dimanche 8 octobre 2017

JEAN BAPTISTE VANHAL - [WANHAL] (12 Mai 1739 / Nechanice-Bohème. Tchéquie |20 Août 1813 / Vienne-Autriche).

JEAN BAPTISTE VANHAL (12 Mai 1739/Nechanice-Bohème. Tchéquie |20 Aout 1813/Vienne-Autriche).

Le matin, parfois, j’aime à écouter Radio Classique.
Christian Morin qu’on aurait tort de résumer à l’animateur d’une roue de la fortune en mode TF1 y présente une émission peu bavarde (ce qui change de France Musique), conviviale et surtout riche en découvertes.
Avec passion mais sans fébrilité au fil de quelques heures forcément ponctuées de quelques moments publicitaires ce clarinettiste qui a un bel actif jazzy souvent oublié ou négligé (carrière télévisuelle oblige) fait ici montre d’une culture classique vaste et variée.
Bien sûr ce n’est pas là qu’il faudra imaginer trouver une satisfaction contemporaine, mais au gré de nouveautés, de redécouvertes mais aussi de découvertes de compositeurs illustres et oubliés cette matinée, quelle que soit l’heure à laquelle on s’y plonge fait systématiquement passer un excellent moment de bain musical.
J’ai cessé, cependant, de tenter l’écouter via n’importe quel autoradio car comme partout en France, la radio classique ou jazz est en mode brouille digne parfois des appels du Général de Gaulle par ondes outre-manche...
Alors une petite appli (truc bien pratique et à la mode) et go ! avec en plus le titre, le compositeur et l’interprète voilà qui fait l’affaire (ceci dit Mr Morin précise un minima érudit sans s’égarer à chaque diffusion).
Un matin de cet été me voici en fatigue de rock, en non envie de jazz, en pas d’envie du tout de chanson, en peu de supports classiques en trajet, alors, réflexe, car sans musique les trajets littoral sont malgré le paysage toujours merveilleux, long... fort longs et peuvent générer l’ennui...
Une œuvre symphonique sort des hauts parleurs...
Ce jour-là, comme par hasard ce n’était pas appli, mais radio, donc manque d’info lisible...
Directement je me tourne vers mon épouse présente avec moi pour le trajet et jette : « Mozart », puis réfléchissant en avançant je commence à me rétracter optant plutôt pour Haydn et finalement me dire que non... Mozart, certainement.
Mais un petit truc me dit que...
Alors, sur une belle cadence parfaite, s’achève le mouvement symphonique et je découvre le nom d’un compositeur classique, dont l’évidence du « clair/obscur » m’est frappante : Jean Baptiste Vanhal...
Vite le bloc note, vite s’imposer d’en savoir plus.
Un Tchèque... moi qui suis un adorateur de ce pays et veut parcourir la bohème... voilà qui tombe à pic.
Les symphonies de Mozart composées à Prague comptent parmi celles que j’écoute le plus régulièrement...
Je me suis nourri gamin à Smetana et sa Moldau, l’oeuvre était glissée dans un petit disque qu’avait mes parents et je l’écoutais sans cesse... je devais avoir 8 ans...

Vanhal...
Jamais entendu ce nom au cours de mes études...
Il a composé plus de 100 symphonies.
J’ai étudié en cours d’analyse celles de Haydn, archétype de la forme classique, de sa clarté, de sa lisibilité quasi pédagogique qui aura déteint sur le génie mozartien.
Des mélodies évidentes, des développements logiques ce jusqu’à pouvoir être devinés, anticipés, de l’inspiration usant des modes majeurs/mineurs en opposition artistique, l’établissement des quatre mouvements dont ce troisième en menuet et surtout ce second andante ou lent qui sera extrêmement expressif, c’est un piètre résumé, c’est en tout cas une synthèse.
Alors pourquoi, précisant que Mr Vanhal correspond en tous points à ce « mouvement » tant par les règles qu’il applique dans ses œuvres que par l’époque à laquelle il vécut, allant de bohème à Vienne, contemporain des illustres compositeurs suscités, qui plus est grand pédagogue (un élève comme Pleyel) et ayant vécu de sa musique de façon réelle et tangible, ce compositeur est-il si injustement méconnu ?...
Je ne saurais dire.
Je pourrais extrapoler du fait que Mozart, Haydn puis ensuite Gluck qu’il rencontra, que professeur, que compositeur à commande, que tchèque, qu'issu de la servitude, je ne sais... ont fait que.
Je n’ai pas assez de donnée musicologiques pour être crédible et pas de temps pour enquêter, toujours est-il qu’ici j’aime à partager et faire découvrir aussi je voudrais mettre un coup d’éclairage sur ce compositeur et tenter de faire apprécier un peu son œuvre empreinte de classicisme, d’un maniérisme d’us et coutumes d’époque, d’une élégance et d’un style forcément galant et d’une rigueur d’école évidente.

