lundi 15 octobre 2018

LUCHINI et le piano-gare...


LUCHINI et le piano-gare...

CULTURE BOX – 13 octobre  - 17h36
Lien : Fabrice Luchini, ennemi déclaré des pianos dans les gares
Les réseaux sociaux, la médiatisation et voici que je me prends au jeu du visionnage de ce coup de gueule de Luchini, puis lecture des commentaires, réaction obligatoire et je me dis que...
Il me faut réagir plus conséquemment, moins spontanément, plus véritablement à cette incartade virulente et démonstrative  du personnage tant public qu’en soi « Luchini »

Autour de la musique et pas que...
Voilà bien un bail que je n’avais répondu à cette maxime mais voilà bien de quoi intervenir et donner là une opinion et de la réflexion.

Succinctement : Luchini s’étouffe de rage face à la mode du piano-gare.
Tout y passe, la médiocrité des pianistes amateuristes, le référencement culturel, le mépris, le positionnement, jeu d’acteur à l’appui, afin de donner à un propos couvert d’intolérance et de non recul réel une emphase emblématique et un renfort pour l’auditoire.

Comme je l’ai lu : « l’avis de Luchini, on s’en tape » - je cite.
Je réponds "certes", mais non seulement il fait un buzz réussi et surtout par ce coup de gueule le personnage finalement symbolise une certaine idée élitiste de la culture.
Un idée que je réfute et qu’il qualifiera de gaucho dans ses singeries lors de cette interview sous le regard compatissant et même heureux d’une journaliste qui finalement se trouve là complice par défaut d’une situation qui va faire grimper son audimat en plus de son jeu de jambes.

Luchini s’attaque donc à l’idée du piano dans les gares, effet de mode retardataire à la française puisque ce phénomène social existe déjà dans de nombreux pays...
Au nom d’une défense de la culture, de l’idée de respect de la musique avec une M grand comme sa grandiloquente prétention, voici qu’à coup d’arguments démagogiques et d’effets de manche celui qui fait profession d’acteur part en « croisade » contre la médiocrité.
Derrière cela que voyons-nous ? Car l’affaire dépasse largement ce sujet réducteur mais pourtant symptomatique.

Mr Luchini appartient à une vieille garde dont j’ai lu en commentaires les termes qualificatifs de réac’ à son égard.
Un bon résumé somme toute.

Mon point de vue ou du moins quelques réflexions que je vais tenter de mesurer sur ce coup de gueule démesuré.

Le piano dans les gares n’est ni pire ou moindre que la pollution sonore qui envahit notre quotidien et qui fait désormais partie de notre vie sociale.

Cette société qui a évolué en un temps record et avec laquelle il faut aussi faire, même si parfois cela semble aberrant, incongru ou scandaleux (terme approprié à sa réaction ici).
Mr Luchini appartient à une vieille arrière garde qui - en un temps où le « succès » passait par le minimalisme médiatique de quelques chaines, où l’on pouvait se construire une légende puisqu’ayant participé à quelques films dit d’auteur à la spécificité culturelle embourgeoisée française – a érigé autour d’elle en cercle relationnel et pour le coup élitiste un mur entre une certaine idée du « peuple » et leur condescendance entretenue par un copinage avant tout télévisuel, prôné par les ministres de la haute société télévisuelle (Drucker, Leymergie... les envahisseurs du petit écran à connotation culturelle).
Homme de théâtre ou de grand écran Luchini pointe du doigt ce qu’il prétend médiocre et par là même s’autorise un droit de critique à l’encontre de "l’amateur".
Il se trompe à la fois de cible mais de contexte, mais j’y reviendrais.
D'ailleurs il s'englue au cours de sa brillante diatribe vers cela - en mélangeant tout de façon rusée tant qu'incohérente, emporté par sa superbe.

Sur cette idée qui est tout de même son argument principal il faudrait donc aller plus loin et ce directement dans sa profession en vilipendant par exemple la classe de 6e qui monte sur les planches pour mettre en scène avec des acteurs en herbe, une pièce de Molière, sous l’œil bienveillant d’un professeur de français convaincu que les bienfaits de la langue passent par l’expression théâtrale et scénique.
Ce dispositif social (et non socialiste / en référence à l'une des phases de son discours hargneux) permettant également de faire interagir nombre de leviers auprès des enfants, leviers tant pédagogiques qu’humains dont la liste bénéfique est vaste et à tiroirs multiples.
Ces enfants et leur professeur sur l’échelle de valeurs argumentaires de Mr Luchini ne devraient pas dépasser l’estrade de la salle de classe puisque la représentation publique n’a le droit à son idée élitiste, tout au plus de se produire devant les familles, sous peine d’écorcher le grand créateur Molière.
Au passage interdisons tous les stages d’entreprise qui mettent le théâtre comme moyen de mise en confiance, de prise d’expression, de défoulement ou encore simplement de « plaisir » collectif et individuel.
Puis allons encore plus avant et interdisons tout simplement les troupes de théâtre associatives qui inondent le paysage culturel français et dont Mr Luchini a oublié que ces passionnés étaient aussi et forcément une partie de ses « admirateurs ».
Il a oublié que c’est par l’amateur que se construit le professionnalisme et que sans l’amateur éclairé ou simplement intéressé l’artiste n’est rien ou pas grand-chose...

