vendredi 3 juillet 2020

DROIT DE RÉPONSE.



DROIT DE RÉPONSE.


"Oui, le jazz est élitiste : il n'est pas divertissement, il suppose une éthique et une érotique de la connaissance, c'est comme ça. Personne ne se demande si la poésie grecque est élitiste, tout de même. Si ? Ça commence ? Eh bien le jazz, c'est pareil" Francis Marmande.
Le Monde, 14/07/2005.



Les réseaux sociaux permettent la mise en avant de « citations », d’opinions, de convictions tant que de points de vue.
Dénichée au détour de l’un de ceux-ci, datant du 14 Juillet 2005 (sans que Glenn Miller ne côtoie pour autant le bal musette), mais en fait qu’importe la date à laquelle une telle affirmation eut pu être jetée à la face de lecteurs du journal Le Monde, voici bien une déclaration en forme de provocation qui m’interpelle tant que m’atterre.

Je lis cela et de suite je me dis :

- « Bon je vais brûler On the Corner de Miles, électrique et funky à souhait, jugé à sa sortie comme une insulte au jazz » … et dans la foulée DooWop car le fricotage davisien avec le rap, excusez-moi, ne rentre pas dans la catégorie de la très haute idée que je devrais me faire du fait de prétendre être, avoir été, ou encore rester un musicien de jazz.


- Qu’il va falloir interdire la plupart des festivals estivaux blindés de touristes, autocars de comités d’entreprise donc, un public qui effectivement se divertit au jazz.
Un public pas franchement mélomane du jazz et en tout cas pas vraiment familier de « l’érotique » de la connaissance de celui-ci, mais un public qui, cependant, arrive encore à faire vivre une esthétique dont les protagonistes, à savoir les musiciens, artistes donc, chose indéniable - a bien besoin pour ce truc essentiel de la vie… vivre au quotidien, donc professionnellement, du choix que l’on a fait.
Je constate tout de même que Wayne Shorter, malade, véritable star référente du jazz a dû faire appel, par le biais de ses amis musiciens, à la générosité internationale pour payer ses soins… Je n’ose imaginer ce qu’il pourrait en être s’il avait continué à rester dans ce qu’on croit vu d’ici, l’élite cloisonnée (confinée ?) des clubs des bas-fonds newyorkais.


- Qu’il va vite falloir cesser d’oser imaginer intéresser un public adolescent au jazz, car on le sait, viser directement à l’élitisme n’est pas spécialement dans la visée immédiate de ceux-ci, ils abordent la musique par des biais apparemment simplistes et populaires, honte à eux…
Ils gratouillent quelques musiques à trois, voire quatre accords, souvent des tubes éphémères.
L’avenir du jazz est donc mort, car d’emblée, ils sont classés béotiens et s’intéresser à eux, du haut de ce piédestal élitiste n’est certainement pas digne du moindre intérêt.


- Il va me falloir retourner voir Barre Phillips - avec qui j’ai eu la chance tant d’être formé dans ma jeunesse grenobloise où je me positionnais clairement musicien de jazz, tout en jouant dans des groupes de « free rock » très influencés par le Lifetime et lui expliquer que, là où il prône une improvisation naturelle, comme un langage, comme une prolongation de soi par l’instrument avec juste le bagage d’apprentissage que l’on a – lui expliquer donc qu’il s’est planté car son propos a été récupéré par des intellos à la con s’arrogeant le droit de mépris, alors qu’initialement le but généreux et altruiste de sa pédagogie sur la liberté n’a jamais voulu être déclamé comme supérieurement intellectuel.


- Je vais donc ranger à part tous ces albums de fusion, de métissage ou de rencontres et les artistes qui en sont les dépositaires…
Vite dégager du rayon jazz le jazz rock et tous ses zozos électrifiés…
Tirer à boulets intellectuels rouges et savants sur les quelques ONJ dont, quel scandale, celui de Tortiller qui a osé arranger Led Zeppelin pour grande formation…
Je vais virer les albums ECM avec Rypdal, Garbarek ou encore Sclavis en musique de chambre ou qui reprend Rameau… et qui sait même certaines interprétations de Keith Jarrett, car même lui, rendez-vous compte, ose parfois faire « autre chose » que du jazz en enregistrant Mozart, Rachmaninov ou encore Handel…
Quel renégat de la haute sphère intellectuelle que ce Keith, tout de même !


- Je vais donc devoir immédiatement catégoriser l’un de mes compositeurs de jazz favoris, à savoir Duke Ellington et si je veux me prétendre à la hauteur de cette élite de jazzophiles têtes pensantes, me faire une raison… la musique du Cotton Club ne va plus rentrer dans la bonne case puisque ma libido de la connaissance du jazz vient d’en prendre un coup car… je viens de me souvenir que c’était une musique honteuse de divertissement.


- Il va donc falloir demander au public, à chaque fois que je joue un titre issu du real book (parmi certainement le 50 mêmes que tous les dépositaires du précieux recueil jouent depuis des lustres en France, comme si le jazz ne se résumait qu’à Blue Bossa ou encore Cantaloupe Island) – jazz donc – si celui-ci est bien préparé et en état intellectuel non imbibé du petit rosé de l’été d’apprécier à sa juste valeur mon interprétation forcément grandement artistique et impliquée de celui-ci.

etc, etc…


Faudrait peut être arrêter les conneries, non ?


Une telle affirmation, sans m’engluer dans le seul fait qu’elle n’est qu’un ramassis en syntaxe, de conneries, dégage un profond parfum de tout ce que je hais de cet intellectualisme bien-pensant, bien gaucho socio cul qui s’autorise en récupérant un art, un langage, une culture… à se servir d’une culture pour auréoler son besoin de légitimité tant politique qu’intellectuelle.

A l’heure où tout le peuple afro-américain suivi par une large population d’américains de toutes origines et de soutiens humains hors seules frontières américaines se bat pour que le racisme et la violence cessent et que le respect, l’écoute, la tolérance et tant d’autres termes essentiels à la vie sociale sur cette terre s’installent, je lis cela et j’y vois, sur les racines d’une musique à l’identité indiscutable, une récupération complètement éloignée de ses/ces sources par une élite intello en mal de légitimité.
J’y vois une insulte, j’y vois une mise volontaire à l’écart d’un art, d’une esthétique et d’engagements tant sociaux que politiques par des arrogants suffisants complètement décalés, incohérents et, justement, ignorants de ce qu’est en fait… le jazz.
J’y lis une discrimination inversée et un racisme « à l’envers ».

Oh, certes…
Ils en connaissent les dates, les enregistrements, les noms d’artistes, les labels… Ils sont incollables là-dessus… mais, en ont-ils vraiment compris le sens, l’âme ?
Ils me rétorqueront à grand coup d’arguments tout aussi superficiels et insignifiants les uns que les autres, forcément dignes d’un mémoire d’étudiant en mal d’un sujet à argumentaire, que j’ai tort.
Mais…
Le véritable tort est d’avoir laissé le jazz en France au pouvoir autocrate de ces récupérateurs de la mémoire d’un peuple et d’en avoir détourné l’authenticité à leurs avantages politico-intellos.

Si le jazz a pu servir d’idéologie intellectuelle par son aspect libertaire à toute cette gente intello parisienne de la rive gauche, puis ensuite à ces socialistes dominés par un Lang autocrate, mon constat est que, progressivement, cette appropriation ayant servi, certes un temps, les uns ou encore les autres … a fini par créer le clivage qu’encore aujourd’hui l’on peut avec désolation constater, nourri par de telles affirmations.

De populaire, le jazz, en France, s’est mis directement à part, car posé en piédestal par ces crétins en mal de reconnaissance, usant de lui pour le détourner à leurs profits d’intellectuels désabusés, se proclamant justement « intellectuels ».
Alors le jazz s’est cloisonné, et, à force d’inculquer avec mépris « à la plèbe » qu’il est difficile, qu’il n’est pas fait pour « tout le monde », qu’il « se mérite », qu’il est « à part » ce travail de sape a fait son effet dans toutes les sphères de la société française et il a ainsi pris une place isolée, à part entière.

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Comment prétendre à une donnée intellectuelle élitiste quand l’on s’empare d’un langage issu du blues, de racines populaires africaines et de polkas dansantes ?
Comment se positionner supérieur quand on sait que, alors que l’on va dénigrer en point de comparaison le dernier « tube » à la mode, la plupart des standards de jazz sont des tubes issus de la comédie musicale, de chansons génériques de films, de chants traditionnels et bien entendu de blues à… 3 accords ?
Il semble qu’ici une part érotique de la connaissance ait là encore été détournée de son point d’accroche initial…

Si Louis Armstrong chantant avec ferveur le gospel, s’amusant à reprendre les chants effectivement divertissants des dessins animés de Disney, ou encore improvisant sur ce qui était à l’initial une musique de défilé de rue constatait que sa popularité française ait pu engendrer de telles conneries comportementales je crois bien que son sourire légendaire en prendrait un coup.


