NOTRE INVITE ! … LE JAZZ ! … Face B

 NOTRE INVITE ! … LE JAZZ ! … Face B


Allez, on va faire autoreverse et franchir le cap de la face B.
Y’aura des souvenirs, du kitch, du surprenant, du « pourquoi pas ? » et du « ça alors ! ».
Des incontournables, des trucs où on se dira, mais oui, bien sûr c’était fait sur « du jazz ».
Des titres franchement jazz ou jazzy.
Bon, si on n’avait pas installé ce terme générique et généraliste de variété, peut-être bien que le jazz dans la chanson française aurait été plus, disons, identitaire.
Carrément Nougaro quoi(que), franchement Sacha Distel sans oublier Henri, Salvador bien entendu et Charles, Aznavour, il va de soi.

Face B.

01- BLUES TROTTOIR : « Un soir de pluie ».
Album : « Histoires Courtes » / Carrère 1989.
Jacques Davidovici : Claviers, arrangements et programmation | Olivier Defays : saxophone ténor | Daniel Roux : guitares et basse | Marc Chantreau : percussions.
Clémence Lhomme : vocaux.

Il en faut peu pour … faire un tube.
Clémence cherche un compositeur pour ses textes, elle va rencontrer Jacques et ils décident d’utiliser une musique qui lui avait été refusée par une publicité par une célèbre marque de café, Jacques Vabre.
Un texte en anglais pour un premier jet intitulé « Old New York Town », mais Jacques pense que sur cette musique jazzy des paroles en français seraient plus porteuses.
Elle rectifie.
Clémence est amie avec Olivier Defays, fils du comédien Pierre Richard (y’a des relations, là…).
Ainsi nait « Un soir de pluie », pur produit jazzy d’un groupe qui ne durera pas au-delà d’un album.

« Histoires courtes » est enregistré avec des pointures.
Un disque qui s’écoute avec plaisir, un peu coupable.
Le casting y est pour beaucoup : Mick Lanaro, Nick Moroch, Barry Johnson, Robbie Gonzales, Brenda White King et Curtis King, Jacques Bolognesi, Maurice Vander, etc.
Le « jazz » sous plusieurs aspects (funky, groovy, smooth dit-on maintenant, bossa) est sur la ligne d’horizon et ce titre jazzy a bluffé tout le monde et, au passage, contribué lui aussi à remplir les classes de saxophone, en déroute d’effectifs.
L’image du saxophone a bien rempli les clips des années 80 et forcément suscité des assimilations artistiques.

Quand c’est sorti, si à l’apéro du bal du samedi soir ou pendant le repas, tu ne jouais pas « un soir de pluie » tu étais susceptible de te faire lyncher, ou de passer pour un incapable.
Mais de toute, la jolie fille éméchée venait obligatoirement te le demander, se levant et se dirigeant vers le pianiste depuis sa table bruyante d’éclats de rires et voix, se déhanchant sous le regard déjà bien alcoolisé des mecs attablés ou accoudés, verre de Ricard en mains.

J’ai connu et bossé un temps avec une chanteuse qui n’avait jamais « décroché » de ce titre, sorte d’ADN qui lui a fait croire (et elle y croit certainement encore) qu’en chantant avec ferveur cette chanson elle était réellement une chanteuse de jazz.
Bon, faudrait tout de même pas aller jusque-là tout de même.
D’abord Clémence est très loin de pouvoir le prétendre, mais en fait on s’en fout, ce qui compte c’est le contexte du truc, cette façon d’utiliser le jazz pour en faire encore une fois scénario, le mettre en scène, en texte, en ambiance et, indéfectiblement, ça marche…
Et ça a marché, mais bon pour eux, ça n’a pas duré.
Pur produit médiatiquement sur-commercialisé, le groupe aurait pu, mais n’a pu.
Ils ont persisté quatre ans, environ… puis disparu aussi vite qu’ils sont arrivés dans la lumière des projecteurs.
Olivier a certainement repris le chemin des jazz clubs, des cachetons et a dû retourner dans l’appart payé par son père.
Jacques est reparti composer pour la tv, le ciné et il a réussi dans ce domaine, sa parfaite maitrise des machines l’aidant forcément en plus de ses véritables talents de compositeur.
Et Clémence partira faire carrière solo, glorifiée par le succès éphémère de ce titre.