Petite particularité Jean Baptiste Vanhal a composé pour des instruments eux aussi oubliés des pages de concertos comme, par exemple la contrebasse ou encore l’alto.
Ah voilà bien qui est captivant que de savoir que ces deux instruments l’un pilier harmonique de l’orchestre et cantonné en période classique à ce rôle de positionnement de fondements, l’autre central et jouant les coloristes harmonique (je schématise) aient pu avoir une attention d’un compositeur de cette période...
Voilà qui est dit, Mr Vanhal osait donc, là où le génie mélodique penchait vers les habituels leaders de l’orchestre pour les mettre encore plus en avant avec le concerto, lui est allé chercher au fond de l’orchestre et a permis à des instruments « fonctionnels » de sortir du rang.
Déjà un respect et une attention particulière me viennent – un compositeur singulier donc et cependant au tracé d’un classicisme indiscutable.

A ce jeu de devinette matinal, coincé dans un embouteillage estival, j’ai donc perdu... mais j’ai gagné en découverte et je remercie Christian Morin de m’avoir pour un mouvement ouvert vers cette piste tchèque et autrichienne.
Et plus j’ai avancé dans cette direction, plus j’ai été de surprises en surprises tant l’œuvre de ce compositeur est prolixe et captivante.
En écoutant attentivement la musique de Vanhal je me suis donc surpris à progressivement oublier qu’il pouvait être « un autre Mozart » ou un « Haydn parallèle », voir un « pré-Beethoven »...
Car si bien sûr ces rapports peuvent apparaitre de prime abord, il faut plonger un peu dans son œuvre pour se rendre compte que cet arbre de langage classique porté par ce clair-obscur inscrit dans le mouvement « Strum und Drang » (orage et passion) et cette omniprésence du caractère tonal (avec l’usage de la note sensible omniprésent) cache une originalité d’écriture qui le positionne autrement si ce n’est différemment de ses illustres contemporains devenus stars du classique discographique et historique.

D’ailleurs je glisse au passage le regret que son œuvre n’ait pu intéresser les grands chefs du genre tels Marriner, Pinnock ou encore Harnoncourt et Hogwood et que l’on ne trouve (à de rares exceptions prêt) que des interprétations de qualité, certes, et honnêtes, mais pas aussi « spécialisées » ou encore mises en reliefs par de grands maestros.

Son œuvre... il suffit de fouiller un peu pour se rendre compte tant de sa diversité stylistique que de sa pluralité ou encore de son inventivité tant d’écriture que de conception allant chercher des associations de timbres inédites, trouvant des formules originales, creusant l’axe mélodique de façon intense...
Un peu d’écoute donc, afin de se rendre compte de toute cette richesse et de - pourquoi  pas - fixer une écoute classique ailleurs et autrement.
Environ 100 Symphonies, une bonne trentaine de concertos aux choix de solistes originaux, de la musique de chambre en pagaille, du répertoire religieux dont un merveilleux Stabat Mater à positionner sur l’édifice des plus connus (Pergolèse, Vivaldi, Haydn...), des quatuors à cordes bien sûr et du répertoire pianistique (piano-forte) qui aurait dû faire école dans les classiques du piano...
De quoi satisfaire les curieux...

1/ Concerto pour Contrebasse et Orchestre – Jiri Hudec/Jiri Hosec.
Mouvement 1 – Allegro Moderato.

Vaňhal: Concerto in D Major - Elgar: Concerto in E Minor, Op. 85 | Napster

Commençons par la curiosité...
Forme classique, mélodie de suite accrocheuse, tonalité Majeure très clairement affirmée et soudain la contrebasse, inhabituelle, virtuose, loquace soutenue pianissimo (tessiture oblige) par ses amis de pupitres cordes.
Elle chante, elle est heureuse, elle est enfin sortie du rang, s’émancipe à en frémir d’aise et fait montre de sa large tessiture, allant même jusqu’à des aigus insoupçonnés, jouant les doubles cordes afin d’accords, osant les trilles, chantant comme jamais ou peu, jouant de traits véloces en lignes d’émotion, de puissance en opposée douceur...
La contrebasse...
Je chercherais quels autres concertos... quels autres compositeurs ont pu imaginer s’attacher à cet instrument au point de leur dédier la place prépondérante.