Si Bird - dont l’implication personnelle pour nourrir son langage d’improvisateur sur fond de revendication sociale, reprochant au jazz de n’être capable d’un codage aussi précis que celui du classique et à ses musiciens de ne fonctionner qu’instinctivement, à l’oreille – lisait de la part d’un intello se nourrissant sur sa musique de tels propos je crois, que lui, voulant amener le jazz vers une plus grande reconnaissance populaire y perdrait sa "Verve"…


Il faudra donc faire la gueule et froncer le front afin de réfléchir en écoutant la divertissante Ella Fitzgerald chantant Broadway et autres saucissons populaires, plutôt que siffloter avec elle, car, ce manque de respect face à la grande interprète n’est pas convenable pour un mélomane connaisseur … de jazz…


Je ne sais vraiment pas quoi faire de Herbie et de son vocoder (Sunlight), ancêtre de l’auto-tune décrié – il ne rentre pas dans ma case intellectuelle de l’élite du jazz tout comme son Future Shock qui a dû échapper à notre spécialiste des hautes sphères. Mais bon, on se rattrapera vite fait en se donnant bonne conscience sur « Empyrean Isles », ouf, sauvés, on peut être à nouveau accepté dans le petit club des intellos du jazz et parler modal, accords suspendus, analyser le jeu binarisé de Tony, chercher un poil de ce groove que Herbie développera plus tard… ça y est j’entre dans le jeu… STOOOP !)


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Voilà donc qui pose en quelques mots toute la réalité du déclin du jazz en France, de l’éloignement du public envers cette musique chaleureuse, partageuse, communicative, ouverte vers l’autre.

Voilà qui explique – car ces comportements et ces mots discriminatoires à contresens je le répète en attestent – ce mépris réel qu’affichent certains « musiciens » s’attribuant le qualificatif de jazzmen face aux autres (public, musiciens d’autres horizons).
Enfin, je ne parle pas des musiciens de jazz, là encore, des « vrais » qui eux en vivent (ou pas – ou peu), mais en tout cas ne s’attribuent pas une méritocratie esthétique. Ils se contentent d’en vivre et ce n’est déjà pas si mal.
Je parle ici de ceux qui affichent et prétendent.
Ceux qui participent à scier la branche sur laquelle ils n’auraient jamais dû s’asseoir.
Ils y ont pris trop de place et leur fausse intégrité fait de l’ombre aux acteurs réels de cette scène, de cette musique… de cette vie.

Voilà qui finalement démontre l’échec de l’enseignement du jazz dans la haute institution des Conservatoires, pas en général, mais globalement.
L’élitisme sur l’élitisme et dans une bataille parfois démagogique ne pouvait avoir sa place face à des années de tradition séculaire d’enseignement enfin en mouvement et en réflexion contre lui-même.
Le jazz « enseigné », que l’on avait imaginé faire bouger les frontières n’a rien trouvé d’autre pour se légitimer que de les refermer encore plus et s’élitiser d’avantage, trop investi et heureux d’intégrer la haute institution de l’enseignement étatisé et considérant ainsi cela comme une reconnaissance de sa distinction intellectuelle.
Pour conserver cette situation gagnée en piédestal certains protagonistes l’auront donc compliqué et théorisé à l’extrême afin de rendre au sortir opaque une expression simplement populaire, issue du blues, ce, en disséminant à foison l’idée de complexité, de mérite, d’intellectualisme et ainsi justifier leur accès à la haute sphère élitiste de l’enseignement (croient-ils).
Le jazz enseigné à la française a donc raté sa cible et sa vocation imaginée benoitement par les bureaucrates des hautes instances de la culture. Alors on a demandé aux musiques appelées actuelles - terminologie acceptée et acceptable après très certainement des années, mois, semaines et heures de colloques pour faire rentrer dans un merveilleux foutoir esthétique tant Joe Satriani que le Rap, tant Charles Aznavour reclassé chanson française (variété étant forcément devenu le terme honteux à ne plus jamais oser employer), que Lady Gaga, tant Elvis que les Sex Pistols - de remplir cette nouvelle mission de cassure des frontières élitistes, réductrices, minimalistes…

Mais voilà…
D’année en année les déviants du jazz sont arrivés et ainsi d’Al Jarreau en Chaka Khan, de Snarky Puppy en Nougaro, voici que ces musiques actuelles se sont renormalisées en souci de légitimité rapport à l’ainé du jazz.
La boucle est bouclée.
L’intellectualisme en France auréolé de cette manie encouragée par de tels écrits journalistiques a la peau dure et coriace.
Et le jazz, absorbé, happé et récupéré (comme un homme politique sait habilement récupérer un fait, un écrit, un événement… pour en tirer avantage) par ces médaillés têtes pensantes de la musique ne peut désormais que survivre en place de simplement vivre, estampillé et labélisé appellation très contrôlée par ces intellos réducteurs.

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ELITE : Groupe minoritaire de personnes ayant, dans une société, une place éminente due à certaines qualités valorisées socialement. (Définition Larousse).

De là, être musicien de jazz supposerait appartenir à une minorité…
Aux Etats Unis, le jazz est populaire et musicalement enseigné en grande majorité, il est joué dans les rues, les clubs, la haute société…

Il est sûr qu’en France la récupération de cette musique par une minorité, donc une élite, a fait du jazz une expression minoritaire – ces intellectuels, une fois qu’il se sont emparés du jazz ont créé de toutes pièces ce clivage en absorbant cette musique populaire pour leurs velléités intellectuelles (et politiques).

En place de se retrouver socialement éminemment reconnu et donc valorisé, le jazz enfermé sous la coupe de ce cercle minoritaire puis croissant de quelques émules n’a ensuite cessé de chercher une véritable reconnaissance populaire auprès du public le plus large possible.

Je ne pense pas que le fait de jouer dans un club enfumé (à l’époque où j’ai connu la cigarette dans les lieux fermés), un florilège de (au choix) standards, compos, impros libres… face à un public avoisinant les quinze intellos venus au seul rayonnement du mot jazz soit réellement valorisant pour l’artiste…
Je crois par contre que certains jazz clubs dont le bar logiquement bruyant servant de rendez-vous à des « passionnés » de jazz, vociférant pendant les impros d’un tel ou d’une telle sont et restent valorisant pour l’artiste, car c’est bien en ces contextes finalement socialement populaires qu’il sait sentir la chaleur humaine et donner le meilleur de lui-même…
Cette musique est la vie et a besoin de la vie…

L’improvisation même si elle a sa part de réflexes dus à un travail afin d’engranger de la culture, du patrimoine et du langage, se nourrit de l’instant et si l’instant c’est une bande d’intellos analysant les moindres méandres du jeu d’un artiste, le contact et le jeu risquent fort d’être différents que face à des enragés, bruyants, certes, mais passionnés.
On me rétorquera que dans certains festivals, là encore, le public écoute religieusement.
L’écoute peut être chaleureuse, passionnée et sensuelle…
Mais dès que le soliste s’enflamme le public lui aussi est interactif et réagit… et là… c’est pareil, juste une question d’échelle.
Il n’y a aucune connotation intellectuelle dans cet acte, juste du partage.
C’est bien là l’incompréhension du truc et tout le problème que soulève un tel ramassis d’à priori détachés de la réalité vivante, humaine.

Érotiquement on est entre la branlette individualiste et le partage…
A chacun ses choix.

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Mr Marmande, vous avez tout mon respect, mais sachez que c’est bien avec et par des comportements affichés tels que le vôtre que le jazz en France en est à ce point de rupture réelle avec le public, avec… les gens.

L’avoir ainsi légitimé et mis sur un piédestal est tout « à un certain honneur » que je vous laisse apprécier et dont, forcément vous vous targuez.
Parallèlement en voulant auréoler de bienfaits une esthétique, une culture et une musique dont, croyez bien je suis certainement aussi passionné que vous, vous avez lentement mais surement, car vous êtes des légions à l’avoir fait, établi un clivage, une méfiance, puis un rejet, si ce n’est une forme de dénigrement envers une musique qui initialement s’adressait à tous puisqu’issue de tous, éminemment populaire puisque prolongation de la vie, tout simplement.

Depuis plusieurs années le jazz se meurt (car il est difficile d’en vivre)… ou divertit (car il faut bien en vivre quand on en fait métier)…
Cela a certainement toujours été, mais vous avez fait un travail permettant d’accélérer cela en divisant même le jazz, du jazz, les musiciens eux mêmes...

