NOTRE INVITE ! … LE JAZZ ! … Face B
NOTRE INVITE ! … LE JAZZ ! … Face B
Allez, on va faire autoreverse et franchir le cap de la face B.
Y’aura des souvenirs, du kitch, du surprenant, du « pourquoi
pas ? » et du « ça alors ! ».
Des incontournables, des trucs où on se dira, mais oui, bien sûr c’était fait
sur « du jazz ».
Des titres franchement jazz ou jazzy.
Bon, si on n’avait pas installé ce terme générique et généraliste de variété, peut-être
bien que le jazz dans la chanson française aurait été plus, disons,
identitaire.
Carrément Nougaro quoi(que), franchement Sacha Distel sans oublier Henri,
Salvador bien entendu et Charles, Aznavour, il va de soi.
Face B.
01- BLUES TROTTOIR : « Un soir de pluie ».
Album : « Histoires Courtes » / Carrère 1989.
Jacques Davidovici : Claviers, arrangements et programmation | Olivier
Defays : saxophone ténor | Daniel Roux : guitares et basse | Marc
Chantreau : percussions.
Clémence Lhomme : vocaux.
Il en faut peu pour … faire un tube.
Clémence cherche un compositeur pour ses textes, elle va rencontrer Jacques et
ils décident d’utiliser une musique qui lui avait été refusée par une publicité
par une célèbre marque de café, Jacques Vabre.
Un texte en anglais pour un premier jet intitulé « Old New York Town »,
mais Jacques pense que sur cette musique jazzy des paroles en français seraient
plus porteuses.
Elle rectifie.
Clémence est amie avec Olivier Defays, fils du comédien Pierre Richard (y’a des
relations, là…).
Ainsi nait « Un soir de pluie », pur produit jazzy d’un groupe qui ne
durera pas au-delà d’un album.
« Histoires courtes » est enregistré avec des pointures.
Un disque qui s’écoute avec plaisir, un peu coupable.
Le casting y est pour beaucoup : Mick Lanaro, Nick Moroch, Barry Johnson,
Robbie Gonzales, Brenda White King et Curtis King, Jacques Bolognesi, Maurice
Vander, etc.
Le « jazz » sous plusieurs aspects (funky, groovy, smooth dit-on
maintenant, bossa) est sur la ligne d’horizon et ce titre jazzy a bluffé tout
le monde et, au passage, contribué lui aussi à remplir les classes de
saxophone, en déroute d’effectifs.
L’image du saxophone a bien rempli les clips des années 80 et forcément suscité
des assimilations artistiques.
Quand c’est sorti, si à l’apéro du bal du samedi soir ou pendant le repas, tu
ne jouais pas « un soir de pluie » tu étais susceptible de te faire lyncher,
ou de passer pour un incapable.
Mais de toute, la jolie fille éméchée venait obligatoirement te le demander, se
levant et se dirigeant vers le pianiste depuis sa table bruyante d’éclats de
rires et voix, se déhanchant sous le regard déjà bien alcoolisé des mecs
attablés ou accoudés, verre de Ricard en mains.
J’ai connu et bossé un temps avec une chanteuse qui n’avait jamais
« décroché » de ce titre, sorte d’ADN qui lui a fait croire (et elle
y croit certainement encore) qu’en chantant avec ferveur cette chanson elle
était réellement une chanteuse de jazz.
Bon, faudrait tout de même pas aller jusque-là tout de même.
D’abord Clémence est très loin de pouvoir le prétendre, mais en fait on s’en
fout, ce qui compte c’est le contexte du truc, cette façon d’utiliser le jazz
pour en faire encore une fois scénario, le mettre en scène, en texte, en
ambiance et, indéfectiblement, ça marche…
Et ça a marché, mais bon pour eux, ça n’a pas duré.
Pur produit médiatiquement sur-commercialisé, le groupe aurait pu, mais n’a pu.
Ils ont persisté quatre ans, environ… puis disparu aussi vite qu’ils sont
arrivés dans la lumière des projecteurs.
Olivier a certainement repris le chemin des jazz clubs, des cachetons et a dû
retourner dans l’appart payé par son père.
Jacques est reparti composer pour la tv, le ciné et il a réussi dans ce
domaine, sa parfaite maitrise des machines l’aidant forcément en plus de ses
véritables talents de compositeur.
