DANS LES VIEILLES GAMELLES – QUELLES RECETTES ? … N°1 – Rolling Stones …
DANS LES VIEILLES GAMELLES – QUELLES RECETTES ? …
N°1 – Rolling Stones …
Le succès, « jeune », fait croire à l’éternelle jeunesse.
Peut-on être encore actuel, « jeune » ou prétendument tel, quand on
dépasse un « certain » âge avec un âge certain ?
« Tout ça c’est dans la tête » - me disent nombre de
« jeunes » histoire d’être rassurants.
Ils ont probablement raison, si ça ne se mesurait qu’au mental, je reste
presque un ado (d’ailleurs l’engouement pour les albums qui vont être passés au
crible ici l’attesterait presque), mais voilà, le matin, dans la glace (à
éviter), c’est une toute autre histoire, surtout quand la veille t’as usé ton
piano pendant quelques heures, puisant au fin fond des accus de ton énergie en
allant chercher le reste de tes piles mentales et qu’au sortir tu t’es fadé
l’éternel épuisant matos.
Fut un temps où tu rechargeais le tout en quelques heures de sommeil.
Désormais c’est en quelques jours qu’il faut réviser la copie.
On roule, la playlist défile.
« Mon prof de musique ? C’est un vieux et il ne nous fait
chanter que des trucs de vieux » m’avoue ma petite fille quand,
forcément, on parle de musique et des cours au collège.
« Au fait, il a quel âge ton prof de musique » …
« Bah, il doit avoir 35 ans » …
« Tu sais que j’ai 65 ans et que je fais aussi de la musique et que … j’ai
été prof … » …
« Oui mais toi c’est pas pareil, t’es vraiment un papy et un papy
ça joue de la musique de vieux, c’est logique » …
« Je joue quand même du rock, de l’electro (regard interrogatif dans le
rétro), de la disco-funk, de la pop, etc. » …
« C’est bien ce que je disais, tu joues des musiques … de personnes
âgées » …
(Conversation en pointillés, alors que dans la voiture, la playlist diffuse en
cet instant « Starmania », qu’elle en chante tous les recoins et que
quand le nouveau Madonna entre en habitacle la tête se met à dodeliner).
Bon.
On était pareils.
Je parle de ça dans les années 70 quand ces groupes et artistes dont on va
parler là, maintenant et qui sont assis sur le pouvoir qu’ils eurent lorsqu’ils
étaient, et nous, étions … jeunes, à une petite dizaine d’années – considérées
comme un écart générationnel – prêt.
La musique de mes parents était, forcément, une musique de vieux.
Piaf, Aznavour, Montand, Ferré, Brel, Brassens, les frères qu’ils soient
Jacques ou compagnons de chanson …
Et même si je savais que j’en appréciais (éducation musicale à l’appui en sus)
nombre de repères, l’adolescent boutonneux et rebelle tentait d’y mettre des
barrières.
Stars …
Certains hurlaient à qui voulait l’entendre que leur musique n’aurait plus de
vérité, de valeur passé l’âge de 30 ans max.
On l’entendait.
On voulait y croire.
Le syndrome de la barre des 27… oppressant, omniprésent, crépusculaire, posé
comme légitime et ligne frontière à franchir … élégamment … ou non.
Retour à la réalité.
Mais c’est vrai … ma légitimité, c’est le classique et bien sûr le jazz.
Ouf, je suis sauvé et ma petite fille sur ce terrain-là n’a pas le moindre
doute – mon statut de vieux musicien et de vieux tout court ne subit pas
l’ambiguïté des possibles.
---
Il en faut un pour commencer et c’est lui qui m’a fait réfléchir à tout ça (et
aussi ce saxophoniste de 85 ans qui vient chaque semaine pour jouer en pupitre
de Big Band de jazz, sourient, en forme par la musique qu’il aime – un exemple)
---
THE ROLLING STONES : « Foreign Tongues » | Polydor 2026.
« Bon alors, ça dit quoi ce nouveau Stones ? » …
On s’est tous – ou presque – rués dessus.
Même Gilles Bouleau est allé à Londres pour se faire un petit fun et nous faire
visiter façon TF1 les endroits mythiques du groupe – cool, ça l’a changé du
foot et il est apparu comme un fan quasi transit face à Mick qu’il a interviewé
(bon, pas l’interview du siècle on admettra, mais au moins il l’a fait et a
certainement réalisé là un rêve de gosse – peut être que Bouleau aurait aimé
être chroniqueur à Rock’n’Folk, mais pas de pot il s’est fait griller y’a
longtemps par Manœuvre aux dents longues).
