# … « l’envie »

 # … « l’envie ».


(j’allais laisser ce bref article de côté, mais de récents débats sur un blog ami, où à travers les éternels mots avec au centre d’un jeu d’idées de dupes envers C.Dion m’a incité à en faire autrement et finalement publier ce qui suit – il est des correspondances d’idées inévitables).
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L’envie…

« Ce péché capital a été introduit par le pape Grégoire 1er.
L’envie est un sentiment négatif ressenti face à la possession d’un bien ou d’une qualité par autrui. C’est aussi la volonté de s’approprier ces choses par tous les moyens.
L’envie mène au ressentiment, à la haine, à la colère et l’agressivité.
L’envie s’accompagne de tristesse, de tourment et de jalousie au sens commun du terme. »
source : JePense.org.

Dans l’œuvre les sept péchés capitaux de Kurt Weill et Bertold Brecht, ballet chanté, satyrique, anti-capitaliste et dernière collaboration du duo auteur (Brecht), compositeur (Weill) avant leur départ d’Allemagne où le nazisme s’est installé, l’envie est le septième.
« Neid » - Allegro non troppo, alla marcia, un poco tenuto.
Anna part sept années loin du cocon familial et a pour mission de ramener l’argent nécessaire pour la famille afin de lui permettre de construire une maison.
Chaque année de ce périple, elle sera confrontée à l’un des sept péchés capitaux et devra faire un choix entre rentabilité et justesse.
Cornélien…
A l’issue de cette quête Anna, épuisée, arrive à San Francisco où elle envie ceux qui se satisfont de ce qu’ils ont sans envier les vieux nantis…
Elle rentrera finalement chez elle et découvrira avec beaucoup d’amertume, ayant dû céder à certains péchés au cours de sa quête, que la maison a pu se construire grâce à l’argent qu’elle a envoyé régulièrement.
Weill: Die sieben Todsünden: VII. Neid - YouTube

« Jalousie » ou « Tango Jalousie », ou encore « Jalousie, tango tzigane » a été composé en 1925 pour le film muet « Don X, fils de Zorro ». Son compositeur est le danois Jacob Gade.
Il l’a composé en utilisant la densité du tango argentin pour exprimer le sentiment de jalousie.
Ce titre est rapidement devenu l’un des tangos les plus célèbres, utilisé en musiques de film comme en toutes circonstances où le tango peut être joué.
On ne compte pas les interprétations qui ont été enregistrées, jouées, etc. de ce titre…
éloquent.
Jacob Gade - Jalousie - YouTube

« Jalousie » c’est aussi un titre des Rita Mitsouko, là carrément plus violent, radical, colérique, plein de ressentiment mais aussi de tourment, bref… la définition dans son sens le plus réaliste…
Les Rita Mitsouko - Jalousie (Audio Officiel) - YouTube
Et on retrouve tout cela dans la célèbre chanson de John Lennon « Jealous Guy » avec des « je voulais pas te blesser » auxquels s’ajoutent « je ne suis qu’un mec jaloux, prend garde, je ne suis qu’un mec jaloux, fais attention chérie »…
Jealous Guy (Remastered 2010) - YouTube

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Oui, la jalousie…
Dans les chansons elle est souvent dans le rapport du couple.
Dans la vie, ce sentiment plus général d’envie est une situation à laquelle l’on est bien trop souvent confrontés.

Le milieu musical – puisqu’il faut m’y attarder ici – est truffé d’envieux et de jaloux.
Vous me direz que « c’est partout pareil ».
Et j’en conviens aisément.
Une magnifique chanson de Charles Aznavour « Je m’voyais déjà » et une autre, tirée de Starmania, « le blues du businessman » résument à merveille ces tensions internes, ces ressentiments, ces tourments, cette colère rentrée ou exprimée avec hargne, haine, agressivité.

Anna, chez Brecht/Weill, envie finalement ceux qui se satisfont de ce qu’ils ont.
Elle rentrera chez elle amère, épuisée, mais certainement apaisée.