Et Clémence partira faire carrière solo, glorifiée par le succès éphémère de ce
titre.
Si j’ai mis ce titre en ouverture, c’est parce qu’il est véritablement
représentatif de cette réappropriation de l’idée de jazz que l’axe commercial,
avec son côté bulldozer machine à billets, a pu engendrer de plus excessif.
Ici on a toute « l’imagerie » du jazz et tous les faux semblants qui
en découlent :
une fausse trompette bouchée, un sax lustré pour faire genre, ténor, pour
masculiniser le truc face à la chanteuse à la voix (et au texte) de gamine
petite bourgeoise boudeuse qui va préférer s’encanailler dans le club de jazz
du coin plutôt que dans la boite de nuit (étudiante à l’environnement
intellectuel oblige – et n’oublions pas cette mode des films tels, justement
l’étudiante) avec ses copines – puis le contexte bluesy pour rendre tout cela
un tantinet nostalgique et lui donner une teinte noctambule et nocturne.
Alors d’emblée on y croit, on se focalise « jazz » et on ne réalise
même pas, ou si peu, qu’en fait (probablement dû à la programmation cubase qui
à cette époque avait un mal fou à « rendre » véritablement les
subtilités rythmiques du jazz) de jazz on est juste dans de la bossa nova hyper
rigidifiée, métronomique et schématique.
Mais et au-delà de toute considération semblant négative de ma part, ça
fonctionne super bien car à cette époque ce pendant frenchy parallèle à Matt
Bianco ne pouvait que décrasser les ondes FM.
Que ce titre ait été comparé à « Joe le Taxi » de Vanessa ne me
surprend guère, mais Clémence n’est pas Vanessa et ce côté lolita vocal ingénue
même s’il aurait pu perdurer a ses limites de vérité. Et l’apparence n’est en
aucun cas vérité là où Vanessa a toujours été crédible.
Donc nous avons ouvert cette face B par un sujet de débat, un titre
jazzistiquement artificiel, pur produit commercial et qui, comme certaines
marques est sorti des rayons pour ne laisser qu’un souvenir, pas vraiment vague,
car ça a tout de même cartonné.
Presque une étude musico-sociologique que ça…
Et je repense à cette chanteuse qui se reconnaissant dans ce soir de pluie
comme véritable chanteuse de jazz enquillait des fly me to zzze moune et
seumèretaïme à l’accent même pas sexy frenchy, mais là encore, pour la seule
idée véhiculée par cette mouvance, de style et de « genre ».
Mais… une belle robe (et le reste) avec des paillettes, ça fait toujours
illusion et ça fait bosser les zicos.
Un titre et tu soulèves un carton de souvenirs…
02- THOMAS DUTRONC : « C’est si bon ».
Album « Frenchy » / Blue Note records 2020.
feat Diana Krall & Iggy Pop.
Eric Legnini : piano, rhodes | Denis Bennaroch : drums | Thomas
Bramerie : contrebasse | Rocky Gresset : guitar | Thomas
Dutronc : vocals, guitars.
Le saucisson du jazz frenchy, comme le titre de l’album.
Le fils Dutronc a l’ADN jazz en lui, ça on peut pas le lui ôter ou le lui
reprocher et puis, quand il sort des albums comme ce « Frenchy », qui
est jazz et absolument pas jazzy, on va pas bouder, tout de même que cet esprit
revival.
Ouf, pour ma part il a laissé le manouche de côté, ou presque et perso, ça m’a
fait éviter de me lasser de ces traits guitaristiques digitaux inutilement
véloces, de ces pompes stressantes, etc.
Et là le solo de guitare laisse pantois… c’est Sacha qui aurait aimé être de la
partie.
Certes le fils Dutronc, Thomas de son prénom a les moyens et des connaissances
qu’il peut d’un coup de téléphone portable, très certainement rameuter rien que
quand il en a l’idée.
Pour s’inviter à la fois Iggy qui réalise peut être là son rêve de jeunesse de
crooner à la Frankie et mettre au milieu de cette coolitude qui serait comme du
JJ Cale vraiment jazz, la diva vocale Diana Krall, faut avoir un réseau de
stars.
