NICK DECARO – Arrangeur, Producteur, Chef D’orchestre … Premier chapitre. Face A.

NICK DECARO – Arrangeur, Producteur, Chef D’orchestre …

Premier chapitre. Face A.

La curiosité est un excellent défaut.
Podcast France Musique, un arrangeur : Nick DeCaro.
Référencement environ 380 albums – « quoi ? », me dis-je, « un arrangeur aux 380 albums ? ».
Ça vaut le coup de tenter de creuser.

J’ai commencé à gratter en surface et des noms, des albums que je connais même, par cœur, même (incroyable bévue de n’avoir noté ce nom en n’ayant l’audace d’aller plus loin que de le voir inscrit dans les tracklists).
Alors les arrangements dans les premiers Rickie Lee Jones – c’est lui.
Idem le premier Michael Franks, le « Glow » de Al Jarreau, un ‘tit tour chez James Taylor, Liza Minnelli, Barbra Streisand, Gordon Lightfoot, Randy Newman, Ry Cooder, The Doobie Brothers et tant d’autres Almann Brothers ou même certains … Rolling Stones …
Bon, il ne m’en fallait pas plus pour aller approfondir le sujet, aidé par ChatGPT, car un listing de 380 albums nécessite un petit coup de pouce de paresseux.

Et là, j’ai mis le tout dans une immennnnnse playlist avec les albums complets, afin de piocher, de comprendre, d’analyser, d’écouter et de tenter de savoir le pourquoi du comment, la vérité musicale qui a fait que ce gars – Nick DeCaro – a été plébiscité par les plus grands, est devenu l’arrangeur, producteur et adjoint production de la célèbre maison de disques A&M.
C’est quoi, son style ?
C’est quoi son écriture ?
Mais c’est qui, ce gars-là, ce génie là, ce visionnaire de l’écriture que tout le monde s’est arraché et qui a enchainé les sessions, en les dirigeant, comme un gamin de maternelle enfile des coquillettes dans un fil pour faire un collier.

Des sessions miraculeuses avec les requins dont je parle en permanence et qui ont mis le terme de pro en haut de la liste de ce que j’admire musicalement (lecteurs, interprètes, jeu à la personnalité marquée, capacité de savoir tout, mais absolument tout jouer etc.), dans des studios mythiques, avec des producteurs de renom (Tommy LiPuma, Ted Templeman rencontré très jeune alors qu’il était juste multi-instrumentiste d’un groupe), sous des labels idem (A&M consacrant sa carrière) et avec des orchestres de studio ou de renommée.
En gros, il suffit de taper Nick DeCaro et on a la certitude de la qualité, de l’originalité et d’une personnalité d’écriture qui va mettre en valeur réelle chaque chanson d’un-e artiste et vous provoquer le fameux frisson, vous savez, ce truc qui fout la chair de poule rien qu’en entendant un trait de cordes, un contrechant de bois …

Du Calif’, de la country (alors là côté sentimental balades on est à fleur de peau largement servis), de la pop-varièt’ de high level à l’américaine et bien entendu au jazz flottant entre smooth et cool, sans oublier et surtout pas cette nouvelle vague que fut la bossa nova… bref, là où y’avait besoin d’un arrangement, tu tapais juste le téléphone en haut de l’agenda et c’était : Nick DeCaro.

Et le bougre, accordéoniste, pianiste (forcément) et aussi excellent chanteur crooner (avec des albums sous son nom toujours joués par des pointures…).

Bon, vous avez le portrait et le CV sommaire.
Maintenant on y va.
On va commencer par une période naissante où Nick erre de sessions en sessions, écrit des truc pas possibles pour des artistes passés aujourd’hui sous silence, devenus cultes, mis à l’ombre aussi, et pourtant … déjà … la saveur du génie est là.
En gros c’est les sixties …
En gros il a taillé son crayon, gommé bien entendu et rempli des pages de scores, besogneux, travailleur acharné, expérimentateur touche à tout, récupérateur multi-styles avec cette faculté de prendre et de faire soi.
Jamais on n’aura l’impression d’un travail d’école.
Toujours on saura et ce très vite, reconnaitre finalement, sa pâte, qu’elle soit dans l’écriture mais aussi dans le traitement sonore.
Le studio devient progressivement son laboratoire, il est producteur, directeur artistique, chef d’orchestre et donc aux commandes de a jusqu’à z concernant son travail et le rendu pour l’artiste.
Cette compétence va se confirmer avec le temps et la confiance qu’il aura certainement établi avec les labels, les artistes et les musiciens qui sont choisis pour les sessions.
Ça va s’installer avec sa réputation.

