mardi 24 juillet 2018

PLAYLIST – Allez, la suite.


PLAYLIST – Allez, la suite.

Bon, on s’est bien détendus avec la première, on y a cru et on s’est installé confortablement en sirotant le Mojito, histoire de...
Mais voilà, ils reviennent ce soir...
Comme chaque année ça va être l’occasion de leur demander notre titre favori, de causer aux pauses...
Ces musiciens, quels veinards !...
Toujours cools, décontrac’s, à l’aise... pas l’air stressés.
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Première partie...
La pause s’impose – voilà bientôt une heure et des brouettes qu’on enquille standards sur standards, le moment d’aller boire un coup pointe son nez.
Reprenons la playlist là où elle s’était arrêtée, avec Groover... enfin, Grover...
Une hésitation afin de ne pas le remettre, tellement bon...
Les pochettes défilent sur le téléphone devenu l’essentiel objet de prolongation de soi.
Ah ça y est...

01/ DIDIER LOCKWOOD – « Night and Day » - album « For Stephane ».


Pff, ce côté Hot Club si bien revendiqué, ce swing « up » et truffé de respirations – une écoute, une complicité parfaites.
Mr Lockwood use de tous les registres, fait siffloter son violon, s’amuse et se complait dans ce jazz à la teinte manouche avec lequel il aurait pu faire carrière de reprise de flambeau tant ça lui colle au patrimoine.
Passer du Lockwood en pauses ça m’est venu comme naturel, ce grand artiste français a tellement marqué de son empreinte une idée du jazz français, de la fusion en faisant appel à des musiciens de tous bords, en réunissant de belles complicités qu’il m’est apparu comme essentiel de l’écouter de temps à autre l’été et de le partager.
Son hommage au grand Grappelli c’est du Lockwood jouant respectueusement Grappelli.
Peu auraient été capables de le faire ainsi – lui avait cette dimension.
Respect.


02/ JAMES INGRAM – « One Hundred Ways » - album « Forever More, love songs, hits and duets »


James Ingram, sa voix, ce feeling si black et soul, ce falsetto irréel, ce sens rythmique de l’articulation... et ce titre, à l’origine inscrit dans ma mémoire depuis le fétiche « The Dude » de Quincy, chanté là aussi par Ingram... Comme si sa voix était totalement indissociable de cette chanson, de cette bluette...
La version présentée ici n’est guère différente de celle de « The Dude » (jusqu’au solo en mode Prophet horns, textuel) à quelques infimes détails près, mais peu importe, ici ce qui compte c’est cette voix, ce feeling et cette aisance.
Ca respire, c’est juste fun et si américain, une varièt’ de haut vol qui groove sur une basse rebondissante, qui s’inscrit dans un petit gimmick de claviers si enfantin et candide.
Un pont élargit et laisse place à James, puis à un ténor dont on sait qu’il va revenir.
Les cordes font leur boulot de texture, presque imperceptibles, les cuivres viennent tonifier un tantinet pendant que le ténor prend ses échappées et qu’un clavinet cocotte en toute quiétude.
Avec presque rien et finalement tous ces rôles distribués avec une parcimonieuse attention voilà bien un petit bijou, pour une voix que j’ai toujours gardé dans mon esprit comme étant exceptionnelle.

03/ BOB MARLEY – « Waiting in Vain » - Album « Exodus ».


Passer de la bluette Quincy taillée chart FM à Bob, c’est osé, mais c’est au fond, ajouter cette juste dose de beat qui va permettre d’avancer, d’installer une « profondeur » tout en restant cool.
Ah, ce titre et son « Like I said ! » claironné.
Un parfait exemple de la magie du reggae...
Allez, on se penche attentivement sur basse et batterie les voilà installés sur les seconds et quatrième temps de la mesure, normal...
Puis voici qu’on va prendre la guitare en compte, elle se joue aussi  en contre temps, sauf que sa base de feeling est le contretemps de chaque temps (1,2,3,4).
Alors il nous reste un peu d’attention utile pour les claviers qui eux, décomposent autour de la guitare afin d’un contre temps supplémentaire et complémentaire lui étant à la double croche.
Nous voici là avec trois niveaux de métrique, de précision et de complexité – pas étonnant qu’ils comptent avec rigueur dès le départ, pas étonnant que ce truc, une fois installé embarque vers des cieux rythmiques de transe auxquels il est impossible de résister (mais résister pourquoi faire ?... d’ailleurs).
Marley c’est de plus en plus indissociable de ma vie.
C’est une mine et une direction tant spirituelle que musicale et ce, en toute tranquillité...
C’est quoi le truc, Bob ?...

04/ LARRY CARLTON « Sleepwalk » - Album « Sleepwalk »


Il faut faire retomber la sauce, on a failli se lever et danser. L’effet Bob.
J’aime Larry Carlton quand il s’empare du truc bateau (genre 12/8 avec une suite d’accords tombée sous les doigts) pour le sublimer par, en vrac, une doucereuse mélodie, un son dont il est le dépositaire, une virtuosité même pas apparente, un feeling de chanteur, une retenue musicale qui amplifie l’expression et une générosité doublée d’un évident bonheur de prendre sa guitare qui transparait à chaque note.
J’aime Larry Carlton tout court, en albums solo (quelle carrière !), en sideman (chez les plus grands) et ce depuis cet album, dont le titre « 10 PM » faisait l’ouverture d’une émission de clips tardive que je ne manquais pas, ado, de regarder.
La lumière du jour a fait place aux étoiles de la nuit...
On savoure et on se laisse aller – mais va falloir, y aller, justement...
Et reprendre tout ça en mains, là, sur le coup on s’est fait griller.

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05/ HANK MOBLEY « Soul Station » - album « Soul Station ».


Il ne faut jamais négliger un bon gros jazz qui tue, qui swingue, au feeling gros et généreux, aux teintes bluesy car sans démonstration virtuose.
Un bon gros jazz compréhensible et bien senti, voyez ce que je veux dire.
Un truc à l’ancienne avec ce son...
Donc chez Blue Note y’a qu’à puiser... Dexter ? Wayne ?
J’ai préféré filer chez Hank Mobley, gros swing retenu au fond du temps, phrasé bluesy authentique, son dense et qui ne lâche prise, sans prendre le chou.
La merveilleuse section rythmique (Blakey, Kelly, Chambers, excusez du peu...) est une véritable autoroute à soliste, elle tisse un swing au fond du temps absolument imparable.
Hank se fend d’un long et inspiré solo, Wynton est juste remarquable en background comme en un solo quasi modèle de blues (Écoutez-moi ces ponctuations de main gauche, ce tracé rythmique, ce jeu pouvant être tout à la fois dépouillé et chargé, mais jamais en clichés... tout en usant de tous les clichés du genre). Nu, Paul glisse son solo de contrebasse, précis, présent, inspiré pendant qu’Art stabilise par un beat ancré dans le tempo l’assise essentielle.
Au retour du thème, cette force tranquille et bien plantée dans le sol réaffirme son pouvoir et on est là, bien... le jazz a traversé d’un trait l’espace et la bière a supplanté le rosé, le côté club, pour sûr.

06/ RONNIE JORDAN « Summer Smile » - album « The Antidote ».


On peut dire que je l’ai écouté cet album, son relifting de « So What » forcément en tête, un « After hours » qui fut l’un des titres qu’on a beaucoup joué avec Jean Marc – bref l’entrée en idée d’acid jazz de Ronnie a marqué la petite sphère du jazz plan plan et les années passées il faut admettre que ce son reste d’actualité, ainsi que cette approche qui ne fut pas si révolutionnaire que cela, mais juste la continuité d’une mode jazz eighties dans laquelle avec une rare intelligence le guitariste s’est glissé.
La nappe lounge au son wave, le beat acid qui solidifie la ligne de basse avec le drumming  qui fait part belle aux ghost notes et ce son « à la Benson », ce jeu mélodique en accords sur cette mélopée estivale, plus qu’une recette, c’est un mode de jeu.
Un dépouillement calculé, qui laisse respirer chaque pattern, qui place l’écoute en mode paisible, sans surcharge – ça reste juste un must du genre.
Les têtes oscillent, le groove s’est installé, irrésistiblement.

07/ SPYRO GYRA « Catching the Sun » - album « Catching the Sun ».


Jazzy et latinisant, avec la touche funky, des thèmes aux mélodies immédiatement chantantes, la couleur tropicale en marimbas et ce lyrisme qui suinte partout chez chacun c’est le Spyro Gyra des débuts, léché, détaillé, « Breckerisé » (Randy vient pousser le solo) sans excès, juste avec la touche de fun nécessaire.
Jay Beckenstein (avec Tom Schuman) est Spyro Gyra, son âme, sa précieuse sonorité, son charisme mélodique, sa verve soliste qui jamais ne sort d’un cadre, un cadre paradoxalement très ouvert.
Cet album et ce titre pourraient presque synthétiser cet « esprit Spyro Gyra », ce jazz qui deviendra smooth, ce penchant vers les horizons latinos mâtinés d’urbain.
La plage n’est jamais bien loin et la mer s’oblige dans ce cadre à prendre une place en horizon.
Une valeur sure (je crois bien que j’avais dit un truc comme ça il y a bien longtemps).

08/ DAVID SANBORN « Sugar » - album « Time again »


Le grand David Sanborn...
Crispé d’émotion permanente, acidifié par une présence sonore qui rend l’instant cher et précieux.
Un beat en points d’appuis qui respire, qui charge d’un feeling gros comme le cœur généreux de l’altiste le titre et le sucre du dessert n’est pas surcharge mais savant dosage.
Sanborn est l’un des plus grands chefs au monde, sa cuisine musicale sait allier toutes les saveurs avec parcimonie et sens précis de bon gout.
Il peut être roots, comme ici, ou plus funky, ce grand chanteur de l’alto est pour moi le plus grand saxophoniste, l’un des plus grands musiciens encore de ce monde.
Sa place s’apparente à un mythe...

09/ TONY BENNETT « The Good Life » - album « I Wanna be around ».


Allez, une petite dernière...
Je pense générosité, je pense sourire, je pense plaisir, je pense bonheur, je pense Tony Bennett.
J’aime l’homme, j’aime sa voix, j’aime son jazz et sa façon de crooner ces intemporels standards, j’aime ses duets au cours desquels il va inviter les plus improbables des artistes.
J’aime sa gentillesse et son professionnalisme.
Le décor est chargé comme une chambre d’hôtel de Las Vegas, ça scintille de partout, c’est plein de strass et même si Lady Gaga n’est pas encore venue lui redonner une cure de jouvence, Tony chante là cette belle vie, cette chanson composée par Sacha Distel, cet autre crooner intemporel, français, qui avait toujours le jazz dans sa guitare et dans sa voix.