Si j’ai mis ce titre en ouverture, c’est parce qu’il est véritablement représentatif de cette réappropriation de l’idée de jazz que l’axe commercial, avec son côté bulldozer machine à billets, a pu engendrer de plus excessif.
Ici on a toute « l’imagerie » du jazz et tous les faux semblants qui en découlent :
une fausse trompette bouchée, un sax lustré pour faire genre, ténor, pour masculiniser le truc face à la chanteuse à la voix (et au texte) de gamine petite bourgeoise boudeuse qui va préférer s’encanailler dans le club de jazz du coin plutôt que dans la boite de nuit (étudiante à l’environnement intellectuel oblige – et n’oublions pas cette mode des films tels, justement l’étudiante) avec ses copines – puis le contexte bluesy pour rendre tout cela un tantinet nostalgique et lui donner une teinte noctambule et nocturne.

Alors d’emblée on y croit, on se focalise « jazz » et on ne réalise même pas, ou si peu, qu’en fait (probablement dû à la programmation cubase qui à cette époque avait un mal fou à « rendre » véritablement les subtilités rythmiques du jazz) de jazz on est juste dans de la bossa nova hyper rigidifiée, métronomique et schématique.
Mais et au-delà de toute considération semblant négative de ma part, ça fonctionne super bien car à cette époque ce pendant frenchy parallèle à Matt Bianco ne pouvait que décrasser les ondes FM.
Que ce titre ait été comparé à « Joe le Taxi » de Vanessa ne me surprend guère, mais Clémence n’est pas Vanessa et ce côté lolita vocal ingénue même s’il aurait pu perdurer a ses limites de vérité. Et l’apparence n’est en aucun cas vérité là où Vanessa a toujours été crédible.

Donc nous avons ouvert cette face B par un sujet de débat, un titre jazzistiquement artificiel, pur produit commercial et qui, comme certaines marques est sorti des rayons pour ne laisser qu’un souvenir, pas vraiment vague, car ça a tout de même cartonné.
Presque une étude musico-sociologique que ça…
Et je repense à cette chanteuse qui se reconnaissant dans ce soir de pluie comme véritable chanteuse de jazz enquillait des fly me to zzze moune et seumèretaïme à l’accent même pas sexy frenchy, mais là encore, pour la seule idée véhiculée par cette mouvance, de style et de « genre ».
Mais… une belle robe (et le reste) avec des paillettes, ça fait toujours illusion et ça fait bosser les zicos.

Un titre et tu soulèves un carton de souvenirs…

02- THOMAS DUTRONC : « C’est si bon ».
Album « Frenchy » / Blue Note records 2020.
feat Diana Krall & Iggy Pop.
Eric Legnini : piano, rhodes | Denis Bennaroch : drums | Thomas Bramerie : contrebasse | Rocky Gresset : guitar | Thomas Dutronc : vocals, guitars.

Le saucisson du jazz frenchy, comme le titre de l’album.
Le fils Dutronc a l’ADN jazz en lui, ça on peut pas le lui ôter ou le lui reprocher et puis, quand il sort des albums comme ce « Frenchy », qui est jazz et absolument pas jazzy, on va pas bouder, tout de même que cet esprit revival.
Ouf, pour ma part il a laissé le manouche de côté, ou presque et perso, ça m’a fait éviter de me lasser de ces traits guitaristiques digitaux inutilement véloces, de ces pompes stressantes, etc.
Et là le solo de guitare laisse pantois… c’est Sacha qui aurait aimé être de la partie.

Certes le fils Dutronc, Thomas de son prénom a les moyens et des connaissances qu’il peut d’un coup de téléphone portable, très certainement rameuter rien que quand il en a l’idée.
Pour s’inviter à la fois Iggy qui réalise peut être là son rêve de jeunesse de crooner à la Frankie et mettre au milieu de cette coolitude qui serait comme du JJ Cale vraiment jazz, la diva vocale Diana Krall, faut avoir un réseau de stars.