Il me fallait honorer cet immense arrangeur et orchestrateur de la musique populaire qu’on aime.
Et dépasser le podcast anecdotique mais bien utile qui m’a fait me dire, là, que …

Allez c’est parti
Et derrière chaque titre il y a un album et celui-ci est toujours ou quasiment toujours, remarquable…

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FACE A

01- « Canned Music » / Nick DeCaro | album « Italian Graffiti » - Geffen 1974.
Nick DeCaro : vocals, keyboards, arrangements
Plas Johnson : sax solo
Paul Humphrey, Harvey Mason : drums
Wilton Felder, Paul Humphrey : bass
Arthur Adams, David t Walker : guitars

A lui l’honneur d’ouvrir ces playlist (il y aura deux chapitres) avec cette musique en boite qu’on écoute à la radio, dans les ascenseurs et où le blues mâtiné rythm’n’blues s’installe sur le tapis rouge de l’hôtel de luxe, dans la suite confortable avec tous les services.
Nick a mis son costard italien, son nœud pap’ et il est attendu au gala, en bas, histoire qu’on lui remette une gratification de plus pour sa carrière …

« Italian Graffiti », l’album culte de l’artiste avec exclusivement des reprises arrangées de main de maitre et ratissant très large (de « Tea for Two » à Todd Rundgren en passant par Stevie Wonder et Randy Newman).
Il chante, s’accompagne orchestralement avec parcimonie, aux pianos (ici le délicat Wurtlizer), plus crooner à la Michael Franks version moelleux que rocker.
Là, d’emblée l’écriture des cordes, ample, puisant dans des phrases blues disséminées (l’accompagnement du solo de guitare) parmi les tessitures des cordes donnent une idée de son style.
Pas d’omniprésence, juste une façon de combler les vides sans renchérir et de lisser sous le chant avec un jeu mélodique en place de nappes harmoniques.
Chœurs à l’unisson, en octaves selon son jeu vocal – renfort aisé de sa voix qui vont progressivement compléter les cordes en leur proposant une association.
Tiens des saxs  puis une petite section de cuivres va breaker afin de renforcer la fin qui va s’estomper en toute coolitude pendant que la guitare sort la wahwah et que Plas Johnson va creuser son blues-hard bop en finalisant l’histoire alors que l’autre guitare va chercher chez JB une petite rythmique fédératrice qui laisse l’auditeur en attente d’une jam potentielle ...

Ça commence bien, mais c’était seventies…
Voyons une suite… on rembobine et retour aux débuts, aux sixties.

02- « Elena » / Chris Montez | album « Time after Time » - A&M 1965.

Ce qu’il y a d’intéressant quand on fait des recherches ciblées comme ici avec l’arrangeur Nick DeCaro c’est qu’on va découvrir des pans entiers de musiques.
Le premier titre hors Nick lui-même sera ce « Elena » par le chanteur Chris Montez, souvent programmé par les DJ de l’époque radio américaine comme étant … une chanteuse.
Il est vrai que même après moultes écoutes, cela est ambigu, mais cette technique douceâtre de fausset ténor avait quelques émules dans les sixties.
Chris explique que c’est en chantant systématiquement en chœur, en famille, dans le registre aigu, mais sans forcer, qu’il a fini par avoir cette « spécificité » vocale, ce dès qu’il chantait des chansons soft (juste avant ce tournant dans sa carrière afin de toucher avec A&M un plus large public, il était un chanteur de rock’n’roll et de twist).