Côté pile,
Les groupes de Nouvelle Orléans fleurissent, défilant dans les foires aux vins et animant les stands de joyeux buveurs qui s’attroupent au son de « Royal Garden Blues » et s’enlacent sur « Petite Fleur ». Il faut certainement fusiller ces amuseurs.
Les chœurs gospel sont devenus populaires et ont remplacé les chorales du troisième âge. Il faut interdire à tout prix ces regroupements religieux...
« In the mood » est certainement l’un des titres « jazz » les plus joués par nos harmonies municipales afin de divertir les jours de célébration en fêtes nationales de ce 14 Juillet où vous avez pondu ces quelques lignes méprisantes, rappelant ainsi que l’armée américaine a permis de nous libérer et que le jazz aurait pu s’installer alors dans notre patrimoine musical en place de devenir le repère des intellos en mal d’une « accroche artistique »…
A la terrasse des bistrots Bidule et Machin chantent tant Sinatra que Trenet ou Nougaro que sifflotent, divertis, les badauds et les clients… Ils font ça bien, c’est leur boulot.
Dans chaque grand hôtel où il y a un piano l’on peut entendre les éternels et légendaires « All of me », « Night and Day », « Girl from Ipanema » pendant que la clientèle se « détend », grand cru en mains, whisky d’âge mur en bouche… Il va falloir certainement crucifier le pianiste qui ose divertir avec le patrimoine du... jazz.
Les petits boogie, blues et autres imitations de standards emplissent les méthodes d’enseignement de la musique classique et permettent là où l’enseignement du jazz a loupé son entrée, d’oser initier les plus jeunes vers cette esthétique incontournable puisque réellement « musique classique » du XXe siècle. Ce n’est pas terrible me direz-vous et c’est « mal écrit », en plus… oui mais, que faire quand on a verrouillé toutes les entrées attractives possibles et qu’on a installé le mot jazz tel un Himalaya à franchir ?


En face,
Les clubs de jazz quémandent chaque année auprès des municipalités des subventions, des aides car leur clientèle d’intellos s’amenuise d’année en année. Pour sûr ce n’est pas très rigolo de se refaire toutes les semaines le monde sur (et non sous) les impros émanant de l’éternelle version de « Stella by Starlight ». Ce public s’amenuise, la réalité de la vie nous a tous rattrapés…
Les festivals sont en déclin total et font la course aux mécènes et en mélangeant dans la même soirée un zeste de rock citronné avec un poil de jazz easy ils osent encore parfois l’inédit, mais à quel prix ?... De toutes façons même pour vous aller certainement jusqu'au free n'est pas vraiment convenable alors pour sûr le programmer...
Les classes de jazz peinent à avoir un effectif minimal permettant dès l’adolescence de développer une formation réfléchie et pragmatique tant que réellement pédagogique et non complémentaire de savoirs déjà acquis par des adultes ou jeunes adultes expérimentés ou autodidactes.
La Berkey School ne fait plus vraiment rêver. D’ailleurs est-ce-que l’Amérique fait encore rêver ?
Les Big Bands de Jazz, terrains de jeu où fleurissaient, échangeaient, partageaient de façon intergénérationnelle les musiciens ne trouvent plus ne serait-ce qu’un local de répétition…

J’ai « appris » le jazz en club, avec des « anciens » …
Ils vivaient cette musique et la transmettaient, simplement, directement, avec altruisme.
Chaque conseil était une bénédiction, chaque regard un encouragement, chaque discussion un enseignement, chaque rencontre un bonus, chaque moment une incitation à l’avidité d’une culture non supérieure ou autosatisfaite, mais juste logique et respectueuse envers une musique transplantée, "mimétisée", sortie de ses racines pour être humblement jouée avec ferveur et passion.
A aucun moment de ma vie au contact de ces anciens la seule idée d’intellectualisme du jazz ne m’est apparue et ce même quand j’ai mis les mains dans l’engrenage de l’écriture de l’arrangement, de la direction de Big Bands.
S’imprégner, écouter, respecter et rester humble sans jamais intellectualiser – juste mettre un savoir-faire au service…

Vous avez avec de tels comportement décalés de la réalité, relégué par vous-même le jazz dans la sphère du divertissement, car coincé par vos hautes idées représentatives intellectuelles il a bien fallu qu’il continue à vivre et à ce que ses passionnés tant musiciens que mélomanes attirés non par le positionnement élitiste mais juste par la sensation que procure cette musique aillent ailleurs que dans vos espaces confinés réducteurs.

Alors l’autre jazz, le vôtre… en France est devenu un jazz de dossier, de spectacle de maisons de la culture, de stages de formation, de subventions, de mécénats de banques, d’institutions…
Alors comme toujours, détachés d’une réalité de terrain mais préférant positionner l’idée, l’opinion si ce n’est, à votre honneur, la conviction, vous n’avez pas rendu service à la cause que vous défendiez.
Vous avez certainement oublié l’essentiel…
Vous vous êtes emparé et avez posé une étiquette dévastatrice sur ce qui, en fait, ne vous appartient pas et avez qui plus est, osé parler en son nom.

Cela a été lent, pervers et le résultat que l’on constate aujourd’hui est que vous avez presque réussi l’exploit de tenir à l’écart une musique destinée à tous.
Mais voyez, fort heureusement celle-ci réussit malgré tout, hors de vos réseaux éminemment élitistes à survivre, en divertissant certes, mais il en a toujours été ainsi…

Érotiquement parlant, ma connaissance du jazz, que je ne prétendrais pas « d’un niveau de dialectique universitaire » aussi pointue que la vôtre me rappelle que le mot "jazz" est passé par de nombreuses appellations et qu’avant de prendre ses deux z il s’immisçait ainsi avec deux ss dans son premier enregistrement par l’Original Dixieland Jass Band… quant à l’érotisme entre l’appropriation du jassmen pour le jasmin (ce parfum fort prisé des musiciens attirant les femmes du public) et les jazz-belles qui sont les prostituées de la Nouvelle Orléans, il y a de quoi satisfaire en "jasant" (autre origine étymologique du mot jazz) votre envie de fantasme en ce sens.

Avec tout mon respect.

PS : je laisse aux autres intellectuels la poésie grecque, après tout, à chacun sa « spécialité » …






dimanche 31 mai 2020

FEU VERT !


FEU VERT !

Un vague souvenir ?
Un passé qu’on voudra lointain ?
Quels paris sur l’avenir ?

Ils n’ont pas la réponse, nous non plus.
Par contre ils en ont, des solutions… d’antan.

Le feu tricolore avec un orange permettant qui sait, de forcer un peu le passage s’est affiché sur nos écrans de télé, sur nos pages tous réseaux confondus…
C’est parti… mes kikis… !

Et l’écologie dans tout ça n’est pas repassée vraiment au vert.
On aura vu le plastoque revenir à la charge, on aura vu que jeter son masque infecté ou non, ou ses gants, c’est un peu comme jeter sa clope, cracher son chewing-gum… facile, désuet, discret, égoïste…
« Quel manque d’éducation ! » s’insurgent les bonnes consciences irréprochables.
« Quelle honte ! » s’exclame le troupeau de beaufs aligné dans l’attente de la réouverture du PMU.
« Irresponsable ! » s’esclaffent les politiques.

C’est vrai que la vie ne nous a pas habitué à ça…C’est donc nouveau ? que de voir ça ?...
Tiens donc… tu parles, mon c...
Dépôts sauvages plein les forêts, les aires de repos, les plages…
Jet de sac de bouffe MacDo, consommé en bagnole, depuis sa fenêtre passager ou conducteur…
Idem de clopes et ainsi les beaux jours de sécheresse on allume un brasier qui laisse la nature en mode mortifère.
Vous en voulez d’autres ? des exemples ?...
Alors on délibère, on légifère, on émet une loi avec des amendes… mais rien de cela ne sera appliqué, respecté ou encore réellement mis en œuvre…
Tu parles, la chanson, on la connait…
La France est très forte en réunions, textes, et parlotte… mais en action…

Je me suis mis au vert, la couleur et la nature aussi… musicalement parlant.
Mais aussi en quelques balades car ici la forêt est une incitation parfumée à s’évader, même si, au gré de quelque buisson on trouve canettes, sacs, mégots (si, si…)... quotidien, quoi.


Célimène Daudet, jeune pianiste sur-bardée de concours et autres diplômes a mêlé avec une belle intelligence et une savante mise en parallèle les préludes pour piano de Debussy et ceux composés jeune, par Olivier Messiaen.
Ceux de Debussy, vous savez, on les a dans l’ouïe et la mémoire…
Ils sont devenus incontournables du répertoire de tout pianiste concertiste.
Ils sont, enfin, régulièrement étudiés dans les classes de piano des conservatoires et abordés en second cycle, parfois et plus certainement en troisième. Ils ne sont pas une mince affaire pédagogiquement et permettent de sortir du langage tonal et de découvrir le sens du mot interprétation pour nombre de jeunes pianistes.
Ils sont comme des estampes, des aquarelles, des images qui peuvent s’étioler dans l’imaginaire de chacun…
Leurs titres placés en fin de parcours sur portées sont évocateurs, inspirants tant que suggestifs.
La nature est présente dans ces préludes debussystes… feuillages, ondées, eaux, vents, paysages soumis à l’impression sonore et musicale traitée de façon inédite pour l’instrument piano.

