vendredi 3 juillet 2020

DROIT DE RÉPONSE.



DROIT DE RÉPONSE.


"Oui, le jazz est élitiste : il n'est pas divertissement, il suppose une éthique et une érotique de la connaissance, c'est comme ça. Personne ne se demande si la poésie grecque est élitiste, tout de même. Si ? Ça commence ? Eh bien le jazz, c'est pareil" Francis Marmande.
Le Monde, 14/07/2005.



Les réseaux sociaux permettent la mise en avant de « citations », d’opinions, de convictions tant que de points de vue.
Dénichée au détour de l’un de ceux-ci, datant du 14 Juillet 2005 (sans que Glenn Miller ne côtoie pour autant le bal musette), mais en fait qu’importe la date à laquelle une telle affirmation eut pu être jetée à la face de lecteurs du journal Le Monde, voici bien une déclaration en forme de provocation qui m’interpelle tant que m’atterre.

Je lis cela et de suite je me dis :

- « Bon je vais brûler On the Corner de Miles, électrique et funky à souhait, jugé à sa sortie comme une insulte au jazz » … et dans la foulée DooWop car le fricotage davisien avec le rap, excusez-moi, ne rentre pas dans la catégorie de la très haute idée que je devrais me faire du fait de prétendre être, avoir été, ou encore rester un musicien de jazz.


- Qu’il va falloir interdire la plupart des festivals estivaux blindés de touristes, autocars de comités d’entreprise donc, un public qui effectivement se divertit au jazz.
Un public pas franchement mélomane du jazz et en tout cas pas vraiment familier de « l’érotique » de la connaissance de celui-ci, mais un public qui, cependant, arrive encore à faire vivre une esthétique dont les protagonistes, à savoir les musiciens, artistes donc, chose indéniable - a bien besoin pour ce truc essentiel de la vie… vivre au quotidien, donc professionnellement, du choix que l’on a fait.
Je constate tout de même que Wayne Shorter, malade, véritable star référente du jazz a dû faire appel, par le biais de ses amis musiciens, à la générosité internationale pour payer ses soins… Je n’ose imaginer ce qu’il pourrait en être s’il avait continué à rester dans ce qu’on croit vu d’ici, l’élite cloisonnée (confinée ?) des clubs des bas-fonds newyorkais.


- Qu’il va vite falloir cesser d’oser imaginer intéresser un public adolescent au jazz, car on le sait, viser directement à l’élitisme n’est pas spécialement dans la visée immédiate de ceux-ci, ils abordent la musique par des biais apparemment simplistes et populaires, honte à eux…
Ils gratouillent quelques musiques à trois, voire quatre accords, souvent des tubes éphémères.
L’avenir du jazz est donc mort, car d’emblée, ils sont classés béotiens et s’intéresser à eux, du haut de ce piédestal élitiste n’est certainement pas digne du moindre intérêt.


- Il va me falloir retourner voir Barre Phillips - avec qui j’ai eu la chance tant d’être formé dans ma jeunesse grenobloise où je me positionnais clairement musicien de jazz, tout en jouant dans des groupes de « free rock » très influencés par le Lifetime et lui expliquer que, là où il prône une improvisation naturelle, comme un langage, comme une prolongation de soi par l’instrument avec juste le bagage d’apprentissage que l’on a – lui expliquer donc qu’il s’est planté car son propos a été récupéré par des intellos à la con s’arrogeant le droit de mépris, alors qu’initialement le but généreux et altruiste de sa pédagogie sur la liberté n’a jamais voulu être déclamé comme supérieurement intellectuel.