Que ça n’rende pas jaloux, voyez-vous, pas du tout … bien au contraire que ça
fasse rêvasser et surtout écouter cet album dans son intégrale avec des bonus
(la mode du truc collector), c’est bien là ce qu’il y a de mieux à faire et
comme l’été se pointe à grands coups de soleil, cette BO piscine pourra
certainement remplir sa fonction de décontraction absolue.
03- FRANCE GALL : « le cœur qui jazze ».
Album : « France Gall (poupée de cire, poupée de son » |
Phillips 1965.
composé par Alain Goraguer et Robert Gall.
Alain Goraguer et son orchestre.
Ça c’est la surprise de cette face…
France Gall chante … le jazz et purée c’est envoyé tel quel.
L’orchestre de Goraguer est arrangé jam session, tempo dédoublé bop rapport à
la mélodie, riffs de cuivre big band pur jus et des solistes à tomber sur le c…
La preuve réelle qu’à cette époque le jazz faisait véritablement partie du
paysage musical de la chanson française et que nombre de « yéyés »
attirés par le rock’n’roll s’y sont laissé prendre.
La curiosité qu’il faut accepter tout en ne lâchant pas le background
absolument décoiffant, c’est la voix si connue de la France Gall encore ingénue
qui sera la représentation Eurovision, cette voix acidulée, juvénile et gamine
qui est restée dans nos mémoires.
1965, le jazz est fun, il est installé dans la vie d’une jeunesse parisienne et
désinvolte qui chante, danse, s’amuse, sort en boites et s’habille mini et
coloré.
France Gall, on l’a oublié, a participé, au-delà de ses premiers tubes entre
poupée et sucettes, à cette mode et mouvance tant comportementale que musicale.
Sacré flashback.
04- HENRI SALVADOR : « Jazz Méditerranée ».
Album : « Chambre avec vue » | Parlophone 2002.
Bernard Arcadio : piano, arrangements | Laurent Vernerey : basse |
Regis Ceccarelli : drums | Denis Leloup : trombone | Dominique
Cravic : guitare | Michelino Silvano : percussions | Maghyard
Budapest Orchestra.
Composition : Benjamin Biolay.
Parler de jazz en chanson française et oublier le grand Henri Salvador serait
un crime punissable de procès d’intention non culturelle …
M… en disant cela j’ai failli oublier Nougaro, mais rassurons-nous ce sera
fait, mais je pose Henri, Sacha et quelques autres sur un degré supérieur, tout
simplement parce qu’eux créent leur propres chansons ou font appel, comme ici à
de talentueux compositeurs pour ce faire.
En place de reprendre un thème de jazz et d’y affabuler son délire personnel en
textes à supposition poétique.
Henri a sorti là un album qui termine sa carrière en toute beauté.
Dire que c’est crooner est peu, ici tout est tranquille, paisible, aérien et
aéré, limpide et chaque touche musicale est subtile.
Il est entouré des meilleurs, certains sudistes qui ne peuvent qu’adhérer à cet
hommage méditerranéen qui invite à la flânerie sur croisette, sur promenade où
les anglais ne sont plus vraiment rois.
Le bruit des vagues est balayé par la batterie de Régis, la promenade est
tracée par Laurent et Bernard a enrobé tout cela d’un soleil certainement
couchant qui teinte au loin l’horizon.
Paroles nostalgique, solo de trombone de Denis Leloup, un grand, un pilier de
l’instrument.
Les cordes en tapis étalent l’immensité d’une mer aux mil reflets.
Pff, que ça fait du bien…
05- SACHA DISTEL : « On dit, on dit, on dit ».
45 T - Phillips 1961.
Orchestre de Claude Bolling.
Il y a tant de titres jazz chez Sacha.
Je l’ai rencontré Sacha, j’ai même joué un peu avec lui, si peu et trop peu.
Mais je me garde ça précieusement en souvenirs de vie.
Sacha Distel, guitariste phénoménal, chanteur crooner charmeur, une voix de
velours, un physique de favori de belle-mère, un sourire enchanteur et un
esprit purement jazz qu’on a fini par zapper avec quelques tubes qui l’ont fait
devenir star.
La belle et grande époque Barclay-Saint Tropez, clubs Saint Germain, Sacha est
un emblème de tout cela.