En artistique les places de la célébrité, de l’aura, sont chères…
Le vecteur qu’on appelle chance entre très certainement en ligne de compte.
Mais je pense qu’il faut l’associer à d’autres vecteurs tels que la capacité et surtout la connaissance que l’on a de celle-ci qui permet de l’optimiser, qu’elle soit minimale ou géniale, ou encore le mot effrayant de « travail ».
Oui, en musique, en art, etc. comme pour tout il faut… travailler et choisir quels moyens travailler.
Donc, savoir ce que l’on veut, apprécier d’être à sa juste place et s’en satisfaire et se dire que si l’on n’est pas à une autre place, celle dont on croyait être capable, dont on rêvait, etc. c’est tout simplement non par, uniquement, « manque de chance », mais simplement, incapacité.
Non volonté aussi.

J’ai tant connu de ces profs de musique aigris de n’être devenus artistes reconnus et pour lesquels l’enseignement était une voie de garage.
Enseignants aigris, artistes s’estimant méconnus, non ratés, mais incompris… vous voyez un peu le tableau ? ...
Pauvres gamins qui croisent, un jour, ou plutôt parfois une, voire des années, ce genre de personnages qui les marquent à vie. Et les dégoutent de la matière enseignée, qu’elle soit musique mais on peut décliner le sujet à tant et tant de ces matières…

L’envie est une sacrée plaie.
Voyez ce mec qui passe sa vie sur les réseaux sociaux à mater où je joue, où je travaille, avec qui je suis partenaire musical et qui passe sa vie à contacter cette sphère juste par jalousie et envie d’y être, de faire comme. Je veux juste lui répondre (et lui faire comprendre) de se choisir un projet, de se contenter de ce qu’il est et de vivre avec.
Il est encore en âge de la faire, moi plus.
Et je suis loin d’être une personne « enviable » - je lui refile volontiers tout le package de ma vie, après tout, s’il y tient.
Et je lui conseille de prendre du recul, de se poser et surtout de bosser…

Voyez ce(s) mec(s) jaloux de mon poste de « responsable » (tu parles, que des emmerdes, comme le disait , tiens donc, Aznavour) d’un département pédagogique dans un conservatoire… ligués unanimes pour faire tomber toute initiative positive, juste par jalousie, envie et autres de ces péchés qui effectivement au quotidien deviennent capitaux car empêchent au lieu de permettre.
De tels postes ne s’acquièrent pas par piston, mais par concours. Il fallait simplement travailler pour… avoir un pourcentage non de chance mais de réelles compétences, afin de les obtenir. C’est si simple et il faut cependant l’admettre, de part comme d’autre.
Tu te donnes les moyens et tu modifie ta réalité – ou pas.

Voyez ce vieux ringard aigri, avide de pouvoir, chef d’orchestre de nom, d’intitulé et dont le renom n’est pas dû à ses capacités en la matière, mais bien plus à ses magouilles dignes d’un Macron pour garder un poste dont le nom de « chef » le fait s’admirer et s’autoproclamer tel.
Et qui jalouse et s’ingénie à force d’un travail de sape, à tenter de détruire tout ce qu’on met en place qui ne serait pas sous son contrôle, sa « juridiction » …

Ces exemples sont on ne se peut plus révélateurs de ce que l’envie, la jalousie et le rêve de « pouvoir » peuvent engendrer, directement par les actes ineptes et inutiles, indirectement par les pensées nauséabondes qu’ils engendrent pour soi et pour autrui.
Ces personnes s’en rendent malade, se mettent dans des états obsessionnels et en oublie le sens simple de leurs propres vies, passant plus de temps à envier celle des autres qu’à apprécier ce qu’est la leur. Et s’en satisfaire car, vu de « l’extérieur », je ne vois pas en quoi il puisse y avoir « insatisfaction ».

« J’aurais voulu » … oui-tiens moi aussi j’aurais voulu, quand j’étais batteur être Tony Williams et, depuis que je suis pianiste, Keith Jarrett – tant qu’à faire visons les sommets – mais d’une part, les places étaient déjà prises et surtout d’autre part je n’en avais strictement pas la capacité, le don et la compétence, ni même la force de travail.
Il faut être réaliste.

Le métier de musicien est un métier de requins.
Mais il a une éthique et les envieux et jaloux n’en font pas partie.
Le respect reste une base relationnelle fondamentale et même si parfois il faut jouer des coudes pour démontrer ce dont on est capable, cela ne se fait que dans une mesure respectueuse qui n’est ni amicale, ni cordiale, mais qui est fondée sur la reconnaissance des capacités et des compétences.