De nos côtés de bloggeurs respectifs il a forcément été chroniqué, évoqué,
insisté, décrypté.
En général le retour est bon, voire très bon et puis y’a ceux qui te disent du
haut de leur superbe qu’il ne l’écouteront (même) pas – mais qui,
paradoxalement, en parle ou qui en auront écouté 2 titres pour se convaincre d’en
parler à tort.
Ah bon ? tu parles, que de la gueule, de la frime … ils te disent ça dans
les comm’s histoire de se la mousser encore rebelle (rebelles ? face aux
Stones ? désolé ça sonne creux votre histoire les gars), mais t’inquiètes,
dès le premier riff qu’il ont osé enclencher en remontant leur braguette à la
Sticky, ils ont rougit de honte car m… ça leur a foutu la trique …
Mais bon, faudrait pas trop l’avouer alors ils vont continuer à déblatérer en
vieux c … (tiens Brassens qui s’invite là) des neiges d’antan du … rock qui
justement est bien ce dont on parle quand on parle de Stones, que … oui mais,
bon mais, certes mais, enfin bref, que les Stones y zont arrêté depuis
longtemps de s’y « intéresser( ? ) » (se souviennent même plus
quand d’ailleurs) alors un de plus dans la pile ça les perturbe pas pour
autant.
Enfin si, puisqu’ils en parlent et sont même cap’ de t’en dire plus, sans même
l’avoir … écouté ou s’être obligés à « se le fader » (se fader
un Sones, faut y aller tout de même).
Si c’est pas beau ça ? …
Bon allez, on les laisse, avec leurs incohérences, tranquilles – après tous les
vieux, faut pas les contrarier, zont toujours raison. Mais comme un gosse
j’adore les emmerder et les faire réactionner, sortir leurs arguments, se
prendre les pieds dans leurs multiples tapis, pas dans leurs jacks, en général
ces sourdingues sont tout, sauf musiciens (même amateurs) bien sûr …
Et sir d’aventure, ils ont touché une guitare ça a été pour jouer, au hasard, « Smoke
on the Water » (on en parlera plus tard des Pourpres), « Highway to
hell » (mais ils ont vite abandonné dès l’entrée de la batterie car ils se
sont directos mis en vrac) et bien sûr … tiens donc … « Satisfaction »
(qu’il jouaient – enfin le mot est ambitieux, car ils se sont contentés du riff)
avec une gueule de rocker « impliqué » ou rebelle, au choix.
Faut bien s’amuser un peu, m… maintenant qu’en plus nos milliardaires du ballon
rond ont … perdu.
Quoi ?... perdu !... bah oui, allez une petite claque dans vos
prétentions respectives, ça fait toujours redescendre un peu sur terre.
Reverse…
« Bon alors, ça dit quoi ce nouveau Stones ? » …
Je l’ai écouté, moi, en vrai … et réécouté, et encore et encore … d’un trait,
même pas par bouts.
« Bon alors, ça dit quoi ce nouveau Stones ? » …
Eh bien, je dois avouer, le dire même, vous expliquer que …
Il est vraiment excellent ! Peut-être même un peu plus.
Bon, allez, on va creuser un peu.
Les Stones font et nous refont ici de façon très caractéristique du Stones –
lapalissade de plus.
Ça peut être surprenant à dire, mais on n’en attendait quoi de plus ?
C’est comme l’autre là, il s’est mis Bruce sur une cible et lui a lancé toute
sa hargne parce que Bruce, et bien, il avait fait un album … de Bruce (ah oui,
Springsteen).
Bon dès qu’il s’agit de stars, de musique qui engendre beaucoup de pognon, y’a
des jaloux, mais bon les Stones, faut voir un peu où ils ont commencé (Bruce
aussi cela dit, mais on s’éparpille, je la fait à la Dev’).
Alors aujourd’hui avec des décennies au compteur, un Keith qui en rock attitude
renvoie tous ces aigris dans la chambre mansardée de leur adolescence
boutonneuse, un Mick qui pète la forme de jogger, un Ron qui survit dès qu’il
empoigne une guitare qu’elle soit basse, ou pas … il est temps d’admettre que
non seulement ils font partie de l’histoire du rock et plus généralement de la
musique, mais qu’en plus ils sont encore là, créatifs sur leur socle et même
pas donneurs de leçons (ce qui est loin d’être le cas de nombreux autres, plus
… jeunes).
