samedi 2 mars 2019

STEVEN WILSON – « The Raven That Refused to Sing »



LA CHANSON QUE L’ON ECOUTE SEUL AU CASQUE LE SOIR

STEVEN WILSON – « The Raven That Refused to Sing ». 2013.


Steven Wilson - The Raven That Refused To Sing (orchestral version) - YouTube

Au gré de l'album :

Steven Wilson : Chant, Claviers, Mellotron, Guitares / Adam Holzman : Claviers, Minimoog, Orgue Hammond, Piano / Guthrie Govan : Guitare solo / Nick Beggs : Basse Chœurs / Marco Minnemann : Batterie, Percussions / Théo Travis : Clarinette, Flûte traversière, Saxophones.
David Lloyd Stewart :  arrangement des cordes.
London Session orchestra : Cordes.
Perry Montague Mason : Violon Solo.
Steven Wilson : Production, Mixage - Alan Parsons : Assistant Production, Ingénieur du son - Brendan Dekora : Assistant Ingénieur du son.

C’est Chris (Ma Petite Boite à Musique) qui m’a fait découvrir Steven Wilson.
Je lui en suis extrêmement reconnaissant, je n’avais plus trop d’espoir en une renaissance du progressif, j’avais décroché et écoutais encore mes albums passés ou les nouvelles incartades Crimsoniennes mais il y eut « Drive Home », directement adopté ce jusqu’à le faire jouer à mes élèves… et cet album.
C’est aussi à cela que doit servir la blogosphère avec la tolérance tant que faire se peut envers les orientations d’autrui, qui manque, malheureusement souvent.

Je n’écoute plus vraiment de musique au casque si ce n’est quand je travaille en home studio et en studio, afin d’affiner les panoramiques, de créer la spatialisation, de soigner les détails du mix, d’user avec précision des multitudes de plugs dont l’on peut disposer aujourd’hui…
La musique, au casque, le soir seul…
Voilà bien longtemps que cela ne m’était arrivé.
Quand je rentre le soir tard de mes cours avec des groupes qui ont, jusqu’à plus de 21h fracassé Hendrix, Springsteen, ou Wilson, mes oreilles ont besoin de repos et le retour en voiture permet de passer par des phases de décompression du son en écoutant, souvent de l’ambient ou du classique.
J’ai donc rejoué le jeu du casque, pour l’occasion et me suis replongé dans de nombreux titres qu’il y a quelques années encore je me plaisais à disséquer avec cette proximité auditive.
C’était bienfaisant que faire cela, mais bon, je reste mitigé.

J’ai alors repensé à cet album et en particulier à ce titre dans sa version orchestrale et il s’est trouvé correspondre parfaitement à l’attente que j’aurais aujourd’hui d’un tel critère de recherche sonore d’absolu, de bien être, de soin méticuleux de la mise en l’espace du son et d’une forme d’énergie qui ne quitte pas le propos d’un bout à l’autre du fil de ce titre, même si l’on reste - dans cette version -sur une approche symphonique, sous entendant l’énergie rythmique rock.

« La chanson titre de l'album raconte l'histoire d'un vieil homme qui attend la mort avec impatience. Il repense à une époque de son enfance durant laquelle il était incroyablement proche de sa sœur aînée, qui est morte alors qu'ils étaient tous deux très jeunes. L'homme est convaincu qu'un corbeau qui visite son jardin est en vérité une manifestation de sa sœur. Le fait est que celle-ci avait l'habitude de chanter pour lui à l'époque de leur enfance, dès qu'il avait peur ou ne se sentait pas en sécurité, et cela avait une influence apaisante sur lui. Ignorant qu'il ne s'agit que d'un simple corbeau, il finit par penser que si le corbeau chante pour lui, ce sera la preuve que sa sœur est revenue pour l'emmener avec lui dans l'au-delà. »
Source Wikipedia.