Que ça n’rende pas jaloux, voyez-vous, pas du tout … bien au contraire que ça fasse rêvasser et surtout écouter cet album dans son intégrale avec des bonus (la mode du truc collector), c’est bien là ce qu’il y a de mieux à faire et comme l’été se pointe à grands coups de soleil, cette BO piscine pourra certainement remplir sa fonction de décontraction absolue.

03- FRANCE GALL : « le cœur qui jazze ».
Album : « France Gall (poupée de cire, poupée de son » | Phillips 1965.
composé par Alain Goraguer et Robert Gall.
Alain Goraguer et son orchestre.

Ça c’est la surprise de cette face…
France Gall chante … le jazz et purée c’est envoyé tel quel.
L’orchestre de Goraguer est arrangé jam session, tempo dédoublé bop rapport à la mélodie, riffs de cuivre big band pur jus et des solistes à tomber sur le c…
La preuve réelle qu’à cette époque le jazz faisait véritablement partie du paysage musical de la chanson française et que nombre de « yéyés » attirés par le rock’n’roll s’y sont laissé prendre.

La curiosité qu’il faut accepter tout en ne lâchant pas le background absolument décoiffant, c’est la voix si connue de la France Gall encore ingénue qui sera la représentation Eurovision, cette voix acidulée, juvénile et gamine qui est restée dans nos mémoires.
1965, le jazz est fun, il est installé dans la vie d’une jeunesse parisienne et désinvolte qui chante, danse, s’amuse, sort en boites et s’habille mini et coloré.
France Gall, on l’a oublié, a participé, au-delà de ses premiers tubes entre poupée et sucettes, à cette mode et mouvance tant comportementale que musicale.

Sacré flashback.

04- HENRI SALVADOR : « Jazz Méditerranée ».
Album : « Chambre avec vue » | Parlophone 2002.
Bernard Arcadio : piano, arrangements | Laurent Vernerey : basse | Regis Ceccarelli : drums | Denis Leloup : trombone | Dominique Cravic : guitare | Michelino Silvano : percussions | Maghyard Budapest Orchestra.
Composition : Benjamin Biolay.

Parler de jazz en chanson française et oublier le grand Henri Salvador serait un crime punissable de procès d’intention non culturelle …
M… en disant cela j’ai failli oublier Nougaro, mais rassurons-nous ce sera fait, mais je pose Henri, Sacha et quelques autres sur un degré supérieur, tout simplement parce qu’eux créent leur propres chansons ou font appel, comme ici à de talentueux compositeurs pour ce faire.
En place de reprendre un thème de jazz et d’y affabuler son délire personnel en textes à supposition poétique.

Henri a sorti là un album qui termine sa carrière en toute beauté.
Dire que c’est crooner est peu, ici tout est tranquille, paisible, aérien et aéré, limpide et chaque touche musicale est subtile.
Il est entouré des meilleurs, certains sudistes qui ne peuvent qu’adhérer à cet hommage méditerranéen qui invite à la flânerie sur croisette, sur promenade où les anglais ne sont plus vraiment rois.
Le bruit des vagues est balayé par la batterie de Régis, la promenade est tracée par Laurent et Bernard a enrobé tout cela d’un soleil certainement couchant qui teinte au loin l’horizon.
Paroles nostalgique, solo de trombone de Denis Leloup, un grand, un pilier de l’instrument.
Les cordes en tapis étalent l’immensité d’une mer aux mil reflets.

Pff, que ça fait du bien…

05- SACHA DISTEL : « On dit, on dit, on dit ».
45 T - Phillips 1961.
Orchestre de Claude Bolling.

Il y a tant de titres jazz chez Sacha.
Je l’ai rencontré Sacha, j’ai même joué un peu avec lui, si peu et trop peu.
Mais je me garde ça précieusement en souvenirs de vie.

Sacha Distel, guitariste phénoménal, chanteur crooner charmeur, une voix de velours, un physique de favori de belle-mère, un sourire enchanteur et un esprit purement jazz qu’on a fini par zapper avec quelques tubes qui l’ont fait devenir star.
La belle et grande époque Barclay-Saint Tropez, clubs Saint Germain, Sacha est un emblème de tout cela.

