CLASSIQUE ?... 01. Michel Berger, William Sheller, Joe Jackson.

CLASSIQUE ?... 01.
Michel Berger, William Sheller, Joe Jackson.


Ils ont fait des études musicales poussées … et ont gagné leurs vies avec des chansons.
Ils y ont mis tout leur savoir-faire, le fruit de leurs longues études, parsemées de diplômes, de travail fastidieux, de concours et examens, de prix même.
Depuis l’enfance, emplissant l’adolescence, remplissant l’intégralité de l’espace de leurs vies.
Puis…
La célébrité s’est emparée d’eux et sous leurs doigts (en général ils sont pianistes) et dans leurs esprits, les grands orchestres, l’envie de créer, enfin, une œuvre les a démangés.
Alors, ils ont écrit, osé, dépassé leurs images populaires respectives.
Et ils ont tenté l’entrée dans le monde dit « savant ».

Ont-ils réussi à se faire une « légitimité » avec ces projets ?
Tous en ont douté et doutent encore, certaines de ces œuvres, sont, soit oubliées, soit curiosités, soit considérées comme une aparté, un truc issu d’un délire personnel, d’une forme aiguë de mégalomanie.
Mais ici, je vais tenter de vous démontrer le contraire, vu par la lorgnette musicale et non par la critique de celles et ceux qui œuvrent dans le domaine de prédilection dans lequel ces artistes évoluent habituellement, qu’il soit rock, pop, jazz et variété.
Chacun a droit à son coin de rêve et s’il le réalise, je l’accepte vraiment comme tel et le considère tel.
Et avec lui, sa musique.

Pour ce premier chapitre, cela se fera en trois albums.
Deux sont issus des visions créatrices de compositeurs français bien connus, le troisième d’un compositeur anglais, lui aussi haut de podium.

---

MICHEL BERGER : « Puzzle » | Parlophone 1971.
Michel Berger : compositeur, producteur | Michel Bernholc : piano, arrangeur | Claude Engel : guitars | Pierre Alain Dahan : batterie | Tony Rubio : bass | Ensemble Philharmonique de Paris, direction : Paul Capolongo | Christian Bellest : arrangeur.

Oui, Michel Berger, ce faiseur de tubes quasiment inégalé, à la française, génie mélodique, créateur de la comédie musicale la plus célèbre en hexagone, dans laquelle Bowie croise un monde à la K Dick, futuriste, SF, trans tous genres …
Oui, Michel Berger a composé un concerto, pour piano.

Sorti sous le titre « Puzzle », en 1971 - il n’a alors que 24 ans - cet album n’a rencontré strictement aucun succès.
Il est passé immédiatement dans l’ombre et rares sont celles et ceux qui en connaissent la moindre existence. Et ceux qui le possèdent l’ont rangé précieusement, jalousement, avec fétichisme.

Son idée : composer un concerto pour piano, formation pop et orchestre symphonique.
Il a déjà une carrière, ce jeune homme précoce … cela fait même cinq années qu’il n’a rien sorti et avec cet album il compte bien se (re)présenter autrement au grand public.
L’idée est effectivement excellente, d’autant qu’il y a dans cette œuvre nombre de ses usages de compositeur et même de directeur artistique qui sont instantanément de sa pâte, mais voilà, l’ambition n’est pas franchement rétribuable dans un monde de variétés mené par des Lux, Carpentier et Drucker – qui s’accordèrent certainement à estimer que cet « écart » ait pu être, mais qu’heureusement il soit revenu aux choses « sérieuses », du moins pour un sérieux financier et populaire.
Une erreur de jeunesse, un pas de côté, un délire d’enfant prodige …
 ??? …

Alors cet album est passé sous silence, sorte de truc collector jamais réédité, oublié, planqué chez certains comme un objet culte, ou un objet du hasard, parce que le nom…
Enfin il réapparait hors compils où de maigres extraits en bonus devaient juste être jetés là, en pâture aux fans.
Il réapparait dans son entier, réel … là.
Il aura fallu trente années après le décès de l’artiste pour qu’un jour on pense à cet album…
Et avec lui toute sa dimension créative et inventive.

Le concerto est en trois mouvements. Le troisième est redécoupé en deux parties.
La forme habituelle du concerto est respectée et le blues qui coule sous les doigts de ce jeune homme maestro, ainsi que ses tournures rythmiques caractéristiques faites de bondissements pianistiques ne sont pas oubliés.
Parfois même l’image de ELP et de Nice surgissent, insistant sur le côté finalement progressiste de la composition.
Le rôle pianistique écrit savamment et avec complexité s’équilibre – même s’il reste leader – avec l’écriture très précise du groupe qui circule entre l’orchestre symphonique et le piano.

Ce concerto est doté d’une écriture ambitieuse et riche.
Il est « modernement pop ».
Il est représentatif de tout ce que la musique écrite a toujours fait, au fil des siècles, rendre « savant » le populaire, le récupérer pour codifier la musique de son temps.