Il en est finalement de même avec ceux d’Oliver Messiaen aux titres tout aussi évocateurs inspirés tant de la nature que des émotions, des sentiments et de leurs expressions directes comme indirectes.
Pour ceux qui sont familiers de la musique de Messiaen, savante sans jamais que cette science ne prenne le pouvoir sur l’émotion, la sensibilité et le cœur, l’écoute de ces pièces de jeunesse préfigure déjà ce que seront ses grandes œuvres de plus tard.
Une poésie s’installe d’emblée, un chemin de recueillement s’impose de façon immédiate, sensible et naturel et quand on a pu se renseigner sur Messiaen cette évidence qui a parcouru par la foi toute son œuvre est inévitable.

J’ai découvert ici tant ces préludes d’Olivier Messiaen que Célimène Daudet, pianiste au toucher d’une délicate féminité et d’une formidable puissance contenue.
Sa lecture et sa vision ouvre chez Debussy des horizons de détails là où l’on aurait cru l’affaire tellement entendue.
Peut-être est-ce ce rapport volontaire à une connexion avec les pièces de Messiaen qui installe cette dimension différente ? ...
Quoiqu’il en soit, ce moment musical passé au fil de ces notes évocatrices égrenées avec cette dimension de mise en apesanteur m’est resté comme un goût savoureux, un parfum délicat, une image prégnante, une sensation inoubliable sans être imposante à l’esprit… une sorte de trace telle un… souvenir.
Une promenade.

Prise de son d’une rare souplesse, piano Yamaha parfaitement ajusté au propos, à l’équilibre qui rayonne selon les moments de clarté du texte musical et s’efface si nécessaire sous les doigts passant du diaphane à l’énergie, de la pianiste… voilà qui ajoute à l’excellence de ce voyage musical à travers un passé pas si lointain où le monde se découvrait prolongation d’universalité d’exposition et où les affres qui auront fracturé un XXe siècle que l’on pensait chargé tant de douleurs que d’innovations encadrent l’un (Messiaen) tout comme pointent leur menace pour l’autre (Debussy).

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J.S Ondara « Folk’n’Roll Vol 1 – Tales of Isolation ».

Qu’est-ce qui fait que l’on est attiré par un album ?
Peu de choses en fait…
Une pochette, une description, un article, un conseil d’ami …
Franchement J.S Ondara, jeune kenyan, présenté comme trait d’union (cf Qobuz) entre Tracy Chapman et Michael Kiwanuka, dont les albums de chevet sont « Freewheeling » de Dylan et « Nebraska » de Springsteen, jusqu’à la mise sous tension du premier titre de cet album « pulled out of the market », j’ignorais tant son nom que son existence.
Avec une telle incitation à l’écoute, on se laisse forcément embarquer et au sortir comment aura-t-on vécu cela ?
Je ne sais pas si je peux réellement prétendre le « coup de foudre » envers cet album, cet artiste et sa musique… toujours est-il que je l’ai écouté plusieurs fois et que, finalement, la musique et les chansons qui s’en dégagent apportent ce besoin de simplicité, d’authenticité et de réalité dont on a certainement envie en ces temps où nombre de choses de notre quotidien en prennent un coup.

Une voix qui laisse ses sentiments profonds et là encore simples s’épancher, une guitare aux accords composés vers elle, rude ou doucereuse, sans réelle fioriture, juste de support et un harmonica là encore de logique de packaging… c’est tout et c’est bien assez.
Il n’en faut pas plus se dira-t-on quand le propos est si enraciné en valeurs profondes.
Les compositions sur mode principalement majeur s’enchainent comme des villages, des hameaux posés sur une route défilant en ruban imaginaire, chacun(e) révélant un questionnement de solitude, d’isolement, de repli sur soi – alors cette voix fragile, multiforme et si chargée d’intenses émotions se dévoile d’arrêt musical en arrêt musical et ces rythmiques de guitare installent, limpides, l’horizon à suivre.
On se laisse alors embarquer, emporter, séduire et en tout cas juste… simplement… faire, sans réellement réfléchir ou encore penser à ce que cette musique peut apporter de plus sur l’échiquier de ces productions folkisantes et acoustisantes semblant si entendues ou convenues…
Puis, on en sort apaisé, mieux, soulagé finalement de savoir que cela existe encore et que, comme le besoin d’un retour aux sources, aller rencontrer J.S Ondara là, au coin du chemin, est une attitude saine, naturelle et positive tant qu’essentielle.

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1974…
Miles est au paroxysme de sa période électrique.
Funk, obsession hendixienne et racines rythmiques africaines ont envahi sa musique qui est un espace de jungle urbaine qui laisse bien du monde de côté.
Ses anciens compagnons de route, d’un premier, comme d’un second quintet, de ses débuts électriques aussi ont tracé leurs routes respectives.
Le choix est embarras…
Corea, Hancock, Weather Report, Cobham, Lifetime, Mahavishnu, Jarrett… sont des sommets d’iceberg estampillés jazz-rock et suivis par un public qui prend avec eux de nouveaux repères là où Miles bouille lui-même ses propres pistes, explorant et expérimentant à l’infini.
Tant de musiciens se sont bousculés lors des sessions davisiennes…
Tant ont été obligatoirement touchés par la puissance du shaman, de ce dark magus et leurs propres musiques n’auront pu que subir à des échelles tellement diverses cette inévitable influence.
Ron Carter fut le pilier sûr, force tranquille et stable du célèbre quintet qui surdimensionna et sauva Miles après de départ de Trane… un quintet légendaire, historique qui aura, comme tout ce qu’a fait Miles, transformé le jazz.
Ron Carter, c’est un peu l’image du vétéran, du sideman de luxe, légendaire…
Avec le VSOP, il a réitéré le quintet, sans Miles.
Avec Herbie et Tony ils ont fait trio de stars en albums magiques…
Et puis il a forcément fait des albums solos, mais là… je ne suis pas sûr que leur médiatisation ait dépassé le stade du fan averti, du curieux des ramifications d’arbre généalogique par recoupements…

L’album « All Blues » paru chez C.T.I pourrait certainement servir de passerelle vers sa carrière solo si tant est que l’on veuille s’y intéresser.
Un contrebassiste qui ne saoule pas en solos de contrebasse omnipotents et omniprésents, mais juste logiques et musicaux, déjà, ça impose le respect…
Ici l’instrument, comme l’homme, tient son rôle et sait où est sa place qu’il officie comme rares en sont capables.
Il a choisi un casting plutôt aguichant qui sert le projet avec respect et efficacité.
Il y a là tout swinguant et dans un rôle pour lequel il ne nous a pas habitué, Billy Cobham, léger, subtil délicat même et « au service », tout en « envoyant » quand l’envie de boost lui prend.
Redoutable…
On s’intéressera au jeu finalement plutôt « classique » mais bien équilibré du pianiste Roland Hanna, lui aussi rangé sur les étagères des écouteurs de jazz avertis…
Captivant.
Et la séduction de ce ténor moelleux, si reconnaissable et attirante en la personne de Joe Henderson (avec qui Ron Carter gravera en trio, sans pianistes, à l’horizontale… des incontournables) fait instantanément mouche.
Subliminal.
Alors en prêtant l’oreille à cet album on va adorer la palette proposée tant par le jeu des musicos que le choix des compositions qui défilent comme tout bon album de jazz se doit.
« All Blues », lumineux et inspiré, s’installe de logique en point culminant d’une liste où bop, hard bop et Miles auront veillé à baliser de bienveillance le tracé.
Rien d’anecdotique…
Juste le dessus du panier du jazz.

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Calif’, FM…
Soupe même…
Pas de problèmes, j’assume aimer ça.

1981, Robbie Dupree signe chez Elektra cet album « Street Corner Heroes ».
Le son eighties n’est pas encore vraiment identitaire mais en devenir et ce rock à l’américaine bien FM et rentre dedans aux accents tubesques s’installant aux côtés de Foreigner, Toto et Journey teinté de Buzz / Feiten ou de Hall and Oates me fait me poser et flemmarder bière à la main en bord de piscine.
Le casting de zicos n’est pas des plus connus et le jeu requins studio fait surface.
Qu’importe ! j’adhère direct à ce déballage de songs ficelés (y compris ce All Night long en mode doo wop kitch à souhait) en rocks pour midinettes surchargés de guitares saturées mais pas vraiment bad boys, de ballades geignardes sur pianos pop émaillé de solos de sax, forcément ténor et gueulard…

Puis au détour de « Free Fallin » ce truc, la chair de poule vient parcourir le corps juste là, au refrain…
Cette voix, ces chœurs, mais oui, bien sûr Michael McDonald… et alors cet album devient d’un coup… autre, différent, sa vie vient de susciter l’intérêt, un autre intérêt…
Ce « si peu » fera alors différence et ces deux voix mêlées vont devenir attente, besoin… et ces bluettes pop enrubannées de rock vont devenir de celles que je sais pouvoir écouter comme tant d’autres, avec ce plaisir suranné, aux côtés de M.McDonald, Steely Dan, Bill LaBounty et de tant de mes « stars » du genre.
Les plaisirs sont si simples, là encore, parfois…

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« Winwood greatest Hits Live » est certainement l’un des albums que je ne cesserais d’épuiser, tout comme les autres du grand Steve Winwood.

