mercredi 1 novembre 2017

ALLAN HOLDSWORTH (6 Aout 1946 – Bradford / 15 Avril 2017 – Vista)

ALLAN HOLDSWORTH (6 Aout 1946 – Bradford / 15 Avril 2017 – Vista)

Je m’étais promis de rendre un hommage à Allan Holdsworth, il est grand temps de m’y mettre.
Allan Holdsworth c’est un artiste qui m’est devenu très vite familier, ce, dès l’adolescence.
On sait que c’est souvent là que l’empreinte se fait, que des goûts se dessinent, que des choix se font et que ce qui entre dans cette tranche de vie est susceptible d’y rester définitivement.
C’est pour cela que je m’évertue dans mon travail de pédagogue à faire découvrir un maximum de culture(s) musicale(s) aux adolescents et jeunes adultes, car c’est certainement bel et bien ici que cela se passe et, plus on ouvre les esprits jeunes à la découverte, à la curiosité et à l’envie, plus le sens réel de la culture s’intègre, se positionne et prend part à un quotidien qui jalonnera la vie de tout à chacun.

Allan Holdsworth est entré dans ma sphère d’écoutes régulières avec son solo de « Hazard Profile » du groupe Soft Machine (Album « Bundles »), ce devait être en 1976. J’avais été impressionné par le roulement d’entrée absolument parfait de John Marshall puis par sa cohérence de jeu entre beat et ouverture, mais dès le solo de Mr Holdsworth je me souviens que tout avait littéralement basculé. Un nouveau nom, un nouveau son, une nouvelle approche venaient de surgir...
Il ne restait plus qu’à mener l’enquête afin de le trouver, de savoir si une carrière solo pouvait, tel un Jeff Beck (passant à cette époque avec allégresse du rock à un jazz-rock teinté de particularités mi funk, mi heavy ou encore bluesy-jazz – si je suis entré dans le jazz c’est bel et bien grâce entre autre, à sa version de « Goodbye Pork Pie Hat » qui m’a directement propulsé vers Mingus) ou un Mc Laughlin échappé du Mahavishnu se dessiner dans les bacs...

C’est là que j’ai commencé à creuser avidement les sillons vinyliques gravés par ce guitariste hors normes et que je me suis fait, entre autre, la déduction que celui-ci était soit attiré par les batteurs, soit un guitariste adulé des batteurs, enfin, quoiqu’il en soit, je me suis vite rendu compte qu’il jouait avec les plus grands batteurs de la planète. Ce fait a forcément augmenté mon intérêt naissant envers lui.
Et puis, Allan Holdsworth c’est l’artiste qu’on reconnait immédiatement, inimitable, unique, qui accroche directement l’oreille et qui fait citer son nom sans la moindre hésitation.
On l’a entendu une fois, on le mémorise et on sait l’identifier – cet instantané, même si on peut le retrouver chez nombre de musiciens, chez lui, il n’autorise pas l’ambiguïté, Alan Holdsworth, joue une note de guitare et automatiquement cet ADN musical est clair et lisible.
Le son, saturé sans pour autant abuser afin de ne pas noyer la vélocité dans un fatras massif.
Le jeu, au phrasé légato exceptionnel, donnant à chaque phrase, même des plus rapides un sens toujours mélodique d’une rare fluidité.
L’inventivité avec un sens du langage totalement personnel et s’assimilant non à la guitare mais à des phrases de cuivres, donc chargé de chant et de sens vocal et pourtant basé sur des rapports mathématiques  – intéressant...

Voilà un peu et très vite un résumé des sensations qui viennent à l’écoute de la moindre de ses interventions, de la moindre de ses phrases, et même, du moindre de ses riffs.
Intéressant de constater qu’il aura participé en tant qu’invité (pour ensuite s’offrir des castings de rêve pour sa carrière solo) à de nombreux groupes de batteurs où encore dans lesquels le batteur a une identité prédominante.
Tony Williams, Bill Bruford, John Marshall, Pierre Moerlen...
Ou avec des sections rythmiques, des bassistes de haute volée, etc... tels Jack Bruce, Level 42, Stanley Clarke...
Trempé dans ses envolées électriques j’ai également progressivement découvert puis adoré son jeu acoustique. C’est ainsi qu’il m’aura fait découvrir le pianiste Gordon Beck avec lequel il a gravé 4 albums d’une rare beauté. 

Je garde toujours en tête son introduction de « Nevermore » (UK) comme un de ces moments où la musique rime avec la grâce et l’inspiration. Ce genre de moment qui se passe de la moindre analyse, de la moindre réflexion. On est là et la musique s’invite pure, formidablement expressive alors que le trait n’a besoin d’être forcé, le choix du tout fait de ces traits, de ce chant un instant de musique qui ouvre le temps et l’esprit. Une fois entré en l’esprit cette dimension ne peut s’en échapper et l’on a envie de s’y plonger encore.
On sait alors que Allan Holdsworth acoustique c’est forcément une porte qui s’ouvre vers cette délicatesse, cette douceur, cette pureté mélancolique ou automnale.
Allan Holdswoth a ouvert la porte du synthétique avec à l’appui lutherie (SynthAxe), jeu adapté à un concept sonore inédit, etc... et prouvé quel aventurier explorateur il savait être...

Allan Holdsworth n’avait parait-il pas une grande estime de lui, il se considérait comme un amateur, un laborieux. 
Il était un perfectionniste maladif et quand, par exemple Bill Bruford en parle avec une admiration sans bornes, on se rend compte (rapport à quelques-unes de ses rares interviews) de l’immense modestie de cet homme qui pourtant a marqué plusieurs générations tant de musiciens que de guitaristes (Van Halen, Zappa, Scofield, Satriani, Vai...  le citent comme influence majeure).
Un homme en quête permanente n’a pas ou peu conscience de l’immensité de sa valeur, de l’authenticité de son expression – sa quête est comme une philosophie ou encore une dimension spirituelle (Coltrane)... une vie n’y suffit pas car dans l’âme de celui-ci elle s’avère sans fin.
Celle d’Allan Holdsworth a traversé la vie de nombre de ses auditeurs et par lui elle a certainement généré des directions, des comportements artistiques et créatifs à de nombreuses strates qu’elles soient de des proches artistes qui eurent la chance de l’engager, de le côtoyer, de vivre la musique avec lui, qu’elles soient de ses auditeurs suiveurs comme moi.

C’est courant ici et je ne vais pas changer ce petit schéma – je vais au gré d’un choix totalement personnel me retracer ma mémoire de l’artiste. Il y a de quoi faire...
Sa discographie tant soliste qu’invité est un véritable bottin mondain de la musique qui couvre tellement d’univers que c’en est à s’y perdre tant ce labyrinthe est dense et complexe.

1/ « HAZARD PROFILE PART 1 » - SOFT MACHINE  Album « Bundles » 1975.
Roy Babbington - bass / Allan Holdsworth – electric, acoustic and 12 strings guitars / Karl Jenkins – oboe, piano, electric piano, soprano saxophone / John Marshall – drums, percussion / Mike Ratledge – organ, electric piano, synthesizer.


Commençons par là où tout a commencé... pour ma part du moins : ici.
Je ne me souviens plus vraiment comment j’ai atterri dans ces liasses musicales entremêlées (bundles), certainement et forcément par John Marshall, il n’y avait pas de hasard (Hazard ?) dans ma quête adolescente de batteurs à écouter pour me faire progresser, mais dès le carillon, le roulement d’entrée, le break puis ce riff mathématique je n’ai pas quitté ce titre et son solo.
J’en ai même fait une composition pastiche, c’est tout dire – à quinze ans, on se laisse vite influencer...
Quasiment découvrir Soft Machine par la fin et non le commencement fracassant avec Robert, puis les déviances jazzy english – et en devenir fan – c’était d’emblée se positionner à contre-courant, à contre coup, presque une hérésie qu’on ne manquait pas de me faire remarquer parfois en débats virulents dans ces mi-seventies où la musique pouvait encore enflammer les passions.
Le Soft Machine de Jenkins, ce compositeur so british, flegmatique, sérieux, scientifique et posé, contrastait radicalement  avec les précédents, comme si ce n’était plus le même groupe... juste le même nom avec Ratledge en transit presque devenu (un comble !) intérimaire et Marshall en prise de pouvoir drummistique.
Jenkins, déjà à cheval musical entre rigueur d’écriture et ouverture sur cadre fixe et rigide, compositeur sérieux impose ici sa pensée, sa direction et les acteurs de celle-ci s’y conforment avec plaisir, efficacité et professionnalisme. On aura reproché une froideur technique, je n’y entend (mais j’ai été tellement subjugué par cet album) que plaisir à explorer une direction musicale encore peu défrichée, servie par des techniciens hors pair, des faiseurs d’ambiances rompus, des chercheurs de modes inédits et continuant d’installer une esthétique estampillée jazz se déterminant profondément anglaise – un détour du prog, finalement...
Une déviance ou une évolution du psyché, pourquoi pas ?...

