EVASIONS CLASSIQUES … Chefs d’orchestre … Herbert Von Karajan (Salzbourg – 05.04.1908 / Anif – 16.07.1989). Chapitre 01 (Bartok – Wagner).

EVASIONS CLASSIQUES … Chefs d’orchestre …


Herbert Von Karajan (Salzbourg – 05.04.1908 / Anif – 16.07.1989).
Chapitre 01 (Bartok – Wagner).

Il est grand temps de s’intéresser ici au geste musical, à celles et ceux qui dirigent, mettent en valeur la composition orchestrale, symphonique ou assimilée.
Leurs choix, leur répertoire, leur impact sur le temps, sur la référence qu’ils sont ou induisent, leurs orchestres respectifs (titulaires, invités, fondateurs …), leur discographie, leur pâte, leur charisme, leur influence, leur bienveillance ou leur autocratie – la personnalité qu’ils ont placé dans la musique qu’ils dirigent ou dirigeaient, marquant à jamais leurs enregistrements, concerts, publics et fans, inconditionnels tant que musiciens de leurs orchestres respectifs, labels et maisons de disques.
Le chef d’orchestre : interface entre la musique et l’auditeur, entre l’orchestre et le public, entre les musiciens et la musique.

La première grande personnalité qui me vient à l’esprit quand on parle de chef d’orchestre est en toute logique Herbert Von Karajan.
Il a marqué la musique classique de son nom, de son sceau et de son emblème.
Il a vécu et œuvré dans la période la plus faste du disque qu’il soit d’abord vinyle et ensuite CD (jusqu’au vidéodisque) et a enregistré un nombre quasi incalculable d’œuvres du répertoire, ratissant large et n’oubliant pas la musique du XXe siècle.

Un disque de Karajan, même dans un foyer n’étant pas spécialement mélomane et penché vers la musique classique trône quasi forcément sur les étagères qu’aujourd’hui on va retrouver en vidant l’appartement des grands parents, des parents.
Dans les bacs de vide greniers, de brocantes et de foires aux vinyles, il y en aura immanquablement un.
Herbert Von Karajan est inscrit dans le patrimoine culturel musical à une échelle universelle dépassant le seul penchant du cercle vaste des amateurs de musique classique.
D’ailleurs ceux-ci même s’ils le respectent, parfois l’adulent, lui ont aussi tourné le dos, par son succès, par ses nombreux enregistrements, par sa notoriété – comme toujours le succès et le haut de podium finissent par desservir, lasser et désintéresser. Il faut du travail, de longues années pour y parvenir, puis on cède progressivement la place.

Quand j’évoque ou prononce le nom de Karajan, je pense obligatoirement à mon père, Claude, qui en était un fan absolu, inconditionnel.
Il ne jurait que par lui et il était sa référence classique absolue ce, quel que soit le répertoire abordé par le grand chef, avec Claude c’était toujours génial, extraordinaire, exceptionnel, référent, etc.
Mon enfance a donc été baignée d’abord par Wilhelm Furtwängler, Walter Goehr, Bruno Walter et Arturo Toscanini puis plus systématiquement par Herbert Von Karajan.
Avec son nom m’oblige le respect envers Claude qui m’a initié, éduqué, fait apprendre et aimer la musique classique et la musique tout court.
Mes moments préférés avec mon père étaient quand, une fois rentré de l’école, du collège, puis du lycée, on prenait ensemble un temps silencieux et qu’on s’asseyait sur le canapé du salon pour le moment obligatoire, quasi religieux, essentiel, consistant à écouter de la musique sur la chaine stéréo Braun achetée au magasin de meubles du coin et dont la sonorité neutre convenait parfaitement à faire ressortir tous les détails des disques. Alors il mettait un disque de Karajan, Wagner, Beethoven en général, venait s’asseoir et on se posait là, yeux fermés, transportés par la musique. Pas un mot, pas une remarque, chacun faisait son voyage, puis le bras de la platine se levait et selon, on mettait la face B, ou on allait reprendre nos occupations.
Lui, retournait à sa table à dessin pour finaliser telle ou telle commande publicitaire, moi je filais dans ma chambre faire mon piano, assouplir mes poignets en roulements de percussions, faire mes devoirs, travailler mon solfège et, au casque, reprendre le chemin du rock.

