PROG’ RECIFS – PROG’RECITS. Chapitre 1 : THE FLOWER KINGS – MOON SAFARI

PROG’ RECIFS – PROG’RECITS.

Chapitre 1 : THE FLOWER KINGS – MOON SAFARI

Les adeptes du rock étiqueté progressif ont eu leurs seventies bien remplies pour un mouvement musical qui a été très vite pointé du doigt.
Trop intellectuel, pas assez rock, ambitieux et démonstratif.
« Du classique avec un gros son rock » a déclaré le pire de nos « rock-critics », un certain Manœuvre, qui s’est ingénié à casser du prog mais qui, tel un socialiste en mal d’électorat, a tourné régulièrement veste, tee-shirt et peut être même ce qui lui sert de caleçon.
Le vent punk-new wave tourna et nombre, comme lui, s’engouffrèrent dans ce tourbillon certes salutaire, mais pour lui donner corps, le mettre en rébellion, il fallait, comme pour toute politique, l’opposer.
Le prog, et au passage le jazz-rock, étaient les cibles faciles à tirer à gros boulets et face à cette vague populaire d’un retour – que là encore je ne vais pas dénigrer, il y a la musique et ce qu’on en fait – se légitimant aux racines du rock (ce qui reste à vérifier, si l’on accepte que ça vient du blues et plus loin encore) ou plus généralement à l’esprit du rock (à vérifier encore, car être rock, si ça se résume à l’attitude, je vois plein de vieux schnocks arriver avec la Harley et l’effigie de Johnny s’en revendiquer). Les musiciens du prog, chercheurs invétérés, compositeurs et créateurs de plages à développer et influencés, il est vrai, par la dimension classique de la musique prirent ça en pleine tronche et leur mouvement s’étiola.
J’analyse trop vite ?
Je raccourcis les choses ?

Le prog a été un gros et conséquent chapitre, déplaçant des foules et qui tenta avec certains groupes emblématiques de « s’adapter » à l’entrée dans les eighties, après avoir subi de plein fouet le raz de marée punkivore.
Paraitre vieux en écoutant une musique dépassée à l’âge de 17 balais face à une marée de potes du même âge se secouant la tête et la crête sur « Anarchy in The UK », c’est, avec le recul, tant amusant que pathétique.
Le prog devint vite indéfendable, comme le sont certaines opinions ni pires ni moindres que l’on exprime face à un convaincu politique, ancré dans ses convictions et capable pour les exprimer de dire tout et, dans la seconde suivante, son contraire.
Le « journalisme » musical a bien fait son boulot et a fait sa girouette.
La bonne affaire, des groupes à trois accords, au son crade et au chant gueulards qui faisait passer Robert Plant pour un chanteur d’opéra, pullulaient là où le prog demandait des zicos avec des visions, des projets, des ambitions et surtout, du travail… du travail… hmmm.

Genesis, a progressivement muté vers le format FM-tube (« I can’t Dance »), Crimson s’est radicalisé et durcit, Yes a surfé sur la vague et s’en est sorti grâce à un tube (« Owner of a Lonely heart ») et ELP s’est explosé en vol.
Asia a tenté un dernier va tout.
UK a bien failli nous y faire croire.
Et les nombreux autres ont continué, avec des suiveurs, mais désormais dans une ligne parallèle, passés de l’autre côté de the wall, dans l’ombre.
Et si jamais tu osais encore dire que t’écoutais du prog… alors oui, pour le coup, tu passais vraiment pour un mec has been, tourné vers le passé et que c’était normal, une musique pour musiciens, ça te convenait forcément.
Y’a qu’à voir dans certains de nos blogs quand tu oses écrire le mot prog … c’est repartit mon kiki…
Comme je l’ai dit, les journaleux ont bien fait leur boulot de sape.
Une belle manœuvre de leur part.

