EVASIONS CLASSIQUES … William Shield / Antonio Soler.

EVASIONS CLASSIQUES … William Shield / Antonio Soler.


Illustres en leurs temps, inconnus ou presque du nôtre, ainsi tourne l’horloge d’une certaine relativité parait-il (un sujet qui parallèlement m’intrigue tant que me passionne, assorti à cette notion de double causalité que je me dois de creuser plus avant).

William Shield, né le 05 mars 1748 à Swalwell (Gateshead) et mort le 25 janvier 1829 à 80 ans, à Londres, compositeur, violoniste, maitre de musique du roi, franc maçon de la St John’s Lodge puis de la Phoenix Lodge à Sunderland.
D’un côté …
Antonio Soler, ou plus exactement Antonio Francisco Javier José Soler Ramos, baptisé le 03 septembre 1729 né à Olot dans la province de Gérone, mort à l’Escurial le 20 décembre 1783, compositeur, organiste et religieux espagnol.
Padre Soler …
De l’autre …

Pas tout à fait contemporains, à très peu d’années et de durée de vie prêt, mais symboliques dans leurs vies et dans leurs musiques de leur époque, principalement le XVIIIe siècle qui est empreint de classicisme, de style galant, en plein siècle des lumières.

Les loges sont des refuges et s’y réunissent les intellectuels qui prônent le rationalisme, le libéralisme tant que l’individualisme. Ils sont contre l’Eglise Catholique et son obscurantisme ainsi que sa superstition et ils s’opposent aussi à la royauté et la noblesse contre leur statut arbitraire.
Ce sont généralement des bourgeois encyclopédistes.
Williams Shield entre de plein pied dans ce mouvement philosophique.

Pour Antonio Soler, du fait de son appartenance à l’Eglise, il faudra mitiger cela, il faut toutefois considérer que son succès rendra les moines jaloux et qu’on le surnommera le « diable en habit de moine », allant jusqu’à l’enfermer au couvent où il était entré sous l’ordre des hiéronymites, à Saint Lorenzo de El Escorial.
Il aura demandé, en vain, sa mutation.
Prisonnier ? … en tout cas la jalousie et la décision de son supérieur, Julian De Vilegas, de lui interdire toute sortie et prestation musicale hors l’Eglise en dit long.

Nous voici face à, d’un côté un compositeur adhérant à un mouvement bourgeois philosophique et, de l’autre à un moine compositeur dont le succès a imposé, de la part de son ordre, une réclusion définitive.
Protestantisme d’un côté.
Catholicisme de l’autre.
Idéal de liberté d’un côté.
Soumission de l’autre.

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WILLIAM SHIELD :

« Complete Chamber Works 1 – Six Strings Quartet Opus 3 » - The Dorrit Ensemble | Naxos 2025
« Complete Chamber Works 2 – String Trios N°1-9 » - The Dorrit Ensemble | Naxos 2025
« Complete Chamber Works 3 – Violin Duets – Opp 1 & 2 » - The Dorrit Ensemble | Naxos 2026
« Rosina » - London Symphony Orchestra – Direction Richard Bonynge, Ambrosian Singers, Elkins, Harwood, Sinclair, Tear, McDonald | Decca 1966.

Très célèbre de son temps, violoniste adulé, à la carrière providentielle.
Dès le plus jeune âge il perd ses parents pour être placé en apprentissage aux chantiers navals de South Shields, William Shield fera, malgré tout ce contexte, ses études musicales auprès de Charles Avison.
Sa carrière de violoniste va très vite prendre de l’essor et il va également diriger des orchestres, débutant cette activité avec un orchestre de théâtre, à Scarborough.
Puis il sera altiste à l’orchestre de l’opéra du Covent Garden – il y composera l’opéra « the flitch of bacon ».
Son premier.

Ce préambule permet d’y voir un peu plus clair…
D’abord, il faut savoir que Shield a composé plusieurs opéras qui eurent, de leurs temps, un grand succès. Et, présent enregistrement ici, il a composé l’opéra-comique « Rosina » qui est considéré comme le premier ou l’acte de naissance de la comédie musicale.
Nombre des partitions de William Shield sont encore incomplètes mais progressivement, des recherches afin de revaloriser ce grand compositeur anglais, ne cessent de se faire et permettent d’inhumer son répertoire de l’ombre.
Il faut dire qu’il a été, en plus, au cœur d’une « querelle » de plagiat qui lui a fait grand tort.