BON...
On va reprendre et on sifflote cet air délicieux, si expressif, si vocal...
Ça valait bien le coup de trainer une poignée de mn en plus avant de s’y remettre...


jeudi 19 juillet 2018

PLAYLIST – (PLAISIR ou CASSE TÊTE ?)

PLAYLIST – (PLAISIR ou CASSE TÊTE ?)

L’été est bien là.
Ici chaque trajet en voiture a été revêtu d’une dose de patience, d’une augmentation d’environ une demi-heure de temps, d’une grande vigilance avec un œil permanent dans le rétro, scooters et autres deux roues oblige.
La chaleur est au rendez-vous, ponctuée cette année de quelques pluies bienvenues, la nature a besoin d’elles.
Le foot c’est fini – à chacun de s’en faire son éternel constat.
Je ne m’étends pas – je constate juste que ça a fait bosser, beaucoup bosser alors rien que pour ça...
Bon, allez, la playlist... (de l’été ?)...
à quoi bon, à quoi ça va bien servir et pourquoi faire.

Il y a une bonne quinzaine d’années suite à un accident de voiture je me suis vu contraint de racheter une occas’ bon marché mais solide.
Il s’agissait d’une X’ara avec... un lecteur K7... je m’étais fait des compils de titres sur cet antique support, utile.
Puis le jour de l’arrivée en lecteurs du mp3, j’ai fait de même dans la voiture suivante, mais là on pouvait en mettre un paquet de titres...
Aujourd’hui (encore une fois le débat du support pratique), hop, via mon appli Napster, on stocke et on crée, recrée, efface, remet des titres à gogo.
Reste à savoir pourquoi, ou pourquoi faire.

Ça a (re)commencé avec cette seule et première idée :
Une prestation musicale c’est environ trois sets, voire deux selon les lieux.
Donc la pause qui s’impose...
Cette pause il faut la combler par, un peu de zic.

J’ai donc commencé par ça, proposer, selon le style joué, quelques titres qui permettent aux clients de continuer à se détendre pendant que les zicos pausent, boivent un coup (bière, rosé et même parfois de l’eau) et tapent la causette avec patron, habitués, amateurs, amis venus écouter, et entre eux bien sûr.
Ils ne parlent plus de musique, ils la font, c’est suffisant, par contre, il y a fort à parier que les titres de la playlist s’immiscent dans le sujet.
D’où, là encore, l’intérêt d’un choix méticuleux.
Un judicieux saupoudrage de bossa (obligatoire) de jazz soft, de calif, calibrer le son, éviter l’agressif, mélanger connu et ce qui accrochera par le beat, le genre, l’idée... rester easy, parmi de nombreux critères voilà un peu ce qui m’a dirigé.

17 titres, Napster a de suite tagué « Relax », « pop » et « jazz ».... comme quoi.

Ah oui...
Préalables requis avant d’attaquer :

- Choix d’une boisson à caractère estival (mojito, bière pression belge de préférence ou type Corona, rosé couleur claire, cocktail fruité...)
- Choix d’un environnement de préférence extérieur et ensoleillé.
- Choix d’un siège imposant la détente (transat, bain de soleil, ou carrément serviette sur plage)
- Pour les addicts du protocole apéro ne pas oublier les tomates cerises, une petite tapenade sur croutons, les éternelles cacahuètes (non salées été oblige), pistaches ou encore fruits séchés et bien sûr la fougasse.
- Si ça cogne pensez au parasol, on ne sait jamais car, une fois installés, se relever va être très... très difficile.

01/ KENNY G – « Brazilian Nights » - album « Brazilian Nights »

On ne va pas chipoter, l’entrée, cordes soyeuses enchainées par le piano souple et délicat évoquant le thème... Kenny entre en piste, alors le décor s’ensoleille...
Le sax, la bossa, Getz, je laissé défiler le package de clichés et c’est bon.
Comme son mentor Kenny ne lâche jamais la mélodie, il soloïse tranquille, peu de bavardage, juste ce qu’il faut – commercialité loungisante oblige, cool attitude logique.
Un solo piano laisse se reposer un temps les cordes qui vont revenir en horizon.
On avait presque oublié le thème, mais est-il si important ?...
L’important ici c’est cette souplesse, cette délicate attention bossa ré-évoquant en quelques 6.32 mn  tout ce que cette vague nouvelle a embarqué d’images radieuses et positives.
Et ... de bonheur.


02/ BILL LABOUNTY – « Look who’s lonely now » - album « Bill LaBounty ».

Cool sans écouter la voix de Bill ?
Ça m’est impossible – les habitués du blog le savent.
J’ai pourtant hésité avec la version de Randy Crawford, mais Bill, sa voix...
Moelleux, souple et aéré, les cuivres de Jerry Hey, cette rythmique qui respire, cette voix qui accroche, qui pleurniche d’amour country, ces quelques chœurs parcimonieux (look), la gratte de Toto/Lukather (ce solo), le gimmick flûté et futé, le drumming précieux de Porcaro en halftime pré Rosanna rebondissant et cette fin qui transpose...
Ces mecs sont des orfèvres, les rois du détail, mais ça, je l’ai déjà dit.


03/ RICKIE LEE JONES – « Easy Money » - album « Rickie Lee Jones ».

Il me fallait un titre dépouillé après cette tonicité retenue.
Le genre « allez on se calme », on s’assoit, ou du moins là, on s’en ressert un.
Elle entre en scène, présentée calmement par une contrebasse laidback, quelques arpèges de guitare hésitant entre une pop « unplugged » et un sentiment jazz viennent rejoindre cette voix qui raconte, nous parle, nous susurre une mélodie inchantable et pourtant d’une telle évidence pour Rickie.
Vibraphone et piano en clichés jazzy viennent compléter l’atmosphère du club devenu jazz en l’espace de quelques touches de style bluesy.
On a à peine remarqué le subtil Gadd aux balais... comme quoi, Rickie, quand elle est là et chante...
Le second verre n’est pas encore terminé – on a encore le temps et Rickie a déjà alimenté la conversation.
Normal, elle est inévitable.


04/ GEORGE BENSON « Affirmation » - Album « Breezin ‘ »

Il faut toujours une touche d’instrumental pour laisser retomber l’attention et relaxer à nouveau.
« Affirmation » est l’un des titres de Benson dont je ne sais me lasser.
Le mélange cordes d’une infinie pertinence qui contre chante, avec cette rythmique jazzy/funk en clavinets, tapis de fender et wah wahs sur cette ligne de basse latinisante et un drumming mêlé aux congas : une parfaite alchimie.
Benson c’est ce son qui chante, c’est instantané, on entre dans le jeu, direct.
Puis il y a ce petit riff unisson qui vient en milieu de parcours augmenter le groove soigné du titre avant le lumineux solo de Rhodes.
Un instant de clarté.
Tiens, elle décline justement, cette clarté et le soleil va se coucher...
Il est temps de retourner à nos instruments...


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05/ ROBBEN FORD - « Riley B King » – album « Truth »

Si on l’a jouée pop teintée de blues, la seconde pause embrayée par ce titre soft et pourtant soutenu, ça va le faire.
Robben Ford c’est depuis un bail ce nouvel artisan du blues, ce guitar-hero adulé par nombre de passionnés de la pentatonique, un son précis, un phrasé subtil et personnel (en attestent les solos où l’on frémit de plaisir à chaque bend), une voix atypique pour le genre qui ajoute une touche d’originalité indéniable.
Il est entouré de la crème, il connait son sujet plus que nul autre (vibrant hommage à BB King ici), il est égal à sa direction musicale et pourtant chacun de ses nombreux albums tant en reprises qu’en compos originales atteste d’une carrière dans le sillon d'un blues sans concessions ... et sans compromis au plaisir.


06/  MICHAEL MCDONALD - « I Keep forgettin’ » - album « If That what it takes ».
Imaginer une playlist sans Michael, je n’en suis pas capable.
Ils sont tous là, les meilleurs (de ceux qui firent rêver Jonasz) pour l’accompagner en studio pour en 82 pour son premier album solo, ça s’ouvre par cette reprise du titre de Procol Harum et tout est dit.


07/ DONALD FAGEN – « The Goodbye Look » - album « The Nightfly ».

Après Michael quoi de plus évident...
Donald a sorti la panoplie caribéenne, il s’offre une escapade hors des cités américaines.
Il surfe west coast, beach devient son mot fétiche, c’est félin, comme toujours c’est d’une telle perfection là encore et tellement bien composé (le petit pont central, qui avant le gimmick écrit redimensionne et encadre la guitare en solos).
Pas de hasard et un plaisir jamais perdu de vue.
L’adéquation basse/batterie/percussions, à elle seule, vaut le détour...
La coda permettrait de penser à chalouper en regardant les dernières filles qui traînassent en rigolant sur la plage afin de rejoindre la scène, mais non... on a encore le temps et ils sont bien... une nouvelle tournée vient d’être servie, alors calme... encore un peu.


08/ GROOVER WHASHINGTON, JR – « Make Me A Memory (Sad Samba) » - album « Winelight »

Un classique...
Gadd-Miller, LA rythmique de rêve.
J’affectionne particulièrement ce titre, beaucoup joué avec mes amis Roland et Joël il y a longtemps.
Sa magie reste intacte cette opposition entre mélodie aérienne et seconde partie rythmée, un sujet idéal pour l’improvisation avec un tracé sans heurts aisé à suivre pour s’exprimer.
C'est que fait ici Groover avec en passant, ce son de soprano merveilleusement maîtrisé qui est d’une rare finesse, reposant sur ce Rhodes vaporeux au son chorusé...
Je me surprends à pencher vers les duettistes de la rythmique – ils me traumatisent...


Vite retourner vers l’espace scénique avant qu’on commence à en parler car ça sera long...
Le temps d’une pause passe vite...
La tête dans les (ces) musiques permet de se relativiser soi-même, de se ressourcer et de prendre l’autre part de plaisir là où elle se trouve.
Un lendemain, histoire de changer, on prendra le temps d’une autre.
Car il ne faut pas rester sur la même, soi-même on s’en lasse (ou pas) et puis il y a tellement de titres à écouter qu’on en aurait le vertige.
Bon, la première est passée.
Le rosé était impeccable et bien frais, la plage (clin d’’œil à Chris) avec sa vue unique a tenu ses promesses de far niente.

