dimanche 6 janvier 2019

WAY OUT – « Chill and Spices » - Edel Italia 2004.


WAY OUT – « Chill and Spices » - Edel Italia 2004.
All tracks writen, arranged and composed by Massimo Villa
Alto Samples tracks 1/6 – Bobby Watson from album « the little light of mine »
Trumpet sounds on tracks 2/3/10/11 – Gary Barnacle – The Brit Horns
Trumpet licks on track 8 – Wayne Jakson – The Memphis Horns.
Spoken words from various TV News around the world during Gulf War 2 – march 2003
Visual Concept Paula Oudman.


Mon ami d’électro (Midi Set Electro), Lorenzo, avec lequel on s’est lancé à fond de notices et de concept sonores revient d’un séjour chez un couple d’amis, il me passe ce CD réalisé par leurs soins.
« Ecoute cet album, ça va t’intéresser »...
Je crois que ça a dépassé le stade du simple décorticage d’intérêt même si, forcément, j’en ai tiré quelques substances de mise en son, de sampling, de production, de mixage et d’espace...
« Chill and Spices » est le genre d’album qui s’installe rapidement chez soi et avec lequel - ce malgré un argumentaire d’actualité directe (2003 guerre du golfe et enregistrement des journaux TV-news sur le sujet) choc et réactif auréolé de titres évocateurs – on adopte vite une attitude familière jusqu’à quotidienne.
Il coule, il groove si tant est que l’on puisse assimiler réellement ce terme à cet environnement, mais pourtant (et les ajouts de samples des cuivres l’attestent, sans parler des lignes de basse et des programmations de rythmbox...) cette culture du feeling rythmique est bien présente en ces plages là où l’on a souvent dans ces domaines électro coutume d’embarquer vers le triturage sonore, vers l’expérimentation à de nombreux prix, vers, parfois, l’oubli de la réalité musicale... et de son sens.
Echapper à ce piège du son pour le son est une discipline à s’imposer que j’ai moi-même du mal, face à la technologie, à appliquer...

« This War » ouvre l’album de ses glocks envahissants sur lesquels rebondissent les voix des présentateurs tv entremêlées et mises en contrepoint sur un beat immédiatement envoutant qui va vite se surcharger jusqu’à un groove implacable.
Là une ligne de basse vient surenchérir le tout de petites injonctions, là cette fois on est pris, là on sait qu’on ne va pas quitter l’album et c’est ainsi.
Les quelques incartades cordées ne changeront rien à l’affaire, les samples de voix agissent comme des éléments percussifs et finalement prennent une dimension déviante et dérivante de la fonction initiale qu’on aurait bien imaginé leur garder.
Bobby Watson n’a cessé de prendre une place additionnelle et on le garde en mémoire. Il reviendra.

« Something up in the sky », tendu, nervous, stressé aux panoramiques surdimensionnés s’enchaine alors. Barnacle s’invite là en quelques phrases de récup’.
Le son est monstrueux, le mix a un impact addictif, Miles et son Doo-bop vient de faire une apparition en cliché dans ma mémoire passéiste, alors forcément, même si l’association est un tantinet basique je sais que je ne vais pas décoller de là...
La prog des drums-box est juste hallucinante et ce petit gimmick en arppegios a un gout savoureux...
Barnacle insiste en un riff pur rythm’n’blues, on ne sait plus trop sur quelle planète musicale on est et c’est ça qui est bon.

« A more dangerous place » rebondit reggaeisant de toutes part tandis que la speakerine n’en peut plus de débiter son laïus  informatif et compulsif.
Mais l’entrée des drummings change la donne et modifie l’axe d’autant que ces voix faussement angéliques tranchent avec un titre qui installe l’ambiguïté.
Rejoints par des cordes faussement réalistes puis par une multitude sonorités à souci ethnique nous n’en aurons pas terminé avec cette omniprésence insistante, le « faux » solo de Barnacle qui se pointe ici en lumière presque éblouissante sur fond de tablas se préférant derboukas n’aura pas suffi à modifier l’oppression générale.

« Calling bells » me fait immédiatement me souvenir que les sons de la religion vont malheureusement en parfaite association d’image avec ceux de la guerre...
Un batteur fou aux ghost notes funky et au beat déjanté est entré dans cette danse et je viens de me rappeler cet album si précurseur « My life in the bush of Ghosts » aux dérives conceptuelles similaires qui sortit en 1981, récup’ de sons et voix d’un monde en mouvance inquiétante et transitoire qui n’a toujours pas terminé de l’être – un album imaginé par Byrne et Eno.
Décidément les références affluent et pas des moindres...
Impossible d’en rester là et ces cloches qui n’en finissent pas de vibrer, tinter, sonner, bousculer le temps et rappeler à la triste mémoire ces clichés guerriers sur fond d’inhumanité de croisades.

