SI VOUS AIMEZ LE JAZZ … (12).
SI VOUS AIMEZ LE JAZZ … (12).
Commençons donc cette nouvelle année 2026 tout jazz dehors.
On reprend là le fil des playlists, format idéal K7 à deux faces, qui, bien que
ce support n’existe plus (il a cependant de nouveaux émules), avouons-le est
idéal avec ses deux fois 45mn de timing.
Alors ouvrons la face A.
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01. DUKE ELLINGTON : « Harlem Speaks » - Album : « it
don’t mean a thing, classic recordings vol2 1930-1934 » | Naxos Jazz
Legends
Otto Hardwick : Barney Bigard : clarinets, saxophones | Harry Carney,
Johnny Hodges : saxs | Arthur Whetsol, Coorie Williams, Freddy
Jenkins : trumpets | Fred Guy : guitar | Lawrence brown, Juan
Tizol : trombones | Welman Braud : bass | Sonny Greer : drums |
Duke Ellington : piano.
Et plongeons directement dans ce swing trépidant aux accents jungle directement
sortis des revues du Cotton Club, à Harlem.
Lieu emblématique tant musicalement que socialement.
Duke y a fait contrat, y a fait ses armes et y a peaufiné sa musique,
originale, unique, mélange de blues, de polka, de ce qui deviendra le swing et
de racines africaines.
Juan Tizol est au Valve trombone et fait l’atmosphère sonore éléphantesque qui
colle à l’image que suggère cette musique.
En détaillant on a une idée de l’incroyable degré professionnel des musiciens,
formidables improvisateurs et metteurs en scène sonore du propos. Avec les
techniques d’enregistrement balbutiantes de cette époque le rendu est malgré
tout très précis.
Thème, impros, thème et collective pour conclure, un schéma en usages dans ces
titres.
Duke en toutes époques de sa vie a été un compositeur et un orchestrateur tour
à tour génial et de grand talent, ces débuts furent, avec de tels contrats
permettant d’affiner et peaufiner son style et de contrôler les possibilités
orchestrales décisifs pour son évolution, sa carrière et son savoir-faire.
Et ça swingue grave, jumpy-toyablement !
Aie aie aie !
02. MARCIN WASILEWSKI TRIO : « The Cat » - Album : «
January » | ECM 2008.
Marcin Wasilewski : piano | Michal Miskiewicz : drums | Slawomir
Kurkiewicz : bass
Ils sont polonais, jouent le jazz en trio depuis l’adolescence et cela transparait
dans cet album où l’osmose est parfaite entre eux trois.
Le jazz des pays de l’Est est toujours d’une grande qualité de propos, d’écoute
et possède beaucoup de musicalité.
Ce trio, pour son second album chez ECM, un signe de valeur et de qualité, met
aussi à l’honneur des titres de Carla Bley, Ennio Morricone ou Gary Peacock,
mais j’ai préféré choisir cette composition du pianiste, qui comme son nom
l’indique, sautille, se faufile, s’arrête, se meut avec souplesse et grâce
avant d’aller ronronner au son feutré de la contrebasse.
Vous avez un chat ? Nous nous avons une petite Bengale et j’écoute, je
l’observe … ce titre lui va comme un ronron.
Ce titre mis en seconde position vous fera surement aller écouter l’album et
vous y installer.
03. MOSE ALLISON : « Rollin’Stone » - Album : « The
word from Mose » | Atlantic 1964.
Mose Allison : vocals, piano | Ben Tucker : bass | Ron
Lundberg : drums.
Un bon gros titre de Muddy Waters, au tréfonds du blues, ça Mose Allison, il
aime.
C’est d’ailleurs sa pâte, sa marque de fabrique que cette façon jazzyfiée de
blanchir le blues.
On adhère de suite et on sait désormais où Ben (Sidran) a puisé son côté jazz
laid back, décontract’, piano bar classy et bourré de clichés, d’astuces, de
tremolos, d’une simplicité d’apparat.
Le trio est collé au leader, les stops pour placements vocaux sont rock’n’roll,
le tempo est bien au fond du médium et tout cela a une forme bénéfique et fort
sympathique, ce que Mose affiche, jeune, en toute évidence.