J’en reviens à notre piano dans les gares.

La cible n’est pas la bonne et si tant est qu’il puisse y avoir une cible dans ces propos, j’insiste, élitistes, il n’y a pas lieu à s’insurger de la sorte.
Il y a plusieurs degrés à reconsidérer dans ce simple fait de mettre un piano à disposition dans une gare, dans un espace public, etc...

Il y a peu, je sors de la boutique de mon opérateur.
Nous sommes à Carrefour et le conseiller, qui me connait en tant que musicien me demande d’aller jouer sur le piano là, dans le hall, histoire d’avoir un peu de « vraie » musique sortant de l’instrument au demeurant particulièrement mis en valeur et accordé.
J’ai refusé.
Pourquoi ?
Ce n’est pas dans ma personnalité, sensibilité ou autre que de venir là, démontrer que le piano, « moi... c’est mon métier les gars »...
J’ai suffisamment d’occasions professionnelles pour en jouer du piano, nul besoin d’aller parader en me positionnant élitiste rapport à ces candidats à quoi ? au simple plaisir...
ou autre...
Le piano dans l’espace public n’est rien de plus que la console de jeux mise à disposition à l’entrée du magasin de jeux vidéo, destinée à passer du temps, essayer, s’amuser et bien entendu... vendre...
une question d'envie consumériste, donc.

Ce samedi, Cultura.
Le magasin a désormais un espace de vente d’instruments de musique.
Au milieu des livres, des DVD et Blue Ray de films où Luchini est en bac à soldes, d’un choix de CD de plus en plus restreint et d’une papeterie omniprésente le vacarme anarchique des essayeurs d’instruments de qualité médiocre - car le lieu n’a pas la "vocation" d'un magasin de musique – a désormais pris l’espace non uniquement réel mais sonore dans le magasin.
Une éternelle panthère rose au chromatisme hasardeux, un bout de lettre à Elise appris en tuto sur youtube, les arpèges irréguliers d’intouchables, les deux premiers accords de imagine sans la seconde ajoutée... et tant de ces poncifs s’invitent dans l’espace affiché culturel.
Et je ne parle pas des essais de batteries, de violons, de guitares... qui s’accumulent à cette pièce musicale digne du dodécaphonisme le plus interactif et aléatoire possible, tout en usant de mélodies grand public (un challenge pour un futur compositeur, une idée à choper ?)
Faut-il s’en indigner ?
Je suis loin de partager une telle idée et en tout cas de partir en coup de gueule sur celle-ci.

Mr Luchini part en croisade contre la démocratisation culturelle et vilipende la démagogie de l'idéal gauchiste venue du grand destructeur (là j’adhère, mais à un autre degré et ce débat est largement plus compliqué) Lang.

Je voudrais remettre chaque chose à sa juste place.
Le piano dans les gares n’est pas à vocation artistique...
Il est là, comme tout objet à disposition du public.
A celui-ci d’en faire usage.
Il n’est nul question de « niveau », il est juste question de tellement d’autres idées que celle de « concert » que la colère de Mr Luchini se réduit à un effet de manche, à un délire issu d’un type tellement détaché de la société et ce depuis des lustres qu’il en a oublié qu’il pourrait aussi redescendre sur cette terre, parmi les gens au lieu de les observer depuis son piédestal.

Le piano dans la gare...
« Tiens t’as vu, y’a un piano... allez je vais aller taper dessus pour voir comment c’est » - novice, curieux, amusement, comme l’enfant qui met les mains sur des touches... la fascination du son.
« Hé les filles, y’a un piano, dit Elise, t’en as fait à l’école de musique, tu peux pas nous jouer un truc vite fait pendant que Clara va chercher les sandwichs – je reste là, je garde les valises et puis on se fera un selfie... »
« tadaa, tada... Nous vous informons que le TGV n° 2341 à destination de Marseille St Charles est annoncé avec 2h de retard, merci de votre compréhension » - « Bon, pff... tiens, un piano... allez je vais jouer deux trois trucs si je me rappelle... ça va faire passer le temps »...