Prochaine(s) listes autres articles.
Huit titres ça passe décidément trop vite...





dimanche 10 juin 2018

EMPREINTES VOCALES - 1


Empreintes Vocales.
(Réflexions anarchiques... et affectives)

La voix, ce débat, cet instrument directement lié aux sens, au corps...
Elle accroche direct, elle peut révulser aussi, pas une question de technique, juste une question de sensations, d’émotion, de ressenti.
On a parfois et même souvent ces discussions interminables entre amis musiciens (ou non) rapport à cette voix, ces chanteurs, chanteuses que l’on côtoie, que parfois l’on accompagne, que l’on croise...
La vie quoi.
La musique est importante, mais dès que la voix entre en piste elle prend le pas sur le reste, elle attire, elle s’impose, elle est qu’on le veuille ou non, incontournable, alors son axe mélodique fera fredonner, siffloter, écouter avec sensibilité, on sera happé par une énergie inexplicable...
Elle est là, alors, plus rien (ou presque) n’existe.
Cette conscience je tente de la faire prendre à n’importe quel(le) élève chanteur (euse), car dès que tu prends le micro « miss », tu dois toujours penser que dès la première émission d’un son de ta voix, l’auditoire et même les musiciens n’en ont que pour toi...
Une sacrée responsabilité.
Le vocal touche directement à l’âme, il fait surgir l’être dans toute sa réalité.
C’est « sensible », c’est « à nu ».
Ce peut être beau, émouvant, insoutenable...
Enervant aussi ou insipide et ce, selon notre propre capacité de ressenti, sans explication, sans plus d’analyse que cela.

Il y a bien sûr l’appartenance à un « style », un genre, une étiquette...
Opéra, récital, jazz, pop, rock, chanson, world...
Récemment Noa, en duo, minimal, intimiste avec un guitariste (Gil Dor) et un éventail percussif, concert dracénois, chargé de têtes blanches, papotages et ragots de mise dans l’attente de remplissage de salle...
Elle entre, se raconte et en l’espace d’une note, la première, me voilà transporté, comme si plus rien autour de moi ne pouvait exister et le silence se fait, là, d’un coup.
Pas de volonté charismatique affichée, juste la simplicité et le chant chargé d’une vibration expressive inexplicable, palpable dès la première émission vocale.
On touche le sens du beau, ou du moins certainement cette idée qu’on en a.

...

J’écoute Sinatra, son album de bossa, le crooner y est entouré d’un écrin fait pour sa voix et la guitare si impérative de ce contexte.
Ça coule, ça frémit à chaque phrase, c’est sensuel, d’une coolitude absolue, délicat, élégant et d’une apparence simple, si simple... que c’en est désarmant.
Alors comme Franckie chante, tout semble chanter autour de lui, la moindre flûte semble le caresser, les cordes sont de soyeux tapis et même la batterie pourtant métrique prend des airs de mélodie à chanter. Lui, semble flotter au-dessus de ce paysage musical idyllique, il chante, tout chante et il en est le vecteur.

Tom Jobim e Frank Sinatra - 1967 - Full Album - YouTube

Je me souviens Nathalie Dessay à Ramatuelle l’an dernier. Un de ces concerts inoubliables.
Elle se pose avec élégance dans un somptueux fauteuil et sur des espaces de cordes contemporains elle raconte – sa  voix même parlée est envoutement. Une distinction mue par une technique pour laquelle le mot perfection semble bien piètre permet le détail de chaque mot, de chaque souffle, de chaque phrase... et là elle n’aura fait que « parler »...
Puis elle revient en comédies de Broadway et dès la première note du « on » de « on a clear day » elle aimante d’une pureté et d’une sensualité mêlées une assistance béate.
L’album ne rend pas le quart de ce ressenti, mais une fois qu’on a été happé par cette voix, c’est définitif.
Merci au « live ».

Natalie Dessay, "I'm a fool" - Teaser - YouTube

Je me fais le rapport technique avec Ella Fitzgerald, en jazz en ce qui la concerne, c’est similaire.
Pas de limites – juste la perfection tant dans la justesse, le feeling travaillé au cordeau que la précision rythmique avec un phrasé swing à pleurer.
Et un sens des racines blues qui est toujours là, omniprésent.

Ella Fitzgerald -- How Long, How Long Blues (1963) - YouTube
Ella Fitzgerald - Swings Lightly / Swings Brightly (Not Now Music) [Full Album] - YouTube

Alors quand la douce colombe croise pour quelques albums trempés dans le chaudron du jazz - celui-là qu’on sait vrai, authentique, sans autres fioritures que les inflexions du blues Mr Louis Armstrong à la voix qui est aux antipodes, rauquement furieux, transposition immédiate du chant de sa trompette, voix et instrument s’exprimant sur la même échelle de valeur, sans distinction aucune - le contraste émotionnel va au-delà du concevable, comme si la belle et la bête prenaient figure sonore en face de nous.
Une sorte de magie faite musique, en petite formation comme dans l’immense adaptation du Porgy and Bess par Russell Garcia de Gershwin, il est impossible de ne savoir au pire « apprécier », au mieux, « adorer » et remettre sans cesse ce « Summertime » impossible à oublier.
Y être insensible ?... je ne connais personne qui ait pu aller en sens contraire.


...

LA belle voix...
Hmm, la belle affaire que voilà.
On parle d’une telle, d’une autre – l’une chante bien mais sa voix... brrr... l’autre a la voix à son image, alors si l’on aime son image, on aimera sa voix...
On parle d’une autre, encore qui s’oblige pour chanter à en rajouter sans interruption, sans respiration, noyant la voix dans un fatras d’inutiles effets qui au sortir parasitent l’impact immédiat, la véritable expression, le sens.
La chasse au mimétisme, la chasse à l’inutile, la chasse au superficiel, voilà bien notre bataille pédagogique face à ces émissions de TV à la réalité qui installe la démonstration, l’image, la bataille en place de la musique, le braillement comme référent technique, pourtant, parfois même là, la voix, quand elle prend sa place authentique : alors ...
Je me souviens cette jeune adolescente, guitare en mains, tellement timide et peu sure d’elle, première prestation publique à l’une des multiples auditions du Conservatoire.
Le power chord s’installe et positionne sa rassurante route harmonique et voici le premier son...
La salle se fige, une rare intensité émotionnelle vient de prendre tout à chacun.
Inoubliable.
Charismatique.
Pas la peine d’en faire une tonne, avec un rien et la pureté de l’intention de-par la voix cela est simplement suffisant.

Je sais avoir toujours placé Billie Holiday au-dessus de tout – chez elle, pas question d’imaginer un seul instant entendre la moindre forme « technique », cela n’a pas lieu même s’y penser.
Billie chante et c’est au-delà du jazz, au-delà même d’une idée esthétique que cela se passe, il y a dans sa voix une telle humanité, une telle âme que, forcément, on est d’emblée attiré, fasciné.
Pour ma part de ressenti je place Billie au-dessus de tout ce que je peux  connaitre (du moins... vous verrez plus loin).
Bien entendu cela reste totalement lié au subjectif car c’est une question de chimie, certainement. Ou d’alchimie.
Comment expliquer réellement cela ?
On écoute une voix et la peau se fait chair de poule, le poil de dresse, le parlé s’arrête et peut être va se teinter d’une  émotion palpable... Touché, coulé.
Billie me fait ça – je l’écoute donc quand j’en ai besoin, comme si cette expression vocale était une nécessité afin d’apporter un soutien ou un « transport » en face du quotidien, et ce forcément dans les moments pas simples de la vie.
Cette voix chante tout ce que j’ai besoin qu’elle me chante...

Billie Holiday - The man I love - YouTube

Une autre voix qui me laisse toujours pantois, c’est celle de Michael McDonald.
C’est incroyable cette teinte de nostalgie profonde qui émane de chaque note qu’il chante avec une âme là aussi emplie de soul, d’un feeling totalement particulier, aux inflexions profondément ancrées dans le gospel, à la rauquerie naturelle, à la tessiture qui caresse les aigus les plus improbables tout en faisant imaginer qu’il reste dans un registre grave.
Une sorte de féminité... une sensibilité qui l’est en tout cas.
Dès que je l’entends, en soliste comme caché au fond d’un chœur, je vibre instantanément.
Et il m’est difficile de ne pas user du replay...
Je l’ai découvert avec son premier album et sa reprise du « I Keep forgettin’ » de Procol Harum il n’a pas fallu plus que cette phrase pour qu’une forme d’addiction envers cette voix s’installe, irrémédiablement et durablement.


De Michael McDonald à Marvin le pas est simple à franchir et parmi les nombreux chanteurs afro américains que je vénère ou écoute je peux dire que Marvin Gaye a toujours tenu place de choix.
J’écoute « Trouble man » et c’est une boucle qui s’installe, comme si ce falsetto si limpide ne pouvait sortir de ma tête.
L’autre fois j’ai fait l’erreur de le mettre en playlist de musique d’ambiance à la pause entre sets musicaux et je suis resté figé, quasiment incapable de revenir à mon piano...


« What’s going on » est et reste l’une de mes préférences vocales de Marvin, la chanson comme l’album conceptuel et agencé autour de l’axe de ce titre (un jour qui sait, je me lancerais dans la mise en détails de certains albums de Marvin) – sa voix m'aimante radicalement
« Dream of a lifetime » tout comme « Midnight Love », c’est pareil...
Un barda eighties, des boites à qui mieux mieux et là, au-dessus, ce miracle vocal fluide, léger, chargé d’une expression incommensurable, d’une vie... de la vie.


Aux antipodes il m’est impossible de résister à Tom Waits.
Son implication vocale est unique, chargée de vicissitudes, bouleversante dès son premier rauquement, dès son moindre feulement.
Bien sûr il y a « Jersey Girl » ou encore « Blue Valentine », rien qu’à eux seuls ces deux titres que j’auréole d’un « Somewhere » droit sorti de West Side et qu’il a détourné ou simplement chanté à sa façon.

Jersey Girl - Tom Waits - YouTube
Tom Waits Somewhere (From 'West Side Sto Blue Valentine 1978 - YouTube

A sa façon...
Tom Waits n’en a d’autre de façon de chanter que celle de se mettre totalement à nu, d’exprimer le plus profond de l’être, le plus lointain de l’homme.
Son personnage, sa voix... ses albums barrés (« Swordfish trombones ») ou encyclopédiques... ou juste caressant le blues profond, le jazz de fond de club, le rock de bar à whisky.
Eternel Tom Waits...


...

« S’il y’ avait pas eu Armstrong, jamais on n’aurait osé chanter comme ça ! » m’avait lancé une fois une amie.
Personnellement je ne crois pas en cela.
Je crois plutôt que l’on chante comme l’on veut ou doit s’exprimer, que le rock, le blues et le jazz ont permis de s’affranchir d’un mode vocal lié à une technique impliquant acoustique et projection du son vocal et qu’ainsi on s’est progressivement détaché d’un passif, d’archétypes pour comprendre que chanter c’est certainement et avant tout être soi-même, donc s’exprimer comme tel et forcément s’assumer comme tel.
Avec tout son fardeau de vie qui se trimballe dans le grain de cette voix qui en dit d’un coup certainement très long, comme un miroir grossissant et ne laissant passer aucun détail.

Prenez la copine de Tom, justement, Rickie Lee Jones...
Elle balance son « Coolsville » ou bien son « Lucky Guy » et on pleure...