04. DAVID BENOIT : « Del Sasser » - Album : « Freedom
at Midnight » | GRP 1987
David Benoit : piano | Sam Riney : alto saxophone | Tony
Morales : drums | John Pattitucci : bass.
L’écurie GRP et toute sa grandeur …
Ils sont jeunes, ils en veulent, ils s’emparent de n’importe quel standard, ici
« Del Sasser » de Sam Jones et vont l’embarquer dans des niveaux de
jeu stratosphériques…
Le tandem Morales, Pattitucci est à la fois dangereux et fédérateur.
Dangereux parce qu’avec une telle rythmique impossible de ne pas envoyer et de
tout donner, donc faut un sacré niveau car eux, là en dessous, ils ne laissent
rien passer, ils tracent.
Fédérateur parce que justement – penchez un peu l’oreille sur l’incroyable
walking de Pattitucci - ils sont exceptionnellement motivants et incitatifs.
Alors même si David Benoit a un jeu remarquable on sent bien qu’il reste encore
en usages et dans une limite moyenne d’inventivité, restant dans un schéma
digital de gammes certes exceptionnellement jouées et avec précision mais ne
s’en échappant guère et tournant exclusivement autour, par contre Sam Riney
sera une belle découverte.
Ceci dit, je titille, car le jour où mes doigts arriveront à cavaler ainsi sur
le piano, avec une telle aisance, je crois bien que ça dépassera la notion de
bonheur du travail accompli.
05. THE JIMMY HEATH ORCHESTRA : « Dat There » - Album :
« Really Big » | Riverside 1960.
Julian Cannonball Adderley : alto sax | Jimmy Heath : tenor saxophone
| Pat Patrick : baritone saxophone | Clark Terry : trumpet | Nat
Adderley : cornet | Tom McIntosh : trombone | Dick Berg : french
horn | Cedar Walton : piano | Percy Heath : bass | Albert Heath :
drums.
« Really Big » est plus qu’approprié lorsqu’on écoute ce titre, cet
album d’ailleurs.
Ils se sont donnés rendez-vous.
Des pointures.
Des arrangements en formule pocket band.
Les 24 et 28 juin 1960 au Plaza Sound
Studio, à NY, Jimmy Heath et Tom McIntosh distribuent leurs arrangements et
cette formidable tant que joyeuse équipée.
Le ton est donné, c’est envoyé, massif, une écriture à la fois compacte et
brillante, qui est jubilatoire et de laquelle les solistes (le formidable Clark
Terry) sortent trop heureux de s’échapper du lot.
« Dat there » est un titre pour lequel j’ai une attention toute
particulière, quand j’ouvre, à la maison, mon classeur de standards, il est
bien rare que je ne m’évertue à le jouer avec une pensée concentrée sur la
partie B, difficile, bop, véloce et digitalement serrée par une sorte
d’ornement blues-bop-baroque.
Les frangins Heath mènent l’affaire avec ce jeu up shuffle qui est pourtant
exprimé non en prolongation boogie comme le rock le fera plus tard, mais en
appui swing pour grande formation tel que l’utilise Basie.
Cor et cornet apportent la couleur soyeuse parmi cette débauche cuivrée.
C’est puissant, lumineux, joyeux !
06. ERNIE HENRY QUARTET : « I Get a Kick Out of You » -
Album : « Seven Standards and a Blues » | Riverside 1957.
Ernie Henry : alto sax | Wilbur Ware : bass | Wynton Kelly :
piano | Philly Joe Jones : drums.
Un pur produit du répertoire de Cole Porter, toujours intéressant et à jamais
archétype de la forme standards AABA.
Idéal comme aire de jeu.
Cela permet à Philly Joe Jones de naviguer entre ces deux espaces entre un
rythme dit communément à cette époque afro-latin et le swing.
Ce batteur, chose très intéressante, on le reconnait très vite, il a une
approche très personnelle et dès son solo c’est la confirmation – oui, c’est
bien lui. Cette façon de gérer les accents de caisse claire, de rebondir vers
la grosse caisse, de ferrailler les cymbales, de rouler, d’utiliser les fûts en
mime percussion latine ce dès l’intro …
Le jeu de Wynton Kelly est bondissant, amusé, heureux, festif.
La basse de Wilbur tient largement son rôle unificateur.
Et puis il y a Ernie, parkérien à souhait, volubile, à la sonorité âpre et aux
traits engagés et riches.