Du temps de Bach il y avait des suites de danses avec gigues et bourrées, allemandes et rigaudons, Mozart a voulu avec les noces et la flûte s’adresser au peuple, le considérer et le respecter et ses arias étaient déjà des tubes que l’on chantait dans les milieux populaires.
Dans les symphonies de Mahler, sortes de gigantesques fresques, sortes d’univers où la pure pensée musicale s’inspire de tout ce qu’elle peut et trouve, les mélodies traditionnelles s’invitent – et il ne faut pas oublier Bartok, Kodaly et tant et tant d’autres.
Beethoven, Schubert, Poulenc, Ravel …
Chacune et chacun à son époque s’est inspiré et a transcrit en écriture dite savante, la musique traditionnelle, séculaire, « pop » et actuelle de son temps.

Pour Michel Berger en 1971 c’est le rock, la pop, le funk de Stevie et les expérimentations tant de Ziggy-Bowie que de Magma-ELP qui sont là et on les retrouve tout naturellement dans une œuvre concertante à caractère « savant ».

Le premier mouvement place les éléments sur l’échiquier et ouvre le champ d’écoute.
Les instruments sont agencés avec une définition des rôles que l’on va retrouver au long des mouvements.
Groupe, piano, orchestre concertent réellement.
Le second mouvement opère de façon quasi identique mais respecte le tempo plus balade où le talent mélodique de Michel Berger est évidence. De nombreux breaks, ruptures, contrastes et jets orchestraux émaillent ce mouvement aux changements d’ambiance, de tempo et de direction multiples.
La guitare de Claude Engel y joue un rôle prépondérant.
Le troisième mouvement groove – un axe qui s’était légèrement immiscé jusqu’alors et ce groove auquel des réponses orchestrales bluesy agissent en réponses tutti (avec un choral comme sorti de BS&T) va contraster avec une écriture classique qui va progressivement s’installer.
Le groupe qui joue là est tout simplement (je rappelle qu’on est en 1971) incroyable de tenue, de feeling, de texture et de pertinence rapport au sujet engagé – la fin de la première partie du troisième mouvement l’atteste.
Puis ce sera la cadenza pianistique, une sorte de bergermania où tout ce qu’on connait de lui se découvre déjà là, dans les doigts véloces de Michel Bernholc, coacteur de ce projet.
Engel va aussi prendre la puissante parole, très rock et offrir lui aussi, sa cadenza hendrixienne.
Là, on réalisera avec un solo violonistique comme sorti du bayou, l’immense culture musicale tant actuelle que classique de l’artiste et sa façon géniale à cet âge incroyablement jeune, de mettre toutes ses-ces influences, toute cette musique qu’il possède, en partition.

Suivent deux pièces pianistiques qui sont les racines de ce concerto, sorte de condensé minimal du grand ouvrage.

Quand je pense aux premières symphonies, œuvres concertantes et même de chambre de nos compositeurs classiques les plus renommés, ces œuvres dites, « de jeunesse », je me dis que là, nous sommes en plein dans cette émergence créatrice, dans cette vision de ce que sera très vite le futur grand compositeur.
Michel Berger a rêvé et ambitionné cette voie.
Il en avait à la fois le talent, l’imagination (mettre ensemble une écriture classique, pop-rock et chanson dans le même package, fallait en avoir l’idée et la capacité) et les compétences.

Sa vie, sa muse et sa carrière l’ont emmené ailleurs, peu s’en plaindront.
En un éclair il a marqué de façon indélébile la chanson française.
Mais si on le connait un tant soit peu, on saura, en écoutant cet album, y retrouver nombre de symboliques musicales et usuelles du Michel Berger pop et populaire qu’on aime.
Et peut-être là, enfin, ce concerto pourrait bien reprendre sa place méritée, comme le sont certaines œuvres posthumes.

---

WILLIAM SHELLER / Orchestre OSTINATO : « Musique symphonique et concertante » | Universal 2006.
Orchestre Ostinato, direction : Jean Luc Tingaud.
William Sheller : compositeur, orchestrateur.

William Sheller n’a jamais camouflé, ou tenté de le faire, son inclinaison passionnelle pour la musique classique qu’il a sérieusement étudié et … les Beatles.
L’écriture de Sheller c’est une texture souvent très classique, à la frange du romantisme – Haydn serait une bonne approximation, CPE Bach aussi, mais la logique wagnérienne arrive à parfois s’immiscer ainsi que des effets orchestraux plutôt beethoveniens.
Et parfois Stravinsky, Ravel et même Weill peuvent être ses invités, qu’il reçoit avec courtoisie.

Comme souvent et malheureusement chez lui, la justesse des orchestres, là où l’écriture est stimulante, incisive et précise, n’est pas spécialement à l’ordre des sessions.
Cela donne un aspect certes empreint d’une désuétude nostalgique qu’il aime, cela patine sa musique mais cela soumet à mon oreille pourtant tolérante envers une relative justesse, des écarts d’attention rapport au sujet musical proposé.