Shield aime à inscrire dans son inspiration musicale la mélodie folklorique qui a imprégné son enfance en Northumbrie, c’est l’une des caractéristiques de sa musique que l’on va retrouver de façon systématique dans les trois albums ici présentés.

Trois albums…
Si l’on parcours, par exemple discogs, on constatera avec stupéfaction que William Shield est réellement sorti des cadres - avec des albums au compte-goutte concernant d’éventuels interprètes s’intéressant à sa musique.
Et c’est bien parce que, un beau jour, John Treherne, à Swalwell a eu la belle initiative (2009), avec le conseil municipal, de créer un mémorial en son honneur que son nom est réapparu dans l’histoire de la musique.
Et que sa notoriété perdue semble aujourd’hui renaitre.
Ainsi une salle a ensuite porté son nom et un festival où sa musique est jouée, par les jeunes musiciens de la commune réunis en un orchestre, a vu le jour.
William Shield, après des siècles d’oubli est ressorti de l’ombre où il fut rangé, caché, mésestimé.
Tout cela explique que c’est seulement aujourd’hui que son œuvre peut enfin être jouée, répertoriée et installée en enregistrements sous son nom en place de quelques ouvrages disparates placés dans des compilations représentatives de la musique anglaise de son temps, aux côtés d’autres de ses contemporains.

Puisqu’il est acquis que William Shield a composé de nombreux opéras et que « Rosina » semble être son œuvre tardive la plus représentative de sa capacité en ce domaine, on a de la chance, en  1966, le chef Richard Bonynge à la tête du LSO l’a gravée.
Haydn admirait Shield, Shield admirait Haydn, ils se rencontrèrent et ce style à la fois galant et très structuré, organisé et classique, reposant sur l’axe mélodique exacerbé avec soutien harmonique à son service est magnifié tout au long de « Rosina »…
« Rosina » fut créé au Convent Garden en 1782 et s’en suivirent en seulement deux années après sa création plus de 70 représentations.
Cela assura à Shield une réputation sans faille et lui octroya le monopole de compositeur pour le Covent Garden pendant environ les huit années qui suivirent, tant le succès de l’œuvre fut grand.
« Rosina » fut également donné le 27 janvier 1808, pour inaugurer le Sunderland Théâtre.
C’était un gala de bienfaisance pour les marins de Tyne and Wear détenus prisonniers de guerre en France.

C’est à partir du Livre de Ruth, adapté par la québécoise Frances Brooke depuis la douce idylle de la bible, pour une « fable morale, simple et intéressante » que William Shield a composé livret (en partie) et musique.
Il y met en scène la vie rurale telle que la bourgeoisie de l’époque aimait à la voir et s’en amuser en spectacle, en se divertissant, sur un propos musical simple et enjoué, reflet effectivement des traditions populaires et permettant de s’évader du quotidien avec un sujet (ici Rosina, veuve, est à la recherche d’un époux, elle va rencontrer Mr Belleville qui malgré la classe sociale de la villageoise va l’épouser et la couvrir de bienfaits) optimiste aboutissant à une morale conclusive.

« Rosina » est une pièce dite légère, faite de dialogues, d’arias d’une grande virtuosité, parfois en registre et en écriture égalant la reine de la nuit chez Mozart, c’est dire… (« stay and hear me … whilst with village maids » - surprenant de mimétisme).
Chose encore rare pour ce type de forme musicale, « Rosina » était chanté en anglais (alors que la coutume était que ce soit en italien) et incluait aussi de nombreux dialogues.
La matériau thématique principalement constitué de mélodies populaires et folkloriques, ce corps musical organisé sur le mode galant de l’époque donne véritablement le sceau identitaire du compositeur.
L’œuvre dure moins d’une heure, agit réellement comme une petite pièce de théâtre.
On peut alors comprendre cette appropriation qui lui est accolée de première comédie musicale.
Il est à noter que, comme bien souvent dans le registre des compositeurs anglais, les chœurs ont une place importante et sont écrits avec une grandeur inégalée.
L’écoute fait montre d’une difficulté d’exécution réelle pour les solistes, ce qui a dû également enthousiasmer, dès sa création, le public féru des tourbillons vocaux que le registre de l’opéra avait pour coutume d’offrir – avec plus ou moins de talent et de qualité compositionnelle.

