CES BONS VIEUX VINYLES (03) … Versant Jazz (!) - O.N.J 87 - Sylvin Marc - George Gruntz - Tom Scott
CES BONS VIEUX VINYLES (03) … Versant Jazz (!)
Je rouvre la boite de Pandore, emplettes au dernier Vinyle Market, de très
belles trouvailles, des curiosités, et aussi des doublons cd-vinyle, afin de
changer de chaleur sonore.
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« O.N.J.87 », direction Antoine Hervé – MFA/Label Bleu 1988
Antoire Hervé : direction musicale, piano, Emulator | André
Ceccarelli : batterie | Jean Marc Jaffet : basse | Nguyen Le :
guitares | François Verly : percussions | Philipe Guez : claviers |
Denis Leloup, Glenn Ferris : trombones | Jacques Bolognesi :
trombone, trombone basse, accordéon | Didier Havet : tuba, trombone basse
| Philippe Slominski, Antoine Illiouz, Michel Delakian : trompettes,
bugles | Jean Pierre Solves : saxophone baryton, clarinette basse, flûte |
Alain Hatot, Gilbert Dall’Anese, Francis Bourrec : saxophones.
Guests :
Gil Evans : piano on « Orange was the Color of Her Dress »
Didier Lockwood : violon on « Babel Tower »
Eric Lelann : trompette & Dee Dee Bridgwater : chant on
« ‘Round about Midnight ».
Je vais commencer par le complément d’un des chapitres vinyliques précédent, il
y avait le premier O.N.J, celui de 86, François Jeanneau.
On attaque l’ascension O.N.J avec le second palier, celui obligatoire,
excellentissime, unique et original que mis en route Antoine Hervé.
Antoine à l’époque n’en était pas à son premier Big Band, je le suivais déjà
passionnément et son écriture tant en compositeur qu’en arrangeur avait tout
mon attention.
Cet album est représentatif de la crème innovante que le jazz français pouvait
produire et procurer en ces années 80. Ces années, en production musicale
furent déterminantes et au-delà de l’étiquette très fâcheuse « années
80 » récupérée par les animateurs de tous genres et poils, si l’on veut
bien se pencher sur la question, il faut admettre que côté inventivité,
liberté, rayonnement, possibilités dues à l’explosion totale du disque c’est
quand même le pied.
On en a vachement profité !
On pouvait gagner très correctement sa vie avec le bal (et jouer ce qui nous
saturait à l’époque et qu’aujourd’hui on reconsidère avec une oreille nouvelle
et un relent de nostalgie). Et ce n’est pas pour rien que la radio de ce nom
puise sa journée dans les « tubes » de cette décennie bénie.
Les aigris du punk n’y trouvèrent pas la chaussure à leur pied (ou presque
pas), mais le rock a pris une dimension d’universalité peu commune.
Normal on pressait des vinyles à tour de bras.
Pas pour rien que ça s’appelait une … industrie.
Le jazz, dans tout ça en a largement bénéficié.
Oser était possible, créer sans reprendre les sentiers rabattus du jazz
américain de standards était devenu logique et même concurrentiel.
Il y avait des jazz clubs partout qui accueillaient (même s’ils se plaignaient
déjà de leurs difficultés budgétaires, qui furent infimes rapports aux lieux
live d’aujourd’hui) toute sorte de groupes, de musiques, qu’elles soient jazz
rock, jazz pur et bien dur, free, petites, moyennes grandes formation, swing,
nouvelle orléans, dixieland, blues bref tout s’y mêlait dans la plus belle
ambiance et tolérance.
En France ces années profitèrent pleinement à l’éclosion d’une identité
française du jazz et nombre d’artistes ont bénéficié de cela (malheureusement
nombre d’albums de cette fabuleuse période eithties ne sont pas réédités).
Beaucoup sont réunis ici.
L’O.N.J était un fédérateur et Antoine Hervé a été l’un des acteurs essentiels
de cette éclosion.
L’O.N.J a fait leur succès, pour certains et en a confirmé d’autres.
La lecture de leurs noms l’indique sans chercher plus loin. A part
quelques-uns, repassés dans l’ombre des clubs, suite à ce moment éclair mais
décisif ou ayant décidé, souvent, de partir dans l’aventure de l’enseignement,
on a là un collectif de pointures made in France.