La rythmique Babbington (peu volubile ou bavard, donc efficace – car là, l’efficacité doit bien être attribuée à un pilier) / Marshall (démonstratif tout en restant ancré dans le beat) assoit le sujet.
Le riff en deux parties sert de socle à ce thème en tenues se voulant aériennes, mais qui n’arrivera pas à décoller réellement du sujet presque lourd qu’installe ce tourbillonnement de notes entremêlées dans la gamme mineure pentatonique soutenu par les nappes de Ratledge – lui aussi tellement personnel même ici en axe « secondaire ».
Et là, le solo de Allan Holdsworth, il va s’échapper du riff tenace, décoller et développer comme rares savent le faire. Quelques phrases clé ou du moins de axes relai (que l’on retrouve dans les versions live et autour desquels il organise sa progression), un système modal en guise de tracé et voilà qu’il pose d’emblée une organisation qui, sans oublier ou même négliger l’axe mélodique (ce solo est tout à fait « chantable »), démontre une incroyable vélocité avec un jeu cependant toujours légato, loin des mitraillettes de ceux qui maintenant deviennent ses pairs, à savoir Di Meola et Mc Laughlin.
La suite « Hazard Profile » qui se décline en cinq parties confirmera cette plongée initiale dans l’univers expressif d’Allan Holdsworth et dépasser le solo de cette première partie sera bien difficile tant l’immédiateté et l’impact de ce premier jet est puissante.
L’album suivant « Softs » sera à apprécier différemment, car Allan, lui, sera déjà parti vers d’autres aventures et John Etheridge, malgré tout son talent et sa très haute technicité n’arrivera pas vraiment à ré-axer l’écoute vers les six cordes, le talent créatif de Jenkins prendra toute sa réalité dans cet opus. Et John Marshall sera son alter ego créatif.

2/ « RED ALERT » - THE NEW TONY WILLIAMS LIFETIME Album « Believe It » - 1975.
Tony Williams – Drums / Alan Pasqua – Keyboards / Tony Newton – Bass / Allan Holdsworth – Guitars.

(2) "Red Alert" Tony Williams Lifetime - YouTube

Même année...
Mais je l’avais loupé ce « Believe it ».
Inconditionnel (vous le savez) de Tony Williams, j’avais tenté le « Million Dollar Legs » album suivant.
Allan Holdsworth y officiait au sein de ce groupe, mais même si cet album reste pour moi une réussite il souffre à mon sens d’une production trop FM, trop lisse, « grand public ».
Je l’ai écouté en boucle puis j’ai découvert en élargissant mes recherches autour du batteur engagé tant artistiquement que politiquement qu’il y eut d’abord un premier Lifetime, sorte de pendant jazz des Cream et Jimi Hendrix Experience.
Ledit Lifetime se tirant même la bourre avec le célèbre « Bitches brew » de Miles (qui était déjà mon disque de chevet) pour la fameuse étiquette de jazz-rock...

Comme pour Soft Machine, il est intéressant de constater que la critique et les fans de Tony et de ses aventures négligeaient ou même vilipendaient cette nouvelle direction musicale, la trouvant moins aventureuse, moins audacieuse, moins créative que l’émergence brutale du premier Lifetime.
Le temps passant il permet un recul et d’apprécier ces avancées (car c’en est) à leur juste mesure.

LifeTime est déjà inscrit dans la quête de Tony Williams, puisque son premier album Blue Note sorti en 1964 suivi de « Spring » était éponyme de cette direction musicale. 
Un album d’avant-garde, comme tout ce que fit le batteur pendant des décennies, tant par son jeu révolutionnaire que par son approche de la musique. 
J’en déduis donc que LifeTime est donc une « philosophie » interne de Tony Williams et qu’il lui a donné nombre de déclinaisons, celles-ci infléchissant avec le temps les avancées et cherchant à infléchir encore les esthétiques en cours.
TONY WILLIAMS, Two Pieces Of One: Red - YouTube
Chez Blue Note il proposait un jazz avant gardiste préfigurant ou corroborant sa participation avec Eric Dolphy pour le légendaire « out to lunch » ((2) Eric Dolphy - Out To Lunch - YouTube) - puis vint son trio avec Larry Young et John Mc Laughlin qui deviendra quartet avec l’adjonction de Jack Bruce. 
Ce LifeTime là, issu du jazz et mixant la puissance du rock seventies de Hendrix et Cream a créé un axe, une direction brute, brutale même.
Tony s’était engouffré dans le binaire et comme de logique il avait insufflé à son jeu hyper technique et créatif cette nouvelle donnée.

Au milieu des seventies, Tony Williams a mûri, son jeu s’est synthétisé, radicalisé même.
Il va le concentrer dans une voie plus linéaire, plus « propre », il a fait certainement le « bilan », il extrait de son dynamisme, de sa verve, de sa pluralité un essentiel qui de toutes façons sera un traumatisme pour nombre de ses suiveurs, passionnés, fans.
Parallèlement, il va « agir » sur deux tendances.
D’un côté il persiste dans l’aventure jazz en s’associant (VSOP Quintet) avec ses anciens compagnons du quintet de Miles et faire perdurer ce langage dont ils restent les dépositaires, de l’autre il cherche dans l’aventure électrique, qui s’est émancipée de la jam session et du psyché, de nouveaux horizons.
C’est là que survient ce New LifeTime. 

Si l’on veut s’amuser à un parallèle entre son jeu dans le VSOP et celui qu’il propulse ici il n’y a en fait guère de différence dans cette approche mature qu’il envisage désormais :
Un drive métaux (cymbales) qui avance et ne laisse pas de place à l’hésitation chez les comparses.
Des séries de descentes de toms en roulements impressionnants de fluidité, de technique, de puissance et de contrôle.
Un jeu de charley ouvert qui lisse le sujet (comme celui qu’il avait dans sa jeunesse chez Miles), en quasi imitation du shhh du jeu de balais, donnant encore plus de dimension à sa verve rythmique et opposé à celui de son collègue officiant désormais chez Miles (Al Foster), destiné à pousser l’électricité et à charger la densité.
Une frappe de caisse claire tellurique tout en restant d’une rare souplesse.
Un développement de l’imagination qui, malgré les nouvelles contraintes contextuelles qu’il s’impose, reste omniprésent et novateur.

C’est là-dessus qu’arrive Allan Holdsworth, se demandant « pourquoi lui » tout en étant forcément excité par le challenge. Tenir la place lead quand on a Tony Williams derrière soi ce n’est pas une mince affaire. 
Celui-ci ne fait aucun compromis, il envoie, il stimule et pousse au paroxysme son équipe, il s’ingénie à contrecarrer en permanence les choses une fois celles-ci se croyant installées, il break en tous sens là où l’on ne l’attend pas forcément, il modifie sensiblement ses patterns au fil du développement et sa puissance reste sans égal.

« Believe It » est un acte aussi brutal que celui du premier LifeTime électrique, c’est juste un changement d’époque, pas de mentalités.
La génération dont fait partie Allan Holdsworth puise dans un jeu qui a su mélanger jazz et rock et en prendre les substances pour se créer un langage fusionnel empreint de ces cultures. Aujourd’hui nous sommes à même de faire cette distinction, le recul donc.

