dimanche 26 février 2017

SOLO, IMPRO : MEGALO, EGO, MUSICAUX, VIRTUOSO, BEAU... OBLIGATO ?... Chapitre 2

SOLO, IMPRO : MEGALO, EGO, MUSICAUX, VIRTUOSO, BEAU... OBLIGATO ?...
Chapitre 2

On l’a vu dans le précédent chapitre, construire un solo n’est pas mince affaire, c’est tout un art même.
La progression vers un point culminant, objectif fixé par le protagoniste, ce quelle que soit la durée de son solo, est un axe de visée qui installe une grande musicalité, une pensée et qui suggère d'installer une dimension à ce solo.
C’est comme la continuité d’une pensée de compositeur.
Comme pour le « développement » du sujet en composition « classique », nous sommes dans la même intelligence, la même dimension culturelle aussi.

De l’autre côté j'ai évoqué l’invité qui en quelques mesures va transformer un titre par son talent, son génie, sa personnalité, son jeu, son langage, etc...
Argumenté, inspiré, improvisé, non calculé/instinctif ou préparé, ce solo peut recouvrir nombre de facettes de ce moment instantané.
Celle(s) choisie(s) brille(nt) et auréole(nt) le titre d’un plus, c’est finalement, le but recherché par les hôtes qui font appel à une personnalité extérieure.

Pour ces nouveaux chapitres je vais essayer de trouver d’autres sens, motivations, axes de quête que nos formidables solistes ont pu avoir et qui à l’écoute m’apparaissent comme tel – que j’analyse comme tel.
Des solos, dans toute la production « discographique » (méfions-nous de ce terme il sera bientôt effacé des dictionnaires), on les compte par milliers, c’est plutôt compliqué...

Rien qu’en un domaine à variations multiples comme le jazz, je pourrais y passer le reste de ce blog...
Je vais pourtant commencer par ce bout de lorgnette là et me promener à travers ce XXe siècle qui a vu naître une vie musicale et artistique ineffaçable de la création humaine, si ce n’est essentielle.
J’aime à penser d’emblée à une chronologie simple, plus resserrée sur l’espace-temps que la longue progression de l’histoire de la musique classique, mais au bout du compte, relativement similaire, d’ailleurs, en rock/pop sous l’étiquette des musiques actuelles on a à peu près la même évolution.
En plus court sur l’espace-temps là encore, mais à y bien réfléchir.

Au départ tout n’est que mélodie (et tendra à le rester).
Le contrepoint (et sa science) de Bach en atteste, les improvisations de Louis Armstrong figées autour de la mélodie le confirment, les solos travaillés et reproduits en redite en continuité du chant par nos Beatles ne font pas exception.
Puis viendra la simplicité nouvelle (la mélodie revenant à son état « pur »), à nouveau la règle, la verticalité sous l’horizontalité de l’harmonie, la notion de tonal, les gammes, le Majeur, le(s) mineur(s) – qui subiront une évolution (en raison de ces règles justement, comme infléchir le septième degré de la gamme au départ naturelle ce, afin de le faire entrer dans les clous du rapport harmonique de cadence V-I).
La fin du baroque avec sa valse-hésitation (tierce picarde) entre l’un et-ou l’autre (Majeur/mineur) et le classique-romantique avec la mélodie sur son support harmonique qui se complexifiera au fil du savoir, des recherches, du temps et de la création, de l’inventivité...
L’accord acheminé en progression gère, emboîte le pas et trace le chemin.

Des gammes en sont l’outil (et l’objet de travail instrumental, elles se glissent en arpèges, traits, passages dans l’art du compositeur), la boite à outils.
Avec celles-ci la mélodie va prendre de nouvelles directions mues par l’harmonie (pensez à la « mélodie/thème » du premier mouvement du concerto pour flûte et harpe de Mozart qui n’est rien d’autre que l’accord de do Majeur dans son état fondamental arpégé) et si elle est le premier jet créatif elle deviendra implicitement mue par cette progression devenue ancrage culturel.
En jazz le swing puis le bop, la penta issue du blues qui prendra le pas sur la mélodie...
Charlie Parker et son déroulé de phrases issues de gammes (lire l’omnibook pour en avoir la certitude tant visuelle qu’auditive), les débuts de Trane et de tant d’autres saxophonistes colossaux... Hendrix, Zep... des suites d’accords, de longues impros... des gammes pentatoniques, majeures, mineurs puis ce seront des "modes"...

Cette harmonie va donc ensuite s’émanciper du tonal pour s’inventer le « modal » (vous savez ces noms barbare pour les élèves, poétiques pour les compositeurs comme Debussy – Lydien, Aeolien, Myxolydien, Dorien...) – l’école française en fera sa gloire (Debussy, Ravel, Fauré, Satie... et tant d’autres Magnard etc...), le jazz ses nouveaux héros, Miles en tête mettant en avant le « concept lydien » créé par George Russell, Trane en suiveur compulsif, Bill Evans en élève devenant détenteur de langage et tant d’autres – « Kind of Blue » : le témoignage.
Ce sera aussi la montée progressive du rock, la prise de pouvoir des claviéristes influençant et réorientant les racines du blues vers des contrées créatives issues du « classique » tels ELP, Yes et autres King Crimson...

Il aura bien fallu que tout cela continue d’évoluer mais pour briser la chaine devenue là encore trop complexe une école de Vienne n’aura d’autre solution que de revenir à la « non-gamme » ou plutôt celle avec tout le spectre – 12 sons/chromatique – atonale puisque même pas modale.
On pioche, on aligne une « série », histoire de mettre un peu d’intellect, de science dans tout ça, de se souvenir de Bach et de ses partitas, ses passacailles, ses contrepoints stellaires et voici que la pensée pure peut enfin s’exprimer...
Les règles ne sont plus et peuvent être à chaque fois réaménagées, le créateur est maître à bord, de sa pensée d’une part, de son acte artistique d’autre – il est contemporain et exprime par son art sa vision contemporaine de sa société, de sa vie, de son état...
Il exprime par-là ses idées, idéaux, idéologies et son art est prolongation de son esprit.
Il devient réellement - et non plus seulement historiquement - "social".
Le free jazz puis l’improvisation libre (entendons débarrassée de toute contrainte stylistique ou esthétique – juste reflet du moment vécu tel que ressenti par son protagoniste) tenteront cette même révolution artistique et sociale.
Zappa en prendra son possible de même que certains RIO ou Residents bizarroïdes, si les punks avaient eu une intelligence musicale en place d’une rébellion d’ados post boutonneux peut être qu’on pourrait les classer-caser là, en tout cas les Stooges ou encore le Velvet peuvent prendre place sur cette marche de l’évolution.

Cette synthèse « darwinienne » de l’évolution musicale (mais on peut s’amuser à faire les parallèles avec toute l’expression artistique – peinture, sculpture, théâtre, littérature, etc...) et très schématique, j’en conviens, permet au moins de tenter d’y voir un peu plus clair (il y eut il y a plusieurs année un article pondu par le dernier véritable chroniqueur intelligent de rock’n’folk, Mr Eudeline, sur l’immense sujet).
Avec un peu de recul, elle embarque donc avec elle tout ce que le langage musical et ses outils tant abstraits (règles d’écriture, de composition, d’orchestration en permanence réajustées, évolutives) que concrets (la lutherie).
L’improvisation, le rôle soliste n’échappent pas à ce bulldozer du temps et de la cogitation créatrice de l’homme, celui-ci mettant toujours les choses en trois phases avant de les détruire ou les renier.
1/ Simplicité et expérimentation 2/ Règlementation et fixation 3/ Dérogation, augmentation, évolution, saturation.
Parfois sur la carrière d’un seul artiste-créateur c’est « flagrant »...
Aujourd’hui l’enregistrement toutes époques confondues (« de Bach à nos jours ») permet de nous en rendre compte.
Les premiers albums de Trane et ses derniers, l’évolution de Miles, celle de Zappa, la progression d’un Mahler, d’un Richard Strauss, de Bach, de Beethoven, de Monteverdi même...

...

GRANDEUR.

Il y a des solos historiques, des solos mémorables, des solos incontournables, d’autres passés sous silence, forcément, il y en a tant de ces actes réfléchis ou instinctifs, communs ou humains, expérimentaux ou aboutis...
Il y a ceux que je ne sais oublier...
A chacun les siens, voici une infime part complètement jazz désordonnée, des miens.

« SO WHAT » - Miles Davis album « Kind Of Blue » - Columbia 1959.

So What by.Miles Davis - YouTube

On ne va pas se refaire l’histoire de cet album historique, il suffit de taper ça sur le net, d’ouvrir un dico du jazz ou de filer sur la bio de Miles pour se faire une idée.
Cet album est incontournable et obligatoire, une sorte de monument que toute personne s’intéressant de prêt ou même d’archi loin au jazz se doit (devrait) de posséder (même dans une playlist deezer) et souvent possède.
Miles reconstruit ici à de nombreux degrés la culture devenue commune du jazz.
Il va le faire de ses racines en passant par sa forme et jusqu’à ses modes de jeu ou encore sa mesure dans le « temps » ou son tempo, ce en l’espace de six titres, entouré d’un casting de partenaires triés sur le volet et capables de tenter (d’oser) l’expérience.
Mieux, il le fait sans violence, avec une « classe » absolue et sans « essai », de façon directe, indiscutable, réfléchie, mesurée et calculée, pensée.
Pas la moindre trace d’hésitation, de balbutiement, d’expérimentation – c’est là, c’est gravé et ça fera date, école, direction et ça donnera un nouveau sens à cette esthétique qui en est à peu près à un demi-siècle d’évolution sur une échelle finalement réduite en paliers de décennies.

Le blues... 

« So what » - un seul accord (ou du moins je lui accorde le second au demi ton supérieur, mais dans le chemin à suivre, c’est... tout droit), comme au début où le blues c’était un accord pour supporter un récit, un quotidien, un sujet... cet accord aura avancé vers un degré modéré (IV) avant que le V ne finisse par s’installer pour apporter une touche occidentale se voulant tonale et résolutive à l’affaire...

« So what », un seul accord, un seul propos, une idée et donc tellement de possibilités pour l’ouvrir.
Malgré tout, « So what » est construit, merveilleusement construit même, sur un archétype de la forme du jazz, la forme AABA (JB fera de même avec son « Sex Machine » et son bridge – B, leçon bien retenue) et Miles ainsi que ses comparses, tout au long de leurs improvisations n’en dérogera pas – il fallait bien une règle, une « direction »...
C’est dans la vision de l’espace et comme un souci d’improviser sans contraintes, sans frontières, sans balises que Miles aura surement choisi de récupérer cette forme bien plus large et ouverte que les désormais « (pré)établies » 12 mesures du blues.
Il introduit le tout par une entrée crépusculaire, évasive, tournée vers le mystère puis AA (ré mineur) – B (mi bémol mineur) – A (ré mineur).
Avec ça, il va encore tordre l’affaire puisqu’en place de la gamme pentatonique généralement usuelle du blues, il va user du modal dorien (section Dm) et lydien (harmonisation de do en lydien – section Ebm) – concept creusé par George Russell que Miles a potassé avant de se lancer dans ce coup de génie mûrement réfléchi.

Les solos et en particulier son solo, maintenant...
D’emblée on va retenir, au détour de tout ce fatras rhétorique et de cette théorie appliquée, un sens mélodique absolu, tranchant forcément avec ce que tout expérimentateur aurait pu faire.
Là le langage et le solo qui en émane sont à ce point maîtrisé que le thème (un simple riff de deux notes ou bien, au choix, une ligne de contrebasse – là encore le doute est possible) sert juste de tremplin à ce solo davisien.
Pourtant, son axe qu’il va tourner en mélodie n’est autre que... fondamentale, tierce, quinte, septième de l’accord... l’accord de Dm7 donc... l’évidence et la simplicité.
Puis le maître va s’écarter et chercher la 11e (ou la quarte) – il l’évoque, s’en sert de couleur...
Trane va ensuite s’en emparer et l’emmener vers d’autres cieux tout en redéfinissant les cinq notes de la pentatonique qu’il exprime de façon pourtant (ré, fa, sol, la, do) évidente pour les teindre différemment.
Cannonball quant à lui, après un sautillement impromptu restera magiquement ancré dans le blues.

