EN TOUT SENS OU EN VRAC SI VOUS VOULEZ (04) / Joseph Schiano Di Lombo, Charlie Beale, Giacomo Zanus.
EN TOUT SENS OU EN VRAC SI VOUS VOULEZ (04) / Joseph Schiano Di Lombo, Charlie Beale, Giacomo Zanus.
Sorties récentes, arrêts sur images sonores, voyages musicaux certifiés, quel
que soit le « style » qui se présente – ambient, jazz, électro.
25 ans qu’on réalise que ce XXIe siècle est bien là.
Irons-nous jusqu’au bout ?
Rien n’est moins sûr – et s’il ne restait que la … musique …
Et pendant que ce monde se délite par ses élites, se creuse en creusant
l’inégalité, s’autodétruit et tente parfois de reconstruire, les artistes
continuent à rêver, faire rêver …
(s’insurger aussi - parfois).
Musique (s) …
Une poignée d’albums au nombre de trois, règle non binaire, pour sortir du
quotidien même quand celui-ci semble inévitable, alors, un pas de côté, des
écouteurs et avec ces moments choisis, tout pourrait bien s’effacer, le temps
d’un temps, qui n’en serait un.
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JOSEPH SCHIANO DI LOMBO : « Le Tact (Sound Piece for Fondation Henri
Cartier-Bresson).
Circus Company / 2025.
Joseph Schiano Di Lombo : piano, orgue, synthés, clarinette, guitare |
Agnes Wasniewska : hautbois | Barbara Misiewicz : violoncelle |
Tomasz Baye Zietek : trompette.
Le tact, tel que le désirait le photographe Henri Cartier-Bresson
définissait sa manière d’appréhender le monde : discrètement,
respectueusement, tel une ombre silencieuse ou invisible… (circus
company.fr)
On compose souvent (voire toujours) avec un argument.
De quel qu’ordre qu’il soit, il est le point de départ, figure obsessionnelle
ou éphémère, idée fugace ou installée essentielle à projeter, réaliser … faire
aboutir.
Il peut être abstrait, une pensée, une dimension philosophique, ésotérique, un
pur produit mental.
Il peut être sentimental et exprimer l’une de ces multiples émotions et
sensations que l’humain ressent, perçoit et qu’il garde ou exprime.
Et puis, une image, un lien, une connexion, une filiation possible - bref,
parmi d’autres possibilités que je n’évoque ici car c’est tant vaste que
complexe, la création étant le reflet de l’esprit humain et de la personnalité -
vont être l’objectif (et ici en parlant photographie, ce terme ne revêtira pas
que le matériel utilisé mais bel et bien également la perspective engagée) et
installer l’axe créatif pour l’artiste.
Je découvre réellement Joseph Schiano Di Lombo, les lois de la curiosité m’ont
amené à tenter, par deux accroches, d’entrer dans sa musique.
En premier lieu, un étiquetage « ambient », musique dont je reste à
jamais friand mais qui a tendance à se galvauder d’effets et de non-substance,
se contentant souvent (trop souvent) de plaisir du son et de l’effet en place
de réel concept. Cette « non-musique », que j’aime telle, a besoin
d’être « musicalement » inventée et conceptualisée.
Et la différence se fera entre la pensée qui en émane alors que désormais la
seule apparence de texture l’a remplacé telle une forme dénuée de fond.
Eno (Brian comme Roger), Hassell (suggéré dans « à pas de loup »),
Budd … établissaient (et pour certains d’entre eux, ils continuent à le faire)
par cette musique une réflexion et une pensée.
Cette dimension ne doit d’être oubliée et zappée par celles et ceux qui
s’engouffrent dans ce domaine où la facilité technologique prend trop vite le
dessus.
Secondo, une pochette qui ne dit rien, ou pas grand-chose là où l’artiste eut
pu user de son argument d’inspiration photographique pour relayer son projet,
il n’aura pas choisi cet axe et sera resté dans la suggestion.
L’informel.
Vous écoutez cette musique et en quelques secondes vous vous sentez bien.
Cela semble un doux euphémisme, quand on connait la musique dite
« ambient », mais ici vous comprendrez très vite que l’on dépasse ce
simple concept.