J’aurais lu qu’on ne doit faire partager sa médiocrité aux autres...
Waou... la belle affaire que voici !
Au-delà de cette idée pour le coup réac’, ce sentiment de médiocrité constatée est subjectif et fait ressortir la seule idée que l’on puisse se positionner en juge donc en non médiocre soi-même... une chose que l’humilité artistique, en principe, devrait être à même de bannir.
Il suffit de lire, écouter... les grand artistes leur humilité parle d’elle-même.
Celle de Luchini ?
Cet acteur qui s’auto satisfait à se jouer et rejouer lui-même, qui a fait de lui-même son propre miroir admiratif et qui se complaît comme ici dans son jeu désuet et passéiste, jusqu'à quel degré peut-il prétendre n’être médiocre ?
Tout est donc question d’appréciation et personnellement à part ses incartades télévisuelles qui me forcent irrémédiablement au zapping je suis bien incapable, car peu cinéphile, de vous citer le moindre film dans lequel il apparaît comme si son simple nom me suffisait à savoir que je vais me taper un de ces navets à l’humour pré-établi ou à l’idée d’intellectualisme de branlette où il n’est que le reflet de lui-même à savoir ce mec absolument hors société, pédant, embourgeoisé, puant d’une vanité démonstrative tellement décalée qu'on se demande comment de tels énergumènes préhistoriques puissent encore arriver à survivre dans le monde coriace d'aujourd'hui ...

Dans ce qui s’appelle ici une interview - où l’homme se la joue cool, petite terrasse et salon de jardin et tenue faussement décontract’, Porsche Cayenne certainement garé dans l’allée - il ira plus loin dans un argumentaire de base populiste à souhait et n’apportant à l’édifice argumentaire de l’imagerie de base là où un érudit réel eût usé de référents moins simplets.

Il cite des pianistes de référence... tentant de soutenir sa théorie par une consistance à connotation culturelle.
Gould, pour ce qu’il en sait forcément de ce que l’immense pianiste a apporté dans l’approche de l’interprétation et dans l’importance de l’outil technologique pour le propos de l’artiste.
Gould et Bach – le piano comme médiateur d’une musique qui dépasse la seule restriction instrumentale tant sa richesse est fondamentale.
Murray Parahia qui va argumenter son parallèle de la citation Mozart sur le mode politico culturel.
Parahia, l’un des grands révélateurs de l’œuvre pour claviers de Mozart, au même titre que Marriner pour le symphonique. Un mélomane du classique connait, forcément.
Puis il va s’échapper en singeant Ray Charles, voulant certainement par-là faire un rapprochement avec le jazz, cette autre esthétique dont en France, là aussi, une autre élite s’est emparée...
Ray Charles, comme exemple d’une vision élitiste de la culture à la française ? Avec qui plus est la singerie tant du mimétisme de l’artiste aveugle que de son What I Say, populaire et ce, toutes catégories socio-culturelles confondues ?
Il s’est gouré Luchini ou alors en terme de culture musicale il reste finalement un amateur mélomane très superficiel... son argumentaire reste basique et ses exemples idem.
Comme si moi je me contentais de mon Lagarde et Michard pour argumenter la littérature.

Puis le voilà qui s’attaque indirectement à Michel Berger par le biais de son tube « il jouait du piano debout », singeant là aussi tant la chanson que ses destructeurs pianistiques en gare de Lyon, Nord ou Est... peu importe.
Derrière cela un mépris d’un répertoire commun, connu, populaire afin de remettre en avant une haute idée de la musique par les artistes sus cités Gould, Parahia et Charles... eux détenteurs de la véritable idée de l’art, de la culture, et bien entendu de cette haute stature qu’est la musique quand elle est jouée « dignement ».