Sans parler des invités…
Cet O.N.J 87 est l’un des crus que je préfère.
Antoine Hervé est un médiateur musical aussi barré qu’inventif, aussi original
qu’exigeant, aussi excellent au piano (son immense solo dans « sous les
lofts de Paris ») qu’à la direction, aussi inspiré en tant que compositeur
que tributaire d’un immense savoir en matière d’orchestration et arrangement
(le moderniste « desert city »).
L’orchestre est lumineux.
Pupitres comme solistes sont mis en évidence avec un soin d’écriture, relayé
par une prise de son absolument exceptionnelle.
Face A :
« Orange was the Color of Her Dress ».
Et dès l’introduction pianistique signée Gil Evans on fait un flashback sur
l’identique que Gil a inscrit dans les mémoires de ses amateurs, un rappel
instantané qui ouvre solennellement l’album. Gil Evans reste un pilier, un
shaman, un personnage mythique tant que mystique à la tête d’une secte
accueillant à foison toute la jeune génération américaine des musiciens de jazz
pour jouer libre, bordélique, expérimental mais jamais indécis ou imprécis. La
précision chez Evans ne se mesure pas temporellement de la même manière que
d’autres – forcément, cet immense artiste est venu d’ailleurs, d’une autre
planète ou d’un autre espace que celui que nous connaissons, d’une autre
temporalité.
Et ce thème (joué tel avec une intro absolument déterminante pour identifier ce
nouvel O.N.J) de Charles Mingus, autre personnage mystérieux et novateur, est
certainement là, représentatif de la zone d’influence que cet O.N.J 87 a en ADN
jazzistique.
Ca y est, on est bien assis et après l’expression du thème/solo envoutant de
Glenn Ferris, on sait qu’on peut décoller. On assiste là à la perfection
décalée et c’est d’entrée de jeu absolument terrifiant de magie.
« Babel Tower »
Pour cette composition au beat africain, l’O.N.J invite Didier Lockwood et pour
moderniser tout ça, Antoine Hervé s’offre une échappée sur l’Emulator - E-mu Emulator — Wikipédia
– qui lui permet de partir en explorations.
La cadenza-solo de Mr Lockwood est, sur piano et toiles de synthèses rejointes
par le groove souple de Jaffet-Ceccarelli, d’une grande dimension musicale.
L’écriture orchestrale parait minimale, mais elle est destinée à mettre le jeu
violonistique en valeur et D.Lockwood va d’ailleurs sortir de sa panoplie de
pédales d’effet celle qu’il a apprivoisé pour installer sa marque identitaire
électrique.
« Desert City » va chercher dans le plus profond des espaces étouffants,
on bouche les trompettes, on jungle les tubes, on fait couiner les saxs façon
ellingtonienne, évoqué mais pas imité. Ecriture très proche d’une musique
contemporaine qui se revendiquerait jazz, ou d’un jazz qui plonge dans la muse
contemporaine. Certainement le titre que bon nombre auront trouvé
« étrange » - mais personnellement c’est bel et bien cette étrangeté
qui m’attire et quelque part, me fascine, car elle ne fait appel à aucun
référent commun.
« The Slinker », une composition du pianiste Daniel Goyone se voit
surmultipliée, sur ostinato, de pêches rythmiques soutenant et ponctuant le
thème, tortueux, complexe, saccadé, intense. Philippe Guez offre un solo de
synthé lead perçant et nerveux. On pensera parfois à Weather Report version
grand orchestre. Et on n’aura pas tort – il y a là énormément de similitudes,
comme si, sans W.R l’album solo de Shorter « Atlantis » croisait
celui de Zawinul « Dialects » pour fusionner vers un W.R ultime où
leurs nouvelles directions se recroiseraient.
Face B :
« Sous les lofts de Paris » est certainement l’une des compostions
qui m’a le plus touché musicalement et émotionnellement parmi l’ensemble des
O.N.J, ce qui est un constat conséquent.
C’est probablement la mise en valeur de l’accordéon de Jacques Bolognesi,
sensible, sensuel, d’une rare finesse et cette écriture inscrite sur le gimmick
de piano qui font que, dès l’introduction on voit la musique s’emparer de nous
… pour quinze minutes.
Ce titre est un rêve éveillé, il offre une palette de couleurs absolument
impressionnistes et c’est en tout cas ainsi qu’à chaque fois que je trouve le
temps de l’écouter, il s’affiche en moi.
