jeudi 15 août 2019

AOÛT ! DÉJÀ ?


AOÛT ! DÉJÀ ?
Eh oui… ça file, hein…

La vague aoûtienne est là.
Bleu semble la couleur dominante, ce bleu dans lequel on aime plonger, entrer timidement ou admirer depuis un littoral soit de plage, soit de route pas si surchargée que cela, d’ailleurs…
Mon petit casque est bleu, au gré des jours, je poursuis mes escapades musicales.

La flûte enchantée par le chef Yannick Nézet Seguin a été mon coup de cœur de ces semaines  – écouté plusieurs fois, pour un opéra ça représente un attrait indéniable.
Une version tonique, des chanteurs/acteurs qui font vivre théâtralement le conte chargé de symbolisme mis en musique de façon intemporelle par Mozart, voilà au sortir une sensation de tonicité et de légèreté qui apporte un bien être régénérateur.
La vie qui se dégage de cette interprétation est un petit havre de plaisir que l’on partage directement dès l’ouverture – puis on se rendra compte que le chef a enregistré nombre des opéras de Mozart, alors j’ai filé par passion vers le nozze di Figaro.
Même constat, même registre de plaisir, même entrée directe dans l’œuvre générale et non seulement dans la seule musique de l’œuvre, un sacré coup de jeune…

Mozart et ses symphonies…
40, 41, Prague… oui mais avant…
Et bien il n’y a qu’à s’en écouter l’intégrale, ça tombe justement très bien puisque Christopher Hogwood (et pas que lui) les a toutes enregistrées avec sa célèbre Academy of Ancient Music.
Un coffret donc…
Ça semble long tant que massif à oser. Pourtant en découvrant sa première symphonie puis les suivantes et encore les suivantes il semble que l’on avance avec Mozart, dans sa vie, dans son quotidien presque…
Le perfectionnisme de son langage qui se précise, ses influences qui surviennent, sa maitrise de la matière orchestrale, son style tant galant qu’élégant sans pour autant négliger cette immédiateté du sentiment qui s’installe en quelques notes, son sens mélodique inouï qui en fait le plus grand compositeur de tubes de l’histoire, son usage rythmique de contrastes ou de sessions obstinées, son inventivité et sa recherche toujours au profit du « simplement » beau…
Impossible d’oublier Mozart – il faut toujours le réécouter pour se situer soi-même – sa musique est le reflet de nous-mêmes, on peut l’écouter, se l’approprier et s’y plonger, elle nous parle de façon universelle.

Le plus dur quand on a terminé une soirée à jouer du jazz, de la pop ou de l’électro est de rentrer se faire la route en musique…
Le choix en général sera le havre du classique, sorte d’îlot salvateur au milieu d’une marée sonore qui reste installée en soi.
La route de la nuit est calme, débarrassée de files interminables, d’hésitants, d’excités…
Telle un long ruban sinueux elle trace le temps au gré d’une rythmique visuelle de bandes blanches pointillées ou allongées.
Parfois je choisis aussi le repos de l’ambient ou le voyage E.C.M…
Mais la fatigue est là alors l’hypnotisme ne doit pas se positionner trop longtemps car Morphée n’a pas à ouvrir ses bras lors de ces parcours sereins et apaisés.

John Surman et son with holding patterns reste l’un des albums du saxophoniste s’entourant de loops (bien avant que la mode Sheeran reprenne à son compte l’outil) que je préfère de façon quasi fétichiste.
Les boucles synthétiques et leur traitement ici ont eu sur moi une très grand influence et ce rapport improvisation, multiples strates de saxs et clarinettes sur ou sous textures apparemment souples mais pourtant bel et bien calées au Bmp près reste un cas de figure si ce n’est unique en tout cas tellement avant gardiste (si l’on considère l’époque où l’artiste a mis cela en place).
Il fallait y penser.
C’est un peu comme si Klaus Schulze et Tangerine Dream réunis rencontraient l’écriture chorale de Bach et le free jazz.
Un choc bien plus inspirant que ces saxophonistes à ou avec DJ qui envahissent les plages, nouvelles idoles sexy pour midinettes en besoin d’idolâtries estivales.
Les bienheureux (eux) pour ces malheureuses (elles, car on le sait, le musicien peut être parfois superficiel et certainement ici particulièrement éphémère, comme les grappes de notes rythmiques qu’il balance à longueur de ces soirées elles aussi éphémères et dont il ne restera pas grand-chose, si ce n’est… rien).
Surman c’est chez E.C.M et le hasard d’écouter n’importe lequel de ses albums ravira, de toute façon – l’intelligence ne peut que ravir si, qui plus est, elle est augmentée de cette touche créative qui manque si souvent…

Attention, un renard traverse la route…
Toujours le même, au même endroit, à la sortie du même virage – on est presque familiers maintenant et je crois bien que la nuit où je ne le croiserais pas j’en aurais tristesse car cela voudra certainement dire que…

Bernstein est grand chef, un immense pédagogue, un compositeur d’une rare puissance créatrice.
J’ai croisé nombre de Russes ces temps et il fait bon se souvenir en leur parlant un bon rosé en bouche et verre en main qu’on a l’honneur immense de bosser dans un établissement d’enseignement artistique portant le nom de Rostropovitch…
Alors je suis allé retrouver cet album de compositions du grand Bernstein, me remémorant ainsi qu’il n’y a pas que West Side…
Ici sa Symphony N°1 avec non moins que Christa Ludwig que j’ai eu là aussi l’honneur de rencontrer, enfant, ses trois méditations pour violoncelle et orchestre avec le grand Rostro et cette sublimissime suite On the Waterfront…
Incommensurable que cet album que j’ai réécouté œuvre par œuvre et non en enchaînant, afin de donner à chacune d’elles sa place véritable.
Puissant est le mot qui me reste et je le décline en modes multiples que ce mot…
Il faut que de telles œuvres retrouvent leur place dans le répertoire, dans la vie musicale, dans un patrimoine.
Leur grandeur est aussi valeur.

Le violoncelle…
Tiens donc, si j’allais découvrir cette nouveauté proposée par mon qobuz, Felix et Fanny Mendelssohn – Works for cello and piano - par les orfèvres Alasdair Beatson (piano) et Johannes Moser (cello).
Instruments d’époque, présentation plus qu’alléchante pour une œuvre (Mendelssohn) romantique qui m’a toujours ou souvent laissé perplexe, voir de marbre, un peu comme le Schubert pianistique.
Une écriture savante, intelligente, complexe et pourtant chargée de sentiments qu’il faut savoir dénicher pour les mettre en évidence sans pour autant tomber dans l’exagération que le romantisme induit, l’autre écueil étant le seul plaisir de la démonstration technique.
Prise de son exceptionnelle, réalisme de jeu augmenté par la connotation de l’Instrumentarium d’époque, sensibilité et partage évident de plaisir entre les deux protagonistes.
Allez hop, petit cœur, favoris…

Chez Charlu on a eu le bonheur de passer rencontrer David Darling.
L’occasion était trop belle pour me redécouvrir l’album Cycles où, entouré de la fine équipe, du fleuron E.C.M (Garbarek, Kuhn, Walcott, Andersen, Castro Neves…) le celliste nous embarque dans un univers immédiatement paysager, où, comme à l’accoutumée du label l’espace est place prépondérante et une forme méditative s’installe.

Puis j’ai remis, avec hésitation je le concède, la musique de chambre imaginée par Ballake Sissoko et Vincent Segal, un album qui avait bien fait parler de lui à sa sortie et que j’avais très honnêtement survolé.
Cette fois j’ai le temps de me poser au calme, le soir en voiture, justement et ai pu trouver le charme séducteur de cette fusion musicale, tant culturelle qu’instrumentale, tant humaine que ethnique, amicale en tout cas ce qui semble l’évidence.
Je ne suis pas un accro des musiques trad, mais quand on ose les revisiter pour même les émanciper ou encore les détourner afin d’en extraire une nouvelle donne, une nouvelle valeur et une nouvelle écoute, alors, ok – le voyage peut commencer pour ma part.
L’album va rester un moment dans la voiture, il a de nombreux axes et méandres à explorer.

D’ailleurs j’ai juste à côté son ami plutôt incroyable et retrouvé au fond de ma boutique de Lisbone favorite Louie Louie (celle où je vais systématiquement dès que je me retrouve dans cette ville merveilleuse) – il s’agit du ambient 3 de la série des ambient de Brian Eno, intitulé Day of Radiance qui met en valeur Laraaji, au Sitar…
Je l’ai en vinyl et la mode face A rythmée, face B méditative que les lascars Bowie/Eno avaient lancé sur Low est ici effacée par le format CD, mais reste bien efficace si l’on veut y prendre repère.
Le traitement de la musique world par le grand producteur était une évidence (My life… avec D. Byrne, plus qu’une référence, une obligation discophile), cet album n’est pas une annexe, il est essentiel dans la progression du concept ambient et placé en troisième position après le génial vol 1 poussé par R.Wyatt en loop pianistique, l’obligatoire vol 2 qui m’a fait admirer H.Budd et avant le déroutant voyage sonique du 4 – cet opus a finalement toute sa place dans la saga ambient. 
Il y installe une fraîcheur, une nouveauté, une vision et s’essayer à écouter les 4 volumes dans leur ordre chronologique c’est la garantie d’une journée de calme et de plénitude.
Au passage je me suis trouvé, au même endroit ses Music for films – une autre aventure, plus minimaliste, mais toujours agréable à faire – là encore rapport au vinyl le suivi des pistes installe une autre atmosphère.