J’ai par la suite découvert tant d’autres musiques que d’interprétations de musique classique et les débats sur le sujet de l’interprétation tournaient, avec Claude, généralement court.
Un seul nom, une seule référence quasi obsessionnelle : Karajan.

J’ai pu récupérer une partie de sa discothèque vinyle et parmi les très nombreux disques en parfait état, plus des deux tiers sont des enregistrements réalisés par Karajan.
J’ai décidé de prendre le temps de les réécouter, de mieux comprendre cet engouement, ce qui fait que l’impact de ce chef ait pu à ce point marquer mon père.
Et même si toutes ces sensations qui pénètrent différemment chacune et chacun d’entre nous à l’écoute de la musique sont inexplicables, il faut bien avouer que lorsque l’on met le diamant sur le premier sillon d’un disque du Philharmonique de Berlin dirigé par Herbert Von Karajan, on est instantanément capté par ce qui se dégage globalement dès les premières mesures.

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Herbert Von Karajan est certainement le chef le plus réputé et emblématique du XXe siècle.
Il a consacré son travail en partie, ou principalement, à la musique germanique et l’a installée de façon populaire dans l’esprit des gens. Ce n’est pas rien.
Il a largement, par le disque, contribué à démocratiser l’accès à la musique classique.
Il était pourtant d’une exigence associée à une autorité des plus légendaires.
Il était aussi très paradoxal…

Herbert Von Karajan a fait sa première demande pour intégrer en 1933, le parti nazi.
Elle lui sera refusée et il insistera pour que cela soit finalement accepté en 1935.
Certains pensent qu’il l’a fait par opportunisme, d’autres par conviction, les avantages de son engagement dans ce parti lui permettant par exemple de diriger, à Paris, sous occupation allemande, à la tête de la philharmonie de Berlin, à Garnier, plusieurs concerts et opéras.
Pourtant, en 1939 il s’est attiré les foudres d’Hitler lui-même quand, à Berlin, en présence du führer pour un concert de gala donné en l’honneur des monarques yougoslaves il va se planter en direct en pleine représentation de Maitres Chanteurs de Nuremberg de Wagner …
L’anecdote historique raconte que Karajan, dirigeant comme toujours par cœur, s’est laissé perturber par une erreur du baryton Rudolf Bockelmann. Cela a entrainé une réaction en chaine qui a interrompu le fil des chanteurs, le tout devenant irrattrapable … on dut, en plein acte, baisser le rideau…
Hitler, dans une colère noire, décida à la suite de ce qu’il considéra comme un affront, que jamais de son vivant, Karajan n’aurait l’autorisation de diriger Wagner à Bayreuth.

Son adhésion au parti le brouilla, également, définitivement avec Wilhem Furtwängler, leurs opinions politiques opposées étant récupérées par la presse dans le monde culturel.



Karajan a débuté sa carrière officielle, en 1929, par la direction de Salomé de Strauss, à Salzbourg.
On peut estimer aujourd’hui qu’une telle responsabilité n’était pas donnée à n’importe qui.
Il restera fidèle à la musique de Strauss et lui offrira peut être bien ses plus belles interprétations. Il faut aussi se souvenir que Richard Strauss était lui aussi assimilé au nazisme, idéologiquement et culturellement.
Avec ce début de carrière il devint le plus jeune chef d’orchestre allemand, ce qui lui ouvrira de nombreuses opportunités et diverses invitations.

1947, Karajan est blanchi de son passé naziste et sa carrière internationale bien engagée pendant la guerre va pouvoir prendre un essor rapide et déterminant.
Il va d’abord, pendant un an devenir le chef titulaire de la Philharmonie de Londres (quand on pense au rôle déterminant des anglais dans le conflit de la seconde guerre mondiale cela laisse aussi très dubitatif).
Puis, à la mort de Furtwängler, en 1954, il être nommé chef « à vie » de la Philharmonie de Berlin, mettant ainsi définitivement sur la touche son chef titulaire, Sergiu Celibidache qui le considérait trop limité, ce qui gênait son ascension.
La voie est donc libre, il est « en place » et va transformer le Philharmonique de Berlin, déjà réputé comme le meilleur orchestre au monde, en une machine médiatique, un rouleau compresseur musical, créant et installant une méthode de travail imparable qui fit la réputation de l’ensemble et de son chef.
On travaille et répète, on enregistre et enfin parfaitement prêts, on se produit.