Là encore le tandem Jaffet-Ceccarelli est ahurissant tant de mise en place que
de vélocité, inventivité et rigueur du respect d’écriture.
La seconde partie qui ouvre le solo de bugle somptueux de Michel Delakian sur
ce fond simili bossa est instantanément épidermique. Sensibilité du solo, faculté
du bugle à créer l’émotion, gestion harmonique de l’écriture background des
cuivres ?
Puis Dédé va secouer le cocotier et à grands renforts de synthés pour un tutti
fracassant l’ambiance va repartir en rêverie pour réinitialiser le thème, au
bugle.
Antoine offre un solo très hancockien qui fait mouche et le met en grand écran,
il excite ses comparses rythmiciens et il va progressivement faire que son solo
s’inscrive dans l’écriture du titre. L’orchestre reprend alors ou extrapole ses
voicings et il va stimuler ainsi l’ensemble dans cette montée d’une rare
intensité. Ce solo est de ceux qui marquent et dont la pertinence et l’acuité
font qu’on ne sait s’en passer ou lasser.
Mais il faut toujours une accalmie et sur quelques derniers appuis pour apaiser
tout ce beau monde, l’accordéon va reprendre son thème initial ce qui va
permettre à Nguyen Le d’en faire, à la fois, solo et variation, progressivement
sous incitation orchestrale. Derrière le solo immense d’Antoine Hervé, il
n’avait pas vraiment d’autre solution que de sortir la grosse artillerie jazz
rock.
Et dans le domaine, il excelle.
La coda est gigantesque, le titre aussi.
Sous les lofts de Paris -
YouTube
« ‘Round Midnight » terminera l’album et sera censé le calmer.
Pour l’occasion Dee Dee Bridgewater, plus vocaliste que chanteuse du thème va
surgir toute vibrante, de l’orchestre qui propose là un arrangement tout en
éclats, en lumières.
Gros break de Dédé pour le tutti qui va ouvrir le champ d’action à un
extraordinaire solo de trompette de Eric Lelann, de ceux qu’on aime à viser
quand on parle Big Band et que, de là, au fond, un aigu suivi de traits véloces
perce et que la richesse de l’instrument, musclé, tonique, tonifiant inonde la
musique. Petite fin rhumbaïsante comme il se doit.
Dee Dee a repris la main, un dernier accord, tendu, cependant apaisant et on se
dit qu’on prendrait bien un second tour d’O.N.J Antoine Hervé, car si le prochain
album de son orchestre national de jazz est de cette trempe, il s’inscrira
forcément dans les mémoires de cet ensemble.
Avec lui, la légende s’est installée et l’O.N.J est devenu et resté, pour les
amateurs et musiciens de jazz, leur référence.
Absolument génial.
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GEORGE GRUNTZ CONCERT JAZZ BAND : « CG-CJB » | MPS 1979.
George Gruntz : direction, arrangements, keyboards | John Scofield :
guitar | Mike Richmond : bass | Elvin Jones : drums.
Earl Gardner, Americo Bellotto, Alan Botchinski, Palle Mikkelborg, Benny
Bailey, Woody Shaw, Franco Ambrosetti : trumpets.
Jim Knepper, Eje Thelin, Mike Swerin, Runo Eriksson : trombones.
Howard Johnson : tuba, bariton sax, bass clarinet.
Jerry Dodgion, Lew Tabackin, Alan Skidmore, Bennie Wallace : saxs and
flutes
Lois Colin : harp.
Mais plus j’écoute, plus je trouve des albums de George Gruntz, plus cela me
réjouit.
Celui-ci ne fait pas exception à la règle d’or.
Qui plus est parmi son orchestre il y a là quelques très grosse pointures qui
viennent apporter leur pâte, leur personnalité, leur talent à ces compositions
avouons-le, absolument magnifiques.
Et même écrites et arrangées relativement à leurs présences respectives.
En premier lieu, Elvin Jones, la figure emblématique du quartet de John
Coltrane en tête de liste, au jeu toujours aussi fouillis et global qui
insuffle à l’orchestre une dynamique torride. C’est d’autant plus exceptionnel
qu’Elvin, en Big Band c’est une donnée assez rare. Il est complété par Mike
Richmond, grande figure de la contrebasse-basse jazz.