J’en connais un autre qui me fait cet effet, c’est Bill LaBounty, il est la symbiose réelle du succès « Bodyguard » (oui, le film qui a fait pleurer nos petites amies ados et qu’on a tous vu, nous avec une bière en mains, elles avec une boite de Kleenex). Il pleurniche classe – en général il en rêve, elle est partie ou il la fantasme, peu importe – et pour ça il va mélanger un jazz groovy/funky/pop-calif de bon ton FM avec ce talent country qui fait miauler dans les chaumières...
Vous vous souvenez de « I will always love you », cette ballade country mise à la sauce FM eighties Quincy Jones par la regrettée Whitney (dont, au passage la voix ne m’a jamais fait le moindre effet... un phénomène curieux que je ne m’explique pas ou peu). Ces accents ampoulés chargés de pleurnichements tout droit sortis du fin fond d’un Harlem en quête de sortie de ghetto – chez Bill on est carrément dans le réel de tout ça.
C’est pas un film, c’est juste comme ça que ça le fait et alors quand j’entends « Didn’t want to say goodbye », « Slow Fade » ou encore « It used to be me » - titres dont j’ai réalisé que je ne sais m’en passer – bêtement, je fonds.


La voix, cette façon de creuser le texte, de chercher le lancinant expressif, de nasiller si nécessaire afin de donner ce grain, cette texture qui te fait dire inconsciemment « yeah »...
Bill LaBounty j’ai réalisé à quel point j’écoute encore et toujours ce gars – il me parle, sa voix (et sa musique ) me parle(nt).
J’en aurai presque oublié Rickie, qui même quand elle chante en français dans un accent tel qu’on adorait ça quand on draguait les anglaises en voyage scolaire, en un semi gémissement chanté sur le sillon te bouleverse.
Oui, te bouleverse...

Rickie Lee Jones - Rorschach - YouTube

Ce mot est fort ? La voix de Rickie Lee Jones me bouleverse sitôt que je l’entends et ce, même dans ses titres les plus fun. Elle a ce truc nasillard mais sans plus qui infléchit le texte et le son de sa voix et ainsi elle enfonce le clou de l’hyper expression en l’espace d’une phrase, d’une sifflante, d’un « ttt »...
Elle ne fait pas exprès, et c’est bien ça le truc, c’est juste comme ça, naturel, profondément féminin, chargé de galères, d’une envie de vie et de bonheur à venir... et de musique et forcément, ça touche.


...

Bon là où j’en suis, j’ai encore des oubliés... tellement d’oubliés, mais je les prendrais en compte, vous en faites pas.
Il faudra bien un deuxième état de réflexions...
Là je remarque que je me suis laissé embarquer par ces chanteuses et chanteurs « à musique »...
Bref, plutôt simple quand on me connait, on se dit, ouais, d’accord, mais quand même ceux-là, derrière y’a du lourd côté zicos, il nous la joue calif, jazz, rock classieux, donc forcément ça ne peut QUE chanter...
Même chez Billie y’a un sacré background (et pas que Lester...) – mais ceci dit, quand elle chante, vous y faites VRAIMENT attention ?...

Bon j’y vais franco, une voix qui m’a toujours gonflé à l'écoute first, c’est celle de Phil Collins.
Pourtant j’ai toujours adoré très paradoxalement Phil Collins et la récente lecture de sa bio via les conseils avisés de Charlu n’a fait qu’accentuer ce fait.
Avec lui, il me faut me mettre en condition et d’un coup une sorte de porte s’ouvre...
c'est l'écoute second...
Elle s’est ouverte avec le titre « In the Air » dont on me dira ok ras le bol, passe à autre chose...
Oui mais réécoutez le...


Et puis « if living me is easy » là on touche ou effleure le gros feeling à fleur de peau...


Il y eu encore « That’s just the way it is » avec David Crosby en chœur et soudainement je n’ai plus décroché de sa voix, comme si j’avais saisi la profondeur du truc, le sens caché... au-delà de « Sussudio »...

Phil Collins - That's Just The Way It Is - YouTube

Et certaines chansons de Genesis me sont apparues... chef d’œuvre (« blood on the rooftops », "say it's alright Joe").


Alors on parle Genesis et automatiquement me vient la voix la plus unique ou spécifique que j’ai entendu, genre indéfinissable car rauque mais pas rock, car cassée mais plutôt abimée, car expressive comme celle d’un acteur, ou d’un conteur, ou d’un visionnaire – Peter Gabriel.
WHY DONT U TOUCH ME ! « The Musical Box », rien que ça et je me le résume, une voix tellement chargée d’un sens réellement théâtral, sans autre volonté que de servir la vie d’un texte, d’une affabulation, d’un monde ancré dans un esprit parallèle.

Genesis - The Musical Box - YouTube

Puis Peter Gabriel c’est la voix de « Red Rain » avec un traitement qu’il ne quittera plus et lui donnera une définitive identité.

Peter Gabriel - Red Rain - YouTube

Il faudrait un chapitre rien que pour parler de la sensation que procure la voix de Peter Gabriel et croiser tellement de sensations.

Allez je me pousse la porte de l’hexagone et me viennent directement trois voix...
(Je laisse Johnny dans la mélasse judiciaire).
Piaf (normal et pas étonnant), Bashung et Gainsbourg.
Directement je me rajoute Christophe, Polnareff et Brel.
Montand – jamais pu arriver à capter ce qu’adolescent, usé par les microsillons que mon père passait en boucle parce qu’adorateur du communisme affiché de l’acteur je considérais comme de l’esbroufe, du superficiel, de la « poudre aux yeux ». J’en suis encore là et ce ne sont pas quelques feuilles mortes qui me feront changer, pour l’instant.
Edith Piaf c’était quasi religieux à la maison.
Dès gamin, quand sa voix perçait du haut-parleur j’étais apeuré et fasciné. Ces rrrr gutturaux, cette gouaille, ce don total de soi dans le corps d’une si petite femme avec une si grande voix et tant de sens donné par cet organe minuscule, moi qui faisait du chant, je ne captais pas le comment, mais ce que je sais c’est que je captais une énergie émotionnelle unique. Et c’est encore vrai aujourd’hui.
J’écoute Piaf, plus rien n’existe.


Bashung je l’ai découvert ou du moins su l’apprécier fort tard.
C’était « Fantaisie militaire » - sa musique et sa voix tellement indissociable de ses textes d’une poésie à décrypter.
Cette façon de faire parler les mots, de les recaler dans le beat, de jouer sur le sens tant musical que contextuel. Comme une cicatrice, ça te reste à vie.


Puis il y a toujours eu Serge...
On a le compositeur, l’arrangeur, le défricheur, le récupérateur... d’accord.
Le provocateur, ça on sait...
Mais le chanteur – tiens passez comme moi en boucle « Je suis venu te dire » c’est chargé de sensibilité ça, ça frémit de respirations haletantes pour accentuer le sens, c’est vraiment interprété...


Et un jour j’ai bloqué sur le live au casino de Paris avec ce retour scénique en « Javanaise » et je ne cache pas les larmes à chaque réécoute de ce moment unique d’hyper sensibilité tout comme cette « Dépression au-dessus du Jardin » qui reste l’un de mes titres fétiches du chanteur pour le coup...

Serge Gainsbourg - Casino De Paris 1985 - la javanaise - YouTube

Gainsbourg était tant et tant de choses – il était parmi celles-ci, un merveilleux chanteur et son inimitable parlé chanté (l’école de Vienne rejoignant le rap) reste un truc facile à analyser, mais un truc complètement mystérieux à réaliser, car tellement associé à l’artiste.
Parler une mélodie toujours sous-jacente et ne jamais en perdre son fil musical... pour parfois le faire imperceptiblement ou franchement surgir. Quel art de l'expression !

Christophe ? Oui, sa voix écorchée en « Mot Bleus » fait mouche à chaque fois. Cette fragilité, cette fausse approximation, ces aigus contenus et cette empreinte de pudeur. Une sorte de mythe.

Les mots bleus (Christophe) - YouTube

Polnareff m’a toujours interpellé – il joue avec sa voix comme avec son piano. Ses seules limites sont lui-même. Cette redondante facilité qu’il met en avant pourrait faire oublier que derrière des Tamtams inchantables tant ils sont techniquement stratosphériques, il pleure des larmes de verre, regrette le temps de grand maman ou peut assassiner par jalousie. Alors de sucré bonbon acidulé il redevient émotion, car le sucre, ça fond.

L'homme qui pleurait des larmes de verre - YouTube
Michel Polnareff - Le bal des laze (1968) - YouTube

Brel, difficile, un peu comme Waits, c’est un monument d’implication, il est ce qu’il chante et devient alors un très grand chanteur. On se fiche alors de sa voix, ce qu’on retient c’est qu’elle est au service d’une immense expression.
« Ces gens-là » et « Ne me quitte pas » me suffisent... 


Comme « Avec le temps » de Ferré me suffira pour lui seul.
Il suffit d’un moment gravé avec une voix imbriquée dans le sens de l’expression musicale pour que celui-ci franchisse le pas de l’éternel.

léo ferré - avec le temps - YouTube

Maria Callas a franchi ce pas.
J’ai pu dire que je n’étais pas un farouche admirateur car son choix de transcender l’œuvre vers elle n’est pas spécialement celui qui me plait (comme Gabin dans ses films) – mais rares sont les divas capables d’une telle complète identité et ce dans un répertoire d’interprète, classique de surcroit donc chargé de contraintes, d’écrits, de consignes...
La reconnaitre immédiatement, c’est certain.
Lui conférer un statut de voix unique aussi, car elle a su mener sa voix et sa carrière avec cette identité directe.
Callas ne laisse insensible.
Je l’écoute pour elle, pas pour l’œuvre.


Bartolli quant à elle réussit à tout associer.
Respect du texte, du contexte, de l’œuvre, du compositeur qu’elle va chercher en faisant un travail d’historienne de la musique...
Elle a tous les registres, une technique qui suscite l’admiration, une puissance et un charisme incroyables et puis, elle soupire et peut sotto voce faire monter l’émotion la plus simple et la plus profonde.
J’en suis fan.
Elle représente l’idée d’une évolution moderne de l’approche artistique du « classique »...
Son engagement féminin (comme celui de Khatia Buniatishvili) et artistique sera un exemple pour les générations à venir.


...

Retour en voix arrières.
Directement ému lorsque Marianne Faithfull a posé ses affres avec une conviction vocale sans détours sur son album « Broken English », le titre et sa façon d’exprimer ces deux mots, comme si elle peinait à l’exprimer sans spasmes, sans tout ce que la pensée peut évoquer à la simple énonciation d’un mot...
Cette voix-là, celle de Marianne Faithfull, une fois qu’on l’a imprimée dans son conscient on sait qu’elle ne vous quittera plus.
C’est peut-être cela l’un des mystères de cette alchimie entre la perception organique et la mémoire sensorielle qui lui est liée.
Un peu comme une saveur, un bon vin par exemple, de ceux d’exception, il suffit d’une gorgée et d’un retour sur palais pour l’imprimer immédiatement et irrémédiablement et rien que l’évocation de son nom fait alors agir les sens restés en mémoire.