Mais il y a toujours un jour où…
Mais on croyait cela terminé, ou effacé…
Mais on observait des Dream Theater, des Steven Wilson, des Porcupine Tree reprendre le fanion et repartir en croisade pour reconquérir l’univers des laissés pour compte.
On voyait des Ange, vestiges français, repartir en tournées suivis de hordes de fans et sortir albums sur albums.
Lueur, espoir, et si, finalement…

En farfouillant, on va en trouver de ces groupes de prog, pas de métal prog, pas technicophobes, pas obsédés par des plans de drumming oppressants à la double grosse caisse … des groupes aptes à rénover les plages à climats, à développer des longues et parfois très longues compositions, conceptuelles, orchestrales, symphoniques aux méandres et ramifications complexes, aux changements de cap et de mesures démontrant un sens de l’écriture et aux arrangements et orchestrations soucieux de grandeur.
Ils ont écouté les grands, ceux qui furent les pionniers.
Ils ont piqué en eux le savoir et l’idéal musical.
Et parfois même le son instrumental qui fit leurs renommées respectives en leur empruntant ces bons vieux outils vintage dont ils se targuent sur leurs pochettes oniriques d’être à la fois les nouveaux possesseurs mais également les passeurs et récupérateurs admirateurs.

En voici six de ces allumés du prog – on va procéder par chapitres de deux car chaque album mérite un arrêt et une bonne visite. Certains ont un nombre d’albums à leur actif dépassant le commun et sont donc très très créatifs.
Vous les connaissiez ? tant mieux.
Je ne vous apporte rien ou pas grand-chose car vous avez fait la démarche vers cette esthétique survivante.
Vous les découvrez ? Alors ouvrez grand vos mirettes auditives, et régalez-vous…
Et revenez m’en causer.
Le sujet mérite largement qu’on en remette une bonne couche.

Allez, embarquons pour les deux premiers.

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THE FLOWER KINGS : « Flowerpower (A Journey to The Hidden Corners of Your Mind) » | InsideOutMusic 1999.
Roine Stolt : lead vocals, guitars, keyboards | Tomas Bodin : keyboards | Hasse Fröberg : vocals | Michael Stolt : bass | Jaime Salazar : drums & percussions | Hasse Bruinuisson : percussions & strange voices.

Ils sont suédois, se sont formés en 1994 et leur crédo c’est, au départ, Yes.
Et c’est le titre imaginé par Roine Stolt pour son troisième album solo, « the flower kings » où il cherchait des musiciens pour le jouer qui a été le révélateur du groupe.
C'est là qu'ils se sont rencontrés.

Cet album est leur quatrième, un double album ambitieux, avec en première partie une longue suite (« garden of dreams »), telle que le rock prog a toujours aimé en produire, composer, créer.
C’est effectivement très symphonique et l’ouverture ne pose aucune ambigüité sur ce fait – et tant mieux, au moins, on sait où on va.
Cet album est considéré, je pense à juste titre, comme l’une des références du groupe, pour le connaitre, découvrir son univers et attester de la qualité des musiciens tant technique que d’inventivité.

S’il est bien un album qui va me permettre d’ouvrir cette chronique prog, celui-ci est parfait.
Il évolue au fil des titres avec les nombreux ingrédients qui me font toujours aimer cette musique qu’il est aisé de classer par son aspect « écrit » et ambitieux sous la fameuse étiquette.
Mais, au-delà de ce cercle de reconnaissance, la musique proposée s’inscrit véritablement dans la continuité d’un mouvement qui, passé de l’autre côté de la lumière, n’a jamais réellement cessé d’être et d’exister.

Globalement on est face à un véritable sentiment de groupe, ce qui est une réelle force, ce même si le leader Roine Stolt semble au centre du sujet (un peu comme Steven Wilson d’ailleurs).
Il faudra s’habituer à sa voix dont certains pourraient estimer que ça ne casse pas des barres (mais une fois entrée dans l’usage auditif ça le fait bien), mais côté des barrés, c’est en revanche, un sacré guitariste. Par un sens mélodique (« all you can save » - « sunny lane » - « gardens revisited » - « astral dog » où il est absolument extraordinaire) bien affirmé doublé d’une technique sortie souvent des excès d’un Steve Vai (sans en avoir l’affirmation volontairement démonstrative), il s’impose avec logique dans le spectre.
Côté section rythmique, un batteur (Jaime Salazar) des plus appropriés pour le genre, qui aide à la tenue des structures changeantes de la longue suite musicale (60 mn) intitulée « garden of dreams » qui constitue l’essentiel du premier cd/disque, du double album.
Un jeu puissant et subtil à la fois, plein d’une technique d’actualité (« Ikea by night » qui introduit le beat puissant de « astral dog », les trigs de « stupid girl ») mise avec finesse au profit de l’écriture – il impressionne, mais pas par sa démonstration technique, avant tout par sa technique au service de la musique.
Avec lui, Michael Stolt à la basse. Une sorte d’être hybride aux multiples têtes, qui s’insinue en tous angles, recoins et qui conditionne la batterie en lui rendant sa fonction tant utile qu’expressive.
Il a pris le meilleur de Chris Squire, pourrait-on dire (car Squire, parfois … et d’ailleurs il faut lire ce qu’en dit Bill Bruford) et son jeu couvre toutes les techniques de l’instrument.
Mais ce groupe sans son claviériste, Tomas Bodin (j’ai bcp de mal avec ce nom, mais pour des raisons personnelles que je ne livrerais pas ici) ne serait qu’un groupe de plus jouant du prog.
De synthés, Rhodes en mellotrons, d’orgues crépusculaires (« astral dog ») en moogs, de cordes orchestrales en simili-cuivres, de pianos amples et généreux (« gardens revisited »), en solos impressionnants … ce musicien est absolument hallucinant.
Pierre angulaire du sujet, couleur essentielle de cette musique il est, quelque part, le véritable architecte sonore du groupe. Il m’a totalement happé et, non uniquement parce que je suis claviériste, il a, dès l’entrée, retenu toute mon acuité auditive.

