mardi 24 septembre 2019

Au gré des semaines… Thom Yorke - Liam Gallagher - Lana Del Rey


Au gré des semaines…
Thom Yorke - Liam Gallagher - Lana Del Rey

Pas évident de reprendre l’écriture après le pavé M.Vitous, long, dense et accaparant.
Les semaines sont donc passées – les écoutes ont fait leur chemin et la rentrée a fait son recommencement.
Cyclique… et habituel, si ce n’est commun.

J’ai parcouru ces espaces hebdomadaires en diverses écoutes, découvertes, réinstallations de vieilleries tant écoutées et aimées fut un temps…
Rien de bien nouveau donc, juste la suite routinière du mangeur de zic.
Et puis... j'ai dévié.


Je commence par-là, un choc, un étrange moment intemporel, l’entrée dans un univers créatif tellement hors balises, tellement hors tracés musicaux cartographiés, tellement sensoriel et hypnotique…
Le nouveau Thom Yorke « Anima » …

La critique est dithyrambique, les fans sont logiquement admiratifs, une sorte d’événement au milieu de l’ennui musical qui nous envahit et nous guette bien souvent…
Bientôt vingt années de ce XXIe siècle et enfin on voit la lumière au bout de ce tunnel maussade, facile et commercial dans lequel on a été plongé, avec lequel il a fallu accepter de vivre sa passion musicale en cherchant l’étincelle, en fouillant dans le gage qualité mais pas forcément actuel ou actualisé – je ne parle pas de novateur.

La musique dite savante a donc pris sa place sur le spectre et même si elle n’a pas pour autant réussi à prendre une large place, elle s’est quelque part « émancipée »… et popularisée.
Tant mieux pour Arvo Pärt, il faut savoir prendre la gloire là où elle se trouve.

Aborder un tel album qu’ « Anima » lorsqu’il est auréolé de tant de médiatisation pas toujours objective n’est pas une chose simple pour ma part.
La « neutralité » est un comportement compliqué à adopter face à cela.
J’ai pourtant la chance de n’être en aucun cas fan de Radiohead, certainement un tort me dirons certains… j’ai tellement entendu « Creep » à toutes les sauces cover bonnes ou surtout mauvaises…
J’aime, j’ai écouté, apprécié et respecté en son temps et je sais comprendre celles et ceux qui ont adhéré à cet univers créatif, générations oblige, nous on a eu nos King Crimson, Van Der Graf et autres obscurs Chrome ou Residents.

Thom Yorke, ça m’a toujours intrigué et je m’y suis même penché lorsque mon collègue d’électro m’a fourgué l’un de ses albums en m’incitant à chercher ce « son de piano »… l’intérêt a commencé à s’installer.
Dès que j’ai vu dans la liste de nouveautés de mon streaming favori, cet opus, j’ai d’abord hésité puis il a suffit d’un simple clic pour comprendre que ce serait là l’une des pièces maîtresses d’un puzzle musical de références qui chez moi ne cessait de grossir il y a encore quelques années pour s’être arrêté par manque de réelle verve créatrice assumée, maîtrisée, synthétisée, de la part d’artistes se voulant ou se prétendant novateurs.

Me voici donc face à un monument musical auquel je ne m’attendais pas, auquel je n’étais absolument pas préparé.
Ce choc est d’autant plus enthousiasmant à subir car l’entrée dans cet univers au sens déterminé et auréolé d’une électro complètement utile et musicale est juste ce que j’attendais depuis si longtemps.
On me rétorquera qu’il me faut maintenant écouter tel ou tel album, que je suis passé forcément à côté de…
Inutile…
Je suis et reste complètement scotché à celui-ci.
Il m’apparait comme représentatif de ce qu’on aurait tant cherché et qui est enfin là, simple, sans excès, sans inepties inutiles, sans bricolages de son « pour le son ».

Chaque titre apparaît comme l’appartenance à ce tout qui défile sans vraiment que l’on ait envie de s’arrêter ou encore de répéter – une somme musicale, un véritable témoignage artistique.

Je pourrais parler en détails de cette voix fragile et fêlée, envoûtante.
Je pourrais m’arrêter sur la programmation des rythm-box, vecteur hypnotique évident qui tisse la toile de l’album.
Je pourrais être heureux de remarquer ces orgues antiques, vintage et fantomatiques.
Je pourrais apprécier qu’enfin l’on soit capable de créer sans pour autant nous assommer de basses sub, ce, libérant l’écoute et l’univers de ces nappes et autres axes synthétiques spectraux.
Je devrais me réjouir et mettre en avant que là, dans cette « pop » dont je ne sais encore si c’en est une, sauf si je me raccroche à l’idée de « song », la notion d’espace et de quasi intemporalité qui m’est chère est évidente malgré ces boites et ce « cadre » technologique apparemment rigide.
Je devrais décliner les influences mises en un tout qui semblent se dessiner ça et là…
Il me faudrait enfin être heureux d’avoir parfois eu la peau réactive ainsi que le système pileux face à cette mise en œuvre de l’émotion qui ne se cache pas mais reste juste présente… ce qui la rend primordiale ici.
Il me faudrait certainement encore prendre le temps et le courage inutile de décrypter chaque titre et la façon dont l’artiste traite la création, l’arrange et la met en valeur pour installer son univers personnel si particulier et si imposant.
Non, pour l’instant, je me délecte, j’écoute, je prends le plaisir juste là où il est et je me dis qu’enfin… on y est.
C’est suffisamment rare.