Aparté.
J’ai tenté de lire et relire dans son entier son autobiographie, « William », je n’ai pu, malgré toute l’envie, le respect et l’attention que j’y portais, arriver au bout. Gagné par un ennui irrépressible dont seuls les mots et tournures pouvaient fixer ma concentration, j’ai vite laissé tomber le chemin de sa vie au demeurant captivante jusqu’à ses débuts, puis s’étiolant vers le désintérêt dès les succès arrivant.
Bizarre…
Fort heureusement cette expérience « littéraire » n’a en rien affecté mon intérêt de toujours pour sa musique et la teneur hautement qualitative de celle-ci.

Ses chansons possèdent un pouvoir tant musical que littéral que j’admire.
Ce choix des mots inusités, ce choix des images, du nostalgique, des situations et de leur expression par la chanson – ce type est tout de même génial.
On usurpe à foison le mot de star, celui de génie ne devrait pas tarder (et ça a commencé) à l’être, mais ce gars-là entre de plein pied dans cette catégorie.

Le Sheller orchestrateur passant directement à l’œuvre symphonique, qu’il n’a eu de cesse en arrangements d’insérer en mode ample ou chambriste, ne surprendra donc pas, à l’inverse d’un Michel Berger précédemment écouté.
Nous voici dans un univers de cordes soyeuses, de bois langoureux et de cuivres pétaradants sur effets percussifs embarquant le gigantisme vers des cieux en souci d’universalité.
Sheller n’est en rien « moderne », son écriture généralement tonale, parfois modale n’ira pas vers la dissonance.

« Sully » est la première œuvre qui ouvre l’album.
Trois mouvements comme il se doit presque, avec une forme respectueuse des usages.
La légèreté apparait d’entrée avec un placement des pupitres – dont de merveilleux cors – qui attestent du savoir-faire d’orchestrateur de William Sheller.
La lecture auditive de l’œuvre se fait avec une limpidité qui ravit de classicisme.
Comme dans toute œuvre symphonique on aime à s’attarder émotionnellement sur le second mouvement, ici empreint de mystère, et de contrastes en jeu de registres comme sortis de Brahms. L’écriture n’évite pas la pompe et le solennel.
Puis vient ce troisième mouvement, très marqué, très chanté – comme une chanson d’ailleurs – à l’écriture d’exécution tenace et incisive explorant les registres et tessitures de l’orchestre.
Des traits qui s’installent dans ce parcours mélodique attirant, des traits bien souvent, aux cordes, approximativement – en justesse là encore – exécutés.
Mais la teneur de « Sully » ravit et le jeu orchestral offre une myriade de surprises qui attisent la curiosité d’écoute.
Ce troisième mouvement recèle de bien beaux moments.

J’ai immédiatement été captivé par la seconde œuvre, sa « symphonie de poche » aux pizz qui se dessinent sur la portée pendant que la mélodie très Shéhérazade du hautbois prend sa place sur l’horizon.
Premier mouvement porté par une figure rythmique obstinée et circulatoire, là encore jeu remarquable de pupitres et une partition à l’écriture qui ne cherche jamais la facilité, ou l’aisance mais qui nécessite un réel travail d’exécution tant que de pensée au niveau de la direction.
Le second mouvement, toujours ce mouvement, à l’écriture chambriste et épurée où les sections dialoguent est d’une ample beauté et met en valeur quelques vents solistes (cor, trompette, basson, etc.). L’agencement des voix des cordes est d’une exceptionnelle limpidité et d’une écriture de quatuor qui suscite émotion et attirance.
Un troisième mouvement où les premiers de pupitres cordes vont avoir une place soliste, le tout encore une fois enlevé sur un axe rythmique tendu et persistant.
Cette donnée soliste met l’écoute vers d’autres directions – une envie de monter le son vient de me prendre.

« Elégie » nous rappellera d’autres élégies composées pour violoncelle soliste.
Sheller a osé se frotter au grands avec ce sujet.
Et, même si, comme je l’ai précisé, il n’est en rien moderne dans son axe tant que comportement musical, cette pièce en deux mouvements est absolument superbe avec un jeu orchestral au profit du soliste des plus subtil et imaginé tel.
Il faudrait soumettre cette « Elégie » à Gauthier Capuçon – avec une œuvre aussi originale il aurait là l’occasion de renouveler son répertoire tout en restant dans les schémas classiques et post romantique qui sont son domaine et qu’il semble affectionner.
L’entrée du second mouvement est absolument merveilleuse.
Et tout au long l’écriture du violoncelle solo n’est jamais démonstrative, toujours mélodiquement pertinente et ne s’égare dans des méandres et volutes inutiles que le genre permet parfois, de trop oser.
Certainement la pièce de cet album qui m’a le plus suscité d’intérêt.