LE solo de Miles...
On aura donc disséqué par l’histoire, la musicologie, l’intellectualisme et le savoir, ce merveilleux moment musical, on l’aura retranscrit, chanté, écrit, fait travailler et ce solo est rentré dans l’histoire, à la note près, chargé de cette sonorité immédiatement identitaire de Miles.
Ce solo, George Russel lui-même lui aura rendu hommage en le faisant jouer comme thème, à l’unisson par son big band (album « So What ») – les amateurs l’auront reconnu de suite, dès les premières notes, tant il est inscrit dans les esprits. Et ils en auront eu des frissons.

« So What » aura par la suite été l’un des fleurons des multiples formations (souvent ses quintets) de Miles.
Voilà bien un thème qui en aura subi des brisures, des changements de tempo, des réouvertures de portes modales. En live, chargé de cette éternelle quête d’absolu du Mage Sombre, ce morceau instantané aura largement rempli sa fonction de prétexte-contexte à défricher, expérimenter, oser, déstabiliser.
Puis il y a eu l’ère des fameuses et discutables rééditions avec leur lot d’alternatives tracks et on aura pu découvrir la genèse ou les « essais » dudit solo. La légende de celui-ci, devenu modèle d’école a bien failli être remise en cause et j’avoue m’être refusé d’approfondir ces enregistrements parallèles. Si Miles avait choisi de graver celui-ci c’est qu’il savait que c’était le bon, celui qui correspondait à sa volonté artistique – à quoi bon s’extasier face aux essais, aux « brouillons » (ceci dit, même là, Miles ne brouillonnait jamais...).
J’en suis donc resté à cette version initiale, sublime, gravée en ouverture d’un album qui aura marqué l’histoire du jazz mais je crois pouvoir dire aussi, quelque part, de la musique.

L’improvisation avait retrouvé son autre lignée créatrice...
Miles Davis venait d’inscrire cela dans l’histoire de son évolution.
Il avait au passage ouvert grand la porte à ses suiveurs qui de là, auront chacun pris leurs propres directions : Bill (qui n’aura eu de cesse de chercher d’autres portes harmoniques), Cannonball (qui est resté ce pont entre bop et aventure), Trane (qui n’aura cessé cette quête), Paul (ce phrasé) et Jimmy (ah, ce moment où dès l’entrée il va quitter  la souplesse des balais pour en un break de « changement d’outils » prendre les baguettes) sans oublier Wynton (ce pianiste qui sert de passerelle, de passeur de culture, dans l’album) et bien sûr Gil (qui aura dimensionné ces aventures).
Mais c’est une autre histoire.

« So What » me procure toujours cette même sensation d’absolu, de supériorité évidente, d’infinie perfection, de message...
On a pour coutume de citer Boulez qui, parlant du « prélude à l’après midi d’un faune » de Debussy le décrivait comme l’un - voir le premier  - acte d’ouverture contemporaine.
Je pense que « Kind of Blue » et en particulier « So What » peu(ven)t être appréhendés sur la même échelle de valeurs en ce qui concerne le jazz.
Il y a eu avant et de suite après...
On ne ressort pas insensible ou indifférent à ce moment qui a ouvert de multiples voies.

« TUNJI » (Toon-Gee) – John Coltrane album « Coltrane » - Impulse 1962.

John Coltrane - Tunji - YouTube

C’est difficile de choisir un solo de John Coltrane – j’aurais pu me contenter de celui de « So What », après tout, ou aller directement dans le poncif du méga connu « My Favorite Things », du « Blue Train » suiveur du sillon davisien ; ou encore aller vers des contrées interstellaires à travers lesquelles il a voyagé en visionnaire.
J’ai donc fait à la mémoire de l’affect et n’ai pas mis longtemps pour me souvenir de l’effet que m’avait procuré ce « Tunji » dès sa première écoute. 

L’apparence n’est pas spécialement grandiose ici et on sera surpris de ce choix, pourtant si on tend l’oreille... il y a ici tant synthèse que sens, spiritualité et pensée, des fondamentaux coltraniens indissociables de son art simplement totalement identitaire.
D’une part Trane part ici de Trane à savoir qu’il est le compositeur et l’improvisateur de cette ligne qu’il met en place vers ce fameux point vers lequel il tend de s’approcher (cf chapitre précédent) et d’autre part il sort encore à peine là des modes et pentatoniques pour chercher vers des contrées orientalisantes et avancer ainsi vers une spiritualité qu’il veut universelle.

Trane est en quête permanente, en recherche urgente, en mission artistique et divine obsessionnelle.
Il avance, il évolue de titre en titre, d’album en album, il est insatiable.
Ici, la rythmique pose un schéma obstiné, implacable et le thème s’y enroule hésitant entre le pentatonique et un détour qui sera très vite une spirale.

Trane procède par paliers (une direction dont on aura l’occasion de parler sur un autre chapitre) – on ne sait plus si le thème est le solo ou réciproquement tant la tension/hésitation est palpable entre les deux.
C’est inhabituellement court, rapide et tant direct que hasardeux.
Il va (chose qu’il croyait rare) à l’essentiel.
Puis Mc Coy va ouvrir le champ d’investigation tant en tessiture qu’en voicings (l’une de ses marques de fabrique que ce jeu ouvert en accords).
Jimmy prendra sa part de dialogue soutenu habilement par Elvin qui tente une échappée (mais ce drone obstiné le colle à la basse/base) en place du thème, juste ré-évoqué, conclusif par obligation.

Un solo fugace, une expression librement collective, une direction commune déclinée individuellement, un point de quête absolue qui se résume ici en un flash, un trait, un moment fugitif loin des immenses prospections futures, mais déjà la porte s’est ouverte. 

Avec « Tunji » je suis entré dans l’univers coltranien, j’ai enfin saisi la portée du jeu chargé de racines d’Elvin, j’ai saisi un autre sens au rôle du bassiste et j’ai pensé qu’ici Trane avait franchi sa frontière, de façon désormais irréversible.

« THE DARK NIGHT » -Branford Marsallis album « Crazy people music » - Columbia 1990.

Branford Marsalis Quartet ~The Dark Knight - YouTube

Je parle de Trane et automatiquement cette filiation s’impose, ce titre avec.
Prospection orientaliste sur racines blues par Branford, tellement habité, mûr, impliqué et directif...
Jeu ouvert de Kenny cet immense pianiste d’une génération dite nouvelle et qui a perduré cette lignée des Herbie, Mc Coy et autres Tommy Flanagan, Bill Evans,etc...
Soutien imposant et implacable de Bob Hurst et ce drumming tellement grandiose de Jeff Tain Watts, synthèse de Tony et Elvin réunis là pour booster, vitaminer et dimensionner ces solistes, sans jamais perdre ce swing indéfinissable mais d’une rare inflexion.

Branford ouvre le jeu, il triture, il explore, il extrapole, il est en équilibre sur la ligne frontière du free, restant dans l’axe coltranien et ses racines bluesy. 
Il va barrer grave vers des contrées certes bien entendues ou reconnues, mais il le fait avec une telle implication que ça fout l’énergie, l’envie, la tonicité, on le suit, on le happe, on le sent... et ça, vu le contexte, ce charisme en 1990, c’est tellement « rare ».
Kenny va servir de relais, là aussi il va nous emporter vers des contrées connues mais qu’il est bon redécouvrir, se remémorer et puisqu’il va les charger d’une énergie jeune et qui résume en un bon gros solo tout un pan d’histoire d’un jazz dit moderne, on ne peut qu’adhérer totalement à - là encore - cette implication, à ce jeu se réappropriant sous cette nomination de « post bop » (dixit Branford) tant de pianistes de l’histoire du jazz.
Une sorte de solo en forme de patrimoine...
Puis ce sera Bob Hurst qui aura le dernier passage, Jeff, comme le fit souvent Elvin, a eu largement sa part de soliste sous le soliste, en lanceur, dialogueur, booster, incitateur il a pu user du solo de batterie sous un axe autre que sa seule mise en évidence.
Le solo de Bob Hurst colle à la sublime ligne de basse, chargée de groove, de swing indicible. Il la ré-éclaire, la creuse, la réinsuffle.

Enfin ce thème vaudou va revenir nous hanter.
Sublime.

« BLOOMDIDO » - Charlie Parker and Dizzy Gillespie album « Bird and Diz » - Verve 1952.

Charlie Parker & Dizzy Gillespie Quintet - Bloomdido - YouTube

Ouvrir le sujet du solo, du soliste et ne pas avoir une pensée ou une écoute pour Charlie Parker c’est du domaine de l’impossible.
C’est curieux comme sa sonorité, son phrasé, sa verve, son engagement, sa rapidité faite de traits fulgurants et truffée de petits ornements qui enrobent le tracé du sujet (et font l’une des textures du langage dit bop), son sens de la phrase toujours apte à porter au-delà d’une évidente virtuosité l’émotion, le sentiment, la parole, chargée de sens... sont un tout unique et entier complètement identitaires.

J’ai aimé Charlie Parker et cet engagement au-delà de ma musique qu’était le bop.
Je me suis identifié au jazz par lui et grâce à lui, au-delà d’un Miles que j’ai toujours vénéré mais qui représentait une autre dimension artistique à mes yeux (et oreilles).
Charlie Parker pourrait être et demeurer l’un des symboles du jazz à mon sens, parce qu’il s’en est emparé pour l’inscrire à la fois dans un jeu inédit et improbable, mais aussi parce qu’ainsi il a redonné un sens social à cette identité d’un peuple avec un engagement qui aura permis une réappropriation, une ré-identité, la conscience de maîtriser l’histoire de sa propre culture.

Le langage du bop insufflé par les deux compères a, en quelques poignées d’années, inondé la sphère de cette musique.
Cette fulgurance en points d’arrêts à peine vibrés pour un chant instrumental inédit, s’autorisant des paliers de tessitures excessifs, embarquant avec elle une imagerie passée de la réalité au mythe a traumatisé des générations et s’est invitée sous les doigts de tous les instrumentistes improvisateurs, avides d’assimiler cette complexité tant d’esprit que de technique. 

Choisir un solo de Bird c’est comme choisir un Dupont dans le bottin téléphonique.
Un langage qui s’est peaufiné, radicalisé puis adoucit au fil d’une poignée d’années de mise en lumière et qui a émaillé de son universalité des standards, des réappropriations, des compositions, des aventures à facettes multiples (cordes, cubain, chorales...) – voilà finalement la difficulté de faire un « choix » pour tel ou tel solo.

J’ai entendu dire que tous les solos de Charlie Parker se ressemblent, je dirais plutôt que Bird et ses solos a traversé un pan de la musique afro américaine appelée jazz et que sa « langue » a réunifié une musique en lui redonnant, grâce et par ce langage son identité.
Le sens improvisateur de Charlie Parker a l’évidence de l’universalité, il y a chez lui toute une somme des fonctionnalités d’improvisateur mises en avant depuis que cette musique a pris essence et aujourd’hui encore ses astuces et son identité de phrasé sont – comme les gimmicks du blues – partout et parfois là où l’on ne l’imaginerait même pas.

« Bloomdido », j’en ai fait ce choix parce que, en quelques secondes, voici que le bop et sa hargne tout comme sa générosité et sa désinvolture (Diz) nous sautent au visage, ce, dès le premier titre d’un album que j’estime « phare » du genre (si toutefois le bop puisse être genre).
Des légendes au service du mythe (Bird, Diz, Monk, B.Rich, C.Russell), un thème injouable sans y passer des heures de fastidieux travail (sans jamais arriver à cette aisance), des solos expédiés comme on se fait un cul sec, en prenant à peine le temps d’un point d’arrêt pour respirer ou déglutir, un tempo de feu qui semble vouloir rétrécir le temps, une urgence de fougueuse jeunesse ou de vie qui sera réduite à son minimum, alors pas de temps à perdre, un peu de frime, toujours du sentiment et une énergie absolue, du voltage sur-vitaminé.

Le format est commun, chacun son tour et hop...
Monk introduit en hâte, récupéré par B.Rich. Le thème, à l’unisson (archétype du bop, pas de fioritures) laisse directement la place à Bird qui s’engouffre à toute allure, balance une rigolade de final usuel, s’arrête pour vibrer à peine et laisse la place à Diz, moins long, sourdine dans le capot, la course de relai s’est bien passée ils sont en tête. Derniers passeur de ce moment olympique, Monk va caracoler en toute facilité, ses tours tordus il va les saupoudrer, pas le temps de s’attarder et enfin, dernier passage éclair à Buddy, enthousiaste pour franchir la ligne d’arrivée dans un solo fracassant comme si un marching band de quinze tambourineurs sortait du défilé pour partir en délirium complet.
Le thème, à nouveau, deux tours (normal, à ce tempo), même pas l’once d’une coda, d’un ralenti, d’une préparation de fin... hop ! Expédié, titre suivant...
Langage totalement en pleins pouvoirs, rapidité qui laisse le débit en non réflexion préalable par séquence mais en « pensée » (pas par à coup mais d’un point d’entrée à son point d’arrivée, le reste n’étant que phrases afin d’imager le propos). 