Comme j’aime à le dire et après plusieurs écoutes de cette œuvre, effectivement très divertissante, légère et au matériau musical très fourni, offrant de nombreuses directions d’écoute, d’analyse et d’émerveillement, « Rosina » de Williams Shield coche toutes les cases du plaisir procuré pour l’amateur de lyrique et pour simplement le-la mélomane.
Des enregistrements des opéras de Shield, si vous en trouvez, faites-moi signe…
Donc celui-ci étant tant disponible que de grande qualité, allez-y – sans hésiter.

William Shield (1748-1829) - Rosina (1782) - YouTube

Passons maintenant à ces deux volumes de musique de chambre interprétés par le Dorit Ensemble, sortis chez Naxos.
Encore une fois saluer le label est de mise, car non seulement leur catalogue est impressionnant mais surtout il met en valeur des compositeurs-trices des toutes époques généralement oubliés, peu édités, négligés de l’histoire, mais en plus ce répertoire est représenté par des artistes en devenir, des ensembles, orchestres qui font vivre la musique classique et contemporaine au sens réel du terme, en dehors des grandes stars des salles de concert. En rock on a le mouvement dit indé, en classique quelque part, c’est eux.

Le volume 1 est consacré aux quatuors à cordes.
Shield: Complete Chamber Works, Vol. 1 - YouTube
Le volume 2 est, lui, consacré aux trios à cordes.
Shield: Complete Chamber Works, Vol. 2 - YouTube
Le volume 3 quant à lui est consacré, chose rare tant que surprenante à des duos pour violons.
Shield: Complete Chamber Works, Vol. 3 - YouTube


William Shield a été violoniste et altiste, autrement dit sa connaissance technique de l’instrument et du critère cordes est sans failles.
Avec son package d’écriture savante mêlée à son usage des mélodies à caractère populaire et folklorique, il semble logique que cela apparaisse là encore.
Avec son art mélodique affirmé qui faisait mouche dans ses compositions lyriques, il y fort à penser que cette faculté au génie de l’horizontalité se décline ici.
L’écriture dite chambriste suppose tout cela et très souvent, les compositeurs-trices qui l’ont inscrite dans leur catalogue, dans leur production, l’on fait avec « expérience » et malgré tout, généralement, la production de ces œuvres – même liées au divertissement de salon – supposait un travail acharné.

Je vais prendre les choses à rebours et attaquer par le volume 3 avec ces duos pour violons.
Cela pourrait sembler austère ou encore obliger une certaine mise en préparation que ces œuvres pour deux violons, un axe chambriste pas si commun que cela.
On imaginerait aisément une présentation contrapuntique du sujet – il n’en sera rien.
Finalement l’horizontalité que l’on croirait fastidieuse et obligeant à faire un chemin vers l’harmonie afin de la « deviner » n’est pas.
Le rôle harmonique est bel et bien présent et son tracé n’impose aucun « effort » d’écoute.
Ces duos coulent comme cette source classique d’écriture qui est ancrée en nous vers l’évidence.
Les mélodies sont véritablement magnifiques, les contrechants subliment cette dimension et l’agencement des deux violons dont la répartition n’est en nul point révolutionnaire (1er axe mélodique principal, 2e  harmonie, contre chants, réponses et accords éventuels) offre une musique « de salon » qui permet, si on le souhaite, de se transposer dans un contexte d’époque, galant, élégant, noble et parfois précieux.
Les deux interprètes sont aux petits soins pour exprimer avec un charme certain ces pièces qui s’installent dans notre Hifi comme un petit miracle musical et on se laisse prendre au caractère léger et délicat de ces compositions qui demandent pour ce degré de semblant d’aisance, une sacrée dose de virtuosité et de maitrise de l’instrument.
De rondos en menuets, de canons en variations, avec un matériau simple mais développé avec un science parfaite de l’écriture et de l’équilibre, ce volume 3 est un petit écrin de lumière musicale.
Une musique d’accompagnement de la vie qui s’installe avec un naturel désarmant.