Ici le guitariste est d’une extrême puissance, ce « Red Alert » en est un exemple frappant, ce dès le riff sur-appuyé par Tony. Puis, là encore, sur un drive d’une phénoménale subtilité qui va s’intensifier, s’enrichir et se complexifier au gré de modifs, de breaks, de largesses il va envoyer un solo mémorable qu’on devrait installer sur légendaire...
Immédiateté, réactivité, rapidité et toujours cet axe mélodique et cette fluidité qui sont sa marque de reconnaissance désormais.
Il sera suivi par Alan Pasqua, lui aussi intense et inventif, funky, au fender rhodes soutenu par Tony Newton, au rôle proche de Michael Henderson chez Miles, à savoir, axe, pilier, stabilité et groove.
Le jeu de Tony Williams est ici sismique – une sorte de paroxysme, de montagne infranchissable, d’énergie brute et contrôlée. Le thème est expédié, il n’a aucune importance, il sert juste de rdv pour une maigre respiration autorisée par le leader dynamisant envers ses comparses.

3/ « EXPRESSO » - GONG Album « Gazeuse » 1976.
Pierre Moerlen – Batterie, Vibraphone, Marimba, Timbales, Glockenspiel / Allan Holdsworth – Guitares, Violon, Pedal Steel Guitar / Mireille Bauer - Vibraphone, Marimba, Glockenspiel, Toms / Benoit Moerlen – Vibraphone / Didier Malherbe – Saxophone Ténor, Flute / Francis Moze – Basse, Gong, Piano / Mino Cinelu – percussions.

(2) Gong - Gazeuse! [Full Album HD] - YouTube

Parler de cet album ici me provoque immédiatement ce truc appelé nostalgie.
Allan serait-il toujours dans des groupes à polémiques ? En arrivant à ce seul troisième palier de mes souvenirs, je me dis que c’est en tout cas un constat.
On peut rectifier, Allan invité participe activement et avec la volonté de ses hôtes à faire évoluer voir changer radicalement un groupe installé, comme si sa seule présence suffisait à réorienter la donne, à créer la nouveauté, à insuffler le changement.
Gong c’est la légende en 76...
Tu touches pas...
Un peu comme Soft Machine (d’ailleurs son leader en fit partie dans sa genèse), il y a là un paquet de fans, une histoire, un (des) leader charismatique et une communauté qui musique autour de ce gourou.
Les babs de chez babs, l’alliance anglo-française, Gong c’est un trip, un voyage, un esprit, une dimension... avec ses héros.
Hillage, Malherbe, Miquette, et bien sûr Daevid Allen...

« Shamal » avait bougé les origines...
Hillage est parti vivre de captivantes aventures, l’occas’ rêvée pour Moerlen (je schématise l’histoire car Gong c’est une véritable saga...) de reprendre à son compte puisque « Gong est mort, vive Gong » comme le disait Daevid Allen (décédé en 2015)... le Gong de Allen sera Planet comme la Machine de Robert sera Mole...

Ce nouveau Gong est un peu au jazz (rock) ce que sont les percussions de Strasbourg à l’avancée musicale du XXe siècle. Normal Pierre Moerlen a intégré cet ensemble novateur entre 74 & 75, de là, j’imagine la logique de passer cette dimension vers le rock, le jazz enfin bref, l’actualité.
Encore une fois, voici Allan Holdsworth pris dans le milieu percussif et là encore son jeu fluide et mélodique remplit toutes les attentes et promesses.
Il est rompu à l’affaire, certes, mais cette fois ci le voici cerné par une batterie à la métrique mathématique et quasi scientifique mue par un percussionniste à l’éducation classique et une pléthore de claviers percussifs s’appropriant le rôle harmonique et lorgnant habilement vers le minimalisme ou le répétitif...

Le sujet est froid, mécanique, rigide et c’est là que vont intervenir les parts d’humanisation d’Allan et de Didier Malherbe, rendant le concept boudé par la gongmania et adulé par les amateurs de jazz-rock tant mélodieux qu’expressif. 
Pétillant, forcément...

« Expresso », le titre, au thème entre riff et mélodie est la parfaite illustration de ce qui deviendra un acte musical exceptionnel tant par son concept instrumental que par ses directions créatives.
Les agencements entre le sax et la guitare se complètent en un parfait dialogue et encore une fois le solo d’Allan posé sur cette souple rigueur décolle de façon unique inoubliable et s’invente un chant merveilleux, qui respire, s’autorise quelques effets, se joue des figures rythmiques rapides pour les installer dans le phrasé...
On réalise son jeu proche des vents tant il va se combiner avec Malherbe.

La série d’albums aux boissons gazeuses de ce Gong là est une exception musicale, cette musique est limpide, joviale, lumineuse, quasi juvénile.
Pierre Moerlen l’initiateur fait partie de ces batteurs marquants de l’histoire de l’instrument qu’on aura que trop peu négligé ou oublié. La polémique Gong n’aura pas permis de l’installer à sa juste place hors la reconnaissance de ses « pairs » professionnels et amateurs.
Pourtant son jeu a une singularité et une particularité immédiates – il est d’un formidable équilibre, d’une rigueur qui à cette époque n’était pas encore réellement de mise si ce n’est au sein d’une école américaine émergente et il est également mû par une sonorité cerclée pour fûts à la profondeur reposant essentiellement sur une attaque dynamique encore peu usitée.
La seule idée d’explorer les percussions à ce point, comme axe créatif et non comme adjonction orchestrale (cf Zappa) est en elle-même unique et exceptionnelle.

Ces albums « Gazeuse » et « Expresso II » m’ont toujours fait penser qu’une direction avait été trouvée, là et qu’il reste encore à l’explorer...

4/ « NEVERMORE »  - UK album « UK » - 1978.
Allan Holdsworth – Guitars / Bill Bruford – Drums / John Wetton – Vocals & Bass / Eddie Jobson – Keyboards & Violin.


S’il est un groupe de prog qui aurait pu relancer l’affaire alors sur le déclin, c’est bien UK.
Non seulement ce groupe réunissait le must des zicos de l’époque, Wetton et Bruford ex King Crimson, Jobson ex Zappa/Roxy Music... et Holdsworth à la carrière déjà impressionnante mais qui plus est nos stars du genre réussissaient là, en un coup de maestria, une parfaite synthèse musicale entre tous les tenants du titre, à savoir ELP, KC et même Yes.

Malgré tout ils étaient arrivés à transcender ces influences pour les emmener vers d’autres contrées, installant une écriture d’une rigueur non symphonique, mais plutôt réduite à l’essentiel de ce que ces quatre-là pouvait (pourraient) faire en live, par exemple.
Ecriture, d’une grande clarté, d’une précision exemplaire...
Plages de solos pouvant être improvisées comme textuellement écrites à la manière d’un concerto...
Exécution sans faille du sujet par des musiciens en parfaite maitrise de celui-ci...

UK a bien failli tenir la promesse engagée, mais la volonté commerciale  et le refus des deux futurs partenaires Bruford et Holdsworth de renier leurs éthiques artistiques respectives les fera partir, UK sera alors un nouveau trio à la ELP, tout aussi ambitieux que virtuose et bien plus inspiré que les pourtant intéressants Triumvirat.

L’album est captivant de bout en bout et Allan participe à part égale avec ses comparses de l’époque à cet intérêt qui ne faiblit pas de titres en titres.
Quasi conceptuel, ce premier et unique opus en quartet fait rêver...
On sait pourtant que le leader sera, au sortir, Jobson, de par sa place pivot, de par sa fougue et de par sa contribution et son investissement personnels lisibles (chose presque incroyable) à l’écoute.
Bruford est ici au sommet de sa carrière du genre et développe autour de sa sonorité implacable et totalement identitaire (ce son de caisse claire unique, ce jeu sec et méthodique...).
John Wetton reste une des voix du prog et son jeu de basse puissant et massif donne un corps de colosse au groupe.
Jobson fait part d’inventivité créatrice et il impressionne par sa capacité à tenir à part égale violon comme claviers.
Quant à Allan Holdsworth, il illumine de son jeu devenu familier tout en restant innovant car toujours plein de surprises, l’ensemble du propos.

Si j’ai choisi ce « Nevermore » c’est d’une part parce qu’il introduit de façon magique à (aux) la guitare(s) acoustique(s), en re-recording,  le sujet (chose que j’ai découvert ici, que Mr Holdsworth à l’acoustique) et parce que l’indicible mélancolie qui émane de ce titre me touche à chaque fois – le thème joué avec beaucoup d’expression au violon activant ce sentiment.