Nous voici dont en pleine vague bossa nova, le fantôme d’Astrid, diaphane obsède le style et la variété américaine ne peut ignorer cette mouvance.
Nick a sorti toute la panoplie : des flûtes, obligatoires, le piano cristallin qui éparpille ses notes, un marimba qui trille pour faire exotique, la guitare dans le style n’est pas inenvisageable et la batterie percussion chaloupe le tout avec cette ligne de basse métrique.
Tout est écrit en prolongement mélodique du chanteur avec cette petite fonction syncopée qui est le rythme caractéristique de la bossa.
On écoute le chant, on écoute le contre chant du piano, on écoute le rythme des bois et leur aspect mélodique qui s’insinue sous la chanson.
Bien avant Deodato ou Ogerman, Nick avait déjà tout pigé sur la bossa et son orchestration.
Le titre dure 2 mn…
Le temps d’un 45 tours pour passage radio DJ et en si peu de temps il fallait tout exprimer et créer un arrangement mettant en valeur la chanson composée et interprétée en douceur par Chris Montez, ni crooner, désormais plus rocker, juste chanteur d’une variété qui aurait dû être intemporelle.
Chris Montez, ce nom, je l’ai déjà retenu et comme Nick a pas mal travaillé avec lui, il va faire partie de mes futures recherches et découvertes.

03- « Nowhere Man » / Vikki Carr | album « The Way of Today ! » - Capitol 1966.

Là encore, on va s’intéresser à cette artiste sixties qui au cours de cet album va reprendre les grands tubes de son époque (Beatles, Bacharach, Motown).
Cette chanson de John Lennon qui figure dans l’album « Rubber Soul » parle de Lennon lui-même (c’est du moins ce qu’il en a dit), cet homme de nulle part, qui se dénigre lui-même.
Le répertoire des Beatles est fréquent dans les albums pour lesquels Nick DeCaro a été engagé comme arrangeur et il trouve dans leurs chansons une matière d’orchestration riche en possibilités, qu’elles soient mélodiques (encore une fois on remarquera ici que toute intervention de l’orchestre est guidée par un fil mélodique et ici les phrases de cordes sont carrément empreintes au langage blues) ou harmoniques, la musique des Beatles offrant des possibilités d’extensions d’accords sans fin.
On remarque les cors, somptueux.
On adore las cordes et surtout on s’attachera à cette dernière phrase au violon solo, à la Chaplin, qui va s’arrêter sur une note bleue supérieure qui se résoudra au demi ton inférieur, créant un état de fausseté irréel qui finit par se replacer avec sentimentalité.
Et puis, ce sax soliste qui tente le coup, voulant s’approcher intimement de la chanteuse …
Vikki Carr, la voix Broadway par excellence, comme sortie de la scène de la comédie musicale en vogue, comme invitée sur tapis rouge déployé spécialement pour elle à Las Vegas.
La balade recueillie, suspendue par un orchestre magistral et délicat.
Lennon est magnifié – cette chanson le méritait.

04- « Angelica » / The Sandpipers | album « Guantanamera » - A&M 1966.

Avec ce trio de chanteurs estampillés « easy listening », formé en 1966, on va rencontrer l’une des formations avec lesquelles Nick DeCaro a beaucoup travaillé et ainsi pu peaufiner son savoir-faire d’arrangeur.
Jim Brady, Mike Piano et Richard Shoff issus de la Mitchell Boys Choir vont d’abord se faire connaitre sous le nom de Grads pour ensuite opter pour The Sandpipers – il y avait doublon.
Ils ont été bien avisés car leur premier tube, la reprise de « Guantanamera » a réellement cartonné et leur a ouvert la voie pour une série d’albums qui va couvrir une bonne décennie.
Autre facette du travail de notre arrangeur c’est sa mise en scène instrumentale (ici ce vieil orgue angélique, ce piano à la tourne obstinée, ce clavecin de thriller) et le travail d’agencement vocal magnifique.
On verra qu’il va assez fréquemment travailler avec des groupes vocaux, mettant son talent de disposition orchestrale au service, également, des voix.

