# composer – compositeur-trice.
# composer – compositeur-trice.
Vaste sujet, étrange débat et dilemmes systématiques.
- Former, réaliser en combinant, en assemblant divers éléments (général)
- Créer de toutes pièces une œuvre, un texte, en choisissant et arrangeant
leurs différents éléments constitutifs.
- Créer de la musique, être compositeur.
Larousse.
En ce qui va concerner le présent sujet, voici une base de réflexion.
C’est donc vaste, relativement imprécis et large d’appréciation.
En ce qui concerne la musique, découlant des deux précédentes définitions, on
se dit que là, c’est « open ».
Créer de la musique et être compositeur.
Je ne compose plus, ce depuis bien longtemps.
Plus envie, plus de motivation à le faire, pas d’auditoire, pas de réel créneau
– le vide sidéral.
Composer pour qu’une pièce termine au fond d’une pré-déclaration de sacem pour
enfin terminer après avoir cheminé des mois ou quelques instants parfois dans
la tête, au fond d’une boite à archives, soigneusement rangée à côté d’autres
entassées là au fil des années, de la vie et de ce qu’elle porte – cela fait un
sacré moment que je me suis dit « à quoi bon ? ».
Je suis d’une génération où, pour composer et prétendre le faire il fallait
avoir fait études, avoir emmagasiné diplômes et ensuite avoir une sacrée dose
d’audace, de courage et d’ego pour se prétendre tel-le.
En effet, désormais et malgré le fait d’avoir tout cela en poche il fallait risquer
se dire qu’on osait se frotter aux « grands » et de toute façon, on
ne restait que des petits, infimes pucerons besogneux, scribouillards de
papiers à portées, face à cet art immense et grand : la musique.
C’est en tout cas ce qu’éducativement on nous a inculqué et qui est resté en
nous.
Bon.
Composer impliquait des études avec une progression par paliers qui permettait
enfin de s’en estimer capable. Ou plus exactement, c’est le système qui dictait
cette capacité, liée aux études et leur long et fastidieux cheminement.
C’était « sérieux ».
C’est ainsi que le jazz « composé » a mis plus de temps,
particulièrement en France, pour être admis et qu’il reste tout de même auréolé
d’une forme d’intellectualisme chevronné, un reliquat éducatif, probablement.
En revanche c’est l’improvisation, chose qui « n’est pas donnée à tout le
monde » dit-on, qui a permis de le hisser sur un podium de noblesse.
Par distinction.
Une distinction dont certains s’emparent, sans vergogne, on a l’estime de soi
qu’on veut bien avoir.
Aujourd’hui et c’est fort heureux, composer, autrement dit, mettre en forme ses
idées, son inspiration musicale, sans le moindre a priori, respectant
simplement cette prolongation de pensée, d’imaginaire est entré dans les mœurs
des études musicales et c’est même encouragé que la « créativité ».
On ne vous demande plus d’être génial.
On demande simplement de savoir, pouvoir entreprendre de mettre en forme
l’inspiration, l’idée en « vérité » sonore.
Cette
démocratisation de la création a brisé bien des barrières, gommé bien des
tabous et permis une forme d’émancipation du mot et de son acte : créer.
Que n’ai-je pu connaitre cela, toujours obsédé lorsque l’inspiration venait de
créer quelque chose avec une certaine dimension, pensée, fil intellectuel et
chercher sans fin par des techniques à améliorer, modifier, juger en place de
laisser faire …
Le poids de l’éducation.
L’enfermement du système.
La modestie et l’humilité quand tu te retrouves, par exemple, en cours
d’analyse face à la partition du Sacre.
Et que tu sais par là ce que création mêlé à génie peuvent vouloir dire.
Le pointage de ton ignorance, de ta médiocrité quand tu entres dans la classe
d’un professeur d’harmonie, auguste de supériorité et qu’à chaque
« exercice » où tu aurais eu l’audace d’un peu d’imagination afin de
sortir du cadre hyper rigide qu’il impose et qui ne te permettra que par longs
paliers à enfin pouvoir tenter quelques écarts - il n’a que l’humiliation en
l’esprit pour te démontrer ta petitesse face aux « grands ».
Conservatoire et tout ce que cela a revêtu et revêt encore tant ces passifs
restent accroché comme une moule à son pieu.
Solfège – mais j’en ai déjà parlé.
Toute cette rigidité et l’organisation d’études pyramidales avec au sortir, les
élus, sorte d’élite qui n’apporte pas grand-chose et qui survit dans un monde
où elle s’est cloisonné.
Puis ils arrivent, enfin puis n’est pas le bon sens des choses.
