EN TOUT SENS OU EN VRAC SI VOUS VOULEZ (03).
EN TOUT SENS OU EN VRAC SI VOUS VOULEZ (03).
En reparcourant le blog je me suis souvenu avoir lancé ce sujet dans lequel en
vrac on peut aller visiter de la musique, tout simplement, sans barrière, sans
étiquette, sans cadre.
Il sort des albums (l’autre fois un vague débat sur la notion de disque a été
lancé – j’évite … ce terme semble désormais obsolète, réservé au vinyle, un peu
au CD et le streaming qui ne l’a pourtant pas effacé des usages a pris le
dessus avec parution, projet, album et une déclinaison qui dégage l’idée de
support le LP et EP) à la pelle et on les ramasse comme les feuilles mortes de
Prévert-Kosma souvent en zapping et parfois on s’y arrête.
Société et génération consommatrices et consuméristes ne sont plus observations
mais réalités, la musique et ses produits, objets de conso matériels devenus
immatériels n’a pu échapper à la règle.
Les blogs comme celui-ci sont obsolètes, suivis par des papys résistant au
bulldozer du rapide, du zapping, de l’immédiat, du temps qui ne se prend plus
et dont la vie empêche d’être pris, obligeant à des aberrations appelées détox
face à une autre aberration omniprésente appelée stress.
Comme le scrolling, la musique s’écoute en diagonale, remisée dans un
« panier » où l’on se réserve en favoris éventuels l’infime temps de
l’entendre pendant que d’autres tâches, d’autres préoccupations, d’autres
priorités se mettent devant.
Elle est pourtant là, installée dans le quotidien, mais consommée différemment,
entrée de façon plus globale dans les mœurs.
Et influencée par le matraquage médiatique qui ne cesse de
« moutoniser », d’imposer, face à un choix immense, à un choix
essentiellement réduit et restreint, laissant toujours les mêmes de côté au
profit du … « marketing ».
Cela a toujours été dira-t-on.
Cela s’est amplifié dis-je.
Un exemple sera cette idée de star ac’ qui fit grand bruit et succès et remplit
en quelques saisons, ouvrant le champ des possibles et créant « du
rêve de succès », les classes de chant des écoles de musique de tous
poils, faisant se créer des associations, des chœurs aux chefs-cheffes s’inventant
tels-telles, bref du chantant-gueulement partout.
Et créant des profs de chant eux aussi à la pelle, des coach vocaux là encore à
la pelleteuse.
De la « pédagogie » urgence, du travail surtout rapide à l’efficacité
réduite dans le temps et … de surface.
Puis est arrivé, « the voice » très loin de Frankie…
Et maintenant l’année entière, quasiment sans relâche nous voici saturés,
matraqués, enfermés dans cet axiome, l’une succédant à l’autre, l’autre
recommençant à peine l’une terminée.
Un cercle infernal qui enferme l’auditeur représenté là par un pourcentage, que
je n’ose consulter, de la majorité des gens dans un seul format, dans une seule
politique - qui n’est culturelle mais commerciale – et qui continue de broyer
le libre arbitre, l’esprit ouvert et l’infime notion de culture.
Et de là ces « artistes » parachutés, prémâchés et calibrés, supports
de réels Instagram et Tik Tok servant à alimenter en quelques secondes une
tondeuse, une marque de fringues, un hôtel, une recette de cuisine…
Cette élue LFI qui rentre heureuse d’avoir assisté à un concert de « Soprano », image lui
semble-t-elle de ce qu’est la culture essentielle d’aujourd’hui envers … la
jeunesse.
Ladite jeunesse qui n’en a strictement rien à cirer d’elle et qui n’est même
pas allé voter, ou pour le RN en chantant « Douce France », autrement
matraqué.
Même les personnes se croyant les plus insoumises et libres sont sous tutelle
de ce rouleau compresseur commercialo-médiatique, critiquant les réseaux tant
qu’en usant car besoin de la lisibilité de leurs « propos ».
Eternel paradoxe, éternelles incohérences dans lesquelles Patrick Sebastien
s’oppose à Soprano.
Beurk, matche nul pour les nuls.
Il faut donc vivre avec ce temps qui se réduit, se raccourcit à vue de journée
et d’heures même plus tangibles sur le cadran d’une montre mais inscrites en
haut d’un téléphone qui n’en est pratiquement plus un, sorte de prolongation
d’un soi dans lequel le soi est quasi totalement inséré.