2/ Concerto en Fa Majeur pour deux bassons – Annika Wallin & Arne Nilsson / Bassons – umea Sinfonietta dir : Jukka Pekka Saraste.
Mouvement 2 – Andante Grazioso.

Vanhal: Concerto for 2 Bassoons in F Major / 2 Sinfonias | Napster

Continuons dans le même sens.
Deux bassons unis par la tierce puis la sixte (renversement) qui vont finir par dialoguer sur un tapis soyeux de cordes discrètes qui laissent la mélodie s’échapper de la ligne harmonique.
Le sens mélodique, la double expression, quelques trilles de langage, une quiétude bienfaisante, un jeu de timbres associés en art tonal affirmé (ce mouvement est en Bb, ton voisin du ton initial Fa) et renforcé par ce jeu de tierces impliquant de fait, ce sens tonal.
Simple, juste souple et beau.
Pas de fioritures baroques, le sens limpide de l’écriture classique au service d’un duo peu habituel.
Dire que l’apprentissage du basson dans les établissements d’enseignements artistique est en chute libre... cet instrument tendra-t-il à disparaître ?

3 / Symphonie en mi mineur – Camera Schweiz dir Howard Griffith.
Mouvement 3 – Menuetto ma un poco allegretto.


Je me rends compte que je suis en train de passer d’une œuvre à l’autre en suivant le cycle des mouvements symphoniques...
Le menuet, ce mouvement de danse à 3 temps qui sera resté ancré dans la symphonie, par gout ? par tradition ? par mode ? par obligation ? par diplomatie musicale ? par regret ? par démagogie/diplomatie ?...
AABB-CCDD-AB forme classique, contraste de mineur –Majeur s’impose tellement évidente ici.
L’élégance, le style, la noblesse...
Je ferme les yeux et c’est toute une flopée de romans, d’histoire, d’images de films qui surgissent...
Les robes virevoltent, la danse est mesurée, calibrée, les sourires des jeunes filles aux décolletés attirant la convoitise des jouvenceaux, surveillées par leurs mères soupirant sous le frémissement du peu d’air produit par leurs éventails – la salle est immense, le parquet brille, les lustres étincellent, le pas est tempéré, élégant, noble.
Bon, je ferme la page imagée de ces châteaux resplendissants d’une époque révolue et d’une insouciance courtisane et on repart.

4/ Quatuor pour Flûte en si bémol Majeur – Uwe Grodd/Flûte – Janaki String Trio
Mouvement 4 – Allegro.


La musique de chambre et sa difficulté d’équilibre, de parfaite gestion des voix, de lisibilité de chacune d’elle et de son « chant » interne...
Ces petite formations si frêles d’apparence et pourtant si présentes dans le spectre si l’œuvre est savamment agencée, donc « orchestrée ».
Un dialogue doucereux et délicat s’installe entre la flûte et le trio, un jeu de chat/souris, d’amourette en labyrinthe, une course en cache-cache dans les futaies, des rires, du plaisir, du désir, de la joie, de l’insouciance là encore.
Délicat, précieux, subtil.

5/ Quatuor à cordes en La Majeur / opus 33– Lotus String Quartet.
Mouvement 2 – Arietta I/II


Arietta : Air généralement assez court que l’on entend dans les opéras du XVIe et XVIIe siècle.
Tout est donc dit.
La mélodie, l’air... voici qui sera la direction de ce second mouvement de quatuor, cette forme d’écriture elle aussi savante et complexe, aux rôles qui doivent être déployés avec une équité et une logique inéluctable.
Ecoutez ce chant qui là encore dialogue, ces contre chants amples, ce clair-obscur qui se dessine comme une promenade bucolique en sous-bois puis clairières, tout cela avec un raffinement noble et précieux et une écriture qui l’est tout autant.
Le chant est partout – souple, aéré, sans lyrisme surabondant.
L’écriture est précise, détaillée comme une dentelle.
Un modèle d’école ?...
Mais oui, Mr Vanhal était un professeur renommé.

6/ Stabat Mater en Fa mineur – Prague Chamber Orchestra & Choir - dir Vaclav Neumann.