Plus haut nous avons évoqué Tangerine Dream.
L’occasion a été belle de me plonger dans un coffret The virgin years / 1974-1978.
Phaedra, Rubycon, Stratosfear, Ricochet…
Cette musique aurait-elle vieilli ?
Ces sons synthétiques d’antan seraient-ils devenus has been comme le sont devenues nombre de ces prods commerciales eighties synthétisées et désuètes ?
Force est de constater que non, c’est plutôt la production de Tangerine Dream (pharaonique d’ailleurs) post de ces années qui m’incite à le penser, car ici, la créativité reste à l’honneur avec la recherche de textures qui reste encore avant-gardiste, inédite, mêlant ces hypnotiques boucles avec des ambiances interstellaires nappées d’immensité synthétique, de chaos addictif, d’espace – oui, encore une fois… d’espace.
Leur science d’écriture n’était pas complexe, mais leur faculté de mise en son d’un outil encore frais qu’était le synthétiseur et tout le barda d’effets, de recording et de traitement live de cette complication cérébrale et technologique me laisse encore admiratif.
La musique de Tangerine Dream reste magique, avec une part d’irréel, de mystère et d’inconnu (cette entrée dans Rubycon…)…


L’autre fois on s’est refait en live I shot the Sheriff, peu importe la version d’influence, d’ailleurs, Marley ? Clapton ?... Cette mesure à deux temps qui brise la petite phrase gimmick…
Choix du pattern, de l’orgue et d’un coup dans la tête… le souvenir d’une version cachée au fond d’un album pas franchement connu ou plébiscité, un truc rare et délicieux.
Paul Moran, album Smokin’B3 – juste un rappel que ce truc est une véritable tuerie de groove, de prod sonore, de mise en valeur de ce B3 Hammond fétiche et de multi-influences où jazz se mélange en rap (Night in Tunisia), où Mission Impossible va suivre un immortel Beatles qui a fait le bonheur des récupérateurs funky cuivrés (EWF, BS&T…).
Cet album-là, il faut que les amateurs de ce son B3 l’aient, absolument.

Je cherchais de l’orgue, j’ai découvert que tant le père que le fils DeFrancesco étaient des prolixes boulimiques avec une production discographique dépassant l’entendement.
Un embarras du choix tel qu’on ne l’imagine pas.
Après voilà donc le problème du zapping qui, de fait qobuz, s’installe afin de trouver parmi cette pléthore, THE album qu’on risque d’écouter en boucle.
Bon Joey, j’avoue je n’étais pas fan… trop de déballage de virtuosité inutile le summum de ce bordel démonstratif étant le trio avec McLaughlin et Chambers en live, mais finalement l’album sort du lot et s’écoute avec grand plaisir.
Mais il y a la petite pépite avec son père, là c’est carrément jouissif (Joey and ‘pa…)… là ils se sont surpassés, ceci dit faire un duo d’orgue avec Papa ça doit le faire, carrément, c’est tout de même beau la musique en famille, j’en sais quelque chose.
Bon une fois qu’on l’a écouté Joey en versions de reprises de standards auxquels finalement il n’apporte pas le grand-chose qu’un Jimmy Smith, lui, a pu déployer on peut se tenter le père, lui beaucoup moins démonstratif et surtout plus authentique, roots et « réel ».
Si on aime l’orgue hammond en tout cas, la famille DeFrancesco c’est une playlist qui ne sera pas hasardeuse et apportera son grain de sensations, quoiqu’il en soit – on n’est pas toujours obligé de s’obliger l’originalité…

J’ai envie de terminer par un album CTI du guitariste Eric Gale « Multiplication » dont la pochette ado ne m’aurait pas fait dépasser la petite blagounette de papa et fiston lapin – mais, en tapant Gadd je me suis retrouvé avec cette petite plongée en mode gospel, groovy, funky, jazzy, soupe - absolument addictive.
Il y a là Richard Tee qui est un de mes pianistes gospélisant favoris de chez favoris (je lui ai piqué tout ce qui était possible dans le genre et là il est juste top de chez top), la section cuivres est à tomber par terre tant en perfection qu’en listing plus que de luxe… (Soloff, Brecker, Scott, Faddis, Stamm, Daniels…) et puis Gadd est associé à Will Weeks et occasionnellement Ralph Mc Donald, plus qu’un gage, une véritable garantie de groove, de feeling, d’assise et de jouissance rythmique. C’est produit par Bob James qui pouet pouetise synthé par ci par là, bref y’avait des moyens et cet Eric Gale plutôt connu par musicians only atteste ici d’une sacrée respectabilité.
Pour ceux qui voudraient un petit référent, on se rapproche de notre BB avec son vibrato si caractérisé, mais ici c’est plus roots, plus Harlem, voyez l’idée et surtout moins cliché, entre jazz et ce blues des villes qui n’a pas oublié de venir prier à la messe les dimanches et se mettre en transe. Mais quel plaisir !...

Bon, allez…
reste encore une poignée de jours de vacances, profitez bien et mettez ça dans vos casques, tel, enceintes Bluetooth respectives, ou ailleurs d’ailleurs, qu’importe, le plaisir ça s’emmène partout.








mercredi 31 juillet 2019

L’ETE AVANCE…


L’ETE AVANCE…

Août pointe son nez, la chaleur s’est écrasée sur presque la bonne humeur générale.
Je dis presque, les vacances…
Hmm on le voit bien - socialement, budgétairement, humainement - avec un gouvernement qui a compris qu’il pouvait faire pire que ses prédécesseurs en profitant pleinement de cette période de « tranquillité sociale » où chacun vient oublier sa vie quotidienne, le français reste méfiant et est sur ses gardes.
Que va-t-il lui tomber sur la tête à sa rentrée ?...
On n’est plus sûr de rien, en tout cas ce qu’on est sûr c’est que, de toute façon on sera encore dans une histoire de dindons et de farce, une farce qui ne fait plus rire et fait grincer…
La musique semble bien se porter cet été, c’est justement dans les périodes difficiles que le besoin de détente est presque compulsif, impératif, nécessaire.
La musique et en particulier celle live avec la sueur, l’énergie, l’envie des musiciens acteurs de styles tout aussi divers que variés prend donc toute son importance sur l’échelle de l’oubli d’un quotidien qui de toutes façons rattrapera on le sait bien, tout à chacun d’ici environ trois semaines.

Ramatuelle nous a encore comblé d’une soirée, cette fois lyrique, plutôt inoubliable ou du moins qui m’a donné l’envie d’approfondir ces compositeurs français à cheval entre romantisme et impressionnisme, entre classicisme d’écriture et audaces modernistes.
Massenet a pris une place prépondérante sur le gré de ces approfondissement et un Werther n’a pas vraiment réussi à quitter mes journées de quiétude musicale.
Carreras, Von Stade, Sir Colin Davis – juste merveilleux, comment ai-je pu passer à côté de si belles notes ? Va-t’en savoir…
De Massenet me voici passant au gré d’un album « France Espagne » au travers des interprétations de ce chef particulièrement  précis, inventif, rigoureux et respectueux de contexte qu’est François Xavier Roth avec son ensemble « Les Siècles ».
Une pléthore d’albums, dont certains en live - ce qui en classique demande une extrême précision, qui revisitent les interprétations d’ouvrages tels que la Symphonie Titan de Mahler, le Stravinsky du Sacre, de Petrouchka et de l’oiseau de feu, Debussy ou Ravel mais encore Dukas et tant d’autres de nos Poulenc, Chabrier et Massenet (Jules de son prénom).
Instrumentarium de cette époque permettant la couleur réelle des œuvres telles que créées, souci d’authenticité poussé à l’extrême et balayant d’une écoute passionnante en redécouverte les redites surannées, les habitudes de tempis, de traits, de couleurs, même si…
Mais là, ces relectures sont captivantes.
Découvrez les, au hasard, vous serez conquis et je gage même que ces nouvelles approches vous feront ranger – comme je l’ai déjà fait – celles pourtant magnifiques des tenants des titres…

Le piano m’a réenchanté, pourtant j’ai un peu l’impression de ne trop le quitter ces temps.
Mais l’art Schubertien porté de façon limpide et délicate par ma chouchoute Khatia Buniatishvili m’a simplement transcendé et son nouvel opus est repassé sans cesse sur mes ondes personnelles, celles qu’on ne m’impose pas mais donc le choix reste mien.
Ces impromptus sur cette idée diaphane de jeune fille et la mort, thème d’un des plus beaux quatuors à cordes de l’histoire de la musique prennent sous ses doigts une importance et une différence qui réactualisent d’un trait de touches noires et blanches ce mal social sous une douceur d’apparence qui tente de cacher le profond émoi romantique de ces pièces.
J’ai déjà dû en parler de cet album, qu’importe, quant on aime on ne compte pas – radoterais je ?...