J’écoute encore « Bloomdido » et voilà, le pouvoir du bop, l’aura parkérienne me ré-embarquent dans ce tourbillon.
Fulgurant !

« AGUA DA BEBER » - Al Jarreau album « Glow » - 1976


J’allais refermer le chapitre mais une actualité musicale et artistique qui m’a profondément affecté est survenue : le décès du grand chanteur Al Jarreau.
Pour nombre de personnes de ma génération, Al Jarreau est et fut une sorte d’incontournable.
Personnellement j’ai tourné le dos à mes études de chant lyrique par son influence musicale, et, même si je ne suis jamais allé chercher dans cette direction vocale, son arrivée médiatique a été un choc pour nombre de « chanteurs » qui ne m’a pas épargné.
Adolescents nous avons passé des heures à l’écouter et ses premiers albums sonnent encore dans ma tête sans même que je n’aie à les mettre en platine forcément vinylique.

Un « live » mythique, un « We got by » qui m’a ouvert la porte avec « You don’t see me » et cet album « Glow » chargé de reprises pop (« Fire and Rain » de J.Taylor, « Your Song » d’Elton John,  « Agua da beber » de Jobim, etc...) et de compositions mi groovy/FM calif’ comme on pourrait qualifier maintenant. 
Un groupe est ici positionné en place d’une production cuivrée/orchestrée (« We got by »).
C’est un axe impliqué par le live des tournées qui ont suivi l’émergence du phénomène, et quel groupe !...
Le délicat et inspiré Tom Canning aux claviers et parfois Joe Sample mémorable, l’inventif et métrique Joe Correro aux drums, l’échappé des Crusaders Wilton Felder, ou le studio-man Willy Weeks, toujours "formidables" de créations de lignes majestueuses et inoubliables, piliers des titres... et la cerise sur ce gâteau très Crusaders, très Michael Franks en la personne de Larry Carlton, l’un des guitaristes que j’adule et ce... depuis cet album.

Al est amoureux de Susan, on le sait, il ne cesse de l’exprimer tant en texte qu’au détour de ses improvisations en onomatopées dérèglant les habitudes du scat, qu’en line de pochette.
Il faut une muse, Susan est la sienne, tout comme Dieu est sa direction, son chemin, son inspiration spirituelle.

« Dans chaque album d’Al Jarreau, y’a toujours un titre latin extraordinaire » disions-nous dans nos discutions animées jazz avec l’un de mes amis.
Ici c’est ce standard de la bossa nova dont le susurrement érotique d’Astrud reste lui aussi inscrit en mémoire. Al et son équipe de choc ont décidé de booster le tempo et lui insufflent un traitement qui aurait pu se schématiser vers la tendance samba, mais on reste dans cette pulse bossa « simplement » dédoublée.

Al Jarreau n’est pas encore dans le maniérisme que je lui reprocherais souvent par la suite et qui me fera parfois oublier de l’écouter.
Il n’a pas encore cédé à la muse du capitalisme commercial que Nougaro épinglera dans son « Rythm’n’Flouze » et il n’est pas encore entouré de musiciens star (quoique) étant lui-même star au milieu de ces stars.
Il est l’étoile montante d’une musique venue et chargée du jazz, mais qui s’adresse à un vaste public.
Sa voix, nourrie à la chapelle et au gospel, habituée à la pop et enracinée dans le jazz est incroyablement virtuose, il use de ce don vocal particulièrement travaillé pour tamponner de son sceau une marque de fabrique qui consiste souvent en l’imitation de la panoplie des instruments usuels du jazz.
Ce mimétisme il va le peaufiner au fil des ans et des décennies ce jusqu’à en épuiser l’auditeur, mais pour l’instant, dans ces sessions de 1976 il est encore en toute « fraicheur » sur le critère et, tant dans l’imitation timbrale que dans la connaissance culturelle des modes de jeu desdits instruments, il bluffe d’aisance, il joue le multi-intrumentiste vocal, il batifole autour du texte et autour de son groupe de luxe qui lui laisse l’entière expression.

Cette phénoménale capacité à improviser et accrocher l’auditeur par un feeling et une inspiration hors du commun on pourrait la résumer ici, dans ce court mais inoubliable solo vocal de « Agua da Beber » : Plan rythmique nasal, petite phrase bop, suspension dans l’espace pour chute bluesy, jeu sur les teintes harmoniques des accords bossa qui proposent des sinusoïdes mélodiques dont il va s’emparer afin de mettre de la couleur, le tout servi par une précision, une articulation, une délectation gourmande et une aisance qui laissent pantois.
Al Jarreau a lui aussi, ouvert les portes de la liberté et ce avec un instrument, la voix, qui s’est vue, d’un jet de ses improvisations lumineuses, propulsée vers de nouvelles routes, découvrant des contrées jusqu’alors même pas imaginées ou encore soupçonnées...

Il me manque déjà, mais là, c’est un autre rapport que celui simple de la musique.
Quand un artiste est associé à l’album souvenirs de la vie et que chacun de ses titres sonne comme une photographie de ces souvenirs, que sa voix sonne comme un repère familier, que dans le mot jazz dont on est un amateur, son nom s’inscrit de façon naturelle, que son sourire illumine du bonheur tout ce que la musique procure tant à ses acteurs qu’à ses auditeurs – il est bien difficile de faire une part réellement objective des choses.
Merci à lui pour tous ces moments de ma vie tant musicale que quotidienne.

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Je vais arrêter là ce chapitre, il y a tant et tant de solos magiques en jazz qu’il est illusoire d’imaginer remplir décemment une telle mission de façon globale.
Mais comme toujours certains sont mus par des directions, des plans, des modes de jeu... ça me permet de faire mes choix.
Par ailleurs,  certains instruments ne doivent être laissés pour compte comme la batterie et son fameux solo souvent décrié... ou encore la basse (ou contrebasse) qui a peiné à être mise en avant...
Et le violon ? Les claviers au-delà du piano ? Le trombone ? La ... voix (à part Al dont on a parlé ici) ?
Enfin,il y a tant de ces légendes que je n’ai pas oublié, soyons en surs... Getz, Baker, Benson, Armstrong, B.Evans, Garbarek, Jarrett, Scofield...
Bon, j’ai des écoutes à lister là...
Allez, la suite au prochain chapitre.









lundi 20 février 2017

DIRE STRAITS – « Love Over Gold » / 1982 Phonogram

DIRE STRAITS – « Love Over Gold » / 1982 Phonogram

All songs & prod : Mark Knopfler
Mark Knopfler : Vocals/Guitars
Hal Lindes : Guitar
Alan Clark : Keyboards
John Illsley : Bass
Pick Withers : Drums
with
Mike Mainieri : Vibes and Marimba (tracks2,4)
Ed Walsh : Synth programming

On avait déjà tenté le coup de la publication parallèle avec Charlu (les chroniques de Charlu).
C’était avec un album de Fred Pallem et de son Sacre.
Il était temps qu’on remette ça.
Comme toujours il faut trouver une occasion, ça a été un jet de commentaires entre nous deux sur la dernière chronique qui m’a fait réfléchir au critère du solo, du soliste, etc...
En passant le nom de Dire Straits a surgit, c’était logique.

Les chroniques de charlu: Dire Straits 1982 : chronique croisée

Knopfler, les-ses solos, il en a fait marque de fabrique et il a traumatisé un paquet de guitaristes, créé une « lignée ».
Il a influencé, tant par le jeu que par le son, une génération de gratteurs de six cordes, leur donnant en pleines eighties synthétiques à manger pour une bonne décennie...
Il les aura sauvés du rouleau compresseur quantize, cubase, Atari, sample et home studio et leur aura donné en passant, un nouveau souffle pour une cause non perdue, celle du « live », de la scène, de la sueur et des tirades américano pentatoniques, rock, bluesy et country rock.
Le bol d’air face au vidéo clip formaté avait pris forme stadium et cette dimension avait même pu entrer dans les moniteurs et casques du sacro-saint studio...
LE « studio »... et son perfectionnisme, Knopfler aura parallèlement prouvé qu’il connait le sujet.

Après le retour à des sources tellement basiques, voulu par nos punks rebelles concons, au détour d’une new wave chargée de synthèse sonore dans laquelle tout à chacun s’engouffrait, nos amoureux du manche Fender à la carrosserie de préférence rouge Cadillac venaient, à cette aube des eighties, de trouver leur nouveau messie.
Il était temps...

- Après des années à tenter de mettre à droite les us et coutumes d’un gaucher stratosphérique...
- Après la redécouverte du filon (ne mettez pas deux L svp) du blues sous des aspects rugueux claptoniens qu’ils auront usé jusqu’au trognon...
- Après avoir tenté des courses impossibles et inutiles en s’essoufflant quitte à se provoquer la limite de l’AVC en courant après un Mahavishnu olympique...
- Après s’être tordu et écarté les doigts de la main gauche afin de tenter de trouver les positions improbables d’un policier ripoux ayant fait croire qu’il était un punk-new wave (au choix) de la pure espèce blondasse...
- Après avoir posé lesdits doigts sur n’importe quelle case avec le son le plus acide possible afin de croire qu’ainsi l’accès à l’intelligence d’un roi déjà cramé aux stratégies devenues obliques serait possible...
- Après avoir investi dans des grattes à manches multiples, en ayant vidé leurs livrets A puis fait le tour des demandes de crédits pour trouver des housses capables de transporter ces précieux hybrides zeppeliniens et, au passage, participé au trou de la sécu des intermittents suite à des névralgies lombaires dues à un abus scénique desdits instruments au poids dépassant le concevable.
- Après, enfin, avoir cru qu’en s’emmêlant dans tout ça il serait possible d’arriver par longues étapes à la lettre Z, pour non s’enfoncer dans les racines sudistes d’un blues volé à ses créateurs, mais pour accéder au statut de grand compositeur / guitaristophile intello-sarcastique-obscène...
Il était enfin là, coiffé de son bandana insolent, souriant du bonheur d’être sur ces scènes face à des stades bondés, chargé de prêcher le rock avec sa panoplie de Live Aids, de festivals surdimensionnés.
Ce nouveau héros guitariste post claptonien venait d’arriver.
Il s’appelait Mark Knopfler et curieusement malgré un nom a priori franchement imprononçable, voilà qu’en une petite poignée d’albums et associé à son groupe Dire Straits, l’homme était dans tous les esprits, sur toutes les lèvres et prenait sa place en riffs comme en gimmicks, plans de solo... sur l’ensemble des manches de Fender de la planète.

Je n’ai guère écouté, ni aimé Dire Straits, du moins comme il était impossible de les éviter, je n’approfondissais pas.
Impossible de les éviter sur les ondes, impossible de les éviter dans une soirée entre amis où ce rock croisant tout ce que l’Amérique a de bon/pire était inévitable dans les nouveaux lecteurs CD, dignes successeurs high tech au son parfait pour musiciens d’un groupe parfait et parfaitement adapté à...

Impossible d’éviter enfin Mark Knopfler et son groupe (qui connait vraiment le nom des zicos de Dire Straits ?) au « quotidien musical ».
Il était devenu une obsession du guitariste quidam et en très peu de temps la plupart de ses phrases, de ses plans avaient rempli les locaux de répétitions, les petites scènes de clubs (« Vous jouez quoi comme musique ? » - « du Dire Straits... » - « Ok je vous prends... à samedi ») et les gamins commençaient sérieusement à des âges précoces, à s’en inspirer.
C’est un peu l’histoire de la surenchère, un héros arrive, on le porte aux nues, on n’entend plus que lui, etc... et le mec qui se dit/veut musicien, intègre et tout et tout... il le boude.
Je l’ai boudé.
A échelle identique je lui préférais (et lui préfère encore) largement le Boss, surtout quand il a sorti son triple live au son et vision des songs aussi immenses que les stadiums dans lesquels on l’imaginait happer les foules.
A géométrie parallèle je lui préférais Willy DeVille, d’apparence plus authentique, plus... sincère.
J’avais pourtant acheté ce « Love Over Gold », en vinyle d’abord puis en CD...
Parfois écouté, rarement avec attention.
On ne prête que peu d’oreille à la musique de fond d’ascenseur, de supermarché, d’ambiance de repas bruyant, de répondeur téléphonique...