Pour conclure ce parcours Sheller classique et symphonique nous allons entrer dans son « Concerto pour trompette ».
Je n’ai jamais été un accro de ces œuvres symphoniques pour la trompette en soliste – une overdose de Maurice André qui a marqué ma jeunesse, très certainement.
Du coup, je n’ai pas franchement de véritables références pour ce schéma trompette/orchestre.
Dès le premier mouvement, la mélodie du soliste cuivré assez tortueuse s’avère très intéressante à suivre, à prendre en évolution, d’autant que les parties orchestrales enlevées, toniques et insistantes (toujours ces cors dont Sheller doit raffoler – cf « les miroirs dans la boue ») retiennent irrémédiablement l’attention.
Weill et Rota ne sont pas loin, de même qu’un Stravinsky ou un Ravel en dessins d’écriture classique de leurs temps.
Ce n’est pas pour me déplaire.
Il faut noter le nom de ce trompettiste, Jean Philippe Martignoni à l’interprétation luxueuse et brillante.
Encore et une dernière fois, ce second mouvement, ouvert quasi choral – de toute splendeur à l’écriture qui s’est modernisée, à l’expression imagée et à l’orchestration grand écran.
Et justement le mouvement final, immense, vaste, virtuose avec un orchestre qui a retrouvé sa justesse et ses marques et qui, par une dynamique certaine fait se conclure un album enthousiasmant, par cette touche quasi martiale qui l’anime.

Sheller orchestral vaut le détour, il s’écoute comme l’on écoutera(ait) toute œuvre dite classique, sans se poser la moindre question de l’univers initial du compositeur.
Cette musique se prend et se considère telle qu’elle.
Son écriture ne pose aucune ambiguïté, sa gestion orchestrale non plus.
William Sheller est un compositeur (prix de Rome tout de même) indiscutable si l’on veut considérer ce pan musical de sa carrière et sa musique peut aisément se placer parmi toute cette musique post classique qui revient avec certitude à la mode, mais dont il est certain que lui, la mode, il en a largement profité.

Alors hors terrain conquis ou à conquérir, sans même l’idée d’un écart de sa part, ces pièces peuvent prendre sans hésitation place dans l’univers de la musique orchestrale que l’on aime écouter quand on apprécie sans trop de distinguo la musique que l’on enrobe du nom de classique.

---

JOE JACKSON : « Will Power » | A&M 1987.
Joe Jackson : acoustic piano, keyboards and percussions overdubs, composer, arranger, orchestrator | Pat Rebillot : piano | Ed Roynesdal : keys | Vinnie Zummo : guitars | Anthony Jackson, Neil Jason : bass | Gary Burke : drums | Dave Carey, Dave Friedman, Sue Evans : percussions | Andrew Zurcher : voice.
David Nadien : concertmaster, contractor | George Manahan : conductor.

Si vous le voulez bien, traversons maintenant la Manche et arrêtons-nous, le temps d’un album, sur cet artiste étrangement inclassable qu’est Joe Jackson.
Le gars capable d’une entrée new wave fracassante, puis de s’amuser reggae/ska, de s’exposer jazz, de flirter avec la muse latino-cubaine et … de composer des pièces orchestrales à teneur et tenue « classique ».

Il a une culture immense Joe, il a des projets plein la tête, Joe … et il n’est pas simple à suivre.
Fidéliser des fans préformatés à un format musical préétabli et vendeur, c’est pas vraiment son truc, à Joe.
Lui, il fait comme ça lui vient, comme il a envie.
Il aura toujours des inconditionnels, des curieux, un public … mais est-ce vraiment ce qui le motive ?...
Joe est un créateur prolifique et rarement inintéressant, chacun de ses albums, plantés au gré d’une carrière qu’il faut arriver à suivre et pour nombre, admettre, est un gage de surprise, de curiosité faisant dire, « bon, qu’est-ce qu’il nous a sorti de nouveau le lascar, là ? ».

Déjà, en début de carrière, il a commencé à jongler avec les nerfs et les a priori des chroniqueurs forcément rock qui en une poignée d’albums avaient perdu tous leurs repères, tentant de se raccrocher à un possible esthétique commun à leurs usages.
Ils ont décroché très vite, sont revenus de temps à autre et bien entendu, avec « Will Power », leur vase trop plein a débordé.
On aura lu un grand nombre d’inepties sur cet album, déconsidéré par la critique, attaqué de toute part, incompris en toute logique.
Là où un Zappa pouvait s’offrir toutes les facéties y compris enregistrer avec Boulez, Joe n’a pas eu cette aura médiatique de compositeur immédiate. Il ne l’a surement pas « entretenue » dès le départ.

« Will Power » est un album qu’il m’arrive souvent d’écouter.
Je n’y écoute pas spécialement Joe Jackson, j’y écoute une ambition symphonique grandiosement à l'américaine, particulièrement bien enregistrée et produite, magnifiquement dirigée et interprétée avec un orchestre d’une incroyable tenue et dirigé de mains de maitre par George Manahan.

« No Pasaran » qui fait décoller l’aventure semble sorti de nulle part, s’obstinant à s’organiser autour de pizzs, ce même du piano intra-cordes. Un gros hit synthétique va brusquer l’affaire, il reviendra sur cette organisation minimaliste répétitive digne de cette école américaine que Joe connait bien.
Une attraction rythmique s’installe progressivement, où s’additionnent en entrées cumulées instruments de toutes factures (synthé, cordes, clavinet, xylos, piano, soutien méthodique de la contrebasse … et timbales).
La batterie sur roulement de timbales va enfin entrer pour déployer ce tout orchestral et l’embarquer vers une ouverture au gigantisme de grand écran cinématographique.
Imposant !