Bruford est ici d’une inhabituelle finesse et le chant de Wetton, doublé par Holdsworth puis tuilé par le violon également enveloppe réellement.
Le piano acoustique se prend pour Keith Emerson, Wetton a superposé ses voix à la Yes et alors encore une fois il y a le solo de Mr Holdsworth, sorte d’évènement en lui-même, sorte de point culminant soutenu par Bruford qui joue les trublions du pattern pendant que Jobson tente la reprise du pouvoir sonique par des intrusions synthétiques.
Allan Holdsworth chante partout ici...
En solo, en doublon, en contre chant du chant...
La coda sur arpeggios et nappes ambiguës parachève ce titre à la construction ambitieuse et savante. Wetton disparait au loin, Allan nous gratifie d’un thème somptueux joué avec une implication incroyable.
C’est juste beau...  et ça reste pour moi inoubliable.

5/ « BACK TO THE BEGINNING » - BILL BRUFORD Album « Feels good to me » - 1978.
Bill Bruford – Drums, Percussions / Jeff Berlin – Basse / Dave Stewart – Keyboards and Synthesizers / Allan Holdsworth – Electric Guitar / Annette Peacock (guest) – Vocals.


Encore une contribution avec un batteur.
UK va se scinder...
Un album et des attentes commerciales en feront ainsi.

En 78, le punk et la new wave ont rafflé la mise et tenir face à ces nouveaux critères (Police, Clash, Sex Pistols...) en tant que représentants ultimes d’un « mouvement » à l’image de dinosaure, emplissant les stades et entassant un matériel imposant, un décorum théâtral, etc... nos comparses de UK devront se plier... ou céder.

Jobson et Wetton se plieront (Wetton retentera l’affaire ultérieurement avec l’autre dernier super groupe du genre : Asia) et embarqueront l’affaire vers des contrées à mon sens tout aussi aventureuses, s’annexant la nouvelle star de la batterie dont on parle partout, Terry Bozzio, tout droit sorti de chez Zappa.
(Intéressant de se souvenir que c’est chez Zappa qu’on débauche... en prog, par exemple, et côté batteurs on récupère Chester Thompson chez Genesis, après une tournée Bruford mémorable pour tenir le contexte Collins...).

Pour Bill Bruford il est temps de se consacrer à une carrière solo.
King Crimson n’est plus, Robert Fripp est parti chercher lui aussi en soliste la suite de l’aventure ou de nouveaux projets.
Ces artistes sont des machines à projets. Bruford n’a jamais caché sa passion pour le jazz et s’embarque dans un jazz-rock so british, posé sur des bases identitaires très européennes, un peu comme le fit conjointement Brand X ou Hatfield and The North.
Pour ce faire il va recruter un nouveau prodige de la basse qui sera son double rêvé : Jeff Berlin.
Il a été impressionné par Allan Holdsworth et lui propose l’aventure, tout en s’adjoignant Dave Stewart.

Les premiers albums de Bill Bruford (avant qu’il n’accepte le nouveau projet King Crimson) sont à inscrire dans l’histoire d’une progression d’artistes estampillés sur l’échelle d’un genre (le prog), décidés mais également contraints à dévier de traces établies qui subirent et s’imposèrent, avec l’arrivée d’un retour aux sources du rock, des changements de cap tant vitaux que philosophiques.
Ces albums sont comme une somme d’un passif et se veulent tournés vers le jazz (dixit Bill Bruford) alors que pour l’auditeur ils s’inscrivent dans une esthétique jazz-rock tout en en ayant pas vraiment de réelle analogie. Ils sont donc complètement originaux et là encore le jeu d’Allan Holdsworth contribue largement à cette sensation.

Personnellement je suis très attaché à cette période de la carrière du batteur s’émancipant de son cadre, d’une certaine « zone de confort » pour aller mettre son talent au profit d’un projet très personnel.

J’ai retenu ce « Back To The Beginning » car il bénéficie de la présence de la chanteuse, compositrice et interprète Annette Peacock (à la carrière sur laquelle je recommande vivement de se pencher) que Bruford rencontra pour une participation à l’album de celle-ci : « X Dreams ».
Le genre d’album qu’on garde précieusement dans sa discothèque...
Les ambiances installées par Stewart échappent à la moindre connotation, inédites...
L’entrée en masse de l’union Holdsworth/Berlin, ce chant totalement autonome sur le sujet, ponctué ou soutenu par d’étranges accords, la disparité pour une autre forme d’unification, voilà bien qui m’aura de suite attiré.
Le groove à l’américaine de plus, tend à prendre une place, via Jeff Berlin qui incite Bruford à sortir de ses us et coutumes... modifiant déjà sensiblement son jeu légendaire.
Holdsworth va alors, encore une fois, prendre place dans le spectre et par un solo survolant l’ensemble il arrache le tout et l’emporte en un crescendo généreux vers une nouvelle exploration sonore, prenant le pouvoir absolu.
Le retour d’Annette Peacock ne se fera pas sans lui – il prend place définitive sur l’échiquier de cette nouvelle proposition musicale et ne lui laissera que murmures, sensualité, féminité absolue, ce qui en soit, reste essentiel. Et ces deux voix quant à elles, augmentées de ces triturages sonores partagés entre basse et claviers, ne s’échappent pas de la mémoire...
Elles sont restées intactes dans la mienne.

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Comme toujours à ce stade de mes ré-écoutes il convient de faire une petite pause...
Et de réfléchir, comprendre, tenter une petite analyse, observer le contexte, se nourrir de ces participations incroyables, inédites, sortes de flash à chaque fois géniaux, impliqués et permettant l’aventure à des comparses en quête de changement, d’inédit, de renouveau...
On l’a lu et cela va finalement s’installer dans la légende, car Allan Holdsworth en est désormais une (et il en a toujours été une), l’artiste n’aimait pas spécialement la guitare et lui préférait le saxophone.  Je l’ai surpris au violon, également...

Il lui arrivait aussi d’être très dur envers lui-même comme d’oser affirmer à propos de « Believe It », lors d’une interview de Fréderic Goaty dans Musiq qu’il n’aimait pas cet album argumentant qu’il y « jouait mal » ... lire une chose pareille de la part d’un adorateur d’Holdsworth tout comme de sa participation à cet album, ça perturbe...

La quête insatisfaite de perfection et une modestie qui étaient tout à son honneur, une attitude rare en ces temps de suffisance affichée en quasi permanence par nombre de prétendants à la musique restent associées à l’image que je me suis toujours fait de cet immense artiste.
Cette quête, ces changements permanents ?...
Ce souci d’avancer pour progresser, d’évolution incessante impliquant changements tant de partenaires que de personnels, de groupes que d’esthétiques : symptômes d’un artiste éternellement en regard sur lui-même ? Insatisfait à l’excès ?
Ce décalage entre l’action de l’artiste et la perception de son public est bien là ce qui m’interpelle...
Le siècle de l’enregistrement augmentant celui-ci...
Je pense à Duparc qui brûle son œuvre pour ne garder que ce qu’il estime devoir appartenir à l’histoire et à ce droit de regard sur ce que l’on crée...

Goaty parle de poésie à propos de Mr Holdsworth, voici donc un autre de ces poètes de l’art musical, certainement à y bien penser – j’avais déjà usé de cet adjectif à propos de Mr Abercrombie, je ne renierais pas cette idée à propos d’Allan Holdsworth car chacun de ses solos, de ses riffs, chacune de ses interventions, même minimales sont chargé(e)s de tellement de puissance émotionnelle que l’associer à l’évasion poétique est bien un aspect que l’on se doit de considérer, même si son jeu à la virtuosité impressionnante pourrait inciter à tromper cette sensation.