J’ai retrouvé avec délectation mon Stan Getz favori.
La disparition de Joao m’a touché, voir affecté et si vous le voulez pur, beau, magique et délicat, grand au sommet d’un art que lui seul pouvait prétendre estampiller avec authenticité, alors ruez vous sur son Amoroso, un album de toute beauté qui vous fera certainement sortir un petit kleenex, sans honte d’être submergé par une émotion obligatoire face à tant de beauté simple et directe.
Mais je reviens à Stan…
Trouver ses deux albums « Another World » et Children of the World », que je possède en vinyle (ouf), ça se mérite, mais mon petit qobuz a là rempli sa mission et j’ai pu redécouvrir ces deux pépites peu plébiscitées avec un bonheur rare.
Stan s’y balade avec quelques effets, chambre d’echo, etc… est accompagné par le casting de luxe et l’orchestration idem – on avait oublié que le bonhomme surmédiatisé en bossa ou coolitude pouvait s’aventurer en côtoyant de jeunes loups vers des contrées qui ne pouvaient ravir les jazzophiles les plus réacs – ces deux albums prouvent que le lascar avait de la perspective et savait s’entourer.
Il leur tire la bourre même, ah, ces anciens, quant ils en ont sous le capot ! ...
Et puis posez vous et admirez ou sirotez ce que vous voulez sur « Blue Serge », vous m’en direz des nouvelles de cette balade en mode quiétude modale absolue.

Un besoin d’énergie m’a remis David Bowie « Stage » sur le tapis. La tournée post « heroes » dont le vinyle m’était mythique s’est vue augmentée de quelques excellentes surprises et la track list du concert est redevenue telle que Bowie la présentait alors à son public ébloui de néons futuristes, de cuirs rigides, de sonorités de synthèse inédites.
Roger Powell débauché de Utopia, Adrian Belew complètement barré, Dennis Davis lourdingue à souhait, usant d’une double pédale de grosse caisse et abusant d’une china tonique comme une boisson énergisante et la rythmique d’Alomar, Miles avait Reggie Lucas, Bowie avait Carlos Alomar à cette époque.
Dans ce « Stage » le formidable Bowie tord avec l’appui de ses compères son répertoire du moment et d’antan, débarrassé de ses frasques identitaires pour lui redonner une substance musicale digne d’une renaissance.

Je saute allègrement du coq (un emblème à Cogolin) à l’âne (il y a aussi des journées de l’âne par chez nous – respect envers ce digne animal tellement pointé du doigt et utilisé en bonnets ou autres superficialités par une autorité scolaire qui on le regrette d’ailleurs, n’est plus…).
« Maddalena and The Prince », sorti chez DG et mené de baryton (une viole de gambe) de maître par la gambiste Maddalena Del Gobbo en hommage à Nikolaus Esterhazy, the magnificent.
Si l’instrument semble connoté baroque, cet enregistrement met en évidence l’usage en période classique de l’instrument et cette « couleur » musicale oriente différemment les sens auditifs forcément ancrés dans Jordi Savall et référencés par le Marin Marais de Tous les matins du monde (regretté JP Marielle).
C’est somptueux, ample, chargé de plénitude et d’un pouvoir relaxant indescriptible. C’est intemporel et c’est bien là ce qui donne à ce projet une dimension inédite en mettant en avant finalement un répertoire peu usité sous l’égide d’une sonorité apparemment ancienne mais qui frappe par sa faculté à devenir instantanément « familière », comme si un recueil s’ouvrait et laissait s’échapper une fluidité mélodique magique et envoûtante.

On parle de douceur, de fluidité…
S’écouter un bon vieux Franky c’est s’ouvrir une bonne bouteille de champagne, un whisky avec un âge avancé, un vin qui reste en bouche…
« September of my years » m’a fait cet effet – tapis de cordes soyeux, hollywoodien, à fleur de peau dès les premières notes, dès le premier grain de harpe…
La douce mélancolie mélodieuse... l’écran de ma télé s’est comme par magie énormément agrandi et ma place de ciné m’a tendu les bras.
L’Amérique, tout de même quand elle prend réalité sous le rêve, c’est quelque chose…
Il faut prendre le temps d’apprécier les (très) bonnes choses de notre courte vie.
Franck Sinatra s’inscrit dans la petite liste de celles-ci.
Comme Ella, d’ailleurs et une petite merveille intitulée en coffret « The Complete original songbooks » - allez, asseyez-vous, savourez, swinguez en claquant cet after beat souple et félin en enchainant sans  heurts ces … oui vous l’avez bien lu 244 titres…
Les cuivres côtoient les cordes, la rythmique est un modèle de swing, oui ce mot qui prend ici toute sa simple « valeur ».
Ella Fitzgerald divissime et sublissime diva…

Au chapitre des grands moments de plaisir je me suis délecté avec « The Fellini Album » magistralement interprété par la « Filarmonica della Scalla » sous la direction de Ricardo Chailly.
Accordéon mémorable, cuivres swinguant à l’italienne, lyrisme grandiloquent et le populaire immédiat qui rentre d’un coup en un éclair dans la mémoire – Nino Rota est à l’honneur et il n’est pas besoin réellement de l’image pour se laisser embarquer dans cet univers loufoque, fantasque, immédiat, chantant, rythmé en marches de chapiteaux étoilés.
Des gens, un peuple de bizarreries instantanément tant inquiétant qu’attachant et décalé prend place devant nous, il n’y a aucune raison de s’inquiéter face à ce sarcastique fatras de sonorités car très vite le chant si présent dans toute la musique italienne vient nous rappeler tout son puissant pouvoir.
Alors l’on sifflote ces airs qui semblent nous avoir bercé depuis des lustres et l’on est heureux, juste heureux… Et je crois bien que ça suffit en soit, non ?...

Philippe Bianconi n’est pas spécialement un pianiste qui est mis sous le feu et les lumières d’une rampe médiatique qu’il faut savoir soit contourner, soit comme Khatia, apprivoiser et surpasser.
Sa maison de disques La Dolce Volta est à l’image du soin qu’il apporte à toutes ses interprétations, comme celle de l’intégrale des préludes de Mr Debussy qu’il distille avec une parcimonie délicate, une finesse de lecture d’une immense fidélité – alors les voiles de ces bateaux jouent sur l’horizon de la mer, puis l’on plonge au fond de celle-ci pour retrouver cette massive et pourtant dégagée de tout poids cathédrale engloutie depuis un temps immémorial et au fur et à mesure que l’on s’approche d’elle la voici qui prend toute sa dimension impressionnante… et légendaire.
Dans la forêt d’automne l’on joue avec ces feuilles mortes, l’on est surpris par ce léger brouillard avec lequel on fait un cache cache inquiétant… les grandes bruyères s’étalent à perte de vue et on le sait tous, les fées sont d’exquises danseuses. Peut-être sont-elles là-bas, dans la clairière ?
Une bien belle lecture de ces préludes restés longtemps sur le chevet de mes écoutes et sur le pupitre de mon piano d’études.

Mon voyage de ce soir se terminera par l’univers si féerique électronique du Sieur Jon Hassell avec un album E.C.M « Last night the moon Came Dropping its clothes in the Street », un programme en soit…
Le jeu reconnaissable de particularité de cet explorateur sonore prend place dès cette aurore, dans le son, tel la pièce d’un puzzle electronico-rythmique d’un envoûtement sans égal – on est aspiré par cette seconde dimension qui ne peut que nous intriguer et nous attiser en curiosité.
Le référencement instrumental n’existe plus, seuls les sons sont légion et transportent par leurs textures inédites le voyageur que l’on se surprend à être devenu en l’espace d’une poignée de minutes d’enchantement.

Allez, bonne soirée, bonne semaine et bonnes vacances aussi à tous.
Profitez pleinement de ces moments de bonheur musical – merci de passer ici, je n’y suis pas souvent mais j’ouvre parfois la porte et pose quelques affaires à vous faire partager.
Servez vous.


mardi 23 juillet 2019

QOBUZ, DERRIERE LA PUB, la réalité…


QOBUZ, DERRIERE LA PUB, la réalité…

Ça va vite, trop vite diraient certains.
Un petit paquet d’années que je blogue, largement moins qu’avant – ça aussi, deviendrait-il progressivement mais rapidement obsolète ?
La réponse sera certainement rapide et faire des blogs un argument de « résistance » contre qui ou quoi ne servira pas vraiment à grand-chose.
Continuer à créer l’envie et partager, certes…
Mais il va là encore falloir certainement… s’adapter.