Faut-il s’en plaindre ?
NON ! – si les choses en sont là c’est parce qu’on s’est laissé faire et
qu’on a tout fait pour que cela soit.
Alors la « création », même populaire, donc non « savante »
va s’amoindrir.
Quatre accords max, magiques ou en anatole, encadrés par deux mesures, quatre
si jamais, sur lesquels on va poser une mélodie qui n’en est une, à l’ambitus
ne dépassant pas la tierce et dont le déroulement (j’évite le développement) ne
sera, puisque il faut avoir tout dit en 30 sec max.
Alors la génération années 80 revient en force, vintage, mode, sous son aspect
le plus réducteur et schématique jusqu’à une bande son où le pire ne côtoie que
meilleur du pire - Téléphone (le groupe)
en haut de playlist.
La playlist, petit jeu auquel je me prête désormais, sorte de mouvement
réducteur qui a remisé l’album et sa seule notion au rang de truc « qu’il
faut avoir du temps » pour écouter et non entendre.
Au Japon, il y a des bars calfeutrés, dans lesquels on passe par un sas de
décompression afin de pénétrer dans une pièce totalement fermée au « bruit
extérieur ».
On s’y assoit, on commande une boisson et on choisit dans un menu un disque, un
vrai, à écouter et là, paisible, dans le silence absolu déparasité de tout,
seule la musique prend place, véritable détox’ à cette vie qui ne laisse ni
temps, ni répit.
Que j’aimerais lancer cette idée en France… (peut-être cela existe-t-il
d’ailleurs).
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MAURICE RAVEL : « PARIS 2025 »
Orchestre National de France – direction : Cristian Macelaru
Naive – 2025.
Du temps il en faudra pour écouter ce coffret où l’essentiel orchestral de
Ravel est là, en projet, fêtant l’année Ravel.
Il faudra le prendre le temps d’écouter cette musique d’un autre temps et dans
laquelle le temps, même sous la formule répétitive d’un « Boléro »
pouvait s’étirer vers l’infini ou se figer dans la beauté d’un moment, d’une
phrase, d’un élan orchestral savamment préparé dans le temps qui l’a précédé.
Ravel et l’orchestre national de France - qui pourrait bien un jour du seul
fait de s’afficher ainsi être récupéré par certaines velléités politiques en
mal de blason à redorer – c’est une histoire vieille comme Ravel, c’est un lien
ténu entre des musiciens interprètes, des chefs et un compositeur.
Une musique qui est inscrite dans les gènes de l’orchestre.
Un orchestre qui connait bien Ravel, inscrit dans son programme, dans sa vie et
dans son passé tant que son présent.
Je suis devenu un adorateur absolument inconditionnel de la musique orchestrale
de Ravel quant à l’âge de 15-16 ans, mon professeur de piano Alain Neveux m’a
mis sous les yeux la « Pavane pour une infante défunte ».
Quatre pages surchargées de notes où s’entremêlaient chant, contrechant,
basses, accompagnements, déploiement en tessiture et registre.
Quatre pages d’un pur miracle musical qui ont réellement transformé ma vie et
mon désir pianistique avec cet autre assimilé mais bien différent, Debussy en
préludes.
Comment faire dans ce fatras noté pour trouver le bon chemin ?
Comprendre…
Sa réponse fut des plus simples.
Elle consista à me faire écouter la version orchestrale par Boulez, avec
l’orchestre de Cleveland.
Là, tout en lisant la partition au piano il me fit imaginer, jouer, un cor, des
cordes, un hautbois, une flûte – et cette lecture par registres et couleurs
instrumentales liée à un explicatif visant à interpréter avec en visuel le
tableau de Velasquez me fit passer autrement à la musique.
Et au milieu de tout le rock, puis du jazz rock, puis du jazz que j’écoutais
abondamment, la musique orchestrale de Maurice Ravel avait systématiquement sa
place.
Et sur le piano sa musique continuait à enrichir tant mes doigts que mon
esprit.
« le tombeau de Couperin », « ma mère l’Oye » …
Monique Haas et ses formidables enregistrements.
Boulez, le référent qui installa cette école française sous d’autres
perspectives de dimension et gestion orchestrale, à tel point qu’il a réussi à
en faire LE modèle, la référence quasi absolue, le son orchestral inscrit en
patrimoine.