- Je vais donc ranger à part tous ces albums de fusion, de métissage ou de rencontres et les artistes qui en sont les dépositaires…
Vite dégager du rayon jazz le jazz rock et tous ses zozos électrifiés…
Tirer à boulets intellectuels rouges et savants sur les quelques ONJ dont, quel scandale, celui de Tortiller qui a osé arranger Led Zeppelin pour grande formation…
Je vais virer les albums ECM avec Rypdal, Garbarek ou encore Sclavis en musique de chambre ou qui reprend Rameau… et qui sait même certaines interprétations de Keith Jarrett, car même lui, rendez-vous compte, ose parfois faire « autre chose » que du jazz en enregistrant Mozart, Rachmaninov ou encore Handel…
Quel renégat de la haute sphère intellectuelle que ce Keith, tout de même !


- Je vais donc devoir immédiatement catégoriser l’un de mes compositeurs de jazz favoris, à savoir Duke Ellington et si je veux me prétendre à la hauteur de cette élite de jazzophiles têtes pensantes, me faire une raison… la musique du Cotton Club ne va plus rentrer dans la bonne case puisque ma libido de la connaissance du jazz vient d’en prendre un coup car… je viens de me souvenir que c’était une musique honteuse de divertissement.


- Il va donc falloir demander au public, à chaque fois que je joue un titre issu du real book (parmi certainement le 50 mêmes que tous les dépositaires du précieux recueil jouent depuis des lustres en France, comme si le jazz ne se résumait qu’à Blue Bossa ou encore Cantaloupe Island) – jazz donc – si celui-ci est bien préparé et en état intellectuel non imbibé du petit rosé de l’été d’apprécier à sa juste valeur mon interprétation forcément grandement artistique et impliquée de celui-ci.

etc, etc…


Faudrait peut être arrêter les conneries, non ?


Une telle affirmation, sans m’engluer dans le seul fait qu’elle n’est qu’un ramassis en syntaxe, de conneries, dégage un profond parfum de tout ce que je hais de cet intellectualisme bien-pensant, bien gaucho socio cul qui s’autorise en récupérant un art, un langage, une culture… à se servir d’une culture pour auréoler son besoin de légitimité tant politique qu’intellectuelle.

A l’heure où tout le peuple afro-américain suivi par une large population d’américains de toutes origines et de soutiens humains hors seules frontières américaines se bat pour que le racisme et la violence cessent et que le respect, l’écoute, la tolérance et tant d’autres termes essentiels à la vie sociale sur cette terre s’installent, je lis cela et j’y vois, sur les racines d’une musique à l’identité indiscutable, une récupération complètement éloignée de ses/ces sources par une élite intello en mal de légitimité.
J’y vois une insulte, j’y vois une mise volontaire à l’écart d’un art, d’une esthétique et d’engagements tant sociaux que politiques par des arrogants suffisants complètement décalés, incohérents et, justement, ignorants de ce qu’est en fait… le jazz.
J’y lis une discrimination inversée et un racisme « à l’envers ».

Oh, certes…
Ils en connaissent les dates, les enregistrements, les noms d’artistes, les labels… Ils sont incollables là-dessus… mais, en ont-ils vraiment compris le sens, l’âme ?
Ils me rétorqueront à grand coup d’arguments tout aussi superficiels et insignifiants les uns que les autres, forcément dignes d’un mémoire d’étudiant en mal d’un sujet à argumentaire, que j’ai tort.
Mais…
Le véritable tort est d’avoir laissé le jazz en France au pouvoir autocrate de ces récupérateurs de la mémoire d’un peuple et d’en avoir détourné l’authenticité à leurs avantages politico-intellos.

Si le jazz a pu servir d’idéologie intellectuelle par son aspect libertaire à toute cette gente intello parisienne de la rive gauche, puis ensuite à ces socialistes dominés par un Lang autocrate, mon constat est que, progressivement, cette appropriation ayant servi, certes un temps, les uns ou encore les autres … a fini par créer le clivage qu’encore aujourd’hui l’on peut avec désolation constater, nourri par de telles affirmations.

