lundi 8 mai 2017

DENAI MOORE – « ELSEWHERE » / Because music 2015.

DENAI MOORE – « ELSEWHERE » / Because music 2015.
Produit par Rodaidh Mc Donald.
Denai Moore : Lead and Backing Vocals, Piano, Synth, Acoustic and Electric Guitars, Bass Synth.
Joseph Wright Goss,  Kid Harpoon, Eric  Appapoulay : Drums and Percussions
Rodaidh Mc Donald : Synth
Steve Hamilton : Bariton and Tenor Saxophones
Kieran McIntosh : Piano, Organ and Backing Vocals
Blue May : Electric and Bass guitars

Médiathèque / étiquette « nouvelle acquisition »...
Le packaging... là on réalise que ça peut parfois compter...
Ce paysage de montagne et de feu, ancestral, naturel, qui explose les pupilles attire (pochette signée Leif Podhajsky).
Un nom, Denai Moore et cette idée, juste « visuelle », de ce que « pourrait être » cette musique de par sa « présentation ».
On imagine tendance folk-pop...
On se dit, ambient-électro...
On sent le serein mais habité tout de même et on présume une part de solitude.
Cette fausse quiétude rougeoyante ne peut être anodine.

Sorti en 2015...
Ok, du retard en infos, mais après tout, si on devait écouter tout ce qui sort chaque semaine (comme lire pour les accros, ou aller au ciné de façon boulimique) on ne s’en sortirait plus alors se laisser aller au hasard... de façon impulsive, parfois.

Ce qu’il y a de bien avec ces pochettes où le livret est planqué et difficile à extraire c’est qu’on fonce d’abord dans la musique et là...
Sans a priori cela sera relèvera évidemment de la surprise (logique me dira-t-on ici...).
Il faut nuancer cette sensation.
Ce n’est pas le même sens de surprise qu’en mettant le dernier U2 ou Codlplay (ou autre nouvel album d’un artiste connu), car même si on va découvrir de nouveaux titres, de nouvelles orientations qui sait, un renouveau ou tellement de redites, le tracé est quelque part en nous, un peu balisé.
Ici l’intérêt de se souhaiter surpris est total.
La découverte et la curiosité sont, si l’on veut, peut et si l’envie survient, des rendez-vous à oser prendre.

Dès le premier titre « Piano Song » on cherche.
On veut des repères, on souhaite comme toujours ou souvent, affilier, associer, « étiqueter » - ces fâcheuses habitudes qui se sont installées et induites, difficile d’y échapper et, est-ce bien nécessaire que de penser le faire ?...
J’ai cherché à identifier cette voix intéressante, au timbre qui d’emblée ne m’attirait guère mais qui a cette façon identitaire immédiate de s’exprimer et d’exprimer un contexte minimal, habité et impliqué.
Un étrange sentiment survient alors, cette voix ne m’attire pas et pourtant je sais qu’il va falloir m’y intéresser, m’y habituer et la considérer dans son contexte, car je suis face à « un tout artistique » particulièrement inspiré, musical et personnel, qui se construit avec et autour d’elle. Je finirais par ne savoir l’oublier...

L’album agencé en chansons courtes, va alors avancer, se décliner de sentiments en paysages, d’atmosphères en sensations, d’éveil en quiétude, d’attention en inaction jusqu’à son conclusif « Last Time » n’attendant/autorisant/impliquant  qu’une seule action... celle d’un repeat et ce de façon quasi réflexe, mécanique, automatique.
On réalise alors que l’on est en train de se laisser envoûter, que l’on vient de s’installer dans une atmosphère qui colle aux sens, à l’âme, au corps...

Il sera bien temps d’aller se renseigner sur le net pour savoir qui peut bien être cette Denai Moore (pas grand-chose à propos de cette artiste – à part un Inrocks dithyrambique, ce qui rend le truc encore plus « savoureux »).
Il sera bien temps d’ouvrir le livret pour en savoir plus, pour savoir ce qui se cache derrière ces nuages rougis par le soleil apocalyptique.
Pour l’instant, la seule chose qui compte c’est d’écouter et de se laisser habiter.
Et de se laisser dompter par cette voix qui maintenant a pris sa place, s’est positionnée comme familière.
Mise en perspective au centre de toute l’attention elle hypnotise l’écoute.
Le pouvoir du sens... des sens.

« Piano Song ».


