EN TOUT SENS OU EN VRAC … (06) Rahul Gohil, Koki Nagano, Calleva

EN TOUT SENS OU EN VRAC … (06) Rahul Gohil, Koki Nagano, Calleva


On va prendre la route aoutienne et ouvrir de grands espaces, s’offrir de grands paysages, arriver à des sommets et admirer, se poser et regarder l’horizon sur cette mer ou cet océan, là-bas, à l’infini …
Pour tout cela il faut une B.O.
Un environnement qui va agrémenter, amplifier, embellir même, ces dimensions visuelles.
Un choix, pourquoi pas, là, ci-dessous et des découvertes, ça reste logique, car je n’oublie jamais que la curiosité n’est pas qu’un vilain défaut – elle doit également être une grande qualité.

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RAHUL GOHIL : « An English Life » | ExoPAC 2026.

On le montre tel un jeune prodige.
Il est vrai que le jeune homme a un parcours des plus stupéfiants, tant en études qu’en mentoring.
Et déjà une belle carrière.

Comme toujours c’est par hasard que j’ai guidé mes pas vers son dernier album … tentant.
Le compositeur y met en avant, véritablement, sa volonté affirmée en objectif ultime : « démocratiser le genre de la musique classique et à travers les oreilles et le cœur de la jeune génération, remettre la musique orchestrale sur le devant de la scène ».
Il devrait pouvoir y parvenir et en tout cas avec une si belle musique, il en a déjà pris le chemin.

Rahul Gohil, aujourd’hui 27 ans, est considéré comme un philosophe de la musique qui puise dans ses souvenirs d’enfance pour créer ses univers sonores et les transformer en une fenêtre qui s’ouvre sur sa psychologie.
De là il organise sa création à travers de nombreuses zones d’influences.
On cite le minimalisme américain, John Williams, David Fincher mais aussi Mahler ou encore Debussy.
Avec des telles références, étudiées et influentes en tête, écrire pourrait être risqué en mimétisme, inintéressant au sortir …
Une fois ces informations piochées çà et là, distillées de façon très succincte et éparse par le net et encore une fois récupérées après mon écoute en plusieurs phases de l’album qu’est-il intéressant de relier ?...

Immédiatement on est saisi par une maturité dans l’écriture orchestrale.
C’est dense, souple et ample, sans effets tonitruants, sans usages d’écriture « pour l’écriture ».
Tout est ici « en paix », simple, inspiré, avec une forme de naturel où chaque détail instrumental est mis en valeur, en lumière.
Personnellement j’ai fait beaucoup de similitudes ravéliennes plus que debussystes, certains passages m’ont fait penser que le compositeur a beaucoup écouté « Daphnis et Chloé » …
Wagner aussi (« in the end, death came as a friend ») …
L’écriture orchestrale mais également chorale et vocale de ces cartes miniatures en forme de souvenirs d’enfance est d’une grande sensibilité et développe un lot de sentiments que la musique, inspirée, du compositeur exprime.
« An English Life » est un livre musical de souvenirs dont on tourne les pages avec ce brin de nostalgie que chacun a quand il regarde vers le passé … et sa mémoire.
L’album conceptuel coule ainsi avec son flot d’humeurs lointaines, de caractères, d’images diverses et illustrées en ondes sonores au gré d’une prise de son équivalente à l’écriture de la musique du compositeur : limpide et profonde.
Il installe une quiétude qui s’impose d’elle-même, de façon automatique, sans heurts, sans non-sens orchestral et avec pureté.

Rahul Gohil ne choque pas, ne révolutionne en rien l’art orchestral ni même créatif.
Mais sa musique et les sentiments qu’elle transporte nous parle, sincèrement et réellement. Elle suscite une forme d’émerveillement, transforme le quotidien en un rêve éveillé dans lequel le seul souhait est d’y revenir, d’en reprendre le fil et de ne l’interrompre.

Rahul Gohil a un actif de plusieurs albums, celui-ci est son dernier et les autres, si vous les approchez, vous emmèneront de surprises en surprises.

An English Life - YouTube

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KOKI NAGANO : « l’illusion de Yakushima – BO » | No Format ! 2026.