Nick DeCaro a beaucoup travaillé pour ce genre appelé « easy listening » dont les Sandpipers pourraient être très représentatifs. 
« L’easy listening » est un genre de musique populaire proche de la variété qui a émergé au milieu des années 50. Il regroupe des mélodies simples et accrocheuses, des chansons douces et élégantes et des rythmes de danse de salon. A ce titre c’est plus un qualificatif ou un état d’esprit qu’un genre musical particulier. Source Wikipedia.
Par son partenariat avec The Sandpipers, Nick Decaro va orchestrer là une véritable machine à tubes et leur fournir un écrin qui mettra leurs reprises (ce qu’ils font essentiellement) sous les projecteurs du succès.
Pas si angélique que ça ce titre d’ailleurs …

05- « Wave » / The Sandpipers | album « The Wonder of You » - A&M 1969.

Ah, bossa nova quand tu nous tiens !
Il suffirait presque de se contenter de ce titre avec cet arrangement absolument magique pour faire une étude d’école de la façon dont il se devait d’orchestrer la bossa nova pour grande formation.
Penchons un peu l’oreille vers cette guitare.
Installons ces cordes sur l’horizon le plus lointain.
Ecoutons attentivement ces grappes pianistiques comme sorties des doigts de Tom Jobim lui-même.
L’orgue fait partie incontournable du décor, sorte de papier peint coloré et exotique qui renforce la sonorité générale.
Puis il y a ce solo au bugle, repéré à l’avance par un petit gimmick qui va s’échapper pour quelques courtes mesures en faux dialogue avec une délicieuse phrase d’orgue.
C’est enlevé, chaloupé et presque dansant et on repart heureux en fredonnant ce petit gimmick qui deviendrait presque plus important que la mélodie pourtant sublime de Jobim.
Une sorte de quintessence, du très grand art dans les plus infimes détails.
Tout ici se chante, tout ici est point mélodique et s’inscrit tel.
Certainement l’astuce que ce cumul de traces aériennes et aérées.

06- « How Insensitive » / Claudine Longet | album « The Look of Love » - A&M 1967.

Nick a beaucoup collaboré avec Claudine Longet, une sorte de muse pour laquelle ses orchestrations ont fait merveille.
Claudine, française, née à Paris en 1942 va trouver un boulot de danseuse de revue à Las Vegas.
Elle y rencontrera le chanteur Andy Wlliams (pour lequel Nick a également beaucoup travaillé et on imagine sans effort l’amitié liant l’orchestrateur au couple).
Elle va participer à son show télévisé (le Andy Williams Show) et sa carrière de chanteuse mais aussi d’actrice sera lancée embarquant avec eux le célèbre arrangeur sous la houlette de Herb Alpert.
Décédée cette année 2026 en mai elle a connu après le succès (et son divorce en 75 avec Andy Williams), une descente aux enfers après avoir été accusée du meurtre par arme à feu, en 76, du skieur olympique Vladimir Sabich après un procès hyper médiatisé.
Elle s’est alors complètement retirée de la vie publique.
On redécouvre aujourd’hui nombre de ses albums devenus représentatifs de ce genre easy listening très en vogue sur lequel bien souvent sa touche chantée en français faisait forcément fureur apportant ainsi un côté classieux et sensuel évident.
Nick a été son arrangeur officiel sur la quasi-totalité de ses albums à la production soyeuse (ici parfait exemple avec une prise de son exceptionnelle pour l’époque – nous sommes en 1967 et ça laisse pensif).
Un contre chant de cordes dans les aigus (les réponses finales avec la voix « over »), des violoncelles soutenus qui insistent sur la 11e de l’accord et… toujours ce piano archétype qui circule autour de la voix.
Il faut écouter Claudine, cette exilée française aux Etats Unis, à la carrière éclair – qu’elle chante en anglais ou qu’elle susurre en français, elle eut pu être une muse idéale, si restée en France et si elle avait rencontré notre Serge national …
Impossible de ne pas tomber sous ce charme.

07- « Golden Slumbers » / Claudine Longet | album « Run Wild, Run Free » - A&M 1970.