« Move forward » est un tantinet dance, carrément obsessionnel et à la mise en stéréophonie spatiale plus que accrochante, délibérément excessive.
Quelques gimmicks en rajoutent posément, le drumming est le cœur, la vie de ce système et tout vient s’installer autour de cette fonctionnalité hypnotique, robotique le chant orientalisant s’imbriquant dans ce foisonnement, le discours y participant.

« Five to ten Days » et cette fois, sur ces orgues forcément vintage, comme revenus d’autres espaces guerriers d’un Viet Nam pas si lointain aident un certain invité virtuel à se positionner, Mr Bobby Watson.
J’écoute cet obsessionnel percussif, cette transe et cette fois c’est Hassell qui s’est réinstallé dans ma mémoire..
La boucle est peut être bien bouclée.
On n’aura que peu avancé sur ce titre et pourtant il me reste cet orgue et ces percus, inévitables, comme un sceau sur un écrit.

« Empty Aircrafts » - là j’adore...
Rien que les sons des boites, pour moi c’est assez inexprimable mais de suite c’est l’accroche.
Et puis ces emboitements entre nappes, talking, basse à l’écho rebondissant, ce pont rythmique où le drumming s’affole, ces flutes trad doucereuses en quintes préprogrammées... l’étau se resserre, le beat s’intensifie, le ton monte, l’agitation temporisée est en place.
Inlassablement, ce titre...

« Le rest de la région » est sous contrôle, mais pas la voix qui passe d’octaves en octaves.
J’ai parlé de groove...
On y est.
Les drums, les percus (encore ces tablas), cette ligne de basse et cette nappe synthétique tendue.
L’espace, la respiration, ce pseudo Miles vintage en harmon...

« It Stars raining » - allez on monte dans le camion et aux abris. Ca mitraille de partout, orage ou embuscade ? La course est presque folle, l’humidité sonore est entrée dans les haut-parleurs, oui on peut réaliser ça... faut pas trainer en tout cas.
Ça tire de partout.
L’oppression, la pression et ce ne sont pas les vagues nappes terminales tronquées par un environnement hostile qui vont dégager cette sensation.
Non, au contraire, elles y participent pleinement.

« 1001 nacht » - Un conte de ces mil et une nuits est apparu là dans ce désert où la guerre sous couvert de chroniqueurs allemands à l’intonation encore chargée de souvenirs séculaires vient installer le familier sur un espace plane, presque apaisé, calme et effectivement certainement à l’idée d’une forme nocturne et qui sait, étoilée.
Gary Barnacle sera progressivement remplacé par un petit gimmick genre alerte alarme électronique.
L’heure tourne, le sommeil n’est pas si plein que cela et l’alerte est palpable.
J’ai cru apercevoir et palper du souvenir Sheherazade, mais elle est partie, effrayée.
Cette réalité palpable n’était pas un conte et il n’y a pas de fées dans ces nouvelles guerres.

« March 04 » - la date ?
Là encore l’espace stéréo n’en finit plus de déstabiliser mais il sera recadré par l’entrée et la quasi immobilité des drums.
Une transe s’installe, elle ne peut nous quitter.
D’infimes éléments s’emboitent en elle et la rendent encore plus attractive et imparable.
Un travail créatif sur l’espace, le temps et la mise en lumière de ces sonorités immédiates est évidence. Il sera difficile de ne pas revenir au point de départ.
Mais il reste un dernier titre.

« Monday Waters » est là pour conclure, sur ce rhodes que forcément j’affectionne et qui a failli me manquer, ces phrases penta de circonstance, ces voix de synthèse qui lissent un espace infiniment désertique.
Je sais que cet album n’ira pas se nicher au fin fond d’une étagère, parmi d’autres ressortis rarement.
Sa place est en quelques écoutes devenue prépondérante, c’est ainsi et ça ne s’explique guère.