Des versions orchestrales par tous les chefs possibles et probablement
imaginables j’en connais tant et tant, je n’ai jamais essayé le comparatif ou
du moins j’ai toujours eu celles de Boulez en mémoire ce qui me permettait de
découvrir les œuvres autrement dès qu’un interprète avait son autre
proposition. Et je la prenais telle qu’elle, car avec elle, la musique de Ravel
s’enrichissait à nouveau d’autres aspects, angles, tel instrument sortant
généreusement du spectre orchestral, tel trait de cordes étant plus précis ou
redessiné tel, tels cors sortaient enfin de l’ombre, telles percussions envahissaient
enfin faisant sur-briller les moments jusqu’alors quasi retenus…
Et toujours et à jamais « Daphnis et Chloé », l’une des œuvres
« classiques » dont je suis inapte à me séparer.
Et puis, là où la lassitude Ravel et ses pièces orchestrales ne m’a jamais
pris, là où l’on ne peut plus croire que la surprise pourrait être, tant et
tant de versions s’étant accumulées dans mon esprit, voilà qu’arrive ce
« Paris 2025 ».
On entre à tâtons dans le prestigieux coffret, on a pris le soin préalable de
lire un peu le livret, de savourer à l’avance la liste des pièces qui vont se
dérouler – défiant toute dimension temporelle – et on se lance.
Il faudra à peine l’espace d’un « Tombeau de Couperin » pour ranger
définitivement Boulez, oublier quelque peu les « autres » même si… et
comprendre que là, enfin, ou comme jamais, ou certainement du temps
« d’avant » Boulez, Ravel renait réellement, se redessine
complètement, s’ouvre à nous tel qu’on ne l’avait forcément entendu, écouté et
ressenti.
La prise de son est en toute logique au-delà des habitudes, dans le domaine, on
ne cessera d’évoluer.
Et elle est au service d’un orchestre qui reprend en mains son patrimoine, son
histoire, SA musique avec un chef absolument parfait pour la mise en évidence
de toute cette musique, de sa richesse, de son immense savoir-faire orchestral,
de toute la subtilité qu’elle acte, de toute la sensibilité et l’émotion
qu’elle exprime avec pudeur, sans romantisme, mais avec des impressions qui ne
sont pas surfaites.
Au-delà de la pièce maitresse qu’est « Daphnis et Chloé » où la
pantomime me laisse systématiquement avec sa montée de cordes en lévitation
absolue, où le lever du jour n’a jamais été (Wagner excepté) aussi
magistralement exprimé en musique … on pourra s’attarder et même rester sur
« Ma Mère L’Oye », ce conte orchestré et tous ses personnages sortis
de l’enfance.
Des suites plutôt que des symphonies, Ravel trouvait là dans cette organisation
baroque un aspect presque informel ne bridant pas par la forme, son inspiration
et un retour au passé qu’il aimait tant étudier.
Des ballets, schéma encore plus informel musicalement mais formel pour mettre
le visuel en phase avec l’émotion musicale par les corps et le décor, planté
sur une scène où l’on rêve et s’évade.
Des arguments, hispaniques, médiévaux, magnifiés, surlignés, descriptifs et
décrits instrumentalement, harmoniquement et soigneusement.
Vous aimiez Ravel ?
Vous l’aimerez encore plus et d’avantage.
Ce coffret n’est pas un hommage anniversaire de plus, n’est pas une somme à
ajouter à la conséquente discographie interprétant Ravel – il est simplement
indispensable et incontournable pour reprendre et réinscrire Ravel pour adorer
sa musique comme jamais auparavant.
C’est mon album 2025.
Rien de plus et rien de moins.
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BLACK LABEL SOCIETY : « Engines of Demolition »
Zakk Wylde : chant, guitare, orgue Hammond, piano, prod & mixage.
John DeServio : basse
Jeff Fabb : batterie
Dario Lorina : guitare
MNRK Spinefarm - 2026.
Je sais l’avoir dit, je me suis mis très et trop tard à Black Sabbath.
Pourtant « Paranoïd » avait pas mal tourné sur les platines
d’électrophones dans mon adolescence – mais un électrophone et ses quelques
minables haut-parleurs, même stéréo (Phillips) ne sait rendre le déluge sonique
de tels groupes.
Le casque aurait dû être un refuge, mais là encore ce son abrupt ne se
détaillait pas tant que les productions de Zep ou Purple, mes écoutes
addictives hard rock de l’époque.