Vanhal "Stabat Mater" Václav Neumann - YouTube

Texte obligato, profondeur spirituelle de mise, on sait le stabat mater de Pergolese et de Vivaldi (découvert sur le tard mais d’emblée en avant du box-office du genre grâce à Bowman/Hogwood et le CD).
Il y en a de nombreux, des Stabat Mater.
Celui de Vanhal mérite de s’y pencher et mériterait des interprétations moins pompeuses ou empreintes de lyrisme d’opéra que celles que j’ai pu trouver, mais cela donne une idée tout de même de l’axe religieux du compositeur et si l’on veut chercher au-delà de cette façade interprétée on devine la qualité du propos, là encore.
Le texte est particulièrement mis en avant supporté par un axe mélodique qui ne l’étouffe pas et soutenu habilement par un orchestre en mode accompagnement, simple, efficace.
Le mode mineur bien évidemment, harmonique forcément avec sa sensible particulièrement intense et de circonstance est à l’honneur.
En elle-même cette musique se suffirait sans excès d’interprétation, ce qui n’est pas le cas ici et même si l’orgue semble adoucir le jeu il ne parvient pas à tempérer la volonté de direction romantique générale.
J’ai eu d’emblée une attention particulière envers le chœur, à l’écriture somptueuse et pourtant simple, directement ancrée dans la spiritualité.

...

A ce stade de mon enquête il s’avère difficile d’en savoir plus sur ce compositeur, le net, source d’information pourtant devenue commune tant qu’intarissable restant particulièrement muet ou sporadique sur le sujet... 

Paul Bryan, auteur du catalogue des symphonies de Vanhal (Wanhal) en dit un tout petit peu plus, mais la mise en oubliettes du compositeur pourtant reconnu de ses pairs en son temps, persiste.
J’apprends qu’au-delà d’un catalogue impressionnant d’œuvres, l’homme issu d’un milieu rural relié à la servitude étudia la musique très tôt, devenant organiste à Opoczno fut soutenu par la comtesse Schaffgotsch ce qui lui permit de s’installer entre autre afin de débuter sa carrière professionnelle, à Vienne. Puis il partit en Italie afin de perfectionner son savoir soutenu par le baron IW Riech de Dresde qui cherchait afin de créer son propre établissement musical un Kappelmeister. Il a avait repéré Jean Baptiste Vanhal pour ce poste, lui intimant ce voyage d’études...

Informé par ces traces biographiques je commence à y voir plus clair, ou du moins à saisir le manque de clarté historique autour de ce compositeur qui devrait figurer en bonne place avec le trio Haydn, Mozart, Beethoven...
De retour d’Italie le compositeur refusera pourtant le poste qui lui était destiné. Nulle trace de la raison de ce refus, si ce n’est qu’il brulera certaines de ses compositions, qu’il sera taxé de dégénérescence mentale, cette dégénérescence lui ayant fait, dira-t-on créer des œuvres peu intéressantes...
Cela titille mon intérêt d’autant que cette affirmation semble erronée, puisque le compositeur profitera de l’édition musicale industrielle naissante à Vienne pour contrôler la diffusion de ses œuvres.

Vanhal, artiste autonome, reconnu et célébré par ses pairs a su mener sa petite affaire... son parcours de la servitude rurale à la lumière créatrice m’interpelle et si un jour un musicologue se prend les pieds dans le tapis d’une bio sérieuse de l’homme il y a fort à parier qu’une nouvelle légende surgisse.
Enseignant prisé et reconnu, compositeur commercial et populaire déviant de la symphonie pour se consacrer à l’écriture pour des formations plus intimistes lui permettant de faire jouer ses pièces de façon plus régulière ou encore pour des directions pédagogiques il apparait que la musique de Vanhal est véritablement symbolique et caractéristique de son temps, comme étant un véritable reflet tant social qu’esthétique d’une époque où le classicisme s’érigeait en règles, en formes et quelque part standards d’école.
Comme préfigurant le romantisme...

Sur cette "éducation" il n’y a rien d’étonnant à mon idée que celui-ci fut un grand pédagogue, prisé et reconnu, de même qu’un compositeur populaire et commercial.
Là encore viendrait même le débat éternel (j’extrapole) qui viserait à mettre ce critère de commercial en opposition avec celui d’obscur, d’underground, de libertaire artistique.
Pourtant ici ce serait donc l’histoire qui aurait inversé les rôles ?...
Connu et reconnu de son temps pour passer ensuite dans l’oubli ?...
à méditer...
Mais autour de nombreux compositeurs  cela peut être effectivement vérifiable (Mozart découvrit Bach... et Vivaldi n’est qu’un engouement de XXe siècle... d’ailleurs si vous vous penchez sur son tube des quatre saisons c’est édifiant).

La seconde partie de son œuvre serait donc consacrée à la musique de chambre et pianistique.
Quatuors à cordes (il en aurait composé entre 50 et 90...) et plus de 70 sonates pour le clavier...
On a pu écouter un extrait de l’œuvre en quatuors, penchons-nous un peu plus vers sa musique intimiste.