Ça m’a fait ça automatiquement quand le grand Joe s’est transcendé à Woodstock en gospélisant « With a little help » des Beatles (le passant d’une bluette enrubannée à 4 temps à un profond hymne spiritual mesuré à 3/4). Il y avait là ce cri... long, puissant, bestial, entre jouissance et souffrance, cherchant un aigu démesuré.

JOE COCKER "With A Little Help From My Friends" 1969 Woodstock - YouTube
Joe Cocker - With A Little Help From My Friends - YouTube

Alors Joe Cocker est entré en voix comme en musiques de « reprises » réarrangée ou réaménagées, reliftées ou sublimées dans ma part de légende incontournable...
Joe Cocker, intimement lié à cette voix, cette présence physique palpable, comme un objet aux contours brutes, un objet rare, exceptionnel et hors normes.
Mon album du grand Joe ? « Sheffield Steel », et ces deux reprises « many rivers to cross », chargé d’une foi que seule sa voix pouvait re-transcender après l’empreinte de Jimmy Cliff et la reprise du « Talking back to the night », cette merveilleuse chanson de Steve Winwwod.


Steve Winwood, justement...
Que je considère comme l’un des plus grands songwriters de tous les temps.
Cet art mélodique, cet art du contour, cet art de la forme, cet art du sujet...
Le musicien multi-instrumentiste n’a jamais oublié qu’il est chanteur.
Sa musique chante comme lui et son chant est partout. Il y a chez lui une subtilité toute britannique en retenue, en suspens, une semi nonchalance, une décontraction d’apparence.
Chez Traffic (la version de « John Barleycorn »), avec Blind Faith (« sublime « Can’t find my way home) ou encore dès son premier éponyme album solo sa voix m’est familière, comme celle d’un ami, elle me parle, elle semble intemporelle, hors des habituels repères et pourtant si palpable.
Joe rend toujours hommage à Steve.

Steve Winwood "Let Me Make Something In Your Life "(1977) - YouTube

Un cri, une libération.
Je ne dois ni peux causer à bâtons très rompus de voix sans m’arrêter sur l’improbable Robert Plant.
LA voix de Led Zeppelin.
LA voix du hard, du heavy, bref de tout ce qui a commencé à s’alourdir au début des seventies.
LA voix légendaire du rock, la plus grande disent certains, la plus représentatives pensent d’autres, la plus incroyable, authentique, unique... On peut passer le dico des synonymes.
Qui de ma génération a pu passer à côté de Led Zeppelin, porté par Robert et-ou-avec Jimmy, puis de John et enfin de John Paul ?...
Qui n’a pas été parcouru de frissons ou de plaisirs compulsifs quand il découvrit la longue plainte de « Since I’ve Been lovin’ You », ce retour vocal sidéral, cette voix qui hurle un blues, qui reprend son pouvoir charismatique balayant tout sur son passage, perchée en haut d’une montagne sacrée, positionnée en mythe.


Qui ne sait faire les han, han, hein hein qui font vibrer les foules même quand on est seule foule dans son salon, ceux qui précèdent le break d’anthologie de John dans « Black Dog » ?


Qui n’a pas essayé en vain de donner le max tant d’énergie, que de puissance et bien entendu d’aigus inaccessibles  en fin de parcours de ce « Stairway » là aussi d’anthologie, tentant d’approcher l’impossible en braillant avec Robert et se casant la voix pour le reste des heures de la journée redescendant automatiquement au registre de Tom (Waits) ?


Robert Plant reste un « phénomène » vocal à part entière, une hyper identité tant personnelle que représentation vocale de deux paires faisant quatre.
Si l’on aime le rock, on aime Robert Plant, comme s’il était impossible de dissocier tant de figures parallèles, de sensations combinées, d’images représentatives, de symboliques devenues légendaires en quelques décennies.
L’un des chanteurs avec lesquels j’ai bossé voici des années, le genre de gars impossible à oublier, ce dans un contexte pourtant rythm’n’blues m’a dit un jour alors que je le questionnais sur l’incroyable énergie qu’il insufflait en live « J’ai toujours en tête Robert Plant – il est le plus grand et l’inaccessible, mais si tu te le fixe comme repère et comme objectif tu ne te décevras jamais ».

Led Zeppelin - Rock and Roll HQ - YouTube

Chez le Pourpre on a eu principalement deux voix (la seconde ayant été accolée à une troisième... on voit ça en passant).
Ian Gillan, qui a eu pour démontrer sa véracité et sa férocité vocale son « Child in Time ».


Une voix suraiguë, pointue, agressive (pas autant que les divers gueulards de chez AC/DC tout de même), nerveuse et acide, parfois capable d’un brin d’émotion, plutôt encline à électriser les foules et se tirer la bourre avec Richie, trop heureux en ce temps d’avoir un alter-ego lumière, lui qui œuvrait en côté obscur.
Ce Purple là, c’est celui de mon adolescence et « Into The Fire » est son hymne.


« Smoke on the Water » son fer de lance et « Live in Japan » son testament.


Puis il partit et dès l’entrée de son successeur je suis tombé dingue de cette voix rocailleuse, trempée dans le blues-rock, chargée de feeling machiste, gueulant avec retenue, pleurant avec virilité, aguicheuse, dragueuse, sorte de représentation du mâle rock pour ados en quête d’authenticité d’avant punk.
David Coverdale est apparu et je ne l’ai plus quitté.
La nouvelle voix du Pourpre dès l’entrée de « Burn » fit couler beaucoup d’encre.
Le groupe avait pourtant gagné là en soul, en blues, en racines aussi. « Mistreated », mon titre fétiche de Purple reste – en studio comme en live – la pièce maîtresse taillée pour David Coverdale.


Coverdale, parti ensuite pour Whitesnake, est à mon sens l’autre pendant de cette voix gravée au sceau du rock. 


Même Jimmy Page est venu le chercher pour un Coverdale/Page qui aurait dû faire immense carrière et qui n’est resté que rencontre à peine remarquée.


Et puis, David version Purple, il se tirait la bourre pas toujours amicale avec Glenn Hughes qui, malgré une occupation des deux mains fixée à la basse pour accrocher le tempo implacable de Ian Paice, lui en faisait voir tant scéniquement que vocalement. L’espace de lead à partager ressemblait bien plus à un ring pour médaillés qu’à un bar entre potes.
Glenn en sortait souvent vainqueur immédiat de cet espace de battles, naturellement aidé par une voix aux aigus trempés dans la black soul influencée par le maitre Stevie (Wonder), il ne se gênait pas pour tirer quelques cartouches puissantes accrochant directement l’auditeur.
David puisait (et s’épuisait) alors dans le fin fond de son blues, laissant virevolter son brillant adversaire, puis il revenait, plus rocailleux, plus profond, plus geignard et reportait la mise émotionnelle.
Glenn Hughes reste à pour moi l’autre héro issu des profondeurs pourpres.
Dépositaire de ce hard blues devenu hard funk, sa voix torride l’a largement porté, malgré des écarts destructeurs, vers des sphères inédites, vers des espaces expressifs mixtes, multiples, synthétisant les genres et les modes d’expression.
Quand on a un tel « organe » et, qui plus est qu’on est un musicien plus que talentueux, alors le champ de possibilités s’ouvre largement. La musique de Glenn Hughes, sa voix à l’incroyable puissance – même quand il pique maintenant en toute amitié le « Mistreated » de David, en live – est d’une clarté et d’une précision, d’une justesse à frémir.
Et chargée d’un feeling gros comme son cœur.


Les battles...
Ça m’a toujours laissé perplexe que cette expression quand elle use de la musique comme espace.
Mais à y réfléchir, je me refais la scène du Bird de Eastwood avec le jeune Charlie Parker.
Je repense à ces soirées bœufs en scènes soi-disant ouvertes dans des jazz clubs tenus par de piliers face auxquels il n’y a pas d’autre alternative – crois-t-on – que d’en « foutre plein la vue »...
Je me suis retrouvé parfois dans ces espaces où il faut jouer des coudes pour prendre sa place.
Peu technicien, je m’en suis toujours sorti avec le jeu de l’expression, c’est peut-être pour cela que celle-ci – bien qu’on me prête facilement l’idée de passionné de zic pour zicos, donc technique – que je sais que j’oublie parfois, embarqué dans des us inutiles, est la clé qui ouvre toutes les portes.
Les pires battles sont ces déflagrations de braillements auxquelles on assiste dans « The Voice » (en mode Kids, c’est encore pire mentalement, car la cour de récré reste perceptible, mais c'est pourtant là souvent le meilleur de l'expressif) – mais le public a toujours eu besoin d’arènes, de jeux, de perdants et de vainqueurs... de gladiateurs...


Il mise...
Il se passionne...
Il encourage...
Parfois, oui parfois... il s’émeut.
Ça marche encore, alors.

The Voice Kids 2014 | Carla, Gloria et Mina - L'homme à la moto (Edith Piaf) | Battle - YouTube
mais l'enfance sait toujours émouvoir... car là encore le naturel prime.

On reviendra sur tout cela.
Au prochain épisode.








vendredi 4 mai 2018

ÇA GROOVE MAN !

ÇA GROOVE MAN !

Ce terme, « groove », on ne peut plus s’empêcher de l’utiliser à tout va.
Il est devenu quasi incontournable, un peu comme le fut « swing » en son temps.
Je l’ai vu arriver progressivement et entrer ainsi dans le langage des zicos puis du public jusqu’à quasiment servir d’étiquette englobant funk, disco, acid jazz, jazz-funk, soul... bref comme si toute la musique black américaine (puis pas que) se devait d’être estampillée de ce sceau.

On trouve quelques définitions :

- le groove est une sensation et une dynamique spécifique appliquées à un motif rythmique régulier, comme le swing en jazz. « In the groove » (dans le sillon pour dire dans la note, dans le rythme – désigne un jeu inspiré, un jeu superbe mais aussi un rythme régulier) cf Wikipedia.
- qualité rythmique propre aux musiques qui incitent à danser, à bouger. Google.
- le groove est une question de rythme, une façon de produire des effets en jouant sur la dynamique et la mise en place de certaines notes tout en incluant d’infimes variations dans la continuité du jeu.  Pour que la sensation du groove existe il lui faut un cadre et c’est sur des motifs rythmiques réguliers qu’il parvient à s’installer durablement. Pianoweb avec une explication particulièrement détaillée et réaliste d’Elian Jougla.