John Scofield, instantanément reconnaissable, qui à chaque fois qu’il pose ses
doigts sur son manche de guitare offre le sentiment qu’avec cet instrument
toutes les idées sont possibles.
Côté trompettes entre Franco Ambrosetti dont chaque album solo est un régal,
Palle Mikkelborg qui a écrit pour Miles. Et Woody Shaw, la sommité du hard bop
avec Freddie Hubbard, on a de quoi dresser l’oreille.
Parmi les trombonistes, on remarque la présence de Jim Knepper que l’on voit
souvent en diverses sessions.
Et parmi les saxophonistes, Lew Tabackin ne fait pas partie des inconnus, je
remarque le fantastique ténor Bennie Wallace dont j’ai plusieurs albums et tout
de même Howard Johnson.
Certes c’est bien de réunir du beau monde sur la pochette mais dans les
sillons, ça donne quoi ?
Eh bien, ça donne un album d’un niveau de jeu, d’écriture, d’inspiration, de
qualité et de jeux de rôles absolument génial.
L’album se divise en deux parties, une a été enregistrée au studio MPS à
Villingen (22 & 23 septembre 1978), l’autre en concert au Schauspielhaus à
Zurich (01 octobre 1978).
La cohésion de l’ensemble frise la perfection, l’énergie et la tonicité qui
émanent du jeu des musiciens de même que leur motivation profonde à transmettre
cette musique sont évidentes.
A side
« Destiny » ouvre le festival en feu d’artifice.
Il faut remercier les invités … et quoi de plus normal que d’offrir à Elvin le
premier tour de force. A peine le tutti exposé, puissamment, nerveusement, il
entre avec fougue, bordélique à souhait, tout grognement dehors,
indescriptible, inégalable – Elvin.
Faire repartir l’orchestre après un tel déluge sonique, ça a dû être chaud…
mais voilà, c’est fait en un petit thème transitoire aux saxs renforcé en
crescendo par la section des cuivres.
John est prêt.
Et immédiatement, en second invité, il prend la parole.
Comme à son habitude, il crée la surprise.
Un jeu complexe tant que fluide et pourtant tellement ancré dans le blues,
c’est ce qui est toujours incroyable avec lui : ce sens du détour des
usages absolument unique.
Ici il ne joue ni plus ni moins que blues, de la façon la plus guitaristique
qui soit, mais c’est sa façon d’amener les phrases, les traits et le sens qu’il
leur donne qui fait toute la différence.
Il va falloir cependant qu’il redouble d’insistance pour dépasser le spectres
des riffs massifs qui interviennent en background au fond de la seconde partie
de son solo.
Place au dernier invité, Palle Mikkelborg qui sort, pour l’occasion, le bugle
et éclaire de traits riches et rapides la fin du titre (John ne cesse de
l’agacer avec des accords en rythmique qui vont faire revenir le background
puissant d’accompagnement duquel il s’extirpe avec des aigus incroyables et
énergisants comme une canette de Red Bull).
« Morning Song of A Spring Flower » démarre tel que Gruntz aime
souvent à le faire, en usant de claviers synthétiques pour créer une
« atmosphère » et sur celle-ci, c’est, cette fois, Franco Ambrosetti
qui se saisit du bugle. L’orchestre ne tarde pas à entrer en lice, un jeu
d’écriture choral, Elvin joue balais et baguettes, le tout est véritablement
chatoyant, rutilant même.
Le jeu d’atmosphères dans lequel s’inscrit délicatement la harpe (on y
reviendra) va progressivement se décliner vers un swing poussé par Elvin,
parsemé de flûtes magiques (riffs ou contrechants), renforcé de cuivres
ardents.
Un délicieux drone de harpe et John reprend la parole sur une longue plage où
s’étirent des flûtes, où crient des cuivres pendant qu’il égrène son solo d’une
fluidité incomparable pour laisser la coda à Franco.
B side
« Napoleon Blown Apart » - vole en éclats…
George Gruntz, prend sa parole pianistique après avoir, là encore, introduit
l’affaire tout en synthés. La valse s’installe, il chope son lead certainement
mini moog et le festival d’emboitements cuivrés peut commencer.
Le thème circule entre les pupitres, l’écriture est dense et complexe, Elvin
pousse le ¾ avec l’insistance de son jeu déstructuré habituel.