Un artiste d’avant-garde, d’aventure, de l’inédit qui transforme tout ce qu’il touche en éclat de génie et qui, de par sa seule présence parvient à modifier le moindre album pour le marquer du statut d’incontournable, de légendaire, d’inédit ou d’inouï...
C’est également ce que je retiens avidement et sans débats car les preuves sont audibles, de chaque participation de l’artiste en invité, en sideman, en membre de groupe.
Ce n’est pas rien c’est même carrément exceptionnel que d’arriver, par un langage atypiquement personnifié, soutenu par une technique tant personnelle qu’inédite voire divergente, à un tel pouvoir de « garantie » envers la musique et par la même de se retrouver forcément au cœur des actions créatives les plus captivantes pour les rendre plus captivantes encore.
Autrement dit, j’invite Allan Holdsworth, je sais que, non seulement il va transcender mon projet mais qu’en plus il va le porter sur une dimension quasi historique ou légendaire...
Sachant cela il eut été aisé et pardonnable, car logique, que le Sieur Allan prenne comme on dit « la grosse tête »...
Bien au contraire, l’artiste n’avait certainement de recul que sur ses objectifs à atteindre pour une perfection que lui seul envisageait et connaissait à atteindre, quelque chose de si lointain que les auditeurs admirateurs que nous fûmes et restons à son égard ne peuvent imaginer, nous contentant d’admirer, de remarquer et constater que là encore dans chaque enregistrement il touchait certainement notre idée minimale de cela.

Quitter UK en pleine gloire et ainsi contribuer au déclin du prog m’a fait énormément réfléchir sur la gestion d’une carrière en rapport avec des objectifs artistiques personnels et ce souci m’est encore réapparu récemment dans mes 0.5% de prétention et réalité musicale rapport à l’immensité d’un tel artiste.
Avec Bill Bruford ils avaient la garantie d’un succès sur un terme qui, avec une gestion commerciale de l’affaire, les auraient installé tant dans le grand public que sur un simple rapport financier dans une cour immense pour reprendre un flambeau qui n’attendait qu’eux.
Au lieu de cela, les voilà qui repartent de petits festivals en clubs afin de jouer et créer, de tordre le cou à leur réputation et de, finalement, vivre leur jazz à fond.
Il fallait oser...
Eux, intègres, l’ont fait et si l’on en lit Bill Bruford dans son livre, ce ne fut pas simple au quotidien...
Puis Bill reprendra un nouveau KC sollicité par Fripp pour une trilogie participative nouvelle, inédite, fabuleuse... 

Cette période Holdsworth/Bruford je l’ai directement adoptée car elle représentait vraiment ce qui, à mon sens, pouvait se décliner dans l’axe de créativité novatrice...
J’ai cité Brand X, eux aussi, mais cependant je n’y ai que trop écouté un Return To Forever en mode british mâtiné prog, comme le « Romantic Warrior » qui lui, lorgnait du côté de l’écriture prog, justement, avec un argumentaire médiéval surprenant pour les amateurs d’espagnolades coréannes.
Non, c’est bel et bien chez Bruford que ça s’est passé... Fripp n’a forcément pas négligé ce fait...
J’ai alors perdu de vue Allan Holdsworth car Bill, réengagé chez KC avait toute mon attention et mon affection et puis de nouveaux héros étaient là, dans ce projet captivant... Levin, Belew, associés à d’incroyables lutheries déployant de nouveaux univers sonores.... Frippertronics, Stick Bass, Simmon Drums... « Elephant Talk ».
Ou était-il donc passé ?...
Qui oserait l’embaucher pour encore user de son incroyable capacité créatrice afin de porter un concept, un projet, vers les contrées de l’inédit ?


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6/ « NOSTALGIA » - JEAN LUC PONTY Album « Individual Choice » / 1983
Jean Luc Ponty – violon, orgue, synthétiseurs, claviers, vocaux, clavier basse et rythm programming / Allan Horldsworth – guitar / Rayford Griffin – Drums / Randy Jackson – Basse / George Duke – synthétiseur, mini moog.


Il m’a fallu du temps pour m’intéresser réellement au Jean Luc Ponty « électrique », « fusion »...
Sorti de sa participation au Mahavisnu, de ses fulgurances chez Zappa, je m’étais cantonné au Ponty jazz et ancré dans la réappropriation des standards en m’abreuvant du HLP trio.
Puis il y eut ce clip du titre éponyme, cette ville de NY passant à toute allure au gré d’une musique synthétique balayant Tangerine Dream, Jarre ou encore Schulze d’un trait d’immédiateté, rapide, hypnotique, associée à l’image – pour ceux qui ont découvert à la télé ce clip, cela est resté dans les esprits...
Jean Luc Ponty associé à un jazz rock fusion complexe, à l’écriture savante et servi par des musiciens à la technicité impressionnante tournait la page, s’embarquait dans une électronique qu’on m’estampillait pas (la grande arnaque de ces dernières décennies) électro, mais qui usait de la synthèse (le synclavier) à foison, rendant le propos rigide pour mieux lancer la phrase musicale vers l’expression.
La loi des contrastes...
Et bien sûr, quel valeur ajoutée ?
Allan Holdsworth...

Une séquence répétitive quasi percussive installe l’immuable, de vagues nappes permettent de fixer les accords. L’argument est simple, technologique et mathématique, rigide, froid.
Ponty s’échappe de ce carcan pour exprimer le thème et en un éclair Allan Holdsworth va illuminer le titre qui prend alors une dimension autre et décolle vers une direction différente, autre que celle que l’on eut pu imaginer – comme toujours il lui aura suffi d’un solo, d’une envolée...
Alors la rigidité sera devenue humanité, alors la métrique sera devenue espace, alors un pays immense va s’ouvrir et la musique va rester pouvoir.

7/ « AT THE EDGE » & « THE THINGS YOU SEE » - ALLAN HOLDSWORTH-GORDON BECK Album « The Things you See » / 1980.
Allan Holdsworth – vocals, guitars, electric violin / Gordon Beck – Fender Rhodes, Piano.


Je ne suis pas l’ordre chronologique...
J’ai découvert cet album bien plus tard que « Individual Choice ».
C’est en m’intéressant de très près à Gordon Beck que j’ai parcouru le chemin jusqu’à cette complicité là encore, au rendu inhabituel.

Gordon Beck, rien que ce nom et le souvenir sonore de son duo avec Helen Merrill transpire dans ma mémoire – quel album !...
(J’ai eu la chance de les écouter/voir au festival de Vienne – inoubliable)

C’est bien entendu de là que j’ai cherché Gordon Beck, ses participations, sa vie, son art...

Je l’ai retrouvé chez Lockwood (pas Francis, dont il me faudra un jour causer, mais Didier) pour « Out of The Blue » dans lequel il joue sublimement contrastant avec le jeu exubérant et prétentieux du violoniste, s’auto parodiant en clichés inutiles. Pourtant, en son temps, j’ai écouté goulûment cet album – aujourd’hui je n’y retrouve que la saveur de Gordon Beck, égal à lui-même, subtil, toujours poétique, lui aussi, tiens, tiens...

Si j’ai choisi deux extraits de cet album c’est pour illustrer une facette que j’ai alors découvert de Allan Holdsworth dont celle de chanteur, chose à laquelle je ne m’attendais pas.

- « At the edge » me plonge immédiatement dans Hatfield and the North.
Ce même sentiment mélancolique, cette mélodie doucereuse ancrée dans une harmonie guitaristique (électrique ici) au parcours inhabituel qui lui donne une couleur étrange, surnaturelle, inusitée.
Allan Holdsworth chante collé à sa guitare, sorte d’axe impossible à autonomiser, et l’on comprend peut être là ce qui donne à son jeu soliste tant de dimension vocale.

- « The things you see »
Le Fender Rhodes délicat et inspiré ouvre le récit décliné par la guitare acoustique et le voyage peut commencer...
On est en partance, il suffit de se laisser guider.
Les climats vont se succéder au fil de ce titre, comme les paysages défilant au cours d’une évasion en train. 
La destination n’est pas sur la carte et n’a pas été révélée, alors on prend le plaisir au fur et à mesure car l’on sait que nos guides sont des connaisseurs et qu’ils vont nous faire découvrir de très belles dimensions, de l’inconnu, de la magnificence au gré de ce voyage intimiste.
Gordon et Allan dialoguent et partagent de leurs doigts agiles et habiles tant l’instantané que le développement écrit – il n’y a là qu’un naturel que l’on pourrait entendre comme complexe mais qui pour eux est juste normal, logique et qui est peut être une pause amicale bienfaitrice.