Je me souviens qu'il y avait eu les petites phrases de Knopfler suite à ses sessions avec Steely Dan, la star râlant contre l’hyper perfectionnisme des lascars lui ayant fait recommencer son solo x fois (une honte quand on est le nouveau héros de la guitare que d’oser faire ainsi).
Ils avaient bien fait de le vexer un peu.
Dans « Time out of mind », son solo minimal, ses "interventions" d'apparence anecdotique, c'est juste magique, fait la différence et l'attrait du morceau (pourtant chargé de cuivres et choeurs exquis) et ils l’ont obligé à se surpasser... un guitariste de sa trempe qui se surpasse, ça fait automatiquement légende.
Steely Dan Time Out Of Mind - YouTube

Puis il y a eu « Brothers in Arms » avec « Money for Nothing », Sting en tête, Omar Hakim en drums, des stars et la presta au live Aid 1985.
Ça a changé ma vision indifférente ou indigeste de Knopfler.
Sting, surexcité prend en charge ce qui devrait être le chœur et en fait l’attrait.
Knopfler inonde du riff inscrit dans toutes les mémoires du moindre auditeur de « rock » une scène transformée en jam session de légende, il ne le quitte que pour arroser de blues pur jus une foule à perte de vue... ils en font presque trop ? Non juste ce qu’il faut pour un tel gigantisme.
Knopfler ne chante pas ou si peu, les lignes mélodiques de ses chansons ne sont que textes débités en sections rythmées, parfois, sur un faible ambitus il ose une mélodie miniature.
On ne retient pas de mélodie chantée de Dire Straits – ce fut ma première leçon de choses riff rock...
Ici on va retenir le chœur puissant chant parallèle et non contre chant, de Sting et surtout l’incontournable riff qui est la colonne vertébrale du morceau...
Knopfler parle, il est impossible de le « chanter » en mode karaoké alors on va orienter notre oreille vers la guitare, c’est là « que ça se passe »...
(Renaud aurait bien pu faire pareil, sauf que...).
J’avais aussi remarqué que les claviers ont leur part de parole et ça... hors de l’enfermement dans Atari/Cubase, ça fait plaisir en années 80... mais bon, on reviendra sur leur « rôle » et surtout comment celui-ci est « tenu ».

Pour en finir, en même temps, il y eut l’autre penchant des Dire Straits, celui balluchard de « Walk of life », cet orgue insipide, ce soi-disant rock’n’roll que le gratteux de tout orchestre de bal imposait à sa confrérie, juste pour jouer « du » Dire Straits, juste pour s’offrir un solo de Knopfler, croyant possible de reléguer un bon vieux Elvis au placard...
Alors on s’embarquait dans ce pseudo country rock de base, le claviériste grimaçait rien que d’y penser, le batteur et le bassiste en profitaient pour regarder la gente féminine esbaudie par le guitariste héros du soir seul capable au passage de chanter le truc à la mélodie indéterminée et au débit imprononçable faisant large part au yaourt salvateur.
J’ai joué ce chapitre pénible et devenu irritable, puis j’ai fermé définitivement le bouquin Dire Straits, feuilleté les récréatifs Nothing Hillbillies et me suis promis de bannir à jamais ce son d’orgue de mes coutumes.
Dire Straits - Walk Of Life - YouTube

« Love Over Gold »...

Quatrième album du groupe, cet opus est considéré unanimement comme leur chef d’œuvre (pas UN chef d’œuvre... LEUR chef d’œuvre, ce détail fera la différence).
Il me faut sortir cette étiquette de la critique et des fans du groupe pour l’aborder, ce n’est pas simple. L’autocollant est là depuis les années du vinyle et il va falloir s’y prendre avec précaution, ou carrément oser déchirer un bout de photo de ce passé glorieusement glorieux.

Je l’ai ré- écouté avec attention presque en boucle.

Certains titres auront subi la cruelle loi du saut de plage ce, selon les jours et pas forcément les mêmes à chaque passage – ça a attisé ma curiosité.
Vous le savez j’aime tenter de comprendre.

« Love Over Gold » m’a parfois apporté de bonnes vibrations et a remis mes pendules Dire Straits à l’heure.
Je l’ai aussi trouvé parfois pénible.
Curieux comme selon l’angle d’approche, un tel groupe peut s’opposer à lui-même.
Je l’ai trouvé ambitieux, mais j’ai constaté qu’une certaine pauvreté de composition faisait barrage à cette ambition d’autant que sa production sonore proche de la perfection fait ressortir avec plus de cruauté cette sensation.
Je ne me souvenais pas que le rôle des claviers y fût à ce point important et je suis certain que ça a forcément renforcé mon intérêt immédiat.
J’avais en mémoire le son d’une batterie hyper stérile et un recul des années m’a fait me souvenir que c’était effectivement une sensation  « légitime » en ces eighties, mais qu’aujourd’hui elle semble finalement presque « naturelle »...
De nombreuses batteries du commerce sonnent bourrin-mat-faussement étriqué comme ça.
Je n’avais pas le souvenir de tant de guitares acoustiques et ça a été « la » bonne retrouvaille avec Knopfler.
J’avais complètement zappé que Mike Mainieri posait ses baguettes moelleuses sur ses lames et bois mélodiques, en fan de Steps Ahead, j’aurais dû, mais ceci dit, je cherche encore pourquoi il s’est retrouvé là.
Bien qu’il ne soit pourtant pas, tiens donc, lui non plus - anecdotique.
Je me suis souvenu, qu’à cette époque surannée, il fallait encore des mecs pour programmer des synthés. Ils sont tous au chômage désormais, vu le paquet d’applis simplissimes et de synthés aux menus/notices enfin lisibles et compréhensibles, on a dû probablement les réorienter vers le nettoyage des locaux et leur maintenance – compétence affiliée oblige.
Bon, si en plus c’est celui qui avait trouvé ce son d’orgue, qui justement fera son apparition ici, dans cet album, alors... je pense fort sa reconversion salutaire pour les oreilles planétaires.
Mais je rattrape ma petite pointe en précisant qu'ici le boulot de prog des claviers en ces eighties est absolument remarquable et pointu, c'est d'ailleurs l'un des grands attraits cachés de cet album que cette qualité apportée à la prog des claviers.
Dire Straits a un bassiste également, un planteur de fondamentales, un connaisseur de gimmicks de style, genre bien droit et peu inventif, mais un parfait dérouleur de tapis pour la brillance de Mark.
Un héros a toujours des serviteurs – c’est dans toutes les légendes mythologiques.

« TELEGRAPH ROAD »...

Dire Straits - Telegraph Road [COMPLETE STUDIO VERSION] - YouTube

Le pavé et ce d’emblée...
Peut-être bien là l’audace, l’ambition affichée, l’envie de se surpasser et de dépasser le stade des teenagers, des rockers has been sur le retour de Woodstock.
14mn et 15 secondes, pas moins et une chanson à la progression décousue mais digne d’une écoute attentive.

On a devant ses yeux cette pochette foudroyée, cette météo parfois dévastatrice aux US...
On prend la route, seul.
L’orage gronde au loin, des éclairs illuminent le ciel chargé de doutes, d’histoire, de mythes.
Le titre, et ce, sans même tenter de comprendre/traduire le texte, est forcément incitatif.
Ça pourrait être long... 14mn et quelques 15 secondes...
J’admets que presque pas.

Il faut bien cela pour établir un road song digne d’un Springsteen, racontant l’Amérique, ses conquêtes, ses espoirs et un pan d’histoire puis ses désillusions, ses réalités sociales, sa cruauté...
Ça y est je suis accroché, une ligne autour de cet argument télégraphique s’est dessinée et le contour de la chanson prend forme.
Les claviers introduisent sans maestria démesurée le propos, ils glissent un semblant de « Douce nuit » américaine et sont mixés au loin, vers cet horizon qui nous attire, nous happe et est là, au bout d’une route qui semble ne mener nulle part.
Ils chargent l’atmosphère de solitude, de réflexion, d’une présence quasi intemporelle.
Étrange, je commence à y croire.

Une mélopée comme issue d’ondes Martenot s’installe sur un symphonisme ample et majestueux.
L’entrée basse batterie avec quelques percussions en échos lointains ouvre l’espace en quelques appuis.
Le piano a pris sa place.
De suite le « son Knopfler », en quelques places d’accords est là, bien là...
Chacune de ses interventions se positionne ainsi, c’en est presque perturbant.

Mais il y aura cette « chanson », à la grille country tellement maussade, basique, simpliste, où effectivement Mark chante, ou presque puis s’échappe vers un solo où seule sa sonorité légendaire me semble digne d’intérêt.
Heureusement ce qui pourtant est le cœur textuel du sujet ne dure que peu (ça reviendra pourtant en second verse, sur fond de dobros) et va s’oublier, car un pont transitoire déroulé par les claviers (des nappes belles, amples et généreuses, un piano genre trop plein de crème Chantilly, truffé d’arpèges inutiles et à la visée musicale uniquement digitale) permettra un réel décollage de la guitare, ce de façon progressive et par petits bouts, comme si le solo avait commencé dès le départ, interrompu par le « song » (en lui donnant ainsi, probalement, un véritable sens) pour se développer au long de ces quasi 15mn.
Alors Knopfler sort le grand jeu au sens propre comme au figuré.
Il jette la grille insipide country de générique de téléréalité (pourtant porteuse d’un texte puissant – cruel paradoxe) aux oubliettes et part, sur une suite en forme d’anatole, creuser le sillon du blues rock - celui de cette Amérique qu’on aime tant, de celle qui nous fait rêver grand écran.
Au loin de cette route serpentant à l’infini, le soleil se couche, une dentelle rocailleuse se dessine, un solitaire cherche sa destinée.
Cette chanson nous conte celle-ci sous forme de légende  – « Telegraph Road » est son hymne, Dire Straits sa B.O, Knopfler son mythe.


« PRIVATE INVESTIGATIONS »

Dire Straits - Private Investigations + lyrics - YouTube

Une nappe sombre va inonder le spectre sonore.
Le sujet est grave, intime, vécu, dérangeant.
Knopfler trompe l’auditeur et l’embarque faussement dès le départ vers des contrées électriques avant d’imposer la sonorité réelle du sujet : il a sorti l’intimiste guitare acoustique, hispanise un tantinet le sujet et se mélange au marimba de Mike Mainieri qui sert de passerelle entre guitare et ces immensités synthétiques qui « respirent ».
Basse et tempo prennent place, l’espace est volontaire et permet un dialogue entre la guitare et le marimba qui, de partenaire est devenu acteur.
La guitare rythmique et électrique jette de puissants riffs, des accents réellement toniques, soutenus par un piano digne des grandes heures de Meat Loaf.
Si l’on veut du solo électrique il va falloir prêter l’oreille car il est bien là... mais au fond, tout au loin comme écarté du mix.
Le titre semble inachevé, il me reste des jets d’accents, ce piano grandiloquent et cette guitare acoustique limpide, hispanisante et chantante là où la voix n’était que texte.
Et il me reste cette sensation d’espace, d’immensité brisée par touches agissant comme des flashs lumineux (toujours ces éclairs).
Un titre « mystérieux ».


« INDUSTRIAL DISEASE »

Dire Straits - Industrial Disease + lyrics - YouTube
Dire Straits - Industrial Disease + Lyrics + French translation - YouTube

Cette fois je suis fichu.
Ce son aigrelet d’orgue me colle au souvenir, me hérisse, me fout la grimace sur le faciès...
Cet espèce de country-rock à la « Walker texas Ranger » featuring Chuck Norris me donne la nausée du kitch, des gros bras, du machisme écervelé, Johnny et sa bande de beaufs en Harley n’est pas loin... cette image-là du rock, direct à la poubelle du recyclage...
Bon, d’accord, j’ai tiré à bout portant mais au-delà, si franchement je m’efforçais de creuser un peu.