Premier solo intense de Alan Skidmore au sax ténor stimulé par Mike Richmond et
surenchéri par Elvin, puis ce sera au tour de Jerry Dodgion, à l’alto, sur
principe similaire.
John trouve toujours la brèche pour placer ses traits querelleurs, Elvin va
conclure en breaks solo et laisser passer Lew Tabackin pour une dernière
intervention avant qu’un tutti des plus énormes ne vienne poser l’espace
conclusif.
Napoléon a explosé en vol.
Piano, harpe… et voilà le moment inattendu.
« Cinderella Friday Night » met en introduction surréaliste, la harpe
(Lois Colin).
Tellement rare cet instrument et tellement assujetti en écriture à une
véritable connaissance là où tant se contentent de quelques arpèges d’effets
orchestraux (même en classique où elle est souvent reléguée à ça) qu’il faut
vraiment profiter pleinement de ce moment musical trop rare dans le domaine du
jazz.
Cendrillon-Cinderella s’envole donc, se casse, prend la tangente, en traits,
bondissement – fuyants sous les cordes diaphanes de la harpe puis…
Il est … minuit à l’heure du club.
Palle Mikkelborg, prince planté là, dépité, en un jeu mi bugle mi vocal prend
la main et explose le spectre de façon free, sur les débris de tambours
qu’Elvin s’ingénie à rouler.
Il use d’un cliché thématique (amusez-vous à retrouver le titre de cette
mélodie) qu’il va détourner, poser en citation, de façon hasardeuse avant de se
lancer sur un drone de contrebasse en pédale harmonique vers les cieux. Le
prince est énervé, sa belle a décampé.
Un tutti, les recherches vaines de son assistant Alan Skidmore, même Scofield
s’y met, puis tous… !
Rien à faire, ils vont rester là, pantois, énervés, courant en tous sens, en
toutes directions, de façon anarchique et libre et ce n’est pas ce shuffle de
dernier instant les réunissant globalement et duquel Scofield s’extrait qui va
y changer grand-chose.
Ainsi, en un général fouillis organisé et organique va se clore l’album, sous
les applaudissements effrénés d’un public qui sait qu’il vient d’assister à un
moment musical exceptionnel qui, fort heureusement existe en partie sur (cet) enregistrement.
Il y a bien d’autres albums de George Gruntz.
Il faut les visiter et en prendre plein les oreilles et ceux captés live sont
réellement ahurissants.
Celui-ci ne déroge pas aux autres.
The George Gruntz Concert
Jazz Band – GG-CJB (1979) - YouTube
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TOM SCOTT : « Desire » | Elektra Musician 1982.
Tom Scott : Alto, Tenor and Soprano Saxophones, Lyricon | Vince
Colaiuta : drums | Neil Stubenhaus : bass | Buzzy Feiten, Mike
Landau : guitars | Victor Feldman : piano, rhodes, oberheim, organ |
Micheal Boddiker : synthesizers, vocoder | Michael Fisher :
percussions.
Jerry Hey Horn Section feat :
Jerry Hey, Chuck Findley : trumpet, flugelhorn | Ernie Watts, Pete
Christlieb, Jim Horn : saxophones, clarinets, flutes | Dick Slide Hide,
Bill Reichenbach : trombones.
Stephanie Spruill : vocals (« meed somebody »)
Richard Page : vocals (« sure enough »)
Alex Brown, Julia Waters, Maxine Waters, Steve George, Carmen Grillo :
backing vocals.
C’est avec cet album puis directement celui enregistré avec le L.A Express que
j’ai découvert la carrière solo de Tom Scott.
Son nom, fin seventies et pleines eighties on le voyait partout en sessions,
comme saxophoniste en solo ou au cœur de sections à pâlir, mais également très
souvent crédité arrangeur.
Je me suis d’ailleurs énormément inspiré de sa « façon » très directe
d’arranger, entre jazz, combo rythm’n’blues et tout cela dédié véritablement au
pop song.
Et puis j’ai toujours eu en l’esprit l’un des solos dont je ne peux me lasser
tant il est inspiré, mélodique et pêchu, celui de « Anteres, The
Star » qui ouvre l’album live de Billy Cobham
« Alivemutherforya » et où il fait merveille avec le sax synthé qu’il
utilise aussi ici, le Lyricon.
Je regarde la pochette…
Whaou, c’est des jeunots, là encore … mais quel « casting ».