Une année de conférences mensuelles en médiathèque sur thématiques, afin de faire découvrir, partager et aimer la musique par quelques entrées divergentes amène à des réflexions…
Le fond et support du cd parait bien léger, vieillot, voir antique quand on sait la profusion de possibilités et choix offerte par le streaming.
On a dit que le streaming était la fin de l’artiste, je ne saurais me prononcer sur cette affirmation.
Il faut que les plateformes de streaming rémunèrent l’artiste à degré respectable et respectueux – les avocats américains y travaillent forcément, là-bas l’artiste n’est pas la dernière roue de la charrette de la société, comme ici en hexagone où même le statut d’intermittent, garantissant le live, le vivant, le bonheur partagé humainement est remis régulièrement en cause par des gouvernements incapable de comprendre le bienfait social couvrant l’animation tant que la culture.

Le streaming donc est devenu commun, courant et ne fait quasi plus débat.
Il s’est installé dans l’escarcelle budgétaire à coup d’applis incluse ou non dans les forfaits d’un truc qu’on se trimbale sous les yeux et dans les oreilles du soir au matin, du matin au soir, usuel 24h-24h, passé du terme réducteur de téléphone à smartphone.

Je ne regarde plus la télé… je regarde netflix…
Je n’en ai pas honte et ne suis pas le seul, ça parait "djeun" au départ, car suggéré par mon dernier, ado en ras le bol de chaines tv ne lui correspondant absolument pas, malgré un choix de chaines spectaculaire en mire mais inintéressant en réalité…
« Papa, on s’abonne à netflix, tu verras, c’est super ! » …
Alors on ose timidement une première série, un premier film, un doc musique, forcément et puis on installe ça dans sa vie.
C’est quand on veut, comme on veut, à l’heure qu’on veut et surtout, surtout… pas de parasite de pubs de nettoyages de wc, de bouffe en sachet, d’incitation à la normalisation physique et sociale, au voyage paradisiaque en groupe resserré…
Alors, la télé, ça devient autre chose et ça prend la nouvelle dimension du plaisir.
On décroche de l’info sourire ou matraquage, du format imposé… de la télé réalité omniprésente, de la série racoleuse et même du reportage form-arté.

Qu’en est-il alors de ce qui m’intéresse ici plus que tout ? La musique…

Voici plus de dix ans, alors que nous préparions un concert de blues resté dans peu de mémoires mais tout de même dans les nôtres pour ceux qui considéraient alors l’amitié comme part tangible de la musique, le guitariste nous envoie la liste des titres à écouter par courriel (l’autre truc qui a révolutionné nos comportements d’échanges, sans parler du sms…).
Je suis surpris et à l’époque presque choqué de constater que cette liste n’est rien d’autre qu’une playlist perso avec les titres stockés, sur… deezer.
Jamais entendu parler, si ce n’est en débats sulfureux…
Forcé d’essayer en place de courir acheter ou fouiller dans mon stock de cd, k7 ou vinyles – je m’inscrit à ce truc en mode gratuit, énervé par les pubs régulières, mais admettant le côté pratique de l’affaire.
Je n’adhère vraiment pas plus que cela car le son est vraiment pourri, mais ça reste en un coin de ma tête…
Depuis, entre youtube où l’image prend le relais sur la zic, ou encore spoty et bien sûr encore deezer, voir un timide, mais au large en choix pour le classique, musicme, j’ai tout essayé et hormis le côté pratique, j’ai vite abandonné, toujours à cause du son mp3 peu valorisant pour les artistes…

Puis il y a eu ma période napster, forcément l’appli était proposée par mon opérateur, alors, j’ai sauté sur l’occas’ pas de pub, un choix correct et possibilité de faire des playlist ce qui me rappelait, pour la voiture, l’époque où je me faisais des K7 avec pléthore de titres…
Mais là encore et malgré un usage professionnel axé sur le pratique, le son… trop inégal, parfois super, souvent saturé ou médiocre.

Je reviens à la parenthèse mp3 et qualité…
Le mp3, à mon entrée en blogosphère ça a été (et reste pour certains) le mode de partage le plus aisé et pratique…
« Comment ? T’as pas la dropbox ? Mais t’es hasbeen et débutant dans la sphère mon petit… »
Une fois cela fait, encore faut-il prendre le temps d’écouter, de répertorier, une forme de boulimie s’installe – on achète HD sur HD, on les remplit… et finalement on écoute très peu car au bout du compte, le truc qu’on a vraiment aimé et bien… on se l’achète et on le met sur l’étagère des cd et maintenant des vinyles en retour de mode vintage…
Cette accumulation est terminée pour moi, le mp3 souvent mal encodé juste pour écouter…
J’en ai largement fait l’expérience et ce temps m’apparait désormais révolu…
Je pense même que désormais, sur ce blog, je ne mettrais plus les liens d’écoute, après tout, les références et un petit effort de chacun pour chercher la meilleure condition pour écouter, c’est aussi se donner la peine, non ? Pourquoi imposer un lien youtube de qualité médiocre alors qu’on peut, si l’on est passionné de zic, faire mieux.

J’achète toujours des cd, mais jusqu’à quand ? (Jusqu’à ce que ma voiture change de propriétaire car elle ne lit que les cd…).
J’écoute toujours mes vieux vinyles et de temps à autre je fouille chez le disquaire, mais là encore, jusqu’à quand ?

Qobuz m’a fait m’interpeller sur la chose…

Il fallait bien que cela arrive qu’une appli propose un catalogue s’adressant à des « mélomanes » autres que simples consommateurs de son, mais attachés également à l’info (le simple fait de savoir qui joue dans tel titre, comme au bon vieux temps…), donnant de l’importance à l’artiste et à son environnement, son histoire, ses choix etc…
Bref, une plateforme apte à prendre en compte un mode de consommation plus ciblé, plus exigeant, plus spécialisé et surtout plus enclin à la qualité.
J’ai dégagé mon opérateur fournissant napster après un an et demi de galères wifi et autres incapacités à un service fiable et du coup, d’appli choisie par défaut, j’ai essayé Qobuz, à la pub attractive et mettant en avant les nombreux critères correspondant apparemment à mes attentes…

Un mois d’essai gratos…
Donc.
Le bilan, car c’est bien joli de prétendre, encore faut-il être à la hauteur de ses prétentions.

Le mois d’essai premium c’est du mp3 320 kbps ce qui est la qualité supérieure de ce format…
Déjà ça permet de cibler… car parfois c’est surprenant que cet encodage…
Et là, effectivement ça l’est, autrement dit qu’on écoute du classique, du jazz, du rock ou qu’on s’ouvre le catalogue ecm carrément le must pour vérifier la chose le son est équilibré, paramétré pour la meilleure qualité possible et agréable en égalisation, sachant que je mets tout en mode flat, y compris mon système hifi.

Le choix…
Bon, j’ai tenté le probable… et l’improbable…
Dans le probable je n’ai trouvé quasi aucun écueil, nombreuses de mes recherches ont abouti… et si l’album original n’existait pas c’est qu’il était ré-édité sous une autre forme…
Un Stan Getz « Another world » regroupé avec toute la période contemporaine de cette époque, un Soft Machine post Ratledge, idem… j’arrête là…
J’ai tenté Urban Verbs, ah… pas le second, mais le premier album, finalement pas le plus simple à trouver…
Fan d’ECM j’y ai trouvé un catalogue incroyablement complet et s’augmentant quasi quotidiennement.


Côté choix, donc, l’exigence est au rendez vous-même si, comme chez le disquaire (et ce en fouillant en commandes sur le net via des sites dédiés), on ne trouve d’ailleurs pas toujours tout.
Côté ergonomie, il faut s’habituer mais franchement c’est juste une question de réflexes.
Le lecteur est simple d’usage, faire des playlist relève du jeu d’enfant et là on voit le coté qualitatif car le son de titres différents enchaînés est normalisé de façon plausible et raisonnable, c’est donc super car vous le savez j’use de playlist de façon professionnelle et il n’y a rien de plus insupportable que de devoir se lever à la pause entre zicos autour d’un verre pour aller, soit baisser le son soit le monter, soit pire le ré-égaliser à chaque titre…
Ça gâche le plaisir du rosé frais et on loupe la blagounette du batteur.
Ces playlist de plus passent à la moulinette de la sono de groupe (enceintes Alto pour ma part) et ça permet aussi de voir que la qualité est là car là encore c’est désormais entrée ligne directe (ce qui me permet de gagner une tranche table), sans égalisation.
Pas encore eu de mauvaise surprise…
Tout comme sur la Bluetooth forcément parfaitement adaptée au sujet (JBL Charge) ou la voiture d’ailleurs, directement paramétrable.

Le secteur « à découvrir », « nouveautés » est bien présenté, par genres ou en vrac, au choix…
Et il s’augmente régulièrement, entre les vieux Blue Note ou le dernier Gov’t Mule live, ou l’intégrale Bruckner par Karajan…
Nouveautés, pas forcément d’ailleurs, plutôt mises à niveau de catalogue et bien sûr tout de même dernières sorties.
Chaque album est assorti des références producteur, année, musiciens, etc… et d’un article (parfois en anglais) permettant de situer l’esthétique, le choix artistique, l’historique…
Pratique, parfois succinct mais toujours indicatif et utile.
Si on en veut plus, le net, c’est fait pour ça et… les blogs aussi, gardons nous cette part de spécificité.