Une texture sonore très trempée fin années cinquante, ce son Riverside assez
caractéristique du jazz de cette décennie.
Un must.
07. CHARLIE ROUSE : « In Martinique » - Album : Bossa Nova
Bacchanal » | Blue Note 1963.
Charlie Rouse : tenor sax | Kenny Burrell, Chaunsey Lord Westbrook :
guitars | Larry Gales : bass | Willie Bobo : drums | Carlos Patato
Valdes : congas | Garvin Masseaux : chekere.
Bossa nova mêlée aux rythmes et sentiments caribéens.
La mode en ce début de sixtites est à l’exotisme et le jazz s’en empare.
Il n’y a pas que Stan qui est allé conquérir la muse brésilienne, ils ont été
nombreux à adopter son chaloupé, sa torpeur, son mouvement syncopé.
Ils ont laissé les pianistes en dehors de tout ça et ont préféré la souplesse
de la guitare et avec cette musique métissée entre jazz et rives ensoleillées
nombre de ces instrumentistes à cordes qu’elles soient acoustique ou électrique
en demi caisse ont émergé dans le spectre harmonique du jazz.
Ici, on a les deux. Kenny tient le cap rythmique en demi-caisse jazz et
Chaunsey offre le solo acoustique et sur mode de jeu typiquement caribéen. Un
jeu chantant, détaché du fond, aéré et souvent imitatif des claviers percussifs
(steel drums, marimbas, etc.).
Cela permet ensuite à Charlie de reprendre ce fil ténu où avec une poignée de
notes et en en gardant même qu’une mais en la traitant rythmiquement, on arrive
à ce groove si spécifique.
Sonny Rollins en a fait succès, lui aussi, de cette tendance insulaire.
Un peu de soleil dans une playlist ça réchauffe les âmes.
08. BILLY CHILDS : « Like Father, Like Son » - Album :
« Twilight is Upon us » | RCA 1989.
Billy Childs : piano | Tony Dumas : bass | Mike Baker : drums.
Des pianistes, des trios piano-contrebasse-batterie il y en a pléthore, tant et
tant qu’au fil des découvertes, du cabinet de nos propres curiosités, on va par
ci, par là.
Je me suis arrêté sur ce très brillant pianiste qu’est Billy Childs, inventif,
véloce, au jeu plein d’idées, de nuances, d’expression et qui fait sonner son
piano avec grande ampleur.
Il est accompagné, attisé et poussé, boosté par un batteur très imposant en la
personne de Mike Baker qui insiste, tonifie et dirige, en fait, le jeu
improvisé du pianiste.
Le prétexte, tiens là aussi, entre latin jazz sur une intro assez schématique
qui va s’échapper en jazz swing au tempo up est une belle porte d’entrée vers
le déploiement de la palette pianistique la plus complète possible.
La sonorité nerveuse tant que soignée et d’une justesse redoutable de Tony
Dumas ajoute à l’ensemble cette idée que la perfection est peut être bien la
véritable sensation que l’expression de ce titre procure (et quelle belle prise
de son !).
09. JEREMY PELT : « Afrofuturism » - Album :
« Woven » | High Note 2025.
Jeremy Pelt : trumpet | Jared Spears : drums | Jalen Baker :
vibraphone | Misha Medelenko : guitar | Leighton Harrell : double
bass.
2025.
Hé non, le jazz est bien loin de mourir…
Son axe bop-hard bop fait encore des émules qui même composent dans le style.
Le son de l’époque Blue Note a fait place à une prise de son plus dense, plus
précise, plus détaillée et de proximité.
Le swing, infinie ligne sur laquelle tout repose est toujours bel et bien là.
En écoutant un tel titre, sorti en 2025, on en en territoire connu avec ce jeu
dense et imposant.
Le thème est absolument magnifique et son exposition trompette-vibraphone
ajoute au charme immédiat qu’il procure.
La sortie de guitare immédiate, mélodique, sensible à la sonorité assez proche
de celle d’un Pat Metheny qui aurait croisé John Abercrombie (pour les
références en immédiateté), ne laisse pas insensible.
Mais c’est le leader qui prend le dessus avec sa sonorité moelleuse, rapprochant la trompette du bugle, qui va illuminer le titre.