Allez, Mr Luchini...
Mozart composait des divertissements et autres œuvres destinées, justement, pour ce faire et son « public » n’écoutait pas forcément ses prestations...
Elles agissaient comme un métier que je connais bien, celui de pianiste de bar – ce que faisait Brahms, comme tant d’autres, d’ailleurs.
Quand on ouvrait les portes de l’opéra et que l’ouverture retentissait, du temps de Mozart, le public entrait et parlait... humain et commun que ce vacarme qui auréole la musique, bien souvent.
Bach, comme Schubert et tant d’autres écrivaient pour leurs élèves des exercices... normal en ces temps les ouvrages pédagogiques n’existaient pas et il fallait que l’enseignant use de son savoir-faire pour une méthodologie adaptée qu’il créait lui-même.
Aujourd’hui pour la modique somme de 150 € on va en salle Pleyel embourgeoisée par des Luchini en puissance écouter ces exercices qui, si subliment écrits et composés soient ils, restent des... exercices...
On y va par plaisir en mélomane, en curieux, en amateur ou en élitisme, comme cet arrogant personnage se positionne.
Mr Luchini,  le répertoire populaire de Michel Berger n’est pas « schématisable » comme vous le faites ou alors vous l’êtes également du haut de votre suffisance autocrate.
Il y a d’excellents Canteloup pour singer les personnages publics comme vous, et avec un talent qui n’est pas à votre portée, vous en faites ici la démonstration ridicule, comme l'une de ces précieuses.

Le respect se devrait d’être de mise et au-delà d’un coup de gueule sur un fait social actuel et donc d’actualité, vous venez de nous sortir la panoplie de tout ce qui est devenu exécrable dans la culture à la française dont vous vous êtes autorisé à être, parmi une poignée d’autres, dépositaire.
Cette forme d’autocratie et de suprématie est has been, passéiste et oui, pour le coup, réac’, si l’on s’en tient à l’appréciation de certains quant à votre hallucinante prise de position.
Pourtant, toute médiocre que soient vous références en matière de pianistes, il eût fallu aller plus loin dans votre appréciation de la chose et effectivement tirer la sonnette d’alarme sur des faits quantifiables et vérifiables contre lesquels les professionnels que nous sommes tentent de réagir, ou d’agir autrement que dans la frime démonstrative.

La première chose est le rapport au « répertoire ».
En restant au ras des pâquerettes référentiel tout comme en allant chercher l’analogie piano/piano debout/pianiste populaire... vous touchez du doigt un autre problème de société qui n’est pas nouveau, qui n’est pas actuel mais qui est récurent et qui s’accélère.
Je parle théâtre, je cite Molière, en premier lieu puis peut être irais-je vers Racine, Corneille, Camus...
Je suis un béotien en la matière avec un peu de culture mais forcément pas suffisamment pour vous contrer dans ce domaine.
Comme vous le faites avec la musique... à chacun son domaine, mais c’est révélateur.
J’avais constaté une accélération d’un constat de normalisation des répertoires et propositions musicales qui se resserrent de plus en plus depuis quelques années.
Aujourd’hui je peux aller jouer dans n’importe lequel des groupes de musique qu’elle soit jazz ou pop-rock, je sais que finalement en jazz je vais me retrouver avec les mêmes 50 standards, comme si cette musique en live se résumait à cela et en pop-rock, idem...
Seules les tonalités changent et bien sûr les zicos.
Ces musiciens sont dans l’erreur et contribuent, par sécurité, par ignorance souvent, par manque de culture parfois mais aussi par facilité ou encore fiabilité financière à l’homogénéisation du répertoire et au désintérêt croissant envers la prestation musicale ou artistique.
Oser, modifier, chercher et dévier... voilà qui n’est plus très commun ou alors c’est en branlette subventionnée dans des centres culturels chargés de Luchini en-cravatés ou avec foulard décontract’ de circonstance.
Il y a toujours dans le public un connaisseur, un amateur averti, un mélomane aiguisé...
Quel que soit le domaine musical de jeu, il saura être là et vous en remercier...
Et c’est bien là ce qu’il risque fort peu de se produire dans le piano-gare et qui est touché du doigt en comm’s de cette interview à savoir la « pauvreté » (avec le sous-entendu tant de choix que de niveau de répertoire) musicale.
Mais il n’y a pas que dans ce contexte que cette pauvreté est constatable.
C’est aux acteurs du domaine artistique de faire évoluer ce critère et cela commence tôt... à l’école de musique même... (pour mon domaine).
Entre le tube écouté aux écouteurs dans le bus (d’une oreille car on cause en même temps) lycéen et que le prof par souci de plaire aura choisi à faire bosser aux élèves celui-ci aura (ou pas), la latitude de faire jouer un truc inconnu (ou presque) rendant alors authentique et utile sa mission culturelle.
Le théâtre de boulevard est récurrent en parisianisme comme en mode associatif, pourtant j’en ai connu, même en milieu rural qui osaient la tragédie, Shakespeare, Camus, Ionesco (le béotien que je suis n'ira pas jusqu'à frimer en ce domaine de déballage de pseudo connaissances)

Un exemple...
Je place souvent la pièce de Pat Metheny (pour guitare mais dont il existe une sublime version par le Quartet West de Charlie Haden) : « Hermitage », en piano bar, au milieu de standards tant populaires que volontairement différents ou autres...
A chaque fois soit l’on me demande « de qui c’est », soit un amateur connaisseur me dit qu’il connait mais pas pour piano... et un respect, un échange, une relation s'installent.
Bref, en tout cas, cette pièce installe de l’écoute et du silence...  puis je reviens à des pièces sifflotables...