Wilson installe un minimalisme pianistique mixé dans son spectre en proximité, son chant est plaintif (soutenu par des chœurs lointains) et un vocoder vient dialoguer en circulant dans le panoramique avec lui.
Autour de cette base solide et autonome (elle peut se décliner avec nombre d’instrumentations et d’arrangements possibles), se suffisant presque en soit, il va faire construire un univers orchestral de cordes d’une rare justesse émotionnelle (mixées comme en classique avec l'espace de disposition de l'orchestre, comme si l'on était face à celui ci - elles seront complétées au chœurs mellotron en final, sublime idée qui redimensionne le tout)  induisant  un solo de violon superbement réverbéré avec un naturel saisissant, écrit avec un savoir qui pour une fois n’est pas juste une transposition claviériste mais bel et bien un arrangement d’écriture en connaissance contextuelle des cordes.
Les solistes sont « justes » d’expression du sujet là où la surenchère eut pu guetter, là où l’effet de forme eut pu primer sur l’intention de fond et l’anéantir.
J’ai beaucoup écouté ce titre de façon extérieure (enceintes en salon, voiture, forcément, diffusion en sono de salle…) – je n’avais pas encore passé le pas de m’y atteler dans le confinement du casque, qui reste pour moi, associé au travail. Sa mise en forme dans l'espace confiné du casque est particulièrement soignée et respectueuse d'une spatialisation quasi acoustique.


Alan Parsons n’est pas ici pour rien…
On se souviendra qu’il fut l’une des chevilles ouvrières de Dark Side, ce monument Floydien qui dépoussiéra l’idée sonore du rock et l’ouvrit vers de nouveaux horizon.
Ici aucun détail n’est laissé au hasard et le sujet profond exprimé par l’auteur est agencé avec un soin qui en accroît la densité, le sens émotionnel.
Il apparait évident que les nouvelles technologies du studio permettent une précision sonore de plus en plus impressionnante, mais pour autant Wilson ne s’égare jamais de ses racines prog (pour lesquelles il a souvent œuvré en restauration de clarté sans destruction de la philosophie de base, en remixant les monuments du genre) –  il additionne ici l’actualité technologique avec ce qu’il convient d’appeler un style.
En point comparatif je citerais ces prises de son de la musique baroque (Hogwood, Minkowski, Christie) qui savent mettre le high tech au profit du langage séculaire.
Cette dimension d’approche sur une chanson à la mélodie superbe, claire, dépouillée prend, au casque un réalisme de proximité, tant qu’une spatialisation paradoxale.
Alors le plaisir de ce type d’écoute m’est revenu, cette quiétude, ce calme, ce confinement confortable puis cette analyse de la mise en espace qui est fondamentale et utile dès que cette proximité palpable s’invite.
J’ai bien entendu réécouté tout l’album et le plaisir de certains titres éminemment énergiques s’est lui aussi invité pour des constats similaires, la précision et le soin du détail n’annihilant pas l’essentiel musical. « Drive Home » a forcément pris sa place dans l’échiquier avec ses guitares (et son solo) miraculeuses.
D’autre part j’ai aussi repris le chemin de nombre d’ambient Eno – Budd et autres Clive ou Guthrie, plongée dans le son bénéfique… mais au sortir de ces écoutes casquées, j’ai retrouvé avec recul l’autre plaisir, celui de la véracité physique du son, de la perception organique des basses, de la réalité spatiale de l’espace dans l’espace et non dans l’enfermement…

Le casque…
Un objet dont ado je ne savais me passer ayant investi tant et tant dans l’apparition de plus en plus de qualité en ce domaine… (mon dernier, un Sennheiser sans ajout d’égalisation, mais avec un son « naturel » m’est d’une immense utilité, pour mes mixs, justement).

Puis devenu un outil plus qu’un plaisir…
Puis devenu nécessaire en certaines situation (avion, attente, besoin d’isolement)… comme dans le travail (piano et claviers numérique, parfois, studio et mixage où c’est une étape obligatoire quoique souvent mensongère…).
Mais je lui préfère la réalité, le corps qui s’accorde à la musique, le vivant, quoi.
Un autre débat s’installe autour de cette thématique – celui du casque…
et de son usage contextuel.

Dernier détail et non des moindres, la mise en images de ce titre est un pur plaisir visuel tant dans sa version avec groupe (que je n'ai pas choisi ici mais qui dépote côté mix rock), que dans le packaging pochette.