Là le voici avec un titre qui le représente très certainement, qui use du style dixieland que j’adore et que Bolling a dans les doigts avec une aisance qui laisse admiratif.
L’orchestre est arrangé tip-top dans le genre.
Il swingue en diable et cette humeur excessivement bonne, joviale et festive me rappelle tant, et tant, de souvenirs de cette musique, que j’ai joué, et qui m’a apporté tant et tant de joie et d’amitiés.

Comme je le disais, un titre, une voix et un carton de souvenirs et ceux-là sont au-dessus la pile côté meilleurs.

06- CHARLES AZNAVOUR : « Le Feutre Taupé ».
Album 78 tours, Pierre Roche / Charles Aznavour | Polydor 1948.
Henri Leca Quintette (probablement Henri Leca : piano, Emmanuel Soudieux : contrebasse, Pierre Lemarchand : batterie, Henri Crolla : guitare + section cuivre)

Toujours revenir à l’original et là c’est un pur régal que de retrouver cette toute première version de cette chanson qui fait encore le bonheur de nombre d’artistes jazz français en mal de swing avec, bonus, un texte qui positionne le jazz, le dandisme, le mode de vie lié au jazz avec un zazou dégingandé, une rencontre improbable, amour original et codes sociaux qui volent en éclat.
On retrouvera ça sur les champs Elysées, bien plus tard et ça fera tube, pour un ménage de cinglés.

La guitare entêtante de ce transfuge de Cab Calloway qui mène sans faiblir le tout oscillant entre riff, pompe et inserts solo, les cuivres qui pêchent là-bas, au fond, la section rythmique qui ne lâche jamais l’affaire – ce titre est un véritable fleuron du jazz version chanson française.
Formidable arrangement de Henri Leca.

Et ce rrr roulé guttural, so frenchy qui inonde toute la chanson en ces temps reculés, sur ce texte haletant, délicieux.

07- MICHEL POLNAREFF : « Oh Louis ».
Album : « Le Bal des Laze » | Barclay 1968.
Arrangements J.Pierre Dorsay.

Sans vergogne Michel pique direct le plan d’intro de My Baby Just Care.
Sur big band bien cuivré, avec un beat très boogie, voici de la chanson issue directement de la tradition comique troupier à la française.

Michel, le jazz c’est pas trop son truc, mais parfois il sait s’en servir pour ses plans pianistiques (« Love me please love me » où il bluese fortement et flirte avec les Platters).
En revanche quand il s’entoure des musicos issus de la sphère jazz fusion (ce qu’il fait depuis pas mal d’années), là ça dépote grave (écoutez sa version de « La Mouche » dans son dernier live Arena… comme directement sortie d’un album de smooth jazz de Jeff Lorber).
Mais comme c’est un sacré musicien, quand il y touche même rarement, il sait faire.

Pas de musiciens crédités, la maladie française de l’époque. Cela semble incroyable tout de même que constater cela au fil de ces plages, ce manque de respect et de reconnaissance, en France, apporté aux musiciens de sessions de studio, souvent englobés dans le staff d’un arrangeur, d’une maison de disque, d’un producteur ou d’un directeur artistique se réservant l’unique nom en gloriette (et droits d’auteur, arrangeur, éditeur, au choix et parfois cumulés).
Peut-on y voir là la nécessité de la création ultérieure de la Spedidam, qui « défend » les droits des interprètes de sessions, concerts, etc. ? … une probabilité à creuser.

Bon, ce Louis, secrétaire multitâche, c’est lui qui a piqué dans la caisse et « obligé » Michel à se barrer aux States ? ...

Bon, Michel dans ce registre c’est en tout cas suffisamment rare pour qu’on en profite en faisant un pas de côté.

08- YVES MONTAND : « La Chanson de Bilbao ».
Album : Rengaine ta rengaine » | Mercury 1961.
Ensemble Bob Castella.
Paroles Boris Vian.

