EN TOUT SENS OU EN VRAC, SI VOUS VOULEZ (05) … Sonny Rollins, Daniel Barenboim (tango), François Béranger, Adrian Younge ...

EN TOUT SENS OU EN VRAC, SI VOUS VOULEZ (05) …


Quatre albums, du jazz qui consacre un hommage respectueux à Sonny Rollins (il m’a fallu un temps de recul pour parler de lui), du tango, de la chanson française dite « à texte » et un album cinématique que je vous laisse le choix de classer.
Y’en aura pour tous les gouts et les curiosités.
Faites votre marché, c’est l’été.

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SONNY ROLLINS : « The Best of Sonny Rollins » | Blue Note Compilation 1989.
Divers musiciens selon les sessions.

L’un des derniers géants du jazz n’est plus.
Il a joué avec tous, quasiment, les a tous côtoyés, connus, admirés aussi et c’était une réciprocité sans équivoque.
Mais il a tracé, par lui-même, son chemin.
Il a un peu suivi les modes, a remplacé l’acoustique par quelque électricité (basse, claviers), a cédé parfois aux belles mélodies de la muse pop et a accepté des invitations parfois inimaginables, incongrues (Stones…).
Mais Sonny Rollins est toujours resté Sonny Rollins, identique, intègre, jazz dans tout son saxophone, du bec au pavillon, des clés aux tampons …
Et sa réputation d’un don de soi dépassant l’imaginable avec une ferveur et une verve sans égal l’a suivi jusqu’à la fin …
Ce n’est pas pour rien qu’on lui a accolé le surnom de colosse, depuis son album où il s’est affiché tel.
Sonny aimait beaucoup s’entourer de jeunes musiciens, un besoin de boost, probablement et aussi, forcément, une mission de passeur.
Souvent en duettiste avec tromboniste (« Poor Butterfly » ici, par exemple), j’ai pas mal retenu cette particularité d’organisation instrumentale chez lui, dans ses albums.

Sonny je l’ai écouté, pas forcément beaucoup, mais juste ce qu’il faut de la part d’un musicien se prétendant jazz.
Une sorte de devoir, au départ, Sonny Rollins c’est comme Miles, Trane, Monk, Getz et une grosse poigné d’autres, entassés dans le compartiment jazz … un passage obligé.
Sonny est « représentatif », donc incontournable du jazz.
Tu joues le jazz, tu dois avoir écouté Sonny Rollins, ça ne se discute même pas.
C’est une figure de proue d’un vaisseau naviguant avec une flotte sur l’océan du jazz.

J’ai forcément nombre d’album de lui, en tous genres et circonstances même si son langage reste trempé de hard bop, ce quasiment de façon linéaire et permanente.
Le free chez Sonny c’est juste des écarts d’intentions dans ses solos, débordements de ce langage naturel avec ce phrasé fluide et nerveux, rauque et sec à la fois.
Puissant aussi – il embouche le sax et inonde le spectre de sa sonorité et fait surchauffer son ténor.
Bref, Sonny c’est pour moi avant tout le saxophoniste pour saxophonistes, là où par exemple Wayne Shorter se place en compositeur créateur pour le jazz, Trane en chercheur.
A chacun sa direction son trip, sa capacité et son envie de carrière aussi et n’étant saxophoniste j’en suis resté à ce constat.
Alors quand j’écoute Sonny Rollins c’est pour le jazz, l’énergie qu’il procure et l’interprétation toujours régulière et impliquée qu’il lui offre, ce même dans des albums qui ont suivi l’évolution du jazz (« Nucleus »).

Pratique donc cette compilation Blue Note (j’en ai plusieurs de cette « collection ») qui permet une remise de pendule à l’heure en la concentrant sur les années prestigieuses qu’il a offert au label.
Intéressant également que ce package de standards qui permettent un chemin presque initiatique qui offrira de s’intéresser au grand saxophoniste par des titres aussi variés que des usuels du real book ou des merveilles du répertoire monkien (« Misterioso »).
Et on appréciera également les prises de son du label là où parfois, en certains albums du saxophoniste, ça laisse franchement à désirer… et c’est aussi là que j’ai souvent décroché sur certains, la musique n’arrivant pas à dépasser ce sentiment d’une prise de son déplorable…
Là au moins la valeur est sure et elle va permettre de réapprécier de façon vaste et irréprochable l’immense artiste qu’il fut.

Un de mes amis passionné de jazz et musicien de jazz m’avait exprimé, il y a une petite poignée d’années, sa satisfaction d’avoir pu enfin aller écouter Sonny Rollins en concert, l’un si ce n’est le dernier grand du jazz.
J’avais eu cette chance et ce plaisir il y a bien longtemps et cela reste un formidable souvenir rapport à de nombreux concert jazz (souvent bien sûr en festivals) auxquels j’ai assisté.
Tout comme cet album que j’ai en fétichisme absolu, mais que je n’ai chroniqué ici, « Saxophone Colossus » de 1957, sorti chez Prestige et qui complètera à merveille celui-ci, compilant avec un choix très pertinent une part belle de sa carrière.