« Solitude » prend immédiatement le sensoriel auditif s’inclinant vers le mystère. Menée par la magie de ces flûtes qui invitent, la pièce va presque s’orientaliser et un puzzle instrumental aux teintes mélodiques éparses va lentement s’installer.
On retrouve là un sens qu’avait pris Joe dans « Body and Soul » pour son titre : « heart of ice ».
Une pièce orchestrale qui se déploie de façon magistrale avec une grandeur digne d’un grand compositeur.
Et qui va se diriger vers un soliste saxophoniste à la sonorité volontairement classique qui émergera du spectre.
Flutes et clarinette basse auront pratiquement le dernier mot.

« Will Power » - japonisant et décidément, Joe aime contraster et choquer auditivement.
Des accents très toniques introduisent sur un fond malléable l’histoire (car les pièces de Joe sont effectivement comme des histoires).
Le groupe habituel de l’artiste semble s’installer et la basse va dialoguer avec le violoncelle pour poser une ligne presque walking mais à tournure classique absolument géniale de détournement de fonction, cela va se dévier pour installer des propositions harmoniques qui vont « faire » crescendo.
Le mode répétitif de l’école minimaliste est toujours bien présent et le rock, par instants va l’être aussi, comme un cliché, comme un flash, alors que le clavinet usé comme un clavecin (ce qu’il est, en fait), lui aussi se détourne de ses fonctionnalités habituelles.

« Nocturne », pièce pour piano m’aura toujours embarqué.
Mélodie sublime, harmonisation pop qui ne s’égare pas vers une richesse jazz de réflexes.
On reconnait là le « style » pianistique de Joe qui se rêve Chopin, qui se veut Prokofiev mais qui, fondamentalement et c’est ce qui est admirable et respectable est Joe Jackson. Celui de « Be my Number Two », de « Breaking us in Two » et de tant d’autres de ses pièces-chansons où son piano est tel qu’ici, inventif et délicat.

« Symphony in One Movement ».
L’orchestre s’accorde et c’est écrit tel.
Au moins il n’y aura de soucis de justesse.
J’aimerais lire la partition pour constater l’écriture qui mène à ce rendu.
La flûte émerge du spectre dissonant pour égrener un motif qui sera l’axe orchestral qui va se déployer massivement.
La gestion de la pièce avec son développement sera absolument riche en surprises, émotions, sensations et intelligence.

Là encore on pourrait réinjecter sans souci d’esthétique cette œuvre dans n’importe quel programme classique qui se voudrait ouvert dans une nouvelle direction, proposant l’inconnu, l’innovation.
Il y a dans cette partition une matière, un matériau musical et instrumental absolument géniaux à s’approprier et à exploiter, interpréter, déployer.
Les influences de Joe vont cette fois, clarinette à l’appui frôler le jazz, en langage Gershwin.
Et la grandeur des usages de BO dont les orchestres sont friands à toutes les sauces est là, dans le texte, avec des parties solistes (basson en partie centrale, puis violoncelle – par exemple, mais aussi trompette, trombone, etc.) qui rendent intéressante le sujet pour tout exécutant.

L’écriture orchestrale est digne des plus grands et est totalement liée à l’œuvre qu’elle déploie avec une luxuriance sonore et un choix des registres qui met chaque partie du développement dans un relief, avec un dessin, d’un absolu réalisme.
Il faut mettre cette symphonie dans une playlist qui s’intitulerait « classique » et sa place, une fois détachée de l’image déjà kaléidoscopique du compositeur deviendrait très vite essentielle.
Tout comme elle le deviendrait dans le programme de n’importe quel orchestre symphonique qui oserait franchir un nouveau cap et proposer un autrement musical.
Karl Jenkins (Soft Machine) l’a fait – pourquoi pas Joe Jackson…

---

Michel Berger, William Sheller, Joe Jackson viennent de se soumettre ici à un éclairage inédit.
Les découvrir et les apprécier sous cet angle où ils redimensionnent tant leur musique que leur savoir, leur culture et leur éducation ainsi que leurs influences les positionne maintenant différemment sur l’échiquier musical où ils sont, chacun avec leur succès, posés.
Un-e véritable musicien-ne ne peut jamais se contenter de l’art mineur dont le grand Serge fit engueulade avec Guy Béart.
Il met son savoir au profit de cet art, c’est aussi cela sa grandeur.
Mais il sera, la preuve ici, et restera, avant tout, un musicien avec des projets, des ambitions et des espaces personnels qu’il voudra déployer à tout prix, ce même si leur succès, la critique et le maigre retour commercial qu’ils occasionnent suscitent débat, négativité, rejet.
Ou même oubli progressif.

J’oublie leurs noms, je me projette dans ces musiques orchestrales et symphoniques.
Et la magie va forcément opérer, car c’est avant tout … de la musique … avec tout ce que cela engendre d’imaginaire, de beauté et de dimension.

Et ici, vous le savez on ne parle que de ça … ou principalement : la musique.
Bonne semaine.