Passons maintenant au volume 2, en trio à cordes cette fois.
Violon, alto et violoncelle vont égrener, avec la même constance musicale et ce savoir-faire d’écriture pour cordes qui caractérise ce compositeur.
Le violoncelle renforce la clarté harmonique du propos et permet d’élargir tant le son que l’axe des développements. L’alto (rappelons que William Shield fut également altiste, et de renommée, ce très certainement avant que cet instrument ne subisse les affronts qui le firent entrer comme un « sous violon », facile, relégué à des taches musicales subalternes – je profite de cette déplorable parenthèse pour confirmer ce fait clairement affirmé par un professeur de violon que j’ai eu le désarrois de côtoyer de bien trop nombreuses années dans ma carrière qui déclarait cet instrument ainsi que les professeurs qui l’enseignaient comme étant un rebut de la haute société des cordes…) a ici une place d’une grande importance.
Il est le point central de l’écriture, le point d’équilibre total entre la mélodie (toujours ces mélodies si légères, entrainantes, incitant au fredonnement) délibérément exprimée et expressive et le soutien circulatoire du violoncelle.
L’écriture de ces trios se devrait, maintenant qu’ils sont sortis de leur oubli, d’être à l’étude, j’irais volontiers jusqu’à oser dire au même titre que les œuvres chambristes de Schubert, référentes en la matière.
De la musique de « mouvements » dans laquelle vont se glisser subrepticement quelques rondos, jeux ou encore chaconnes, siciliennes, et autres alla Livonia, Sclavonia – supports et cellules rythmiques qui rappellent que William Shield reste avant tout inspiré par le degré traditionnel et populaire de la musique dans lequel il puise son inspiration.
Et c’est bien certainement là qu’avec la musique il était « à succès », tant auprès de la noblesse qui aimait que le musique populaire s’invite chez elle qu’auprès de la bourgeoisie encyclopédiste.
Rationaliste, franc-maçon et adhérant aux philosophies promues par les loges, sa musique est également le reflet de cette direction politique et elle se veut certainement représentative du peuple dont il est issu, la musique lui ayant permis de sortir de sa condition sociale.

Il n’y aura pas de grande surprise avec le volume 1 dédié cette fois à sa musique pour quatuor à cordes.
Pas de grande surprise stylistique et de maitrise du sujet, certes, mais la réelle surprise est d’être face à cette question : « comme cela est-il possible qu’un tel compositeur, si représentatifs de son temps et qui plus est, à succès en ce même temps, ait pu passer ainsi de la lumière à l’oubli ? »
Nous avons quelques éléments de réponses et suppositions pour un début d’enquête, ce très certainement étant lié à ses engagements politiques et maçonniques qui s’opposaient quasi ouvertement à la royauté et la noblesse dans un pays qui est encore une royauté aujourd’hui – il y a fort à penser que ce compositeur, même s’il était populaire jusqu’aux plus hautes sphères de la société, une fois décédé, passe immédiatement dans l’ombre.
Fort heureusement l’histoire est pleine de surprises et le voici de retour.
Et l’on ne pourra qu’aimer sans autre questionnements sa musique, comme dans ce premier volume où ses quatuors peuvent, là encore, sans la moindre hésitation prendre place aux côtés de ceux de ses illustres contemporains qui, comme Haydn, l’admiraient en toute réciprocité.
Là encore ils sont superbes et leur interprétation par The Dorrit Ensemble qui a pris la charge d’interpréter ces trois volumes, l’est tout autant.

Ne boudons donc pas William Shield et en le rangeant dans une sous-catégorie ce serait passer à côté d’un grand, certainement prolixe, dont l’œuvre va commencer souhaitons-le, à s’imposer dans le répertoire. Il faut se rappeler que l’illustre Antonio Vivaldi – dont on découvre encore des œuvres tant il écrivait abondamment – était encore un quasi illustre inconnu au début du XXe siècle et qu’il fallut le miracle d’un violoniste en mal de nouveau répertoire pour que l’on s’intéresse à lui que le moine roux sorte lui aussi, de l’ombre où les siècles l’avaient relégué.

