dimanche 17 mai 2020

EN MAI, FAIS (presque) CE QU’IL TE PLAIT…


EN MAI, FAIS (presque) CE QU’IL TE PLAIT…

Alain Deneault : « La médiocratie ».

Je l’ai évoqué, j’en ai parlé…
Plus que jamais mettre des pensées, des mots et une analyse réaliste sur ce qui a envahi notre société, notre entourage, notre vie ce, jusqu’à lui ôter la substance, le fond pour ne voir que la forme… est d’actualité.
Je lis une phrase, un paragraphe et les pensées, exemples m’envahissent.
Cette montée en puissance du dirigisme médiocre à quelque degré de hauteur politique, hiérarchique, sociale est expliquée, décryptée et mise à plat.
Ça fait peur…
La médiocratie est partout et nous la subissons à chaque instant de notre vie.
Elle est pouvoir, donc sa dictature maussade et fade, dénuée de sens profond n’apparait pas si autoritariste que cela.
C’est plus mielleux, plus retors, plus pervers…
Pire donc.
Beaucoup à prendre, peu à laisser dans cet essai qui appuie du bon doigt sur ces faces de pouvoirs qui nous conduisent à notre perte.



Gamin je n’aurais jamais cru, fan de Zorro que j’étais, installé confortablement dans le petit fauteuil lit de ma grand-mère afin de me délecter des aventures du sauveur masqué sur son fidèle cheval Tornado et soutenu par le fidèle et forcément discret Bernardo, qu’un jour, adulte qui plus est, je me retrouverais chaque jour masqué.
Des éclairs victorieux, une ruade et un masque, une cape et l’épée, bien plus noble que le flingue en panoplie, je partais dans les rues du quartier en justicier de rien du tout et le jeu du gendarme et voleur, dans le parc prenait un tout autre aspect, bien plus noble, bien plus aventureux, bien plus rêveur…
On ne rêve plus, on est devenus Zorro au quotidien et ce n’est plus pour se cacher de forces de l’ordre dirigées par un sergent Garcia que l’on se masque, mais pour se protéger d’un ennemi sournois, friand, vorace de la faiblesse humaine.
Une toute autre fiction… et Don Diego plein de noblesse bienveillante ne peut pas grand-chose pour nous…
On lui a piqué son attirail dès qu’on sort en files d’attentes interminables, en regards suspicieux, en distances où chacun est paria.
Il faudrait bien un peu d’agilité d’escrimeur pour pourfendre cette petite bestiole à l’image rondouillarde bien plus néfaste que le bide du sergent Garcia, mais tout le monde n’est pas le justicier masqué… on lui en a juste mimé l’apparence.



En mai, le dicton veut que l’on fasse ce qu’il nous plait.
Tel un lâché de ballons à l’issue d’une soirée bien arrosée, on a ouvert les portes, on a libéré les confinés que nous étions pour leur redonner un apparat de liberté afin de les renvoyer faire tourner l’économie.
Avec ça l’idée du plus jamais après comme avant s’est envolée elle aussi dans les airs.
Les belles intentions embourgeoisées à la Hulot sont redevenues ce qu’elles ont toujours été, du vent…
La cruelle réalité a forcément repris son chemin.
Le critiquer, le pointer du doigt, le vilipender n’est qu’un acte intellectuel idéaliste parallèle.
Il faut rêver…
Mais il y a la réalité.
On ne change pas d’un coup de baguette magique de Mai les nécessités.
Elles sont là…
« Il faudra apprendre à vivre avec le virus » a dit notre premier ministre de la classe.
Il va falloir malheureusement apprendre et comprendre qu’il va aussi falloir continuer à vivre avec ces médiocres…



J’ai bouclé ma boucle d’intro.
Musique now…


Bon comme beaucoup vous ne savez pas qui c’est Bobbi Humphrey.

Ça c’est l’avantage de ces réseaux sociaux…
Il suffit de s’inscrire aux rééditions de tel label, via insta, facebook ou autre d’ailleurs pinterest et voilà qu’une pochette apparait…
Un nom, quelques autres qui accompagnent et voilà, on est piégés.