Commentaires

  1. J’hésitais à me concentrer sur un artiste, mais tout donne envie. Bon, Michel Berger, de suite j’ai pensé aux compositions de Axelrod, lui aussi mixait tous les genres pour donner du fil à retordre à ceux qui cherchent des tiquettes. J’ai écouté le troisième mouvement avec beaucoup d’intérêt. Du coup j’ai bifurqué vers Axelrod « Song Of Innocence » et les titres « Holy Thursday » « The Smile » et à force de fouiller, je découvre « Dream In Stone » de Michel Berger, en survol c’est vrai, mais comme une suite à « ton » album où les genres se rencontrent sans frottement.
    Bon William maintenant

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'aime aussi bcp cet autre album de Michel Berger - cela dit en général je connais assez bien la carrière de M.Berger, tout simplement parce que mon épouse en est fan et qu'elle l'écoute très souvent, avec V.Sanson, comme C. Aznavour ou encore Piaf, Kaas (je fais attentions aux 2 a) et sans détour Serge et Jane.
      C'est un univers musical qui m'est donc très familier.
      Je trouve intéressante ton analogie et recherche vers Axelrod, ça permet effectivement de compléter.
      William Sheller te plaira forcément.
      Puis Joe Jackson ça va aussi le faire.
      Pour un prochain j'ai encore quelques trouvailles ou réhabilitations.
      Reviens m'en dire un peu plus sur la suite.

      Supprimer
  2. Pous Sheller, mon exploration musicale a été plus vaste et plus longue. Surprise, le tout est moins « spectaculaire » que « Lux Aeterna » qui m’avait bien fait décoller. Chaque composition a son propre caractère, pas facile de faire un seul commentaire et puis ton papier guide tellement bien. Quelques questions : j’ai regardé et effectivement souvent de deuxième mouvement (Bruckner 7eme) c’est une convention d’écriture ? Peut-être l’exception avec Mahler et la 5 ? Je pensais aussi a ta remarque « la justesse des orchestres » qui me fait dire que je n’ai pas cette oreille avertie, Pascale est davantage sensible aux écarts, je testerai bien un passage avec elle, tu me donnes une ref ?
    Aussi, souvent durant mes écoutes, j’imaginais bien Sheller composant pour le cinéma des années 30-50. Pas pour des films d’actions mais pour des films romanesques, une écriture soutenue tout le long comme c’était le cas à l’époque.
    Enfin, la trompette, contrairement à toi, je n’ai rien dans ce genre, du coup j’ai cherché en me fondant sur le seul titre de cet instrument que je connais en classique, le concerto de Haydn, et ma surprise c’est une version de Wyntn Marsalis qui se consacre sur un album à des œuvres « Concerto for Trumpet and Orchestra »
    Au final, Sheller, je vais être obligé de fabriquer un podium pour lui seul qui puisse y prendre la première place, trop de mal à lui trouver des pairs : Gainsbourg ? Michel Legrand ?
    Maintenant mon Joe Jackson, qui est Anglais pas Américain ;-) mais qui est tellement ouvert au monde (ce qui n'est pas la caractéristique première d'un anglais bon teint)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. je vais corriger...
      on traversera la manche donc.
      sheller effectivement toujours ce côté suranné, même quand il écrit instrumental et donc ici classique.
      pour la justesse le premier morceau de l'album est symptomatique, mais bon, c'est pas grave - les gars entrent en session après qq répétitions et ils ont un temps imparti pour jouer les pièces, aussi il y a une logique de l'exécution.
      le format avec second mouvement lent est une forme classique usuelle posée par Haydn en général 1 lento-allegro 2 andante 3 menuet ou scherzo 4 finale vicace ou allegro
      et le 2 c'est toujours mon préféré, car c'est là le cœur de l'œuvre (en général)
      à +

      Supprimer
  3. Et le Joe Jackson est lui aussi un grand moment, chaque titre mérite une impression différence et ton texte accompagne bien. Pour « No Pasaran » un répétitif qui s’enrichit, Glass, Adams et j’aime l’influence que cela apporte en musique en général. J’adooore. « Solitude » comme un Ennio Morricone fin de carrière, apaisant avec de belles envolées orchestrales. « Will Power » Le début, encore Ennio ou Lalo – qui eux-mêmes doivent probablement beaucoup à etc… - ça ne durera pas pour gagner d’autres ambiances. « Nocturne », je suis retourné sur « Be my Number Two » un aparté chouette. Effectivement j’imagine quelques idées pour des titres à la Joe. Enfin « Symphonie », lui, m’a emporté et demandé d’y revenir, et surtout l’envie de me tourner vers des « classiques » tel Aaron Copland, depuis le temps que je tourne autour. Ça bouscule mes plans… Rossini & Schoenberg attendront. Merci vraiment pour ces incitations. (Finalement, ce Jackson, a sa place parmi les « classiques » américains ?)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu as terminé en beauté.
      la sensation de cet album pour lequel la critique n'a franchement pas été tendre est simple : tu l'inscrit comme propice à y revenir régulièrement.
      Cette musique est riche, expressive et d'une parfaite écriture.
      C'est en fait avec cet album que j'ai placé Joe Jackson pour lequel j'avais déjà un intérêt plus que certain, en haut de pile.
      je prépare donc la suite, mais en attendant, y'aura qq autres surprises.
      merci