Même Vinnie Colaiuta s’appelle encore en sessions Vince, c’est tout dire.
Cet album a bien vieilli, a bien marqué son temps aussi.
Il fait partie des sorties de route du jazz-rock pour entrer de plein pied dans
le jazz-fusion et ne peut encore être connoté smooth jazz.
Tom Scott est un habitué des studios, on ne peut compter le nombre d’albums
auxquels il a prêté son talent et ça couvre tous les genres entre jazz, soul,
rythm’n’blues, pop calif’, rock, disco, funk, groove… la palette est vaste et à
chaque fois, comme pour son ami Ernie Watts (présent ici), on sait le
reconnaitre.
On reconnait le Tom Scott saxophoniste, qui sait faire gueuler ses saxs (alors
que beaucoup d’autres ont une préférence pour tel ou tel – alto, ténor,
soprano) et reste bluesy, jazz mélodique dans ses interventions, avec cette
sonorité qui reste malgré tout feutrée.
On reconnait l’arrangeur Tom Scott, l’un des plus sollicités par Steely Dan,
groupe emblématique auquel il a apporté une couleur cuivrée totalement
identitaire. Et cette identité, c’est justement et directement, celle de Tom
Scott.
Il va l’importer partout et l’emporter partout avec lui cette identité et dans
ses albums solo (tous absolument excellents, (les plus récents s’étiquetant
smooth jazz, ce qui, au regard de sa sonorité semble légitime) elle est
immédiate, efficace et directement discernable.
1.
L’album s’ouvre avec le titre « Desire », érotiquement exprimé par
une petite voix féminine enveloppante. Et la fascination de cette immense
aisance musicale commence par le rythme inventif de Vince avec cette base de
Neil « en l’air ». L’arrangement des cuivres dépasse l’anecdotique et
il faut vraiment le prendre en compte et là-dessus Tom surfe, équilibriste,
funambule, trapéziste de la plus haute expérience.
« Sure Enough », archétype d’un certain mode funk eighties aux
formules contrastées s’enchaine sans hésitation poussé par des guitares (où
l’on peut reconnaitre, si l’on connait les albums de Full Moon, Buzz Feiten).
Chant mi falsetto-soul de Richard Page et le solo de Tom… bah bah bah…
« The Only One », une composition balade où, si l’on connait le
saxophoniste, on reconnait là aussi immédiatement son mode d’écriture. Il a
sorti le lyricon et franchement, rares sont ceux qui peuvent surpasser le jeu
expressif et quasi mélancolique qu’il en tire. La mélodie est absolument
superbe, le phrasé qu’il lui interprète, legato à souhait donne une vie à cet
instrument synthétique absolument unique. Ambiances de synthés et magnifiques
parties de guitares. Vince n’est pas encore le batteur fracasseur que l’on
connait aujourd’hui et son inventivité tant que pertinence est
inaccoutumée. Superbe solo de Victor
Feldman au rhodes.
« Stride ». Une intro souple, des cuivres compacts, le lyricon et
c’est parti avec un gros unisson, bien rock, énorme, pesé par Vince. L’écriture
est au cordeau, rien n’échappe à ce titre où les phrases bluesy, rythm’n’blues
pleuvent en clichés, comme une pluie bienfaitrice.
Orgue + cuivres l’addition qui fait le truc.
Les breaks de Vince sont incroyables et puis le voilà, Tom, solo magistral
bourré de feeling, qui se répond à lui-même entre sax et lyricon ponctué de
sections cuivre. Et pour celles et ceux qui voudraient mettre un bonus à Victor
Feldman, c’est là qu’il faut prendre conscience de l’immense valeur de ce
pianiste souvent relégué en fond de sessions.
Et purée, quel thème, quel arrangement, quelle puissance !
2.
« Johnny B Badd ».
Allez, un petit cliché rock’n’roll bien pastiche.
Sax et guitare saturé pour le gimmick d’intro, thème comme sorti de la voix
d’Elvis.
Tous les critères sont réunis et même les chœurs viennent renforcer le sax
chanteur qui s’esseule dans un pont de quelques mesures.
Solo certainement signé par Mike Landau, encore un artiste à (re)connaitre –
au-delà du cliché amusette (ils ont bien dû s’éclater et Vince qui a l’habitude
de ce genre de pastiches avec Zappa, s’amuse ici à glisser de nombreuses trappes
festives et techniques), c’est un sacré titre.