Oh, vous le savez, ceux qui viennent ici lire de temps en temps mes longues chroniques de la musique, Steve Winwood est un amour musical de jeunesse resté là, sans jamais disparaitre et à chaque fois que j’entends sa voix, à chaque fois que sa guitare s’exprime et à chaque fois que son orgue se place sur l’échiquier musical mon être tout entier est parcouru de frissons, de plaisir, de bonheur, simplement.
Il est et reste pour moi l’un des plus grands songwriters que le style dit pop, ou rock, ou autre… que ce XXe siècle ait porté.
Poésie des textes, hyper musicalité et créativité de la musique, du Spencer à Blind Faith, de Traffic en albums solos, au coin du feu, sur son piano, confiné, en studio, à la maison, jouant de tous les instruments préfigurant bien avant l’heure l’idée de multi-instrumentiste de home studio et faisant passer Kravitz pour un ado boutonneux à la guitare hurlante, l’immense Steve Winwood c’est, non une carrière, mais une légende encore vivante.

Alors tu parles, plonger dans un greatest hits, live…
C’est comme se délecter d’avance d’un met, d’un plat, d’une recette rappelant l’enfance, l’adolescence.
C’est là, c’est savoureux et on aime ça d’avance rien qu’à l’idée d’engager le premier titre…
Et on ne sera pas déçu, pire ou mieux, on sera juste encore et toujours admiratif…
Titres issus des ses derniers albums, profonds et majestueux…
Standards tels « Changes », « Why can’t we live together »…
Standards de son répertoire groupes, solo… tout y passe et à chaque instant, à chaque intro, à chaque solo, à chaque inflexion de sa voix je vibre, je pleure, j’adhère totalement et sans discernement.
C’est ça le feeling partagé… et avec Steve Winwood, ce partage je l’ai depuis… 1974… et il n’est pas prêt de disparaître.

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J’avais tant d’autres albums dont je voulais parler, mais après Steve, aucun ne m’apparait comme plus essentiel.
J’arrête donc en suspens sur « Fly » et ses flûtes celtisantes, ses arpèges aux couleurs harmoniques sublimes, cette mélodie d’une beauté à couper le souffle et ce groove indirect qui porte le tout vers des sphères si hautes que je m’y perds.
"Can't Find My Way Home"...

à bientôt.


 

dimanche 17 mai 2020

EN MAI, FAIS (presque) CE QU’IL TE PLAIT…


EN MAI, FAIS (presque) CE QU’IL TE PLAIT…

Alain Deneault : « La médiocratie ».

Je l’ai évoqué, j’en ai parlé…
Plus que jamais mettre des pensées, des mots et une analyse réaliste sur ce qui a envahi notre société, notre entourage, notre vie ce, jusqu’à lui ôter la substance, le fond pour ne voir que la forme… est d’actualité.
Je lis une phrase, un paragraphe et les pensées, exemples m’envahissent.
Cette montée en puissance du dirigisme médiocre à quelque degré de hauteur politique, hiérarchique, sociale est expliquée, décryptée et mise à plat.
Ça fait peur…
La médiocratie est partout et nous la subissons à chaque instant de notre vie.
Elle est pouvoir, donc sa dictature maussade et fade, dénuée de sens profond n’apparait pas si autoritariste que cela.
C’est plus mielleux, plus retors, plus pervers…
Pire donc.
Beaucoup à prendre, peu à laisser dans cet essai qui appuie du bon doigt sur ces faces de pouvoirs qui nous conduisent à notre perte.



Gamin je n’aurais jamais cru, fan de Zorro que j’étais, installé confortablement dans le petit fauteuil lit de ma grand-mère afin de me délecter des aventures du sauveur masqué sur son fidèle cheval Tornado et soutenu par le fidèle et forcément discret Bernardo, qu’un jour, adulte qui plus est, je me retrouverais chaque jour masqué.
Des éclairs victorieux, une ruade et un masque, une cape et l’épée, bien plus noble que le flingue en panoplie, je partais dans les rues du quartier en justicier de rien du tout et le jeu du gendarme et voleur, dans le parc prenait un tout autre aspect, bien plus noble, bien plus aventureux, bien plus rêveur…
On ne rêve plus, on est devenus Zorro au quotidien et ce n’est plus pour se cacher de forces de l’ordre dirigées par un sergent Garcia que l’on se masque, mais pour se protéger d’un ennemi sournois, friand, vorace de la faiblesse humaine.
Une toute autre fiction… et Don Diego plein de noblesse bienveillante ne peut pas grand-chose pour nous…
On lui a piqué son attirail dès qu’on sort en files d’attentes interminables, en regards suspicieux, en distances où chacun est paria.
Il faudrait bien un peu d’agilité d’escrimeur pour pourfendre cette petite bestiole à l’image rondouillarde bien plus néfaste que le bide du sergent Garcia, mais tout le monde n’est pas le justicier masqué… on lui en a juste mimé l’apparence.



En mai, le dicton veut que l’on fasse ce qu’il nous plait.
Tel un lâché de ballons à l’issue d’une soirée bien arrosée, on a ouvert les portes, on a libéré les confinés que nous étions pour leur redonner un apparat de liberté afin de les renvoyer faire tourner l’économie.
Avec ça l’idée du plus jamais après comme avant s’est envolée elle aussi dans les airs.
Les belles intentions embourgeoisées à la Hulot sont redevenues ce qu’elles ont toujours été, du vent…
La cruelle réalité a forcément repris son chemin.
Le critiquer, le pointer du doigt, le vilipender n’est qu’un acte intellectuel idéaliste parallèle.
Il faut rêver…
Mais il y a la réalité.
On ne change pas d’un coup de baguette magique de Mai les nécessités.
Elles sont là…
« Il faudra apprendre à vivre avec le virus » a dit notre premier ministre de la classe.
Il va falloir malheureusement apprendre et comprendre qu’il va aussi falloir continuer à vivre avec ces médiocres…



J’ai bouclé ma boucle d’intro.
Musique now…


Bon comme beaucoup vous ne savez pas qui c’est Bobbi Humphrey.

Ça c’est l’avantage de ces réseaux sociaux…
Il suffit de s’inscrire aux rééditions de tel label, via insta, facebook ou autre d’ailleurs pinterest et voilà qu’une pochette apparait…
Un nom, quelques autres qui accompagnent et voilà, on est piégés.

« Dig This » est un de ces albums issus du jazz, lorgnant vers un binaire groovy et funkysant tel que nombre d’artistes en pondaient dans les années 70.
Cet espace jam, ces grattes aux rythmiques mélangeant cocottes et funk rythm, ces lignes de basse véloces et dansantes, ces fenders en tapis moelleux, ces solistes qui s’envolent sur un minima d’accords, portés par cet espace libre et ouvert.
Un son de B.O à la Schiffrin.

La bretelle de highway qui encercle la mégalopole s’ouvre et le flot de voitures allant vers des directions multiples avance au fil de cette musique urbaine mesurée, linéaire et directement confortable.
La flûte dans un tel contexte est juste lumière.
Mouzon, Ron Carter, Spinozza (excusez du peu) apportent leur précieuse touche professionnelle à cet album qui est une plongée dans ces films où Harlem en coupe afro, pattes d’eph et bagnoles de légende m’apparait en images inévitables.

Le son est Blue Note-CTI, pour les fans du genre.
L’album s’écoute et se réécoute avec un plaisir frôlant le désuet classieux.
Et perso, Alphonse Mouzon, que j’ai souvent relégué en troisième rôle des batteurs fusion/jazz-rock, même quand il a été génial avec Pasto et Mangelsdorff, est une bonne "surprise" studio ici.

Bobbi Humphrey a un bien beau Cv et une discographie vraiment intéressante, évolutive et active selon les décennies où elle s’inscrit dans chaque nouvelle tendance.
Une belle découverte que cette flûtiste inconnue jusqu’alors de mes listings musicaux.