      Supprimer
  4. Tu soulèves la question : pourquoi des critiques si peu tendre, même si j’ai pu trouver des avis proches du tien :
    https://www.jazzmusicarchives.com/review/will-power/572865
    Est-ce que ce genre de création a du mal à trouver son chemin ? Peut-être pas assez novatrice ? Comme ces critiques qui ont rejeté les suiveurs de Wagner, à quoi bon les « à la manière de ».
    Tu dois probablement avoir croisé des compositeurs doués mais sans auditoire ? Et voilà que des artistes populaires avec suffisamment de notoriété produisent du mieux ou du moins bien - ce n’est même pas la question- mais profitent de cette position pour obtenir une diffusion et même des écoutes en créant une musique à priori peu chanceuse d’être publié si l’auteur est inconnu. Sur AMG Joe Jackson a de bonnes critiques d’utilisateurs. Cela peut rendre amer, non ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'allais te répondre hier soir, tard, mais comme tu soulèves un débat plus qu'un questionnement, j'ai repoussé à ce matin.
      Et peut être bien que ce sera l'occasion car l'idée m'est apparue d'un #composer...

      Je vais te donner une réponse biaisée.
      Personnellement je ne compose plus depuis plusieurs années.
      J'estime que "cela ne sert à rien"...
      Non que je n'aime le faire ou même ne "sache" le faire - mais au regard du temps, de l'énergie, du travail et de l'investissement personnel, mental, intellectuel, etc. que cela représente - pour que ça reste dans un placard, ayant passé le protocole inutile administratif de la sacem... franchement, la satisfaction qu'on en retire est tellement minime, voire microscopique, que j'en suis arrivé à cette décision.
      Il y a eu une période de ma vie où j'ai beaucoup composé, pour quelques choses (théâtre, avec une pièce qui me rapporte encore quelques euros par semestre, quand elle est jouée..., d'autres qui n'ont été que fugaces, mais existantes - court métrage, bande film certainement rangée sur une étagère de cinémathèque - chanteuses et chanteurs qui se sont tapés un délire à grand frais d'enregistrer un album et pour lesquels-es j'ai composé musique mais pas écrit de texte, ce que je ne sais faire côté chanson et titres instrumentaux que j'ai joué, parfois, très occasionnellement).
      J'ai aussi écrit des arrangements à la pelle, pour tout sorte d'orchestres en me spécialisant dans le domaine pédagogique les 25 dernières années - seul créneau qui me faisait bosser non pour un rendu tellement rare financier, mais pour au moins avoir la maigre satisfaction d'entendre ce que j'avais écrit.
      Face à ce vide sidéral que notre pays - où la création est avant tout affaire de relations, de dossiers, de politique même - offre au quidam moyen dont je fais partie, j'ai donc décidé de consacrer mon temps précieux à d'autres réalités, apportant elles mêmes des satisfactions tangibles. Ces mêmes satisfactions étant elles aussi réduites à minima, car même jouer de la musique dans ce pays s'avère un chemin de croix et pire si tu - je boucle le truc - joues ta propre musique, ce que je ne fais plus.
      Dernière fois que j'ai joué une de mes compos, je l'ai déclarée sur la fiche sacem afférente en fin de concert - j'ai appelé et écrit à l'organisme afin de leur faire un rappel pour les 2.50€ qu'ils me devaient à cet effet... qui n'a été suivi d'effet.
      Voilà donc sans aucune amertume et surtout pas, la réalité de la création en France.
      Et pourtant les réseaux sont emplis de jeunes qui composent, avec talent, insipidité ou génie, leur propre univers. C'est même inscrit en études de conservatoire que de "savoir" et oser créer.
      Chose que du temps de mes études semblait impossible et regardée comme un acte prétentieux, irresponsable face au poids des illustres ainés et des contemporains à la Boulez qui eux, savaient et donc ... pas toi.

      Supprimer
    2. suite : Un Joe Jackson qui profite de sa popularité pour composer une œuvre ambitieuse a raison de le faire - il tord ainsi le schéma et permet ainsi de faire croire que cela est possible.
      La composition en général c'est sur commande.
      J'ai profité tant bien que mal de commandes et ai composé en ce sens, cela donne justement un sens à la création, une "utilité". Plus de commandes, car la conjoncture avec la culture Lang pyramidale merveilleusement relayée par la sphère macroniste a réduit cela à un microscopique réseau d'amis, d'initiés, de VIP triés sur un volet dont on ne connait pas les modes d'emploi.
      Donc, cela fait bien longtemps que j'ai décroché de ce travail harassant, enthousiasmant tant que décourageant qui consiste à "composer".
      Mais qui sait, parfois, ça me prend de griffonner une idée sur un bout de papier musique... et de la ranger dans la boite à archives à "idées"...