De populaire, le jazz, en France, s’est mis directement à part, car posé en piédestal par ces crétins en mal de reconnaissance, usant de lui pour le détourner à leurs profits d’intellectuels désabusés, se proclamant justement « intellectuels ».
Alors le jazz s’est cloisonné, et, à force d’inculquer avec mépris « à la plèbe » qu’il est difficile, qu’il n’est pas fait pour « tout le monde », qu’il « se mérite », qu’il est « à part » ce travail de sape a fait son effet dans toutes les sphères de la société française et il a ainsi pris une place isolée, à part entière.

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Comment prétendre à une donnée intellectuelle élitiste quand l’on s’empare d’un langage issu du blues, de racines populaires africaines et de polkas dansantes ?
Comment se positionner supérieur quand on sait que, alors que l’on va dénigrer en point de comparaison le dernier « tube » à la mode, la plupart des standards de jazz sont des tubes issus de la comédie musicale, de chansons génériques de films, de chants traditionnels et bien entendu de blues à… 3 accords ?
Il semble qu’ici une part érotique de la connaissance ait là encore été détournée de son point d’accroche initial…

Si Louis Armstrong chantant avec ferveur le gospel, s’amusant à reprendre les chants effectivement divertissants des dessins animés de Disney, ou encore improvisant sur ce qui était à l’initial une musique de défilé de rue constatait que sa popularité française ait pu engendrer de telles conneries comportementales je crois bien que son sourire légendaire en prendrait un coup.


Si Bird - dont l’implication personnelle pour nourrir son langage d’improvisateur sur fond de revendication sociale, reprochant au jazz de n’être capable d’un codage aussi précis que celui du classique et à ses musiciens de ne fonctionner qu’instinctivement, à l’oreille – lisait de la part d’un intello se nourrissant sur sa musique de tels propos je crois, que lui, voulant amener le jazz vers une plus grande reconnaissance populaire y perdrait sa "Verve"…


Il faudra donc faire la gueule et froncer le front afin de réfléchir en écoutant la divertissante Ella Fitzgerald chantant Broadway et autres saucissons populaires, plutôt que siffloter avec elle, car, ce manque de respect face à la grande interprète n’est pas convenable pour un mélomane connaisseur … de jazz…


Je ne sais vraiment pas quoi faire de Herbie et de son vocoder (Sunlight), ancêtre de l’auto-tune décrié – il ne rentre pas dans ma case intellectuelle de l’élite du jazz tout comme son Future Shock qui a dû échapper à notre spécialiste des hautes sphères. Mais bon, on se rattrapera vite fait en se donnant bonne conscience sur « Empyrean Isles », ouf, sauvés, on peut être à nouveau accepté dans le petit club des intellos du jazz et parler modal, accords suspendus, analyser le jeu binarisé de Tony, chercher un poil de ce groove que Herbie développera plus tard… ça y est j’entre dans le jeu… STOOOP !)


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Voilà donc qui pose en quelques mots toute la réalité du déclin du jazz en France, de l’éloignement du public envers cette musique chaleureuse, partageuse, communicative, ouverte vers l’autre.

Voilà qui explique – car ces comportements et ces mots discriminatoires à contresens je le répète en attestent – ce mépris réel qu’affichent certains « musiciens » s’attribuant le qualificatif de jazzmen face aux autres (public, musiciens d’autres horizons).
Enfin, je ne parle pas des musiciens de jazz, là encore, des « vrais » qui eux en vivent (ou pas – ou peu), mais en tout cas ne s’attribuent pas une méritocratie esthétique. Ils se contentent d’en vivre et ce n’est déjà pas si mal.
Je parle ici de ceux qui affichent et prétendent.
Ceux qui participent à scier la branche sur laquelle ils n’auraient jamais dû s’asseoir.
Ils y ont pris trop de place et leur fausse intégrité fait de l’ombre aux acteurs réels de cette scène, de cette musique… de cette vie.