Et enfin le solo de vibraphone va émailler en arpèges rapides le reste des
prises de solo.
La batterie de Jared a été un solo quasi permanent, un jeu d’usage
caractéristique et la basse de Leighton possède une métrique imparable, idéale
pour lui qui relance, ponctue et dirige, là encore, le groupe de ses
interactions.
Ainsi se termine la face A, assez hétéroclite et naviguant sans distinction
entre les époques.
Histoire de rappeler que le jazz est une immense palette de couleurs et qu’il
suffit de se promener à travers cet arc en ciel pour en avoir conscience.
Allez, Face B.
01- BOB JAMES / DAVE KOZ : « All the Way » - Album :
« Just Us » | Just Koz Entertainement 2025.
Dave Koz : saxophones (alto & soprano) | Bob James : piano.
2025, les grandes rencontres sont encore possibles.
Sans grosse médiatisation, sans grosse artillerie autre que la réputation,
l’envie de faire ensemble, de partager après rencontre, après envie de, après
amitié.
Bob James, on connait et il aime ce genre de partenariat, il l’a fait avec tant
d’autres que la liste est longue, mais j’ai en tête de gondole celui avec David
Sanborn accompagné par Marcus Miller et Steve Gadd.
Tout autre chose ici.
On est dans l’intimité, dans l’espace feutré du studio où le son est
méticuleusement décortiqué, microscopiquement détaillé. Un travail d’orfèvre,
d’horloger suisse.
Dave Koz, sorte de chantre du smooth jazz (ce jazz dit lisse qui veut-on encore
croire, remplirait les lieux tels que supermarchés, ascenseurs, halls de gares,
aéroports… conneries que tout ça) a laissé de côté ses sections rythmiques
chatoyantes, funky, soul ou groovy et là, ils privilégient le dialogue, simple,
immédiat, sans fards.
Un moment suspendu entre eux et nous.
Un thème divinement mis en relief par ces deux maitres du jeu … jazz il va de
soi.
02- RON CARTER : « Blues Farm » - Album : « Blues
Farm » | CTI 1973.
Hubert Laws : flûte | Richard Tee : piano | Ralph McDonald :
percussions | Ron Carter : bass | Billy Cobham : drums | Sam
Browne : guitar.
Comme chez GRP dont ce label est précurseur, chez CTI, y’a une sorte d’écurie
avec des jeunes et moins jeunes qui s’entremêlent, se côtoient, échangent et
surtout sont rompus à tout côté studio.
Ils deviendront les requins que toute la variété internationale issue ou non du
jazz demandera.
Ils rempliront les line up des pochettes.
Un statut que leur travail, leurs compétences en tous domaines ne peut
surprendre.
Ils lisent, s’adaptent en un temps record à toute situation musicale,
maitrisent l’instrument et son environnement à la perfection et en même temps
sont tributaires chacun à leur façon d’un jeu, d’un style, d’une personnalité
dont pour tel ou tel enregistrement l’on sait qu’on a besoin.
Alors on puise dans le catalogue et on les appelle…
Et le résultat est forcément plus que probant.
Ron Carter a pas mal enregistré chez CTI, un refuge post davisien qui lui a
permis d’offrir systématiquement de beaux albums et de s’entourer pour ce
faire, de la crème du moment, réjouissant à la fois les contrebassistes qui
l’adulaient et les nombreux musiciens de tous instruments qui retrouvaient chez
lui leurs idoles respectives.
Ici Billy Cobham, dans un rôle studio absolument parfait, loin des feux
d’artifices du Mahavishnu dans lequel il excellait.
Ici le pianiste churchy Richard Tee qui semble toujours sorti de n’importe
quelle église d’une ruelle de Harlem.
Ici le flûtiste Hubert Laws gracile, inventif et doux.
Ici le délicat et subtil Ralph Mc Donald, inclus dans le jeu de Cobham,
dessinateur de touches pointillistes.
Et, oublié du mix, là-bas, tout au fond et même pas crédité réellement, Sam
Browne en touches funky.
Le tout défile comme un grand ruban d’autoroute et c’est bien ainsi et bien
entendu Ron offre un solo de basse piccolo bien éclairé. Normal c’est son
album.
03- THE LOUNGE LIZARDS : « Harlem Nocturne » - Album « The
Lounge Lizards » | EG 1981.