Le petit bémol a été l’inscription, car filer son N° de carte bleue pour une entrée gratuite au départ ça rebute d’autant que c’est un peu le parcours du combattant (entrer par id mail, facebook, applistore… bref ça rame un tantinet).
Mais une fois cette étape - à la chape d’incertitude et la cymbale indiquant que vous êtes arrivé - franchie et que ça s’ouvre enfin, avec une première crise de nerf ne permettant que des essais d’écoute de 30s, car l’on croit que tout est fait alors qu’il reste encore quelques étapes de paramétrage – ça y est on peut s’installer et écouter…
Foncer boulimiquement pour vérifier que tous les Keith Jarrett sont bien là. Ils le sont.
S’assurer que Magnard ou encore Ropartz dont le catalogue classique est très pauvre sont bien représentés. Ils le sont.
Vérifier qu’il ne manque aucun Eno à l’appel. Ils sont tous là.

Allez, on s’empresse d’installer l’appli sur tout ce qu’on a…
La tablette – ok id plus mp, c’est bon…
Le PC, idem…
Puis la télé qui est chez moi reliée directement à la hifi – et oh surprise comme elle est en wifi, là aussi en deux deux, c’est bon…

Bref, un changement radical de comportement vient de s’opérer pour ma part.
Je savais que ça m’arriverait un jour, ça faisait un moment que j’avais commencé à entrer dans ce pratique mais là avec la qualité j’adhère…
Je vais d’ailleurs certainement après l’essai opter pour la qualité supérieure (cd), une qualité supérieure qui, j'ose l'espérer ne ramera pas en poids de mémoire tampon.
Pour le moment en effet, jamais eu de problème réseau genre coupure ou ça rame en plein morceau, que ce soit en wifi ou en 4G c'est nickel et on peut charger hors ligne, bien pratique pour certaines situations (avion, train…).

Je sais que pour mes cours cela va être mon outil référent (terminé le stock de cd embarqué dans le sac…) – un cordon jack/rca et hop…

Bref, c’est un peu comme l’arrivée du lave-vaisselle ou de la machine à laver, on va bientôt plus pouvoir s’en passer…
Vedette avait mis la Mère Denis en avant pour prouver sa capacité qualitative et professionnelle…
On aurait dû commencer par là en place de foncer dans le mp3 de base, quoiqu’il advienne pour penser à posteriori à qualité…
J’ai aussi un robot qui passe l’aspirateur à la maison…
Bon il fignole pas sous les meubles, d’accord et il est bruyant le bougre…
Mais bon, du coup, je l’envoie bosser quand je suis absent et quand il a fini il rentre pépère sur sa base, ma seule corvée ? le vider… et fignoler de temps en temps les dessous de meuble…
Gagner du temps pour le plaisir et le loisir…
Si tout ce bordel connecté nous permet de le faire et qui plus est de le proposer ce loisir, comme ici, alors avec un âge de retraite qui semble désormais stratosphérique, on sait qu'il va falloir se ménager…
Profitons donc de ce que cette technologie qui avance comme l’éclair peut proposer – l’avenir à la macron (sans majuscule – il faut la mériter) n’est pas sur l’échelle des réjouissances, alors il faut se préserver… et savoir prendre du temps et du bon.
A vous de voir.


PS : je ne suis absolument pas soudoyé par Qobuz, manquerait plus que ça, mais ici on partage ce qui aide à nos passions pour la musique et personnellement je ne vois pas pourquoi je zapperait ça.








lundi 22 avril 2019

ET FLUTE !... HOMMAGE


Et flûte !...
Hommage.

Amie, collègue, musicienne et formidable pédagogue, notre amie Paola nous a quitté.
Sa ténacité, sa foi et sa détermination n’ont pas réussi à vaincre ce cancer qui ronge, qui détruit et qui annihile tout sur son fatidique passage.
Des années de combat, un courage et un optimisme sans failles et pourtant.
Nous étions nombreux lors de ses obsèques, la jeunesse implique un entourage nombreux.
Son caractère amical, franc et généreux lui valait le respect et l’amitié.
Ce respect et cette amitié nous nous sommes retrouvés là, impuissants mais solidaires à le lui rendre.

Je suis arrivé ici en 2003 et elle fait partie des premières personnes qui m’ont chaleureusement accueilli, de façon directe, honnête et déjà amicale.

- Je me souviens encore de ce moment où après une réunion de rentrée nous nous sommes retrouvés au bar local et avons échangé sur le métier, nos vies, notre passion pour la musique.
C’était simple et nos relations le sont toujours restées, une amitié facile, un soutien aussi l’un envers l’autre. Peu d’exubérance, juste ce respect mutuel.
- Je me souviens encore de ce concert chez un particulier plutôt aisé.
L’homme organisait une « soirée blanche » très à la mode tropézienne, un truc lancé par Eddy Barclay…
J’avais simplement oublié de lui donner le dress-code et elle arrivée en robe rouge carmin flamboyante.
Belle et féminine, de plus très coquette, cela ne passa pas inaperçu.
Ce soir là elle a rencontré mon autre ami décédé lui aussi de cette ignominie, quelques temps après : Jean Claude Verstraeke, trompettiste émérite ayant joué entre autres avec Claude Bolling.
C’est d’ailleurs pour cela que j’avais mis un point d’honneur à le faire venir ce soir-là, car l’organisateur de la fête allait régulièrement écoute le big band de Bolling à Paris et il ne manqua pas de le reconnaître.
Ils sympathisèrent tous de concert et Paola réussit à obtenir par Jean Claude une précieuse partition de Bolling qu’elle souhaitait plus que tout faire travailler à ses élèves.
- Je me souviens de cette soirée privée où elle m’avait fait engager avec ma fille pour un anniversaire d’une de ses copines. On avait joué un répertoire loin de ses habitudes classiques mais pourtant de boléros en bossas, de swings en rocks elle nous avait scotché en improvisant, sans parler des titres qu’elle déchiffrait live avec une qualité d’expression et de jeu imbattables.
- Je me souviens de ce concerto de Vivaldi que nous avions monté pour ses élèves où les solistes étaient flutistes et le tutti un groupe de musiques actuelles. Elle imaginait un challenge…
Pour le coup c’était réussi comme idée, d’autant que, cerise sur le gâteau elle avait bossé avec le département danse pour une chorégraphie de l’ensemble.
- Pour conclure parmi tant de souvenirs, c’est quand avec Jean Marc nous avons fait notre premier bœuf musical qu’elle a débarqué.
On installait « You are so beautiful » de Billy Preston version Joe Cocker… Elle nous a juste dit à quel point elle adorait notre embryon de travail et de là nous avons envisagé très sérieusement de nous associer avec Jean Marc… elle fut juste l’étincelle de nos début musi-amicaux. Et quelle étincelle !

Vous l’avez compris, Paola était une flûtiste exceptionnelle, d’une virtuosité élégante et d’une rigueur d’école qui aujourd’hui se perd.
Pédagogiquement elle se battait pour que cette excellence perdure, ce combat elle en avait fait une priorité professionnelle et le niveau de ses élèves ne le démentait pas.
Une femme jeune qui savait utiliser l’éthique de la « vieille école » pour le meilleur.
Aujourd’hui je suis forcément triste mais il me reste sa présence dans chaque musique que j’aime, dans ma relation quotidienne avec les élèves, car nous partagions ces valeurs et ne manquions pas d’en parler avec conviction et passion.
Aujourd’hui je pense à sa famille, ses enfants, son époux et ses proches.
J’ai admiré l’immense courage de son père qui a pu prendre le saxophone pour l’accompagner en musique pour son départ.
 
La flûte était la prolongation de sa personne et de sa personnalité.
A travers ce tube qu’elle avait d’or elle était passeuse de passion, de musique et de vie.

Je vais lui rendre cet hommage en musiques flûtées, ce sera mon accompagnement pour lui exprimer ce que j’ai eu tant de mal à lui dire et n’ai osé le faire qu’occasionnellement pendant sa longue, trop longue maladie.

---

Mozart – « Concerto pour flûte et harpe en Do majeur » - L’oiseau lyre – 1988.
Lisa Beznosiuk – Flute / Frances Kelly – Harpe.
Academy of Ancient Music sur instruments d’époque – Direction Christopher Hogwood.