J’écris tout cela et je ne peux m’empêcher le paradoxe de Claude, anti fasciste et anti naziste (à la fin de la guerre militaire en Allemagne, il combattait encore les derniers nazis qui se réfugiaient dans la forêt noire), profondément anarchiste et paradoxalement admirateur du chef d’orchestre le plus emblématique de ce mouvement idéologique qui a laissé tant de traces dans l’histoire.
Militaire il avait assisté à la représentation de la 9e de Beethoven à la réouverture de Bayreuth, par Furtwängler – l’enregistrement radiophonique de l’événement a été gravé sur disque et bien entendu je connais cette interprétation par cœur – et comme la même 9e par Bernstein au pied de l’effondrement du mur de Berlin, elle possède une intensité que le moment rend rare.

Karajan, s’est marié plusieurs fois, mais ça les magazines de l’époque en étaient déjà bien friands et cela a apporté en plus à son aura médiatique une dimension plus populaire.
Karajan adorait la voile et il s’est offert une villa conséquente à Saint Tropez ainsi que des nombreux voiliers avec lesquels il participait à beaucoup de régates.
Karajan, les voiles de Saint Tropez, c’est … accolé.

Karajan est associé et lié au nom de la Philharmonie de Berlin et c’est pourtant le jour où il décida, en 1982, d’y faire entrer une femme, clarinettiste, Sabine Meyer, que ses musiciens outragés lui tournèrent progressivement le dos et qu’il commença à diriger d’autres orchestres, souvent invité par la Philharmonie de Vienne avec laquelle il a beaucoup enregistré.

Karajan c’est aussi l’emblème du label Deutsche Grammophon qui, avec lui et avec la Philharmonie de Berlin (et sa salle de concert-répétition-enregistrement, lieu et concept intégralement précurseurs), est devenu très vite le label de musique classique le plus important, célèbre et incontournable.
Karajan, par l’enregistrement dont il avait compris l’importance, a réellement ouvert le répertoire classique de façon démocratique, là aussi c’est paradoxal et il fut le premier à enregistrer la musique classique pour le support CD dont il estimait qu’il pouvait gommer les erreurs que l’analogique laissaient transparaitre. Le premier CD classique sera d’ailleurs une œuvre de Richard Strauss, la symphonie alpestre, par la Philharmonie de Berlin sous sa direction.
A Monaco il a fondé sa maison d’édition, Telemondial, qui a produit les premiers vidéodisques…
C’est dire si la technologie de pointe faisait partie de ses prérogatives – on se demande ce qu’aurait fait Karajan aujourd’hui des réseaux sociaux…

La direction de Karajan apporte un réel changement de mise en relief de l’orchestre.
Elle favorise le tempo, la métrique mais reste tout de même mue par la mélodie.
Karajan favorise le jeu lié et on le voit quand il dirige, avec des mouvements souples, une gestique qui dessine la musique, traçant l’évolution de la musique plutôt que la découpant (Boulez) ou l’amplifiant (Abbado).
Elle n’est pas évidente si l’on se place du côté de l’orchestre, car elle semble irréelle, par contre elle fascine et hypnotise pour l’observateur, l’auditeur, le public.
Elle est réellement charismatique.
Diriger aujourd’hui « comme » Karajan est rare, cette gestion et gestuelle reste associée à ce romantisme dont il est le plus représentatif. L’arrivée du baroque, la complexité du contemporain ont amené des directions diamétralement différentes voir opposées.
Il avait aussi pour habitude de ne jamais faire jouer les reprises dans les œuvres, un choix délibéré qui a probablement été influencé par le timing qu’imposait le support disque…
Et il dirigeait tout par cœur…