Nick DeCaro et les Beatles…
Un nombre conséquent d’arrangements pour un nombre conséquent de reprises.
Cette fois, Nick prend totalement la main et il va être à la fois producteur, arrangeur, directeur artistique du projet de l’album.
Il va enrober la voix intime de Claudine d’une myriade de cordes à l’écriture complexe et riche, toujours en contrechants mais aussi en effets véloces.
Un pont de quelques mesures de cuivres et voilà…
Le tracé du piano, pop en EltonJohnning, la harpe, l’idée de cloches tubulaires, la voix qui va se réverbérer en presque échos – les sixties s’achèvent, le studio devient un instrument avec lequel l’arrangeur et producteur va devoir travailler, imaginer et créer.
Et cette chanson sortie du chapeau d’Abbey Road, prend sa place de standard incontournable (rappelez-vous celle de Benson  - « the other side of abbey road » - chez CTI).

08- « Me, Japanese Boy » / Harpers Bizarre | album « The Secret Life of Harpers Bizarre » - Warner 1968.

Autre groupe vocal, autre producteur qui avec Tommy LiPuma, Herb Alpert sera un partenaire récurent pour Nick, c’est cette fois Lenny Waronker pour ce groupe de « sunshine pop », musique californienne par excellence (racine du rock Calif’ où se réuniront les plus grands musiciens de studio et les meilleurs arrangeurs et producteurs américains).
D’ailleurs dans ce groupe on note l’entrée en carrière du futur producteur célèbre Ted Templeman qui fit ici ses débuts comme chanteur batteur et guitariste (!).

Ils se sont formés à Santa Cruz, ont eu un succès fulgurant avec leur reprise de la chanson de Simon and Garfunkel, « the 59thstreet bridge song (feelin groovy) » et leur style d’harmonies vocales directement issu des Beatles ou du travail de Brian Wilson.
Avec ça ils ont eu toutes les bonnes clés en mains.
Et avec eux Nick a eu un terrain idéal à arborer et pu créer des arrangements commençant très sérieusement à se distinguer par leur originalité.
Ici le prétexte japonisant est véritablement une aubaine avec l’idée de comment mélanger habilement l’idée japonisante de la musique avec les flûtes, les gammes pentatoniques et les harmonies vocales des Fab Fours soutenues par les cordes et la magie des cors – cela n’aurait pas déplu à George Martin qu’une telle idée …

S’il est une facette intéressante de l’écriture orchestrale de Nick on en trouvera un aspect ici – et pas des moindres, tout ça enrobé dans ce packaging easy qui permet finalement sous les plus habiles clichés (intro et coda), de multiples voyages musicaux.
Sacré Nick… plus j’avance … plus il m’épate…

09- « Snow Queen » / Roger Nichols & The Small Circle of Friends | album « Roger Nichols & The Small Circle of Friends » - A&M 1968.

Attention ! : c’est la pépite !
Je crois qu’il y a bien trop longtemps j’avais parlé de cet album, de ce groupe vocal, de ces arrangements. Pas assez renseigné je pense avoir forcément mis l’accent sur le concept et les arrangements mais c’est resté en suspens.
L’argument Nick DeCaro va me permettre de revenir sur cet album qui défraie par son inventivité, sa qualité, son ingéniosité ma chronique de passionné d’orchestration.
Les cordes soyeuses et qui crissent comme des bas nylons.
L’incroyable agencement vocal posé sur cette douce valse d’où va émerger cette petite phrase organique qui se répète à l’infini tel une récup’ du piano rhodes des Doors…
Le drive de piano, la batterie qui place son rimshot sur le second temps pour lancer différemment le ¾, rendant le truc emboité subtilement avec la ligne de basse.
Et encore une fois ces voix qui se rejoignent, s’échappent, s’envolent, passent du texte à des hmm ouh … sur ces cordes toujours chantantes qui vont s’afficher limpides et parfois même trémolos.

D’une majestueuse intemporalité.
Un album inévitable, des arrangements dépassant le modèle d’étude.
Nick est là en pleine possession de tous ses moyens et on comprend vite pourquoi il est déjà l’arrangeur préféré de tant d’artistes « populaires ».