La pauvreté du répertoire n’est pas que du fait des gens qui s’y engouffrent et le jouent, mais c’est plus profond et il faut avoir conscience que les médias ainsi que les acteurs culturels ou chargés d’animation y participent.
Il est plus aisé d’organiser un « festival » de jazz Nouvelle Orléans avec des mecs en tenue blanche arpentant les rues et chantant Disney livre de la jungle qu’un festival de free jazz...
D’organiser des soirées classiques avec Beethoven et Mozart plutôt que Kancheli, Berg, ou Adams.
Si l’on veut que ce constat diminue, il faut donc agir à la source, c’est-à-dire dans l’éducation.
Un public et plus largement des initiatives mues par celui-ci comme ces piano-gares agit, fait et va là où on l’a guidé.
Vers quoi, Mr Luchini guidez-vous votre public, à part votre nombrilisme omnipotent ?
Votre culture embourgeoisée du portefeuille rempli ?

La seconde est que le mode comportemental de s’exposer en public est un phénomène de société devenu incontournable.
Facebook, Skype et autres réseaux ont banalisé la vie privée, la vie tout court et servent aussi de médiateur informatif, publicitaire, etc...
Dans ce foutoir il y a l’utile, le sympathique, l’agréable, le nauséabond, le dispensable et le nécessaire... toutes les entrées possibles, tous les choix possible avec l’idée de liberté d’expression bien mise en exergue.
Je chante devant les potes, en famille et si en plus je le fais sur deux positions d’accord de guitare ou la pince du piano, alors je dois aller à la télé réalité, prouver que j’ai du talent (comme disait Aznavour) et là un engrenage de comportements tant de la personne que d’un entourage va se mettre en place, va dépasser le simple acte musical, artistique ou autre...
Ces rouages n’ont alors plus rien à voir avec le rapport initial à la musique, le parasitage prend le dessus et un retour à la source, à savoir le talent ou non, de ladite personne n’a plus lieu d’être...
Tout cela n’a pas ou plus grand-chose à voir avec la musique, l’artistique, ou autre bien que certains se révèlent paradoxalement par là... c'est finalement là encore surprenant mais à prendre en considération.

Il suffit juste de prendre un recul.
Dans le cas présent tentons de comprendre ce qui amène à s’exposer ainsi, au milieu d’une gare... au piano.
Personnellement je ne crois qu’il faille un infime instant imaginer que les protagonistes aient la moindre velléité artistique, au pire ils s’imaginent que, au cas... au mieux et dans la plupart des cas, ils se divertissent s’amusent et c’est le but...
Y voir là une attaque à l’art est une affabulation douteuse.
Se sentir agressé par des modes comportementaux devenus (à tort ou à raison) communs, c’est bien effectivement ne pas connaitre la société dans laquelle on vit, comme ces politiques qui ne connaissent pas le prix d’une baguette de pain ou qui croient que le seul fait de prononcer le mot jeunesse fait d'eux des personnes en lesquelles ladite jeunesse va s'intéresser.

Souhaiter le silence pour écouter de la musique est effectivement plausible, idéal, mais en aucun cas communément adoptable et adaptable dans la société d’aujourd’hui, à moins que tout à chacun ait, comme Mr Luchini doit l’avoir, une vie calme et sereine, permettant ce qui est finalement probablement un luxe, même pour les passionnés comme moi.
Un luxe que je m’impose quand je le peux et qui impose des contraintes de vie sociale et familiales inhérentes à ce qui est finalement comportemental et quelque part égoïste.
Ce qui, finalement m’interpelle dans cette prise de position d’un acteur discutable, c’est son manque de discernement, de recul et surtout de prise en compte contextuelle.