Le répertoire de Herbert von Karajan est principalement germanique.
Beethoven y figure en tête ainsi que Richard Strauss, il a peu enregistré Schubert ou Schumann, par contre à ses débuts, natif de Salzbourg, il a consacré nombre de ses enregistrements à Mozart.
Il a également fait connaitre Sibelius, affirmé Bartok et osé Schönberg.
Côté opéra Wagner, comme Puccini sont ses fers de lance et il excelle dans leur interprétation.
Il a enregistré la musique française et avait une passion pour le Pelleas  et Melisande de Debussy dont il a estimé en le gravant qu’il était l’aboutissement de sa vision musicale, préparant ses musiciens à cette visée.
Aujourd’hui on dénombre environ 600 enregistrements réalisés par le grand chef dans sa carrière entre la DG, EMI Classical et Decca.

Selon l’évolution des supports et des techniques d’enregistrement, son souci de perfection l’a amené à enregistrer plusieurs fois certaines œuvres, dont l’intégrale des symphonies de Beethoven qui restent le fleuron, la partie immergée de sa conséquente carrière.

Selon les œuvres il a également collaboré avec, ou fait connaitre, les grands concertistes devenus des références de la musique classique, en solistes ou en répertoire concertant.
L’exemple qui m’apparait le plus marquant est son enregistrement du Concerto pour Violon de Beethoven (toujours ce compositeur …) avec en soliste la toute jeune Anne Sophie Mutter, elle a … 15 ans et il faut souligner que c’est son second enregistrement avec Karajan à la tête du Philharmonique de Berlin, le premier ayant été réalisé à 14 ans, toujours chez DG, pour les Concertos pour Violon N°3 et N°5 de Mozart.
Là où aujourd’hui on se pâme dans une émission dite prodiges, ça laisse penseur.
Anne Sophie Mutter est aujourd’hui l’une des plus grandes figures internationales du violon classique.

600 enregistrements !
Comment faire et par où commencer…
Je vais réduire à 6, respect du chiffre oblige.
Ils seront présentés et décortiqués par deux, en trois chapitres, afin de donner à chacun des deux albums le temps d’être apprécié pleinement.

Et je vais voir un peu, pour commencer, dans le stock de Claude quelles curiosités et souvenirs se sont nichés.

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BELA BARTOK : Concerto Pour Orchestre. DG 1966.
Philharmonique de Berlin – Herbert Von Karajan.

C’est par cet enregistrement que j’ai découvert la musique orchestrale de Bartok et cette œuvre m’a réellement fasciné.
Bartok, pourtant, c’était très loin d’être acquis, même quelque part rédhibitoire…
La faute à ces Microkosmos, petites pièces pianistiques que, pour faire moderne, mais sans aucune pré-éducation requise, on nous mettait dans les pattes très jeunes, avec toute l’inventivité du compositeur et ce qu’un gamin pouvait prendre en l’état comme franchement bizarre … des mesures à 5 temps, des bi tonalités, des échanges entre mains…
Et en plus il fallait jouer « ça » … aux examens.

Mais voilà…
Cours d’analyse de Mr Tissot.
Le … concerto.
Et c’est parti, le dialogue entre pupitres et groupes d’instruments avec le Concerto dit Grosso (depuis j’ai toujours sur moi les Concerti Grossi de Haendel), puis l’évolution vers le soliste à la fois chef de l’orchestre (par exemple Vivaldi) et star de l’instrument, l’explication sur la cadença destinée à briller, souvent improvisée puis progressivement écrite pour être finalement figée.
Comme toujours un cours passionnant.
Et voici qu’il pose le sillon sur un concerto « moderne » qui reprend le concept initial du concerto grosso, pas de soliste, un mode symphonique, du fait de son écriture du XXe siècle et un jeu de pupitres, le tout enrobé dans la force créative du compositeur qui met en exergue la musique traditionnelle de son pays, la Hongrie.
Chef d’orchestre : Karajan.
Sensation n°1, ébahissement.