On pourrait les enchainer sans heurt ces deux albums…
« Ethiopian Nights » de Donald Byrd aux longues plages poursuit ce chemin à l’identique.
Là encore une rythmique proche de JB, de Sly sert de trame à des titres où l’impro, directement transposée des expériences davisiennes de la période dite électrique se déploie sur un groove, un axe harmonique, un jet fusionnel.
Ici ce sont les Jazz Crusaders qui officient et forcément, en parfaits maitres du genre ils offrent le tapis idéal pour les expérimentations de Donald Byrd qui explore, trouve, cherche, tente, essaie, veut, souhaite et finit souvent par décoller.
Le son est parfois rude, le jeu est direct, live, sans fioritures, c’est un jeu brut, initial, capté tel.
Et c’est ce qui est passionnant tant qu’interpellant…
On a perdu ça…
On a perdu cette audace, cette capacité d’oser, de présenter la quête comme un acte en soi, comme une autre vérité, sans fards, sans honte non plus, car chargé d’une sorte de mission, d’un engagement réel et honnête.
On entre dans la musique, on se jette dans la fosse de cette fusion urbaine, on plonge, sans recul, sans réfléchir et on est réactif, ensemble, communément…

J’ai ouvert la porte du club, j’ai commandé un whisky, sans glace, je me suis accoudé au bar et ils étaient là débridés, impliqués, barrés, authentiques, sur cette basse infernale, hypnotique, étouffante comme des cercles reptiliens, crachant de tous leurs poumons, de toutes leurs viscères ces méandres improvisés, ces traits de vie instantanée, cette expression immédiate.
Je n’ai pu bouger…
La fascination m’a pris, inexplicable… une sorte de transe hypnotique.



Il y a bien longtemps j’ai découvert cet album de Steve Khan « Evidence ».
Un album de guitare seule, où cet artiste pas vraiment suffisamment mis en lumière s’empare de standards peu communs pour les magnifier en multipistes guitaristiques studio.
« Infant Eyes » l’une des compositions que je préfère de Wayne Shorter, ouvre l’album et l’on sait d’emblée que l’on part en voyage et qu’il va être difficile de changer de destination car la promesse autour de ces six cordes s’avère digne du rêve que l’on avait initialement.
« In a Silent Way » va succéder à cette délicatesse et il en sera ainsi de fil en aiguille, de corde en médiator.
La pureté, la limpidité et cette infinie délicatesse auréolent chaque seconde de ce voyage en ces contrées où la guitare fait oublier les originaux pour les recréer et les déployer dans un nouvel écrin.

Un horizon immaculé s’ouvre ce matin…
La pluie a fini de tomber et les derniers nuages s’étiolent dans le ciel.
Monk vient de se dessiner lentement pendant quasi vingt minutes et de reprendre doucement vie...
Le café a une toute autre saveur et ces notes égrenées en « melancholee » m’incitent à la torpeur et à la paresse.
A l’apaisement.



Bon dimanche.





mercredi 29 avril 2020

LA RUÉE MENTALE VERS… le déconfinement…


LA RUÉE MENTALE VERS… le déconfinement…

Bon, alors…
Depuis tout ce temps…
On en est où ?
Ah oui c’est vrai il l’a dit hier.
Il a été tellement précisément flou que même le journal de TF1, vous savez ce truc qui permet d’étalonner l’ensemble des français – mais bon, dont J.P Pernaud a tout de même osé (pas la première fois d’ailleurs, ce qui le rend infiniment sympathique) modérément mais surtout honnêtement l’ouvrir face à ce bordel organisationnel étatisé – en interviews d’un panel de population « représentatif », y perd son latin de racines des mots.
Bon, on l’a bien compris, les actifs ont des enfants.
S’ils restent chez eux c’est la cata économique, alors on renvoie les progénitures à l’école comme ça, ils vont pouvoir retourner bosser.
Le « gouvernement » (guillemets volontaires), nous a bien baladé avec les masques, délocalisés (tiens donc quelle surprise Mr Macron que de constater qu’on est tributaires alors qu’on avait ça chez nous… pourtant il y a peu…enfin, pas la peine d’en rajouter, nous sommes des millions à le penser et surtout à être pris de nausée quant vous apparaissez sur l’écran de moins en moins petit, fini la télé mini format, donc le côté le pire de cette évolution technologique c’est de voir vos tronches en grand format… la nausée… rassurez vous pour le moment du moins, elle n’est pas liée au virus, c’est juste de voir vos expressions de lâches et de fourbes du verbes qui nous la refile… à tous).
Super, la stratégie était simple.
Il suffisait de compter sur ce lot de gentils (et que je salue malgré tout) bénévoles pour se dire que de toutes façons, ça finirait bien par agir et, encore une fois et comme toujours dans d’autres situations (sdf, sous seuil de pauvreté, intégration…), le temps aura fini par vous décharger et hop, d’un coup de baguette magique de volontaires, qui plus est bénévoles qu’heureusement vous saluez (la moindre des choses) voilà qu’on finirait presque par oublier votre irresponsabilité… puisque la solidarité sociale a pris le dessus sur vos incohérences (incompétences ?).

Oh, je ne dis pas que cela est simple !...
D’ailleurs vous avez suffisamment de stratégie du langage pour contrer des dires tels que les miens.
Tirer cette ficelle est parmi vos habitudes, la plus commune, en fait…
Mais bon, je me souviens qu’il y a une petite poignée d’années lors d’élections vous avez joué des coudes arrogants et arrivistes pour en être là, alors c’est un peu comme le texte du mariage, vous savez ce truc qui dit : « pour le meilleur et… pour le pire… ».
Vous aviez pensé que le meilleur c’était vous remplir les poches et surtout vous auto-admirer ?
Et vous n’aviez pas pensé au pire…
Un peu facile…
Trop simple…
Je vous comprends… d’ailleurs…
On n’imagine pas que ça puisse arriver un jour et pourtant…

Votre grande question maintenant est cousue de masques colorés…
« Comment faire pour maintenir nos hauts privilèges et faire croire à la masse confinée et passive tant qu’elle ne sortira pas dans la rue pour reprendre son bordel social en gilets masqués ou en retraités usés que… rien ne sera plus comme avant sans que pour nous, surtout, rien ne change prioritairement et reste comme avant »
Un sacré marasme existentiel… un bien cruel dilemme… pour vous quasi existentiel et de l’ordre de la survie.
Purée, vous en avez surement bavé pour en être là, études, médiocratie estampillée, stratégies dignes du plus haut niveau de bluff du poker…
Il faut continuer dans ce sens… sauf que… confiner fait aussi réfléchir et qu’à force de nous dire que rien ne sera plus comme avant il faut bien réaliser qu’en effet vous risquez de vous retrouver accrochés au porte manteau des vestiges du récent passé.

En fait, oui je les salue ces personnes qui œuvrent au quotidien afin de palier à votre manque, à votre irrespect et à votre inconsistance qui se résume à des « effets d’annonce » non suivis car vous n’êtes tout simplement pas capables de tenir vos promesses, vos dires… mais ça, on aurait dû pourtant se rappeler qu’elles venaient des politiques, donc, d’emblée qu’elles seraient comme une chanson de Dalida, des « Paroles, paroles paroooles… ».
On aura beau rouler les rrrr, j’en soupire de honte…
Oui, chaque initiative effectivement « citoyenne » de quelque taille  qu’elle soit, initiée par qui que ce soit a donc pris le dessus sur vos ronds de jambes et vos réunionites aigües – les gens agissent là où vous tentez de ménager vos intérêts. Ils ont pris en compte le sens réel du mot survie et la simple idée de les renvoyer s’entasser dans des métros bondés, dans des classes à l’organisation improvisée par manque de… ah oui, le mot que vous avez mis en action, vous savez… moyens… puisque vous les avez ôtés… a remis un mot difficile à contrôler dans les esprits et les âmes : panique ! ...

La sécurité passe par la confiance.
Cette confiance à votre égard n’est pas décryptable, il y a trop de zones d’ombres et d’incohérences dans vos consignes qui se contredisent les unes avec les autres.
Alors même si certains se projettent rapidos le 11 avec un sentiment de liberté car ils sont désormais sur les starting blocks, ils reviendront vite à la raison humaine et non malheureusement exclusivement économique…
Celle qu’en place de réellement afficher vous tentez de nous « masquer » en langue de détours et de faux semblants.
Cette réalité effectivement beaucoup la vivent et là encore les mots ne sont pas véritablement suivis de concret…
Ils restent en suspens, comme ces accords d’avant cadence dits suspendus et installés sur la quarte en attendant leur réalisation sonore par la tierce.
En musique tonale il faut que la cadence soit parfaite pour conclure et pour ce faire il y a un accord de dominante au sein duquel une note à fonction sensible va attirer l’oreille pour amener en souplesse ou de façon ferme, cette solution terminale.
Passez à l’accord de 7e de dominante (vous dominez, ça on le sait) et arrêtez de rester suspendus, il est temps de conclure et d’être sur la cadence parfaite de l’honnêteté (en abandonnant la saveur de la « transparence »…) afin de créer un titre crédible et qui permettra, au moins, de s’y retrouver, car là, vous vous êtes perdus en accords trop nombreux pour que la moindre cohérence, la moindre idée de développement agréable à l’oreille puisse seulement se dessiner pour une fin non spécialement heureuse (si l’on arrive à un résolument Majeur ce serait inespéré), mais du moins scolairement honnête.
Médiocre signifie moyen.
Avec votre médiocratie de la gouverne, vous vous sortirez peut être de l’exercice du pouvoir avec un « sans mention » en place de passable ? un 10/20 quoi…
Pas de quoi pavoiser, mais juste de quoi conclure de façon « potable ».