10- « Dream a Little Dream of me » / Julius Wetcher and the Baja Marimba Band | album « Those were the days » - A&M 1968

Il était tout de même temps de présenter la facette jazz combo de l’arrangeur sous couvert d’exotica (on en parlera plus loin).
Sur ce thème incontournable où la flute piccolo va partir en fantaisie avec les marimbas et ce piano bastringue nous voici partis dans une écriture décalée.
Et là où l’on eut imaginé avec des marimbas un axe délibérément et exclusivement exotique, en toute logique, Nick va barrer dans le dixieland le plus magistral et faire mumuse les couleurs instrumentales.
La trompette soloïse Armstrong, le trombone se la joue Teagarden, la clarinette s’insinue comme il se doit - là-bas, au fond du saloon le piano à gauche dans le mix stride comme un fou.
Basse et batterie sautillent dans un swing marqué au Stabilo.
Un pur joyau dixie avec tous les ingrédients qui font le truc.
Nick a une culture qui ratisse large et une telle proposition pour mettre en valeur un ensemble de marimbas c’est vraiment … tiptop.

11- « Happyland » / Liza Minnelli | album « Liza Minnelli » - A&M 1968.

Quatre ans avant son succès à Broadway dans « Cabaret », Liza sort cet album qui mêle chansons pop renommées et cet univers typique de la comédie musicale de Broadway.
Au milieu de chansons des Beatles et de Bacharach on va trouver ces titres pour lesquels des arrangements somptueux étaient de mise et nécessitaient une écriture ample, souple et généreuse permettant à la star tout son registre d’expressions.
L’écriture quasi symphonique de Nick avec des moyens qu’on admet conséquents démontre là encore que son registre à tiroirs de possibilités est tant vaste que divers.
Dès le récitatif du début cette écriture orchestrale qui, Liza Minnelli oblige, ouvre largement le sujet fascinera par sa richesse et qui, sous son aspect encore et toujours mélodique de contre chants, se met au service de la voix de la star.
Peu fan, par réelle méconnaissance, de Liza, cet album m’a fait découvrir une autre facette de cette artiste.
Et Nick en a été le vecteur.
Entre Weill et Bernstein…

12- « I’m with you » / Jackie DeShannon | album « Me about You » - Capitol 1968.

Archétype du genre musical Brill Building, ce titre et l’album de cette chanteuse à succès qui peina à affirmer la maturité progressive que son avancée dans l’âge obligeait.
Le Brill Building est un genre musical qui tire son nom du Brill Building de NY. C’est une musique composée par et pour des idoles adolescentes au début des années 60 (nos yéyés Sheila, France Gall et autres Françoise Hardy pourraient entrer dans cette catégorie avec un reset à la française).
C’est le style chewing-gum décrié, surenchéri par de grosses orchestrations (là c’est pour Nick une manne côté contrats) et une section rythmique conséquente qui enfonce le clou, insiste et est quelque part, pré-rock.
Mais ces adolescentes grandissent…
Alors leur musique passera soit aux oubliettes, soit évoluera (les textes avec…).
On dit que cet album de Jackie DeShannon est celui charnière qui lui permettra sa future carrière seventies.
L’artisan de ce renouveau sera bien entendu Nick DeCaro et là encore sur cette masse orchestrale volontariste où de puissants cuivres, où la rythmique s’affirme, l’axe mélodique cordes et chœurs accouplés fait mouche.
Et cette intro qui amène le truc de façon progressive…
Quel talent.

13- « Laura » / Martin Denny | album « Exotica Classica (For Those in Love) » - Capitol 1967.

Martin Denny est reconnu comme le père de l’exotica mais aussi de ce qu’il est convenu d’appeler la lounge music.
Années 50 et 60 son concept va littéralement exploser.
C’est parti d’une idée très simple, liée à sa vie et sa situation.
Le voici engagé, après avoir servi dans l’armée de l’air américaine pendant la seconde guerre mondiale, à Hawaï avec ses musiciens.
Cet engagement dure deux semaines mais Martin va décider de fonder là son propre combo et d’y rester créant ainsi ce style exotica, mélange entre un jazz easy (dit lounge) qu’il mélangera à des influences latines et insulaires.
Tous les standards de l’époque passeront à cette moulinette, comme ici Laura traité comme une rhumba langoureuse.
L’orchestration aérée de Nick enrichit le sujet de cors presque wagnériens, de flûtes bossa et avec son accordéon Nick va même en seconde partie soutenir le piano minimaliste et quasi classique concertant.
C’est Julius Wetcher, continuateur du genre qui est au vibraphone – puis il partira créer son Baja Marimba Band, perpétuant ainsi le genre qui, on s’en doute a fait les belles heures de la danse de salon, très en vogue à l’époque.
Lounge, avant que l’heure electronica prenne le dessus sur exotica.
Et toujours et à jamais cet axe mélodique qui ne lâche jamais l’auditeur et l’enveloppe.