Le génie mozartien dans ce concerto…
L’incroyable manière d’utiliser le simple arpège de l’accord de do majeur pour le faire thème…
L’association des timbres flûte-harpe pour une forme de galanterie expressive et délicate, enrubannée, sucrée, parfumée et féminine.
Il y a bien entendu nombre de références pour ce concerto, Rampal (qui revenait souvent dans ses propos), Laskine, incontournable nom dès qu’on parle de harpe…
C’est pour ma part avec cet album (puis de suite le stabat Mater de Vivaldi) que j’ai découvert Christopher Hogwood et cela a été immédiatement mon virage en forme d’addiction vers ce baroque et classique présenté avec respect historique et sonore par ce mouvement d’interprètes engagés, défricheurs, historiens, curieux et apportant une vision musicale dégagée de tout maniérisme post romantique.
Un bien curieux mouvement où la préciosité du jeu sur instruments anciens côtoyait (et côtoie toujours) la plus haute technologie d’enregistrement permettant une clarté de son novatrice et peu égalée.
Un magnifique paradoxe qui me fascine encore et toujours dès que je mets ce concerto et ses premières mesures joyeuses, souriantes, limpides, jubilatoires…
On dit que Mozart n’aimait pas la flûte et les flûtistes, voici encore un paradoxe dont j’ai du mal à me remettre avec une telle œuvre, si directe, si immédiate... si simplement mozartienne en possédant tous les ingrédients de ce qui fait Mozart avec ce style et cette aisance qui le placeront toujours au-dessus de tous.
C’est ainsi et le nier serait absurdité.
Trente petites années d’existence et se positionner comme le plus grand compositeur de l’histoire…

Ici, comme pour tout ce qu’a dirigé Hogwood la musique s’exprime par elle-même et la partition parle, d’elle-même, sans la moindre surenchère, simplement et efficacement et l’on peut alors aller au plus réel de l’expression. C’est cela qui me séduit ici et ce sentiment reste avec le temps dès que j’écoute cet album.
J’aurais pu choisir Marriner, le grand mozartien… mais Hogwood est ma véritable découverte de ce concerto et dès que je pense flûte, hop, il apparait en ligne directe dans les rayonnages de ma collection…

---

Ravel – « Daphnis et Chloé ».
Choisissez entre :
Pierre Boulez et le Cleveland Orchestra.
Claudio Abbado et le LSO.
Myung- Whun Chung et l’orchestre philarmonique de Radio France.
Sans oublier les versions de Pierre Monteux.


Il ne s’agira pas ici d’un comparatif de versions, chez chacun des interprètes sus cités des choix ont été faits pour une approche coloriste (Boulez), de mise en valeur instrumentale et textuelle (Abbado), de présence de pupitres (Chung) et bien sûr de référence historique (Monteux).
Ravel est un génie tant de la composition que de l’orchestration, il possédait cet art de la mise en valeur de l’élément musical qu’il soit thématique, harmonique ou rythmique par le déploiement orchestral.

Dans cette symphonie chorégraphique et pastorale, aux arguments mythiques commandée par Diaghilev sur un roman grec, la flûte (le dieu Pan en toile de fond) est omniprésente sous plusieurs déclinaisons (piccolo, flûte, flûte en sol).
Elle installe une douceur bucolique et une légèreté qui donnent à l’œuvre une clarté, une douceur et une limpidité naturelles tout en réservant de véritables solos de virtuosité à l’exécution de haute volée.
Glissandos vertigineux, traits véloces, chromatismes en chute libre – tout y passe… côté virtuosité.
Douces mélopées, lumineux chants, évocation antique – tout y passe… côté expression.

Je m’écoute Ravel et je réalise à quel point la flûte est prédominante chez lui, dans ses orchestrations… c’est elle qui ouvre son « Boléro », c’est elle qui illumine de sa présence le recueillement de la « Pavane »… elle est au détour de chaque contour orchestral elle sort du pupitre des bois pour rejoindre les cordes, pour s’associer avec harpe, cors…
Sa légèreté et sa puissance évocatrice antique qui plaisait tant à Ravel sont une imagerie omniprésente dans son œuvre et je me souviens avoir eu cette difficulté de jeu quant il a fallu s’inspirer des versions orchestrales de ses œuvres pour jouer ses miroirs pianistiques. 
Car la plupart des œuvres de Ravel sont également de grandes pièces pianistiques et il faut avec le marteau et la cordes réaliser cet essentiel orchestral et chercher à « réaliser » cet imaginaire de timbres.
« Daphnis et Chloé » est une œuvre qui ne me quitte pas depuis l’adolescence et là encore, rien que l’évocation de l’instrument flûte me la fait ressurgir tant cette pièce lui donne la part belle et maitresse.

---

Debussy – « Prélude à l’après midi d’un Faune ».
Cleveland Orchestra – Pierre Boulez.


L’antiquité là encore, l’évocation d’un passé idyllique, intemporel, sorte de rêve miraculeux, dès les premières notes de cette flûte nous voici transportés dans cette intemporalité.
Boulez pensait que cette œuvre était l’ouverture vers la contemporanéité, qu’elle avait ouvert les portes vers cette nouvelle dimension musicale, ce nouvel espace sonore et temporel.
Sa version reste ma référence, même si là encore il en existe tant…
J’aime cette approche coloriste et forcément extrêmement impressionniste que Boulez apporte l’orchestre étant réellement un transmetteur de couleurs et de sensations pigmentées…
De ce motif chromatique flûté émergent, là encore, harpe et cors.
De crescendos en vagues, ces arpèges de harpe, lyre délicate sortie d’une antiquité pastorale posent un paysage et une légende musicale. Alors un univers se créée, des images prennent place, une légende se dessine – place à l’imaginaire.
Pas d’effets grandiloquents, pas de romantisme sentimental exacerbé, pas de tensions harmoniques, juste une douceur, une sorte de nuage musical suave, chaleureux poétique et bienfaisant.
La plénitude…

Debussy – « Syrinx L 129 » / James Galway.


Comment ne pas parler de James Galway ?
Comment éviter cette pièce debussyste soliste qu’est « Syrinx », sorte de rêverie là encore antique et faisant appel directement cette impression de passé intemporel.
Ce moment musical est hypnotique, la mélopée aux méandres doucereux éveille les sens de façon exquise teintant l’horizon imaginaire d’un pastel que rien ne déchire, que rien n’érafle, que rien ne peut véritablement perturber.
Nous avons souvent parlé de James Galway et de sa vision de « Syrinx ».
Un arrêt sur cette impression s’impose.

---

Jeremy Steig and Eddie Gomez « Outlaws » - Enja 2006/
Enregistrement live at Die Glocke, Bremen, 15-12 1976.



La flûte dans le domaine du jazz est et reste « anecdotique » …
Elle ira fréquenter l’ethnique, mais assez rarement le langage improvisé du jazz va jusqu’à la valoriser, la dévergonder, la transmuter.
On reste dans le cadre de l’exception et Jeremy Steig en est une de la plus haute de ces exceptions.
Cet album en duo avec l’impressionnant Eddie Gomez, partenaire de tellement de stars du jazz qu’en citer ici serait la teneur même d’une chronique (Corea, Gadd avec lequel il est le duettiste idéal en matière de section rythmique jazz post hard bop sans oublier bien entendu son passage essentiel dans le trio de Bill Evans…)
« Outlaw » est un enregistrement live, sorte de moment de grâce qu’un public a pu appréhender un soir en prenant son ticket, à Breme, patrie de musiciens de contes et légendes.
Un dialogue amical entre deux extrêmes tant de tessiture que de taille se formule là, sous nos sens auditifs éveillés. Une liberté au cadre qu’eux-mêmes savent se fixer réunit les deux protagonistes traçant un chemin fluide où la verticalité harmonique s’évoque au profit de l’axe horizontal, de fait, qui installe un contrepoint dont même les feuilles mortes ressortent ravivées.
Le langage n’a pas de limites, le contexte permet l’expression totale et ici aucun déballage d’effets ne vient perturber ce « tout pour la musique » ressenti dès les premières mesures, si tant est que le terme de mesure puisse être ce qui se remarque dès les premières notes tant l’ouverture d’esprit redéploye le cadre de celles-ci en-grillées en apparence.
« Arioso » permet un merveilleux solo d’archet… et prouve que virtuosité n’est pas incompatible avec grande musicalité.
Puis « Nightmare » me fait revenir à Syrinx…
Des hors la loi que ces deux-là, sortant d’emblée des sentiers battus pour discrètement et sans battage partir explorer le versant contrapuntique de l’improvisation, voilà qui aurait forcément plu à notre chère amie.
Ils terminent par « Nardis » ce standard de la sphère evansienne, incontournable de beauté.
Eddie a traficoté sa contrebasse d’un petit chorus, le public toussote, le thème à peine installé s’envole et moi avec... d’un souffle et d’une volée de walkings.

James Newton « The African Flower » - Blue Note 1985.

James Newton - The African Flower 1985 (FULL ALBUM) - YouTube

L’autre versant de la flûte jazz est pour moi l’artiste James Newton.
J’avais chroniqué cet album dans mon précédent blog et je ne reviendrais pas plus que cela dessus, mais la couleur des racines ellingtoniennes en swing comme en Cotton Club est là, issue de cette génération de jeunes lions dont le flûtiste est émergeant en cette mi décennie d’eighties jazz où l’oreille est envahie de synthétisme cubasé et de new wave aseptisée.
De ces jeunes lions un certain Wynton et son frangin se taillent la part, eux aussi.
Cet album est un petit joyaux posé sur le mot jazz et il faut absolument le (re)découvrir…

Jethro Tull « Stand Up » - Chrysalis 1969.