Un chœur empreint de spiritualité, de simples accords pianistiques amples et imposants, un beat pulse basique... minimal.
Une basse au son synthétique massif va donner aux quelques nappes enveloppantes une valeur dimensionnelle réajustant les plans d’écoute.
Le beat va se modifier progressivement, une guitare s’égrène, une batterie conclusive va se réverbérer dans le spectre spatial soutenant un solo intervenant en contre chant.
La voix de Denai Moore est évidence, ce timbre presque nasal, cette articulation précise et rythmique qui contraste avec ces hummings, ces vocalises retenues et pourtant d’une forte présence – on est de suite embarqué dans un univers tant intime que puissant, on perçoit une solitude dans un environnement immense, quasi nu, au sein duquel s’est positionné un décorum fait d’essentiel, de minimum strict et suffisant.
La voix est là, la mélodie envoute, Denai Moore est au centre de cet espace où tout est distinct, précis et utile...
Il n’y a plus qu’à la suivre.

« Absent ».


Ce son !
Cette prod !
Le beat électronique est mélodique, installant tant rythme que ligne de basse tant l’une et l’autre sont réunies.
Là encore la voix est pouvoir, sur ces pianos minimalistes, ces chœurs en soyeux tapis, contre chants habiles, secondes peaux de cette voix aux accents adolescents.
Le titre s’ouvre, se libère en fredonnant, s’échappe vers l’aigu.
L’absence, le vide se comble petit à petit par la conscience.

« Blame ».


Respiration, espace...
Le temps s’étire, une rythmique foisonnante s’installe – contraste.
Tension palpable, la pulsion ternaire résonne et s’envole.

« Detonate ».


Pouvoir vocal à nouveau.
Le traitement electro emplit l’immensité d’un beat groovy appuyé par une basse synthétique portamento. L’adage lead/chœur est presque familier, on n’y prêterait presque plus attention et pourtant, ces voix tendant vers la pureté, qui survolent ce beat au demeurant lourd ont ce pouvoir de mise en apesanteur, d’oubli de l’attraction terrestre.

« Elsewhere »


Le titre éponyme...
La voix de Denai geint sur d’improbables « reverse sounds » avant de trouver un sens mélodique et de s’unir aux chœurs.
Une forme de groove là encore joue sur les nerfs auditifs de l’auditeur, pris entre racines spirituelles vocales, beat électro, ambient et groove urbain.
Simple tant qu’étrange, inhabituel tant que familier, fouillis tant qu’incroyablement détaillé, immédiat tant que curieux, reposant tant qu’oppressant...

« Flaws ».

Sixième titre et la guitare acoustique prend, sur un accompagnement d’apparence désordonné, sa place prépondérante – un simple pop song, mais là encore au traitement enrobant les composantes installées dans la prod depuis le début de ce voyage. Ce mélange de vie par ces voix surdimensionnées se mêlant à de la synthèse, du beat électro avec cette fois la guitare « en défaut » si réelle va peut-être changer imperceptiblement le trajet à suivre depuis le début de cette aventure.
La moitié du chemin vient d’être parcourue, voyons écouter ce que nous réserve la suite...

« I Swore ».


J’ai juré...
Plus fort que la promesse...
Cette fois la lourdeur opprimante, soutenue par une sensation transcendantale auréolée de nappes de saxs ne laisse pas vraiment d’équivoque.
Cet immense espace découvert habilement vide ou quasi dénudé au départ s’est empli progressivement de sens et de conscience, de personnalité et d’esprit, de spiritualité aussi.
Le vide n’est plus ou presque, l’être est là, Denai Moore, jeune chanteuse anglaise (21 ans) aux origines jamaïcaines (dont elle avoue ne pas être plus que cela influencée) emplit l’espace de ses douleurs existentielles, elle meurt presque chaque jour et ressuscite à chaque refrain (cf : http://www.lesinrocks.com/musique/critique-album/denai-moore-elsewhere/ - l’un des rares articles du web permettant de cibler l’artiste).

« Feeling ».


L’envoûtement progressif de l’album peut prendre son ancrage ici.
Le développement de ce qui commence comme un simple pop song, tant en traitement de production qu’en arrangements électroniques est d’une incroyable présence. Les beats d’une clarté crépusculaire s’opposent à des masses synthétiques quasi symphoniques immenses et aériennes. Chaque titre de l’album est court et pourtant porteur d’un univers immédiatement addictif.
Rodaidh Mc Donald (producteur de titres de la chanteur Adèle, entre autres) a ici a laissé la prod au profit de Plan B soutenu par Kid Harpoon, plongeant le titre dans les marécages roots de beats hip hop, moites, collants à la peau et à l’esprit.