Voilà qui finalement démontre l’échec de l’enseignement du jazz dans la haute institution des Conservatoires, pas en général, mais globalement.
L’élitisme sur l’élitisme et dans une bataille parfois démagogique ne pouvait avoir sa place face à des années de tradition séculaire d’enseignement enfin en mouvement et en réflexion contre lui-même.
Le jazz « enseigné », que l’on avait imaginé faire bouger les frontières n’a rien trouvé d’autre pour se légitimer que de les refermer encore plus et s’élitiser d’avantage, trop investi et heureux d’intégrer la haute institution de l’enseignement étatisé et considérant ainsi cela comme une reconnaissance de sa distinction intellectuelle.
Pour conserver cette situation gagnée en piédestal certains protagonistes l’auront donc compliqué et théorisé à l’extrême afin de rendre au sortir opaque une expression simplement populaire, issue du blues, ce, en disséminant à foison l’idée de complexité, de mérite, d’intellectualisme et ainsi justifier leur accès à la haute sphère élitiste de l’enseignement (croient-ils).
Le jazz enseigné à la française a donc raté sa cible et sa vocation imaginée benoitement par les bureaucrates des hautes instances de la culture. Alors on a demandé aux musiques appelées actuelles - terminologie acceptée et acceptable après très certainement des années, mois, semaines et heures de colloques pour faire rentrer dans un merveilleux foutoir esthétique tant Joe Satriani que le Rap, tant Charles Aznavour reclassé chanson française (variété étant forcément devenu le terme honteux à ne plus jamais oser employer), que Lady Gaga, tant Elvis que les Sex Pistols - de remplir cette nouvelle mission de cassure des frontières élitistes, réductrices, minimalistes…

Mais voilà…
D’année en année les déviants du jazz sont arrivés et ainsi d’Al Jarreau en Chaka Khan, de Snarky Puppy en Nougaro, voici que ces musiques actuelles se sont renormalisées en souci de légitimité rapport à l’ainé du jazz.
La boucle est bouclée.
L’intellectualisme en France auréolé de cette manie encouragée par de tels écrits journalistiques a la peau dure et coriace.
Et le jazz, absorbé, happé et récupéré (comme un homme politique sait habilement récupérer un fait, un écrit, un événement… pour en tirer avantage) par ces médaillés têtes pensantes de la musique ne peut désormais que survivre en place de simplement vivre, estampillé et labélisé appellation très contrôlée par ces intellos réducteurs.

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ELITE : Groupe minoritaire de personnes ayant, dans une société, une place éminente due à certaines qualités valorisées socialement. (Définition Larousse).

De là, être musicien de jazz supposerait appartenir à une minorité…
Aux Etats Unis, le jazz est populaire et musicalement enseigné en grande majorité, il est joué dans les rues, les clubs, la haute société…

Il est sûr qu’en France la récupération de cette musique par une minorité, donc une élite, a fait du jazz une expression minoritaire – ces intellectuels, une fois qu’il se sont emparés du jazz ont créé de toutes pièces ce clivage en absorbant cette musique populaire pour leurs velléités intellectuelles (et politiques).

En place de se retrouver socialement éminemment reconnu et donc valorisé, le jazz enfermé sous la coupe de ce cercle minoritaire puis croissant de quelques émules n’a ensuite cessé de chercher une véritable reconnaissance populaire auprès du public le plus large possible.

Je ne pense pas que le fait de jouer dans un club enfumé (à l’époque où j’ai connu la cigarette dans les lieux fermés), un florilège de (au choix) standards, compos, impros libres… face à un public avoisinant les quinze intellos venus au seul rayonnement du mot jazz soit réellement valorisant pour l’artiste…
Je crois par contre que certains jazz clubs dont le bar logiquement bruyant servant de rendez-vous à des « passionnés » de jazz, vociférant pendant les impros d’un tel ou d’une telle sont et restent valorisant pour l’artiste, car c’est bien en ces contextes finalement socialement populaires qu’il sait sentir la chaleur humaine et donner le meilleur de lui-même…
Cette musique est la vie et a besoin de la vie…