Parler de la flûte et oublier la célèbre « Bourrée » de J.S Bach mise à l’épreuve du grand public (avec son solo de basse en accords) par Jethro Tull avec en lutin facétieux notre Ian Anderson à la jambe gaélique levée serait une inconvenance.
On parle de flûte en rock et automatiquement ils sortent du chapeau ces Jethro Tull, ces émissaires autres du prog, puisant dans un univers de légendes et de mythes et dont Steven Wilson s’est entiché à remasteriser les albums pour leur donner une actualité plus respectueuse.
Second album du groupe, sorti la même année, juste trois mois avant le 21st de King Crimson, ça fait réfléchir tout de même…
En tout cas, le paquet d’élèves flûtistes toutes générations confondues qui ont travaillé ce titre a fait exploser le box-office de l’instrument.

Je conclus ici cet hommage douloureux mais que j’estimais nécessaire.
A chacun de choisir la mémoire que l’on veut ou peut attribuer à ces êtres chers qui disparaissent de notre espace mais qui restent indéfiniment dans notre espace mental et dans nos mémoires.
Paola réussit donc à se procurer via Jean Claude et Mr Bolling lui-même la fameuse partition de la suite pour flute et jazz piano trio.
Elle les a certainement rejoints là-bas où ils l’attendent pour lui jouer cette pièce amoureuse dont je suis certain qu’elle était.
Bon voyage, mon amie…




 



lundi 1 avril 2019

C’EST LE PRINTEMPS – flânons en musiques…


C’EST LE PRINTEMPS – flânons en musiques…

Le soleil incite au tee shirt, les vitres de la bagnole s’ouvrent et on éternue d’allergies diverses en pollens virevoltants, la musique s’allège et les jours rallongent donc on flâne, on prend le temps on souhaite se poser…
Les mixages de notre album électro Midi Set Electro sont achevés, tout part désormais au mastering, reste le visuel, il fait beau ça va être facile de penser photos…
Le jeu a pas mal occupé l’organisation quotidienne sans parler de sa suite avec toutes ces découvertes superbes, intéressantes ou intrigantes.
J’ai remis les oreilles dans le stock de CD, ressorti des envies de se souvenir, acheté quelques envies pour les beaux jours…
Dans la musette voici quelques moments que je partage.

La musique classique est de nouveau au rendez-vous, comme si la « Primavera » entêtante de Vivaldi apparaissait au détour de chaque coin de renaissance de la nature.

---

Khatia Buniatishvili « Schubert ».


Vous allez penser que je fais une fixation, et c’est certainement vrai.
La pianiste géorgienne, à la technique instrumentale sans aucune limite s’attaque à Schubert.
Personnellement Schubert je suis familier de ses quatuors qui sont une référence d’école, d’écriture et d’esthétique romantique ainsi que de ses lieders, absolument parfaits d’intimisme, de respect du contexte poétique et de précision minimale.
Son inachevée est toujours un moment de magie, mais sa musique pour piano, je m’y suis cassé les doigts et la pensée en études au conservatoire et j’ai eu par la suite du mal à y revenir et même à l’apprécier ou du moins vouloir, oser l’appréhender.

Aussi à la sortie très médiatisée de cet album, j’avais quelques appréhensions, hésitations quant à ma capacité, malgré toute mon admiration envers Khatia Buniatishvili, à apprécier les pièces pianistiques de Schubert à leur juste valeur.
J’ai été instantanément attiré par l’interprétation fluide, évidente et subtile tout en restant très romantiquement féminine de ma pianiste préférée.
Là où j’ai mis du temps et de nombreuses auditions afin de tirer une substance me permettant d’aller au plaisir de l’écoute sans passer par la case analyse avec son duo aux côtés de Renaud Capuçon consacré à Frank, Grieg et Dvorak (un album en duo où elle partage avec le violoniste tout aussi médiatisé des œuvres qu’il faut gagner en écoutes) – je me suis retrouvé directement ici plongé dans cette magie qui émane du Schubert que je sais aimer, comprendre et apprécier.
Son interprétation lumineuse a balayé d’une série de traits et d’arpèges d’où émanent de délicates mélodies chargées d’expression mon a priori sur l’œuvre pianistique de Schubert.
Elle en fait resurgir l’essence et efface la difficulté technique, qu’elle ne cache pas en interviews, pour l’essentiel expressif.

Lors de l’une de ces interviews, justement, elle exprime en argumentant le choix de sa pochette son projet esthétique général face à ces pièces et l’orientation qu’elle a voulu donner à son interprétation.
Elle parle de ce fleuve qui coule et qui semble paisible et serein en surface mais qui draine en son fond tant de problèmes, tant d’écueils, tant de heurts… pourtant, rien de tout cela n’apparait véritablement, il faut juste l’évoquer et le soutenir.
Elle exprime aussi le rapport ténu avec cette jeune fille et la mort, ce quatuor qui m’a renversé adolescent et dont aujourd’hui je reste encore admiratif et sensible à sa charge émotionnelle.
Cette adolescence fragile et ce qu'elle peut engendrer d'affres et incertitudes reste une actualité malheureusement encore vivace qui dépasse le cadre de cette musique...
Puis elle parle de la difficulté technique de ces pièces de Schubert qu’il faut aborder avec volonté, détermination et une forme de courage et de recul afin de passer outre ces écueils, justement, cachés dans le foisonnement de la partition.
A l’écoute il apparaît donc clairement que cette approche conceptuelle qui dépasse la seule analyse musicale mais puise dans le contexte schubertien permet une lecture de ces pièces qui éclaire tant le compositeur que l’esprit romantique dont il était profondément habité.
Cet album s’écouterait sans relâche tant il installe une plénitude et une sérénité de premier abord, puis si l’on s’installe et que l’on se surprend à détailler l’écoute on sera saisi de la pureté des émotions qui semblent s’échapper de ce flot pianistique. Celles-ci, dirigées sous les doigts de la pianiste provoquent alors, loin de toute écoute d’analyse, un transfert à fleur de peau qui surpasse la seule musique.
C’est un fait rare, c’est un album exceptionnel interprété par une artiste qui l’est tout autant dont l’engagement personnel tant musical que médiatique m’interpelle au quotidien et ne peut laisser insensible.
Grace à sa vision des œuvres pianistiques de Schubert elle a réussi à me réconcilier avec elles à les installer dans ma pensée aux côtés de ce quatuor et de ces lieders dont je me suis procuré encore récemment la version de Jonas Kaufmann, qui elle aussi transcende les us d’interprétation de référence.
Un lied adapté au piano conclut d’ailleurs son album… il est célébrissime mais dès qu’elle positionne les premières notes de son thème là encore, la magie transforme le familier en découverte.
Ne passez pas à côté de ce moment de plaisir qui de sonate en impromptus installe justement… l’inattendu.

---

SABINE DEVIEILHE – « Mirages » - Erato 2017.
Sabine Devieilhe - Soprano
Alexandre Tharaud – Piano / Les Siècles – direction François-Xavier Roth.
Jodie Devos – Soprano / Marianne Crebassa – Mezzo-Soprano.

Sabine Devieilhe - Mirages (Full Album) - YouTube

Autant le dire de suite j’ai découvert cette artiste lyrique, là, avec cet album et ça a été un choc avec la beauté, avec la pureté mais aussi avec la féminité dans ce qu’elle a de plus diaphane, mystérieux, raffiné et élégant.

« La voix de soprano colorature a été associée dès le XIXe siècle à des figures féminines aussi envoûtantes qu’exotiques. Cet album prend comme fil conducteur la fascination des compositeurs français pour cette voix hors-normes qui leur permet d’attirer l’auditeur loin, très loin du monde réel »

Voici comment l’album est présenté côté verso de sa pochette…
Je ne l’ai pas lu lors de la première écoute et comme toujours je me suis juste laissé emporter par l’idée de découverte et c’est effectivement parmi d’autres sensations celle qui m’est apparue, pas de façon aussi détaille, mais en filigrane…
Le florilège de compositeurs présents ici est un voyage, une aventure ... car au-delà de Debussy dont la courte scène des cheveux est sublimée, Berlioz célébré cette année ou encore Stravinsky, on va par un répertoire complètement original et ici absolument conceptuel dans sa présentation, découvrir ou s’inciter à le faire : Delibes, Massenet, Thomas, Koechlin ou encore Messager…
Ces noms, je les ai lu dans mes livres d’histoire de la musique, je les ai écoutés sans réellement approfondir (Massenet, Delibes, Koechlin…) je les ai découvert... ici Messager et Delage – émerveillement…

Mirage est effectivement plus qu’approprié pour un tel album qui installe le rêve, le fantasme et la dimension parallèle.
Les acteurs de ce moment d’évasion sont parfaits de qualité, d’implication et de subtilité musicale.
Les Siècles et son chef sont un ensemble que je me fais le devoir de suivre de près et j’ai revu ma copie envers Alexandre Tharaud qui, s’il n’a que rarement réussi à me convaincre en soliste est un duettiste remarquable à la finesse et à la subtilité en parfaite correspondance avec le projet de cet album.