Et en plus, malgré le deuil forcément de Charlie – présent sur certains titres
enregistrés avant sa mort – ils sont aptes à reprendre vigoureusement le
flambeau et nous offrir un … album !
Ils n’ont pas besoin d’argent les Stones, détrompez-vous, car ils en ont, bah
oui … ils ont juste besoin de musique et au passage, de rock – vous savez ce
truc musical dont ils ont été quelque part, les pionniers… enfin je crois me
souvenir de ça.
« Bon alors, ça dit quoi ce nouveau Stones ? » …
Ce que j’ai noté et surtout apprécié, rapport, par exemple, à leur album de
blues précédemment sorti, c’est que on est face à de nouvelles chansons, de
nouvelles compos, mais qu’elles reprennent absolument tous les bons clichés du
groupe.
Tel titre ressemblerait presque à …
Tel riff semble sorti de …
Telle intervention de choriste et on se dit que …
Telles vociférations de Mick et là y’a pas photo, j’me rappelle de, tout comme
sa voix de falsetto (tiens y’en a un qui connait ce nom, dis donc quelle
culture) qui nous ramène à …
Bref, c’est du pur nouveau Stones qui recycle abondamment tous les trucs et
astuces qui font qu’ils sont : les Stones.
C’est rusé, ce n’est pas un manque d’inspiration et c’est finalement, en place
de chercher le modernisme, de sonner actuel à tout prix, la véritable
excellente stratégie.
Et puis, ils ont su s’entourer, inviter quelques bons vieux de la vieille
(Steve Winwood qui dès qu’il glisse ses doigts sur l’Hammond fait vibrer tout
le studio de plaisir et même Paul à la basse), Steve Jordan qui s’ingénie à
cloner Charlie, Daryl qui n’est plus intérimaire chez eux mais fait partie de
la famille, etc.
Et puis, et puis, comme des gosses face à un potard de balance ils ont fait
joujou la stéréo, comme au bon vieux temps où tu mettais tes guitares, l’une à
droite, l’autre à gauche, de façon trèèèès exagérée et que toi, auditeur
lambda, au casque tu faisais tournoyer les yeux en tous sens pour suivre ce
mouvement sonique intracrânien, émerveillé.
Et puis, c’est vrai que la prise de son est actuelle, disons que c’est un
vintage comme l’actualité tech peut le mettre en avant – alors tu parles si ça
sonne !
On pourrait s’amuser à faire du titre par titre et faire le blasé qui zappe en
sautant un sur deux, mais non, comme je l’ai dit plus arrière, tous les bons
trucs sont là jusqu’à la balade candy en passant par le country presque pur jus
de whisky.
Je dis en passant car ils ont ce truc unique en leur genre de jouer … le rock.
Et là c’est servi sur le plateau grand luxe et on se régale (enfin ceux qu’ont
encore les papilles aptes à le faire parce qu’avec l’âge et les aigreurs, ça
aussi ça finit par disparaitre que ce « bon gout »).
Ah oui, la pochette ? côté gout justement (en tout cas pas pire, voire
carrément mieux ou du moins chargée de sens, que l’expo récente à laquelle j’ai
été invité et où des incrédules se pâmaient face à des trucs qui n’avaient que
la valeur boursière affichée) …
Finalement les mixer en un seul visage c’est comme l’album qui les mixe en une
seule entité, la seule, la vraie : THE ROLLING STONES !
Inutile de vous dire d’aller l’écouter.
Inutile de me faire croire que vous ne l’avez pas fait ou alors faut très vite
ranger au fond du placard votre estimée prétention d’être (?) … rocker (?) …
En tout cas, jouer encore comme ça, créer encore comme ça et rester ainsi à
leurs âges – ça tient du miracle ou de la demi-dieuserie.
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Pff, quelle chaleur et pas que l'album...
allez bonne semaine à venir et demain un article là aussi
J'ai bien lu, alors comme ça je dérive, comme l'autre jour que... ha ben oui. Bon j'ai bien lu et je retiens "ça tient du miracle ou de la demi-dieuserie" La demi-dieuserie est à copyrither car je vais la conserver
RépondreSupprimert'as noté le clin d'oeil dérivatif, pas pu m'empêcher ;)
Supprimersinon use à fond du copyright, t'as bien raison...
y'aura une suite de vieilleries, tant qu'à cuisiner dans les vieilles gamelles autant y'aller d'autant qu'on a de quoi faire ces temps.
étrange d'ailleurs...
mais bon.
allez, à +