L’improvisation même si elle a sa part de réflexes dus à un travail afin d’engranger de la culture, du patrimoine et du langage, se nourrit de l’instant et si l’instant c’est une bande d’intellos analysant les moindres méandres du jeu d’un artiste, le contact et le jeu risquent fort d’être différents que face à des enragés, bruyants, certes, mais passionnés.
On me rétorquera que dans certains festivals, là encore, le public écoute religieusement.
L’écoute peut être chaleureuse, passionnée et sensuelle…
Mais dès que le soliste s’enflamme le public lui aussi est interactif et réagit… et là… c’est pareil, juste une question d’échelle.
Il n’y a aucune connotation intellectuelle dans cet acte, juste du partage.
C’est bien là l’incompréhension du truc et tout le problème que soulève un tel ramassis d’à priori détachés de la réalité vivante, humaine.

Érotiquement on est entre la branlette individualiste et le partage…
A chacun ses choix.

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Mr Marmande, vous avez tout mon respect, mais sachez que c’est bien avec et par des comportements affichés tels que le vôtre que le jazz en France en est à ce point de rupture réelle avec le public, avec… les gens.

L’avoir ainsi légitimé et mis sur un piédestal est tout « à un certain honneur » que je vous laisse apprécier et dont, forcément vous vous targuez.
Parallèlement en voulant auréoler de bienfaits une esthétique, une culture et une musique dont, croyez bien je suis certainement aussi passionné que vous, vous avez lentement mais surement, car vous êtes des légions à l’avoir fait, établi un clivage, une méfiance, puis un rejet, si ce n’est une forme de dénigrement envers une musique qui initialement s’adressait à tous puisqu’issue de tous, éminemment populaire puisque prolongation de la vie, tout simplement.

Depuis plusieurs années le jazz se meurt (car il est difficile d’en vivre)… ou divertit (car il faut bien en vivre quand on en fait métier)…
Cela a certainement toujours été, mais vous avez fait un travail permettant d’accélérer cela en divisant même le jazz, du jazz, les musiciens eux mêmes...

Côté pile,
Les groupes de Nouvelle Orléans fleurissent, défilant dans les foires aux vins et animant les stands de joyeux buveurs qui s’attroupent au son de « Royal Garden Blues » et s’enlacent sur « Petite Fleur ». Il faut certainement fusiller ces amuseurs.
Les chœurs gospel sont devenus populaires et ont remplacé les chorales du troisième âge. Il faut interdire à tout prix ces regroupements religieux...
« In the mood » est certainement l’un des titres « jazz » les plus joués par nos harmonies municipales afin de divertir les jours de célébration en fêtes nationales de ce 14 Juillet où vous avez pondu ces quelques lignes méprisantes, rappelant ainsi que l’armée américaine a permis de nous libérer et que le jazz aurait pu s’installer alors dans notre patrimoine musical en place de devenir le repère des intellos en mal d’une « accroche artistique »…
A la terrasse des bistrots Bidule et Machin chantent tant Sinatra que Trenet ou Nougaro que sifflotent, divertis, les badauds et les clients… Ils font ça bien, c’est leur boulot.
Dans chaque grand hôtel où il y a un piano l’on peut entendre les éternels et légendaires « All of me », « Night and Day », « Girl from Ipanema » pendant que la clientèle se « détend », grand cru en mains, whisky d’âge mur en bouche… Il va falloir certainement crucifier le pianiste qui ose divertir avec le patrimoine du... jazz.
Les petits boogie, blues et autres imitations de standards emplissent les méthodes d’enseignement de la musique classique et permettent là où l’enseignement du jazz a loupé son entrée, d’oser initier les plus jeunes vers cette esthétique incontournable puisque réellement « musique classique » du XXe siècle. Ce n’est pas terrible me direz-vous et c’est « mal écrit », en plus… oui mais, que faire quand on a verrouillé toutes les entrées attractives possibles et qu’on a installé le mot jazz tel un Himalaya à franchir ?