19 commentaires:

  1. Chris m'a également fait découvrir Steven Wilson (mais je préfère Brian et Dennis). Je n'arrive pas à rentrer dans son univers, je le trouve trop contrôlé. En j'ai un peu ce souci avec le prog.
    Concernant ce morceau, pendant les premières minutes, j'ai cru à un inédit de Radiohead tellement le chant ressemble à celui de Tom York. La chanson mérite plusieurs écoute pour être emportée. Mais l'émotion est là, qui sonne très juste, avec la retenu qu'il convient.
    Mais le cas Steven Wilson mérite que je m'y attarde plus. J'aime sa passion de la musique. Et puis, Porcupine Tree a fait un disque que j'aime bien.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Wilson c'est effectivement sa passion pour la musique qui m'a fait aimer l'artiste peut être bien au delà de sa musique puis, forcément, fan de prog et de métal prog (dream theater), ce que j'assume complètement, car...
      j'ai pensé direct que ce gars était quelque part la renaissance intelligente et réfléchie de cette musique.
      alors oui, cet aspect contrôlé car chez lui, il dose création , aventure et patrimoine et ce n'est peut être pas si simple.
      MAis comme ici, l'émotion prime, alors...

      Supprimer
  2. A défaut de m'être attardé, j'ai cru le titre de cette chanson à un clin d'oeil à la fable. Alors que nous avons affaire (à faire?) à un conte humain bouleversant, un peu mortifère.
    Comme toi, je me suis écouté de nouveau ce titre sur enceinte.
    Mon problème avec le casque est simple, pendant disons 10 minutes je profite de cette plongée en musique, mais très vite j'ai une barre de chaleur qui épouse l'arc qui soutient les écouteurs et qui se transforme en mal de tête. Alors j'enlève le casque pour le reprendre un peu plus tard quand c'est mon unique moyen d'écoute en Open Space.
    Oreillettes? Oui, mais la plongée est sans commune mesure avec cette impression de caisson musical.
    Steven Wilson: j'ai eu ma boulimie, comme toi j'étais content de voir qu'il y avait des musiciens qui retrouvaient ce chemin compositoire (pas français du tout et ça fait un peu suppositoire, désolé). Il y a le risque des longueurs mais aussi des plages musicales belles, stupéfiantes, initiatrices qui ne trouveraient pas leurs place ailleurs.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Avec le prog tu embarques vers le stupéfiant, les longueurs, l'intellect, forcément...
      Ça fait partie du jeu...
      Je l'accepte, avec les excès inhérent à ce style.
      mais comme là, quand l'émotion passe le cap, c'est juste au delà du style.
      yhx

      Supprimer
  3. Oh quel grand plaisir de le retrouver ici, pour une chanson pleine d'émotions... le clip est effectivement à voir...
    C'est avec ce titre qu'il terminait ses concerts récemment... Ca va me donner envie d'écouter au casque tiens, ce que je fais rarement aussi désormais...
    Je trouve que Steven Wilson est quand même un des artistes les plus complets et capable de faire un peu tout (musicalement) actuellement, j'en parlerai peut-être un peu dans le prochain thème (parce que je suis un peu à l'arrache pour chaque journée là :)...)...c'est en grande partie grâce à lui que je m'intéresse au progressif...
    C'est également un de mes artistes préférés actuellement...;)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu m'as fait découvrir cet artiste et depuis il s'est installé dans mon quotidien et dans ma pédagogie.
      C'est peut être ça la magie du partage en blogs...
      THX

      Supprimer
  4. Le talent de ce mec.. sa vie extrèmement impliquée dans son art. Plusieurs phases pour lui, celle-ci est belle. J'aime bien son travail ambiant ds Bass Comminion, autant que son rock puissant de Porcupine Tree.
    Perso mon casque me suis depuis des décennies, plusieurs h par jour.. et très très souvent le soir quand j'étais gamin, pur prndre le son à son maximum, maintenant c'est pour ne pas réveiller l'entourage

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Un type aussi impliqué ne peut laisser insensible.
      le casque...
      j'aime et je m’échappe tout à le fois - j'aime m'isoler et m'enfermer, mais pas trop longtemps.
      ado par contre je ne vivais qu’avec cette protubérance sur la tête...

      Supprimer
  5. pochette d'album magnifique. J'écoute le contenu qui m'a l'air inspiré

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ses albums et le concept est en général de haute volée..
      Le prog a tj été fort en ce domaine (les pochette de Yes par roger Dean)...
      merci d'être passé.