Liam Gallagher – « Why me ? Why Not ? »

J’ai eu tellement ma dose de grattouillage de « Wonderwall » que, là encore, ouvrir la page streaming de l’album d’un des frangins n’était pas un réflexe premier.
Mais faut se forcer un peu et après tout, why not ? comme il dit.

Les histoires, là encore, "multiplement" relayées des désamours-amours des frangins Gallagher en mode reality-show, franchement, rien à cirer et à l’époque ça m’a même carrément fait tourner le dos à Oasis. Il était pourtant plutôt sympathique musicalement et popisement le groupe…
Mais trop restant trop, surtout quand c’est trop de rien du tout de musique, allez, j’ai fermé la page du repos désertique et de ses palmiers, de son eau, de son calme apparent.
Il ne faut jamais croire les choses définitives, la preuve.

Cet album n’a pas forcément été un choc comme celui de Yorke, certes, mais je lui ai trouvé beaucoup d’intérêt et d’attraits.
C’est du ciselé, un art maîtrisé d’une pop qui m’a fait penser souvent que Liam G était certainement habité par le spectre de Lennon, comme si aujourd’hui l’immense John réapparaissait sous ces songs habiles, aux sonorités antiques et pourtant si actuelles et aux mélodies et textes chantés avec une similitude d’expression et de mise en valeur.

L’album défile sans que l’ennui n’apparaisse ou ne puisse s’installer.
Fredonner est parfois un réflexe tant certains refrains s’entêtent à s’installer en vous et l’axe délibérément sixties / pop post sixties ajoute à ce sentiment.
La voix nasillarde et parfois perchée de Liam est un rappel constant à ce rapport Lennon et même si s’en détacher pourrait, une fois cela installé dans l’esprit, paraître quasi impossible on arrive à prendre en compte la formidable personnalité artistique de Liam Gallagher, au-delà de cette influence évidente.

Pourquoi renier ses influences, me dis-je, à la réflexion, face à cet album ?
Ici en les assumant, L.G finit en fait par les transcender, les actualiser et certainement même les faire oublier car tout le monde n’a pas été bercé par les sixties…

Ici en tout cas, point de barda électronique parasite – juste des grattes en logique, bien saturées ou en accompagnement acoustique basique, une rythmique sans fioritures et inutiles démonstrations de vélocité… tout ça au profit de quoi ?

Comme il se doit en pop : de mélodies finement ciselées, mémorisables à souhait, sortes de tubes à la chaîne servies par un vocal attirant, attractif, sensible et surtout toujours adapté au registre présenté, qui sait bien sûr s’auréoler de chœurs fédérateurs. 

Plus qu’occasionnel, plus qu’agréable, plus que juste sympathique ou anecdotique voilà bien un album qui va s’installer dans ma vie de façon tranquille et certainement pérenne.
Il ne faut jamais dire, Oasis, je ne boirais pas de ton eau…
Je m’y suis carrément enivré.


Lana Del Rey « Norman Fucking Rockwell ».

Rien de tel que de passer comme ça, en cours aux ados un extrait de l’album pour réaliser l’effet immédiat…
Les chanteuses directement sont interpellées, commencent à dodeliner de la tête, à fredonner, à… s’identifier.

Pourtant rien là de bien révolutionnaire…
Un piano comme racine, un orchestre souvent somptueux pour l’enrobage et on reste sur le mode accords en boucle en forme ballade, peu ou pas de rythmique - tellement éthérée que celles ci, un zeste ou plutôt des parcelles d’électro – ça pourrait peut-être se résumer à cela, donc à bien peu… et pourtant.

La voix inonde de sa présence sensuelle, mature et érotique mais pourtant presque fragile tant que paradoxalement juvénile tout le spectre de l’écoute…
Dès la moindre intro elle se fait désirer et dès qu’elle entre en scène, impossible de la lâcher, de penser oublier cette horizontalité, même quand elle s’accorde le surplus de chœurs ou d’effets… elle est simplement inoubliable et obsédante.
Les mélodies sont bien entendu travaillées en ce sens et augmentent ce sentiment, cette sensation…
Des inflexions à la A.Morissette insistent parfois vers cette articulation nasale, accentuée, entêtante tant que souple.

La pochette est d’un kitch à faire fuir une bande rockers métallo en rut, elle nous plonge dans le mauvais goût le plus américain possible, entre la série b de chez b et la pub rétro pour céréales ou autre lessive, ou là, voyage idyllique de seconde zone.
Il faut dépasser un max de choses de prime abord mais dès le premier titre on sait qu’on a là affaire à un album dont on ne va pas se débarrasser de sitôt.
Il devient très vite hallucinogène, impalpable et charmeur, magique… obsédant car certaines mélodies le sont et Lana le devient donc…
La bizarrerie et l’étrange s’invitent parfois, comme si l’expérimental tentait de s’extraire (« Venice Bitch ») de la forme apparemment convenue et pourtant si j’y réfléchis bien… que c’est intelligent et bien foutu que tout cela.
Pas de hasard ou d’approximation, c’est du magnifié, du beau, en fait…

La prod est juste parfaite, soft et d’une rare qualité de mise en place d’éléments pourtant fondus en une forme globale peu soucieuse là encore apparemment, du détail.
La voix est la trame, l’axe, le centre de tout et la musique s’organise autour d’elle pour lui donner plus d’attrait, de valeur et surtout de charge émotionnelle.
Entre orchestre, orientation d’arrangement « acoustique » et environnement électro, tout s’emboite sans heurts (« Summertime »), dans une parfaite unité esthétique.

Du grand, du très grand art…