Bon on l’a compris, il s’agit de rythme et d’un lien avec le funk des années 60/70 sur une histoire de mise en place sur les temps – un truc lié au feeling tant du protagoniste zicos que de l’auditeur qui se retrouve attiré physiquement de façon infaillible par ce « jeu musical et rythmique ».
J. Brown bien entendu me vient directement.
Herbie Hancock avec ses Headhunters ou en aventures funky se place juste à côté.
Il est évident que Stevie a sa place, tout comme Marvin et bref, un catalogue complet du parfait addict de cette black music qui nous fait immédiatement bouger nos petits corps de blancs rigides.
Le maitre incontesté ? qui a (re)mis ce terme dans le langage courant : Maceo Parker, bien évidemment.
Allez, j’ouvre l’habitacle surchargé de chaleur et je vais vérifier ça et voir si l’idée de groove est applicable à ceux-là, autrement dit, si, dans les quinze premières secondes de beat (on ou after) l’envie de souplesse du corps sur ces pulses obsessionnelles me fait bouger, c’est que c’est bon.

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RUFUS AND CHAKA KHAN - « Live Stompin’ at the Savoy » - 1983.
Chaka Khan – Vocals / Tony Maiden – vocals, guitar / Kevin Murphy and David Wolinski  - keyboards / John Robinson – Drums / Bobby Watson – Bass / Lenny Castro and Stephanie Spruill – percussions / Stephanie Spruill, Lee Maiden, Julia Tillman – background vocals / Horn Section : Jerry Hey – Trumpet  & arrangements, Ernie Watts – tenor saxophone, Larry Williams – alto saxophone and flûte, Gary Herbig – tenor saxophone and flûte.
Recorded live at The Savoy Theater – NYC, 12/14-02-1982

C’est de là qu’est partie cette idée d’article mais aussi cette envie estivale de FUNK...
J’ai commencé par ré-écouter quelques bons vieux Herbie, de ceux que le jazzeux range sur l’étagère de la honte, quand Herbie s’est entiché du vocoder, quand il a flirté avec le disco et fait dans le presque classy kitch. Là pour le coup pas photo, d’un coup de pitch synthé horns, de clavinet wahwah ou de fender tremolo sur rythmiques de plomb détendues, ça groove, innovation synthétique à l’appui, en plus...

Mais revenons à mes chers Rufus et notre diva bourrée d’énergie sur-vitaminée, toujours perchée dans les aigus les plus vertigineux hurlant le blues comme nulle autre : Chaka Khan.
Ce live est pour moi l’un des albums funk les plus grands, juste ça... allez, genre île déserte, celui qu’il faut prendre dans la cantine bourrée de disques.
Et... il groove sérieux.

L’architecte du truc, Mr John Robinson n’y est pas pour rien.
Imperturbable il permet, justement, aux autres de s’emboiter à sa pulse bien ancrée, bien sobre, chargée de relances vraiment rares d’efficacité. A lui seul et avec son complice Bobby Watson, voilà bien une de ces rythmiques de rêve pour cette sensation de groove.
Alors les grattes de Maiden, les attaques des cuivres percutantes à souhait, les exquis solos de Ernie Watts (un de mes tenor sax préférés immédiatement reconnaissable par un jeu proche de l’alto), les claviers tour à tour lisses ou groovy peuvent s’agencer dans et autour de ce socle – c’est cette adéquation qui, justement groove.
Les chœurs sont d’un immense perfectionnisme et d’une écriture qui permet à Chaka de s’envoler, de décoller, de vocaliser autour de ce sujet vocal en trame qu'elle rejoint parfois pour mieux repartir. Elle est libre, elle est dans une forme olympique, elle envoie du lourd avec une justesse, une tonicité et une énergie jubilatoires.
Elle se charge de ce groove et elle le surexpose, l’amplifie tel un immense réflecteur de ce flot électrisant addictif.
Elle est la grande prêtresse de la soirée, agissant comme le prêcheur de l’église gospel de Harlem, juste à côté – elle en ces deux soirées de février 82, prêche la danse, la sueur, le FUNK et la joie, la jouvence...

Cet album est une cure de bonheur, de plaisir, de positif.
Maiden fait joujou la petite mouth box et la titille de la gratte rythmique ou penche vers la saturation rock, alter ego évident de cette vocaliste hors du commun, nourrie forcément dès l’enfance au biberon soul et à la foi d’Aretha.

La face 4 est un petit reliquat non négligeable de prises studio, tant qu’ils y étaient...
Et on y trouve le tube « Ain’t nobody » dans sa véritable version, bourrée de synthés eighties, une version authentique bien loin de celle rabâchée en 2013 par une certaine Jasmine Thompson encadrée de xylos-marimbas... sorte de version lyophilisée d’un brûlot funk.
Une version qui groove, elle aussi.
Ce concert...
Pff ! Impossible de vous en extraire un seul titre...
What you gonna do...
I’m a woman...
You got the love...
C’est la fête quoi...


AVERAGE WHITE BAND – « Person to Person – Live ». 01-1977
Roger Ball – alto saxophone, keyboards, synthesizer / Malcolm « Molly » Duncan – tenor saxophone / Alan Gorrie – lead and background vocals, bass, guitar / Hamish Stuart - lead and background vocals, bass, guitar / Onnie McIntyre - background vocals, guitar / Steve Ferrone – drums and percussions.
Recorded Live a Tower Theater & The Spectrum / Philadelphia, The Syria Mosque / Pittsburgh, The Coliseum / Cleveland.

Encore un live, décidemment et on est en mesure de croire, à juste titre que c’est là que ça se passe, ou du moins que c’est plus perceptible.
Cet album d’Average White Band c’est par lui que j’ai découvert le groupe, il y a bien longtemps.
C’était les suites d’une émission de télé tardive qu’on ne loupait sous aucun prétexte – instantanément, devant le petit écran, j’avais adhéré puis filé le lendemain à la médiathèque pour trouver un vinyle à me mettre sous les oreilles.
Ce fut ce « Person to Person » et ça reste celui-là.

Dès le break d’intro là encore, ça fonctionne.
Taa ta tada ! Et c’est parti pour un résumé de tournée torride, porté par un Steve Ferrone (ah  l’importance de ces batteurs dans cette idée de groove !...) et un band qui fait bouger les foules.
Les voix de falsetto qui se rauquent parfois en salissant la fausse coolitude, quel bonheur !
Les guitares qui s’entrecroisent avec le schéma bien connu des funkistes (l’une rythmique en accords, l’autre en cocotte), ça aussi c’est l’agencement parfait pour le groove...
Et ces deux saxs, tant en riffs, qu’en solistes gueulards selon les fonctions multi-instrumentistes contextuelles, mais quel puissant chauffage de salle !...
Rien à jeter ! Que du bon, on passe l’ensemble en bougeant irrésistiblement ce même dans les moments de pure jam où les solistes se donnent à leur public.
Marvin est forcément en hommage, quelques ballades afin d’adoucir émaillent le chemin, un délicieux Fender Rhodes égrène quelques arpèges, histoire d’infimes pauses dans ce résumé d’un tour américain qui a dû en faire osciller des salles...
Déjà dans le salon ça le fait, dans la voiture c’est une machine à raccourcir le temps, alors en réel, mais quels chanceux ils furent ceux qui braillent de plaisir, là, dans l’arène du funk.

HERBIE HANCOCK – « Magic Windows » - 1981.
Herbie Hancock – keyboards / Melvin « WahWah » Watson, Ray Parker Jr, George Johnson, Al McKay  – guitars / Freddie Washington, Louis Johnson, Eddie Watkins, Herbie Hancock  – Bass / John Robinson, Al Mouzon, James Gadson – Drums / Sylvester, Vicki Randle, Gavin Christopher – vocals / Adrian Belew – guest guitar / Juan Escovedo, Paulhino Da Costa – percussions / Michael Brecker – tenor saxophone.

« Magic Windows » est l’un de ces joyeux fourre-tout propres à la production de Herbie à cette époque eighties.
On va en studio, on invite, on a une équipe de groovers qui opère depuis « Secrets » avec le Herbie Hancock Group (face du « VSOP Live »), on branche la totale des claviers accumulés depuis une bonne décennie et go !
Parmi la pléthore de productions du sorcier des claviers funky, cet album a pris de suite chez moi une place particulière. Je crois bien qu’en fan de King Crimson nouvelle mouture, la participation lumineuse et flashy d’Adrian Belew y a été pour quelque chose – comme toujours, en fin de parcours d’un album plombé au groove, Herbie a ce don d’embarquer vers le futur, en proposant des pistes imaginaires, des idées qui peut être feront germe, en ouvrant le spectre...
Il a été à bonne école davisienne et même s’il a été plus long à adopter le barda électrique puis électronique rapport à ses amis qui lui succédèrent chez Miles (Joe, Chick et un Keith des tout premiers débuts) – du jour où il l’a fait, ce fut pour devenir d’emblée une référence.
Et une intelligence.

Ici, là encore et décidément... dès le premier cri synthétique pitché c’est parti !...
Alors il n’y a plus qu’à se laisser transporter par cette succession de titres chargés de synthèse eighties, de sons massifs et soutenus par une rythmique de plomb qui ne laisse aucune place à la fioriture, elle est juste une préfiguration de ce que seront les rythm box d’un futur déjà en marche.
C’est droit, direct et ça groove là encore autour de cet axiome définitif, immuable, architectural.
Du coup et « dans ce sillon » Herbie et ses potes invités lâchent des solos à couper le souffle.
La star du croisement de fer amical est Michael Brecker qui sort toute sa panoplie et lance des moments tellement jouissifs qu’ils semblent improbables.
Côté vocal, j’adore ce feeling ado-kitch comme issu des comédies musicales genre High School, Sister Act – ça fragilise autour de cet immeuble de béton armé de groove, ça « intimise » au milieu de ces personnalités à la place omniprésente, ça rafraichi et humanise dans une jungle urbaine chargée de synthèse, de pré-robotisation, de fiction scientifique et laborantine.
L’album est repassé en boucle...
Magic...


ESPERANZA SPALDING – « Emily’s D + Evolution » - 2016.
Tony Visconti – production.
Esperanza Spalding – Vocals, basse, piano, basse synth / Matthew Steven – guitar / Karriem Riggins, Justin Tyson – Drums / Corey King – background vocals, trombone, keyboards / Emily Elbert, Nadia Washington, Celeste Butler, Fred Martin, Katriz Trinidad, Kimberly L.Cook Ratliff - background vocals.