« Meet Somebody » et son rythme syncopé chanté de façon sensuelle par
Stepahnie Spruill fait le pendant face B à « Sure Enough » par
Richard Page. La parité est respectée. On n’y fait jamais trop attention quand
le chant prend le spectre mais là encore les arrangements de section cuivre,
c’est un modèle d’école et puis au tutti qui transpose on prend vraiment la
mesure de l’arrangeur conséquent qu’est Tom Scott, relativement discret ici au
sax (mais … où il faut, quand il faut) sur cette fausse balade sucrée.
Le duo Vince-Neil pff, tout de même… grande claque.
« Maybe I’m Amazed » va chercher le churchy, le gospel song et Tom a
empoigné son ténor pour le chanter et son chœur, c’est simplement une chorale
de cuivres, dense, intense, et poignante. Trombone avec basse en écriture pour
forcer le trait. Le jeu et solo de Tom est bluesy et sensible à souhait et les
guitares apportent la touche décisive. Neil va creuser le groove vers le slap
et Victor a sorti le grand jeu churchy (et grand piano). Tom se bat contre son
arrangement et fait gueuler son sax ténor comme son ami Dave Sanborn l’aurait
fait avec son alto. Ce titre est magistral !
« Chunk’o’Funk » va clore ce disque de façon rock toutes guitares
saturées devant. Tom veut-il par-là enterrer les restes du jazz-rock qu’il
connait là encore trop bien et passer à … la suite. Un titre
testamentaire ? Pourquoi pas ?
On reste stupéfaits par cette section rythmique aux astuces originales, à la
présence saisissante. De synthés d’atmosphère hyper orchestrés et solos de
guitares sortis du mur du rock, de solos de sax surchargés d’inventivité,
d’agrément essentiels de pianos et de cuivres à l’écriture raflant tout sur son
passage, voilà un album absolument enthousiasmant, carrément jouissif.
Et la prod sonore Elektra Musicians, c’était aussi … quelque chose.
Tom
Scott - Desire (Full Album) - YouTube
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SYLVIN MARC : « Nite Life » | Cream Records 1983.
Sylvin Marc : basses, batterie, percussions, piano, voix | Manu Katche,
Kirt Rust, François Laizeau : batterie | Olivier Hutman, Francis
Lockwood : claviers | Kamil Rustam, Patrice Raux, José Palmer, Jean Michel
Kajdan, Nicolas Fiszman : guitars | Yvon Guillard, Eric Lelann :
trompettes | Alain Guillard, Pierre Louis Garcia, Richard Raux : saxs |
Steve Shehan : percussions.
String Section : Pierre Blanchard, David Rose, Patrice Mondon, Jean
Philippe Audin.
Vocal Section : Carol Rowley, Serge Ponsar, Martha Marc, Naïma Marc.
Le disque jazz-fusion à la française parfait, dans la lignée des albums de
Didier Lockwood, chargé de multiples influences (jazz, bossa, latin-jazz, funk,
cuivres écrits à la Brecker Brothers…).
Une production sonore de très haut niveau, d’une profondeur et d’une clarté
incroyables.
Dans les eighties, nos requins de studio, à nous, se réunissaient souvent amicalement
et chacun y allait de son petit album.
Enfin quand je dis petit … on est très loin de ce superlatif.
Ici, en 1983, avec « Nite Life », nous avons droit à un album de
haute volée.
Côté personnel, c’est un mix entre l’équipe Jonasz et Didier Lockwood avec en
sus les stars cuivres du moment dont l’excellent et inspiré Eric Lelann, Raux,
les frères Guillard...
Sylvin Marc est un bassiste assez exceptionnel, son groove associé à Manu
Katché (et aussi Kirt Rust) est redoutable et il offre des solos bien sentis au
fil de l’album.
Il a composé la plupart des titres à l’exception du « Zebulon Dance »
de Didier Lockwood, l’un de ses titres phares et du titre éponyme de l’album
« Nite Life » composé par
Kamil Rustam.
Et il est également un arrangeur remarquable puisqu’il signe là tous les
arrangements qu’ils soient cuivres ou cordes (à quelque exception prêt).
Cet album se devrait de figurer parmi ceux à posséder dans le long listing jazz
français dont les eighties ont été prolixes.