Le classique s’embarque désormais dans le conceptuel, dans une approche différente de celle de la seule interprétation d’œuvres, de répertoire, de programme.
Sabine Devieilhe propose sous ce concept une direction autour de ces compositeurs et de leur « mise au service » envers ces voix si aériennes, si légères, si diaphanes qu’on semble toucher la grâce et une certaine idée céleste dès qu’elles caressent ces aigus inaccessibles.
L’évidence érotique est également impossible à éviter et c’est le vecteur vocal qui l’installe par cette présence inaccessible, forme fantasmée de la féminité absolue, comme ces déesses antiques pouvaient l’évoquer. Le sentiment « d’exotisme » à l’époque où ces pièces furent composées prenait en compte tant musicalement (usage des modes et de leurs nom antiques – éolien, phrygien, lydien…) que poétiquement cette irréalité antique ou cet orientalisme et les héroïnes diaphanes, « naturelles » et pures étaient directement liées à cet attrait pour ce temps ou ces pays inaccessibles et lointains dont pourtant les légendes et la philosophie ainsi que l’art de vivre fascinaient (et fascinent encore).
Cet exotisme dépassera les frontières et va visiter l’Inde, là encore plus le lointain s’évoque, plus la magie opère.

J’aime ici la désuétude poétique, le regard naïf sur la nature et ces déesses qui y sont associées, cette imagerie idyllique portée par ces orchestrations qui n’osent contrer la voix mais qui la suivent, l’accompagnent, la ponctuent afin de lui donner si cela est possible plus de relief ou de clarté.

Sabine Devieilhe est une soprano qui semble n’avoir là encore de limites techniques, sa justesse et sa qualité de jeu de nuances en sont la preuve. Là où l’exigence d’un tel répertoire apparait comme obligatoirement liée à cette technique elle la fait immédiatement oublier par un raffinement et une palette subtile de registre(s), par une interprétation qui sait installer texte et musique dans cet espace poétique permanent.
Son articulation est également à souligner et là où les méandres mélodiques chargés de vocalises pourraient effacer le sens premier de ces textes évocateurs elle sait mettre l’axe poétique en évidence et en valeur – ainsi le mirage peut effectivement opérer car le sens de ces airs et mélodies ne se perd pas dans la seule musique mais ce tout est ainsi fusionné et fusionnel.
Messager et Madame Chrysanthème ouvrent le jour sous un soleil béni, radieux, miraculeux, en effet puis ce seront les rappel orchestraux de ma muse préférée de l’opéra, Mélisande qui se coiffe du sommet d’une tour et d’un trait nous serons surpris et charmés par ce tuilage qui engage la vocalise irréelle de « là où va la jeune Hindoue », alors Delibes va entrer dans ce paysage et Delage avec son chant flûté, accessoire sonore féminin renforçant l’inaccessible hauteur vocale nous fera comprendre que nous somme là effectivement en plein mirage, en plein rêve éveillé, tous sens en alerte afin de ne pas manquer la moindre intention, le moindre message, la moindre découverte…

Les rayons du soleil de printemps viennent de prendre toute leur saveur et goûter avec eux cet album jeune, naturel et limpide leur confère un bien être savoureux et délectable incitant à la faiblesse du farniente.
Essayez, vous verrez… notre musique classique française est d’une infinie richesse, il faut de tels albums pour le rappeler et le démontrer.
Avec quel brio !...

---

JONAS KAUFMANN « Nessun Dorma – The Puccini Album » - Warner Classic 2015.
Orchestra e Coro dell’ academia nazionale di Santa Cecilia direction Antonio Pappano.
Kristine Opolais – Soprano / Massimo Simeoli – Baryton / Antonio Pirozzi – Basse.
Décidément ça chante dans cette chronique.


Jonas Kaufmann nous offre Puccini – car c’est bien d’un cadeau dont il s’agit ici.
Puccini, l’ultime sens de l’opéra, le chant à son point extrême de rupture émotionnelle, la mélodie comme seule direction et quelle mélodie !

Le ténor est héro, la soprano son alter égo femme (je n’use pas sciemment de « féminin » pour parler de ses héroïnes, même de Mimi…).
Le quotidien, le légendaire, le mythique transposés du théâtre sont ses arguments, ils sont forcément dramatiques et ils chargent la musique d’une intensité où l’amour et la mort sont intiment liés, où le drame les associent en les fusionnant de façon indissociable leur donnant plus de densité musicale…
Car chez Puccini la musique est intégralement au service du drame, de ses héroïnes et héros, de leur histoire et de leurs passions.
L’orchestre chez Puccini suit magistralement cette mélodie avec peu d’enrichissements harmoniques, juste celle-ci qui se voit soutenue par des unissons et des contre chants savamment agencés afin de lui donner et de donner au chant plus d’immensité, plus d’ampleur, plus de crédibilité émotionnelle.
Le chœur s’inscrit dans cette texture, toujours majestueux. Ample et généreux il n’a pas d’omniprésence, mais juste une présence efficace et ajustée au propos.

A fil de cet album l’on va aimer d’avantage le compositeur et finalement le découvrir encore plus car les tubes issus des opéras de légende du célèbre italien au succès immense côtoient d’autres airs, moins souvent entendus, moins souvent joués – ainsi La Rondine, La Fanciulla del west ou encore Elgar, Il tabarro prennent une place captivante auprès des incontournables Turandot, Bohème ou Manon Lescaut et Mme Butterfly.
Un best of, en quelque sorte que j’écoute à pleine puissance car Puccini ça ne s’écoute pas « en passant » ou en fond – il faut lui donner sa vérité et sa vérité c’est sa puissance, une sorte de majesté à la dimension sonore imposante car obligatoire si l’on veut que la palette de nuances d’émotions et de jeu théâtral produise son effet le plus total.

Jonas Kaufmann et ses compagnes et compagnons de jeu scénique apparait comme le ténor idéal pour l’univers grandiose du compositeur, sa puissance vocale n’a d’égal que la palette de nuances qu’il a la capacité d’exprimer.
Le répertoire de Puccini est tendu, soutenu, très physique et demande un chant tant technique qu’expressif que ce terme de bel canto couvre parfaitement.
Oui ce chant et cette manière sont beaux, mais la tendance à brailler plutôt que chanter est également le piège que l’on rencontre chez nombre de ses interprètes, envahis par la forme, le personnage et oubliant le fond musical et argumentaire.
L’apparence chez Puccini est un écueil contre lequel il semble facile de se laisser sombrer – le ténor star use de ce répertoire pour briller, car chaque air est, en quelque sorte, fait pour cela.
Mais derrière cet apparat flatteur et difficile à éviter il y a une qualité de fond qui, qu’elle soit mélodique, orchestrale ou dramatique se doit d’être exprimée sans fard, l’engagement musical de ces airs se suffirait presque à lui-même, me semble-t-il.
Jonas Kaufmann ouvre le chant, le retient en sotto-voce subtils, empoigne le drame, intensifie, renforce et emploie tous les poncifs du genre certes, mais il le fait avec une rare qualité de justesse, de pertinence. Sa « capacité » vocale est ici totalement maîtrisée pour que chaque air présenté ait son sens, sa dimension et sa « vérité ».

L’orchestre est magistralement dirigé pour mettre ces airs dans un écrin de valeurs et les parties instrumentales solistes ou tutti (quelles beautés que ces cordes aux crescendo amples et généreux, que ces clarinettes qui évoquent l’amour, que ces cuivres massifs qui ponctuent d’un poids immense récits et airs…), dont l’écriture est en parfaite harmonie avec le chant sont ici en cohésion avec le ténor. Là où parfois l’orchestre dans ce répertoire se contente d’une fonctionnalité d’accompagnement il est ici un partenaire à part égale du chant et la dimension de cette musique n’en est que plus présente et passionnelle.
Car la musique de Puccini est passion, passion amoureuse et elle en est sa plus remarquable expression tout au long de ce voyage qui chante son univers d’acteurs de cette vie que la passion de l’amour va transformer parfois jusqu’à la folie et la mort.

L’album se conclut, comme il se doit par « Nessun Dorma », cet immense air de l’opéra Turandot et ce final en apothéose tellement fort en sensations dégage une telle puissance émotionnelle que tout s’arrête, comme si l’on avait touché l’ultime.
C'est le point de non-retour, une sorte de coda de cette passion que l’on admire en spectateur et auditeur, mais qui détruit et annihile l’être qui finalement ne peut que l’exprimer avec une puissance extrême, seule alternative expressive à la folie dont il a été atteint.

C’est certainement cela que Puccini, c’est bien cela que chaque plage de cet album met en avant et l’on en sort épuisé, tant triste qu’empli d’un bonheur quasi jubilatoire.
Un bain de jouvence et une expérience... oui en quelque sorte.