Mr Luchini traverse la gare et est gêné, de façon égoïste par une bande d’ados, par un cadre en attente de train, par un jeune élève débutant... tentant de jouer (double sens) du piano.
Il s’attend à un concert... (il n’a qu’à prendre le métro, ça arrive parfois).
S’arrêterait-il pour autant du haut de sa suffisance pour réellement écouter, dans une gare ayant fait silence relatif, un artiste peu connu, de sous-catégorie (selon son estime de lui-même, se positionnant au-dessus du panier) – vu le personnage imbus de lui-même, permettez-moi de n’y croire.
Mr Luchini estime que la musique se doit de vivre en vase clôt, comme dans un musée poussiéreux (voir pire encore) ou qu’elle n’a sa place que dans son salon, diffusée forcément par son dernier achat d’enceintes high tech à la somme indécente à citer ici, ou encore dans une salle de concert où même un toussotement parait suspect, irrespectueux, incongru...
La musique n’est pas stérile Mr Luchini, elle appartient à tout le monde et l’idée même de médiocrité est tellement subjective selon tant de curseurs de critères qu’une telle incartade publique n’est finalement que le reflet nauséabond de vous-même et d’une forme de suffisance qui ne peut être concevable que dans le cas d’une personne parvenue par la succion du terme de culture à un tel degré d’intolérance envers autrui.

Le droit à la parole est inscrit et vous avez toutes recettes professionnelles pour en user, mais vous avez aussi un droit qui peut de temps à autre s’appliquer, celui de la fermer.
Après tout, les pianistes amateurs vous dérangent ?
Moi c’est vous qui me dérangez Mr Luchini – j’en ai ras le bol d’être envahi télévisuellement par des « personnalités » de votre acabit.
Ces donneurs de leçons parvenus, has been et inutiles.

En France l’âge de la retraite fait la valse politico-budgétaire des débats et inquiète l'ensemble de nos concitoyens.
Vous avez 66 ans.
Je ne crois pas que vous soyez en difficulté financière au point d’aller comme certains de nos compatriotes travailler jusqu’à 70 ans en mode senior afin de compléter leurs mois difficiles.
Vous n'avez pas besoin des Restos ou d'Emmaüs pour tenir les deux bouts.
C’est peut-être là le véritable coup de gueule qu’il faudrait pousser avec un peu de décence, de respect et d’humilité envers les gens.
Une personne avec autant de panache et de verve pourrait d'ailleurs le faire à votre égard, liberté d'expression oblige.
Vous envahissez encore, avec tapage, la vie publique de votre comportement superficiel, hautain et insultant...
La retraite, en France c’est pour le moment encore 62 ans...
Il serait temps de laisser la place aux jeunes, à cette nouvelle génération qui parfois s’amuse encore et tant mieux... que ce soit autour d’un piano, dans une gare ou autour d’un micro, dans un karaoké...
Après tout ils coûtent moins cher à la société que vos films dont l’utilité reste à démontrer, ou que vos passages en interviews forcément rémunérés et dont l'inutilité n'est plus, elle à démontrer.
Redescendez sur terre Mr Luchini, vous verrez, la vie en bas peut être bien elle aussi et qui sait, au détour d’une rue, là-bas, dans le vacarme avignonnais d’un festival où l’on déambule en culture, votre relève, celle qui enfin qui vous poussera à rentrer chez vous écouter dans un silence religieux de retraité aigri Murray Perahia, Glenn Gould ou Ray Charles est peut-être là, vous savez, un petit amateur qui comme vous certainement à ses débuts était regardé comme médiocre...
Allez, un petit effort de mémoire...
Allez on appuie sur le bouton du bas, oui, celui là : RDC... en bas, y'a des gens... respectez les.








 

 

9 commentaires:

  1. J'ai été écouter Luchini et je t'ai bien lu. Ce que tu proposes en contradiction c'est une grand débat où tu es très convaincant. Fabrice Luchini, il faut le prendre pour ce qu'il apporte: du cabotinage d'ado et un domaine où il me parait davantage sincère et à son avantage. Je l'imagine bien, passer dans un endroit où un pianiste massacre un titre et le Luchini qui s'en agace, peut-être même sans trop en ajouter. Mais voilà qu'il se lance dans une composition critique à l'emporte pièce pour faire rire son entourage, et ensuite le voici lancé. Regarde Léa Salamé qui le traite de réac mais avec un tel grand sourire qui en redemande et hop son numéro.
    Une fois je l'ai vu dans une émission littéraire face à deux jeunes "philosophes" - mais pas comme les habitués des média - plutôt cools et passionnés de littérature et pensant le plus grand bien de Fabrice Luchini pour son approche des textes. Tout à leur admiration non feinte, je voyais un Luchini intimidé qui rebondissait peu sur les échanges. L'animateur (La Grande Librairie je crois) pour le sauver a fini par lui offrir un espace où il a pu faire son numéro, son intéressant. Mais quand il attaque les textes qu'il connait, là, il s'efface pour donner du texte. dans la vidéo que tu proposes, ce n'est plus le même quand il cite Celine. Donc l'opinion de Luchini on s'en fout mais j'aime son numéro. Le gros défaut de mon commentaire? Trop sur Luchini et pas assez à ce que tu évoques. "Mais il est tard, Monsieur
    Il faut que je rentre chez moi" ;-)