Là le voici avec un titre qui le représente très certainement, qui use du style
dixieland que j’adore et que Bolling a dans les doigts avec une aisance qui
laisse admiratif.
L’orchestre est arrangé tip-top dans le genre.
Il swingue en diable et cette humeur excessivement bonne, joviale et festive me
rappelle tant, et tant, de souvenirs de cette musique, que j’ai joué, et qui
m’a apporté tant et tant de joie et d’amitiés.
Comme je le disais, un titre, une voix et un carton de souvenirs et ceux-là
sont au-dessus la pile côté meilleurs.
06- CHARLES AZNAVOUR : « Le Feutre Taupé ».
Album 78 tours, Pierre Roche / Charles Aznavour | Polydor 1948.
Henri Leca Quintette (probablement Henri Leca : piano, Emmanuel
Soudieux : contrebasse, Pierre Lemarchand : batterie, Henri
Crolla : guitare + section cuivre)
Toujours revenir à l’original et là c’est un pur régal que de retrouver cette
toute première version de cette chanson qui fait encore le bonheur de nombre
d’artistes jazz français en mal de swing avec, bonus, un texte qui positionne
le jazz, le dandisme, le mode de vie lié au jazz avec un zazou dégingandé, une
rencontre improbable, amour original et codes sociaux qui volent en éclat.
On retrouvera ça sur les champs Elysées, bien plus tard et ça fera tube, pour
un ménage de cinglés.
La guitare entêtante de ce transfuge de Cab Calloway qui mène sans faiblir le
tout oscillant entre riff, pompe et inserts solo, les cuivres qui pêchent
là-bas, au fond, la section rythmique qui ne lâche jamais l’affaire – ce titre
est un véritable fleuron du jazz version chanson française.
Formidable arrangement de Henri Leca.
Et ce rrr roulé guttural, so frenchy qui inonde toute la chanson en ces temps
reculés, sur ce texte haletant, délicieux.
07- MICHEL POLNAREFF : « Oh Louis ».
Album : « Le Bal des Laze » | Barclay 1968.
Arrangements J.Pierre Dorsay.
Sans vergogne Michel pique direct le plan d’intro de My Baby Just Care.
Sur big band bien cuivré, avec un beat très boogie, voici de la chanson issue
directement de la tradition comique troupier à la française.
Michel, le jazz c’est pas trop son truc, mais parfois il sait s’en servir pour
ses plans pianistiques (« Love me please love me » où il bluese
fortement et flirte avec les Platters).
En revanche quand il s’entoure des musicos issus de la sphère jazz fusion (ce
qu’il fait depuis pas mal d’années), là ça dépote grave (écoutez sa version de
« La Mouche » dans son dernier live Arena… comme directement sortie
d’un album de smooth jazz de Jeff Lorber).
Mais comme c’est un sacré musicien, quand il y touche même rarement, il sait
faire.
Pas de musiciens crédités, la maladie française de l’époque. Cela semble
incroyable tout de même que constater cela au fil de ces plages, ce manque de
respect et de reconnaissance, en France, apporté aux musiciens de sessions de
studio, souvent englobés dans le staff d’un arrangeur, d’une maison de disque,
d’un producteur ou d’un directeur artistique se réservant l’unique nom en
gloriette (et droits d’auteur, arrangeur, éditeur, au choix et parfois
cumulés).
Peut-on y voir là la nécessité de la création ultérieure de la Spedidam, qui
« défend » les droits des interprètes de sessions, concerts,
etc. ? … une probabilité à creuser.
Bon, ce Louis, secrétaire multitâche, c’est lui qui a piqué dans la caisse et
« obligé » Michel à se barrer aux States ? ...
Bon, Michel dans ce registre c’est en tout cas suffisamment rare pour qu’on en
profite en faisant un pas de côté.
08- YVES MONTAND : « La Chanson de Bilbao ».
Album : Rengaine ta rengaine » | Mercury 1961.
Ensemble Bob Castella.
Paroles Boris Vian.
Transposition française très cabaret jazz de cette chanson de Brecht/Weill, je
l’avais toujours eue dans un coin de tête depuis l’enfance, car mon père (et
parfois ma mère) écoutait beaucoup Yves Montand dont il admirait la carrière
tant que l’engagement politique.