Une certaine idée du jazz tel qu’il faut garder et se doit de rester, quelque part, en mémoire et en jeu respectueux est partie avec Sonny Rollins.
Il y a des suiveurs, fort heureusement, mais il reste un maître respecté et adulé de tous.
N’oubliez jamais de mettre un titre de Sonny Rollins dans n’importe laquelle de vos playlist de jazz, pour le plaisir … et pour la mémoire.

Sonny Rollins - The Best Of Sonny Rollins (Full Album) - YouTube


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BARENBOIM, MEDEROS, CONSOLE : « Mi Buenos Aires Querido » | Warner Classic International 1996.
Daniel Barenboim : piano
Rodolfo Mederos : bandonéon
Hector Console : contrebasse

1996 - Urgence.
Me voilà invité à un pot d’anniversaire ou de départ (me souviens plus c’est dire) d’un ponte que j’ai comme supérieur pédago et pas le temps de filer chercher un « cadeau ».
Je viens de recevoir cet album par Dial, très certainement, je l’ai déjà bien écouté et bon, c’est tout ce que j’ai sous la main.
Vite une petite bafouille dans la pochette ce qui justifiera le retrait du cellophane et voilà, c’est pesé.

Et cet album est resté là, comme une trace, dans ma mémoire, moment tango classiquement joué avec une vérité admirable par le grand chef Daniel Barenboim, surprenant dans ce contexte d’un retour à ses origines et ses comparses, en trio.

« Mi Buenos Aires Querido » a laissé avec lui cette petite touche nostalgique, cette passion faite d’élans de bandonéon, de contrastes pianistiques et rythmiques, de contrebasses chantantes et lyriques.
Il garde le sens donné par cette musique à cette infinie sensualité érotique, à cette chaleur du désir, à cette attirance physique inéluctable, impérieuse et attractive.

On aime le tango, on a inscrit sous cette idée musicale, deux noms … nobles, en caractères éclatants comme ce rouge à lèvres, ondulant comme ces corps mus par le désir musical sur cette piste de danse où les talons claquent, où les bas crissent, où les soupirs et respirations frémissent … celui de Piazzola, Astor… celui de Gardel, Carlos.
Cet album puise son sens et sa tradition dans toute cette représentation et il la sublime, représentatif de l’âme qui habite chaque mélodie, chaque trait véloce, chaque mouvement de danse de ces corps enlacés.
Là, le tango et ses compositeurs emblématiques sont exacerbés, surlignés, auréolés d’une aura des plus belles et rares.
Là, il prend tout son sens et se perpétue, à l’infini, pur, beau, sensible et sensuel, délicat et nerveux, obscur et brillant – magnifié.

Il m’était resté dans l’esprit, cet album, comme une vérité et je l’ai enfin retrouvé, identique, inchangé, tel qu’il m’avait laissé, charmé et envouté, lors de sa découverte, de sa venue dans mon giron d’écoutes automobiles.
Et j’ai repris avec le piano si merveilleux de Daniel Barenboim, le bandonéon de Rodolfo Mederos et la contrebasse de Hector Console ce chemin argentin en suivant avec eux les traces d’Astor Piazzola mais aussi de Horacio Salgan, Jose Resta, Alberto Ginastera et bien sûr de l’obligatoire Carlos Gardel.
Et je repense avec tendresse à ma grand-mère et à son frère qui fut un grand musicien, célèbre et célébré, emporté trop jeune par la tuberculose, de ce tango argentin dans les années 50.

Un émerveillement …

Piazzolla et al : Mi Buenos Aires querido - YouTube

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FRANCOIS BERANGER : « Tranche de Vie » | DaCapo 1970.
Direction musicale : Bernard Gérard, Jean Claude Petit, Jean Pierre Martin.

Allez je m’ouvre la section souvenirs et là y’a du dossier.
Le jour où l’ami et collègue de boulot de mon père, un certain Henri, a amené les quelques premiers albums de François Beranger à la maison, ils furent enregistrés avec grand soin sur le magnétophone à bandes puis mis sur K7 afin d’être emmenés partout.
Et ces chansons, mon père les écoutait effectivement partout, ne se séparant de ses précieuses K7 - à tel point qu’elle sont inscrites texte et musique dans ma mémoire, comme un truc ineffaçable.

Je réouvre via le streaming cette envie d’aller retrouver cet artiste jugé, à juste titre, engagé, à l’époque, et qui me séduisait non par son chant plutôt approximatif, mais par sa musique aux accents parfois  rock, jazz et country, ce que mon père ne captait absolument pas, fasciné qu’il était par les textes de l’artiste.
Ces paroles, je les connais, là encore, par cœur.
Un peu comme quand on se retrouve face à une poésie apprise à l’école et dont il suffit de lire le premier vers pour que d’un jet, avec quelques hésitations (les mêmes qu’à l’apprentissage) on la clame ...
Des paroles dont j’arrivais, avec mon âge enfantin et les moultes explications politico-sociales de mon père, à saisir la teneur … et souvent … la gravité.