Devoir maison, écouter l’œuvre en suivant la partition, repérer les éléments mélodiques, les jeux orchestraux, faire ressortir les moments semblant issus des racines de musique populaire, comprendre les jeux de rôles instrumentaux…
L’habituel devoir d’analyse, quoi.
Et bien entendu lire et apprendre la biographie du compositeur tout en faisant une « recherche » avec les moyens de l’époque, on n’imaginait même pas l’ordinateur à la maison, alors, tu parles, internet … donc encyclopédie De Candé …

J’hésite…
Je file à la médiathèque ou bien je demande à Claude, forcément car Karajan, de me filer quelques francs pour aller directement à la Fnac me procurer le disque. Seconde solution adoptée et acceptée, me voici avec le précieux sésame en mains et sur platine.
Il est là, chez moi et je retrouve instantanément toute la fascination première que m’a procuré cet immense ouvrage.

Une orchestration d’une richesse phénoménale quasi, dirait-on aujourd’hui cinématographique.
Une musique qui se décline en cinq mouvements, avec une introduction mystérieuse aux contrebasses puis l’entrée par pupitres en touches diaphanes jusqu’à une ampleur orchestrale hors du commun.
Chaque mouvement très identitaire nous emmène avec lui dans un univers tour à tour pesant, énigmatique, dansant et jovial, puissant et ample, si ce n’est majestueux.
Jeu de cuivres, chant des bois, écriture généreuse des cordes, usage autre que de circonstance de la harpe ...
Et là, une interprétation d’un lyrisme, d’une profondeur, d’un réalisme et d’une vérité post romantique où Karajan excelle.
Avec lui, la partition prend tout son sens et reste d’une parfaite lisibilité tant de mise en valeur des pupitres (et l’enregistrement y et aussi pour quelque chose) que la prise de pouvoir émotionnel du matériau, au demeurant d’apparence complexe qui pourtant s’auréole là d’un affect immédiat.
Dès le premier mouvement avec ces contrastes, ces bois qui circulent dans l’atmosphère, ces cuivres brillants, fanfaronnants, militaires même, ces cordes à multiples fonctions, mélodies, ambiance, accents, renfort et densité … l’œuvre prend place et ne quitte pas l’instinct curieux et fasciné qu’elle a instantanément animé.
Ce sera ensuite un véritable festival de mise en valeur des timbres orchestraux avec l’éclairage sur des instruments habituellement utilisés en renfort qui viendront prendre ses parties solistes, s’emparer de mélodies issues des chants populaires ou y étant assimilés.
Des indications de tempo, pas réellement de précisions initiales jusqu’à une Elégie absolument bouleversante.

Découvrir ce Concerto pour Orchestre par le maestro Karajan est une expérience à vivre, intensément et il faut, de surcroit, mettre le son !
Il sera bon de l’associer à un autre concerto de Bartok, celui pour cordes, percussions et célesta, un ovni tant dans sa mise en musique que par l’idée de mettre ces instruments dans l’espace concertant.

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WAGNER – « Ouvertures et Préludes disque I & disque II » - EMI 1975.
Orchestre Philharmonique de Berlin – Direction : Herbert Von Karajan.
Chœurs de l’Opéra de Berlin (Tannhäuser) – Chef de chœur : Walter Hagen Groll.

Souvenir immédiat de ces écoutes soutenues avec Claude ces deux albums m’ont réellement immergé dans à la fois Wagner mais aussi dans le principe de direction de Karajan.
Complètement imprégnées de cette direction romantique tant que lyrique aux textures legato qui font s’enchevêtrer les mélodies, contre chants et élément orchestraux, ces versions synthétisant quelque part le Wagner orchestral m’ont profondément marqué.
Cuivres imposants, tournoiements ou profondeur expressive des cordes, martellement des timbales, jaillissement des percussions, douceur dramatique du chant des bois, toute l’image sonore de Wagner dès l’ouverture massive, puissante, dramatique, poignante de Tannhäuser s’est imposée à moi dès 15 ans.
C’est là que je me lance dans un immense exposé en plusieurs chapitres, au lycée, en cours de français, provoquant l’admiration et plus tard l’amitié de ma prof, à l’intitulé « Wagner et le pangermanisme ».
Wagner et ces deux disques prennent place dans mes écoutes aux côtés de Bowie, Genesis, Yes etc … et l’entrée en lice de Miles Davis.