Transposition française très cabaret jazz de cette chanson de Brecht/Weill, je l’avais toujours eue dans un coin de tête depuis l’enfance, car mon père (et parfois ma mère) écoutait beaucoup Yves Montand dont il admirait la carrière tant que l’engagement politique.
Et ce refrain avec ce Bilbao dont j’ignorais totalement l’emplacement géographique mais qui me semblait, sous couvert de ces paroles un lieu magique, comme un endroit légendaire, étrange et dont la musique semblait être tellement magique.
Là encore le côté dixieland mâtiné Bix Beiderbecke prend toute sa vérité.

En dirigeant un hommage à Kurt Weill, sorte de formidable medley écrit pour harmonie de concert et en passant par ces titres représentatifs du compositeur tels que l’obligatoire « Mack the Knife », le délicat « September Song », la facétieuse « Chanson de Jenny » et ce « Song for Bilbao » je me disais, au fil des répétitions, que je connaissais trop bien ce thème.
Que je le connaissais autrement qu’en l’ayant joué en jazz, très occasionnellement, ou qu’en l’ayant écouté dans quelques versions instrumentales dont celle de Gil Evans.
Puis la révélation en collant le texte m’est revenue … mais oui ! Yves Montand !
Et cette complicité scénique entre le pianiste et le chanteur qui va l’interpeler, vieux pote de toujours qui connait tous les thèmes, rompu au piano bar, le gars vers qui tu vas en lui disant « tu te rappelles ce truc ? » - tu lui fredonnes et en un instant ça lui revient et il entre lentement dedans, puis se le réapproprie pour enfin l’envoyer avec précision, surgissant de sa mémoire.
Du vécu ? … probable.
Et encore ce rrr, si désuet, si nostalgiquement « d’époque », si chargé de souvenirs…

Allez, encore un carton et je traverse la pièce en dansant, presque claquettes, en swinguant cabaret – rideaux rouge, plateau dans un noir complet, mise en scène si parfaite qui donne à chaque chanson une vie, une dimension et une réalité, qui la fait se concrétiser en l’espace d’un jeu d’acteur … à la Montand.
On voit le texte, on imagine ce bal de Bilbao, ce lieu, cette … « ambiance ».
Rare.

09- DANY BRILLANT : « Viens à Saint Germain ».
Album : « C’est ça qui est bon » / Warner 1991
Stepane Vera : batterie | Vincent Mamadjian : basse | Dany Brillant, Alain Pewzner : guitares | Rember Egües : piano | Philippe Draï : percussions |Malik Fettis : saxophone.

Premier album, pas de doute jazzy, le texte là encore, un tube « Suzette » et derrière ce tube tout plein de titres avec tout plein de références à ce bon vieux jazz, tendance Django, pas toujours manouche mais avec cette touche.
Inévitable là encore dans ces contextes jazzy qui faisaient mode en cette fin d’années 80, avec ce retour à des axes plus puristes, acoustiques comme électrique.
On a commencé à laisser Cubase et le Fairtlight pour les machines à tubes et ce revival acoustique et là, qui plus est jazz, a été une respiration, un moment de jouvence et comme en plus c’était sur le mode tube, pour les musiciens ça a été la respiration que tous on attendait.
Et cet album swingue de a jusqu’à z.
« Viens à Saint Germain », le pendant de « Pour faire une jam » d’Aznavour.
Fun, enlevé, chargé de bonne humeur et là encore sax obligato qui tourne autour du chant et pousse le tout.

10- YVES SIMON : « Manhattan ».
Album : « Respirer, Chanter / RCA 1974.
Yves Simon : chant et guitares | Claude Engel : guitares | Tony Bonfils : basse | André Ceccarelli : batterie | Jean Yves Lozac’h : pedal steel | Michel Dlaporte : percussions | Jean Michel Hervé : saxophone | Anne Vassiliu, Annick Rippe, Catherine Garet, Claude Chauvet, Claudine Meunier, Nicole Darde : chœurs.

Je réécoute ce titre et je sais pourquoi je suis passé de JJ Cale à Yves Simon ou inversement – en tout cas c’est lié.
Cette chanson installe une BD du Manhattan vision 1974.
Yves Simon y est-il allé ?
En tout cas, quand j’y suis allé j’ai eu à peu près la même sensation.
Lui la raconte, simplement et nous emmène pour cette courte mais réaliste visite.
Pas franchement à Manhattan, quoique, mais c’est devenu plus touristique, par contre dans les quartiers, les rues autour, là on y est.

