SI VOUS AIMEZ LE JAZZ … (12).

SI VOUS AIMEZ LE JAZZ … (12).


Commençons donc cette nouvelle année 2026 tout jazz dehors.
On reprend là le fil des playlists, format idéal K7 à deux faces, qui, bien que ce support n’existe plus (il a cependant de nouveaux émules), avouons-le est idéal avec ses deux fois 45mn de timing.

Alors ouvrons la face A.

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01. DUKE ELLINGTON : « Harlem Speaks » - Album : « it don’t mean a thing, classic recordings vol2 1930-1934 » | Naxos Jazz Legends
Otto Hardwick : Barney Bigard : clarinets, saxophones | Harry Carney, Johnny Hodges : saxs | Arthur Whetsol, Coorie Williams, Freddy Jenkins : trumpets | Fred Guy : guitar | Lawrence brown, Juan Tizol : trombones | Welman Braud : bass | Sonny Greer : drums | Duke Ellington : piano.

Et plongeons directement dans ce swing trépidant aux accents jungle directement sortis des revues du Cotton Club, à Harlem.
Lieu emblématique tant musicalement que socialement.
Duke y a fait contrat, y a fait ses armes et y a peaufiné sa musique, originale, unique, mélange de blues, de polka, de ce qui deviendra le swing et de racines africaines.
Juan Tizol est au Valve trombone et fait l’atmosphère sonore éléphantesque qui colle à l’image que suggère cette musique.
En détaillant on a une idée de l’incroyable degré professionnel des musiciens, formidables improvisateurs et metteurs en scène sonore du propos. Avec les techniques d’enregistrement balbutiantes de cette époque le rendu est malgré tout très précis.
Thème, impros, thème et collective pour conclure, un schéma en usages dans ces titres.
Duke en toutes époques de sa vie a été un compositeur et un orchestrateur tour à tour génial et de grand talent, ces débuts furent, avec de tels contrats permettant d’affiner et peaufiner son style et de contrôler les possibilités orchestrales décisifs pour son évolution, sa carrière et son savoir-faire.
Et ça swingue grave, jumpy-toyablement !
Aie aie aie !

02. MARCIN WASILEWSKI TRIO : « The Cat » - Album : « January » | ECM 2008.
Marcin Wasilewski : piano | Michal Miskiewicz : drums | Slawomir Kurkiewicz : bass

Ils sont polonais, jouent le jazz en trio depuis l’adolescence et cela transparait dans cet album où l’osmose est parfaite entre eux trois.
Le jazz des pays de l’Est est toujours d’une grande qualité de propos, d’écoute et possède beaucoup de musicalité.
Ce trio, pour son second album chez ECM, un signe de valeur et de qualité, met aussi à l’honneur des titres de Carla Bley, Ennio Morricone ou Gary Peacock, mais j’ai préféré choisir cette composition du pianiste, qui comme son nom l’indique, sautille, se faufile, s’arrête, se meut avec souplesse et grâce avant d’aller ronronner au son feutré de la contrebasse.
Vous avez un chat ? Nous nous avons une petite Bengale et j’écoute, je l’observe … ce titre lui va comme un ronron.
Ce titre mis en seconde position vous fera surement aller écouter l’album et vous y installer.

03. MOSE ALLISON : « Rollin’Stone » - Album : « The word from Mose » | Atlantic 1964.
Mose Allison : vocals, piano | Ben Tucker : bass | Ron Lundberg : drums.

Un bon gros titre de Muddy Waters, au tréfonds du blues, ça Mose Allison, il aime.
C’est d’ailleurs sa pâte, sa marque de fabrique que cette façon jazzyfiée de blanchir le blues.
On adhère de suite et on sait désormais où Ben (Sidran) a puisé son côté jazz laid back, décontract’, piano bar classy et bourré de clichés, d’astuces, de tremolos, d’une simplicité d’apparat.
Le trio est collé au leader, les stops pour placements vocaux sont rock’n’roll, le tempo est bien au fond du médium et tout cela a une forme bénéfique et fort sympathique, ce que Mose affiche, jeune, en toute évidence.