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Passons maintenant à Antonio Soler et changeons de pays, d’empreinte religieuse, de poids social mais aussi de mode social.
Il faut se rendre compte qu’un jeune compositeur qui aurait pu avoir un succès phénoménal par sa musique va se retrouver enfermé, cloitré, « prisonnier » … par l’austérité et la jalousie d’un supérieur (Julian De Vilegas) et de sa congrégation…
Allant jusqu’à le surnommer « le diable en habit de moine ».
Rien que savoir ce fait me révulse et me révolte – mais il n’est rien à faire pour contrer le passé, si ce n’est rendre à Antonio Soler l’hommage que sa musique et lui-même méritent.  
Et se souvenir du nom de son absurde supérieur : Julian De Vilegas, obscurantiste de la pire espèce qui a détruit pour nous et pour l’histoire de la musique le développement artistique d’un grand compositeur en devenir.
Alors il nous reste des pièces intimistes, pour clavier, la plupart du temps.
Dieu lui a tout de même laissé l’opportunité de s’exprimer à minima, dans le plus simple apparat instrumental…
Et de donner quelques cours et bien évidemment écrire quelques messes et autres pièces liturgiques chantées.

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Antonio Francisco Javier José Soler Ramos est considéré et très certainement à juste titre comme le plus grand compositeur catalan de la musique baroque. On l’a souvent comparé à Scarlatti, qui vécut, bien qu’italien, à la cour d’Espagne.
On estime cependant qu’il a apporté à la musique, à son développement ainsi qu’à de nombreux usages qu’il a installé (tel cette basse d’Alberti), sans parler de son ouvrage intitulé : « la clé de la modulation, et antiquités de la musique, où l'on traite des bases nécessaires pour savoir moduler : théorie et pratique pour une meilleure compréhension de tout type de figures, depuis l'époque de Juan de Muris jusqu'à nos jours, avec quelques canons énigmatiques et leurs solutions », publié en 1762 et reconnu unanimement.

Antonio Soler a encore et toujours de nombreux fans de par le monde, une sorte de fascination pour sa musique déclarée géniale, même si le « Fandango » découvert dans les années soixante par le claveciniste Rafael Puyana, à la vigueur technique et inventive extrême qui lui est attribué par certains, ou renié par d’autres a créé un doute en forme de mythe autour du compositeur.
Pour parfaire le mystère, il n’existe à ce jour aucun portrait de l’artiste, si bien que l’on n’a strictement aucune idée de son physique – nulle « image » ne peut être mise sur l’homme.
Et pourtant un timbre-poste espagnol de 1983 le représente…

Pour quasiment conclure, il a mis en avant le villancico, un chant de noël entre sacré et profane, à la similitude avec le noël français. Remontant au Moyen Age, ce chant peu défini permettant à la fois la danse a été récupéré par l’église espagnole qui va en faire une sorte d’emblème l’emportant avec elle dans les colonies américaines en l’utilisant sous moultes formes et formules dans les offices, permettant ainsi, par son caractère populaire initial, d’avoir un plus grand impact sur les gens.
Ordonné et entré dans le Site royal de Saint-Laurent-de-l'Escurial il y finira maitre de chapelle et on pense que nombre de ses œuvres, en particulier ses sonates et ses concertos pour deux claviers (orgue et clavecin) ont été écrites à l’attention de son élève Gabriel de Bourbon, le très cultivé et passionné des arts … infant d’Espagne.
Il a également écrit nombre d’ouvrages liturgiques d’ampleur modeste mais audacieuses en termes de composition.

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Bon, si demain Netflix, Disney ou Amazon Prime voulait s’emparer du mystère Soler, je suis certain qu’en quelques épisodes voir saisons, mettre sa vie au grand jour en enquêtant sur cet homme atypique pourrait être un sacré synopsis argumentaire.

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ANTONIO FRANCISCO JAVIER JOSE SOLER RAMOS :

« Villancicos a San Lorenzo » | Camerata Antonio Soler, Coro Padre Antonio Soler, dir Gustavo Sanchez | 2018 Camerata Antonio Soler.