L’environnement électro a eu ici une place créative majeure, la gadgétisation n’a jamais pris place et le soin apporté à chaque détail sonore qu’il soit de caractère bruitiste, référentiel ou musical positionne le projet comme un véritable acte créatif et artistique.
Il me resterait certainement et immanquablement à visionner le DVD qui positionne l’image sur ce concept sonore auquel j’ai adhéré sans la moindre hésitation ou encore réflexion de positionnement d’écoute.
Ici tout apparaît comme clair et limpide et cela renforce finalement l’argument resté non négligeable et particulièrement mis en évidence sonore et musicale.
Le sujet de la dérive de l’humanité guerrière et engluée dans l’incapacité de tolérance religieuse et raciale reste source d’inspiration artistique.
Un argumentaire qui en tout cas permet ici avec une esthétique bien actuelle un album aux contours soniques éblouissants.

C’est sur cet éblouissement et malgré tout sur ce sujet devenu quotidien, déplorable et incompressible que je vous souhaite à tous, lecteurs fidèles et occasionnels une bonne et heureuse année 2019.
A diverses échelles de nos vies respectives il faut vraiment qu’elle s’améliore et qu’un réel optimisme prenne le dessus sur ces politiques du mépris et de l’aveuglement, de l’inculture et du rationalisme, de l’écartement des classes sociales et du mépris de l’environnement des êtres, du positionnement pessimiste comme axe culpabilisant et démoralisant.
La musique semble alors un piètre sujet face à toutes ces problématiques touchant universellement la majorité des humains là où la minorité installée en position de pouvoir renforce ses positions.
Pourtant elle est le langage universel et essentiel de l’homme et on sait ce qu’elle peut apporter à chacun où à tous de par cette universalité – elle fait malgré tout parfois polémiques agressives et vindicatives stupides et inutiles, provocatrices et absurdes par des causeurs imbus, obtus et peu à l’écoute, peu respectueux d’autrui et d’art.
Et surtout obnubilés par le reflet de leur seule image.
Ces comportements sur ce qui n’est « que musique » sont finalement ce que nous observons et vivons dans un quotidien nerveux et dans lequel les luttes de pouvoirs sous couvert de classes se positionnent clairement.

La musique et l’art en général ne devrait pas susciter de tels écarts, de tels comportements même sous couvert de volonté « prétexte » d’un choc envers la « normalité ».
Je ne suis pas obligé d’aller détruire la vitrine d’un commerçant qui galère au quotidien pour revendiquer envers un état autocrate – il y a d’autres comportements et un dialogue si musclé soit il doit être possible. Le choc par l’agression n’est pas crédible.
Cet album repose artistiquement sur l’argumentaire de cette incapacité à dialoguer qui aboutit à la guerre et sur les douleurs, angoisses, actes qu’ensuite tout cela peut engendrer.
Il est, de plus, à de nombreux degrés sonores... profondément réaliste.
Il fait pourtant cela avec une certaine douceur et en tout cas un acte artistique qui installe la réflexion.

Certains blogueurs, mais pas que (mon quotidien professionnel l'atteste) aiment à provoquer, agresser même autour de ce langage qu’est la musique et de sa pluralité, sous prétexte de bon ou mauvais gout... je ne peux adhérer à ces dérives même si l’argumentaire de la blagounette pourrie sous aspect d’humour est avancé comme « excuses » ou justifications, comme un président faisant, après avoir méprisé voir insulté ses concitoyens, un semblant médiatique de mea-culpa.
Tu parles...
Le bon et le mauvais gout ne sont que subjectifs et même quand il s’agit de réussite commerciale il faut savoir prendre un recul et écouter, comprendre, distinguer...
Khatia Buniatishvili est une star du piano classique, elle est critiquée, vilipendée car son image, ses prises de parole...  et pourtant il faut l’écouter... sans œillères chargées de ces aprioris médiatiques faisandés... et alors la musique apparait... et quelle musique.

Une année dans la tolérance, dans le dialogue et l’écoute...
Si là-haut cela pouvait être entendu.
Si pour la simple et pourtant bienfaisante musique, cela pouvait être aussi imaginé.

Sur ce, que cette année vous soit belle et que, parlant juste de musique, la découverte comme le confort du passé ou encore la curiosité, tout cela dans le plaisir... restent bien en vous.
A très vite pour la suite ici.
Et encore un grand merci aux les fidèles lecteurs et commentateurs (Dev’, Chris, Charlu, Alain, Pap's, Alex...) devenus au fil du temps des amis virtuels et même bien réels ainsi qu’à tous ceux qui viennent échouer leur curiosité ici, sans parler de mes amis musiciens (Jean Marc, Roland, Joël, Ju, JClaude, Greg...) qui prennent le temps de passer pour ensuite inciter à perpétuer.