Aujourd’hui j’ai 65 balais et je me traîne encore un chapelet (plus réduit qu’avant) de ces envieux et jaloux qui, croyez-le ou pas, en sont à m’envier de jouer dans un restau où je suis intermittent pour faire la plante verte musicale, à me jalouser parce que je dirige un big band de jazz (alors qu’ils déchiffrent tout juste la musique), à tenter de prendre ma place dans un piano bar payé 80 balles net, etc.
Je ne crois pas que tout cela soit réellement enviable pour des personnes ayant réellement de l’ambition, ce n’est enviable, justement, que par des envieux et jaloux.
De quoi ?
De célébrité ? si je l’étais, ça se saurait.
En revanche je sais que j’ai la reconnaissance et ce n’est pas un péché d’orgueil que de le savoir.
De richesse ? là, si la musique, à mon niveau le permettait, ça se saurait aussi.
De niveau ? bossez les gars et surtout sachez à quel niveau vous êtes, ce qui est mon cas et permet d’en apprécier la seule valeur, s’en contenter et savoir encore quoi et vers où travailler et non de me croire tel que et on parlera de niveau. Ce truc tellement subjectif qui ne consiste nullement - en musique - à juste aligner des notes au km et rapidement.
Ce truc qui s’appelle … le métier et qui est peut être bien la seule chose qu’il faut viser, avoir un jour et situer où, dans la musique, on pense placer ce « métier », tant c’est vaste.

A l’envie et à la jalousie j’annexe personnellement, la petitesse.
Et j’emm… tous les envieux et jaloux qui m’envient et me jalousent.

Bientôt, avec l’âge je leur cèderai, avec grand plaisir, la place et tout le bien que je leur souhaite c’est d’avoir- eux aussi – des envieux et des jaloux.
Mais qu’ils et elles n’oublient pas que la seule chose qui compte est ce que l’on obtient par soi-même et pas par l’envie d’être quelqu’un-e d’autre … et comme tant d’autres je me suis forcément laissé, de rares fois mais certaines fois, porter vers ces penchant néfastes de la vie, pour vite me raviser et reconsidérer ma place et travailler non pour être quelqu’un d’autre mais juste rester moi-même et savoir m’en contenter.
Et rester à ma place.

Ainsi va la vie.
Et la rendre plus jolie est aussi ce qui devrait être une priorité.




Commentaires

  1. Cela aurait été dommage de le laisser de côté ce morceau de réflexion sur un comportement humain. J’ajoute quelque chose de peut-être pire ? Plutôt qu’être envieux d’une position c’est de ressentir suffisamment de jalousie pour souhaiter que cette position n’existe pas. Si je n’ai pas ce talent alors je ne veux pas que « ton » talent existe, il met en trop forte lumière ma position. Le nivellement par le bas, la conjuration des médiocres. Le pire c’est que ce sentiment de médiocrité est juste intériorisé, pour reprendre une histoire célèbre, raconté librement par le film de Milos Forman, Salieri appréciait le talent de Mozart a sa juste valeur, abandonnant l’idée de le concurrencer il choisissait de le neutraliser. Pourtant le travail de Salieri n’est pas sans intérêt, mais trop tard la jalousie etc….

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    1. Merci pour ce retour, comme toujours tu amènes l'alternative.
      La médiocrité...
      La jalousie...
      Dans mon nouvel article je parle de John Rutter et de ses détracteurs.
      Dans nos échanges chez Sorgual, j'ai évoqué les innombrables débats face à Céline Dion et sa prestation aux J.O.
      Ce mec avec une chaine YouTube qui ne cesse de démonter sous quête de "vérité" une prestation d'une rare émotion afin juste de démontrer que la star aurait chanté en playback aidé par la tech de l'I.A... un mec qui passe son temps à ça et pour tout. Il a un savoir réel, des capacités réelles et une verve réelle mais au lieu de l'exploiter de façon positive pour la faire partager, (ce qu'il faisait un tant soit peu au départ) il est maintenant dans une boucle où il passa sa vie, son énergie, son sa voir même, à s'ingénier à mettre en place des débats attisant et démontrant quelque par une jalousie évidente.
      Il y a tant à faire... de mieux ...

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    2. Oui, je l'abandonne depuis qu'il a adopté ce qui amène du lecteur.