Ozzy a eu un enterrement digne des plus grands, sorte de dernier symbole d’un
rock chargé non seulement de décibels incontrôlables mais au-delà de ce constat
musical dont tous nous avons conscience dès que son nom et celui du groupe est
prononcé, c’est aussi ce qu’ils ont véhiculé et transmis comme une sorte de
patrimoine rock qui compte et se constate ici.
Basiquement on aimera associer ici gothique, satanique, bref tout ce qui dans
« Mercredi », nouveau phénomène Netflix pour ados en mal de
sensations et sensationnel s’affiche et en reprend les codes édulcorés.
Zakk connait très bien cette musique, ce milieu et ses codes, justement.
Pas ceux qu’on reprend en subterfuges, en superficialité, de loin.
Non, il les a vécu, a bossé avec Ozzy et il en est imbibé comme le southern
rock ou encore les Hells Angels (référence scellée du groupe) le sont avec le
Whisky et la coke.
J’ai brossé le tableau, pour le reste, cette sphère métallique est suffisamment
relayée par le net pour en savoir plus et c’est conseillé – ou pas, car ici ce
qui compte c’est le produit musical qu’on se prend dans la tronche.
Le métal, le hard rock, le dark métal, bref toutes ces ramifications qui sont
branchées à une seule chose : des amplis empilés comme des briques de
Legos, est ici en art optimum.
Amplis de préférence surchauffés aux lampes afin d’être saturés au-delà de ce
que l’ingé son lambda peut croire possible quand tous ses vumètres restent
inlassablement dans le rouge, ce même quand il s’évertue à baisser le gain.
La voix se fraye un passage généralement guttural, seule possibilité guerrière
et Viking pour ajouter la barbarie sur le barbare, la violence contre
l’omnipuissance.
De là, de ce magma de métal en fusion, arrivent encore à surgir des guitares se
désirant solistes ajoutant à cette guerre des sons une touche d’ultime fureur.
La batterie semble, malgré la frappe colossale qui s’impose pour tenir en
respect et droiture toute cette électricité nucléaire de fin du monde, bien
dérisoire – alors le kick de la grosse caisse va s’attaquer en nuisances aigues
afin de passer au-dessus de tout cela, alors les cymbales et charley, métaux
contre métal crachent des jets puissants et hargneux, alors les fûts deviennent
tambours guerriers et réveillent l’enfer dans lequel la basse a suivi et s’est
frayé la seule place monolithique qui lui est réservée.
Il en sort beaucoup, des albums de métal.
Il m’arrive de m’y intéresser et de me laisser porter par cette puissance qui
happe, qui écrase comme un rouleau-compresseur – mais rares sont les fois où
j’arrive au bout de ces albums aux guitares schématiques, à la rythmique
basique sur déploiement technique de batterie qui n’impressionne plus personne.
Mais là je n’ai pas su résister.
Mais là j’ai eu une sorte de choc qui m’a obligé, incité et me fait perdre dans
ce tourbillon imparable.
C’est ainsi et ça a réveillé tout le système son jusque dans l’habitacle d’une
voiture qui avait bien besoin d’une onde de choc.
Essayez ce groupe et laissez-vous faire, c’est de l’énergie pure et elle va
vous renouveler.
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XBS & Uyama Hiroto : « Fractal, Reflections of Nature »
Insense Music Works – 2026
« Le titre de l'EP, « FRACTAL », signifie
« autosimilarité ».
S'inspirant du concept des fractales, ces structures omniprésentes dans la
nature qui demeurent inchangées même à grande échelle, la musique exprime le
flux et la structure qui caractérisent également la vie et les relations
humaines. L'idée d'une imbrication des expériences personnelles et des liens
avec le monde qui nous entoure est au cœur de cette œuvre ».
XBS, rappeur japonais à la voix ample, grave et recueillie s’est associé au
saxophoniste Uyama Hiroto pour un EP reflétant sa vie et ses valeurs jusqu'à
présent et créant « une musique que lui seul peut exprimer maintenant ».
Voilà ce que l’on peut trouver à ce jour, à peu près, sur le net.
Rap.
Japonais.
Ecologie et nature.
Esotérisme et philosophie.
On ne mesure pas encore l’immense diversité artistique et, nous concernant,
musicale que le Japon produit.
On ne mesure pas réellement l’importance que revêt la musique et l’art dans le
quotidien, la culture - la vie et son sens, au Japon.