Je vais devenir instantanément un jeune adorateur de Wagner, me souvenant, qu’enfant, à la maitrise j’avais été choriste dans Parsifal. Cela m’avait également marqué, pas avec la même profondeur, mais le mysticisme que dégageait cette musique en scène était tant imposant qu’oppressant.
De là est venue très rapidement ma réelle passion pour Tristan et Iseult que j’écoute encore « religieusement ».

Parfaits albums initiatiques de l’univers wagnérien, en dehors de toute considération vocale, puisqu’ici ce sont les préludes et les ouvertures qui sont à l’honneur et réunissant leurs plus célèbres, ces deux volets discographiques semblent essentiels pour qui voudrait découvrir le grand et décrié compositeur. De plus ils mettent l’accent sur certains opéras que l’on met de côté, souvent masqués par les célèbres Ring, Parsifal ou encore Tristan et Isolde, tels que Tannhäuser, Lohengrin ou le Vaisseau Fantôme et bien sûr les Maitres Chanteurs de Nuremberg.

Karajan est là, ultime, dans le rôle de passeur de cette musique. Et l’immense expression romantique qu’il insuffle à l’orchestre et à la partition semble n’être que la seule vérité face à cette musique.
Cette « vérité » sera difficile à contrer par la suite. Tant et tant de chefs se sont attaqués à Wagner, se rapprochant presque en mimétisme de Karajan, voulant s’en écarter mais en semblant dénaturer le sujet initial, que dépasser Karajan dans Wagner parait, même aujourd’hui – si l’on excepte les prises de son plus denses, puissantes, cinématiques, technologiques – insurpassable.
Tant de grands, d’illustres tels Solti, Barenboïm, Boehm, Boulez même, mais la palme de la pensée germanique par Wagner reste incontestablement figée à l’image sonore gravée par Karajan.
Il a marqué de son sceau – et c’est puissamment vérifiable dans ces deux disques – l’idée sonore de la musique de Wagner.
Et avec lui Wagner est devenu représentatif de la culture germanique.

Disque 1 (Karajan, de profil, qui emmène la musique vers les cieux, yeux clos, habité) :
Tannhäuser – Ouverture et musique du Venusberg : grandiose, immense, long (une face) et intense.
Lohengrin – Acte 1, prélude : lointain, recueilli, d’un legato et d’une justesse parfaits, univers wagnérien très réel, seconde partie d’une grande théâtralité avec des timbales poignantes et le jeu dramatique de montée chromatique pour l’apaisement final.
Tristan et Isolde – Prélude et mort d’Isolde : version obligatoire pour qui veut comprendre la symbiose Wagner-Karajan, chargée de la plus profonde émotion romantique. Dès l’entrée, le frisson puis le plus grand crescendo orchestral émotionnel de l’histoire de la musique va s’installer jusqu’au paroxysme de l’expression musicale. Cette version surpasse celle pourtant remarquable gravée live avec le Philharmonique de Vienne, sortie en CD avec Jessye Norman en tuilage pour l’air final. Ici le Philharmonique de Berlin est dans son élément. Cordes d’une formidable densité, cors puissants, bois d’une parfaite cohésion et justesse qui dessinent chaque trait mélodique à la perfection, progression par éléments juxtaposés gérée avec un tuilage rare. C’est là et par là que ma passion pour cet opéra s’est définitivement installée.