En face,
Les clubs de jazz quémandent chaque année auprès des municipalités des subventions, des aides car leur clientèle d’intellos s’amenuise d’année en année. Pour sûr ce n’est pas très rigolo de se refaire toutes les semaines le monde sur (et non sous) les impros émanant de l’éternelle version de « Stella by Starlight ». Ce public s’amenuise, la réalité de la vie nous a tous rattrapés…
Les festivals sont en déclin total et font la course aux mécènes et en mélangeant dans la même soirée un zeste de rock citronné avec un poil de jazz easy ils osent encore parfois l’inédit, mais à quel prix ?... De toutes façons même pour vous aller certainement jusqu'au free n'est pas vraiment convenable alors pour sûr le programmer...
Les classes de jazz peinent à avoir un effectif minimal permettant dès l’adolescence de développer une formation réfléchie et pragmatique tant que réellement pédagogique et non complémentaire de savoirs déjà acquis par des adultes ou jeunes adultes expérimentés ou autodidactes.
La Berkey School ne fait plus vraiment rêver. D’ailleurs est-ce-que l’Amérique fait encore rêver ?
Les Big Bands de Jazz, terrains de jeu où fleurissaient, échangeaient, partageaient de façon intergénérationnelle les musiciens ne trouvent plus ne serait-ce qu’un local de répétition…

J’ai « appris » le jazz en club, avec des « anciens » …
Ils vivaient cette musique et la transmettaient, simplement, directement, avec altruisme.
Chaque conseil était une bénédiction, chaque regard un encouragement, chaque discussion un enseignement, chaque rencontre un bonus, chaque moment une incitation à l’avidité d’une culture non supérieure ou autosatisfaite, mais juste logique et respectueuse envers une musique transplantée, "mimétisée", sortie de ses racines pour être humblement jouée avec ferveur et passion.
A aucun moment de ma vie au contact de ces anciens la seule idée d’intellectualisme du jazz ne m’est apparue et ce même quand j’ai mis les mains dans l’engrenage de l’écriture de l’arrangement, de la direction de Big Bands.
S’imprégner, écouter, respecter et rester humble sans jamais intellectualiser – juste mettre un savoir-faire au service…

Vous avez avec de tels comportement décalés de la réalité, relégué par vous-même le jazz dans la sphère du divertissement, car coincé par vos hautes idées représentatives intellectuelles il a bien fallu qu’il continue à vivre et à ce que ses passionnés tant musiciens que mélomanes attirés non par le positionnement élitiste mais juste par la sensation que procure cette musique aillent ailleurs que dans vos espaces confinés réducteurs.

Alors l’autre jazz, le vôtre… en France est devenu un jazz de dossier, de spectacle de maisons de la culture, de stages de formation, de subventions, de mécénats de banques, d’institutions…
Alors comme toujours, détachés d’une réalité de terrain mais préférant positionner l’idée, l’opinion si ce n’est, à votre honneur, la conviction, vous n’avez pas rendu service à la cause que vous défendiez.
Vous avez certainement oublié l’essentiel…
Vous vous êtes emparé et avez posé une étiquette dévastatrice sur ce qui, en fait, ne vous appartient pas et avez qui plus est, osé parler en son nom.

Cela a été lent, pervers et le résultat que l’on constate aujourd’hui est que vous avez presque réussi l’exploit de tenir à l’écart une musique destinée à tous.
Mais voyez, fort heureusement celle-ci réussit malgré tout, hors de vos réseaux éminemment élitistes à survivre, en divertissant certes, mais il en a toujours été ainsi…

Érotiquement parlant, ma connaissance du jazz, que je ne prétendrais pas « d’un niveau de dialectique universitaire » aussi pointue que la vôtre me rappelle que le mot "jazz" est passé par de nombreuses appellations et qu’avant de prendre ses deux z il s’immisçait ainsi avec deux ss dans son premier enregistrement par l’Original Dixieland Jass Band… quant à l’érotisme entre l’appropriation du jassmen pour le jasmin (ce parfum fort prisé des musiciens attirant les femmes du public) et les jazz-belles qui sont les prostituées de la Nouvelle Orléans, il y a de quoi satisfaire en "jasant" (autre origine étymologique du mot jazz) votre envie de fantasme en ce sens.