Il est né en 1988, à Fukuoka, au Japon.
Il a commencé le piano à l’âge de trois ans, a étudié la composition à l’Université des arts de Tokyo, enregistré avec Vincent Segal, collaboré avec l’Opéra de Paris en 2022 …
B.O du film franco-japonais-belgo-luxembourgeois réalisé par la japonaise Naomi Kawase, « l’illusion de Yakushima » sert de trame sonore à un synopsis médical sur fond de lois (la transplantation d’organes).
Ai-je l’envie, l’idée pour autant de regarder ce film ?
On verra ça à l’occasion – ce sera intéressant de voir comment cette somptueuse musique s’accorde avec le film.
J’ai dit somptueuse ?
Elle l’est.

Quand j’ai mis en scène sonore le premier titre je me suis senti envouté, emmené, happé.
Il se passe là, dans ces titres, un quelque chose qui ne s’explique que par la mouvance sonore qu’ils engendrent.
Koki Nagano aime à fusionner le piano et l’électronique. Dit comme cela on supposerait qu’encore une fois l’électro en superficialité d’effets (surtout dans un contexte de B.O) prendrait toute son inintéressante place dans l’espace pseudo musical. Outil masquant un manque d’imagination musicale.
Ce n’est absolument pas le cas ici (si cela l’était je ne prendrais pas le temps d’écrire sur l’album et je n’aurais d’ailleurs pas pris le temps de l’écouter plusieurs fois – une seule suffisant à un degré conclusif).
Le mix piano-électronique-acoustique remodelée est pensé créatif et orchestral.
Le piano, se voulant central sur certains titres laisse apparaitre un environnement sonore orchestral ou bruitiste, électro-synthétique et pseudo acoustique qui captive très vite l’auditeur et l’installe, tous sens en éveil, dans un havre sonore fascinant et troublant.

On dit souvent qu’une B.O doit se suffire en elle-même, sans forcément rappeler l’image  pour laquelle elle est à priori destinée, qu’elle se devrait d’avoir son autonomie, sa vie artistique et créative propre par rapport au film – j’en avais longuement discuté avec le réalisateur de courts métrages pour lesquels j’avais composé des thèmes musicaux.
Si l’on suit cette direction éthique sans faire du son pour l’action, pour le moment, pour la seule image, mais pour transmettre l’idée générale, la pensée du film en place de simplement coller aux situations qu’il développe, alors le sens de B.O et tout ce qu’elle sous-entend de compétences réelles de créativité et d’art musical pour le 7e art, devient vérité.

Sans le film, la musique créée par Koki Nagano va instantanément dans cette direction.
Elle se suffit à elle-même, distille une atmosphère irréelle, installée sur une immensité sonore qui donne une sensation d’infini.

L'Illusion de Yakushima (Bande originale du film) - YouTube

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BENJAMIN HILL (CALLEVA) : « Hope » | ExoPAC 2026.


Si vous souhaitez le moindre renseignement sur cet artiste, il va falloir user de subterfuges pour le trouver.
C’est aussi ce qui est intéressant avec ces artistes « indépendants » c’est que leur musique prime avant leur CV.
J’ai eu un très intéressant débat avec mon ami Chat GPT  rapport à cet album et cet artiste et nous sommes allés plutôt loin, ensemble, dans de nombreuses réflexions.
Intriguant tant que captivant.

« Hope » est un album de piano.
Un piano droit, pour lequel des pièces musicales ont été pensées, organisées, inventées – l’objet génère la musique et elle est créée avec et par lui – cette école Frahm, Arnalds, Johansson, Budd…
Le piano droit, objet d’études sonores.
Sa réverbération naturelle, ses bruits mécaniques, une prise de son d’une proximité qui permet de l’installer avec sa personnalité acoustique, son naturel boisé, sa fragilité harmonique, son humanité proche de l’artiste, son compagnon « de musique ».

