PROG’ RECIFS – PROG’RECITS. Chapitre 2 : BIG BIG TRAIN / WOBBLER.
PROG’ RECIFS – PROG’RECITS.
Chapitre 2 : BIG BIG TRAIN / WOBBLER.
Deux autres groupes pour ce nouvel opus consacré au rock progressif et ce qu’il
en est aujourd’hui de ce mouvement qui, malgré la vindicte dont il a été
victime, a réussi à tracer une route parallèle en toute quiétude, avec ses
fans, avec nombre de musiciens-nes nourris à Yes Elp, Genesis et autres groupes
de l’époque où ce rock avait pris un pouvoir incontestable (même le Zep avec « Houses
of the Holy » et peut être même « Presence » a penché vers le
prog et … qu’est-ce que « Stairway to Heaven », si ce n’est un titre
purement prog ?).
Des suiveurs, des passeurs, des passionné qui savent mettre en avant, aujourd’hui
et même depuis plusieurs décennies, dans la pénombre, tout ce que cette
esthétique musicale a en elle.
Pour le meilleur et en tout cas nullement pour le pire, car s’engouffrer dans
cette musique suppose un bagage technique, instrumental conceptuel et créatif,
culturel … ouvert, ample et obligatoire.
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BIG BIG TRAIN : « The Like of Us » | InsideOutMusic 2024.
Alberto Bravin : lead vocals, piano, organ, keyboards, guitars, brass
arrangements | Nick D’Virgilio : drums, percussions, guitars, vibraphone,
vocals, brass arrangements | Dave Fosters : guitars, vocals | Oskar
Holldorff : piano, organ, synth, keyboards, vocals | Claire Lindley :
violin, vocals, string arrangements | Rikard Sjöblom : guitars, organ,
keyboards, vocals | Gregory Spawton : bass, bass pedals, mellotron,
guitars.
Brass ensemble : Dave Desmons (tbn) Ben Godfrey (tpt) Nick Stones (french
horn) Jon Truscott (tuba).
Des anglais … de Birmingham.
Ils se sont formés en 1990 autour du noyau Gregory Spawton, Nick D’Virgilio et
Rikard Sjöblom.
Ils ont la passion commune pour Genesis et Van Der Graaf Generator.
C’était, au départ … un groupe de punk, dans les années 80…
Enregistré en Italie, cet album est leur avant-dernier en date.
A l’écoute générale nous voici en terrain connu.
Là encore grosse synthèse de ce que le prog a dans son bagage (« beneath
the masts » où les claviers de Keith Emerson-Tarkus semble surgir du passé
pendant qu’une énorme guitare inonde avec fureur sur cuivres symphoniques
l’esprit de « Red » de KC – une suite digne d’un « cinema
show »).
Packaging avec une pochette superbe …
Ils sont nombreux dans l’album et les claviers ont une part de travail
orchestrale capitale, ce sentiment de retour aux sources est en grande partie
dû à leurs caractéristiques « vintage » (mellotrons, orgues, moogs,
string ensembles). Les guitares tant acoustiques qu’électriques remplissent
cette musique inventive de nombreux arpèges médiévaux (« bookmarks »
- Genesis, Ange) et de gros riffs et solos où le mot rock ne peut être
contourné.
Le chant est souple et léger, auréolé logiquement de chœurs, mais on ne tombe
pas dans la surenchère de Yes ou l’exagération de Queen. Ils ont une belle
identité (« skates on » - magistral).
J’aurais envie de m’arrêter sur cette rythmique très soudée et qui sait se
faire oublier, argumentant, par-là, que leur travail est concentré sur la tenue
des titres et leur organisation.
Avec eux, ça respire, ça vit, c’est dégagé d’inutilités et ça met la musique en
relief.
« Miramare » est le titre phare de l’album, destiné à la diffusion
grande écoute, avant ça sortait en 45 tours, aujourd’hui les moyens d’une mise
en avant sont multiples. Il résume tout leur savoir-faire et il y a là de quoi
admirer, constater et s’émerveiller tant par la construction du titre que son
orchestration -pianos somptueux, violon solo diaphane, voix lead aux
transitions de registre multiples, chœurs à entrées canoniques ou en mode
choral, section de cuivre sortie d’une symphonie, solo de guitare valeureux
mais jamais nerveux, batterie aux palettes de nuances variées etc.
Il parait qu’aller voir Big Big Train en concert est un moment marquant.
Je n’ai aucun doute là-dessus, on est là face à un groupe qui a du métier, de
l’assise et une solide réputation si l’on en croit les critiques dithyrambiques
à leur égard.
Qu’ils aient des fans et des suiveurs est somme toute dans l’ordre normal des
choses et c’est heureux.
En écoutant cet album j’ai vraiment le sentiment que rien ne s’est arrêté, que
cette musique a continué, sans heurts, sans poing levé, paisiblement, son
chemin.
« Love is the Light » m’a fait me figer et me dire que, là, une fois
encore les dés lancés sur la table du prog vont me faire m’intéresser plus que
rapidement sur Big Big Train et que, si j’enseignais encore à des groupes, il y
a de fortes chances que ce titre soit impérativement à leur menu annuel… avec
la possibilité d’inviter quelques potes des classes de classique (cuivres,
bois, violon) et de dire au guitariste qu’il doit aussi bosser un peu ses
déliés jazz, comme quoi…
Et « last eleven » conclusif vous fera forcément vibrer de souvenirs
affirmés… (Genesis, of course… jusqu’au jeu de drums très Phil).
