PROG’RECIFS – PROG’RECITS. Chapitre 3 : SPOCK’S BEARDS / THE WATCH.
PROG’RECIFS – PROG’RECITS.
Chapitre 3 : SPOCK’S BEARDS / THE WATCH.
Troisième et dernier – pour le moment – chapitre de cette plongée au cœur du
rock prog tel qu’il est revu et corrigé (ou non) aujourd’hui.
Un premier groupe bien massif et pêchu : Spock’s Beards.
Un second qui vous rappellera bien des souvenirs : The Watch.
Et de bien beaux paysages en perspective.
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SPOCK’S BEARDS : « The Archaeoptimist » |
Madfishmusic 2025.
Ted Leonard : lead vocals, guitars | Alan Morse : guitars, vocals |
Ryo Okumoto : keys | Dave Meros : bass | Nick Potters : drums,
vocals.
Michael Whiteman : composer
Ils sont américains, Los Angeles.
Ils se sont formés en 1992, autour des frangins Neal et Alan Morse, puis Neal
quittera le groupe pour des convictions religieuses.
La groupe subira au fil des décennies des changements de personnel qui ont
contribué à modifier également leur musique.
Mais cela reste du prog … à l’américaine …
Si vous avez été fan ou même simplement accroché par Kansas et même Meat Loaf
voir UK, vous trouverez ici immédiatement les repères qui font que ce rock
progressif qui n’est en aucun cas réellement du métal prog s’y installe, dans
une certaine lignée.
Pour leur dernier et nouvel opus, la musique a été principalement créée par
Michael Whiteman et Ryo Okumoto, les textes étant généralement écrits par Ted
Leonard et Alan Morse.
Le groupe ne tarit pas d’éloges sur son nouveau batteur Nick Potters qui, grâce
à lui, a permis à leur musique de dégager une nouvelle énergie surpassant
nombre de leurs précédents opus.
Ici, avec une musique tant complexe que très puissante, tant technique
qu’inventive, les voilà qui racontent l’histoire d’une jeune fille élevée par
son père dans un monde post apocalyptique.
Ils abordent aussi des thèmes comme le temps, le travail obsessionnel …
La Barbe de Spock, allusion à un épisode de Star Treck où Spock porte une barbe
est un groupe prog tel qu’aujourd’hui on aime à en constater la vitalité tant
que la vérité.
On va forcément repérer dans leur musique nombre de figures de style qui
rappellent leurs illustres ainés : orgues à l’écriture et au jeu
symphonique, synthés lead perçants et au jeu quasi guitaristique, guitares
mélodiques à la saturation serrée, basse souvent au médiator collée à la
batterie généreuse et aux multiples brisures, relances et aux beats chargés et
complexes … et bien entendu chœurs aux nombreuses apparences.
Un axe qui fait largement partie du protocole du prog que de savoir chanter en
chœur, harmoniser le lead, faire des backgrounds vocaux de type orchestral etc.
Là on est servis mais ça n’est jamais surenchère.
Le doute concernant le rôle créatif majeur de Ryo Okumoto n’est effectivement
pas permis.
Ses claviers mis sous haute tension technique (un peu comme Jobson chez UK)
sont le nerf vital de l’album, ce qui ne met pas de côté la guitare de Alan
Morse (« St Jerome and the Wilderness ») qui se taille de très belles
parts du lion.
Chez Ryo Okumoto, le jeu d’orgue est central, remarquable, fédérateur, très
vintage et il exploite également toute la panoplie des vieux synthés avec une
parfaite connaissance de leurs axiomes sonores qui opère en mode rappel
seventies de façon évidente.
Effectivement, Nick Potters est bel et bien la figure centrale du groupe.
Son jeu puissant et d’une technique sans faille joue « toute la
musique » du groupe, permettant un déploiement énergique qui agit sans
relâche.
Quand à Ted Leonard, chanteur lead, sa voix pointue, nerveuse et directe colle
parfaitement à la musique intense et mordante du groupe.
Spock’s Beards est bel et bien un groupe de prog actuel, qui remplit toutes les
attentes dont le style aujourd’hui a besoin et se représente.