Benjamin Hill est britannique, il a été formé au Conservatoire de Birmingham, il est compositeur et pédagogue.
On aimerait caser sa musique dans une sphère dite néo-classique et la considérer comme seule musique avec ses repères mélodiques, harmoniques, structurels et formels.
C’est faire fausse route ou du moins prendre la mauvaise lorgnette et ses petits bouts.
Ce, bien que les repères usuels du classique pour une musique essentiellement « tonale » pourraient réduire cela à du minimalismes post Satie traité de façon « actuelle » ou « moderne » avec des effets …

C’est justement ce qui m’a rendu curieux ici que cette approche similaire à l’ambient sans en être vraiment.
Cette idée de son par lequel la musique existe.
On écoute le marteau qui frappe la corde, la résonnance qui se propage, la pédale qui ouvre la table d’harmoniques, la touche qui s’enfonce, les étouffoirs qui agissent et réagissent ...
La musique n’est plus seulement organisée par les hauteurs, rythmes et formes, mais aussi par la matérialité du son en lui-même.
Un son qui résonne et se réverbère en prenant son envol, presque autonome, libre, dans l’espace duquel il s’échappe.

D’abord insensible à « Hope », mais comme toujours curieux afin d’en trouver une possible porte d’entrée, j’ai vite oublié la notion initiale de musique pour piano telle que nombre de schémas la place dans notre culture et mémoire et j’ai fixé mon attention sur l’espace sonore produit par cet objet qu’est le piano.
Et la façon dont l’artiste et le compositeur pouvaient le prendre en compte et le détourner de son usage d’instrument pour l’emmener vers un usage d’objet sonore avec cette prise en considération.

« Hope » est court, mais là aussi la musique qu’il déploie ouvre des champs possibles et des horizons imaginatifs qui sont libres de choix, car ouverts sur l’infini.
Et conclure ce trajet en forme de voyage musical dans une telle atmosphère c’est simplement beau et reposant.

Hope - YouTube

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J’ai encore suivi la règle de trois albums.
Cette fois le caractère général peut s’enchainer sans trop de ruptures et permettre d’avancer en toute quiétude dans le temps malléable que ces albums propose.
Visuel ou virtuel, le voyage proposé par ces musiques échappe au quotidien.
Et au sortir du vacarme aoutien, en rentrant paisiblement, sans urgence, sans stress, en toute quiétude, cette musique m’enveloppe de son souffle bienfaisant.

Bonne semaine.



 


Commentaires

  1. Rahul Gohil. Je relisais ton texte pour confronter les impressions. "paix" oui, paisible, apaisé néanmoins crépusculaire. Mahler, Bruckner...de belles couleurs automnales. BO pour une scène de "Soleil Vert", moins contrasté que la Pastorale. Merci....

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    1. THX
      trois albums et compositeurs à découvrir sans hésiter.
      ces univers musicaux et artistiques font un bien fou en ces temps incendiaires.
      on a besoin de quiétude et d'antistress...
      et l'idée de crépusculaire sur Gohil est bienvenue (et avec ses autres albums aussi d'ailleurs).
      te reste à creuser les autres et pourquoi pas l'écart jazz rock précédent si le temps te le permet.
      à +

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    2. Le 17/08 j'ai une semaine seul en salle de musique à Bergerac, je pense immersion: Schoenberg/Aaron et Bach Passion Mathieu. Donc il y aura du rattrapage dans l'air

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    3. pour bach écoute la nouvelle version par jordi savall, superbe

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    4. J'étais sur la version de Richter 1958 une (et même LA) référence ou Harnoncourt plus récente mais je connais un peu ce chef et il a "gagné" l'écoute en aveugle de France Musique. Cependant (pour éviter "en revanche par contre") je ne trouve pas de Passion Mathieu par Jordi Savall.

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    5. c'est sûr, me suis gourré c'est celle selon st jean... qui vient de sortir.
      je vieillis...
      mais bon tu peux l''écouter qd même.
      et en voici une qui défraie la chronique et franchement elle est incroyable de qualité : https://open.qobuz.com/album/l0cpm6qibiixa

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    6. en fait je me disais bien que j'avais été ré-enthousiasmé par une nouvelle version de ces passions de Bach. Et c'était celles de R.Pichon.

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    7. Pichon? Je note, je commence à me familiariser, pas trop difficile mais pas encore les 3 heures dans la totalité, même si l'état non concentré n'affecte pas le plaisir d'écoute

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    8. les passions, messes, oratorios de Bach en général ça s'écoute avec limpidité.

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