      Amer ? sera ma dernière remarque.
      Non l'amertume n'a pas lieu d'être - ceux qui le sont sont forcément emplis d'un égo démesuré (et j'en connais un paquet) mais n'ont aucun sens de la réalité. Ils se croient géniaux et ils croient que ce simple fait devrait leur octroyer une place au panthéon des "grands".
      Ils ont oublié l'histoire - et ils devraient penser à ces compositrices, oubliées, travaillant dans l'ombre et qui ont subi cette humiliation toute leur vie, certaines (la sœur de Mendelssohn) devant avoir un prête nom masculin pour que leurs œuvres soient jouées une fois... devant un public restreint.
      Et à côté de cela il y a tant et tant de compositeurs de "pacotille", qui croient qu'en alignant les superlatifs de la musique cela suffit à s'autoproclamer ... compositeur, elles et eux, oui, me rendent amer... en tout cas me font réaliser que c'est l'éducation du public qu'il faut travailler et non regarder du côté des créateurs.

      Sur ce, bonne journée et merci

      Supprimer
    3. Échange éclairant, surtout venant de toi qui a composé. Mon souvenir que je rafraîchis, "Naima"? Effectivement « amer » n’est pas adapté, déjà tu encourages un artiste renommé à profiter de cette renommée pour sortir s’il le souhaite de ce pourquoi il est connu. Te souviens tu du procès contre Neil Young « Trans » pour avoir osé sortir du genre de musique qui faisait vendre – ceci dit « Transformer Man » était une réussite – mais la justice a tranché pour lui je crois.
      Donc pas d’amertume, ni frustration mais alors ? Je pensais à mon frangin passionné lui de peintures qui me parlait du mécénat d’état auprès de musée avec budget pour des responsables sans expérience ou goût pour le contemporain, résultat ce sont ceux qui ont su attraper la relation pour caser « leurs » peintres, mon frère me parlant de l’injustice puisque ces choix ne sont pas motivés par de la passion, de l’enthousiasme, résultat des tableaux qui s’accumulent faute de vrais défenseurs. Son anecdote n’est pas récente mais aujourd’hui ?
      Donc pas de l’amertume, mais peut-être manque de multiples circuits pour faire son chemin. Tu ne peux pas toujours espérer un Louis II de Bavière.

      Supprimer
    4. J'ai mis du temps à te répondre, excuses m'en, musique du week end et justement le w end.
      deux choses, sortir de ce pourquoi l'on est connu n'a pas de besoin spécifique de "renommée" du moins à l'échelle qu'on pense être.
      je suis généralement admis comme musicien de jazz et voilà qu'un gars qui m'a déjà entendu en prestation jazz me retrouve, par hasard, en duo avec un traitement electro, sur une place de village.
      "ah bon ?" désabusé... "tu fais là dedans aussi ?" d'un air de dire que on accepte da faire "n'importe quoi" pour gagner sa vie - et le voilà presque choqué quand tu lui réponds que non, au contraire, tu adores jouer et créer avec des machines (très vilain mot dans le milieu) ... de la musique.
      et là le voilà perdu, mais suspicieux, il ne te vois plus ni ne te considère pareil.

      ce programmateur de jazz club qui a enfin accepté de te prendre en trio pour voir et là tu lui proposes faton cahen, sorte de jazz impressionniste qui pour lui n'est pas du jazz et qui vient te dire (alors que l'auditoire a été conquis) que bon c'est sympa de faire "rêver" les gens, mais que le jazz pour lui c'est pas ça et qu'il croyait, comme je dirige un big band qu'en trio j'allais lui présenter un "truc" à la oscar peterson...
      des etc... de la sorte j'en ai plein ma vie musicale.
      on vit ... avec et comme j'aime à faire toutes les musiques, ça dérange.

      le mécénat d'état peinture mais en fait art y compris musique c'est la culture pyramidale du dossier avec l'administratif et la médiocratie initiés par Lang, avec mise en place de "protocoles" dénués de ce sens réel de l'émotion et de la sensation mais qui met le nom en place de la réelle valeur artistique.
      comment ce "nom" est là, c'est opaque car c'est politique.
      et la porte du grand n'importe quoi qui veut faire mieux que le n'importe quoi précédent s'ouvre et se budgétise à l'infini.
      Et si tu oses le scepticisme ou même l'éventuelle interrogation tu passes, au choix, pour un con, un blaireaux, un inculte, un dissident, etc.
      Et pendant ce temps des "artistes" revendiqués tels ont bien pigé le truc et passent plus de temps à ficeler des dossiers qu'à créer.
      ainsi vont les choses.
      plus de mécénat réel, plus de passionnés, juste des spéculateurs qui utilisent l'art comme machine à pognon pour défiscaliser en faisant croire leur "engagement" pour la création.
      la France gauche caviar culturophobe dans toute sa laideur.

      sacré Wagner, il a su se vendre lui, et pourtant politiquement il a foutu un sacré bordel...
      mais c'était un autre ... temps et Louis II, une sorte de cinglé déconnecté notoire (mais bon nos politiques les ont aussi, déconnectés et je les préférerais fous comme Louis ... au moins on s'y attacherait presque).

      à +, je suis parti un peu tous sens

      Supprimer

Enregistrer un commentaire

Articles les plus consultés