Vous avez bien cru que je resterais ancré dans les années passéistes...
Raté.
Esperanza Spalding, j’en avais largement parlé en précédent blog, cette jeune artiste à la voix, au jeu de basse et surtout à l’art de la composition tant mélodique (véritablement inédit) qu’harmonique précieux pose ici un album dont le qualificatif « fusion » semble on ne se peut plus approprié.
Une fusion habilement mise en valeur par Tony Visconti, l’habile et génial producteur au CV en forme de bottin VIP.
Encore une fois j’ai immédiatement été surpris et séduit par les trouvailles mélodiques de la dame, des sentiers hors normes, des phrases aux découpages souples et aérés, des chemins d’ambitus sinueux et virtuoses, de fait. Le terme commun d’originalité s’applique tout naturellement ici et le dire fait du bien au milieu de ces sorties formatées, rigidifiées, simplifiées vers une extrême dont je ne pige pas spécialement vers quoi elle veut tendre si ce n’est un appauvrissement affiché.
Le dire également - au milieu de ces sorties empreintes d’un intellectualisme de forme et de formule dont le naturel a été chassé parce que naturel, dont l’idée de complexité ne vaut que par sa complexité – c’est souligner que la création peut revêtir encore des habits simples, évidents, abordables sans pour autant chercher à racoler, à ré imiter, à n’avoir plus d’éthique que de faire ce que l’on sait que le public de tout bord attend, juste pour cette seule et unique raison, avec l’idée en sous-titre d’un remplissage de porte-monnaie conséquent.
C’est d’autant plus remarquable que ces domaines esthétiques estampillés de cette idée de groove sont pile dans le voisinage hypra commercial, dans le besoin du rapport physique danse, dans le visuel aussi.
Ah, le visuel cet ennemi progressif de l’auditif...

Sur un beat solide de grosse caisse minimale cassé par quelques accents toniques de caisse « Good Lava » ouvre le bal rythmo-vocal et c’est parti pour un florilège de frasques enchantées, de lignes de basse sinueuses et de guitares magiques en carrefour piochant tout azimut.
Chaque son explore, chaque note mélodique virevolte d’ingéniosité, de limpidité et de semblant de facilité. Les voix irisent l’espace sonore et emplissent l’espace découpé en riffs, breaks, appuis, jeux de rôles rythmiques souples et flexibles.
Partout le corps est sollicité de façon habile et l’oreille est sans cesse réellement, délicieusement, interpellée par cette douce féminité.
Juste génial et indispensable.
Eclectique et bien sur groovy.

« Funk The Fear »... hmm... une boite à idées quasi zappaienne.

MESHELL DNEGEOCELLO  – « Ventriloquism » - Mars 2018.
Chris Bruce, Doyle Bramhall II, Jeff Parker – guitars / Jebin Bruni – keyboards and production / Abe Rounds – vocals, drums /  Levon Henry – sax.

Il faut conclure cette chronique par Meshell, reine incontestée du groove, elle aussi bassiste, multi-instrumentiste qui suscite un respect sans bornes dans le milieu musicien et a ses suiveurs depuis qu’ils ont réussi à retenir tant son nom que l’orthographier correctement.
Encore et comme bien souvent c’est mon ami Jean Marc qui m’a mis sur la piste de ce nouvel album de la diva du groove.
Avec en filigrane l’idée qu’on se reprenne la chanson de Prince qu’on affectionne « Sometimes it snows in April »...
Quand j’ai découvert la version proposée ici par Meshell, que dire... elle m’a donné cet immense sentiment de respiration, d’universalité, d’espace et de beauté -  comme pour un tableau devant lequel on reste figé, absorbé, je suis resté là, inerte et le temps s’est arrêté.
https://www.youtube.com/watch?v=pM0JN5IAD50
Un standard... car oui, c’en est un.

D’ailleurs ici des standards en mode reprise (j’évacue le mot cover tant ici on est dans un esprit de relecture respect, de souci d’arrangement, de choix, de travail et même de « re-création »...) cet album en est truffé.
Et c’est un bonheur que de découvrir le « Private Dancer » de Tina (composé par Knopfler) transcendé à 3 temps, tellement loin de sa version d’origine que cette relecture intimiste (et parsemée de bribes d’électro) donne au sujet une profondeur qui avait certainement échappé initialement. Rien qu’ici sur ce titre autour duquel on ne peut là encore que s’arrêter on est frappé par la mise en relief sonore du sujet – juste ce qu’il faut de modernité pour actualiser, juste ce qu’il faut pour recréer un titre tellement passé dans les mémoires qu’il fallait bien cela et cette mise à zéro pour lui redonner un éclat différent. 
Bon, je me suis arrêté sur le moins groove, mais ça valait le coup d’éclairage.
Je rembobine...

« Waterfalls » - ou comment avec un rien, ou un presque rien on installe le groove.
On pénètre là dans l’essence du truc. La (les) voix à elle seule incite et sollicite et ce beat de drums solide et dépouillé marque les jalons de ce sentiment. Tout est simple et tellement compliqué à réaliser pour que ce groove bardé de cette electro décidément parcellaire et de ces grattes à vocation acousti-folk prenne sa fonctionnalité réelle que c’en est révélateur. Tu l’as... ou pas.
https://www.youtube.com/watch?v=R2MHkGmzt-Y
Puis « Don’t Disturb This Groove », l’évidence avec cette ligne de basse si moelleuse, si aérienne, si indispensable quand elle réapparait après ces mises en climats.
On décolle...
Le groove n’est pas de plomb, il sait être d’air.
Et, en passant, ce son de bass/drums en adéquation... mais quelle classe absolue !
https://www.deezer.com/fr/album/53343042

Parmi ce menu gastronomique et classieux de reprises il faut aller au bout pour se délecter du « Smooth Operator » de la divine Sade. Pour une fois le texte d’ouverture est cité, à la Quincy...
Le gimmick sax est fendérisé et le beat drums, puis cette réinvention du riff, cette re-création pour un retour sur un seul repère harmonique et le break mémoriel... mais que d'idées !
https://www.youtube.com/watch?v=mM4JgsB-vtI

Dans cet album les réinjections de ces titres installés en mémoires collectives (Prince, Janet Jackson, George Clinton, Tina Turner, Sade...) et traités avec le groove et les pointes d’electro peuvent sans la moindre hésitation se repositionner comme nouvelles créations tant leur approche, leur désintégration/réintégration est novatrice, déviante, subversive, captivante et surtout inédite, ce même sur le critère usuel du sens reprise ou cover.
Les racines ne restent pas lointaines et même n’ont jamais été si proches ou perceptibles car ancrées avec un immense respect dans un patrimoine.

Nous voici face à un chef d’œuvre en cette année 2018, le genre d’album que j’attendais depuis tellement longtemps.

ENFIN !...



 
 



mercredi 18 avril 2018

Divagations printanières.


Divagations printanières.

C’est de plus en plus compliqué ou questionnant que de partager réellement les choses qu’on aime.
La vie va vite, le temps passe à toute allure et les rares moments de pause semblent rire de cela en s’imposant irrémédiablement de se remplir.
De quotidien impératif ou presque.
D’inutile, souvent, mais auquel on se doit tout de même de répondre.
Heureusement de plaisant, pas assez je crois.
Alors le mouvement autrefois naturel qui consistait à aller vers une ou untel avec une galette sous le bras en mode smiley découvre moi donc ça... quasi naïf le truc...
Quand je lis les chroniques des blogs amis et voisins je me dis que ce courage, ce sens du partage et de l’échange, ça existe encore et là bravo, dans cet état social affairé et morne je reste admiratif face à ces passionnés qui y croient.
Je reste pourtant assez fidèle à l’idée d’aimer juste cette idée, ce concept qui passe par le plaisir là où la presse utile informative (j’en reste à la zic) reste dans ce seul cadre, avec le surplus commercialisant – passionnés qu’ils sont ? Hmm...

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Les formats semblent être restés englués et les modes consuméristes eux ont changé, ont radicalement bougé. Leurs évolutions affectent le quotidien et on reste ancrés dans un passéisme en forme de bouée de sauvetage, pensant encore qui sait que s’accrocher à une parcelle de passé dans cette dérive compulsive c’est pourquoi pas, la solution en repères.
Le support musical, c’est vraiment le truc qui en une poignée d’années en a pris plein son grade.
De la galette vinylique au streaming de plus en plus perfectionné (coté choix et son), ça a de quoi faire réfléchir.
L’offre dépasse la demande et d’ailleurs... quelle est-elle, cette demande ?
Et d’ailleurs... quelle est-elle, là aussi, cette offre ?...
Je suis là entouré de mes centaines de vinyles, de CDs, je pose le regard sur ces K7s, ces tours de CDs mp3, puis juste là ces HDs pleins de zic...
J’ouvre ma petite appli Napster et chaque semaine je fais le plein pour le quotidien, un peu comme avant avec ces CD réinscriptibles, puis encore avant le passage au rayon K7 juste après avoir dévalisé la médiathèque et enregistré, sans prendre le temps d’écouter (ou peu) – réservant ça pour les jours à venir.
Tout à portée de clic...
Un nom : des piles d’albums, des pistes, des similitudes, des découvertes et redécouvertes.
Un calepin avec des idées piochées chez mes amis blogueurs, des envies de découverte ou du tiens donc qu’est devenu untel, ou encore et si je me faisais ça ou ça cette semaine et c’est parti...
En un petit 45mn on fait le plein ça défile pendant la semaine, infini, décomplexé, économique, pas toujours l’immense qualité au rdv, mais bon le mp3, on ne va pas refaire le débat...
Alors vite fait au détour du couloir : « Tiens, en ce moment j’écoute machin truc, ‘tain, c’est bon ! » sachant qu’en face c’est du pareil au même avec chacun ses impératifs, ses plaisirs et ses envies, ses gouts et que quand ça croise ça devient finalement, de plus en plus rare...
Blog repère, en fait... me dis-je... pourquoi pas ? En tout cas, au milieu de cette multitude on se rend compte que soit on se renferme sur ses éternels repères, en faisant à peine bouger les frontières, soit on a besoin finalement, de guides...
Mes guides ne sont plus depuis des lustres les institués Inrocks, Rock’n’Folk ou Jazz machin...
Ils sont des passionnés, comme moi, je pense.

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Charlu parle de Clapton via Phil Collins (« August »), évoque la bio du batteur... je vais à Cultura en idée de l’acheter (la bio) et au passage d’en prendre un petit stock (de CDs)... j’en ressors avec la bio, mais pas un seul CD, à quoi bon ?... Bientôt je passerais à Quobuz, le son wave à portée de clic, ça va encore en mettre un coup – dire qu’on va avoir la qualité en plus...

 ! ! ! Et l’artiste dans tout ça ?... on a ouvert le débat x fois.
Je le laisse là.
Je ne suis plus sûr de rien – l’actu Johnny a définitivement mis à sac mes restes d’opinions sur le droit d’auteur. La SACEM a déjà du mal à se pencher un tantinet sur des petits comme moi, alors là, ils vont être surbookés... l’affaire Johnny à elle seule ça va les occuper pour un moment et accaparer du personnel.
 ! ! !