Jean Marie Salhani, producteur, flirte ici avec ECM et c’est une valeur ajoutée à cette qualité conceptuelle que propose les deux complices.
Ils réitéreront... normal.

8 / « A KINDER EYE » - LEVEL 42 Album « Guaranteed » - 1991.
Mark King – vocals, bass  / Mike Lindup – vocals, keyboards / Annie Mc Caig – vocals / Gary Husband – drums, keyboards, background vocals / Wally Badarou – keyboards, background vocals / Allan Holdsworth – solo guitars / Dominic Miller & Jakko Jakszyk – guitars / Gary Barnacle – saxophone  / John Thirkell – trumpet.


Les frangins Gould se sont barrés.
Oh que j’ai regretté ce fait, j’adorais leur présence dans ce groupe pour lequel je n’ai jamais caché mon addiction depuis... sa création.
Level m’a fichu un coup de boost, m’a fait changer une part de mon jeu de batterie avec cette métrique Gould associée à ce jeu slap unique et légendaire de Mark King.
On avait mis ça à l’ordre de nouveaux jours avec Jeff.
Il avait viré sa cuti Beck pour passer à King...
Changement de ligne instrumentale, changement de concept batterie, premiers clics en studio, pattern à la métrique boite à rythme... la galère.
Finies les sessions en forme de jam avec des plages impro à rallonge, terminé les descentes de toms soignées à la T. Williams et les fracas à la Narada... les années 80 et l’entrée en celles-ci ont imposé des réorientations inévitables.
D’un côté on a gardé ou on s’est enfilé subrepticement dans le jazz... de l’autre cacheton bal oblige on aura été contraints de rigidifier, de schématiser, de carrer à l’excès.
Level aura été une des bouées musicales qui donnaient un sens à cela et permettait de garder un sens éthique auquel, si l’on se gardait l’axe binaire, on pouvait s’identifier et se rattacher tout cela avec le son eighties.

1991...
Les deux têtes pensantes de Level 42 (King-Lindup) repartent donc en studio et vont se payer le casting de luxe (tant en fringues cf la pochette qu’en zicos, cf le line up).
Allez, Mike cède du terrain digital et invite le cador de l’époque, le mec incontournable des studios, des reliftings, de groove... grand sorcier vaudou des synthés, le Herbie des eighties : Wally Badarou.
Avec ça, déjà, sûr qu’ils vont donner corps à leur projet de chercher... ailleurs et de se modifier sensiblement, car ces deux-là sont installés dans, non un ronron confortable, mais dans une zone dont ils peinent à repousser les frontières.
Au-delà du groove et de l’emprise synthétique, il manque l’éclair, l’ingéniosité, la perspective d’horizon et de chant instrumental.
Allan Holdsworth est forcément idéal – il sera donc cette cheville ouvrière, ce chainon indispensable et même s’il est (une volonté de la prod de ne pas mettre en vedette ? – les temps changent...) désastreusement sous mixé, il fait exploser le sujet très (trop) rigide qui fixe les nouvelles règles de Level.

L’ombre des avancées UK, triturages saturés, vibrato et bends outranciers phrases aux cheminements en tous sens ressurgit et l’on sait pourquoi l‘on aime, pourquoi l’on guette les interventions d’Allan dans l’album et pourquoi ce « Garanteed » prend place honnête dans la discothèque pour être écouté de temps à autre.
Avec deux invités de cette trempe, Level a presque tenu son pari de sauvetage.
Husband a tenu promesse, Allan et Wally ont été fidèles à leur réputation et King/Lindup ont pu rester en équilibre.
Que sont devenus les frères Phil et Boon Gould ?...
Ce sera une autre enquête... car ils sont sortis du spectre.

9/ « THREE SHEETS TO THE WIND » - ALLAN HOLDSWORTH Album (Ep) « Roadgames » / 1983.
Allan Holdsworth – Guitars, production / Paul Williams, Jack Bruce – vocals / Chad Wackerman – Drums / Jeff Berlin – Bass / Joe Turano & Paul Korda – backing vocals.


La découverte tardive de cet album (et de son « histoire ») m’a de suite attrapé, comme un aimant peut le faire.
Ce fut ma première entrée dans l’univers soliste du musicien Holdsworth.
J’y découvrais au-delà du guitariste que j’avais inscrit dans mes tablettes favorites un compositeur inattendu, un habile arrangeur et un concepteur à l’image si ce n’est égale, mais certainement plus engagée que celle déductible de ses participations en groupes, qu’il ait été guest ou membre actif (et souvent éphémère).

Cet album m’avait été suggéré et recommandé par un guitariste avec lequel il y a bien longtemps je travaillais. Ce musicien m’avait engagé pour un projet très personnel et intéressant à bien des égards, me mettant dans une situation musicale à laquelle je n’avais pas encore été confronté et qui me passionnait, à savoir une fusion dont la ligne de mire était Ponty (pour les compositions) et Holdsworth (pour l’axe guitaristique mais aussi le concept de compositions) mais aussi Abus Dangereux et Uzeb.

De mesures asymétriques en thèmes singuliers, ce groupe avait mis du temps à trouver un équilibre précaire d’autant que les protagonistes n’étaient pas spécialement ancrés dans ce langage très spécifique et particulier, autrement dit, il fallait avoir été plus qu’un minima bercé par ces directions musicales et ce, depuis longtemps.
Survint malheureusement un litige entre lui et moi, au sujet de déclarations de compositions communes et d’arrangements écartant ma participation des droits ce qui donna un album sorti par la suite (litige oblige) avec d’autres musiciens.
Ce fut une période pénible mais j’en ai retenu une leçon, à savoir, mieux gérer mes affaires, savoir rester pragmatique si ce n’est méfiant.
Je pris donc systématiquement mes affaires en mains et les premières années de cette décision salutaire, suite à un opportunisme que, naïvement, je ne croyais pas si présent dans le milieu musiciens et devint plutôt intransigeant, par réaction, dans le domaine. Une réputation pas forcément à mon avantage s’en suivit – logique.

Quoiqu’il en soit, il m’avait fourré en K7, dans le poste autoradio, ce « Road Games » et dès les premières notes de ce thème « three sheets to the wind » se jouant de la carrure (l’usage des triolets de noires, aérant le sujet) tout en s’y inscrivant en toute rigueur rythmique, permettant l’expression là encore poétique j’entrais avec une joie réelle dans l’univers cette fois personnel et musicalement intime d’Allan Holdsworth.
Il y a ici toute la délicatesse, la finesse, l’habileté, l’inventivité, la souplesse et la richesse musicale de cet artiste et ce, en une poignée de secondes, sans même entrer dans l’improvisation, juste dans l’exposé du thème...

Jeff Berlin et Chad Wackerman sont au diapason de cette musique et se mettent à son service en partenaires attentifs, inspirés et donnent corps au projet.
Le solo va ouvrir encore plus le champ d’action évasif, limpide et aérien en reprenant les idées rythmiques et le mode du thème. La section rythmique est un modèle d’écoute mais aussi de jeu créatif qui permet à Allan Holdsworth une échappée d’une phénoménale densité lyrique.
Tels en effet trois voiles portées par le vent, ce trio avance en direction d’aventures magiques vers des contrées qu’ils vont dévoiler.
Ils sont unis, soudés, solidaires et déjà, j’ai su que plonger dans l’univers soliste de Mr Holdsworth serait un cadeau que la musique peut offrir.

Alors j’avais travaillé à l’infini ce jeu souple, cette fausse liberté, cette réelle souplesse, ces espaces rythmiques se recomposant sans cesse pour apporter une autre source d’expression. 
Dommage, cette voie musicale était captivante et il s’en est fallu de peu qu’un tel projet à notre niveau puisse prendre corps. 
Mais l’humain est incalculable, trop souvent.