Un groupe pour lequel le mot rock n’est pas vraiment surfait, ce sceau est même
à inscrire en caractères bien gras juste avant prog, prouvant ainsi que cette
direction esthétique n’oublie jamais l’esprit générateur qui l’anime.
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THE WATCH : « Seven » | Pick Up records 2017
Mattia Rossetti : bass, pedal bass, guitars, vocals | Marco Fabbri :
drums | Giorgio Gabriel : guitars | Valerio De Vittorio : keys |
Simone Rossetti : vocals, mellotron, synth, flutes.
The Watch est un groupe italien hyper influencé par Genesis, le Genesis de la
période avec Peter, celle des débuts, qui plus est.
Aucun doute n’est possible jusqu’au chant de Simone Rossetti qui possède un
pouvoir mimétique assez bluffant.
Je ferme les yeux et automatiquement c’est une sorte de flashback très
bénéfique qui s’installe.
Mais il faut dépasser cette première sensation (jusqu’aux seconds vocaux très
Phil si l’on a envie d’y penser) et croire sincèrement en cette musique qui
agit, en apparente immédiateté, non en copié collé quasi conforme, mais sur une
dimension qu’il faudrait considérer telle une sorte de prolongation, là où un
fil s’est rompu.
The Watch – nom de groupe on ne se peut plus référentiel – part de là où
Genesis semble s’être arrêté il y a si longtemps que cette rétroaction me
peine.
Et on va éventuellement bien trouver là ce chainon qui manquait, ce vide laissé
sur un espace créatif qui avait été fulgurant, maturé en peu de temps et qui a
implosé quand, justement, Genesis se serait auto-argumenté, auto-reproduit et
auto-recommencé.
La production évite le côté massif que le métal prog a désormais inscrit dans
l’actualité de cette esthétique, récupérée par du brio technique, sorte de
clone progressif de la débauche d’un genre parallèle qui fit grands fans (dont
je suis), le pendant du jazz le dit jazz-rock.
The Watch insiste sur l’aspect composition-développement, musique.
Il souligne l’espace dans lequel le titre s’installe et dure, créant un
imaginaire sans renfort de donnée sonique ou instrumentalement technique.
Mixage et mastering semblent droit issus d’une prolongation de « The
Lamb » comme si cela avait été étalonné sur cette base, sur cette certification
de rendu sonore.
Et c’est peut être bien aussi cela qui fait tant rappel.
Parmi ces six groupes que j’ai chroniqué, celui-ci est le sixième et
probablement celui qui me semble le plus intemporel, resté figé (et c’est
globalement ce que la critique leur reproche que ce manque indirect d’audace)
sur une donnée musicale et créatrice qui est ancrée à tous degrés dans l’ADN
auditif de l’amateur du prog génération émergence du genre.
Mais, malgré cela, le groupe propose, à sa manière un aspect que je ressens
comme véritablement évolutif de ces critères, les déployant en les gardant
identitaires, les réinventant tout en ne quittant pas leurs marquages initiaux.
Les musiciens dépassent là la seule notion de « niveau » qui ferait
admirer tel solo, tel jeu de tel ou tel instrumentiste. Leur participation « au
service », et non individuelle, est là aussi un gage de qualité.
Elle démontre une certaine forme de respect envers un choix musical où les
musiciens servaient avec conviction leurs imageries sonores, leurs créations
d’univers et leurs contes littéraires chantés et mis en sonorités.
C’est presque miraculeusement, avec The Watch, que se termine cette troisième
phase prog actuel.
Je ne peux cacher le plaisir et l’enthousiasme qui m’ont fait prendre en compte
ces groupes, dignes successeurs de leurs ainés, perpétuant une musique qui
arrive encore à faire vibrer certains amateurs, passionnés et fidèles d’une
esthétique qui reste, grâce à eux, marquante et évolutive.
Il apparait évident que je consacrerais d’autres moments à écouter ce prog et
ses actuels représentants.
Mais en attendant – profitez pleinement de ce troisième opus.
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