Le jazz et ce balancier swing, très cool et laid back, font partie de cette vie urbaine, de ce diaporama au texte « décor », où chaque regard du chanteur expose la vie newyorkaise de l’époque et certainement encore d’aujourd’hui.
Une série, une BD, un film, un bouquin de préférence polar mais pas que, tout cela en une chanson et forcément en ados rêveurs on se transportait, là-bas… et le jazz prenait sa tournure autour de cette chanson.

11- DAVID KOVEN : « O Toubib ».
Album : « Eté Torride » | Warner 1998.
Michel Alibo : basse | Stephane Ianora :  batterie | Del Rabenja : claviers | David Koven, Del Rabenja, Marco Bellaiche : guitares | Jean Paul Bigourie, Tito Puentes : trompettes | Pierre Olivier Govin : sax | Thierry Durel : trombone | Alfredo Kotoufla, Marco Zeitoun, Rodolfo Pacheco : percussions.

On a trop vite oublié David Koven quelque part notre Al Jarreau so frenchy.
A la cool, funky et souvent tendance latino, je me souvenais bien que dans cet album y’avait un titre jazzy qui fonctionnait à merveille.
Super boulot du clavier (et producteur, arrangeur) Del Rabenja avec un gros solo d’orgue sorti d’un synthé mais qui fait une belle illusion.
J’adore le beat de guitare up à la « just a gigolo » dont la référence semble avoir titillé nos amis biberonnés à la Tamla, au jazz, à ce côté Calif’ sooo cool, décontract’.

Allez, on pousse le son, on décapote la bagnole, on met le bras sur la portière, on a les ray bans bien vissées sur le nez, la chemisette à fleurs et go, on s’enquille la french riviera.
Perso j’ai toujours adoré ce qu’a produit ce gars, la grosse classe.

12- VIKTOR LAZLO : « Solo (club désert) ».
Album : « Club Désert » | Polydor 1989.
Philippe Decock : piano | Michel Hatzigeorgiou : basse | Johnny Griffin : sax.

Jazzy et sexy, l’album qui pose le jazz sur l’horizon de l’érotisme soft, classieux et met toute une certaine sensualité en image.
Pochette à l’appui il sera difficile de se sortir cette image et fantasme de la tête.
On lit les lines de pochette et tous les musiciens sont indiqués – il s’agit bien d’un album où la musique est priorisée.
Invité spécial le grand Johnny Griffin, le cercle de connaissances est inscrit…
Et au fil de l’album Bernard Lavilliers qui prend sa guitare et chante choriste, Richard Galliano , Bashiri Johnson aux percus …

Là encore on jouait « pleurer des rivières », on en oubliait presque le « cry me a river » d’origine.
Carrière étiquetée jazzy en flash, quelques albums disséminés, une carrière très intéressante en parallèle.
Une artiste captivante … et à part.
Et là toute cette ambiance dont je me délecte (le sax de Griffin, pfff – le jeu piano-basse, du grand art).

13- MAURANE : « Tout pour un seul homme ».
Album : » Maurane » | Polydor 1989.
Vincent Mardens : sax | Kevin Mulligan : Composer, guitar, synths, programmation | Evert Verhees : bass, prod.

Maurane (Claudine Luypaerts), une voix et une carrière diffuse.
Le type de voix qui laisse une empreinte, une réalité, une vérité même.
Rare.
Mais malgré cela, une évolution difficile à définir et suivre m’a-t-il semblé.
Puis, en 2018, décès qui fait enquête et qui aboutira à l’annonce d’une hémorragie interne.
La chanteuse aurait fait une chute… dans sa baignoire.

Elle venait de réaliser le rêve d’un hommage à Jacques Brel.

Maurane c’est des participations, une voix toujours au service de …
Causes, duos, galas …
Cette image ferait oublier l’incroyable artiste qu’elle fut.
Je réitère le mot rare.
Sa voix c’est frisson assuré et ce, quoiqu’elle nous chante.