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Je pourrais cesser là avec ce titre et cet album car, en fait, j’ai suivi par la suite et de façon régulière la noblesse d’Allan Holdsworth au travers de nombre de ses albums et me suis passionné pour son travail singulier et engagé avec la guitare SynthAxe (j’ai d’ailleurs fait de même en points comparatifs avec Michael Brecker lorsqu’il adopta l’EWI).
Parfois j’ai décroché du sujet car une forme d’austérité m’est apparue dans certains projets difficiles, complexes, mathématiques, rhétoriques.
J’ai alors considéré l’œuvre (et découvert son « Velvet Darkness » de ... 76 chez CTI) de l’artiste comme un tout, non plus par albums mais comme une somme dans laquelle j’ai pioché, plongé en immersion totale quand l’envie m’en prenait, histoire de « pénétrer » cet univers toujours particulier, singulier et surprenant. Peu de souci référentiel à des instrumentistes en particulier (chose inhabituelle de ma part), je savais qu’Allan Holdsworth ne pouvait qu’être parfaitement entouré.
Pour ce 10e titre il me faut donc chercher et non faire comme précédemment, aller instantanément vers un souvenir, car extraire d’un ensemble n’est pas simple...

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10/  « LOW LEVELS, HIGH STAKES » - ALLAN HOLDSWORTH Album « Hard Hat Area » 1993.
Allan Holdsworth – Guitar, SynthAxe / Steve Hunt – Keyboards / Gary Husband – Drums / Skuli Sverrisson – Bass.

Allan Holdsworth - Low Levels, High Stakes - YouTube

A l’écoute de ce titre on comprendra bien et l’on pourra déceler une orientation artistique créative qui mêle composition, émancipation soliste, science et logique mathématique et  haute technologie, cette dernière complètement incluse dans le processus créatif, indissociable même.
Le phénomène de lutherie SythAxe est ici difficile à dissocier de l’environnement synthétique des claviers il reste donc à l’oreille de faire son travail de recherche en tentant d’aller au-delà du son, dans le langage toujours singulier du grand guitariste et trouver dans ces sonorités nouvelles qui fait quoi ...

La composition est ambitieuse, elle laisse un large pan d’ouverture vers l’expression soliste qui s’exprime sur un univers harmonique et d’une grande souplesse rythmique permettant à l’espace-temps de se re-décomposer en figures de découpages extensibles de l’infiniment petit à l’infiniment grand (triples ou peut être quadruples croches / triolets de blanches ...).
Cette approche encore une fois mathématique de la gestion du langage par le temps, s’associant à un système modal intimement lié à la trame harmonique est un véritable axe de composition au sens où de l’écriture on envisage l’improvisation sur des bases préfigurées.

L’immense souplesse apparente évoluant au gré du titre sous l’approche fluide de la section rythmique est elle aussi mue par cette capacité à graviter autour d’un tempo, d’un point nommé pulsation qui ne sert ici que de repère pour être détourné, ré-habité ou démarqué.

L’intro et son solo de piano, puis de basse, soutenus en contre chants de riches harmonies que l’on déduit de SynthAxe situe bien cette volonté de sortir du champ d’action de la rigueur de la pulsation tout en s’y référant, par cet entrelacs de figures de décompositions rythmiques.
Le jeu de Gary Husband est d’une souplesse infinie et tranche avec l’idée que l’on se fait du rôle du batteur dans ces contextes qualifiés de fusion.
Il y aura LE solo de guitare, sorte de somme d’un langage qui nous est maintenant connu et presque familier tant par le son, le jeu, le phrasé mais aussi la singularité de langage et bien entendu une virtuosité totale, d’une rare rapidité, toujours totalement maitrisée, jamais hâtive, systématiquement contrôlée et sous contrôle comme le veut la notion, même ici extrêmement véloce, de chant.
Ce solo chante de part en part, il est d’un lyrisme à tomber par terre et est accompagné, soutenu par une immensité de directions rythmiques et harmoniques qui lui donnent une « vie » dont on trouve peu d’égal dans l’effervescence guitaristique qu’elle soit héroïque ou démonstrative.

On peut cerner à l’écoute de tels titres produits, composés et contrôlés de a à z par l’artiste que celui-ci avait sous son nom touché conceptuellement à ses aspirations profondes, mettant la somme de sa carrière tant d’instrumentiste que de créateur, novateur, compositeur au profit de propositions sans compromis, d’une musique aussi belle qu’austère, limpide que complexe, recherchée qu’au sortir « évidente » - ce qui finalement résume le chemin de son immense carrière.

A cheval entre un rock dit progressif et un jazz dit rock, pour finalement être réellement dépositaire d’une véritable fusion ne négligeant ni le jazz ni le rock, mais capable de les associer pour créer un nouveau langage (à l’instar de son ami Bill Bruford), Allan Holdsworth reste la preuve de l’engagement artistique intègre, conscient de sa particularité pour en faire direction personnelle, identitaire ne cherchant pas à mimer ou singer, cherchant juste à rester lui-même.
Aux antipodes de la facilité tant de revendication artistique que de choix de carrière, tout en étant d’une rare humilité et d’une exigence personnelle dépassant l’intégrité, Allan Holdsworth guitariste « par défaut », adulé de ses pairs et musicien à part plus qu’entière, artiste à temps plein reste pour moi une exception mais aussi une énigme.

Une énigme que je veux préserver telle qu’elle car, elle soulève d’immenses complexités comme son langage, ses modes créatifs ce jusqu’à sa personnalité.
Il aura été forcément analysé et décrypté car l’originalité de son propos ne peut qu’interpeller.
Je n’ai jamais cherché à faire cela, d’une part, n’étant guitariste une partie de cette recherche, je ne puis la faire, son langage étant intimement lié à son approche « vent » et vocale de l’instrument, d’autre part, je préfère par souci d’émerveillement rester à une écoute admirative et toujours sensorielle de sa musique, tant de ses compositions que de son jeu en soliste, bien sûr mais également en simple ( !... je réalise en l’écrivant l’irréalisme de ce mot s’agissant de lui) sideman.

De Nucleus/Tempest en passant par Soft Machine, Tony Williams puis Bruford et UK, Ponty, Gong ... en amitié avec Gordon Beck pour cumuler vers une production soliste innovante et inédite, voici bien l’un des artistes majeurs qui aura couvert quelques décennies musicales marquées du sceau de l’enregistrement et du vecteur discographique. 

Il a été pleuré de ses pairs et de ses fans, car il en avait de forts nombreux, tout aussi discrets et intègres en musique que lui.
Il reste encore beaucoup à découvrir de sa musique enregistrée, de ses débuts où l’on décèle déjà sa personnalité à sa carrière solo assez confidentielle, finalement.
D’immenses univers à ouvrir et qui sait, un jour, peut être un autre, un nouveau, une originalité aussi singulière qu’attachante émergera en ce XXIe siècle...















8 commentaires:

  1. Ah tu m'offres l'occasion de découvrir Allan Holdsworth, après avoir lu quelques chroniques de ses derniers disques... Je vais aller voir ça...Tu le présentes plus orienté vers le jazz rock, j'avais dans l'idée qu'il était plus tourné vers le prog, c'est peut-être dû à tes souvenirs...;)

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    1. Il est en fait une sorte de frontière entre les deux qui sont après tout assez similaires.
      UK, Bruford ou T.Williams, Gong...
      l'embarras du choix de l'étiquetage.
      Toi qui aime Wilson et ces atmosphères musicales tu devrais aimer.
      bon je vois que t'as fait groupé en comm's donc je vais direct vers les autres.
      à +

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  2. Je me suis plongé dans le bouquin d'Aymeric Leroy l'hiver dernier.. le dédale de l'écoule Canterbury. Labyrinthique, particulier profond avec des protagonistes indispensables.
    Et puis je me pose sur ton zoom, Allan, et tout de suite je réalise que c'est pas celui qui est le plus resté ds ma mémoire à la suite du pavé de Leroy. Brudford, Wyatt, Allen, Miller ou Ratledge, Allan restait finalement assez flou et ton biller arrive comme un complément clair et indispensable au livre énorme et "compliqué".
    J'avais un petit soucis avec le soft à l'époque où j'étais fan du Floyd. Ce n'était pourtant pas des concurrents, mais surement le côté jazz alors froissait le rock dont j'avais besoin à l'époque. C'est y'a très peu que je suis retourné au Soft et plongé dans ce monde riche d'un coin précis du monde. Holdsworth est arrivé ds le groupe en 73 comme une aubaine.. et le 23 décembre le quintette bosse en live sur ce que sera "Bundles" comme tu dis. Du coup, moi il faut que je réécoute cette période pour essayer de capter ce changement de son.
    J'ai aussi pas mal de lacune sur Gong, puis Brudford le groupe avec Allan dedans (fin 70's). Et du coup, je ne connais rien de sa carrière solo. Merci d'avoir de la lumière sur peut être le plus discret de l'école Canterbury.