04. DAVID BENOIT : « Del Sasser » - Album : « Freedom at Midnight » | GRP 1987
David Benoit : piano | Sam Riney : alto saxophone | Tony Morales : drums | John Pattitucci : bass.

L’écurie GRP et toute sa grandeur …
Ils sont jeunes, ils en veulent, ils s’emparent de n’importe quel standard, ici « Del Sasser » de Sam Jones et vont l’embarquer dans des niveaux de jeu stratosphériques…
Le tandem Morales, Pattitucci est à la fois dangereux et fédérateur.
Dangereux parce qu’avec une telle rythmique impossible de ne pas envoyer et de tout donner, donc faut un sacré niveau car eux, là en dessous, ils ne laissent rien passer, ils tracent.
Fédérateur parce que justement – penchez un peu l’oreille sur l’incroyable walking de Pattitucci - ils sont exceptionnellement motivants et incitatifs.
Alors même si David Benoit a un jeu remarquable on sent bien qu’il reste encore en usages et dans une limite moyenne d’inventivité, restant dans un schéma digital de gammes certes exceptionnellement jouées et avec précision mais ne s’en échappant guère et tournant exclusivement autour, par contre Sam Riney sera une belle découverte.
Ceci dit, je titille, car le jour où mes doigts arriveront à cavaler ainsi sur le piano, avec une telle aisance, je crois bien que ça dépassera la notion de bonheur du travail accompli.

05. THE JIMMY HEATH ORCHESTRA : « Dat There » - Album : « Really Big » | Riverside 1960.
Julian Cannonball Adderley : alto sax | Jimmy Heath : tenor saxophone | Pat Patrick : baritone saxophone | Clark Terry : trumpet | Nat Adderley : cornet | Tom McIntosh : trombone | Dick Berg : french horn | Cedar Walton : piano | Percy Heath : bass | Albert Heath : drums.

« Really Big » est plus qu’approprié lorsqu’on écoute ce titre, cet album d’ailleurs.
Ils se sont donnés rendez-vous.
Des pointures.
Des arrangements en formule pocket band.
Les 24 et 28 juin 1960 au Plaza Sound Studio, à NY, Jimmy Heath et Tom McIntosh distribuent leurs arrangements et cette formidable tant que joyeuse équipée.
Le ton est donné, c’est envoyé, massif, une écriture à la fois compacte et brillante, qui est jubilatoire et de laquelle les solistes (le formidable Clark Terry) sortent trop heureux de s’échapper du lot.
« Dat there » est un titre pour lequel j’ai une attention toute particulière, quand j’ouvre, à la maison, mon classeur de standards, il est bien rare que je ne m’évertue à le jouer avec une pensée concentrée sur la partie B, difficile, bop, véloce et digitalement serrée par une sorte d’ornement blues-bop-baroque.
Les frangins Heath mènent l’affaire avec ce jeu up shuffle qui est pourtant exprimé non en prolongation boogie comme le rock le fera plus tard, mais en appui swing pour grande formation tel que l’utilise Basie.
Cor et cornet apportent la couleur soyeuse parmi cette débauche cuivrée.
C’est puissant, lumineux, joyeux !

06. ERNIE HENRY QUARTET : « I Get a Kick Out of You » - Album : « Seven Standards and a Blues » | Riverside 1957.
Ernie Henry : alto sax | Wilbur Ware : bass | Wynton Kelly : piano | Philly Joe Jones : drums.

Un pur produit du répertoire de Cole Porter, toujours intéressant et à jamais archétype de la forme standards AABA.
Idéal comme aire de jeu.
Cela permet à Philly Joe Jones de naviguer entre ces deux espaces entre un rythme dit communément à cette époque afro-latin et le swing.
Ce batteur, chose très intéressante, on le reconnait très vite, il a une approche très personnelle et dès son solo c’est la confirmation – oui, c’est bien lui. Cette façon de gérer les accents de caisse claire, de rebondir vers la grosse caisse, de ferrailler les cymbales, de rouler, d’utiliser les fûts en mime percussion latine ce dès l’intro …
Le jeu de Wynton Kelly est bondissant, amusé, heureux, festif.
La basse de Wilbur tient largement son rôle unificateur.
Et puis il y a Ernie, parkérien à souhait, volubile, à la sonorité âpre et aux traits engagés et riches.
Une texture sonore très trempée fin années cinquante, ce son Riverside assez caractéristique du jazz de cette décennie.
Un must.