Mais laissons la conclusion héroïque à ceux qui mériteront ces honneurs, vous savez, ces chercheurs, qu'une fois encore vous avez remisé et qui seront salués, n'en doutons pas par l'unanimité dont vous n'avez jamais fait partie d'ailleurs...
Et surtout en ce moment merveilleux, ne tentez pas d'en accrocher la moindre once de gloire personnelle, nous ne sommes plus dupes.

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Kandace Springs, à la voix d’une chaleur dont Prince lui-même disait qu’elle pouvait faire fondre la neige s’est mise au piano qu’il soit Steinway ou Rhodes, elle a convoqué un background de luxe, quelques invités de marque (A.Cohen, N.Jones, D.Sanborn) et « The Women who Raised me », son troisième album est une plongée dans un de ces jazz de clubs enfumés, de ruelles newyorkaises, de scènes sombres et tamisées…
Une B.O virtuelle chargée d’émotions, blindée de feeling qui à chaque inflexion vocale vous fout ce frisson, cette chair de poule qui vous dit que c’est juste bon…
Allez savoir pourquoi, ça ne s’explique pas, ça.
C’est aussi là, dans ce piano simple et tout aussi empreint de cette charge imminente, immédiate, concrète que cette voix dont on ne peut qu’être amoureux…
Une sensualité sans fards, pas de vibes à la c…, pas de frime.
A quoi cela servirait-il quand on dispose d’un tel « organe » ?...
Elle rend ici hommage à ces chanteuses qui l’ont influencé, marqué et vu le répertoire… j’imagine que celles-ci sont revenues, pour certaines, sur terre l’écouter.
Et puis on a de belles surprises comme le clin d’œil beethovenien sous couvert de « I Put a Spell on You » avec la prime d’un Dave Sanborn égal à lui-même, c’est-à-dire toujours au plus haut…
Une reprise de « Pearls » de Sade, un duo amical avec Norah Jones (« Angel Eyes »)…
Le background est aux petits oignons, il s’agit de mettre en valeur sans surcharge ce charisme…

En dire plus ? Non, il faut l’écouter…

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Ah ! Ça fait du bien…

« Live Cream » première partie d’un best of sorti en 69 a été réédité.
Le trio éphémère aux super têtes d’affiche (Clapton/Bruce/Baker) a été ici capturé (et le terme est bien réel) en 68 à San Francisco (Winterland) et LA (Fillmore).
Beaucoup de frime estimait Clapton lui-même qui en pré-guitar-hero en balançait des blues clichés, tellement devenus usuels qu’on les entend partout…
Il en a été non le dépositaire, mais en tout cas l’un des dispatcheurs et purée, sous ce côté jam session tellement typé de l’époque on se régale et il nous régale le bougre…

Le son, d’une part, est juste énorme et parfait.
Le trio aussi d’ailleurs…
Ça se tire la bourre chacun de son côté, et ça fonctionne grave…

Bruce a oublié que la basse pourrait aussi jouer les fondamentales (et tombe, en passant, de bons gros solos) et vient guerroyer avec Clapton qui le nargue du sommet de son manche.
Quant à G.Baker, il n’est pas en reste et il se taille sa place entre les deux, les bousculant, les sollicitant, les contrariant en feux d’artifices drummistiques uniques…
La concurrence était raide avec Jimi et son équipe d’Experience… c’est vrai que côté créatif et barré la planète n’est pas la même.
Pour autant, oublier Cream c’est se priver d’un pan essentiel du rock et ce live est là pour remettre les pendules de ces afficionados de la pentatonique à l’heure.

Ce live est un festival !
Et les mecs sont vraiment d’un professionnalisme qui impressionne (les voix en chœurs, le jeu instrumental pendant le chant, le débridage contrôlé, la présentation des riffs… en live ça fait réfléchir !) et ça, au milieu de la pléthore de productions soit simplistes, soit anarchiques, soit produites sommairement, soit inscrites dans un mouvement mais sans essence, ça fait réellement la différence.

Un modèle qui reste d’une actualité imbattable.
Et ça fait réveiller la torpeur actuelle de confinés que d’entrer dans cette arène surpeuplée, car c’en est une.

Allez, je file au frigo me prendre une bière, la moindre des choses…

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Il en faut pour tous les goûts…
Passer de Cream à…
Mais après tout, ce n’est que question d’humeur, de moment, d’envie et de sensation…

J’ai toujours gardé le souvenir du « Freïschutz » de Weber.
J’ai fait partie des chœurs, enfant dans l’une des représentations parisiennes et les répétitions avant celles de mise en scène se faisaient dans le théâtre, nous étions placés à droite du chef, dans les sièges du public au-dessus ou du moins formidablement bien placés pour être transpercés par le son majestueux des cors.
Je crois même que j’ai presque failli, suite à cette expérience, demander à mon père de m’inscrire pour apprendre cet instrument.

Une histoire de chasse, d’amour, de valeurs…

Le romantisme fait opéra, dans sa plus pure et plus belle expression, voilà ce que j’aimerais simplement retenir de ce monument musical de Weber.
Je choisis sans hésiter l’interprétation inégalée de Carlos Kleiber qui est dans cette veine romantique que l’on désire dès les premières notes et qui ne faillira pas tout au long de l’écoute.
J’y retrouve là tout ce qui m’a fait adorer cet opéra, enfant, et ce sentiment resté là d’un ouvrage magistral, grandiose, unique et essentiel.
Il est des œuvres qui s’imposent à vous de fait.
Le « Freïschutz » s’est imposé à moi directement, sans aucun détour avec une réelle aisance par sa puissance, son réalisme musical…
Des chœurs toniques, des cuivres (des cors) grandioses, des cordes soyeuses et sentimentales, des airs inoubliables.

Chef d’œuvre incontournable…

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Bon pré-déconfinement à tous…
Vous l’avez compris, il va falloir être prudents et redoubler de vigilance (comment ? ils vous l’ont pas dit ?... oui mais c’était en sous-entendu… vous savez il fallait appuyer sur la fonction sous-titre…).
Allez, à la prochaine.
On y croit et remercions vraiment ces initiatives de palliation qui émergent…
du concret… à la place de la nébuleuse…

D’ici le 11, on verra bien…









samedi 18 avril 2020

LIGNE D’HORIZON… 11 Mai.


LIGNE D’HORIZON… 11 Mai.

Tiens, d’un coup le temps qui commençait à devenir autre notion, à s’étirer ou à se rétrécir selon les moments journaliers vient de retrouver son état métrique, chronologique, ses balises…
Un mec moins bafouillant que d’habitude, soutenu par un traitement de texte un tantinet aléatoire, genre la grande dictée, a annoncé, encravaté et solennel à souhait une date butoir.

Bon si on sait lire entre les lignes il a prévenu…
« Les enfants, si vous êtes sages, si vous êtes capables de tenir jusque-là, alors… je lève la punition, vous pourrez sortir et aller retrouver vos petits copains ».
« Yessss ! » se sont écriés d’un commun accord les installés du canapés, médusés et hypnotisés par les beaux yeux bleus de cette couverture de magazine.
Puis ils se sont mis à réfléchir à leur engouement premier…
« Oui mais… » s’est quasiment de suite installé dans un espace appelé survie, confiné certes, mais à priori sécurisé…
Oui mais ok, je vais retourner bosser et franchement vu l’état de mes finances actuel c’est heureux que ça se fasse.
Oui mais, si je me souviens bien… c’est bien le même fanfaron au costard bleu qui nous avait dit y’a un mois que c’était dans les écoles que circulait plus dangereusement et plus librement, genre allez je saute partout, le fameux et célèbre virus, bien plus connu que Michael Jackson en personne.
Alors pourquoi annonce t’il qu’on va remettre à l’école tous les gamins, les plus petits, vous savez, ceux pour lesquels c’est déjà difficile de tenir un minima de discipline en ce moment à la maison le 11 Mai, alors qu’à ce jour pas de traitement officiel en vue, pas de vaccin imaginable avant des lustres…
Oui mais, même si mon boss établit des mesures, qu’en sera-t-il lorsque je vais retrouver, le soir, mes chers bambins qui se seront partagé en toute camaraderie la vilaine bête comme ces poux, ces rhumes, ces grippes, ces gastros qui voici peu, là, juste avant qu’on les renvoie chez nous, grouillaient dans les classes, les cours de récré, se régalant à passer d’un sourire, d’une innocence… à une autre…

En attendant, ceux qui, plus adultes, plus responsables, plus concernés aussi par exams, diplômes, études et capables de mettre en place les réelles mesures de sécurité… eux… doivent rester chez eux…
Bon c’est sûr pour le moment, coincés chez eux à réviser ce ne sont pas eux qui bloquent ou freinent l’économie… ce sont les millions de parents qui en ayant œuvré à la progression démographique voici peu, restent chez eux afin de couver leurs progénitures.
Mais bon, ça va un temps les nanas, les mecs… faudrait se remettre au boulot, là…
Et puis à force de râler que vous ne savez pas « faire l’école » et bien, on va vous les rouvrir les écoles.