Non, ils sont là, méprisés par la caste savante, regardés avec suspicion par
les parents, ignorés des élites : les Beatles, Stones et très vite tous
ces groupes « pop »-« rock », surchargés d’une énergie et
d’une impudeur qui balaie tout cela, d’un riff de guitare, d’un break de
batterie, de quelques accords à la logique séculaire mais qui sont sortis
simplement là, sans études tarabiscotées, par « instinct » et le
minima de ce qu’un apprentissage musical a pu imprégner.
Alors Pete, de Zébulon aux moulinets guitaristiques hyperactifs va
véritablement écrire un … opéra rock.
Alors Sergent Pepper verra le jour et des fanfares croiseront l’énergie brute
du rock.
Alors, alors etc.
Alors toi, la tête surchargée d’études, l’esprit tourné vers eux, tu ne sais
plus où tu en es et tu composes des trucs qui n’entrent dans aucune case et
dont ton recul éducatif peine à admettre la réelle valeur.
Eux s’en sont émancipé très vite, sans vergogne ni le moindre complexe.
Les savants, quant à eux ont accepté plus ou moins docilement et ont fini par
trouver leurs voies respectives.
Et toi, t’es au milieu de nulle part, avec plein d’idées qui fourmillent, mais
pas de réel projet, direction, espace ouvert pour les concrétiser.
J’ai composé.
Pour du court métrage, du théâtre, de la chanson (on me filait des textes et je
créais toute la matière musicale), de l’enfance (j’ai même été édité, tu
parles), du jazz bien sûr, de la pop, parfois, pour piano, pour quatuor,
orchestre même.
Cela a parfois été joué.
Droits de sacem semestriel : 36€…
Je peux résumer à cela, ça gagnera du temps.
Composer s’est démocratisé et c’est effectivement heureux.
Mais est-ce pour autant que, du fait de cette démocratisation outrancière nous
avons maintenant une véritable conscience de ce que ce terme se devrait de
revêtir ?
Aujourd’hui tout le monde « compose » et c’est peut être bien là
qu’il faut réfléchir.
Je fais le rapprochement avec cette jeune trompettiste de talent avec laquelle
j’ai parlé de professionnalisme l’autre fois – en musique être pro devrait
sous-entendre avoir une certaine éthique, fait un certain travail et supposer
un prérequis prétendant pouvoir l’être.
Non, aujourd’hui un-e professionnel-le de la musique c’est juste une personne
qui gagne sa vie avec la musique.
Ce recadrage social des choses est bon à prendre en considération car il
englobe cette jeune femme qui a passé des heures à arriver à un niveau plus que
certain et qu’on ne peut qu’admirer, comme unetelle qui achète des karaokés sur
YouTube et va, micro pourri et sono à l’identique parce que réglés sans
connaissance, nous trucider la soirée au restau en brâmant sur les playbacks de
sa tablette.
La première vient presque en amateure pour le plaisir participer à l’un des
orchestres que je dirige, l’autre est au guso et gagne sa vie très correctement
en écorchant les vendredis samedis et même dimanches, les oreilles des clients
, mais tout cela passe dans une ambiance bruyante et bon enfant, festive et
faite d’éclats de voix.
Composer ? donc…
Même constat.
Être compositeur-trice, penser l’être.
Se prétendre tel-le ou croire tout simplement que, parce que l’on a
« écrit » une chanson qui « marche », on l’est.
Et puis t’as ceux qui font métier, je reviens sur ce mec qui n’a de succès que
par une chaine YouTube où il va t’expliquer le pourquoi du comment machin ou
machine a fait pour avec telle recette que forcément il va juger du haut d’un
piédestal de connaissances qu’il a, certes, pour faire telle ou telle chanson,
telle ou telle musique.
Son constat en analysant la dés-évolution de la musique de 007 en dit long et
bon, lui au moins a trouvé le pas de côté.
Composer a toujours revêtu l’idée qu’il fallait être génial, c’est du moins
l’éducation de ma génération d’apprenant musical qui nous a installé ça en
tête.
Un peu comme les examens d’instrument classique t’obligent à non gérer
l’erreur, mais à ne jamais la faire.
Composer en France suppose qu’à un moment donné (et j’en ai un peu bénéficié)
une commande puisse t’offrir non de gagner ta vie avec tes
« œuvres », mais en tout cas d’avoir un objectif pour créer,
autrement que, comme je l’ai fait avec de nombreuses pièces pour piano écrites
de façon très classique, écrire pour écrire.
C’est un peu comme si j’écrivais des articles pour le blog mais me contentais
de les stocker pour les relire moi-même et seul.
Aujourd’hui tout le monde désormais compose.
C’est une très bonne nouvelle.
Mais, dans toute cette musique, je le sais et sans la moindre amertume, cela
serait trop facile, ma musique n’a plus vraiment sa place car trop de musique
peut aussi tuer la musique.
Alors, j’ai cessé de … composer.
Commentaires
Enregistrer un commentaire