    Whouahh, je viens de voir une vidéo Allan avec le SynthAxe que je découvre précisément, puis une autre avec Zappa.. Je ne connais pas Gordon Beck, mais j'adore Didier Lockwood, ttes les arborescences à attraper..
    Bon en gros, je vais explorer tout ça avec ton texte et tes références...remerci ;D

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    1. Hello,
      merci de ce passage,
      bon après la fastidieuse lecture, t'as du boulot j'ai l'impression... enfin si je puis dire, car écouter de la zic c'est plaisir...
      bonne plongée, tu vas te régaler...
      et pour soft machine n'oublie pas de plonger dans land of cokayne avec allan et jack bruce...
      amitiés

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  3. Nous avons déjà échangé sur le sujet et, un peu comme toi, j'ai découvert Holdsworth à travers le "Bundless" de Soft Machine et "Gazeuse de Gong et avais été impressionné par son jeu unique et reconnaissable immédiatement .
    Sa technique impressionnante ( quoiqu'il en ai dit !?) ne prenant jamais le pas sur l'émotion et la liberté du jeu.
    Jai réécouté depuis nos échanges bon nombre de ses albums et vais m'y remettre avec en tête tout ce que tu nous en dis.....et surtout me pencher sur les albums de UK ( connais trop peu !! ) puis revenir sur le "believe it" de Tony Williams ( souvenir lointain ) .Concernant Ponty, je ne savais pas qu'Holdsworth avait participé à un de ses enregistrements. Donc encore des heures.....et du plaisir d'écoute.
    Une dernière remarque = il est bon que tu remettes les choses à leur juste place par rapport à ce que j'ai pu lire ici et là sur Alan Holdsworth = guitariste au jeu complexe et mathématique, laissant peu de place aux espaces de liberté/improvisation ( cela me conforte, moi qui ne suis pas musicien, dans le sentiment que nombre de spécialistes/critiques musicaux feraient mieux de changer de profession )
    Merci encore

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  4. Le truc en deux temps, Juillet 2012 où tu avais chroniqué cet album que je m'étais écouté d'une traite... puis plus rien, l'école de Canter (K??) et ses maîtres (sorry!!) continue à "m'ignorer" malgré le livre que Charlu évoque. 2017 je me refais l'album, épluche le chapitre Holdsworth (marrant son nom, cela vaut mais c'est retenu) et je lis doucement ton nouvel article."Hazard Profile" est un grand moment, et j'adore la respiration acoustique.
    Le GONG, la partie batterie devait t'être destinée? Car généralement je passe à la suite, peu curieux d'écouter, un sujet ça, nous devons être de nombreux auditeurs - non musicien - à ne pas écouter de solo de batterie... écouter comme visualiser.
    Haaaaa UK, le chox des souvenirs, les tiens les miens... Voyons voir
    Une version de NEVERMORE en instrumental, dans les bonus de la réédition
    001. U.K. - U.K. Extras (Instrumental) - Nevermore.mp3
    http://www119.zippyshare.com/v/ikzCyN3j/file.html
    (Of course si tu n'as pas je drope)
    UK Le témoignage de Bruford ex^pliquant la direction plus "pop" que voulait emprunter Wetton & co. Avec succès à mes yeux d'ailleurs. Mais alors? Il y a une écriture POP qui limite le jeu du musicien?
    Le Bruford, je l'ai écouté à travers ton explication et ça y est j'entends le son Holdsworth comme j'entends celui de Fripp. Comme si ils avaient ajouté ou enlevé un accessoire qui donne un sun inimitable, comme un peintre qui fait sa couleur et qui garde son secret?
    ça y est, avec Ponty je me dis être entré dans la phase Pasal-Georges... Dékà évoqué, comme tu as beaucoup à lire, avec pas mal de titres imbriqués, le choix est parfois de lire, d'écouter, de litre, d'écouter pour se rendre compte soudain être plongé dans une playlist étrangère. Plutôt sympa.
    La disco de Allan... C'est que "At the edge" m'avait un peu refroidi, "The Things.. " me touche davantage. reste toujours le problème des première (et unique) écoute, même si j'ai les oreilles fraiches ;-)
    Le Level 42, surprend dans cette "playlist" et c'est bien. Level 42 n'a jamais été mon fort, je cros ne les écouter qu'à tes occasions. La voix a une personalité que je n'aime aps trop, je n'arrive aps à définir. Un côté UB40 résonne dans mon souvenir? Mais le titre et l'intervention de Allan est très sympa et j'ai pas coupé l'écoute ...
    ... et voilà que de fil en aiguille je trahos "ton" parcours en tombant sur "Metal Fatigue" sur SPOTI...

    Retour sur ton terrain. En écoutant je pensais au sujet "plasticité du cerveau" ce qui doit s'appliquer avec l'écoute sous forme de promenade comme ici.
    Car "Low Levels, High Stakes" m'a enthousiasmé, me voici donc avec "Metal Fatigue" et "Hard Hat Area" "chez moi" mes premiers Allan, solo.
    Je vais finir par chroniquer quelque chose de cet univers, qui m'est tellement étranger. Quoique de moins en moins.

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  5. Bel hommage à Allan Holdsworth, comme celui de John Abercrombie, que j'ai découvert plus tardivement avec ses disques en compagnie de Jack DeJohnette. Allan Holdsworth, je l'ai découvert assez tôt, grâce aux albums avec Tony Williams, et à Gong. J'ai été ébloui par son lyrisme instrumental. Il n'y a rien de démonstratif ou de pédant dans ce qu'il joue, tout n'est que nuances, presque des mots à chaque note, chaque nuance est judicieuse.Et puis il y a eut Soft Machine, qu'il a littéralement revitalisé, bien que je sois devenu un fan transi de toute la discographie du groupe. Enfin UK, et quelques disques solo, mais là, je dois avouer moins m'y connaître.
    Il fut citer comme référence absolue d'Eddie Van Halen, tout comme Terry Kath de Chicago. Je vois quelques similitudes entre les deux bonhommes, ce lyrisme omni-présent, toujours au service la musique d'un ensemble. Ce sont des musiciens sans égo surdimensionné, ils vont là où ils s'épanouissent le mieux, les querelles intestines ne les intéressent pas. C'est aussi pourquoi je pense que Holdsworth resta aussi peu dans chaque formation. Soft Machine commençait à battre de l'aile, Gong était rongé par les embrouilles entre musiciens, UK perdit son esprit initial.... J'ai été attristé d'apprendre sa mort, mais une génération s'en va : Bowie, Lemmy, Malcolm Young, Holdsworth, Gregg Allman, la moitié de Can, Abercrombie.... Il nous reste heureusement pleins de disques formidables, ils étaient tous des stakhanovistes, affamés de création musicale.

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    1. Qu'ajouter à ce retour dont je te remercie ?
      Tu complètes parfaitement mon sentiment face à ces artistes intègres et à l'éthique sans compromis.
      Ces artistes peu médiatisés mais éminemment respectés de la profession, référents, influents, au langage personnel inimitable...
      On doit se mériter de les admirer et de tenter souvent de comprendre leur cheminement.
      Leur approche n'est jamais simple ou évidente, mais une fois qu'on les a accroché alors c'est un monde qui s'offre à nous et on ne sait s'en lasser ou passer.
      Oui, une génération s'en va, c'est un fait de proximité qu'il nous faut prendre en compte car bien souvent quant on est agrippé à la musique celle ci est une référence à nos propres vies, l'ayant jalonnée - alors, quant ils partent, cela peut parfois être difficile car c'est une part de nous et de notre rapport à eux qui s'envole avec eux.
      Abercrombie et Holdsworth partis cela m'a peiné, aussi leur rendre cet hommage en les installant dans mon expérience de vie et comment ils y ont contribué est juste logique et respectueux, ce que je tente de faire.
      Leurs disques restent et c'est aussi un vecteur clé de notre génération que de pouvoir garder les traces sonores de ce que l'on aime.
      Merci à toi pour ce passage et ce commentaire particulièrement pertinent (comme tj).
      Amitiés.

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