« Never Gone ».


Cette fois c’est sûr, la guitare de Denai Moore a repris son pouvoir et s’est installée comme partenaire immédiat  de ses songs habités et denses, amples et immédiats.
Le sens syncopé insiste, des nappes synthétiques relaient les chœurs toujours aussi amples.
Une basse augmente l’affaire, qu’elle soit synthétique n’y change rien à cette affaire, elle a juste besoin d’aller vite, au plus court et au plus direct possible.
La guitare, la voix, le rythme propulsé par celles-ci...

« No Light ».


Je n’avais pas encore vu de réelle lumière jusqu’ici, juste cet espace s’emplissant progressivement de vie, d’âme et de sentiments.
Je me pose, j’écoute simplement ce merveilleux pop song, la voix le charge de vie, la guitare qui l’accompagne lui colle à la peau.
Il n’y a pas de lumière ici...
Denai Moore s’est enfermée dans cet espace mental et ce ne sont pas les quelques camarades saxs en soutien ou encore les envolées synthétiques voir l’énorme beat de fin s’ouvrant sur ce qui reste de place qui vont changer grand-chose.
Ce titre est absolument magique, sa guitare conclusive arrache tout ce qu’il peut rester de sensations et les emporte avec elle.
Je m’arrêterais presque ici tant la charge émotionnelle est forte...

« Let Me Go »


Un piano droit de salon presque léger va contraster et on croirait presque à une pause...
Il n’en est presque rien. Les climats s’opposent, verse et chorus vont ainsi se différencier entre légèreté presque virginale (je pense à Birdy) et lourdeur surchargée de synthèse électronique.
La forme est simple, le propos aussi, on approche de l’hymne conclusif.

« Last Time »


La place est laissée à la voix, l’ensemble des ingrédients qui ont parsemé l’album se retrouve autour d’elle.
L’espace clairsemé s’est empli et organisé autour d’elle.
Le vide apparent s’est empli de ces composantes musicales et soniques élaborées autour de l’artiste.
Il est formidable de savoir mettre en valeur par une production tant actuelle que réelle, non gadgétisée, efficace et sobre tant qu’innovante, présente, spacieuse, présente et immédiate, le propos simple et impliqué de pop songs d’une artiste.

Cet album m’a enthousiasmé par son cœur – Denai Moore, qui à chaque chanson est juste (pas de cette justesse uniquement de hauteur musicale mais de propos), engagée dans son texte, dans son expression en un tout texte/mélodie/musique.
Il m’a également séduit par une production absolument adaptée, capable d’un respect initial dudit propos de l’artiste, tout en lui apportant un environnement amplifiant ce propos, sans le dénaturer, ni le réorienter, juste lui apporter plus de sens, plus de réalisme, plus de poids tout en restant au service - en une discrétion musicale et d’effets admirable.
La simplicité (que je pointe quand elle n’est pas chargée de sens, mais juste de manque de capacité créatrice et d’intelligence) est ici un atout qu’il n’est nul besoin de complexifier, le propos de l’artiste se suffisant d’emblée en lui-même comme un tout, une intelligence d’écoute et de respect de celui-ci transparait ici pour l’amplifier et l’exacerber là où il n’est qu’intimité et repli.

Un album rare.
Une artiste directement attachante et addictive.
Une production et des musiciens entièrement à son service.
Exceptionnel.







10 commentaires:

  1. Je ne connais pas du tout cette artiste mais ton article donne envie de se plonger dans son album.
    Je vais à sa recherche toutes affaires cessantes et reviendrai te dire après écoute.
    Merci Pascal

    PS = As tu reçu mes derniers envois fait avec "Wetransfert" ?? Je ne reçois plus de mail m'indiquant, comme avant, que tu étais prévenu des envois ni que tu les avais récupérés...!!! Bizarre

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    1. hello francis,
      avec cette artiste tu vas passer un bon moment, voir des écoutes prolongées.
      totale découverte pour ma part, le hasard de la pioche en médiathèque...
      oui, j'ai tt reçu et t'en remercie.
      à +
      bonne découverte et merci du passage

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  2. fond de canapé. j'ecoute et te reponds via ma tablette. Donc commentaire réduit. Je vais revenir plus en détail. Mais je passe un si chouette moment que je voulais le signaler.