Et ce refrain avec ce Bilbao dont j’ignorais totalement l’emplacement
géographique mais qui me semblait, sous couvert de ces paroles un lieu magique,
comme un endroit légendaire, étrange et dont la musique semblait être tellement
magique.
Là encore le côté dixieland mâtiné Bix Beiderbecke prend toute sa vérité.
En dirigeant un hommage à Kurt Weill, sorte de formidable medley écrit pour
harmonie de concert et en passant par ces titres représentatifs du compositeur
tels que l’obligatoire « Mack the Knife », le délicat
« September Song », la facétieuse « Chanson de Jenny » et
ce « Song for Bilbao » je me disais, au fil des répétitions, que je
connaissais trop bien ce thème.
Que je le connaissais autrement qu’en l’ayant joué en jazz, très
occasionnellement, ou qu’en l’ayant écouté dans quelques versions
instrumentales dont celle de Gil Evans.
Puis la révélation en collant le texte m’est revenue … mais oui ! Yves
Montand !
Et cette complicité scénique entre le pianiste et le chanteur qui va
l’interpeler, vieux pote de toujours qui connait tous les thèmes, rompu au
piano bar, le gars vers qui tu vas en lui disant « tu te rappelles ce
truc ? » - tu lui fredonnes et en un instant ça lui revient et il
entre lentement dedans, puis se le réapproprie pour enfin l’envoyer avec
précision, surgissant de sa mémoire.
Du vécu ? … probable.
Et encore ce rrr, si désuet, si nostalgiquement « d’époque », si
chargé de souvenirs…
Allez, encore un carton et je traverse la pièce en dansant, presque claquettes,
en swinguant cabaret – rideaux rouge, plateau dans un noir complet, mise en
scène si parfaite qui donne à chaque chanson une vie, une dimension et une
réalité, qui la fait se concrétiser en l’espace d’un jeu d’acteur … à la
Montand.
On voit le texte, on imagine ce bal de Bilbao, ce lieu, cette …
« ambiance ».
Rare.
09- DANY BRILLANT : « Viens à Saint Germain ».
Album : « C’est ça qui est bon » / Warner 1991
Stepane Vera : batterie | Vincent Mamadjian : basse | Dany Brillant,
Alain Pewzner : guitares | Rember Egües : piano | Philippe
Draï : percussions |Malik Fettis : saxophone.
Premier album, pas de doute jazzy, le texte là encore, un tube
« Suzette » et derrière ce tube tout plein de titres avec tout plein
de références à ce bon vieux jazz, tendance Django, pas toujours manouche mais
avec cette touche.
Inévitable là encore dans ces contextes jazzy qui faisaient mode en cette fin
d’années 80, avec ce retour à des axes plus puristes, acoustiques comme
électrique.
On a commencé à laisser Cubase et le Fairtlight pour les machines à tubes et ce
revival acoustique et là, qui plus est jazz, a été une respiration, un moment
de jouvence et comme en plus c’était sur le mode tube, pour les musiciens ça a
été la respiration que tous on attendait.
Et cet album swingue de a jusqu’à z.
« Viens à Saint Germain », le pendant de « Pour faire une
jam » d’Aznavour.
Fun, enlevé, chargé de bonne humeur et là encore sax obligato qui tourne autour
du chant et pousse le tout.
10- YVES SIMON : « Manhattan ».
Album : « Respirer, Chanter / RCA 1974.
Yves Simon : chant et guitares | Claude Engel : guitares | Tony
Bonfils : basse | André Ceccarelli : batterie | Jean Yves
Lozac’h : pedal steel | Michel Dlaporte : percussions | Jean Michel
Hervé : saxophone | Anne Vassiliu, Annick Rippe, Catherine Garet, Claude
Chauvet, Claudine Meunier, Nicole Darde : chœurs.
Je réécoute ce titre et je sais pourquoi je suis passé de JJ Cale à Yves Simon
ou inversement – en tout cas c’est lié.
Cette chanson installe une BD du Manhattan vision 1974.
Yves Simon y est-il allé ?
En tout cas, quand j’y suis allé j’ai eu à peu près la même sensation.