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    3. idem, il fait de l'audience de façon malsaine

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  2. Merci. Bel et passionnant article.
    Je ne suis pas trop surpris par cette description de l'envie et de la jalousie dans le compétitif monde musical où il n' y a pas de la place dans la lumière pour tout le monde. Et je ne suis pas assez naïf au point de croire que le seul talent suffit, et donc persuadé de l'immense travail qu'ont fourni nos légendes musicales qui ont perduré après la chance parfois ou la simple logique de leur découverte.
    En médecine aussi j'ai croisé ces guerres d'Ego, les fourberies de la jalousie et les manigances de l'envie.
    Et curieusement mes défauts et mon éducation m'en ont préservé.
    Mon père , fonctionnaire, m'a élevé dans le "Principe de Peter et Hull", à savoir dans toute société pyramidale, la promotion sociale a de grandes chances par l'élévation de te mener à ton seuil d'incompétence. Et que de vérité dans cet axiome. Que j'en ai croisé des dépassés par leur poste et responsabilités.Que j'en ai étonné en revendiquant de ne pas vouloir devenir "Chef"... Des responsabilités , j'en ai pris mais quand je les pensais constructives, utiles pour l'ensemble du service.
    De mes défauts, aucune confiance en moi, timidité maladive, syndrome du parvenu ; j'en ai fait une force de réflexion, relativisation, remise en cause, écoute des autres ... qui s'est avérée très utile dans mon métier, Ma passion pour la médecine et mon empathie ont suffit à mes rêves de gloire, m'éloignant de l'envie, me préservant du regret de ne pas avoir comme les autres assez "profité d'un système".
    La jalousie, l'amour me l'a fait entrevoir, mais là également ma nature profonde m'a plutôt fait penser que j'étais le coupable, de n'avoir su et mérité d'être l'élu.

    Par contre .... si tu continues la série des 7, à la gourmandise je vais être très concerné.

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    1. Merci de ton retour, qui complète allègrement ce que j'ai écrit.
      Il y a quelques années, les dernières où j'enseignais et coordonnait un département d'enseignement, sous la pression quasi harcelante d'un de mes collègues, relayé par son équipe de suiveurs et quelque part sous le regard satisfait d'une directrice formée à la médiocratie dont l'ascension est l'exact résultat de ce que tu décris ici, j'ai décidé de démissionner de ce poste de responsable pour redevenir "simple prof" et laisser le navire à cet envieux compulsif. Personne ne s'attendait à un revirement pareil, personne n'imaginait que je puisse décider d'abandonner ce qu'ils estimaient une place liée à l'ego, la gloriette bref pas acquise avec le souci de mettre les compétences au service du métier, de l'enseignement et des élèves (et au passage de l'établissement).
      J'ai donc repris mon poste de simple prof et j'ai laissé cet incompétent aigri, envieux et jaloux mettre à profit ses idées-idéaux qui ne tenaient nullement compte de la réalité mais qui étaient seulement le fruit de ses envies et affabulations.
      Le résultat ne s'est pas fait attendre. Il a vidé de sa substance le travail et de fait, l'effectif d'environ 50% la première année puis le même ratio la seconde etc.
      Sous l'œil désespéré de cette directrice de papier, réalisant là la connerie qu'elle venait de faire.
      Moi, j'ai vécu les plus belles dernières années d'enseignement qu'un prof puisse espérer.
      J'ai retrouvé le seul bonheur du partage avec les élèves, de leur progression et d'ailleurs le dernier exam de fin d'études que la classe sup de ces élèves que j'avais a réussi son exam terminal avec pour chaque élève une mention excellence unanimité. Pendant que lui, noyé par la paperasse , les réunions et la mise en place de ses protocoles irréalisables accusait, dans sa partie un échec total, qui fit qu'une élève très prometteuse partit dégoutée de la musique.
      Des exemples comme celui ci, j'en ai plein à raconter...
      Aujourd'hui je suis heureusement très loin de tout ça, je fais un tri très sélectif de mes relations et de mes "partenaires" musicaux. On a passé l'âge des concours de b...

      J'ai pensé aux 7 péchés et la gourmandise, là par contre... est un pêché que je suis incapable de corriger (avec le breuvage qui l'accompagne) - c'est d'ailleurs une des raisons qui fait que je choisis aussi les restaurants où je me produit... car, bien manger, raisonnablement et bien boire, c'est... bien jouer.

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