Ce que j’en sais, ce que j’en lis et ce qui, par bribes, avec pudeur et
discrétion vient jusqu’à nous n’est pas grand-chose, une sorte d’infime part
d’un iceberg aussi grand que cette île volcanique qui ne serait que le sommet
du mont Fuji.
Le public japonais, par exemple, est particulièrement mélomane, à l’écoute et
c’est bien là que nombre d’albums live historiques (et dont le public
« discipliné » a permis une captation des plus précises, en tous
temps, avec des ingénieurs du son d’une rare méthode – « Made in
Japan » du Pourpre en est le parfait exemple et versant jazz je ne peux
que citer « Agharta » et « Pangea » de Miles) ont été
enregistrés et sortis en exclusivité au Japon, obligeant l’aspect collector et
souvent unique.
Le Japon a toujours aimé le jazz, il y a là un véritable public, sait-on ou
imagine-t-on, en fait peu importe.
Le Japon est une pépinière de musiciens de tous ordres.
Ils inondent les concours classiques et les réussissent haut la main.
Ils remplissent tous les symphoniques du monde de formidables
« exécutants » instrumentaux, purs produits de vocations liées à un
travail méthodique non acharné (cette notion n’est valable que pour nous,
occidentaux), mais installé, séculaire, logique et normal une fois qu’on a
choisi non un travail mais une « discipline ».
La musique en est une.
La musique japonaise possède une aura dont il faut se pénétrer. Trempée dans la
tradition, elle sait tant la respecter que l’utiliser, non pour la faire
évoluer, car ses codes ancestraux n’en ont besoin tant elle s’inclut dans la
vie, mais le compositeur japonais tel Sakamoto ne peut véritablement s’en
défaire tout comme le musicien créateur ou improvisateur de jazz (Ozone, Satoh,
Hino, Watanabe …).
Le milieu jazz japonais est multiple, kaléidoscopique, créatif là où l’on
voudrait, par ignorance et facilité, lui étiqueter l’idée de simple copié
d’usages.
De ce milieu, toutes générations confondues, émerge une scène avec des artistes
rarement anecdotiques en leur pays, mais souvent inconnus chez nous.
Des croisements se font aussi car au Japon – et pourquoi en serait-il autrement
– toutes les mouvances musicales sont représentées et présentes.
Et, comme ici, avec un sujet porté par l’un des piliers de la scène rap
japonaise, XBS (Xtra Bass Sound) - à la voix et au débit semblant plus penchés
vers le méditatif, l’introspectif et la réflexion que vers le provocateur
manifeste, issu du label Hydeout Production fondé par Nujabes et artiste du
collectif Nitro Microphone Undergroud - va
rencontrer le musicien « de jazz » Uyama Hiroto.
Le corps, la matière et la gravité vont rencontrer l’espace, le souffle et la
lumière pour une approche tant cosmique que quasi philosophique du hiphop.
Uyama Hino a créé les beats organiques et spacieux, ainsi que des voicings
pianistiques jazz qui vont contraster avec le feeling grave et terrestre de
XBS.
Le résultat est immédiat – on adhère.
On suppose que les deux artistes se sont croisés dans des lieux tels ces clubs
de Tokyo le Shibuya et le Harajuku sorte d’espaces où DJ, hiphop, rappeurs et
improvisateurs venaient se rencontrer, la scène musicale japonaise étant en
permanence interconnectée.
Et créative.
La rencontre de ces deux artistes venant des mêmes « écosystèmes
tokyoïdes » et synthétisant leurs univers personnels est, en une poignée
de titres, absolument captivante.
Elle permettra de découvrir et penser que ce pays qui reste fascinant par ce
qu’il suppose et dont la discrétion semble inaltérable propose la musique dans
des espaces créatifs obligatoirement inédits – du moins pour nos us occidentaux
– mais installés dans ces mouvances esthétiques finalement universelles
auxquelles ses musiciens n’échappent, mais avec lesquelles ils reprennent leurs
spécificités culturelles.
Passionnant.
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J’avais évoqué le Japon en prologue.
Je termine ainsi, avec cet album qui nous ouvre le « rap » et le hiphop
sous d’autres horizons.
Un petit vrac de sorties récentes, de ces albums qu’il faut écouter.
En entier…
Mais je sais que vous, qui venez ici, savez prendre la mesure de cette différence
entre zapping-superficiel et écoute approfondie.
Sur ce , à très vite et comme toujours, venez commenter.
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