Cela a-t-il vieillit ?
Probable …
Par contre la véracité sociale exprimée avec gravité ou humour, sur des arrangements parfois décalés, oscillant entre grosse fanfare, country augmentée de banjo, écarts Brésil, orientations rock, semble inerte.
Ce constat m’accable.
L’ami Béranger épingle la société, il la lapide, la cible avec un humour décapant ou avec des textes touchants à en pleurer.

Cet album date de 1970, il est porté par la logique d’un post Mai 68 – régulièrement évoqué – empreint de changements, de constats, de réalisme social et de révolte face à l’inégalité, la réalité d’une société d’écarts, le pouvoir du pognon et des politiques, la guerre et l’embrigadement militaire, la répression sous toutes ses formes et la discrimination, là aussi, sans parler de racisme, de condition ouvrière, travailliste et de la réalité ghettoïsante de la « cité ».
Mais si l’on oublie cette dynamique de révolte sociale estampillée post soixante-huit, qui a incité ces titres, force est de constater qu’aujourd’hui les chansons de François Beranger restent d’une cruelle actualité, au-delà de toute idéologie basique.
Et cette cruelle réalité, qui peut se transposer, n’est guère honorable.

Ecoutons la chanson « Tranche de Vie », réalisons la cruauté de « Chanson Bleue », restons dubitatifs sur « Plus je me pose de questions », amusons nous avec « Y’a dix ans » comme sorti d’un disque des Haricots Rouges, imaginons l’espoir mis dans « Une Ville » qui va se délabrer et passer, en l’instant d’un couplet, du rêve édulcoré à la radicalité, au pouvoir dictatorial …

Forcément ces albums « à part » n’ont pas bénéficié de gros moyens pour leur mise en œuvre, mais c’est aussi leur charme – enfin si je puis dire – car dans les textes (à part et à peine quelque part, « Natacha » et « Dis-moi oui ») qui nous sautent ici au visage, rien n’est vraiment charmant et tout reste finalement alarmant…
Par contre les orchestrations qui encadrent ces chansons aux textes qui ne peuvent laisser indifférents sont un écrin parfait, qu’elles se veulent légères et décalées, qu’elles se posent pour étoffer, qu’elles soient sautillantes, fanfaronnantes, dixie, country et autres, elles ont été pensées avec un soin particulier permettant une juste relativité quant aux sujets traités.

On devrait chanter plus souvent François Béranger.
Et penser que de tels chansonniers aujourd’hui c’est malheureusement en voie de perdition.
Autre effet du pouvoir global, des labels, des médias, du contrôle par le « politiquement correct » …
C’est le progrès comme dirait Nino…

Tranche de vie - YouTube

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ADRIAN YOUNGE : « Younge » | Linear Labs 2026.
Adrian Younge : Composer, Producer, Conductor | Mekela Session : drums | Brain Velasco : piano, e piano, harpsichord | Jack Waterson : electric guitar | Tatiana Tate : tpt | Danny Janklow, David Urquidi : baritone saxs | Scott Mayo : alto sax | Erm Navarro : trombone.

Adrain Younge, californien, a un CV qui ratisse large.
Il est multi-instrumentiste, il a orchestré pour nombre de rappeurs célèbres, il est obnubilé par le son de la soul vintage et il est fan de … Air.
Il possède un magasin de disques à LA dans lequel bien entendu il organise des showcase, concerts, etc.
Et il a composé nombre de B.O, fan absolu de … Ennio Morricone.

On a dressé le portrait du personnage que je découvre pour la sortie de cet album à l’écriture très B.O seventies américaine.
Et pas que.
Le son, le mixage, la prod générale et les orchestrations surchargées de cordes desquelles émergent des cuivres secs et nerveux d’écriture et de phrasé confirment sans la moindre équivoque cette orientation cinématographique, cette écriture pour série réelle ou imaginaire, cet environnement sonore lié intrinsèquement à l’image.

C’est forcément tout cela additionné d’un parfait contrôle de l’écrit musical, d’une mise en place orchestrale avec tous ces reliefs imagés et imaginatifs qui m’a instantanément, sans que je lise le descriptif de l’artiste, juste par la musique, attiré.
Je ne vais pas pour autant crier au génie, d’emblée, mais cela fait tellement de bien que d’écouter de tels projets musicaux aujourd’hui, juste pour ce plaisir du lien évident avec des racines tant d’écriture, d’inspiration que de production sonore et tout ce patrimoine musical cher.
A ranger entre un Shaft et un Dirty Harry – et en écrivant ça je me dis que c’est plus qu’un « pas si mal » …

Younge - YouTube
 
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Récents, vieux ou anciens, ces albums et leurs artistes respectifs méritent toute votre attention.
Venez commenter bien sûr et en débattre si l’envie vous le dit ou dicte.

Bonne semaine.

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