Ils sont quatre et embarquent deux autres zozos avec eux (un chanteur et un chanteur aux voix étranges qui emplit l’espace de quelques percussions choisies).
Le double album, au concept dépassant la simple curiosité attractive est immédiatement attractif, attirant et oblige à ne s’en échapper.
Si d’aventure on pensait l’ouvrir avec un ou deux titres pour s’en donner une idée, on va très vite comprendre que ce n’est pas la bonne approche et on remettra à plus tard une écoute complète qui semble d’emblée inévitable tant qu’inconcevable.
Cette musique ne se découpe pas en extraits ou en chansons et comme du très bon prog, on est obligés de l’appréhender dans son entier.
C’est en tout cas le cas pour la suite : « Garden of Dreams », symphonique, onirique, grandiose à souhait et qui correspond à la perfection à l’idée enfin retrouvée de ce que l’amateur de rock dit prog cherche, aime et attend.
Et son titre de clôture « the final deal » est digne des grands albums de Yes.
Il ne faudra pas pour autant négliger le second CD de ce pavé musical où les influences (prog, pop, jazz, jazz rock, classique … ) émergent non comme des plagiats, mais comme des espaces où l’attention du « petit quelque chose » attestent de l’immense capacité du groupe à assimiler pour leur propre musique, comme suiveurs d’un courant musical vivace, leurs ainés (U2 – « stupid girl », ELP – « corruption », « power of kindness », Yes, Genesis, Camel, Jethro Tull, KC, jusqu’à Zappa – idem « stupid girl », etc.).

Avec The Flower Kings l’amateur prog va être plus que servi et il va immédiatement inscrire ce nouveau groupe dans son ADN resté intact et surtout, une fois ce double assimilé écouté de fond en comble et apprécié comme au bon vieux temps (il y a même un petit cliché avec réminiscences Pulsar dans « Dungeon of the Depp » - ceux qui connaissent « Halloween » me comprendront), il n’aura qu’une envie : aller écouter d’autres albums du groupe qui a eu, comme tous les autres, autour de son leader, quelques changements et ajouts de personnel.

Je n’ai aucun recul pour dire, à ce stade qu’il s’agirait là de leur chef d’œuvre ou de leur album le plus représentatif tel que la « critique » l’encense.
Mais en tout cas, j’en suis encore à me demander comment il m’a été possible en 1999 de passer totalement à côté d’un tel groupe.
Je m’en veux presque, c’est dire… je me serais fait une obligation d’acheter tous leurs CD et d’en remplir mes étagères … (ce qui n’est pas exclu – je deviens fan de l’heure tardive).

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MOON SAFARI : « Himlabacken Vol 2 » | Blomljud Records / X5 Music Group 2023.
Johan Westerlud : lead vocals, bass | Mikael Israelsson : drums, percussions, vocals, keyboards | Pontus Akesson : guitars, lead vocals | Jamison Smeltz : saxophone | Petter Sandström : lead vocals, acoustic guitars | Simon Akesson : lead vocals, grand piano, organ, moog synth, choral and orchestral arrangements | Sebastian Akesson : organs, percussions, vocals.