« Dig This » est un de ces albums issus du jazz, lorgnant vers un binaire groovy et funkysant tel que nombre d’artistes en pondaient dans les années 70.
Cet espace jam, ces grattes aux rythmiques mélangeant cocottes et funk rythm, ces lignes de basse véloces et dansantes, ces fenders en tapis moelleux, ces solistes qui s’envolent sur un minima d’accords, portés par cet espace libre et ouvert.
Un son de B.O à la Schiffrin.

La bretelle de highway qui encercle la mégalopole s’ouvre et le flot de voitures allant vers des directions multiples avance au fil de cette musique urbaine mesurée, linéaire et directement confortable.
La flûte dans un tel contexte est juste lumière.
Mouzon, Ron Carter, Spinozza (excusez du peu) apportent leur précieuse touche professionnelle à cet album qui est une plongée dans ces films où Harlem en coupe afro, pattes d’eph et bagnoles de légende m’apparait en images inévitables.

Le son est Blue Note-CTI, pour les fans du genre.
L’album s’écoute et se réécoute avec un plaisir frôlant le désuet classieux.
Et perso, Alphonse Mouzon, que j’ai souvent relégué en troisième rôle des batteurs fusion/jazz-rock, même quand il a été génial avec Pasto et Mangelsdorff, est une bonne "surprise" studio ici.

Bobbi Humphrey a un bien beau Cv et une discographie vraiment intéressante, évolutive et active selon les décennies où elle s’inscrit dans chaque nouvelle tendance.
Une belle découverte que cette flûtiste inconnue jusqu’alors de mes listings musicaux.



On pourrait les enchainer sans heurt ces deux albums…
« Ethiopian Nights » de Donald Byrd aux longues plages poursuit ce chemin à l’identique.
Là encore une rythmique proche de JB, de Sly sert de trame à des titres où l’impro, directement transposée des expériences davisiennes de la période dite électrique se déploie sur un groove, un axe harmonique, un jet fusionnel.
Ici ce sont les Jazz Crusaders qui officient et forcément, en parfaits maitres du genre ils offrent le tapis idéal pour les expérimentations de Donald Byrd qui explore, trouve, cherche, tente, essaie, veut, souhaite et finit souvent par décoller.
Le son est parfois rude, le jeu est direct, live, sans fioritures, c’est un jeu brut, initial, capté tel.
Et c’est ce qui est passionnant tant qu’interpellant…
On a perdu ça…
On a perdu cette audace, cette capacité d’oser, de présenter la quête comme un acte en soi, comme une autre vérité, sans fards, sans honte non plus, car chargé d’une sorte de mission, d’un engagement réel et honnête.
On entre dans la musique, on se jette dans la fosse de cette fusion urbaine, on plonge, sans recul, sans réfléchir et on est réactif, ensemble, communément…

J’ai ouvert la porte du club, j’ai commandé un whisky, sans glace, je me suis accoudé au bar et ils étaient là débridés, impliqués, barrés, authentiques, sur cette basse infernale, hypnotique, étouffante comme des cercles reptiliens, crachant de tous leurs poumons, de toutes leurs viscères ces méandres improvisés, ces traits de vie instantanée, cette expression immédiate.
Je n’ai pu bouger…
La fascination m’a pris, inexplicable… une sorte de transe hypnotique.



Il y a bien longtemps j’ai découvert cet album de Steve Khan « Evidence ».
Un album de guitare seule, où cet artiste pas vraiment suffisamment mis en lumière s’empare de standards peu communs pour les magnifier en multipistes guitaristiques studio.
« Infant Eyes » l’une des compositions que je préfère de Wayne Shorter, ouvre l’album et l’on sait d’emblée que l’on part en voyage et qu’il va être difficile de changer de destination car la promesse autour de ces six cordes s’avère digne du rêve que l’on avait initialement.
« In a Silent Way » va succéder à cette délicatesse et il en sera ainsi de fil en aiguille, de corde en médiator.
La pureté, la limpidité et cette infinie délicatesse auréolent chaque seconde de ce voyage en ces contrées où la guitare fait oublier les originaux pour les recréer et les déployer dans un nouvel écrin.