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    1. Et c'est bien là finalement le panneau dans lequel nous tombons tous.
      Parler de Luchini en place du fond, du véritable sujet d'actualité et de encore plus loin, ce que socialement cela implique et les rouages intrinsèques de ce fait apparemment anodin qui en dit bien plus que ce qu'il n'est.
      Ce qui m'insupporte chez l'acteur qui ne sait oublier son rôle c'est qu'il s'empare de ce fait et qu'il se permette de se positionner ainsi, en faisant tu le soulignes, son numéro.
      A de nombreux niveaux mais aussi directement se rend-t-il compte que ce numéro, justement, dessert tout son propos, tout le débat, tout le fond réel de ce fait je le répète, apparemment anodin mais qui en dit bien plus sur le rapport socio-culturel de notre actuelle société.
      Je ne tomberais pas non plus dans le panneau de l'approche des textes par l'acteur, qui effectivement peut faire réviser l’équilibre du propos.
      pourquoi ?
      les ficelles du jeu d'acteur qui peuvent émouvoir, faire ici s'énerver, interpeller ou autre comme rire je les connais bien car ce sont les mêmes en musique - il faut alors avoir une certitude instinctive de la véracité derrière le jeu (qu'il soit d'acteur, musical ou autre).
      Ce que j'ai vu et non apprécié de Luchini c'est justement cette suspicion face à son jeu qu'il soit justement sur les planches où là, dans un démonstratif à la Luchini, mélangeant tout ou finalement révélateur de ce qu'il est en fait certainement réellement :
      Un gros réac' irrespectueux, pédant et imbus de son ego vieillissant.
      Léa Salamé ? Elle n'est qu'heureuse et complice de l'affaire et ses piques sont destinées à un renfort d'audimat afin d'embarquer tacitement plus loin le zozo dans son délire convulsif obsessionnel et maladif.
      Elle aussi c'est un personnage médiatique bien rôdé et les ficelles elle les connait par cœur...
      Elle sait y faire comme on dit.




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    2. suite
      Je peux croire que l'homme soit capable de temps à autre de se regarder et d'avoir un instant de lucidité pour arrêter son cirque - c'est du domaine du probable et du légitime. Ça doit être fatiguant à la longue d'être aussi bruyant, vindicatif, suffisant, hargneux et nerveux... c'est pas bon pour la santé que tout ça et ses toubibs ont dû lui conseiller de se ménager - ou son psy, il en a forcément un car il en a bien besoin.
      C'est bien has been tout ça, c'est effectivement bien potache et avec l'âge qu'il a il devrait penser que quand il se positionne en grand défenseur d'une culture dont il s'imagine à titre superlatif, dépositaire, le mieux serait qu''il se renseigne, d'une part et ait un argumentaire plus conséquent que celui généraliste dont il s'autorise à faire croire que lui, est le mec mélomane cultivé du dessus du panier. D'autre part le sujet étant apparemment pour lui et effectivement socialement sérieux, il n'est pas obligé aujourd'hui de le traiter genre potache, pseudo comedia d'el arte, ou encore film d'auteur noeud noeud dont il est finalement et encore l'un des dépositaires à la française. Ainsi il dessert directement le fond pour une forme qui aura pris directement le dessus, relayée par les réseaux et médias de façon logiquement salace et attractive.

      "Luchini et son avis on en a rien à foutre", ce serait surement là qu'il faut chercher et prendre comme j'ai essayé ici le sujet à la base.
      j'ai lu : "dans les gares ils feraient mieux d'avoir des guichets ouverts plutôt que des pianos à queue". En usager occasionnel de la SNCF, j'ajouterais : et être à l'heure...
      Mais ceci dit, tant qu'à attendre, autant jouer du piano, sublimement, en s'amusant, en hésitant, ou de façon médiocre... après tout qu'importe, réellement... on va bien au karaoké entendre beugler, marmonner ou réellement chanter (ça arrive aussi) et pour autant cela n'a pas vraiment un impact sur le grand terme de CULTURE... on peut s'en dispenser où s'y amuser (je m'en dispense surtout quand en plus c'est en forme Naguy...).
      Après tout ce n'est pas pire que le chargé d'affaires au tel qui te saoule sur le banc derrière toi car il tel bruyamment qu'il va être en retard a son rdv... ou que la mamy qui profite de ce temps d'attente pour faire l'appel de l'ensemble de sa nombreuse famille... et raconte sa vie, ce dont en fait on n'a strictement rien à battre...
      Le piano dans les gares, comme me l'a souligné rapidement une amie c'est... "un nouveau concept"...
      hé oui... plus précisément "on appelle ça un nouveau concept"...
      et comme tout nouveau "concept", il a ses aficionados et ses détracteurs...
      mais de là à en faire un tel plat, Mr Luchini... le nouveau concept est de moins assaisonner les plats... là on a eu la totale et pas que sel et poivre à tel point que le fond du plat et bien... pas sur de savoir de quoi il s'agisse puisque les épices Luchini ont pris le dessus.