Il y a certes, un côté kaléidoscopique qui ratisse large, mais au-delà de cette
diversité de styles, une réelle unité musicale et une forte personnalité s’en
dégagent.
Un peu comme ces albums de Jonasz qui en dessous des textes proposent un panel
musical varié et en correspondance aux textes.
Là, bien sûr, pas de textes, ce qui n’empêche cette « comparaison ».
Face A.
Avec, dès le commencement, « All right Take it easy » tout en slap
luminescent, l’incontournable Manu et ses trucs et astuces, ses cuivres écrits
à la Brecker, son funk comme sorti d’un album de George Duke et le solo lead
synthé de Francis Lockwood, le ton est plus que donné – ça va être la grande
classe. Ici pas de trucs alambiqués, pas de prise de tête comme lors d’un album
de Debarbat chroniqué précédemment dans le même registre de vinyles – on y va
directement et ça éveille les sens, funk addictif.
« You’re so good and so bad » où Olivier Hutman, directement sorti de
chez Chute Libre empoigne son moog bass pour intensifier tout ça n’est pas qu’une
simple confirmation. C’est gigabeat.
Ils sont … très forts…
Après ce déluge funkoïde, on va passer à « Brother Congo » -
changement de registre batterie avec Kirt Rust et là c’est Eric Lelann,
décidément bien présent en sessions dans ces eighties qui va ouvrir le thème
unisson avec la basse, un thème dans la lignée post hard bop qui va propulser
Jean Mi (Kajdan) sur le devant soliste. Sylvin démonte tout avec son solo et
Lelann va enchainer en beauté. Jamais anecdotique ce trompettiste. Je suis allé
l’écouter en concert à cette grande époque – quel excellent souvenir musical !
Mais laissons le frangin Francis Lockwood, avoir le mot de la fin, ce pianiste
excellentissime dans l’ombre de Didier pour lequel j’ai tant d’admiration.
« Pour Martha et Naïma » sera le titre fin de face A. Intro claironnante
pour cette bossa pur jus au thème en section cuivre exprimé par les frères
Guillard. Superbe.
Face B
« Nite Life ».
Un bon beat 16 poussé par Manu, un thème très Calif’, ensoleillé. Voiture décapotable,
long road de bord de mer, soleil, palmier, Kamil s’est rapproché de Benson-CTI
pour un week-end à L.A et Sylvin pousse l’essentiel solo en fretless – celui de
SON album. Le genre de thème que je reprendrais bien tiens, pour « changer ».
Section cordes réelle douceâtre, super rythmique de Francis sur son Yam CP et
Kamil va conclure à la Earl (Klugh).
« Pangalana », va éveiller et secouer en mode samba-jazz. Le thème
est tortueux, la section Raux-Lelann envoie de l’efficace d’autant que le
moment en trois temps implique une attitude musicale radicale. C’est ciselé,
hyper bien écrit et arrangé et demande un jeu très précis. Solo de violon de
Pierre Blanchard, électrifié sans effets spécifiques, plus Ponty que Lockwood –
sympa.
Les amateurs de jazz pur et dur vont se prendre une grosse claque sur le trio
Raux, Marc, Laizeau avec le titre modern-bop « Maglawazy », le genre
d’ovni musical d’un tel niveau que c’en est bluffant.
Et puis il invite, avant de terminer, ses enfants, sa famille qui a dû assister
aux enregistrements avec son autre famille musicale. Pour chanter une petite farce (« t’es complètement
débile »), histoire de les intégrer à ce moment certainement particulier
de sa vie que le fait d’enregistrer cet album.
Et la version du titre de Didier Lockwood, interprétée à la basse fretless sur
nappes féériques et aux textures amples du frangin Lockwood conclut l’album en
grande classe.
Sylvin Marc "Nite
Life" - YouTube
Sylvin Marc – You So Good
And You So Bad – Nite Life (Kamil Rustam, Carol Rowley, Serge Ponsar) - YouTube
Sylvin Marc – All Right
Take It Easy – Nite Life (Manu Katché, Francis Lockwood, Serge Ponsar) -
YouTube
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4 chaleurs vinyliques à écouter dans le plaisir le plus total.
4 petites merveilles, trouvailles qui enchantent.
Plongez, suivez les liens (souvent de vinyles rips) et revenez donner vos avis
avisés.
Et c’est idéal pour le week-end que je vous souhaite calme et apaisé.
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