sur cet enregistrement qui dut longtemps attendre pour être créée car ses difficultés rythmiques tant que poly-harmoniques demandèrent un travail acharné à Léopold Stokovski ce seulement en 1965, aidé par deux confrères, afin d’en percer l’essentiel et la créer dignement.
Là encore l’apport de ces chants chorals permet un espace initiatique plus qu’utile afin d’entrer dans ce sujet d’une formidable et captivante complexité relative. Elle fut composée en six années entre 1910 et 1916… et cette vision musicale précurseuse mêlant le « familier » du compositeur pour des avancées parallèles à Stravinsky m’a laissé interrogatif tant qu’admiratif.

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RICHARD STRAUSS (1864-1949) – « Cello Sonatas » - Raphaela Gromes, Julian Riem – Sony Classical 2020.


Richard Strauss, on connait principalement ses œuvres à grands effectifs telles ses symphonies à programme (« Symphonie Alpestre », « Don Juan », « Ainsi Parlait Zarathoustra »…), on l’admire comme compositeur d’opéras (« La femme sans ombre », « Salomé », « Le Chevalier à la Rose »).
Un romantique moderniste admiré de ses pairs de son vivant, un génie de la mise en architecture du son, de l’espace, d’une certaine grandiloquence qui était de mise à cette époque (Mahler, Bruckner…) et un véritable créateur d’imagerie sonore (sa symphonie alpestre en parfait exemple)…
La science, la maîtrise totale du savoir musical et de l’écriture orchestrale afin de mettre en impact sonore et souvent sonique les prétextes, argumentaires, idéaux ou autres conceptions concrètes, philosophiques à réaliser musicalement.

J’avais déjà penché sur mon ancien blog une oreille intéressée sur l’œuvre de jeunesse de Richard Strauss et présenté des œuvres pour piano, ici nous entrons dans la musique de chambre du compositeur avec deux versions de la même sonate pour violoncelle et piano.
Communément, la seconde version (pour pianoforte et violoncelle - 1883) est celle la plus jouée, cependant, ici les deux jeunes et remarquables interprètes ont été chercher la version initiale et c’est ici également le premier enregistrement de cette version qui ouvre l’album (version originale pour clavier et violoncelle - 1881). 

Le jeune Strauss, incité par son père Franz Strauss - chef d’orchestre ayant pour volonté éducative d’instruire son jeune fils à la musique et pour ce faire, engageant les services de Friedrich Wilhem Meyer - s’initie donc à l’écriture de la musique de chambre. Ce modèle éducatif musical était alors typiquement adopté par les classes moyennes dites « cultivées ». Fort de cette instruction le jeune Richard s’inscrit à un concours de composition afin de présenter cette sonate à la forme imposée.
C’est le violoncelliste Hans Wihan, ami de la famille Strauss qui présenta l’œuvre au concours, mais celle-ci ne reçut pas le prix, alors Strauss décida de réviser entièrement l’œuvre et finit par réécrire intégralement les seconds et troisièmes mouvements.
La version révisée, de 1883, resta celle communément exécutée et celle « originale » passa alors dans les oubliettes.
Il aura fallu attendre cet enregistrement pour l’exhumer de son oubli, délaissée après avoir cependant été publiée et forcément le résultat, même si l’on ne peut s’empêcher les comparatifs quand la révision s’empare d’identiques passage, intrigue tant que suscite la curiosité…

Pour ma part et sans entrer d’avantage dans des soucis d’analyse « historique et musicale » je note encore une fois, jeune, la grande maturité du compositeur et son sens mélodique envoutant, son romantisme prenant voir exacerbé, ainsi qu’un lyrisme ample et généreux qui sera par la suite particulièrement notable dans ses opéras et lieds.
Ces œuvres de jeunesse m’ont confirmé que le chant sera resté le fil conducteur de l’inspiration de ce merveilleux compositeur. Il ne l’aura jamais noyé dans un entrelac instrumental et orchestral mais toujours laissé en avant comme expression première. C’est surement cela qui nous fait « accrocher » Strauss, même dans les poussées et tentatives modernistes auxquelles il aspirait, pour un langage à la frontière entre romantisme et plus tardivement le choc du dodécaphonisme.

Ici, le langage et l’âme romantique sont et restent omniprésents jusqu’à ces citations (3e mouvement) du Parsifal de Wagner ou d’un trio de Mendelssohn et la mélodie est le merveilleux chemin qui se suit instantanément tout au long de l’album.
Cette forme de dépouillement musical permet d’autant plus de s’en rendre compte et de s’en réjouir.
Le présent enregistrement présente également quelques lieders « choisis » arrangés pour cette formation violoncelle et piano (des œuvres de jeunesse là encore) ainsi qu’un arrangement de valses issues du Chevalier à la Rose.
De quoi largement se laisser emporter par ces élans lyriques et intenses.

Ce que j’ai remarqué également c’est que Strauss même dans les développements obligatoires de la forme imposée ne lâche jamais cet axe mélodique qui est la colonne vertébrale de ces pièces.
Raphaela Gromes et Julian Riem sont par ailleurs des interprètes qui démontrent par un soin tout particulier cette évidence, ce sans sombrer dans la personnalisation outrancière.
Nous avons affaire ici à un réalisme qui fait parler la musique sans lui donner d’avantage que ce qui est écrit. Le ton est nuancé, précis, délicat et ample, cet album chante de toute part et le violoncelle est son chanteur, nul n’est besoin des paroles pour ce faire…
Il suffit simplement de se laisser envoûter par ce lyrisme si chargé d’expression.
Alors, peu importeront les différences de versions… ce jusqu’à même l’idée d’œuvres différentes…
Cette musique transporte et c’est l’essentiel.
Et je suis resté suspendu à la cadence conclusive de cette suite de valses… suspendu dans l’espace-temps, de ce temps passé... qui rappelle ici sa force créatrice et délicieuse.