Disque 2 (Karajan, de face, tel Beethoven dirigeant l’une de ses symphonies, inspiré, puissant, volontaire, là encore complètement habité par la musique) :
Les Maitres Chanteurs de Nuremberg – Ouverture : Parfaite correspondance avec le Karajan de la pochette, l’album s’ouvre magistralement, tous cuivres et timbales dehors pour laisser place comme toujours chez Wagner à ces moments où bois et cors installent le moment idyllique, paysage mythologique, contraste entre puissance et rêverie. Le thème par les cordes avec les contre chants quasi fugués de cuivres, de piccolos et de flutes est somptueusement exécuté, là où, communément les cordes agressent dans les aigus, ici la puissance ne rime pas avec acidité du propos. Et cet opéra est à découvrir absolument, il recèle nombre de passages wagnériens à ajouter à la connaissance des usages de ce compositeur.
On sait où John Williams a puisé sa grandiloquence.
Le Vaisseau Fantôme – Ouverture : La tourmente, la tempête, la puissance des flots, l’âme errante, au lointain, l’angoisse et toujours ces moments posés dans l’espace-temps, aériens, où bois et cors s’autorisent la pause expressive. Rôle comme toujours imposant des timbales. Virtuosité orchestrale en particulier des cordes, très sollicitées dont la partition impose le détail, l’hyper justesse et la précision rythmique.
Le réalisme quant au propos, plus que l’impressionnisme qui viendra très vite.
Et toujours ces cadences apaisantes après de multiples enchevêtrements harmoniques.
Lohengrin – Acte 3, prélude : Brutalement symphonique, épique, martial.
Le Wagner symbolique du germanisme qui a forcément passionné Hitler.
Parsifal (drame sacré en 3 actes) – Acte 1, prélude / Acte 3, prélude : Conclure ce parcours de deux disques sortis en vinyle par cette pure expression de la beauté et du recueillement est l’objet wagnérien par excellence (drame sacré). Tout le poids mythologique, légendaire, mythique et profondément dramatique entre immédiatement en scène sonore dès les premières mesures et va s’intensifier de façon somptueuse et magistrale jusqu’à la fin de cette dernière face. Les aigus là encore sont caressés, exprimés avec pureté et la toile dramatique, mystique et spirituelle s’étale le long de ce temps définitivement suspendu, semblant s’installer sans fin avec comme seule conclusion possible : la mort, dont trois coups de timbales sonnent l’appel ultime et définitif, tel le glas.
Version impérieuse et obligatoire qui tient en haleine du début à sa fin et arrache des larmes d’émotions.

Pochettes, résumées : un Karajan yeux fermés, baguette au geste souple, figure post romantique habitée par la texture musicale qui se dessine sous son impulsion. Pas de costume queue de pie, pas de frac, juste un pull, simple, noir – sobriété, la musique d’abord.
A l’intérieur des vinyles, un livret historiquement détaillé et subtilement illustré qui augmente la fascination pour cette musique – on l’a dit, le support chez Karajan est tout aussi important que la musique elle-même. Il permet de la faire passer au plus grand nombre.
Karajan joue de son image de chef autoritaire, indiscutable et vecteur du romantisme, il a soigné ce « look » et avec ces deux disques, on retiendra aussi cette image de lui.

Reprendre l’aventure de ces deux disques m’a été tant difficile, car chargés de tant de souvenirs, mais profondément utile, me permettant de replacer Karajan à une plus juste valeur, à une réalité d’interprète indiscutable et inaltérable, qui est la véritable représentativité authentique de Wagner.

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Entre Bartok et Wagner, l’image sonore de l’orchestre philharmonique de Berlin sous la direction de son chef, « à vie » », Herbert Von Karajan a refait surface.
Avec environ 600 enregistrements qui ont contribué à l’essor et à la démocratisation du disque classique, il sera difficile de faire le moindre choix, d’autant que des œuvres, dirigées par Karajan j’en ai un paquet tant en vinyle, cd que k7 enregistrées.
Nous nous contenterons de 6 albums (je vais forcément faire des disgressions) – il y a tant de chef-fes à aller rencontrer - et pour le prochain chapitre nous irons explorer, en second lieu, Richard Strauss dont la reconnaissance doit beaucoup au grand chef d’orchestre.
Un compositeur à l’œuvre particulière, qui est comme un pont entre une fin du romantisme et l’inclinaison viennoise du dodécaphonisme de Schoenberg.
A l’identique, nous irons visiter l’univers si particulier et original de Sibelius que, là encore, Karajan a installé dans la sphère des mélomanes, profitant pour ce faire de son aura internationale.
Mais il va d’abord falloir qu’on reparle de Wagner et … de Debussy.

En attendant, plongez dans ces deux enregistrements (trois disques en fait, car Wagner est décliné en deux volumes) et revenez me donner vos ressentis.









 






 

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