      à +

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  2. Je passe devant un piano à Montparnasse tous les matins, et le soir aussi. Le matin, il y a toujours la même fille qui joue, ses affaires scolaires au pied des pédales. J'imagine que peut être elle n'a pas les moyens d'avoir un piano chez elle, ou le voisinage etc etc. Surement elle part un peu plus tôt pour bien commencer la journée avec son morceau quelle travaille ou quelle joue par plaisir. C'est sûr elle n'est pas Khatia Buniatishuili (que tu m'as fait découvrir), mais va peut être le devenir. Ce piano là est descendu d'un étage, près de la boutique camailleu. Le barman du Phileas plus haut ne supportait plus d'entendre les gens jouer tte la journée..il préfère le bruit des valises à roulettes usées, les annoncent de retards permanents, le trafic dehors juste en dessous, le brouhaha de la fourmilière qui gronde ou grogne... et souvent, une ou deux personnes s'arrêtent, tombe sur une petite tuerie d'un mec qui s'est installé au piano pour balancer un swing ou une sonate.. et s'arrêter bordel ça fait du bien. Les esgourdes canalisent, on entend plus le bruit de fond et on laisse le volume de hall résonner les notes. Je trouve le son bon dans une gare.
    Moi, c'est la fille du matin que j'écoute. Mon pas ralentit, je prends le frais, elle joue bien je trouve la fille de Montparnasse, elle est habitée par son jeu.
    Rien que pour les gens qui s'arrêtent, pour la musique absolument, pour cette fille qui n'a pas de piano et qui peut jouer tous les jours, comme le saxo dans les couloirs du métro...et quand bien même un qui fait le con comme on a tous fait un jour chez un ami qui possède un clavier.. j'adore que l'on mette un piano dans une gare. Tout comme j'adore les boîtes à lire, ces étagères de rue où chacun vient déposer un bouquin et découvrir un auteur.
    Je ne vais plus prendre mon café au comptoir du Phileas à Montparnasse.

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    1. Oh qu'un tel commentaire fait du bien à être lu...
      Formidable que ton retour !
      Merci à toi.
      À très vite

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  3. Ah ah j'avais vu ton commentaire sur FB qui m'avait bien fait rire...j'ai pas regardé la vidéo, je sens d'avance un certain mepris qui me gonfle et que je supporte de moins en moins...de toute façon qu'est ce qu'on en a à faire de son avis...
    Je vais rarement dans les gares et c'est vrai qu'au début j'ai trouvé cette idée bizarre, personnellement je n'irais pas jouer ( par timidité ) mais finalement c'est bien..
    Mon beau frère joue systématiquement du piano lorsqu'il est à la gare, on était avec lui une fois et ça changeait l'atmosphère, donc les gens...😉

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    1. merci de ton commentaire.
      ça a fait du buzz sur les réseaux sociaux cette affaire...
      moi le piano (à queue) c'est dans les hôtels... forcément.
      mais pas en mode passer le temps... c'est effectivement aux gens que je fais passer le temps, ou les vacances...
      ou les deux.
      et quel plaisir !
      bizs

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  4. Luchini fait son numéro et plutôt bien après son avis sur les pianistes de gare, je pense qu'il s'agit davantage d'une posture que d'un avis réel .Je pense, en gros qu'il s'en fout mais que le sujet l'a fait réagir et qu'il a fait de ce sujet un numéro d'acteur bien rodé pour faire réagir et marrer les téléspectateurs et Léa Salamé également .

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    1. Bien sûr qu'il y a de ça...
      Mais quelle que soit la "posture" impossible pour moi de cautionner ce numéro de cirque.
      A chacun son opinion sur la chose, j'ai largement exprimé la mienne, j'en resterais là.
      Merci d'être passé commenter - au plaisir d’échanger si jamais à travers d'autres commentaires sur des sujets disons plus artistiques que cette bouffonnerie.
      Cordialement

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