Allez, j’oublie l’orgue (quoique au départ c’est quand même en médium tout à fait crédible), je me penche sur cette rythmique plutôt engageante qui d’entrée pousse la gratte à riffer cherchant sa wahwah.
La ligne de basse mêlée avec le drumming assez original va finalement l’emporter et la rythmique de Knopfler au riff éculé mais si efficace va remporter l’affaire tout cela auréolé d’un petit trait de piano qui intervient à qui mieux mieux, leitmotiv imperturbable qui trotte en tête comme un mini refrain.
Bon, la montée issue du boogie à la basse, on aurait aimé, là aussi s’en passer mais après tout...
C’est alors, texte en mains que le satyrisme s’éclaire, que le sarcastique acide prend sa place et que d’un coup, en fin de compte tout s’explique – ce son, ce rock kitch et désuet au service de ce texte, hmm... certes.
Il suffisait de traduire donc, en singeant les affres de la société du travail Knopfler s’empare de ce rock aux teintes intemporelles mais passées et le dépoussière en lui entremêlant un subtil mélange de wahwah et de plans country (clean).
Ça, c’est vers la fin que l’on va vraiment s’en rendre compte...
Alan Clark attend en tenant sa main gauche organique que son patron veuille bien en finir avec sa tournerie obsessionnelle de gratte – il va avoir du mal à le faire, lui-même obsédé par ce pouvoir vintage, cette addiction sonore.


« LOVE OVER GOLD ».

Dire Straits - Love Over Gold - YouTube

Voici donc le titre phare de cet album.
Mark Knopfler chante de cette voix rauque cette ballade à l’insouciance où vont se mêler sa guitare acoustique, cet éternel piano qui a maintenant pris sa place tant en sonorité qu’en jeu depuis l’ouverture de l’album – grandiloquence, caractère post classique, concertant...
Mike Mainieri a rejoint l’affaire et émaille de son toucher inventif et jazzy le sujet, ponctué de breaks massifs, installé sur une basse qui s’émancipe enfin. Le caractère synthétique des claviers se distille au profit d’une volonté acoustique (on n’échappera pas aux pizz de cordes de pacotille en intro).
Un mouvement d’aller-retour tel celui d’une vague semble porter l’ensemble et ce mouvement sert d’expression à l’ensemble des protagonistes.
Là encore la guitare électrique est reléguée en second plan ce qui n’exclue pas quelques belles envolées, au gré de cette vague, justement – des envolées qui soutiendront avec subtilité le solo de guitare acoustique en deux phases, la première rompue par ces pizz incongrus.
En second lieu un nouveau dialogue va s’autoriser entre le vibraphone et la guitare, particulièrement inspiré et musical – Mark laissera le dernier mot à son invité, qui va clore le titre en toute délicatesse.
Le son de la prod est ici d’une formidable limpidité et n'a pas pris une ride.


« IT NEVER RAINS »


Le titre se tuile subtilement au précédent, l’orgue aigrelet est effleuré au profit d’une sonorité plus chaude, authentique.
Knopfler oscille entre chant et talking sur des arpèges là encore empruntés à tant de gimmicks et pourtant réappropriés.
La rythmique va s’exciter, l’orgue reprend le pouvoir sur le piano qui peine à installer une véritable alternative dans ce balancier entre deux accords ponctué d’un appui comme issu d’une section de cuivres.
De guitare en guitares, Knopfler tel un Clapton des eighties, tel un JJ Cale enfin starifié (je n'ai pas évoqué ou même parlé de Hal Lindes, second guitariste au rôle à déterminer ici), va conclure l’album par un solo puissant, passé en phaser, s’autorisant même une infime modulation pour revenir sur cette progression immuable I/V.
Le son se transforme petit à petit, le voyage s’achève, l’horizon s’est éclairci et les cieux se sont ouverts.
Knopfler m’achève ici sur ce moment de puissance retenue, de pugnacité au pouvoir indiscutable.
La trace de son jeu, tant rythmique que soliste, de sa sonorité, tant acoustique qu’électrique, de son rock emprunt à tout ce pan culturel d’Amérique reste gravée dans ma mémoire, comme finalement, seuls peuvent le faire les grands artistes qui marquent de leur personnalité l’ensemble de leur production musicale.

J’étais méfiant, sceptique, peu enclin à encore trouver à Dire Straits une once de vérité, d’intérêt, de sensibilité ou encore d’intelligence – j’en étais resté à cette musique Fm pour teenagers alignant trois accords de base en croyance créative, sauvés par le gong du son et du high tech que chaque décennie est en capacité de nous offrir.
Je relis mon intro, le chemin des écoutes saura la tempérer.
J’ai redécouvert, malgré mes suspicions initiales un groupe et son indissociable leader dont le succès m’est enfin apparu légitime, dépoussiéré de sa surmédiatisation.
Pris avec un recul ne laissant place qu’à la musique (même si parfois celle-ci m’est encore apparue comme pauvre), Dire Straits a repris sa position sur un échiquier américano-musical dont je l’avais carrément écarté.
Cet album et le temps que le hasard des débats avec l’ami Charlu m’aura fait y consacrer va probablement me permettre de réviser l’ensemble d’une copie envers le groupe plutôt chargée d’indifférence.
Il n’est jamais trop tard pour rattraper une erreur d’estimation.

Merci à Charlu, à notre lien commun virtuel paps et à tous les suiveurs de ce blog.







vendredi 10 février 2017

ET LA CULTURE DANS TOUT CA ?...

ET LA CULTURE DANS TOUT CA ?...

La France décompte...
La France s'excite, débat, s'oppose... et pourtant le mot rassemblement est sur toutes les langues, des leaders en passant par leurs soutiens, leurs "amis"...
Les français ne savent plus où donner de la caboche.
Les sondages ? tu parles...
L'actu TV ? On passe 1/ de la "farfouillette" intello avec un troupeau d'invités profitant de la bonne occas' du moment pour avoir un brin de parole, refourguer son dernier bouquin (quel qu'il soit, et de quelque sujet qu'il soit - en ce moment sortir un bouquin c'est le bon créneau), parler de son association, philosopher en plissant le front ou s'emmêlant dans ses phrases... 2/ à ce truc hyper verrouillé envers les toujours mêmes et un peu (tout petit peu) les autres, démocratie du pognon oblige, infléchissement des pensées et stratégies itou...
La radio ? Bon on se les farcit déjà à longueur d'écran c'est pas pour, en plus, les avoir sur les ondes, la musique c'est plus adoucissant que les gueulements de Macron, le ton autoritaire de Fillon ou encore celui professoral de Hamon... je vais pas tous les citer.
Ah... les réseaux sociaux !...
L'actu d'un facebook c'est carrément la folie - pour tenter d'avoir un peu de news amis réels et famille vaut mieux cette fois prendre directement le téléphone et se faire envoyer les photos de quelque ordre qu'elles soient par email en PJ, au moins ce sera moins complexe que la fouille parmi cette pléthore d'intox-désintox - bref pour s'y retrouver !... mais ceci dit c'est certainement, pour celui qui cherche au jour le jour, plus objectif (enfin...) que le JT.

Reste le parcours internet candidat par candidat, je m'y suis soumis et vous allez voir c'est pas si simple...

D'abord il faut savoir (et arriver à savoir) combien de candidats se présentent à cette présidentielle de 2017 - ça parait en toute citoyenneté simple que de le savoir, mais, dans la réalité, c'est autre chose...
déjà là on se dit que... on est sacrément manipulés.
On sait pour les teneurs de haut de podium des appareils politiques installés et qui font encore la pluie et le beau temps, mais pour les autres, c'est une autre paire de manche et même en allant sur le site de chacun de ces obscurs ou renégats des idéaux instaurés, on n'est pas tout à fait sûr qu'ils aient toutes leurs "signatures"...
Ce parcours ressemble d'ores et déjà à un parcours du combattant et ce pour le mec qui tente d'y voir clair et prend de son temps pour le faire.
Alors, pour celui qui, une fois rentré épuisé de l'usine, en fin de semaine, qui tente de faire ce parcours au cours d'un week end fractionné par les dernières paroles de Hamon, Fillon, Macron, Melanchon (l'années des on), Le Pen passées aux JT bien alignés sur l'heure de grande "écoute" ce, au fil de sa vie familiale qu'il souhaite la meilleure possible avec une pensée pour l'avenir de ses enfants, ses proches ou lui même...
Au passage - c'est carrément plus sympa de sortir un nouveau jeu de société et de se lire les règles, même si celles ci semblent complexe... que tenter de s'y retrouver parmi cette sur-masse "d'infos" présidentielles...
Complexe, ce n'est pas peu dire... carrément le bordel pour s'y retrouver et tenter d'y voir clair chez chacun des candidats, petits ou "grands", ce, sans tenir compte des déclarations de certains (et de leurs proches) rectifiant, annulant, entérinant ou négligeant des écrits de leurs propres programmes.
Si on ajoute à cette jungle (dans laquelle même avec un plan, un GPS moteur de recherche Google ou autre on peine à s’orienter) une actualité faite de scandales à rebondissements, de mise à connaissance publique de faits avérés (ou suspectés) qui font hurler légitimement l'ensemble des français... on n'est pas rendus pour s'y retrouver...

Mais avec une idée en tête on arrive à ses fins et c'est long... presque une "enquête"...
En voici le cheminement...

J'ai commencé par chercher, afin d'équité, à quel(le)s candidates et candidats nous aurions affaire pour cette présidentielle 2017. Rien que là, ce n'est pas si simple qu'on peut le croire - la surenchère d'infos fait installer le doute, je suis d'abord allé là : Présidentielle 2017 : Voici la liste des Candidats ! Présidentielle 2017, liste des candidats 2017, sondages sur les candidatures à l'élection ..., c'était trop copieux et il fallait désormais faire le choix entre ceux qui ont ou non leurs signatures (résultats définitifs mi mars), puis je me suis rabattu là (ça resserre le spectre) :
France: les principaux candidats à l'élection présidentielle - Le Parisien - basique mais à priori actualisé...

Forcément j'en connaissais certains, j'en imaginais d'autres et puis j'en ai (re)découvert encore d'autres avec ce "tiens donc ! elle(il) remet ça... d'où elle (il) sort... etc, etc..." et il y a eu des découvertes.
Puis j'ai poussé le bouchon et, passé les résultats de recherche qui envoient directement sur les quotidiens d'actualité, j'ai réussi - souvent après de nombreux jeux de mots clés (car certains candidats sont "cachés" derrière leur mouvement) - à trouver tant le candidat que, parfois mais pas toujours... son projet, programme...
Alors j'ai cherché ce que chacun propose en matière de culture (et parfois d'éducation car c'est quelquefois lié comme avec le patrimoine d'ailleurs).
Et là...

Voici donc, arbitré par un ordre alphabétique, le résultat de mes fouilles archéo-politiques section spécialisation culture...
Une UV qui, comme vous pourrez le constater n'a pas beaucoup de succès, parfois évoquée, parfois chuchotée, rarement développée, mais aussi oubliée, cette Culture dont pourtant hors hexagone la France reste un dépositaire unanimement reconnu semble complètement gommée des perspectives de nos futurs dirigeants.
Et quand elle ne l'est pas, elle est récupérée par des équipes s'en servant comme levier et dont l'actualité met le doute de véracité en évidence...
Je n'en suis pas surpris, vous non plus...

Voyons voir... et ce, sans que je tente la moindre ou presque subjectivité, d'ailleurs je ne parlerais même pas des orientations politiques avouées (ou en tromperies) de chacun.
J'ai cherché, j'ai lu quand c'était possible - faites de même si le cœur vous en dit et à chacun de tenter de se faire l'idée de ce qu'il en ressort.

Go !

A comme Nathalie Arthaud :

Accueil | Le site de campagne de Nathalie Arthaud

Si sa Lutte est louable et Ouvrière, si toutefois elle pensait éducation (au minima) et culture (au sous minima) - elle a dû oublier que les communes menées par des communistes en un 20e siècle devenu passé étaient souvent les plus actives envers la culture...
Le passé, donc...
car là, rien de rien... du moins de lisible dans ce site fatras où même avec le mot clé on n'ira nulle part sur le sujet.

A comme Michèle Alliot Marie :

Retrouver l'Esprit de Conquête | Michèle Alliot-Marie 2017

Vous avez trouvé quelque chose concernant le sujet ?
Merci de me le transmettre j'ai capitulé...

B - C

C comme Jacques Cheminade :

Se libérer de l'occupation culturelle - Cheminade 2017
La Culture et la France - Cheminade 2017 - Site officiel de Jacques Cheminade

Je vous laisse apprécier un sujet noyé dans un autre parmi d'autres sous couvert de autre chose...
Bref, à chacun ses priorités, après tout.

D comme Nicolas Dupont Aignan

Nicolas Dupont-Aignan 2017 - Culture et patrimoine

Patrimoine, patrimoine...
Education, budget...
Enfin lisez, au moins il y consacre un bon chapitre, c'est déjà ça.