Fray Antonio Soler: Villancicos a San Lorenzo - YouTube

Commençons l’exploration de l’œuvre du compositeur par ces fameux Villancicos, histoire de plonger un peu dans ce qui fut l’un des axes d’écriture de son œuvre liturgique.
Et apprécions la dimension tant orchestrale que chorale qui s’impose avec une forte solennité chargée de vénération et de joie, au cours de cet enregistrement réalisé par des spécialistes de l’œuvre du padre/fray Antonio Soler.
On sera séduits par une polyphonie tant claire que recherchée, soutenue comme le serait un petit oratorio par un ensemble mêlant huit cordes et instruments à vent (cors, hautbois) et solistes-choristes qui vont osciller entre airs et récits.
Les œuvres présentées ici couvrent les années 1753 à 1770 et les titres attestent d’un pas hésitant entre religieux et profane – caractère spécifique de ce genre qui malgré le fait d’avoir été récupéré et réintroduit par l’Eglise a gardé ses origines populaires.
Ces chants étaient principalement destinés à célébrer Noël.
« La plus Noble des Souffrances », « Fleurs, vent, oiseaux, fontaines », « Au temple vivant de Dieu », « Le Laurier plein d’amour » …
D’un caractère principalement enjoué et rythmé, ces six Villancicos sont absolument réjouissants de ferveur, de simplicité de propos tant que de science d’écriture vocale absolument remarquable.

On comprend mieux là, d’emblée, ce qui fait que ce « diable en habit de moine » puisse avoir nombre de fans ce encore aujourd’hui.
Et on comprend mieux là encore que l’on puisse le considérer comme le plus grand compositeur baroque espagnol ou plutôt catalan de l’histoire de la musique de ce pays.
Là où j’admire Scarlatti, resté dans son principe de composition italien et génial faiseur d’œuvres pour claviers, je ne peux qu’être enthousiaste face à cette musique authentique, aux valeurs spécifiques que le compositeur a remis à l’ordre du jour en son temps.

J’hésitais à installer ce premier album pour entrer dans son univers et au sortir, je trouve que l’entrée en matière est excellente pour le découvrir.
Une musique bien lumineuse, pleine d’espoir et de partage, comme si, de sa « cellule », le prêtre devenu maitre de chapelle l’avait écrite dans la joie que la lumière qui entrait dans sa pièce lui apportait.
Des cors à l’écriture étincelante, un hautbois chantant, des cordes insistantes et guillerettes, des solistes vocaux sortant du chœur en parfaite harmonie tant vocale que céleste…
La joie de Noël est bien là.

« 6 Concertos for two keyboards instruments » | Archiv 1980
Kenneth Gilbert & Trevor Pinnock : harpsichords & pianofortes

Soler: 6 Concertos for Two Keyboard Instruments - YouTube

Deux axes qui renforcent l’intérêt pour cet album
En premier lieu c’est sous le label Archiv (annexe DG pour l’exclusivité baroque), ce même si enregistré en 1980 et bien au contraire les ingés son étaient encore férus de prise de son analogique en cette époque. Archiv est une référence qui a labélisé le retour vers l’interprétation baroque avec une volonté accrue en ce sens.
Cet album devrait (a dû ? ...) certainement servir de référence pour l’interprétation des concertos à deux claviers (entendons là sous le mot concerto cette seule et unique idée de concertant, de discussion de dialogue entre protagonistes – ici deux claviers, parfois un instrument soliste avec orchestres – la norme qui s’est installée – mais aussi en mode grosso ou des pupitres dialoguent au sein de l’orchestre).
En second lieu quand on met face à face deux des plus grands représentants du clavier baroque, déjà, c’est attirant et en plus cela va renforcer l’attrait envers ce compositeur.
Gilbert et Pinnock n’enregistrent pas « culturellement » à la légère et s’ils ont choisi Soler c’est obligatoirement pour le grand intérêt musical que sa musique leur a suscité.

Beaucoup ont du mal avec le clavecin, sa sonorité et il faut, soit dépasser cette première approche, soit se représenter par l’instrument, son identité qui image l’époque.
D’autres concertos seront exécutés avec pianoforte, cet ancêtre du piano, sec, martelé et pour lequel les usages d’embellissements d’écriture afin de donner aux sons qui devaient, sur le papier, durer, restent légion.
Avec cet estampillage sonore bien réaliste et de plein pied dans le mouvement du renouveau de l’interprétation baroque on va pouvoir se donner une idée précise de l’inventivité et de la faculté d’organisation musicale de Soler.
Des mouvements et l’obligatoire menuet ainsi que des indications sommaires d’interprétation illustrent le sens à donner à la musique présentée (Andante, Cantabile, Minue, Afectuoso).
C’est peu mais c’est déjà pour l’époque une volonté d’expression dépassant le simple rapport rythmique issu de la danse et une porte ouverte vers l’expression du « sentiment ».