Enfin, très vite n’est pas vraiment le terme approprié, car à ce propos (et une
énième fois dans ce blog), je remets la temporalité en avant, ou du moins
l’absence palpable de temps que l’écoute de cet album installe.
L’argument maintenant.
Si vous avez une notion précise ou vague de ce que la photographie d’Henri
Cartier-Bresson évoque plus que ne représente, laissant, chose rare si ce n’est
unique, l’observateur non prendre le sujet en l’état mais lui installer sans
heurt, une interprétation, une dimension, une pensée dépassant la seule
re-matérialisation de et par l’image, vous trouverez là une musique non
descriptive, non représentative de ce que le photographe présentait plus que ne
représentait, mais elle aussi obligeant à dépasser la lecture première.
Bon, vous me suivez ?
Dans ces entrelacs de pensées qui s’inter-mélangent les unes aux autres, la
musique présente sur cet album suggère et vous offre la possibilité de choisir
votre propre dimension d’écoute, votre approche personnelle par rapport au
positionnement sonore proposé et supposé.
C’est bien en cela que cet album m’a fasciné de bout en bout, déployant, en
quelques plages, sonorités, mélanges où synthèse, acoustique et effets habillement
saupoudrés au service de l’argument sonore … tout un registre de pensées, de
profondeur d’esprit, de clartés mentales possibles, de délivrance quasi
instantanée du quotidien et du temps formel.
Un moment, une heure, une journée entière en mode boucle, peu importe.
Dès que cet interstice sonore entre dans votre vie la notion du temps s’efface,
une dimension parallèle s’ouvre et l’on y pénètre, d’un pas qui ne peut hésiter
vraiment … irrémédiablement happé par cette attractivité où l’abstraction
efface la réalité commune.
Un peu comme l’on se laisse porter, lors d’une exposition, d’une visite de
musée, par cette impalpable « ambiance » qui vous permet de vous
arrêter, continuer, vous figer, observer ou vous imprégner, simplement
regarder, vous poser, avancer à pas feutrés dans un semi silence où quelques
chuchotements afin de ne réveiller l’art présent semblent faire partie du lieu.
Un espace détaché de la matérialité, avec sa propre réalité et vérité que vous
seul avez la liberté tant que la possibilité d’appréhender … comme bon vous
semble.
« tact », c’est tout cela à la fois…
Et cette représentation sono-photographique dont l’argumentaire dépasse le
support pour la pensée pure est une évasion que vous ferez avec bien être et
qui, même, sera un espace ressourçant que vous installerez dans votre vie …
Comme un éventuel refuge possible, un lieu privilégié de sortie, sa porte
s’ouvrant sur cette quiétude dont nous avons tous grand besoin en ces temps
volontairement troubles et perturbés.
Joseph Schiano di Lombo - Le tact (Sound piece for Fondation Henri Cartier-Bresson) - YouTube
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CHARLIE BEALE : « Steady Rolling ».
Freshly Squeezed Music / 2026
Irrésistiblement blues.
Formidable comme un bon vieux « Formidable Rythm’N’Blues ».
Roots comme les racines de ce delta blues se sont imprimées dans nos esprits
devenus rock.
Moderne et électro tel que l’on n’eut pu l’imaginer avec de telles réalités
dépassant le terme vintage mais puisant dans ses racines séculaires.
L’album de Charlie Beale, ce londonien qui sample avec bonheur tout ce blues
qu’il aime et qu’on aime est tout simplement … explosif.
C’est un peu comme si, fan de tout le blues que tu es, tu mettais en synthèse,
réunissant en plusieurs titres, compilant toutes ces sonorités qui hantent ton
esprit, qui t’inspirent, qui t’obsèdent, qui sont inscrites en toi … ce tout, dans
une sorte de bibliothèque sonique où ça se mélange, se croise et se retrouve.
Un shaker que tu secoues pour une entrée au paradis du blues où tu vas
retrouver, en un flash, tous les artistes avec leurs âmes, leurs époques sans
distinction, leurs styles et correspondances évolutives respectives, leur « son »,
celui qui leur est propre et personnel, identifiable … en une B.O électro
futuriste et furieusement captivante.