07. CHARLIE ROUSE : « In Martinique » - Album : Bossa Nova Bacchanal » | Blue Note 1963.
Charlie Rouse : tenor sax | Kenny Burrell, Chaunsey Lord Westbrook : guitars | Larry Gales : bass | Willie Bobo : drums | Carlos Patato Valdes : congas | Garvin Masseaux : chekere.

Bossa nova mêlée aux rythmes et sentiments caribéens.
La mode en ce début de sixtites est à l’exotisme et le jazz s’en empare.
Il n’y a pas que Stan qui est allé conquérir la muse brésilienne, ils ont été nombreux à adopter son chaloupé, sa torpeur, son mouvement syncopé.
Ils ont laissé les pianistes en dehors de tout ça et ont préféré la souplesse de la guitare et avec cette musique métissée entre jazz et rives ensoleillées nombre de ces instrumentistes à cordes qu’elles soient acoustique ou électrique en demi caisse ont émergé dans le spectre harmonique du jazz.
Ici, on a les deux. Kenny tient le cap rythmique en demi-caisse jazz et Chaunsey offre le solo acoustique et sur mode de jeu typiquement caribéen. Un jeu chantant, détaché du fond, aéré et souvent imitatif des claviers percussifs (steel drums, marimbas, etc.).
Cela permet ensuite à Charlie de reprendre ce fil ténu où avec une poignée de notes et en en gardant même qu’une mais en la traitant rythmiquement, on arrive à ce groove si spécifique.
Sonny Rollins en a fait succès, lui aussi, de cette tendance insulaire.
Un peu de soleil dans une playlist ça réchauffe les âmes.

08. BILLY CHILDS : « Like Father, Like Son » - Album : « Twilight is Upon us » | RCA 1989.
Billy Childs : piano | Tony Dumas : bass | Mike Baker : drums.

Des pianistes, des trios piano-contrebasse-batterie il y en a pléthore, tant et tant qu’au fil des découvertes, du cabinet de nos propres curiosités, on va par ci, par là.
Je me suis arrêté sur ce très brillant pianiste qu’est Billy Childs, inventif, véloce, au jeu plein d’idées, de nuances, d’expression et qui fait sonner son piano avec grande ampleur.
Il est accompagné, attisé et poussé, boosté par un batteur très imposant en la personne de Mike Baker qui insiste, tonifie et dirige, en fait, le jeu improvisé du pianiste.
Le prétexte, tiens là aussi, entre latin jazz sur une intro assez schématique qui va s’échapper en jazz swing au tempo up est une belle porte d’entrée vers le déploiement de la palette pianistique la plus complète possible.
La sonorité nerveuse tant que soignée et d’une justesse redoutable de Tony Dumas ajoute à l’ensemble cette idée que la perfection est peut être bien la véritable sensation que l’expression de ce titre procure (et quelle belle prise de son !).

09. JEREMY PELT : « Afrofuturism » - Album : « Woven » | High Note 2025.
Jeremy Pelt : trumpet | Jared Spears : drums | Jalen Baker : vibraphone | Misha Medelenko : guitar | Leighton Harrell : double bass.