E, F,

F comme François Fillon :

culture - François Fillon 2017

Il a sacrément développé notre beau parleur et, justement, en parfait homme de pouvoir, à la mécanique bien rodée et à l'entourage (fictif ou non) de beaux penseurs connaissant forcément leurs sujets il s'est quand même fendu d'un chapitre où il s'évertue à n'oublier personne. Normal, c'est peut être là qu'en dernière mn, il pourra tirer sur la ficelle de la culture (au fait, nombre des acteurs qui la font vivre en France sont des - j'ose le gros mot - "fonctionnaires"... bon ,y'a un blanc là... allez en régie, on enchaîne... Non pas le canard...) en cas de détresse de statistiques démoralisantes (pour lui, bien sûr).
Et Pénélope, dans tout ça ? un 'tit ministère de la culture histoire de se renflouer ?
"Ah, non, excusez, mais j'étais déjà l'premier - y m'avait promis" - se précipite son frangin Dominique, (probablement) intermittent du spectacle (ou autoentrepreneur) / "fonction", pianiste de jazz... si, si, vous avez bien lu...

F comme Bastien Faudot :

Faudot2017_250_idées_pour_redresser_la_France.pdf

En vous rendant directement de 148 à 167 vous aurez un aperçu.
Le sujet est resserré, malgré les "chapitres" de numérotation et permet une lisibilité correcte.
La création, la langue française, le livre, la télé... ok...
La musique, c'est où ?...

G, H,

H comme Benoit Hamon :

Pour une République bienveillante et humaniste | BenoitHamon2017.fr

Le joyeux melting-pot création-oeuvres, télé, jeunes, éducation que voilà...
Bon, et alors ? Reste à voir, comment ça ferait (moi je me remember les promesses de Hollande dont il fut ministre de l'éducation)... en vrai.
Comment dire... faire confiance à un socialiste, aujourd'hui ?...

I, J

J comme Yannick Jadot :

Yannick Jadot 2017

J'ai renoncé à taper le mot culture...
Normal toujours accolé à agri, il peine à s'en détacher.
Pourtant j'ai un immense respect pour les agriculteurs et je défends l'écologie en règle générale...
Mais comme le reste si l'on veut qu'elle entre dans les esprits il faut l'entretenir comme un axe culturel et éducatif...
Là ? c'est où svp l’entrefilet sur le sujet ?... allez, cherchez bien, j'ai rien trouvé...
quelqu'un peut m'aider ?

K, L

Oh m... déjà L comme
Marine Le Pen :

Projet présidentiel de Marine Le Pen - Marine 2017

Sur 144 "engagements", trois (ou plutôt deux et demi) sur le sujet.
Rapide, vite fait, expédié en 2/2...
Si vous avez une souris à roulette tracez direct à 112/114...
Puis on verra que quand on parle de la culture à Marine Le Pen qui déjà, comme Trump, a du mal à avoir autour d'elle des "personnalités" (à part Brigitte Bardot) pour la "défendre" - elle avoue que le FN est "en train" de travailler sur le sujet...
Whaou, il était temps que la cellule pensante s'y colle...
Il faudrait juste m'expliquer ce qu'est une "véritable éducation musicale généraliste"...
C'est remboursé par la Sécu ?... Tout le monde y'aura droit ?...
Faudra présenter sa carte d'identité ?... Ce sera une généralisation de la chanson française (faites gaffe y'a Brassens, Ferré, Brel, Lavilliers... la vraie culture /contre culture à la française, là....)

M

Oh m... je suis piégé... décidément...
M comme Emmanuel Macron.

Une ambition culturelle - En Marche !
et pour vous éviter de cliquer en sous dialogue : Fiches_synthèse_culture.pdf

Ça, pour de la synthèse, c'en est...
J'aime le mot ambition résumé en un tel minima... (pourtant ambition et Macron ça rime grave...) et auréolé de quelques phrases genre citations glissées à l'oreille pour faire le mec qui...
Bon, je résume côté terrain...
J'offre l'occasion d'emmener mes élèves au concert, j'informe, je communique, j'ai même un autocar à dispo... retour positif... entre 5 et 10 % - voilà pour le pass culture (sauf si il y met le ciné alors là, y'aura affluence pour le dernier Boon). "hé mec, on ne va pas à la culture... c'est à elle d'aller vers..., oh ça fait bientôt 30 ans qu'on le dit ça, alloooo, réveil..."
Allez, je vais à la bibliothèque, ok, lieu de rencontre, on débat, on cause, relations humaines, mais m... le bouquin que je cherche est déjà sorti et reviens dans ? trois semaines ? (normal on est quarante étudiants de l'amphi à devoir faire une synthèse dessus c'est con ça) - Bon, bah, je file sur le net "doit bien exister en PDF..."- m'enfin c'est sympa d'ouvrir le dimanche, on s'est donné rencard pour se faire une soirée pizza juste après...
Bon, pour sûr, le jour où on comprendra que l'éducation artistique doit faire partie de l'éducation tout court, alors là on progressera réellement...
Bon, c'est tout ?... allez on peut développer , svp ?
OK, c'était vite lu... l'est déjà sorti dehors, dans "la vraie vie", Macron ?...

suivant,

M, comme Jean Luc Melanchon

Le livret Culture - JLM 2017

Je vous laisse constater...
Alors oui, chaine youtube, hologramme, la technologie le Jean Luc, y connait...
Récemment il a fait le pamphlet sur les intermittents, modèle exemplaire de travail.
Bref, mais à part le fait qu'il faille lire tout son projet pour en extraire des bribes d'idées sur ce qu'il ferait avec la culture - c'est où le Melanchon culture ?
J'avais cru... comme quoi faut jamais se faire d'illusions...
Paroles disait Dalida...
Mais sans écrits, les paroles, Jean Luc, tu sais...

N, O, P

P comme Philippe Poutou,

Pourquoi y aurait-il de l’argent pour sauver les banques et plus pour l’éducation et la culture ? | Poutou 2017

Juste une interview, autour de... l'opéra...
de là, on imagine décliner de grandes idées, et au passage tenter de tordre les idées reçues en proposant des solutions... basiques et tellement en lapalissade...
Oui filez plus d'argent à la création, oui répartissez mieux pour que la culture soit à la portée de tous, oui, oui, mais Mr Poutou, vous proposez quoi exactement ? de concret...
Allez, je passe et très vite cette fois...

J'ai également fait le tour d'autres candidats pressentis et devant se déclarer...
Je vous laisse sur ces 12 là, c'est déjà largement suffisant pour se faire une idée générale.
Pour sûr l'axe culturel ne sera pas prioritaire dans le choix général de vote et c'est tant compréhensible au regard de l'actualité que logique au regard des priorités sociales et sécuritaires.
Mais n'oublions pas ce qu'elle apporte à tout à chacun, quel qu'il soit.en confondant tout, tant milieu social que religion, origines, etc...
C'est bien justement ce mot tant galvaudé de "culture" employé par nos politiques à tour de discours, sans la prendre en réelle conscience, qui a pour chacun d'entre nous une réelle signification identitaire, de repère, d'ouverture, de tissu social et de tant d'autres notions imbriquées que le simple fait de l’omettre dans une visée politique m’apparaît comme un grave oubli de ce qui fait, justement, l'un des rayonnements de notre pays.

Mais comme pour Lala(ho)Land, on va finir par une 'tite chanson...
Allez, en chœur comme une Walls (trois temps donc attention à la reprise mesure 49.3e temps).
Vous faites comme ça : 1 temps fort silence, 2,3 en rythmant - go !
1 Macron, 1 Fillon, 1 Hamon (ordre au choix selon la walls des sondages) et (trois temps cette fois) Mé lan chon (nous pas les pinceaux le jour du vote) car attention il pourrait bien y avoir... Ma ri on (au choix rythmique puisque en contractant Ma rion, ça passe aussi sur 2 syllabes)...
Sur la rythmique karaoké de n'importe quelle Walls musette (culture française de 14 Juillet oblige) vous pouvez facilement trouver une petite rengaine - facile, puisque de toute façon la plupart d'entre eux nous la chantent cette même rengaine...
On l'a eue tous les sept ans, maintenant c'est tous les cinq, mais les paroles restent les mêmes...
Et si on changeait d'air ? d'auteurs, de on ? hein ? (bon les in on déjà eu - Raffarin, Jospin... qui rime avec ... allez vous allez forcément trouver)




























jeudi 12 janvier 2017

SOLO, IMPRO : MEGALO, EGO, MUSICAUX, VIRTUOSO, BEAU... OBLIGATO ?... Chapitre 1

SOLO, IMPRO : MEGALO, EGO, MUSICAUX, VIRTUOSO, BEAU... OBLIGATO ?...
Chapitre 1

Le vaste sujet que voici...
Parfois, je me demande ce qui peut bien me pousser à me lancer dans des trucs pareils, mais bon une fois l’idée ancrée dans la tête, difficile de reculer alors j’avance...
Ça m’est venu, là, suite à ce réveillon lors duquel, en jouant de nombreuses heures, l’improvisation et ce qui en découle, le « solo » sont des atouts majeurs de défiance du temps, de plaisir de jeu et d’expression, de prise de parole et certainement de prise de pouvoir sur l’auditeur.

Inspiré, en mode cliché, truffé d’us, coutume et gimmicks de genre, banal ou lisse, le « solo » est un moment fort, précieux et souvent obligatoire, qui n’a rien d’anodin dans le jeu musical.
Improvisateur ?
Soliste ?
Déjà un distinguo à discuter s’installe...

De tous temps improviser est un acte artistique commun.
On a oublié que tous les compositeurs classiques étaient de grands improvisateurs... ils n’étaient pas forcément tous "de grands solistes".
Liszt était un grand improvisateur et un grand soliste, aujourd’hui Jarrett est son parallèle alter ego indiscutable.
Mozart était tellement ancré dans le sujet de ses compositions qu’il ne cessait d’improviser, s’en jouant, s’en nourrissant, ne s’en débarrassant certainement qu’en les figeant sur le papier.
Quand c’est là, dans la tête...
Zygel parcoure les scènes françaises et internationales en remettant en l’esprit qu’improviser n’est pas que le simple adage du jazz ou des musiques actuelles mais que de tous temps, cet acte musical était fondamental et même symbolique, représentatif  de la valeur d’un compositeur, artiste, interprète – ce tout ne faisant souvent qu’un...
Bach, Brahms, Chopin, Liszt, Mozart, Vivaldi, Paganini, Beethoven... en fait on peut prendre le dico des compositeurs et leur associer le parallèle d'improvisateurs.

Ce dimanche 08-01, Arte, concert berlinois 2015 avec Anne Sophie Mutter/soliste...
Saint Saens, Ravel... quelle fabuleuse soliste, des œuvres d’une beauté et servies avec une précision virtuose époustouflante.
Une écriture savante transfuge d’improvisation ? De l’improvisation transcrite ?...
Parfois, on s’y perdrait...
Retenir par cœur et interpréter avec fougue de tels méandres d'écriture virtuose, ou en improviser de tels ?...
L'entrée n'est pas la même, la difficulté est identique.

Aujourd’hui l’improvisation se fige dans l’enregistrement... par le passé certaines « cadences » de concerto ont figé l’improvisation et sont devenues des moments écrits détachés de leur sens initial qui visait, justement à déployer un savoir-faire d’improvisateur de l’interprète.
Si Mozart avait pu enregistrer ses improvisations, que serait-il advenu de sa légende ?
Les variations issues de son esprit agile telles que ce célèbre « Ah vous dirais-je Maman », probable acte écrit d’un esprit vagabondant sur l’improvisation en critères inspirés (Majeur contre mineur, dédoublement rythmique, contres chants marqués, et tant d’autres dispositifs....) seraient  : foultitude d’albums à rebondissements multiples, projet ciblé, amusette, live de brasserie, bootleg chopé par un admirateur sur instantané un soir en dictaphone vite fait iPhone ???...

L’improvisation enregistrée entre en mémoire, s’écrit donc indiciblement ... finit par se figer...
Alors quand un improvisateur, ou un soliste, se doit d’enregistrer un « solo », il sait que, quelque part il le grave... pour l’éternité...
ou pas.

Live, en capture scène, un grand improvisateur, ou un habitué du genre, celui qui tous les soirs se produit dans les clubs et produit, justement des solos plus ou moins géniaux, égaux, généreux, selon son humeur, sa motivation, sa vie car liés directement à celle-ci, est quelque part, sans surprise...
Attention, le sans surprise n’exclut pas le génial, l’émotionnel, le plaisir du langage qu’on (re)connait, du son familier, du trait tellement entendu qu’il est la pâte, du plan cliché mais qui génère toujours la même saveur...
Parfois l’égarement, parfois la redite, parfois le vide, parfois le trait de génie.