Poussez la porte de cet album absolument magnifique, vous en ressortirez pleins
d’optimisme et d’émerveillement.
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WOBBLER : « Dwellers of the Deep » | Karisma Records 2020.
Lars Fredrik Froislie : keyboards, backing vocals | Kristian Karl
Hultgren : bass | Martin Nordrum Kneppen : drums | Marius
Halleland : guitars, backing vocals | Andres Wettergreen Stromman
Prestmo : Vocals, guitars, bass, flute recorder.
L’impression de me retrouver coincé au départ et immédiatement en « the
knife » et « tarkus ».
Titre « by the Banks », pas la moindre équivoque possible…
Eux sont norvégiens (décidément ces européens du nord…).
Jusqu’au label Karisma ça rappelle un certain autre Charisma.
Imaginons le Genesis des débuts avec une approche technique plus précise,
génération oblige.
Et avec des vocaux forcément moins marqués, plus aériens et légers, ce qui apporte
une souplesse (là encore les harmonies vocales sont particulièrement soignées
et d’une écriture peu simple).
Ils se sont formés à Honefoss en 1990.
Lars Fredrik Froislie est un adepte et très certainement collectionneur de
vieux synthés qui donnent ici l’entière texture orchestrale de leur musique.
Que des claviers analogiques, issus du « bon vieux temps » :
ARP, Moog, orgues, mellotron, Rhodes, clavinet, Clavecin et piano acoustique et
forcément ça nous plonge dans ce passé à l’identité acoustique instantanée pour
un résultat féérique.
Une basse souvent nerveuse, (au médiator pour un grain pugnace rappelant Chris Squire
et Greg Lake) qui s’accoquine à une batterie qui possède tous les poncifs de la
belle époque seventies (breaks bien appuyés avec moulte triolets de relance
pour insister, cymbales orchestrales qui explosent, beat qui prend en compte l’ensemble
de l’écriture musicale …).
Tout est écrit, agencé et réalisé autour des claviers qui puisent dans le vaste
langage que leurs possibilités sonore offrent, de l’orgue liturgique au solo de
flûte mellotron en passant par le mini moog piquant et soliste hargneux, sans
oublier les divins chœurs et les cordes de synthèse.
Et le rôle de la guitare dans tout ça ?
Et bien elle n’a pas cette réelle fonctionnalité de premier plan (comme dans
les autres groupes présentés précédemment), mais elle officie dans la musique
telle que celle de Steve Hackett pouvait le faire période Peter puis, après
rupture, et avant qu’ils ne se retrouvent qu’à trois.
C’est très bien composé, complètement ancré dans la dimension sonore,
production, orchestration et création du rock prog tel qu’il a, Genesis et Tony
Banks en tête (influence clairement revendiquée avec Emerson et même un côté Gentle
Giant), emplit l’esprit d’une génération dont je suis et pour laquelle (certains
du moins) il a compté.
On est ici en terrain à la fois connu et conquis, sans conquête.
Une sorte de familiarité empreinte de mimétisme que l’on ne peut s’empêcher d’admirer
même si, quelque part, cette plongée dans un univers dont on connait tous les
recoins (c’est un peu comme si on venait d’emménager dans un nouvel espace mais
qu’on avait gardé exactement tous les meubles quitte à tenter de les placer
presque à l’identique) me fait dire qu’une dimension supplémentaire avec plus
de réelle surprise m’aurait emmené plus loin.
Mais ne boudons pas Wobble sur ce petit constat.
Car je ne cache pas le plaisir réel et affirmé que ce groupe m’a procuré et
peut être bien que « Naiad Dreams » (où la guitare acoustique prend
enfin une place prépondérante), contrecarre mon idée initiale de cette envie de
plus de direction vers une actualité en place d’un ancrage
profondément marqué dans le passé.
Que cet album ait été en tête du classement des albums Prog Archives à peine
deux jours après sa sortie confirme peut être ce sentiment de zone de confort qui
en émane, car leur musique coche toutes les cases du prog tel qu’on l’entend et
l’admet.
Et la suite conclusive, absolument grandiose, à l’orgue saturé, énergique et
pugnace (« merry macabre »), à la guitare enfin exacerbée, aux chœurs
liturgiques… avoisinant les 20mn confirme leur ancrage profond dans les
mythiques Yes, ELP et Genesis – avec de telles références clairement et
magistralement affirmées on ne pourra qu’être, finalement réjouis.
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Deux albums pour cette seconde chronique prog.
Ils méritent plus que de l’attention et surtout d’être remis en lice plusieurs
fois car ils recèlent (et c’est tout l’intérêt de la musique prog que d’avoir
de multiples entrée d’écoute là où un rock disons plus basique propose une
entrée par l’énergie, la vibration immédiate – on peut faire le même parallèle
avec certains mouvements en jazz, avant l’arrivée de Miles tout comme l’espace
E.C.M) nombre d’axes suscitant l’intérêt, la curiosité auditive et qui
apporteront ce qui compte le plus : le plaisir.
Donc, le prog n’est pas mort et n’est pas une musique de vieillards passéistes
et ringards.
Me voilà rassuré.
Lars, de Wobble a 44 ans.
Tout comme Rikard Sjöblom de Big Big Train.
Yes ! dirais-je…
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