2025.
Hé non, le jazz est bien loin de mourir…
Son axe bop-hard bop fait encore des émules qui même composent dans le style.
Le son de l’époque Blue Note a fait place à une prise de son plus dense, plus précise, plus détaillée et de proximité.
Le swing, infinie ligne sur laquelle tout repose est toujours bel et bien là.
En écoutant un tel titre, sorti en 2025, on en en territoire connu avec ce jeu dense et imposant.
Le thème est absolument magnifique et son exposition trompette-vibraphone ajoute au charme immédiat qu’il procure.
La sortie de guitare immédiate, mélodique, sensible à la sonorité assez proche de celle d’un Pat Metheny qui aurait croisé John Abercrombie (pour les références en immédiateté), ne laisse pas insensible.
Mais c’est le leader qui prend le dessus avec sa sonorité moelleuse, rapprochant la trompette du bugle, qui va illuminer le titre.
Et enfin le solo de vibraphone va émailler en arpèges rapides le reste des prises de solo.
La batterie de Jared a été un solo quasi permanent, un jeu d’usage caractéristique et la basse de Leighton possède une métrique imparable, idéale pour lui qui relance, ponctue et dirige, là encore, le groupe de ses interactions.

Ainsi se termine la face A, assez hétéroclite et naviguant sans distinction entre les époques.
Histoire de rappeler que le jazz est une immense palette de couleurs et qu’il suffit de se promener à travers cet arc en ciel pour en avoir conscience.

Allez, Face B.

01- BOB JAMES / DAVE KOZ : « All the Way » - Album : « Just Us » | Just Koz Entertainement 2025.
Dave Koz : saxophones (alto & soprano) | Bob James : piano.

2025, les grandes rencontres sont encore possibles.
Sans grosse médiatisation, sans grosse artillerie autre que la réputation, l’envie de faire ensemble, de partager après rencontre, après envie de, après amitié.
Bob James, on connait et il aime ce genre de partenariat, il l’a fait avec tant d’autres que la liste est longue, mais j’ai en tête de gondole celui avec David Sanborn accompagné par Marcus Miller et Steve Gadd.
Tout autre chose ici.
On est dans l’intimité, dans l’espace feutré du studio où le son est méticuleusement décortiqué, microscopiquement détaillé. Un travail d’orfèvre, d’horloger suisse.
Dave Koz, sorte de chantre du smooth jazz (ce jazz dit lisse qui veut-on encore croire, remplirait les lieux tels que supermarchés, ascenseurs, halls de gares, aéroports… conneries que tout ça) a laissé de côté ses sections rythmiques chatoyantes, funky, soul ou groovy et là, ils privilégient le dialogue, simple, immédiat, sans fards.
Un moment suspendu entre eux et nous.
Un thème divinement mis en relief par ces deux maitres du jeu … jazz il va de soi.

02- RON CARTER : « Blues Farm » - Album : « Blues Farm » | CTI 1973.
Hubert Laws : flûte | Richard Tee : piano | Ralph McDonald : percussions | Ron Carter : bass | Billy Cobham : drums | Sam Browne : guitar.

Comme chez GRP dont ce label est précurseur, chez CTI, y’a une sorte d’écurie avec des jeunes et moins jeunes qui s’entremêlent, se côtoient, échangent et surtout sont rompus à tout côté studio.
Ils deviendront les requins que toute la variété internationale issue ou non du jazz demandera. 
Ils rempliront les line up des pochettes.
Un statut que leur travail, leurs compétences en tous domaines ne peut surprendre.
Ils lisent, s’adaptent en un temps record à toute situation musicale, maitrisent l’instrument et son environnement à la perfection et en même temps sont tributaires chacun à leur façon d’un jeu, d’un style, d’une personnalité dont pour tel ou tel enregistrement l’on sait qu’on a besoin.
Alors on puise dans le catalogue et on les appelle…
Et le résultat est forcément plus que probant.

Ron Carter a pas mal enregistré chez CTI, un refuge post davisien qui lui a permis d’offrir systématiquement de beaux albums et de s’entourer pour ce faire, de la crème du moment, réjouissant à la fois les contrebassistes qui l’adulaient et les nombreux musiciens de tous instruments qui retrouvaient chez lui leurs idoles respectives.
Ici Billy Cobham, dans un rôle studio absolument parfait, loin des feux d’artifices du Mahavishnu dans lequel il excellait.
Ici le pianiste churchy Richard Tee qui semble toujours sorti de n’importe quelle église d’une ruelle de Harlem.
Ici le flûtiste Hubert Laws gracile, inventif et doux.
Ici le délicat et subtil Ralph Mc Donald, inclus dans le jeu de Cobham, dessinateur de touches pointillistes.
Et, oublié du mix, là-bas, tout au fond et même pas crédité réellement, Sam Browne en touches funky.
Le tout défile comme un grand ruban d’autoroute et c’est bien ainsi et bien entendu Ron offre un solo de basse piccolo bien éclairé. Normal c’est son album.