Ce titre surchargé de programmation à impact volontairement jazzy, bien marqué, démontre cette voix à la sensibilité exacerbée, au timbre très défini, à l’articulation et technique en complètes phase avec l’interprétation. Un côté jazzy bluesy interne sans effets pour faire comme.
Pas de tricherie, pas d’imagerie cette fois mais une vérité qui ne fait nul doute.
Et ça, encore une fois c’est tellement … rare.
et un sax soprano qui lui l’est bien … jazz sur ces accords qui eux aussi ne laissent aucune ambiguïté.

14- CLAUDE NOUGARO : « Harlem ».
Album « Nougayork » | WEA 1987.
Maurice Vander : piano | Pierre Michelot : basse | Francis Lassus : batterie.

1986 Nougaro est remercié par Barclay pour cause de ventes insuffisantes.
Il part à New York – il n’a qu’une adresse celle de la veuve de Charles Mingus.
Et c’est ce titre que je choisis ici où il décrit Harlem tel qu’il le poétise à sa façon habituelle sur la composition de Mingus : « Fables of Faubus ».

J’ai gardé l’inévitable Nougaro pour la fin.
J’ai très peu d’accroches avec cet artiste, une relation compliquée entre le jazz réellement et magistralement (en général) exécuté par ses acolytes et une verve textuelle en déliriums qui souvent me font grimacer.
Nougaro c’est un peu comme Johnny avec le rock – il en use, c’est sa passion indéniablement et ce qu’il en fait c’est … Nougaro.
Il y a en a qui aiment-adorent, il a ses fans, ceux qui ne jurent jazz que par lui et qui n’écoute pas d’autre jazz que lui (comme le rock pour Johnny, quoi).
Et puis ceux qui – comme moi, admettent la chose mais n’adhèrent pas à ce jazz-là.

Si l’on écoute attentivement ce « Harlem », on y rencontre un trio des plus fabuleux, toutes catégories confondues, mettant leur habileté dans un titre à la forme obligeant à de nombreux changements. Tout cela passe avec une souplesse formidable, un jeu jazz des plus incroyables, bref, du grand art.
Puis j’écoute le chant (pour une fois le texte, ça va… enfin ... Mingus, olibrius ... ouais ... peau lisse police ... hmmm ...).
Absolument aucun swing, aucune réalité d’interprétation et même de feeling jazz.
Certes le débit du texte, la mise en place du phrasé, tout cela mixé très au-dessus et omniprésent semblent coller à l’idée de jazz.
Mais en détaillant, cette omniprésence très virilisée, très soutenue, insiste sans réellement s’occuper du réalisme du chant jazz.
Nougaro aime et utilise le jazz.
Ses musiciens jouent réellement le jazz.
Mais je suis et ai toujours été chargé de suspicion face à cet artiste.

Cela n’engage que moi et quand j’ose, grand sacrilège, le dire, je passe soit pour un inculte, soit pour un mec qui n’a strictement rien compris.
Je n’ai pas compris grand-chose à Nougaro et quand je l’écoute ce n’est jamais lui que j’écoute (et surtout pas ses textes, ou si rarement), mais ses musiciens (comme ici où ils me scotchent sur mon tabouret de piano). Et puis je retourne à la version originale sur laquelle il a mis des paroles et là je retrouve le véritable sens du mot … jazz.

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La K7 est terminée.
Tiens en parlant K7, celles-ci étant virtuelles on l’a bien compris, je viens d’acquérir un petit walkman à K7 qui transfert les vieilles K7 sur carte SD (format mp3 – aussi je branche à la place du casque un cordon vers ma carte son et j’encode en wave) – j’avais gardé de nombreux enregistrement d’émissions, d’albums jamais ou rarement réédités, etc.
J’ai un long travail de transfert à effecteur, d’autant que là-dedans y’a aussi bon nombre d’enregistrements de groupes auxquels j’ai participé.
J’ai parlé de carton de souvenirs, là je suis en plein dans le sujet… et y’a du dossier comme ils disent.

Bonne visite jazz et jazzy frenchy.
Et comme toujours, venez, si ça vous tente, commenter, ça anime le truc.
Merci.















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