14- « Me About You » / Gary Lewis and the Playboys | album « New Directions » - Capitol 1967.

Pour cette reprise de la chanteuse – compositrice Jackie DeShannon, Nick, producteur et homme à tout faire est aux commandes.
La voix pop très américaine de Gary Lewis se trouve enrobée d’un écrin orchestral où chaque élément du décor a une place spécifique afin d’augmenter le potentiel de la chanson, superbe.
Les cordes creusent le grave, insistent en trémolos ou tenues aigues, conférant une atmosphère très suspendue à l’ensemble. Le piano installe un gimmick quasi obsessionnel et sera rejoint par le vibraphone pour distiller un leitmotiv présent dès l’intro qui servira de point de rendez-vous.
Une atmosphère mystérieuse, quasi dramatique par instants, cinématique en tout cas pour cette délicieuse chanson que je n’ai eu de cesse d’écouter avec toute mon attention tant elle révèle une foule de petites astuces orchestrales - si minimales soient elles.

15- « Hold me, Thrill me, Kiss me » / Mel Carter | Single – Imperial 1965.

A l’origine, Nick DeCaro ce fut cela.
Cette version pur rythm’n’blues qu’il a produite, orchestrée et dirigée.
Tous les archétypes sont là, les obligatoires chœurs, la rythmique qui va transformer le 12/8 ou 6/8 du blues en ce qui deviendra le slow rock.
Mel peut s’épancher, exprimer son amour et l’exprimer avec la verve soul qui le caractérise.
Nick a même ajouté les timbales afin de le pousser d’avantage et puis les cordes ont déjà cette particularité mélodique (ainsi que les chœurs qui ne se contentent pas du seul schéma lead-respons mais qui s’adjoignent aussi aux cordes).
Déjà, le « style » DeCaro est là et il va en remplir des pages orchestrales…

16- « Batman Theme » / The Ventures | Single – Capitol 1966.

Glissé dans la compil’ « TV Ventures » ce titre qui a été arrangé et là aussi produit et dirigé par Nick va conclure cette première face lui étant dédiée.
On a eu les Shadows, il y avait aussi les Ventures.
Ces groupes de guitaristes électriques qui issus du rock’n’roll reprenaient les thèmes connus comme d’autres les chantaient, ou composaient leur propre répertoire mettant ainsi la guitare électrique (au son encore clair) au centre de toutes les attentions.
Ici Nick a complété le sujet avec un vieil orgue acide (je pense au Farfisa) qui joue le riff et sur lequel il a posé une petite section de cuivres en combo.
Le résultat est tant roots que charmant et disons authentique, rappelant toute cette époque naïve, fun et insouciante, adolescente et sucrée.

On va donc partir de ce lieu en sifflotant, en dansant sur ce rythme effréné au son de ces guitares usant les médiators, y compris la  … guitare basse.
La section de cuivre n’est pas bien difficile à imaginer dansant d’un pas de côté pendant que Nick certainement assis à l’orgue dirige tout cela d’une main de maitre.
Il faut bien commencer sa carrière avec des premières armes.
Pour Nick, ce fut cela et très vite on lui a confié les responsabilités musicales et commerciales qui firent sa renommée et sa reconnaissance dans l’industrie du disque dont il est un élément majeur côté Amérique.

Pour la face B…
Faudra attendre un peu, vous aurez remarqué que chaque titre est très court et mérite pourtant une écoute très attentive – c’était le format de l’époque, un album 35 mn max… avec plein de titres…
Pour les allonger, c’est sur la scène et la piste de danse que ça se faisait…

Profitez en tout cas de ces artistes surannés mais tellement captivants et … à la prochaine.

















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