Bon, eux aussi sont suédois (le prog serait-il passé du côté Vikings ?). Ils ont été repérés par le claviériste de The Flower Kings (dont cette fois j’évite le nom, décidément ici je suis poursuivi, cf ci-dessus).
Ils se sont formés en 2003 et dans leur musique ils favorisent les harmonies vocales qui leur ont demandé un travail spécifique pour créer une réelle identité autour de cette texture sonore.
Travail réussi… c’est quasiment la première chose qui se positionne à l’écoute de l’album, second opus « himlabacken » que j’ai délibérément choisi ici.
D’entrée le cliché tant sonore que pastiche du « Jump » de Van Halen, ce jusqu’au titre « 198X » ferait fuir de supercherie, mais il faut toujours creuser un peu plus.
J’admets leur influence ciblée par la critique vers Marillion (que je supporte toujours aussi difficilement, ce qui m’a directement mis un frein face au groupe), la facilité Yes (du fait des harmonies vocales – il en faut tout de même peu) et plus loin Genesis dont la trace réelle dans cet album ne m’est pas vraiment apparue comme palpable ou alors on va parler du Genesis le plus « récent » (mais les florilèges de guitares acoustiques médiévales de « forever, for you » installent ce confort de repère).

Ce qui m’a vraiment attiré dans le groupe, une fois passé le filtre introductif que je n’aurais jamais dû lire, car faussant l’écoute, c’est plutôt ce côté rock fm tendance prog qui s’ouvre en titres.
J’ai mis Kansas et Journey en parallèles immédiats côté vocaux, voir Foreigner et bien sûr Utopia (« forever, for you »).
Et pour les guitares, forcément Steven Wilson.
Et côté claviers Keith Emerson via Simon Akesson pointe de ses traits classiques nombreuses références (« teen angel meet the apocalypse »).
C’est plutôt un album de rock à tendance prog, flirtant pas mal avec le rock FM, donc pour les amateurs ayant ouvert le feu de cet article avec The Flower Kings, on n’est pas dans la même catégorie.

La prise de son est vraiment parfaite et met en valeur chaque titre qui est avantageusement écrit et construit.
Pontus Akesson aux guitares est quasiment impressionnant : un son énorme, des riffs massifs, des solos de schred à tomber sur le c…, un axe mélodique captivant et beaucoup de maitrise de tous les sujets rock et même de … Bach.
La section rythmique avec, style oblige, un batteur qui n’oublie jamais d’enfoncer le clou de sa double pédale de grosse caisse et un bassiste dont le rôle de chanteur lead oblige à cadrer le sujet, est un régal.
Deux organistes, l’un claviériste général, l’autre (le frangin), affecté uniquement à l’instrument, voilà qui permet une écriture orchestrale plutôt grandiose au fil de nombreux moments et si l’on ajoute à cela la texture des voix vraiment incroyables d’écriture et de justesse, on peut effectivement comprendre que l’envie d’un classement rock symphonique ait pu être.
(Saxophone vraiment anecdotique dans « forever, for you »).

Moon Safari, qui n’a pas grand-chose à voir avec l’album du groupe Air, possède de nombreux atouts qui auront les faveurs des amateurs de Wilson, Porcupine Tree et d’un rock prog peut être plus métallique, sans pour autant tomber dans les excès de Dream Theater.
C’est puissant, large et enveloppant – blindé de vocaux absolument superbes (j’ai vraiment bloqué là-dessus).
C’est du songwriting de haut niveau avec un sens du développement et de la composition vraiment réfléchi.
Et des solistes de haute volée au sens mélodique indéniable là où, trop souvent, la technique efface ce point musical essentiel.
C’est de la « chanson prog » et l’un comme l’autre n’est pas incompatibles, preuve en est.

Pour conclure, cet album, je lui ai plusieurs fois accordé toute mon attention d’écoutes répétées avec, en particulier ce titre, « forever, for you » qui résume en quelques 10 mn l’essentiel de leur savoir-faire et cette longue suite « teen angel meets the apocalypse » où pendant plus de 20 mn on va s’embarquer dans un véritable kaléidoscope digne des grands groupes prog, tel qu’on les adulent.
Et cet « epilog » résumera le niveau vocal des musiciens, au-delà de leurs immenses compétences instrumentales.

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Que les passionnés du genre soient confiants : le prog n’est pas mort !
Et on en aura la preuve avec quelques autres chapitres.
En attendant vos éminents retours, bon week-end.

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