Profondément humain, le langage dit improvisé s’il est un us courant n’est finalement qu’un mode d’expression... on n’est pas génial tous les jours dans le dialogue quotidien...
Tentez donc d’être génial en phrase, choix de mots et syntaxe là, le matin au réveil du café...

Phil Woods (au hasard, ou presque), grand suiveur de Bird, est par exemple un reflet assez logique de ce quotidien.
Il peut me toucher, parfois d’un trait de génie, d’expression, comme me faire juste prendre le plaisir d’écouter du « bon jazz », ce qui en soit est déjà largement appréciable, mais avant tout il est Phil Woods et comme pour un bon pote, il faut juste savoir l’écouter en tenant compte de sa personnalité, de son langage, de ses convictions, de ses choix de vie...
Il peut raconter et captiver, il peut être proche du banal, il peut enthousiasmer, ou ennuyer, normal, c’est un être comme nous tous, humain.

Il y a bien longtemps, Roland m’avait dit : « Quand tu n’as rien à dire, c’est comme dans la vie... ne dis rien... ».
Certes et, en situation il est un des rares que je sais avoir vu « passer son tour », pas envie, pas inspiré, rien à dire sur le titre qui défile.
Par contre je ne l’ai jamais entendu faire un solo « inutile »...
C’est une leçon que cela, l’appliquer dans la réalité scénique, c’est autre chose...
On peut toujours refiler le bébé au copain d’à côté, ça m’arrive parfois, pas d’idée, une tonalité qui ne génère que le doute, une rythmique qui n’aide pas, un cadre/carcan tellement rigide que s’en échapper ne sera que forcer, passer après un soliste si inspiré qu’on aura finalement plus rien à (re)dire alors, on file direct au thème, car, rien à ajouter... les situations sont nombreuses.

Mais parfois on est « obligé ».
Alors on va alors puiser dans le cliché, le plan frime ou virtuose de base qui n’apporte strictement rien à la musique,  ou encore le « qui vient au bout des doigts, là sans réellement réfléchir » - l’improvisation peut aussi être chargée de réels automatismes, en user c’est utile, en abuser est un piège... les connaitre c'est bien pratique car c’est utile d’en avoir un peu sous le capot, car parfois il faut aussi s’en sortir, « tricher » indirectement, savoir se dépêtrer d’une situation presque dangereuse.
C’est juste avoir du langage, de la culture, de la technique et du « ressort ».

Avant de faire une « philosophie » de l’improvisation en mode soliste, (Trane : « je pars d’un point et je vais le plus loin possible », Miles et sa théorie des notes les "plus belles"...) je crois qu’il faut en passer par des étapes permettant à la fois d’engranger du langage, mais aussi à travers ces choix de langage, de se faire son propre langage.

Keith Jarrett que je vénère dans le domaine ne peut avoir de limites en improvisation.
Ce qui sort de ses doigts est directement relié à son esprit, sans approximation, sans aucun détour technique parasite, juste la prolongation de la pensée... de sa pensée...
Un modèle...
Il ne sert donc à rien, si ce n’est pour le jeu créatif et technique, que de tenter repiquer des « plans » chez lui, il suffit juste de comprendre que si l’esprit est directement branché à la musique qui sortira des doigts, alors la partie est gagnée et le langage improvisé qui en est issu sera forcément personnel.
Alors peut-être on a là une clé... voire même LA CLÉ...

- Grand esprit, intelligence, capacité intellectuelle de synthèse, de réflexion, de création – grand improvisateur... la technique n’entre alors pas ou plus en ligne de compte (prenez un Paul Bley, par exemple, au langage si particulier, à l’expression si personnelle et comparez le techniquement à la verve souvent truffée de déballage technique d’un Chick Corea, capable du meilleur comme de l’ennui le plus diamétralement opposé).
La technique qui est « en doigts » peut se suffire à refléter l’esprit.
Elle peut même être par détour, son pire ennemi si l'on ne jure que par elle.

 - Âme commune, quotidienne, vie simple, environnement et relationnel communs – dialogueur musical de bon niveau certes, car avec de « la langue », mais puisant dans les communs du langage.
Finalement, c’est presque logique...

Nous en (re)venons donc à la musique langage, moyen d’expression, simple outil de communication entre les êtres, au profit de quoi...
D’une volonté artistique ? À quel degré de conscience met-on ce "haut" critère ?
D’une affirmation personnelle et égocentrique ? Je parle, j’impose mes idées ? Je parle pour animer de mes idées le dialogue ? Je parle pour... ne rien dire, juste parce que parler fait partie de la vie ? Je parle parce que j’ai quelque chose à vous dire ?... etc, etc...
La vie quoi...

Quand Bird s’exprime, quand Louis Armstrong rauque voix et trompette, quand David Gilmour décoche une flèche pentatonique, quand Trane prend justement ce point en le promenant partout dans la sphère sonore... leurs personnalités qui s’expriment sont telles que la musique est alors effectivement langage indéniable, moyen d’expression indiscutable, passage d’idée - par le son - évident...
Personnalité, charisme, recherche, dépassement de soi, travail sur soi ou simple extériorisation de soi, allez, on met ce qu’on veut là derrière car il faut aussi laisser la part de hasard et d’instinct (et encore y croire et ne pas briser la magie).

Quand la pensée, l’émotion, les sentiments génèrent la parole, qu’elle soit musicale ou commune, forcément, ça ne laisse pas indifférent.
Ça... nous touche et c'est bien l'essentiel.

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Que serait tel ou tel titre sans... son solo ? (tel concerto sans sa « cadence »)
Pourquoi tel ou tel improvisateur me touche ou m’est indispensable ?
J’aime cet artiste pour ses solos ? Ses impros ? Sa personnalité qui émane de ses « interventions solistes » ?

Mais au fait, ça marche comment ?
C’est fait comment ?
Vers quoi se dirige notre soliste, improvisateur ? Que cherche-t-il ?
Quel(s) sont ses ficelles, recettes, ses idées, son creuset ?...

J’ai commencé à m’amuser à lister des titres et solos que j’aime, qui à chaque fois, m’interpellent ou m’ont interpellé...
Il y en a tant... trop peut-être...
Malgré cela, certains restent encore au sommet de cet iceberg qu’est l’expression musicale à travers ce sens de langage qu’est l’improvisation.

Indéniablement des solos comme celui du « So What » de Miles  - dont je tenterais forcément de chercher, non des explications théoriques ou musicales, le sujet a été tellement étudié qu’il serait vain d’y pénétrer par cet axe – pérennisent en moi cette idée de perfection, d’indescriptible modèle, de tracé exemplaire... on y reviendra au cours de ces interrogations en chapitres, sur Miles...

Mais on peut toutefois s'amuser à classer, catégoriser (recoupements obligatoires d'axes possibles bien entendu) et tenter d'y voir ainsi un peu plus clair.

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LE POINT CULMINANT...

Construire un solo, tout un art...
Mais vers quoi, vers où, pourquoi et avec quoi ?
Parmi ces nombreuses questions existentialistes quant à l’acte qui va s’inscrire et souvent se graver en enregistrement certains proposent des directions, des réponses.
Les modes de langage pour les constructions habiles dudit solo sont à peu près toutes les mêmes...
Possession intellectuelle tant que technique sur l’instrument de gammes issues d’un support harmonique présent dans la composition, c’est du moins l’une des idées principales qu’on se met en devoir de faire étudier (et d’étudier) afin d’un matériau qui va permettre au protagoniste de puiser dans une boite à outils qui lui donnera des bases pour s’exprimer, improviser et créer en direct.
Bardé de tout un tas de noms barbares, fantaisistes, intellectuels ou farfelus tels que, myxolydien, dorien, pentatonique, notre futur improvisateur en herbe une fois muni de ce barda est face à l’éternel et cruel dilemme : « j’en fait quoi ? »... il est désormais bien loin de notre Louis qui n'avait en l'esprit que la variation mélodique du thème principal.
Il travaillera alors des clichés, des patterns, des effets de style, des plans, des combinaisons d’enchainements de notes ressemblant à des figures géométriques, des règles mathématiques, des tournures de phrase... s’en appropriant certaines, en modifiant d’autres, créant - tant que possible - à partir de telle ou telle « figure imposée » réadaptée à sa guise, à ses soins.
Selon sa personnalité qui va commencer à s’exprimer, le voilà qui, par bribes, commencera enfin à s’autonomiser, laisser parler son instinct, sa vie, sa musique...
Son degré de moyens d’expression ira selon, vaquera avec sa musique, ses choix.
C'est plutôt complexe.
Certains ne franchiront jamais l'acte de parole de l'improvisation, d'autres verront en elle une situation salvatrice permettant de s'échapper du carcan de l'écrit.

Improviser, donc... pourquoi faire ? dans quel but et est-ce si obligatoire, impératif, utile que savoir le faire ?

Voir une foule en délire s’esbaudir sur les clichés "blues de base" propulsés par un Keith Richards truffé de ce qui est devenu gimmicks m’a parfois incité à la réflexion à son égard d’un gros flemmard...
Facile, non... réaliste probablement...
Oui mais, finalement... en lui-même, quelle est "sa" volonté réelle d’aller plus loin, de faire autrement (je ne dis pas mieux, juste autrement...) dans un contexte musical qui, somme toute n’a nul besoin d’autre chose, voir, justement, d'un  (de ce) « contexte » qu’il a construit consciemment ou non, en ou autour de ce sens.
Bouder les solos de Keith Richards, c’est espérer quoi, au fait ?...
Dans le contexte des Stones, qui invitent parfois quelques grands improvisateurs pour booster un peu la sauce (avec des titres justement créés en ce sens, dans la direction de leurs invités), est-ce que plus virtuose, plus métal, plus blues roots, plus saturé, plus etc, etc... ça apporterait « réellement » quelque chose ?
Non.
Sonny Rollins éructant dans « Slave », transcende le titre des Stones par son solo incandescent suivi d’un solo maigrichon de guitare, qui finalement passe comme quasi formidable car boosté à l’adrénaline de cet instant précieux – un moment d’éclair, un solo impossible à oublier, puis, retour aux Stones, qu’on aime... pour ce qu’ils sont... cette rythmique de rêve, cette pulse dont même Rollins a du mal à se détacher, comme accroché, comme happé, comme envoûté.
A chacun son langage, et la tolérance qui va avec...
Ecouter les Stones pour les « solos » de Keith Richards  n’est pas l’axe que je privilégie, il y a tant à puiser chez eux et même chez lui (comme cette façon unique de positionner ses riffs) qu’il ne faut pas tout « mélanger ».
ROLLING STONES SLAVE -HD - YouTube

J’en reviens maintenant à cette conscience du « point culminant »...

Il y a deux solos qui m’ont toujours fait rêver, poussés en ce sens.
Ils sont mus par une trajectoire implacable qui, comme dans toute œuvre pensée avec une histoire, un développement, amène vers un point culminant, une sorte de révélation, un orgasme sensoriel, une découverte... un voile se lève, un dénouement surgit, un secret se révèle, une énigme est solutionnée.

Ce point culminant, préalablement préparé et assorti de multiples préliminaires, va surgir en lumière totale à la suite d’un solo posé en long préambule, préparant progressivement l’auditeur à ce moment désiré, souvent quasi écrit, sublime...
On a gravi la montagne, parfois non sans réel effort - on voit le sommet... ça y est, on y est et là, mon dieu, que c’est beau !...

« ARE YOU GOING WITH ME ? » – Pat Metheny  « Offramp » / 1982 ECM.


C’est curieux, quand je pense solo et surtout développement, c’est avant tout ce titre dans sa version originale qui m’apparait.
Il y a d’abord cette texture ostinato, détour des rythmiques brésiliennes qui cadre, établit et fixe le sujet.
Puis il y a ce thème, pas clairement exprimé, sous-entendu même et qui semble nébuleux, peu exploitable, discret tout en prenant place sur un échiquier dont on découvrira progressivement le jeu.
Le mélodica, incongru, va encore brouiller les pistes au milieu de ce fatras mi électronique, mi ambient, de cet espace qui s’ouvre et se dimensionne vers un infini, là, sous nos oreilles.