Lui la raconte, simplement et nous emmène pour cette courte mais réaliste
visite.
Pas franchement à Manhattan, quoique, mais c’est devenu plus touristique, par
contre dans les quartiers, les rues autour, là on y est.
Le jazz et ce balancier swing, très cool et laid back, font partie de cette vie
urbaine, de ce diaporama au texte « décor », où chaque regard du
chanteur expose la vie newyorkaise de l’époque et certainement encore
d’aujourd’hui.
Une série, une BD, un film, un bouquin de préférence polar mais pas que, tout
cela en une chanson et forcément en ados rêveurs on se transportait, là-bas… et
le jazz prenait sa tournure autour de cette chanson.
11- DAVID KOVEN : « O Toubib ».
Album : « Eté Torride » | Warner 1998.
Michel Alibo : basse | Stephane Ianora : batterie | Del Rabenja : claviers |
David Koven, Del Rabenja, Marco Bellaiche : guitares | Jean Paul Bigourie,
Tito Puentes : trompettes | Pierre Olivier Govin : sax | Thierry
Durel : trombone | Alfredo Kotoufla, Marco Zeitoun, Rodolfo Pacheco :
percussions.
On a trop vite oublié David Koven quelque part notre Al Jarreau so frenchy.
A la cool, funky et souvent tendance latino, je me souvenais bien que dans cet
album y’avait un titre jazzy qui fonctionnait à merveille.
Super boulot du clavier (et producteur, arrangeur) Del Rabenja avec un gros
solo d’orgue sorti d’un synthé mais qui fait une belle illusion.
J’adore le beat de guitare up à la « just a gigolo » dont la
référence semble avoir titillé nos amis biberonnés à la Tamla, au jazz, à ce
côté Calif’ sooo cool, décontract’.
Allez, on pousse le son, on décapote la bagnole, on met le bras sur la
portière, on a les ray bans bien vissées sur le nez, la chemisette à fleurs et
go, on s’enquille la french riviera.
Perso j’ai toujours adoré ce qu’a produit ce gars, la grosse classe.
12- VIKTOR LAZLO : « Solo (club désert) ».
Album : « Club Désert » | Polydor 1989.
Philippe Decock : piano | Michel Hatzigeorgiou : basse | Johnny
Griffin : sax.
Jazzy et sexy, l’album qui pose le jazz sur l’horizon de l’érotisme soft,
classieux et met toute une certaine sensualité en image.
Pochette à l’appui il sera difficile de se sortir cette image et fantasme de la
tête.
On lit les lines de pochette et tous les musiciens sont indiqués – il s’agit
bien d’un album où la musique est priorisée.
Invité spécial le grand Johnny Griffin, le cercle de connaissances est inscrit…
Et au fil de l’album Bernard Lavilliers qui prend sa guitare et chante
choriste, Richard Galliano , Bashiri Johnson aux percus …
Là encore on jouait « pleurer des rivières », on en oubliait presque
le « cry me a river » d’origine.
Carrière étiquetée jazzy en flash, quelques albums disséminés, une carrière
très intéressante en parallèle.
Une artiste captivante … et à part.
Et là toute cette ambiance dont je me délecte (le sax de Griffin, pfff – le jeu
piano-basse, du grand art).
13- MAURANE : « Tout pour un seul homme ».
Album : » Maurane » | Polydor 1989.
Vincent Mardens : sax | Kevin Mulligan : Composer, guitar, synths,
programmation | Evert Verhees : bass, prod.
Maurane (Claudine Luypaerts), une voix et une carrière
diffuse.
Le type de voix qui laisse une empreinte, une réalité, une vérité même.
Rare.
Mais malgré cela, une évolution difficile à définir et suivre m’a-t-il semblé.
Puis, en 2018, décès qui fait enquête et qui aboutira à l’annonce d’une
hémorragie interne.
La chanteuse aurait fait une chute… dans sa baignoire.
Elle venait de réaliser le rêve d’un hommage à Jacques Brel.
Maurane c’est des participations, une voix toujours au service de …
Causes, duos, galas …
Cette image ferait oublier l’incroyable artiste qu’elle fut.
Je réitère le mot rare.
Sa voix c’est frisson assuré et ce, quoiqu’elle nous chante.