03- THE LOUNGE LIZARDS : « Harlem Nocturne » - Album « The Lounge Lizards » | EG 1981.
John Lurie : alto sax | Evan Lurie : piano, organ | Arto Lindsay : guitar | Steve Piccolo : bass | Anton Fier : drums. Teo Macero : Producer.

Quand c’est sorti j’ai cru ne jamais lâcher ce disque.
J’avais enfin trouvé un pendant jazz aux… Talking Heads dont je ne cessais de me repaitre.
De suite je suis devenu raide dingue du jeu de sax de John, des réminiscences monkiennes de Evan, du jeu pop-slap de Steve, du savant mélange jazz, rock, jungle de Anton et du bordel ambiant de Arto, unique, inédit, inimaginable, dépassant Adrian (Belew).
Ce thème était encore peu joué en clubs de jazz et il était principalement connu pour être le générique de la série Mike Hammer.
Alors, cela a ajouté à ma passion immédiate pour ce groupe, ces jeunes, sapés new wave, se revendiquant intégralement jazz, présentant un esprit d’origine Cotton Club où Monk aurait fait un voyage en arrière côté temporel et présentant le tout sous une apparence sonore tant moderniste que passéiste.
Un trop savant mix pour cela ne m’attire pas…
Une trop belle jazz attitude dans laquelle j’ai trouvé bon de me reconnaitre et je l’ai fait.

Et ça reste incroyable (cet orgue à la Doors de Evan Lurie … pfff… sacrés frangins !)

04- CHARLIE ROUSE : « Well You Needn’t » - Album : « Moment’s Notice » | Storyville 1982.
Charlie Rouse : tenor sax | Hugh Lawson : piano | Bob Cranshaw : bass | Ben Riley : drums.

Sorte d’évidence, continuer le chemin, de façon plus « traditionnelle » certes, de Monk.
Encore une fois Charlie Rouse, saxophoniste ténor émérite qui joua plus de dix ans aux côtés de Monk dont il connait tous les retors. -
Monk dont il connait parfaitement la musique, sa sonorité y étant associée de même que sa faculté à improviser et trouver le « ton juste » dans des compositions uniques dans le genre, d’une approche semblant, à l’écoute, particulière mais à laquelle le temps nous a habitués mais d’une entrée musicale des plus spécifiques.
Jouer Monk reste un engagement, une entrée vers une musique énigmatique, qu’il faut, soit se réapproprier, soit transcender tant elle reste « à part » sur l’échelle du jazz.
Charlie Rouse quant à lui ne peut rencontrer ces difficultés d’approche, la musique de Monk, il l’a en lui et a participé à son développement, à son évolution et à son identité.
L’affaire ne dût être simple, mais maintenant  interpréter Monk, en tout cas pour lui, c’est son aire de jeu.
Et quel quartet nous avons là !
Hugh Lawson en jeu pur bop qui mimique quelques clichés du grand artiste, l’imagination de Ben Riley qui va chercher dans un jeu hard bop aux racines immédiatement affirmées des espaces juste à côté et Bob Cranshaw, valeur sure de tant de groupes de jazz.

05- DONALD HARRISON : « One of a Kind » - Album : « Nouveau Swing » | Impulse 1997.
Donald Harrison : alto saxophone | Anthony Wonsey : piano | Christian McBride : bass | Carl Allen : drums.