Puis les choses vont se dessiner et prendre un revers sérieux.
Le beat va s’accentuer, s’amplifier.
Le trait va se forcer et Pat Metheny entre en jeu, en solo.
D’emblée il va opter pour une direction chantante, mais truffée d’ornementations, de détours, de plans virtuoses tournant autour d’un seul et même axe qui le titille, qui l’obsède, qui l’hypnotise : arriver à amener cette phrase mélodique en sommet crucial, volontairement bluesy, qui va irradier tout son propos.
Nombre de versions par la suite, live de ce titre... toujours cette même obsession, cette direction, ce point situé au sommet, culminant, orgasmique...
Ce titre est construit comme cela, pour cela, avec ce sens-là et il est là, pour ça...

Alors on va commencer à chercher, à décrypter la grille, les gammes que le célèbre Pat possède sous ses doigts comme nul autre et qu’il a, à sa façon à lui, l’habitude de tordre en tous sens.
Alors on va tenter de se demander pourquoi ce solo, préconisé par cette sonorité de guitare synthé, fonctionne à travers les âges, malgré ce choix esthétique sonore qu’on discuterait bien.
Alors on va mettre un coup d’admiration ECM sur le son, l’espace, la dimension, la synthèse d’esthétiques éminemment lisibles ici.
On va forcément prêter une attention particulière à Lyle Mays, ce faiseur de paysages qui offre ici un tapis soyeux à son ami Pat, on sera capté par la rigueur souple de la section rythmique qui aide à ce développement...
Tous les ingrédients ont été mis là, tout a été pensé, rien n’est hasard, certes...
Mais sans ce point culminant, sans ce sommet vers lequel Pat nous emmène tant instinctivement que savamment, que serait, finalement... ce titre ?...

« HIPPITYVILLE » - John Abercrombie « Current Events » - 1986 ECM.


Même constat que précédemment.
Des couches successives pointées et cumulées par le looper, pas encore vraiment à la mode, installent le cadre.
Il est et se veut ouvert, Marc Johnson et Peter Erskine s’en emparent et le font vivre avec une souplesse, un groove, une gestion qui transforment la rigidité en créativité.
John Abercrombie a sorti la guitare synthé, là aussi, et trace un premier solo en sonorités souples et délicates, chargé de triolets de noires mélodiques assouplissantes.
Il se suffirait presque en soit et on pourrait en rester là.
Mais l’homme va changer de pattern sonore et chercher vers d’autres contrées plus pointues, plus nasales.
Peter Erskine le suit dans ce tracé, insiste sur les cymbales, le pousse, l’énerve.
Il tente alors une première échappée lyrique, aiguë, reprend, insiste et réitère définitivement vers un sommet chantant au plus haut point.
Erskine le coupe, il sera impossible de redescendre progressivement, seul le thème va être capable de tempérer cette montée sublime.
Ce thème va alors servir à étioler pour finalement... choir...
Du grand art, un grand solo.
Idem, dans les futures versions live, ils auront bien du mal à se détacher de cet axe expressif, même en invitant Michael Brecker...

John Abercrombie & Michael Brecker - Hippityville (1986) (Fusion) - YouTube

Le point culminant...
Etre capable de gérer une improvisation (comme une composition – Wagner, maître absolu du fait), vers un tel point pour le sublimer... rare.
Souvent ce point culminant a une forte connotation mélodique...
C’est ce qui fait vibrer l’auditeur...
La mélodie, le chant... nombre d’improvisateurs nourris à la gamme oublient ou négligent, ne veulent ou n’inscrivent en eux cet axiome qui pourtant, parle...
Improviser avec, autour, sur – la mélodie, le thème... c'est pourtant souvent ce qui touche, avant toute chose, l'auditeur.

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L’ECLAIR, LA LUMIÈRE, LE MOMENT CLÉ QUI IRRADIE...

Ecrit, pensé, anticipé, balancé d’un jet instinctif, jeté urgemment, soigneusement préparé...
Peu va importer, ce qui compte, là, c’est l’effet produit, la poussée que va générer le passage « soliste » envers l’auditeur.
Ces solos, généralement cadrés, sont fréquemment conditionnés dans un espace limité.
Ils sont souvent le fait d’invités, de musicien de studio supplémentaire, en tout cas de personnalités hors pairs... mais ce n'est pas systématique, parfois un "membre" du groupe peut avoir cette "fonction" de stimulateur de propos.

Le spécialiste du genre, éternel rehausseur de sujet invité en séances de studio afin de mettre un peu d’épices dans le sujet, c’est David Sanborn.
Il n’est pas unique du genre et nombre de ses confrères – tel Michael ou Randy Brecker, Steve Khan, Larry Carlton, Chris Botti, Tom Scott, (etc...) – peuvent prendre leur ticket dans la longue liste des aficionados du studio, ces pros de chez pros au savoir-faire et à la personnalité immédiatement identifiables.

« MONKEY SEE, MONKEY DO » - Michael Franks «The Art of Tea » / 1976 Reprise records.


Croisement des sections Jazz Crusaders et LA Express voici là un titre à mon sens plutôt symbolique de ce jazz dit Calif’, de cet esprit perfectionniste dû à l’adjonction, sur un sujet pourtant musicalement minimal, de musiciens hors pair, issus du jazz mais ouverts à mettre leur talent au service d’une certaine forme de « chanson ».
Le riff d’emblée apparaît comme unificateur, quasi seul élément musical « écrit », point de repère sur lequel tous s’installent.
Drums et percussions enfoncent un clou à grand renforts de latin effects et de toms accentués pour se rejoindre sur un break uni en do do do chantés...
Carlton brode un écrin de tranquillité jazzy
Jusque-là, rien de bien sorcier et la prod (LiPuma) aurait pu se contenter des simples distillations bluesy de Joe Sample, tellement limpides, tellement fun, tellement groovy, tellement parfaites...

Mais non, on va placer la barre minimum dix crans au-dessus, avec ce qui finalement fera tout... l’entrée lumineuse de David Sanborn pour un solo quasi d’anthologie, le genre exemplaire, le genre qu’on aimerait avoir pu être capable de faire un jour, le genre grosse leçon à la fois d’énergie, de style, de phrasé, de prise de pouvoir, de langage, d’essentiel, d’urgence, de « ce qu’il faut pile quand il faut et où il faut », etc... (Vous en voulez plus ? – je peux...).

Pourtant là encore, rien de bien vraiment « complexe ».
David Sanborn ne s’égare pas de sa chère gamme pentatonique, il est funky à souhait, mais... d’emblée sa sonorité si unique, cette acidité nerveuse, métallique et sèche chargée de blues, sa façon de couiner vers le suraigu en faisant désirer, cette délicieuse gestion de la pulse autour de laquelle il va syncoper, respirer, haleter, appuyer, tourner et... cette immédiateté du propos, voilà bien ce qui rend ce solo essentiel et change complètement l’axe du titre.
Principe « de base », Mr Sanborn, revient à la fin, agacer sérieusement le chant doucereux de Michael Franks et exciter encore un peu la rythmique histoire de pousser un peu l’ami Guerin à sortir son jeu drummistique souple et félin de studio vers des contrées plus jam session.

Ils réitéreront la formule pour en faire recette, en ajoutant toutefois quelques ingrédients, dans le formidable « CHAIN REACTION » - Michael Franks «Sleeping Gypsy » / 1976 Reprise records.
un titre qui sera parla suite l'un des fers de lance des Crusaders qui s'en seront emparés suite à cette session, le détournant de sa médiumitude coolitude pour l'emmener vers des sphères jazz/funk.
(The Crusaders - Chain Reaction - 1975 - YouTube)

MICHAEL FRANKS CHAIN REACTION - YouTube

Cette fois David Sanborn devra « composer » avec Larry Carlton qui dès l’introduction se positionne clairement comme alter ego... puis il ira taquiner Michael Franks d’entrée.
Un petit pont – limpide Joe Sample (!) – et c’est reparti, il entre en lumière, l’artillerie est sortie, ça couine, ça feule, ça gueule, ça groove, ça pète de mil feux et le retour du pont semblera bien tristounet... puis, il ira même jusqu’à attirer l’attention pendant le court solo de Sample, insatiable, gourmand, omniprésent et finira par récupérer ce pouvoir en tournant autour du pot tel un gosse qui ne lâche pas l’affaire jusqu’à ce qu’on lui cède...
On n’invite pas Mr Sanborn pour la figuration... leçon N°1 de ce qu’est un grand soliste/improvisateur invité...

« GLOOMY SUNDAY » - Serge Gainsbourg « You’re under Arrest » / 1987 Phonogram.


Quand on parle de lumière...
Encore une fois le saxophone, ténor cette fois, est au cœur du sujet.
Le grand Serge Gainsbourg s’y connait et sait tant d’instinct que d’intelligence ou de savoir-faire comment poser habilement une cerise sur gâteau...
Pas juste la poser, la faire briller...

Stan Harrison est le co-équipier de l’équipe des derniers tueurs recrutés par l’homme à la tête de chou, ceux qui ont, avec, grâce et par lui modifié le son d’un certain futur d’une étiquette où l’on sait plus trop où l’on en est.
Est-ce de la varièt’ ? de la pop ? du funk ? du hiphop parfois ?...
Gainsbourg s’en fout, nous aussi, on prend juste ça en pleine tronche, Jacky et moi ce soir d’apéro de presta pour une association dont je n’ai souvenir...
Ce soir-là, une fois notre jazz de circonstance joué, on est à table et le DJ qui va désormais officier passe le titre « You’re under Arrest » - on se regarde, médusés...
Une seule réflexion : « Ça, c’est le son des dix années à venir ».
On ne s’était pas vraiment gourés.
Alors, même si Jacky a galéré pour retrouver son écharpe offerte par sa copine, oubliée sur la chaise du piano, je sais qu’on se sera tous deux précipités le lendemain en FNAC encore utile afin de se procurer la pépite fr de cette année 87.

Là, j’aurais flashé de façon absolue sur ce « Gloomy Sunday » et encore une fois tenté de « comprendre » le pourquoi de ce solo essentiel, pile poil, qui fait dresser, justement, le poil et provoquer une réaction épidermique.

Une grille / suite d’accords chargée d’augmentés et de gimmicks chromatiques trace le chemin d’un quasi chant (suffisamment rare lors de cette période coda de Gainsbourg pour être souligné) – tout semble alors stable.
L’expression est au texte, qui méandre sur une mécanique humaine.
Rien ne laisse présager que l’on pourra sortir de cette pseudo bossa/rhumba aux guitares rigides plus que clean, qui fige et s’est figée de façon absolue.
Les claviers déroulent leur tracé harmonique, seul espace qui avance sur l’horizon noir de cette complainte dark.

Soudain, un rai de lumière Majeur, un feulement rauque, une densité bluesy et Stan Harrison fait gémir ce qui reste d'expression ultime.
Le mode Majeur inverse la donne et pourtant on croit être dans la teinte mineure... ou du moins, on a encore envie d’y croire.
Une poignée de mesures, un trait pentatonique fort, marqué...

Gainsbourg a choisi pour ce solo de simplement « modifier » la suite d’accords, sorte de pont C d’une succession d’A-B, il sait qu’ainsi Harrison s’emparera de ce cadeau pour sortir le meilleur.

Jusqu’à la place stratégique de ce titre dans le parcours de l’album, tout est ici pensé, savamment calculé pour cristalliser sur l’expression – Gainsbourg se joue du texte et des mots et Harrison, si l’on y réfléchit bien, a au long de l’album un rôle expressif capital.
Il n’est pas un invité chargé de mettre en relief un titre, non, il est le complément, le fil conducteur de l’expression voulue par Gainsbourg.
Il n’est pas juste un soliste posé en coin de scène, intervenant pour booster l’axe rythmique esthétique choisi, le groove en place ou encore les temps de répit entre les textes – la musique est articulée et composée autour et envers lui, rendant là sa présence indispensable à l’album sans que, pour autant, le saxophone ténor ne prenne le pas sur l’essentiel, à savoir Gainsbourg, sa voix détachée, ses textes lapidaires et érotiques, son talking unique, son axe encore une fois visionnaire tant en prod qu’en approche compo/arrangement.
Finalement, à y bien réfléchir, Stan Harrison endosserait il là, de façon équivoque, le « rôle » de... Samantha, muse d’amour érotico problématique, fantasme tant que réalité « textuellement » palpable, au quotidien tant sulfureux qu’ordinaire ou douteux ?
J’aime à me dire que le grand Serge a pu aller jusqu’à articuler son conceptuel « You’re under arrest » en pensant justement, à ce point crucial en offrant à ce soliste d'exception un rôle de démesure.

--- la suite au prochain épisode...
et, mes meilleurs voeux à toutes et à tous, lecteurs assidus ou de passage, merci de venir par ici pour partager cette passion commune qu'est la musique.