Ce titre surchargé de programmation à impact volontairement jazzy, bien marqué,
démontre cette voix à la sensibilité exacerbée, au timbre très défini, à
l’articulation et technique en complètes phase avec l’interprétation. Un côté
jazzy bluesy interne sans effets pour faire comme.
Pas de tricherie, pas d’imagerie cette fois mais une vérité qui ne fait nul
doute.
Et ça, encore une fois c’est tellement … rare.
et un sax soprano qui lui l’est bien … jazz sur ces accords qui eux aussi ne
laissent aucune ambiguïté.
14- CLAUDE NOUGARO : « Harlem ».
Album « Nougayork » | WEA 1987.
Maurice Vander : piano | Pierre Michelot : basse | Francis
Lassus : batterie.
1986 Nougaro est remercié par Barclay pour cause de ventes insuffisantes.
Il part à New York – il n’a qu’une adresse celle de la veuve de Charles Mingus.
Et c’est ce titre que je choisis ici où il décrit Harlem tel qu’il le poétise à
sa façon habituelle sur la composition de Mingus : « Fables of
Faubus ».
J’ai gardé l’inévitable Nougaro pour la fin.
J’ai très peu d’accroches avec cet artiste, une relation compliquée entre le
jazz réellement et magistralement (en général) exécuté par ses acolytes et une
verve textuelle en déliriums qui souvent me font grimacer.
Nougaro c’est un peu comme Johnny avec le rock – il en use, c’est sa passion
indéniablement et ce qu’il en fait c’est … Nougaro.
Il y a en a qui aiment-adorent, il a ses fans, ceux qui ne jurent jazz que par
lui et qui n’écoute pas d’autre jazz que lui (comme le rock pour Johnny, quoi).
Et puis ceux qui – comme moi, admettent la chose mais n’adhèrent pas à ce
jazz-là.
Si l’on écoute attentivement ce « Harlem », on y rencontre un trio des
plus fabuleux, toutes catégories confondues, mettant leur habileté dans un
titre à la forme obligeant à de nombreux changements. Tout cela passe avec une
souplesse formidable, un jeu jazz des plus incroyables, bref, du grand art.
Puis j’écoute le chant (pour une fois le texte, ça va… enfin ... Mingus, olibrius ... ouais ... peau lisse police ... hmmm ...).
Absolument aucun swing, aucune réalité d’interprétation et même de feeling
jazz.
Certes le débit du texte, la mise en place du phrasé, tout cela mixé très
au-dessus et omniprésent semblent coller à l’idée de jazz.
Mais en détaillant, cette omniprésence très virilisée, très soutenue, insiste
sans réellement s’occuper du réalisme du chant jazz.
Nougaro aime et utilise le jazz.
Ses musiciens jouent réellement le jazz.
Mais je suis et ai toujours été chargé de suspicion face à cet artiste.
Cela n’engage que moi et quand j’ose, grand sacrilège, le dire, je passe soit
pour un inculte, soit pour un mec qui n’a strictement rien compris.
Je n’ai pas compris grand-chose à Nougaro et quand je l’écoute ce n’est jamais
lui que j’écoute (et surtout pas ses textes, ou si rarement), mais ses
musiciens (comme ici où ils me scotchent sur mon tabouret de piano). Et puis je
retourne à la version originale sur laquelle il a mis des paroles et là je
retrouve le véritable sens du mot … jazz.
---
La K7 est terminée.
Tiens en parlant K7, celles-ci étant virtuelles on l’a bien compris, je viens d’acquérir
un petit walkman à K7 qui transfert les vieilles K7 sur carte SD (format mp3 –
aussi je branche à la place du casque un cordon vers ma carte son et j’encode
en wave) – j’avais gardé de nombreux enregistrement d’émissions, d’albums
jamais ou rarement réédités, etc.
J’ai un long travail de transfert à effecteur, d’autant que là-dedans y’a aussi
bon nombre d’enregistrements de groupes auxquels j’ai participé.
J’ai parlé de carton de souvenirs, là je suis en plein dans le sujet… et y’a du
dossier comme ils disent.
Bonne visite jazz et jazzy frenchy.
Et comme toujours, venez, si ça vous tente, commenter, ça anime le truc.
Merci.
Commentaires
Enregistrer un commentaire