Sorti de la dernière école des Jazz Messengers où il a partagé l’affiche avec Terence Blanchard, Donald Harrison perpétue, après s’être fait remarquer dans le mouvement eighties des Young Lions, cette tradition et cet engagement sans concessions initié par Art Blakey.
La bonne école dont sont sortis tant et tant de jeunes artistes de jazz, chargés, missionnés par leur mentor pour faire perpétuer cette musique au-delà de sa seule donnée artistique mais en y insufflant une volonté socio-culturelle, politique, prédicatrice.
Fortement sous emprise de la richesse musicale de sa ville natale, la Nouvelle Orleans où tout se mêle et où les mouvements musicaux aiment à se croiser, partager, se rencontrer, fusionner et créer, il a l’habitude tant de briser certains codes que de perpétuer cette tradition dont avec nombre de ses amis étant passés chez Blakey il est représentatif.
Un héritage qu’il faut porter, faire évoluer, respecter.
Un quartet qui réaffirme, magnifique thème en tête, les valeurs fondamentales de ce mouvement musical.

06- THE BRECKER BROTHERS : « D.B.B » - Album « The Brecker Brothers » | Arista 1975.
Randy Brecker : trumpet, electric trumpet, flugelhorn | Michael Brecker : tenor saxophone | David Sanborn : alto saxophone | Don Grolnick : keyboards | Bob Mann : guitar | Will Lee : bass | Harvey Mason : drums | Ralph McDonald : drums.

Cet album quand il est sorti a fait l’effet d’une grosse déflagration dans le petit monde serré des mélomanes du jazz, dans le petit monde tourné vers le passé des musiciens de jazz, dans le tout petit monde des players et écouteurs de jazz-rock.
Rien à voir avec tout ça, un truc entièrement nouveau, inédit, aux arrangements faisant sonner une toute petite section de cuivres comme un grand ensemble, aux solistes brisant les habitudes et installant un nouveau critère de niveau semblant d’emblée inaccessible.
Les frères Brecker ont réellement, en 1975, posé les bases d’un jazz qui va devenir fusion, ni rock, ni swing, ni vraiment blues, pas mal funky (la présence de Harvey Mason, des Headhunters apporte dans ce premier opus la touche nécessaire de cette direction).
Une écriture et des compositions qui restent encore d’une rare et grande complexité tant d’exécution que de « pensée ».
Une virtuosité inégalée à ce jour.
Sans eux, pas de Snarky Puppy, par exemple.
Ils ont redimensionné le jazz qui restait tourné vers le passé, qui s’engluait dans la ligne transitoire du jazz-rock en créant carrément une nouvelle direction. Un « autre » jazz.
La progression et l’évolution de cette musique, de cet art, de cette esthétique mais aussi de cette pensée musicale leur doit beaucoup.
Ils n’ont pas, comme certains dépoussiéré, mélangé et cherché à côté.
Ils ont tout simplement créé, autre chose.
Ici le solo de trompette électrique de Randy, unique, inimitable.
Les traits guitaristiques orchestraux de Bob, les écritures elles aussi orchestrales de Don, l’acidité lead dans les arrangements de David Sanborn…
Le solo déjà carte d’identité de Michael et le jeu tonique, mat, complexe de Harvey aux côtés de la basse volubile de Will.
Faire mieux n’était envisageable, il fallait déjà être capables de « faire comme » …
C’était … indépassable.

07- CLIFFORD BROWN : « Pent-Up House » - Album : « Clifford Brown, Complete Studio Recordings » | Essential Jazz Classics 2007.
Clifford Brown : trumpet | Sonny Rollins : tenor saxophone | Richie Powell : piano | George Morrow : bass | Max Roach : drums.

Issu de l’album « plus 4 » sorti en 1956 chez Prestige, ces sessions, regroupées en complete recordings permettent un bon coup de spot sur le trompettiste Clifford Brown.
Un artiste de renommée, adulé en son temps et mort d’un accident de voiture, à l’âge de 25 ans, laissant derrière lui une poignée d’enregistrements, une carrière brisée, un respect posthume immense de la part de ses pairs avec lesquels il joua, comme ici, où il fut membre d’un quintet de Sonny Rollins avec ni moins que Max Roach, célébrissime, à la batterie.
D’ailleurs c’est ce dernier qui va conclure le titre avec l’un de ses solos marquants, comme à chaque fois qu’il s’empare de la batterie en lui faisant repousser ses cadres.
Ici malgré la présence forcément de haute volée de Rollins, c’est Clifford qui attire le jeu vers lui, qui installe l’attention immédiate et ce une fois le thème brièvement exposé.
Alors on saisit directement l’engouement et le respect qu’il suscita et qui reste vivace encore aujourd’hui, car cet artiste a marqué les esprits jusqu’à une composition qui le célèbre : « I Remember Clifford ».