Un horizon immaculé s’ouvre ce matin…
La pluie a fini de tomber et les derniers nuages s’étiolent dans le ciel.
Monk vient de se dessiner lentement pendant quasi vingt minutes et de reprendre doucement vie...
Le café a une toute autre saveur et ces notes égrenées en « melancholee » m’incitent à la torpeur et à la paresse.
A l’apaisement.



Bon dimanche.





11 commentaires:

  1. Pour la première partie, je suis en train de me dire qu’il faut que l’on se revoie, discuter autour d’un premier verre, je ne te rejoins pas sur tous les points, en fait pas à l’opposé, mais … c’est ce que je disais, autour d’un premier verre.
    Les suivants ? Sur la suite de ton papier
    « Un son de B.O à la Schiffrin » Tu as pris un risque car ça c’est la référence qui me fait foncer, et j’ai eu raison ! Je pense enchaîner sur un Callahan ou un Blaxploitation de bon niveau… dur dur. Bon Callahan.
    J’avais déjà « Fancy Dancer » cela doit être mon vieux pote REVPOP qui adorait ce genre de soul classieuse.
    Maintenant le charme de « Dig This! » est plus fort, les chœurs de »Fancy .. » finissent pas lasser
    Je corrige une coquille, en cherchant ce Donald que je n’avais pas, c’est « Ethiopian Knights » j’ajoute que ton erreur finalement maintenant que j’écoute – et ton verre au bar – n’est est pas une. M. Byrd s’est trompé. « Nights » Reste l’allusion à l’Ethiopie qui me fait penser à cette superbe collection des « Ethiopiques » mais je m’égare.
    C’est décidé, je me fais un ou deux films de rues US. Rien de chef d’œuvre, un truc qui balance.
    C’est de ta faute.
    Le Shaft de Samuel L. Jackson, dans mon souvenir (vu deux fois déjà) juste la musique et ce manteau en cuir, pour le coup je serai bien d’accord avec Nino Ferrer. Le Temps d’un film 😉

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    1. Marrant, je me suis refait les bo de inspecteur harry et shaft,
      ça doit être compulsif...
      oui, autour d'un verre, ça sera bien et chouette.
      à +

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    2. Le film, l'air de rien, pas grandioooose, mais quand même, j'avais oublié la qualité des méchants: Christina Bale & Wright que j'avais pas reconnu en tout cas oublé. SHAFT 2000... Pfff 20 ans Pfff
      Au fait des pistes de concerts en été ou tu es en attente? J'ai "mon" mois d’août pour une escapade, tu me tiens au courant et je rapplique si tu fais ça dans un coin avec des ... coins!

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    3. Oui, pas grandiose je l'ai revu y'a qq temps...
      mais la zic...
      sinon on attend... pour l'été.
      je reste optimiste, mais bon...
      je te dirais bien sûr.

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  2. Ah ah eh bien moi je connais Bobbi Humphrey! 😃 bon ça fait pas si longtemps que ça...et j'aime bien !

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    1. Et bien, ça c'est la classe !...
      Mais en connaisseuse et curieuse de toute la musique comme tu es, finalement ça ne m'étonne pas... :)
      merci d'être passée.
      à +

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  3. https://www.youtube.com/watch?v=jU4VxUe2_QU

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    1. bon, tellement authentique (je me comprends...)
      thx je ne connaissais pas cette chanson.

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  4. je viens d'aller visiter Bobbi.. ça passe en boucle... BOBBI HUMPHREY Chicago, Damn BLUE NOTE RECORDS 1974, le jazz que j'adore, le clavier vaporeux, et cette flûte.. je sais pourquoi j'aime autant Jethro Tull, Ian Anderson m'a amené vers ce ciel là.

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    1. je suis à fond là dedans, donc y'aura d'autres références par la suite...
      question de fender rhodes surement...
      ;)
      THX

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    2. C'est assez étonnant les sons, celui de cette flûte traversière.. c'est incompréhensible l'effet que ça me fait, cette flûte là.. je me souviens du trauma collégien quand on nous imposait LA flûte en plastique.. collégiale donc.. j'adorais la musique mais pas les cours. Comme la lecture.. du coup je rejoins ton intro .. les administrations (institutions??) ne sont pas adaptées à l'être humain.

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