L’organisation du dialogue entre les deux claviers est précise et respectueuse des deux protagonistes – la musique de chacun renvoie celle de l’autre, s’unit, se détache, reprend le fil – un véritable jeu de rôles magnifié par une réelle inspiration musicale qui fait comprendre que Soler ait eu tant de fanatiques réels de sa musique.
La musique présente dans cet album est d’une formidable « actualité » et fortement personnelle, identitaire.
Faire des comparaisons avec d’autres compositeurs sur le même registre sera très vite impossible, inutile et oublié et cela permettra d’apprécier ces concertos, en eux-mêmes, pour eux-mêmes.
Sublimés par ces deux mentors de la musique baroque, ils n’en sont que plus captivants.
Et il faut se rappeler qu’ils furent certainement destinés à un caractère tant pédagogique que de représentation intimiste.

« Sonata Completas Vol 1 | Glossa 2020.
Patrick Cohen : forte piano

Soler: Sonatas completas, Vol. 1 - YouTube

12 Sonates, au piano forte par cet artiste que j’avais découvert il y a bien longtemps lorsque je découvrais avec lui et le quatuor Mosaïques la musique de Boccherini.
Dès lors, puisque j’avais été touché par son jeu, j’ai régulièrement écouté ses interprétations les plus diverses mais toujours très pertinentes et musicologiquement précises.
Je n’avais pourtant prêté une attention plus particulière à cet album dédié aux sonates de Soler qui mérite pour cette chronique, toute mon attention.
Je savais bien que sous le nom de cet interprète le voyage de redécouverte d’Antonio Soler serait du plus haut intérêt.
Il l’est.
Cette fois la donnée musicale et composition dépasse la donnée instrumentale, j’entends par là que sous les doigts et l’esprit avisé de l’interprète il sait faire oublier le piano forte et le transpose avec expression tant qu’intelligence comme réel vecteur de la musique du compositeur, lui donnant sa vérité « d’instrument ».

La richesse inventive de Soler prend ici toute sa valeur et on s’autorise à imaginer que s’il eut pu s’émanciper du cadre religieux dans lequel il était enfermé il nous aurait transmis un patrimoine orchestral référent pour l’histoire au-delà de ses créations liturgiques.
Mais qu’importe, Soler, dont la seule image est réduite à un timbre-poste, a tout de même laissé, comme l’attestent ces sonates, un répertoire qui fascine les musicologues.
Cet album interprété par Patrick Cohen permet d’en apprécier toute la valeur authentique.

Et c’est un répertoire qui a tout de même quelques interprètes qui l’actualisent, comme le pianiste Gerardo Teissonnière qui vient d’enregistrer lui aussi ses sonates pour la maison Steinway & Sons (album : « Soler ! »).
Soler! - YouTube
Un album qui permet sur un piano « actuel » à la prise de son absolument divine de transposer la musique du compositeur au-delà de sa seule donnée baroque, comme le fit Horowitz avec Scarlatti et permit ainsi de transmettre la musique de celui-ci, le rendant plus célèbre et l’installant dans le répertoire.
Antonio Soler reprendrait-il le fil d’un réel engouement pour les interprètes ?
Scott Ross ou encore Alicia De Larrocha l’ont célébré.
Padre Soler: Fandango & 9 Sonates - YouTube
Soler: Piano Sonatas - YouTube

Le premier comme l’un des plus grands clavecinistes, la seconde incluant sa musique dans le répertoire de la musique espagnole qu’elle défend et représente.

Voir qu’en 2026, une maison comme Steinway & Sons avec Gerardo Teissonnière, sous son label, le mette en avant est certainement un signe que l’on va commencer sérieusement à sortir Soler du seul cadre baroque, spécialisé, confidentiel même et en tout cas très spécialisé dans lequel on l’a réduit et comme pour Bach ou tant d’autres lui donner sa légitime universalité.

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Cette chronique a été commencée il y a bien longtemps, je me devais de m’imprégner de la musique de ces deux compositeurs pour tenter de vous la faire partager en toute vérité et honnêteté.
J’espère que vous partirez à leur découverte, leur musique respective est un magnifique voyage dans le temps et les sortir d’un oubli relatif ne serait-ce qu’en les écoutant, simplement, sera bénéfique pour leur mémoire.

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Bonne semaine baroque et merci de votre fidélité.















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