08- LARS JANSSON : « Autumn in New York » - Album : « Standards » | Arts Music 2024.
Lars Jansson : piano | Christian Spering : bass | Zoltan Czörsz : drums.

Un standards de mes favoris, un trio qui l’interprète avec une rare finesse sous la houlette de Lars Jansson, pianiste suédois à la carrière et discographie assez monumentale.
Le toucher sensible du leader, le jeu ample et généreux du contrebassiste, le feulement détaillé et sensuel des balais.
Un espace de quiétude vient de s’ouvrir et l’album tout entier est sur ce tracé.

09- THE COUNT BASIE ORCHESTRA : « Jada » - Album : « Prime Time » | Pablo 1977.
Count Basie : piano, direction | Lin Biviano, Sonny Cohn, Pete Minger, Bobby Mitchell : trumpets | Curtis Fuller, Al Grey, Bill Hughes, Mel Wanzo : trombones | Bobby Platter, Danny Turner, Eric Dixon, Jimmy Forrest, Charles Fowlkes : saxophones | Freddie Green : guitar | John Duke : bass | Butch Miles : drums.

On a commencé en Big Band, on finira ainsi avec le point d’équilibre de Duke, le Count.
Arrangement de Sammy Nestico, qui a consacré une grande par de son écriture à l’orchestre de Count Basie, pour ce bon vieux truc qu’est « Jada ».
J’ai joué ce titre en jazz Dixieland il y a tant de lustres que quand j’ai constaté que ce titre je l’avais en Big Band dans l’un de mes albums de Basie j’en ai été moi-même surpris.
J’étais passé à côté alors qu’il était sous mes oreilles.
Dans les années 70 Basie adore les contrastes, le swing tenu et retenu (le phénoménal Butch Miles, le métronomique Freddie Green) et cela lui permet d’explorer sur cet éternel fond de blues dont il ne sépare jamais, de nouvelles dimensions.
Des solos de flûte, cela devient récurrent, de même que la flûte en sections.
Les trompettes jouent le jeu de sourdines diverses et variés augmentant ainsi la richesse sonore de l’ensemble et permettant un jeu de nuances avec des tuttis pouvant être pétaradants comme discrètement paisibles.
Basie a toujours le sourire, Basie est toujours jovial, facétieux, plaisantin et heureux.
Basie respire le jazz de bonne humeur et terminer ainsi avec lui, c’est partir en swinguant, en dansouillant, en sifflotant, en fredonnant et en s’esbaudissant de ses toujours magnifiques minimales incartades pianistiques, fines, subtiles, magiques et mirifiques.
Porter le titre honorifique de Comte n’était pas donné à tout le monde, mais ça lui allait comme un gant (de velours il va de soi).

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On range la K7.
Je la remettrais plus tard, à l’occasion.
Il y en avait pour tous les gouts et j’aime à me promener dans et avec le jazz.

Bonne semaine.
Ca y est, 2026 est bien parti et il va être difficile d’éviter une actualité déjà pesante et polémiquante …
C’est désormais ainsi et s’y faire même si cela m’est impossible, est pourtant là, de fait.
Alors le sourire de Basie, fait du bien.

 









Commentaires

  1. Une liste pour déguster qd on est bloqué au chaud. Je vais attaqué direct avec la 2, ECM oblige. Et bien dans le mille, délicieux, idéal pour écouter la neige tomber. Les petites notes comme des flocons. Coincé depuis hier, repos après avoir subi le naufrage des national lundi (5h pour faire 52km.. prévenu trop tard). Confiné blanc, je vais bosser sur ta liste.. merci ;D

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