      Supprimer
  6. Superbe choix que ce morceau. Moi aussi, j'ai découvert Steven Wilson grâce à Chris, par "Drive Home" justement. Je suis toujours fasciné par la longueur et la qualité d'analyse musicale - quasi clinique - de tes critiques. Dans ton rapport et ta compréhension des disques, on sent que tu es musicien chevronné, pas comme moi qui n'ai même pas de notion de solfège. Mais ça ne m'empêche pas d'apprécier pleins de trucs pointus (Jazz, Progrock ou musiques "expérimentales"), tout comme les qualités de production de certaines œuvres. La différence entre nous c'est que je le fais beaucoup plus à l'instinct il me semble...avec quelques connaissances (et références) amassées depuis quand même...un peu comme avec la poésie ou le théâtre que j'aime énormément !!

    Audrey, tu as raison, son chant sur ce titre, et la musique, un coté très Radiohead.
    A +

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ma déformation professionnelle n'exclue pas le feeling et le ressenti.
      J'écoute et j'aime - ou pas ou alors je sais que ça va le faire mais qu'il va me falloir faire un effort...
      Ça, je le faisais ado, systématiquement...
      Aujourd'hui le contrôle par le manque de temps...
      Mais je me méfie des titres aimés du premier coup.. rares sont ceux qui ensuite défient le temps chez moi.
      Puis vient l'approche réfléchie de la zic, quoique... puisque dès la première écoute l'oreille boulot ne peut s'empêcher d'intervenir, même si je tente de l'exclure...
      alors je pioche, je fixe sur la progression harmonique, la façon dont est agencée la mélodie, dont l'orchestration est substance, etc... en faisant cela forcément je creuse et me passionne.
      Mais de prime abord l'instinct seul prime avant toute démarche suivante.
      encore heureux d’ailleurs... et j'espère continuer à discipliner ça le plus possible.
      THX

      Supprimer
  7. Ba mince, je ne connais Steven Wilson que de loin, mais ce titre, que tu me fais découvrir... Miam. C'est sublime. Je me dois d'en savoir plus sur cet artiste. J'ai souvent vu son nom, j'ai jamais été un grand fan de Porcupine Tree, ça doit être pour ça, mais j'ai jamais tenté d'écouter ce qu'il fait en solo.
    Je ne suis pas un grand fan de prog' non plus, il faut dire. Mais là, c'est une vraie claque, merci.
    Le débat sur la nécessité du casque devient anecdotique à côté de ça. Je vais savourer cette découverte... au casque !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est un peu ce que m'a fait la découverte de cet artiste...
      une claque...
      alors j'ai écouté en boulimique tout de lui et me suis penché sur ses remixs de tant d'artistes prog...
      Un régal de pertinence et de respect, un plus sans dénaturer l'esprit initial.
      fantastique.
      impossible de te dire quel album de lui (ou ep) je préfère, je l'écoute sans vraiment choisir ...
      sa musique me fait juste énormément plaisir à chaque fois et me booste tant recherche, que rock, que son et mix...
      bref, régal à chaque fois et pour conclure Porcupine Tree, j'aime et puis je passe à Wilson solo...
      Beaucoup plus open et moins fermé dans le format groupe/esthétique/technique.
      juste : musique...
      THX et régale toi

      Supprimer
  8. Chanson très aérienne ! Oui je l'imagine bien au casque, au bord d'un lac, par une nuit de pleine lune

    RépondreSupprimer
  9. C'est effectivement un excellent disque, qui m'a beaucoup rappelé le "In The Court of The Crimson King" de King Crimson. Porcupine Tree ne m'a jamais passionné. Pourtant j'ai été happé par la magnifique pochette de l'album. Je suis plus mitigé sur ses autres albums solo. Mais il faudrait que je m'y plonge avec davantage d'intérêt. Un garçon qui sort un tel disque ne peut pas être bon par hasard.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour Julien,
      J'ai du retard de comm's...
      l’engouement Wilson n'est pas, pour une fois, surfait...
      son engagement musical et son niveau d’exigence et de qualité ainsi que sa volonté de reprendre certainement le flambeau d'un certain prog le mettent en avant médiatiquement...
      j'ai écouté nombre de ses productions et des groupes dans lesquels il oeuvre ou a œuvré c'est sur qu'il faut trier mais c'est captivant que cette faculté à créer tant et tant de musiques et d'imaginer tant et tant de projets.
      et toi, tu blogues plus ?
      merci du passage.

      Supprimer
    2. Bonjour Pascal,
      Si je blogue à nouveau. J'ai été pas mal pris par mes diverses activités d'écriture et mon travail personnel. Je m'y remets tranquillement. Je ne lâcherai pas Electric Buffalo de si tôt.

      Supprimer