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    1. Sensation identique dès la première écoute puis les suivantes, une sorte d'hypnose et puis l'envie de ce partage avec en plus une écoute au casque révélant une production captivante.
      Moi aussi tablette paresse de plus suite à un très long et captivant week-end dont j'aurai l'occasion de te causer par mail...
      En tout cas merci de ton passage et bon envoûtement musical.
      Bonne fin de journée.

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  3. Tu sais quoi Pax, je suis en pleine découverte de al Jarreau, avec ses premiers albums d'abord..et je m'en sors pas tellement je suis à fond dedans. "Glow", "We got back".. va vraiment falloir que je revienne commenter.. Et c'est comme Weather Report, je savais qu'un tel conseil venant de toi allait me foutre le cul par terre. Des discographie assez "monstrueuses"...et surtout des artistes complètement négligés de ma part.
    Et Denai Moore arrive, absolument inconnu... ;D j'y arriverai, promis j'y arriverai :D

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    1. prends ton temps, tu sais, on est pas à la bourre et y'a des bières (et un bon rosé d'ici) au frigo...
      on se refait le petit monde des zics qu'on aime dès que tu t'y retrouves...
      thx

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  4. De la difficulté de tout suivre (surtout que ma compagne est elle pour l'instant "folle" de Metal mais Progressive, son éclectisme à elle c'est une seule chapelle, pendant un temps, puis une autre... ça je ne connaissais pas ;-) )
    Alors aujourd'hui je me suis encore beaucoup écouté Denai, mais sans te relire, donc moins sous ton "emprise". En même temps je quittais l'article de Hugo sur des artistes comme Madonna, Rihanna etc.. Et alors j'ai fait le parallèle, même un pont. Il y a dans l'approche arrangement et Vocale (Mais sans l'auto tune!!) quelque chose de similaire. Cette voix au timbre sûr. Finalement ce qui la différencie c'est pas de gros tube mais que des chansons inspirées. Quand je dis pas de gros tube, je ne veux pas parler comme un dénicheur de talent, je ne sais pas deviner ce qui sera un gros succès par avance, je sais juste constater.
    Je pense que la Denai mérite de joindre les dames dîtes de la Neo-soul, R&B etc... À moins que comme une Minnie Riperton en son temps, elle reste une perle longtemps cachée pour ne faire plaisir qu'aux blogueurs défricheurs... En tout cas c'est une belle rencontre que tu nous as fait faire

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    1. Quand j'ai voulu partager cette artiste je me suis dit que ce n'était pas spécialement une "découverte" que forcément on la trouverait sur plein de blogs, articles etc...
      Et là je me suis rendu compte qu'il y avait un vide, on en parlait peu ou pas, ou de façon tellement succincte.
      J'avais commencé en ignorant la personne, juste par volonté de la seule musique qui m'avait accroché, puis j'ai réalisé qu'en fait on n'en avait tout juste parlé de cette artiste.
      J'espère donc qu'elle ne va pas sombrer dans les oubliettes...
      Elle a un prod vraiment énorme, des compos très intéressantes et un univers qui met du temps à s'installer mais une fois là, difficile d'en partir - et cette voix finalement après de l’hésitation j'y ai totalement adhéré.

      Ça a été pour moi également une bien belle rencontre.

      ps :
      j'irais lire cet article sur les divas (car c'en sont).
      je suis très intéressé par le métal prog (on est allé voir dream theater avec les élèves à Toulon... la claque), c'est un domaine hyper riche et éclectique malgré son étiquette qui se voudrait réductrice.

      merci du passage.
      bon w end.

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  5. Bon je passe enfin, bien en retard. ...Je viens d'écouter l'album, j'ai trouvé ça sympathique, j'aime bien la voix, ce qui est important ! Et en arrivant à la fin j'ai beaucoup accroché au dernier titre, donc il va devenir plus que sympathique ! ;)
    Elle a sorti un nouveau disque cette année, je te l'envoie. ...:)

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    1. merci d'être passée commenter.
      oui, ce dernier titre qui renvoie donc au début...
      c'est très intelligent et stratégique.
      un album qui gagne à être réécouté.
      merci pour l'envoi, forcément ça va m'intéresser...
      à +

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