Alors…
A quoi aura donc servi ce confinement si c’est pour renvoyer tout le monde dès le 11 mai au casse-pipe ? ...

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Depuis que j’ai écrit ce début d’article (le lendemain du discours Macron), je remarque que chaque phrase, chaque mot, chaque expression de notre Macron national est analysé(e) à la loupe, passé(e) au microscope de ces diplômés de l’info, de ces spécialistes aux appellations professionnelles chargées de salaires justifiant forcément leur pratique quotidienne du décryptage, du surlignage et du discours en pointillés, forcément en mode conditionnel et interrogatif et grands amateurs du partage de paniques et d’angoisses populaires.
Les mecs tournent en boucle, l’info s’auto-regarde informer et le ton est résolument pessimiste, ce, même quant on le dit optimiste…
Les journalistes, commentateurs prennent ces postures alarmantes, parfois pédagogiques et tentent d’expliquer l’inexplicable, incités certainement par les hauts lieux à modérer tant que possible leurs envies, comme nous tous, de ras le bol…
Mais comme tout à chacun faut bien gagner sa vie…
Je ne supporte plus ces donneurs de leçons interviewés, ces rois de la posture, ces faux altruistes, ces transparents du langage opaque, ces machin-truc…ogues dont on découvre que de tels métiers existent.
Oui, des personnes rament et chacun fait ce qu’il peut, à son niveau pour passer cela de façon correcte et certainement décente.
C’est certainement l’essentiel.

Ma voisine est médecin et je peux juste vous dire qu’elle n’a pas le temps de disserter sur les phrases macronistes aussi difficiles à avaler qu’un mauvais médoc au goût dégueu, de synthèse, fait pour, en fausse fraise, masquer la réalité.
On aura donc vu de celui qui s’est propulsé là, arrogant et pédant à souhait, un cirage de pompes en bonne et due forme, une volonté pédagogique ratée (comme prof y’a vraiment mieux), un appel à la raison et une incitation à rester sage sous peine de sanctions et un mea-culpa franchement pas crédible, sentant déjà le positionnement en tête de prochaines présidentielles (chacun n’a pas les même attentes de « l’après »).
Une petite fixette sur ceux qui critiquent, et au passage un petit rappel à l’ordre citoyen…
Un petit éclairage sur une gestion se disant professionnelle et formidable, histoire qu’on sache vraiment qu’ils font le max… pour qui ? ça reste à vérifier… et ceci dit encore heureux s’il /qu’ils le font…
Enfin, ça valait le coup de se battre, mec, pour être là-haut… climat, gilets jaunes, bourbier des retraites, et au sommet du gâteau, virus…
Bah, bah, bah…

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La semaine musicale a été bien remplie.
Pédagogiquement, et c’est normal.
Musicalement et ça va avec.
Entre lister des œuvres, titres, morceaux à faire jouer, découvrir et user du virtuel devenu véritablement essentiel, voilà qui remplit ce temps qu’on croit infini et qui en tout cas a pris une autre valeur.
Les élèves manquent, le lien donc, manque... emails et virtuels conseils ne changent rien à l'affaire...
Je préfère les avoir là, face à moi. 

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La pianiste Sophie Hutchings a sorti un petit écrin de limpidité « Scattered on the Wind » …
Une sorte d’ambient music façon post classique, tonal, aérien, un son atmosphérique et une sorte d’aura en mode dreamy qui reste en suspens.
C’est bien réalisé, idéal pour le cocooning, ce sport de canapé qu’on affectionne certains week end mais qui aujourd’hui, de par sa récurrence confinée oblige, devient vraiment lassant et passerait bien en mode dispensable, désormais.

La prod est ample et soignée, le sens du détail et la prise de son du piano, instrument roi ici est époustouflante… ça fait donc rêver, à bien des égards…
Cela aurait bien accompagné les « longues soirées hivernales », mais on se contentera d’accompagner les longues journées de confinement par ce petit bijou ciselé aux multiples facettes resplendissantes. Pas une once d’agressivité, pas une once de négativisme, juste ce piano, posé là comme sur un nuage porté… par le vent…

Extra.

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« I called him Morgan » est un reportage sous un angle vraiment osé (à voir sur Netflix).
Helen, son épouse et assassin de Lee Morgan, ce trompettiste si prometteur de la nouvelle génération, est au centre de l’argumentaire.
Elle raconte et avec elle les amis, les musiciens…
Lee Morgan… la fougue, la haute voltige et l’âme…

J’ai ressorti mon bon vieux Art Blakey « Moanin’ »…
Lee Morgan, Benny Golson, Bobby Timmons, Jymie Merritt et Art, le pavé Blue Note incontournable par excellence… tu parles… « Blues March »…
Art et son chabada ne lâchant jamais la prise du shuffle…
La grande classe et toujours la même claque.
et puis j’ai remis « The Sidewinder » cet autre versant du côté groovy, funky de Herbie en Cantaloupe… et ce flashback m’a directement replongé à New York, si malade aujourd’hui…
Lee ? son jeu, c’est perçant, pugnace, sensible et bourré de feeling… sans parler du reste avec cette virtuosité aisée et frimeusement juvénile comme son beau costard, ses chemises à quatre épingles, sa coiffure gominée et ses pompes rutilantes.

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Du temps il en faut pour s’attaquer à un oratorio qui plus est pas vraiment des plus connus…
« Theodora » de Haendel…
par Gabrielli Consort and Players sous la direction de Paul Mc Creesh.
Une œuvre mature du grand compositeur qui fait partie de mon panthéon des grands baroqueux.
Il l’a composée à l’âge de 64 ans.
Les moyens déployés sont énormes et préfigurent véritablement ce que sera la période classique.
Cette œuvre, considérée en son temps comme l’une de ses plus abouties n’aura pourtant pas eu le succès qu’elle méritait. Elle ne fut donnée que trois fois et son manque de succès auprès du public (Haendel était une véritable star à Londres) s’explique aujourd’hui de deux façons. D’une part le sujet narratif éloigné des autres oratorios du compositeur mettant en scène une héroïne et son amoureux converti, plus proche finalement d’un synopsis d’opéra a bousculé les habitudes du public. Et d’autre part la semaine précédent la première il y eut un tremblement de terre et nombre des soutiens financiers de Haendel avaient fuit la ville… le public était dans une actualité plus concrète et ce qui aurait dû être un évènement musical ne put le devenir de ce fait.
Si l’on aime la grandeur du Messie, si l’on aime ses concertos grosso, bref, si l’on aime Haendel, alors… avec cette œuvre on va découvrir un monument, tout simplement…

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Je vais terminer avec cet album qui à sa sortie m’avait vraiment fasciné…
« Something There » de Michael Mantler, compagnon des routes multiples de Carla Bley, au même titre que Steve Swallow.
Ce qui est captivant ici c’est la rencontre de cultures…
Nick Mason de Floyd est à la batterie, avec à ses côtés Carla, bien entendu, mais aussi Steve, évidemment. Quant aux guitares elles sont offertes au jeune Mike Stern.
Michael Gibbs dirige une part du London Symphony Orchestra.
C’est rock, jazz, symphonique à la fois…
Mason est massif et le propos l’est tout autant.
Un album ambitieux et parfois étrangement exécuté, une particularité qui lui confère une couleur comme nul autre, une dimension inédite et une saveur vraiment différente si ce n’est divergente.
A compléter avec le « Fictitious Sports » de Nick Mason tant ils m’apparaissent comme complémentaires voir indissociables.

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Bon, j’en ai terminé pour cette semaine.
Pour ma part elle a été brisée par la mort du chanteur, compositeur et grand artiste Christophe que j’ai eu la chance de rencontrer il y a quelques années déjà.
Il était venu assister à un spectacle de danse dans lequel sa nièce (je crois) dansait.
A cette occasion j’avais fait bosser à un groupe d’élèves deux titres pour accompagner des chorégraphies (un de Fiona Apple et l’autre de Tori Amos).
A l’entracte il me fait appeler avec Damien, devenu aujourd’hui un batteur professionnel de haute volée et nous offre un verre.
On a causé, musique, électro, pédagogie musicale, valeurs artistiques et avenir pour les jeunes…
Puis un salut chargé d’émotions de part et d’autre.
Un grand homme, lui, pour sûr…

L'autre nouvelle bien triste, celle de la mort de Lee Konitz... un saxophoniste qui apparaît sur tellement d'albums que j'ai écouté...
Décidément...
Quelle m...


Je vous espère en bonne santé.
Portez vous bien et prenez soin de vous.