Avec tout mon respect.

PS : je laisse aux autres intellectuels la poésie grecque, après tout, à chacun sa « spécialité » …






6 commentaires:

  1. battre la mesure avec ses pieds n'a jamais été élitiste. Arrêtons de nous branler les neurones et apprécions LES musiques qui nous vont droit au coeur !

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  2. Moi qui écoute du Jazz entre Suicidal Tendencies et Yves Simon, j'approuve.

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  3. Oui, le jazz est DEVENU élitiste en même temps que la musique pop s'appauvrissait.
    Non, il n'est pas fondamentalement élitiste mais, comme la musique classique, à part quelques standards, il est DEVENU hors de portée des masses.
    Ceci dit, ma mère, 78 ans, n'écoute que TSF (la radio jazz) en voiture. Comme quoi, tout n'est pas perdu. Il faut juste que le jazz se sorte de son placard ce qui est justement le cas au Etats Unis où un mouvement jazz-rap réhabilite ce vieil idiome pour la jeune génération.

    Perso, je me méfie toujours des papiers de journaleux péremptoires qui nous balancent du "le rock est mort", "la fin de la guitare électrique", "le vinyle est has been" (etc.) et se voient, régulièrement battus en brèche par des retours d'opinion souvent surprenants.

    Ceci dit, et là je m'adresse à Ranx juste au-dessus de moi, il n'est nécessaire de se former l'oreille au jazz pour le comprendre et pouvoir l'apprécier. Attention, ça peut être instinctif et donc pas forcément didactique ou théorique. C'est d'ailleurs le cas pour toutes les musiques qui sortent du confortable format de la petite chanson comme pas mal de genre que j'évoque sur mon blog dont le hardcore, le black metal, etc.

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    1. Merci de ton retour pertinent.
      Je sors justement d'une soirée où j'ai joué des standards de jazz pendant une poignée d'heures pour un public pas forcément "avisé" et en tout cas certainement pas élitiste sur le plan ici mis en avant.
      C'était pourtant leur choix que de s'offrir une soirée avec ce répertoire et il n'y avait strictement aucune connotation ne serais-ce qu'intellectuelle dans leur envie. Juste du plaisir.
      J'ai pourtant joué des titres pas spécialement usuels et parfois ils sont même venus s'enquérir et regarder par dessus le piano de ce dont il s'agissait...

      J'ai fait "mon boulot", j'ai joué live une musique que je pratique, que j'enseigne et que surtout je veux désacraliser et en cela ce simple acte n'est en aucun cas démagogique ou même irrespectueux comme le penseraient certains cités dans mon coup de gueule.
      Ce débat n'est pas terminé, il revient régulièrement sur le tapis...
      Quant à la poésie grecque, comme me l'a si bien fait remarquer un de mes amis enseignants, Mr Marmande doit certainement s'imaginer être une rareté à connaitre l’Iliade et l’Odyssée - le pauvre pédant scribouillard qui paradoxalement va t’encenser le dernier Thomas Dutronc...
      Un peu comme ces écolos gauchos qui envahissent les supérettes bio tout en roulant dans des 4x4 dégageant une noire fumée d'échappement...
      Tout et son contraire donc.
      (et je n'ai rien contre Dutronc, loin s'en faut... mais bon...)

      Allez va, même s'ils m'insupportent, ils sont irrécupérables et preuve en est, le leur faire remarquer ne fait que renforcer leur connerie se voulant dominatrice.

      à +

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