Bref, Collins, Clapton, la bio, alors en quelques barres de progression et une petite loupe voilà que je peux accompagner ma lecture hebdomadaire du chemin de carrière de l’homme au demeurant captivant et plus incontournable qu’on voudrait tenter le croire ou faire croire.
Je me les suis réécoutés ces Clapton, John Martyn, Robert Plant... vieux et récents Genesis (ceux qui après la trilogie rédemptrice m’avaient laissé indifférent) et ceux de carrière solo...
M... Quel faiseur de tubes...
J’ai ressorti quelques grilles histoire de ré-agrémenter mon piano bar quotidien et puis de donner du pattern à mes élèves claviéristes en herbe, tu parles, le chemin est direct, les mélodies accrocheuses et mémorisables en mode immédiat et ça tombe sous les doigts...
Puis j’ai posé ma pensée sur le comment aurais-je fait quelques années en arrière...
Trouver le bouquin... (!)
Acheter les albums ou les enregistrer...
Bon là encore ça va, mais tu peux passer à côté de, car mal distribué, pas en stock, en import...
Puis les partoches...
Là, on laisse tomber et on prend son petit crayon muni de la gomme et go, repiquage... quant aux paroles... le pote prof d’anglais heureusement qu’il est là.
Je caricature.
Mais on n’était pas si éloignés de ce constat.
Et là, je parle de Phil Collins, pas l’inconnu du bataillon des sous clubs des caves de Berlin Est.
On est bien d’accord... pas de Urban Verbs, de Ultravox, des Lounge Lizards ou même de Michael Franks...
Aujourd’hui... tellement simple que cela.

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Quotidien...

Cette année j’ai repris le chemin des cours de FM/culture musicale musiques actuelles.
Faut de la matière, faire découvrir et être réactif à l’élève – parfois la question a besoin d’une démonstration auditive.
Des années en arrière j’avais un sac de cours en forme de valise de voyage dans lequel K7 (dans l’antiquité de ma jeune carrière) puis CD avaient place autant que cahier et relevés crayonnés.
Aujourd’hui je me sens léger... j’ai mes supports en Pdf et surtout j’ai l’appli avec la Wifi du boulot...
Il me vient l’idée de tel riff à piquer pour parler de telle cellule rythmique, de telle gamme penta, de tel artiste ?... hop, vous connaissez le chemin... par la loupe de recherche c’est maxi 30 secondes.

Cours de groupe-atelier.
Allez, on bosse « Madame Rêve » de Bashung.
Déjà la partoche, pas besoin de chercher des heures...
Puis entre youtube, et autres plateformes, t’as l’embarras du choix et de là, on va dans telle ou telle direction... on envoie les liens aux élèves, des indications, ils peuvent faire leurs choix, bosser à partir de telle version... et au sortir non seulement on a gagné du temps mais en plus on aura eu travail, implication, curiosité, et interprétation donc résultat musical.
Le matin dans le car, en partant au bahut, ils ont tous le casque sur les oreilles et ce n’est pas pour écouter les infos ou les conneries NRJsantes...
« Pascal, dans les parties instrumentales ils font un F7e Majeure... mais sur la partition pendant le chant on nous met un F7, pourtant dans certaines versions il garde la 7e Majeure... qu’est-ce qu’on fait ? »
« On essaie les deux et on choisit »
Ils ont choisi la 7e Majeure... par souci esthétique.
Seconde répétition... autonomie, écoute, temps gagné.
Et on aura tapé dans les parties écrites, on les aura donné aux guitares, réparties, etc, etc...

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Vous ne voyez pas où je veux en venir ?...
Moi non plus finalement...
Surtout je ne sais plus trop où ça va mais j’en profite.
Après tout du moment qu’on se croit encore libre de faire nos choix et d’en parler, de les partager – cette part de rêve il faut la préserver.

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L’envahissement technologique et ses bienfaits/méfaits.
C’est comme le jour où est apparu sur le marché ce truc appelé « arrangeur ».
En gros, la main gauche tape un accord et un pattern incluant drums, bass, guitares (en cas), claviers (là aussi), cuivres et autres cordes moelleuses démarre – on change d’accord, hop, le tout s’adapte et suit... etc, etc...
J’y ai entendu : la fin des groupes live...
J’y ai entrevu la démocratisation vers l’électro.
Je me suis rué dedans, j’ai eu des débats houleux avec des confrères, un dénigrement aussi...
Puis ces machines sont entrées dans la vie du zicos, comme par la suite les loopers, les live box et autres de ces engins hyper intuitifs et créatifs.
On avait juste oublié que l’humain n’est pas que paresseux et qu’il reste créatif et que ces machines sont de formidables incitatrices à créer.
Il suffit juste de se positionner face à elles en musicien et non en usager.
J’ai lu dans la bio que Phil Collins a enregistré l’ensemble de ses premiers albums (un paquet) avec des bandes...
Pourtant Cubase existait déjà depuis longtemps, et en plus il bossait avec la fameuse boite à rythmes Roland et Roland dès la sortie sur le marché de ses premiers arrangeurs (E15-E86) avait mis dans ses patterns les gimmicks des boites à la Collins...
C’est bien tard qu’il s’est vu contraint de suivre une formation pour savoir utiliser un ordinateur afin de contraintes professionnelles impératives.

Autre chose : Phil Collins, batteur émérite et franchement incontournable de l’instrument a été l’un des artistes qui a œuvré à démocratiser la boite à rythme en lui conférant une fonction non de remplacement du batteur mais d’instrument à caractère créatif, autrement dit en lui affectant des usages soit complémentaires de la batterie, soit inadaptés à celle-ci.
Cette capacité de l’homme à trouver ailleurs pour créer autrement – personnellement ça me fascine.
Et ça a redoré le blason de cet artiste que j’avais rangé depuis longtemps sur l’étagère du faiseur de tubes, le JJ Goldman gentleman quoi.

Pour en revenir à l’arrangeur, je l’utilise depuis tellement d’années autrement dit depuis le E15 que c’est devenu une forme de prolongation de mon quotidien musical – mais n’allons pas croire que je me contente du minima qui est déjà maxima sorti de l’usine... Aujourd’hui avec de la patience, de l’habitude et la lecture des notices on fait des miracles pour dompter de tels bestioles et finalement leur faire produire ce que nous même l’on veut en place de se laisser embarquer par leur séduction immédiate.
Phil Collins en se mettant face à sa CR68 Roland toute nouvellement imaginée et sortie n’a pas cherché à programmer une batterie – non, il a usé des possibilités sonores et de la rigueur métrique mécanique de l’outil pour inventer autre chose et en a fait un truc à lui.
Que tout le monde a repris...

L’usage des boites à rythme n’a pas mis le batteur au chômage, il lui a permis de bosser encore plus sa technique et finalement les batteurs de métal avec leurs doubles grosses caisses – ça donnerait quoi d’imiter ça avec une drum machine...
Cet usage n’a pas changé la donne car il a repositionné le batteur, imposé la rigueur du clic et fait évoluer l’approche de l’instrument.
Il a aussi développé de nouvelles tendances et de nouvelles esthétiques, une nouvelle dynamique et une intelligence associées à celle-ci.
Je repense au « Tutu » de Miles... sacré Marcus... le génial coup d’opposition humain/machine avec comme humains Miles et lui-même... pas des manchots.
Je me flashe Gadd avec une boite dans l’album « Backstreet » de Sanborn – il complète une boite avec un jeu de balais tel que lui seul sait le faire... du grand art, du grand Gadd.
S’il en est un qui n’a pas été au chômage c’est bien lui.

///

Mais cela va encore une fois bien vite et le temps du recul se rétrécit.
Car cette évolution semble exponentielle.
Et l’est.
Certains foncent – d’autres prennent le temps.
Certains hésitent puis s’engagent – d’autres restent sur leur quant à soi.

///

De Phil Collins je suis donc allé faire un tour vers Clapton, ça faisait longtemps...
« August » rendu chichement via le youtube en hp du PC a repris une toute autre dimension en conditions normales d’écoute (at home et en voiture) et je me suis rappelé au cours de l’album que j’avais adoré celui-ci à sa sortie – j’ai donc retrouvé la précieuse K7 sur laquelle il était fixé.
Puis je me suis refait « Behind the sun » du guitariste et un tas d’autres d’avant la rencontre de comptoir de Collins/Clapton – ceux d’après, je les connais (ceux d’avant je les connaissais mais je m’en rappelais plus) et j’ai remercié ma petit appli...
He oui, se refaire tout Clapton solo en une petite semaine de bagnole, c’est cool...
Dans « August » il y a Tina Turner qui vient pousser la rauquerie animale.
La Tina d’après la galère Ike (que le film dit), celle qui a mis du synthé eighties partout et est passée au statut de diva – je crois bien que je vais en profiter pour faire un tour de sa discographie dans la foulée, mais nom d’un élève grattant sa penta de mi, quel bonheur que cette implication, que cette voix, que ce charisme !

Puis j’ai mis du temps à enclencher le petit bouton tactile play sur le Robert Plant « the Principle of the moment », je l’avais adoré à sa sortie, mais je lui préférais le premier opus car Phil, dans ce contexte... je n’accrochais pas. Ce son lourd mais devenu célèbre en tubes posé derrière Robert, dont la voix en Black Dog résonne en moi à l’éternel, en son temps, je n’avais pas pigé.
Mais là j’ai révisé la copie.
Alors, rassuré, j’ai pu enfin aller pleurer sur « Grace and Danger » et « Glorious Fool » de John Martyn – ces albums sont tellement beaux, Collins a su à tant de degrés leur trouver l’écrin que c’en est miraculeux.
Son jeu de drums y est fin et puissant, un cocktail pas évident à imaginer en lisant mais en écoutant vous comprendrez. Il tombe des chœurs étincelants, magiques, délicats.
Quant à la prod... c’est d’une clarté, d’un détail et pourtant d’une identité rapport à la personnalité créatrice de Martyn, ici respecté et mis en relief comme jamais.
J’y ai même apprécié la fretless parfaitement adaptée au contexte.
J’ai bien été tenté de charger compulsivement les autres albums de John Martyn, je les connais, un peu... mais désolé, là, j’ai préféré rester sur ces deux éclats de lumière.

Comme avec ECM, j’ai donc suivi des chemins, (re)découvert tellement d’artistes.
Un choix vaste, immense, des possibilités qui s’arrêtent là où l’on veut bien s’arrêter. Là où l’on sait s’arrêter... et sortir d’un univers pour aller vers un autre.
Je suis resté tellement longtemps avec la vision de Rameau par Natacha Kudritzkaya...
Je n’ai pas pu m’empêcher de le remettre à nouveau... comme les sonates de Bach par Isabelle Faust – il faut savoir s’arrêter et prendre le temps quand on l’a, un peu.

De quel album parler après tout cela...
Quel partage envisager...
Mais bon, après tout, c’est parti de Charlu ces semaines autour de Phil Collins...
Alors je me dis.

En attendant lancez donc le dernier Esperanza Spalding... une belle grosse claque.

Un article bien bordélique... le printemps quoi.