Je plie Fat Boy et j’ouvre le chapitre que j’ai délaissé certainement trop
longtemps, par manque d’intérêt, de curiosité et par lassitude de ces samples
alignés sans réelle concision créative et je mets Charlie Beale et son électro
blues – Dj-ing blues, prendre la place sur le haut du podium d’un sport musical
pour lequel je sais que je n’ai finalement que peu de références et
connaissances.
Mais quand l’intelligence te happe d’un coup de scratch magique, te fascine
d’un coup de guitare bootleneck illustre, t’interpelle d’un bon vieil
accordéon, te fais te lever et danser sur un beat profond qui ajoute à ces
originaux orgiaques la modernité évolutive qu’ils n’ont jamais boudé ni renié,
alors recul ou pas, cela n’a pas grande importance.
L’effet de l’instant, la curiosité et l’intérêt de chaque seconde (dub-blues
« do my thing ») démontent tout sur leurs passages et c’est bel et
bien l’idée de blues – mais tellement autrement et tellement revu sans avoir
été fondamentalement corrigé – qui persiste et se signe là, tel que vous ne
l’aurez pas entendu jusqu’alors.
Incroyable et tellement … bon !
Steady Rolling - YouTube
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GIACOMO ZANUS : « wandering away is safer than getting lost in your
own »
Giacomo Zanus : guitares, lap steel, synthé, cithares, samples et
electronique
Giorgio Pacorig : piano, fender rhodes, farfisa, MS20 (korg)
Mattia Magatelli : contrebasse, basse électrique
Marco d’Orlando : batterie, percussions, glockenspiel
OKUM 2026
« S’éloigner est plus sûr que de se perdre seul … »
Vous aimez Bill Frisell, Terje Rypdal, le … free … ?
Vous avez une attirance pour Ry Cooder, les fresques sonores d’Ennio Morricone
vous semblent proches, Nino Rota et sa verve mélodique, ses tressautements
rythmiques traîne dans un coin de votre esprit ?
Cet album est fait pour vous.
Giacomo dresse, c’est ainsi qu’il le présente, des cartes postales ou un carnet de voyages, de son Italie.
Il l’évoque, la conte et la raconte.
On y croise des gens, des paysages et tout cela passe par le filtre de ses
sensations profondes perçues au travers de ce pays.
Pays qu’il aime et qu’à sa manière il veut nous faire découvrir et aimer, à
notre tour, avec et par sa musique.
« Chacun de nous essaie de décrire les choses, de trouver des réponses et
des significations aux événements. Nous sommes tous un peu comme Palomar,
poussés par le désir de comprendre le monde, nous luttons avec la poursuite
obstinée de la vérité absolue, de la sagesse universelle … et c’est peut-être
là précisément que toutes nos limites apparaissent … »
Je laisse là Giacomo à sa philosophie et son regard sur le monde et je me
penche sur sa musique, onirique, évocatrice, irréelle, incitatrice à
l’imaginaire, obligeant l’évasion et déterminant la quiétude.
Il est « entouré » de partenaires qui subliment et auréolent son
carnet de voyage musical en ajoutant leurs touches pastels et en redessinant
l’intention de ces paysages sonores.
Je me laisse faire, car, enveloppé de ce halot musical qu’est-il possible de
faire d’autre ?...
Lâcher prise, partir, voyager, s’évader à tout prix mais avec n’importe qui et
pour n’importe où.
Prendre sa musique comme prétexte et la suivre, aveuglément mais assurément.
Plus qu’une expérience à tenter, un voyage à faire.
Un livre de sensations sonores à feuilleter.
wandering away is safer than getting lost on your own - YouTube
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Fidèle à cette règle de trois, avec ces trois albums vous partirez certainement
à l’aventure.
Et découvrirez, comme moi, de nouveaux artistes dont la planète ne cesse d’être
matrice.
Une génération qui ose créer, s’aventurer et inventer.
Une génération qui, par le net et ses liens multiples sait encore faire rêver
et nous aide à le faire.
On en a tellement … besoin.
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