7 / Sonate pour Clarinette et pianoforte en Do Majeur – LuigiMagistrelli (Clarinette) / Chiara Nicora (Pianoforte).


Nous voici là dans un classicisme absolu, do majeur exprimé dans l’accord, élégance du propos, rapports en duo d’écriture de sixtes/tierces, dialogues ancrés dans le passage mélodique pour retrouvailles unifiées par l’intervalle tonal... On trille un peu, on mord, on célèbre la gamme sous tous ses aspects d’arpèges en appuis, de traits véloces en basses d’Alberto.
La forme elle aussi ne déroge pas à la règle d’or, elle est tellement naturelle.
La clarinette fait désormais partie du paysage sonore, elle s’est imposée dans le spectre, elle a sa place en orchestre comme dans l’intimité des salons. Vanhal lui consacre donc une place – est-elle d’aisance ou de pédagogie ?
Pour sûr cette sonate remplira bien les deux fonctions...
Divertissante mais en même temps j’y décèle tant de matière de travail tonal et digital pédagogique que m’échapper de cette direction m’est impossible.
Comme constaté avec certains collègues il y a du « répertoire » à caractère pédagogique évident, dans ce répertoire il y a souvent peu d’intérêt – Vanhal devrait venir souvent contrer ce constat.

8 / Sonate pour alto et pianoforte en Mi bémol Majeur – Anna Barbara Düschler (Alto), Ursula Düschler (Pianoforte).


Je ferais le même constat d’écriture en rapprochant les deux instruments (alto/clarinette) sur des critères finalement semblables...
La volonté de création d’un répertoire pour des instruments (l’un nouveau, l’autre caché dans l’orchestre) pour leur offrir une place tant de leader mais en même temps une « matière » permettant un travail évolutif – donc en caractère sous-jacent, le côté usuel professoral, pédagogique...
La sonate avance, j’oublie le classicisme, le romantisme commence à surgir par traits, par nuances, par effets... Schubert, son ombre... Beethoven au loin... quelques poèmes où le sentiment galant s’est estompé pour la passion se voulant authentique, sans folle ardeur...
La page s’est tournée, la forme reste, les usages empreints de tonalité sont installés mais une autre direction infléchit l’ouvrage.


9/ Capriccio en F Majeur / Michael Tsalka


Tout aussi léger et attirant qu’une sonate de Mozart me voici encore face à la face cachée du célèbre viennois, le mouvement ternaire d’emblée m’installe dans cet édifice tonal et virtuose.
Le contraste Majeur / mineur en clair-obscur est évidence, l’interprétation est ici limpide et digne de l’écriture précise, efficace et inventive du compositeur. Enfin dirais-je...
Ca sautille, ça pétille, c’est un bonbon dans une boite enrubannée.

10 / Missa Solemnis – Laudamus te / Vaclav Neuman 


Je vais terminer ce voyage à travers un autre temps, aux côtés de ce compositeur remarquable par ce quatuor vocal écrit pour sa messe solennelle. Terminer ici par l’œuvre tant religieuse que vocale de Jean Baptiste Vanhal me permet de confirmer la découverte de ce compositeur et de son œuvre remarquable tant par sa créativité que par son originalité mais aussi sa connaissance rigoureuse de l’écriture de son temps.
Ici cet équilibre vocal à quatre voix confirme tant ce sens mélodique subtil que cette science de l’écriture à son service.
Une plénitude et la sérénité qui s’inscrivent en toute logique dans le propos du sujet prennent place dans ce puzzle à pièces et facette multiples de ce compositeur à la vie obscure, mort à 74 ans, célibataire sans héritier qui a laissé un catalogue impressionnant de musiques dans lequel il reste à puiser hors des seuls critères pédagogiques qui sont pourtant l’axe qui apparait comme retenu de son patrimoine.
Le temps va venir où il reprendra sa juste place dans l’échiquier de l’histoire de la musique qui n’en finit pas de mettre en évidence ces créateurs méconnus, oubliés, passés dans l’ombre.
J’aimerais comprendre pourquoi ce mystère, cette énigme, ce vide médiatique.
En attendant, parfois, au détour d’un petit encart radiophonique il arrive qu’on s’interroge et que l’on découvre...
Ce que je vous invite à faire ici.

annexes :

Symphonie — Wikipédia
Sturm und Drang (musique) — Wikipédia
Stabat Mater — Wikipédia
Ariette — Wikipédia

INTRODUCTION A LA MUSIQUE CLASSIQUE la période classique : Les nouvelles formes musicales