John Lurie : alto sax | Evan Lurie : piano, organ | Arto
Lindsay : guitar | Steve Piccolo : bass | Anton Fier : drums.
Teo Macero : Producer.
Quand c’est sorti j’ai cru ne jamais lâcher ce disque.
J’avais enfin trouvé un pendant jazz aux… Talking Heads dont je ne cessais de
me repaitre.
De suite je suis devenu raide dingue du jeu de sax de John, des réminiscences
monkiennes de Evan, du jeu pop-slap de Steve, du savant mélange jazz, rock,
jungle de Anton et du bordel ambiant de Arto, unique, inédit, inimaginable,
dépassant Adrian (Belew).
Ce thème était encore peu joué en clubs de jazz et il était principalement
connu pour être le générique de la série Mike Hammer.
Alors, cela a ajouté à ma passion immédiate pour ce groupe, ces jeunes, sapés
new wave, se revendiquant intégralement jazz, présentant un esprit d’origine
Cotton Club où Monk aurait fait un voyage en arrière côté temporel et
présentant le tout sous une apparence sonore tant moderniste que passéiste.
Un trop savant mix pour cela ne m’attire pas…
Une trop belle jazz attitude dans laquelle j’ai trouvé bon de me reconnaitre et
je l’ai fait.
Et ça reste incroyable (cet orgue à la Doors de Evan Lurie … pfff… sacrés
frangins !)
04- CHARLIE ROUSE : « Well You Needn’t » - Album :
« Moment’s Notice » | Storyville 1982.
Charlie Rouse : tenor sax | Hugh Lawson : piano | Bob Cranshaw :
bass | Ben Riley : drums.
Sorte d’évidence, continuer le chemin, de façon plus
« traditionnelle » certes, de Monk.
Encore une fois Charlie Rouse, saxophoniste ténor émérite qui joua plus de dix
ans aux côtés de Monk dont il connait tous les retors. -
Monk dont il connait parfaitement la musique, sa sonorité y étant associée de
même que sa faculté à improviser et trouver le « ton juste » dans des
compositions uniques dans le genre, d’une approche semblant, à l’écoute,
particulière mais à laquelle le temps nous a habitués mais d’une entrée
musicale des plus spécifiques.
Jouer Monk reste un engagement, une entrée vers une musique énigmatique, qu’il
faut, soit se réapproprier, soit transcender tant elle reste « à
part » sur l’échelle du jazz.
Charlie Rouse quant à lui ne peut rencontrer ces difficultés d’approche, la
musique de Monk, il l’a en lui et a participé à son développement, à son
évolution et à son identité.
L’affaire ne dût être simple, mais maintenant
interpréter Monk, en tout cas pour lui, c’est son aire de jeu.
Et quel quartet nous avons là !
Hugh Lawson en jeu pur bop qui mimique quelques clichés du grand artiste,
l’imagination de Ben Riley qui va chercher dans un jeu hard bop aux racines
immédiatement affirmées des espaces juste à côté et Bob Cranshaw, valeur sure
de tant de groupes de jazz.
05- DONALD HARRISON : « One of a Kind » - Album :
« Nouveau Swing » | Impulse 1997.
Donald Harrison : alto saxophone | Anthony Wonsey : piano | Christian
McBride : bass | Carl Allen : drums.
Sorti de la dernière école des Jazz Messengers où il a partagé l’affiche avec
Terence Blanchard, Donald Harrison perpétue, après s’être fait remarquer dans
le mouvement eighties des Young Lions, cette tradition et cet engagement sans
concessions initié par Art Blakey.
La bonne école dont sont sortis tant et tant de jeunes artistes de jazz,
chargés, missionnés par leur mentor pour faire perpétuer cette musique au-delà
de sa seule donnée artistique mais en y insufflant une volonté
socio-culturelle, politique, prédicatrice.
Fortement sous emprise de la richesse musicale de sa ville natale, la Nouvelle
Orleans où tout se mêle et où les mouvements musicaux aiment à se croiser,
partager, se rencontrer, fusionner et créer, il a l’habitude tant de briser
certains codes que de perpétuer cette tradition dont avec nombre de ses amis
étant passés chez Blakey il est représentatif.
Un héritage qu’il faut porter, faire évoluer, respecter.
Un quartet qui réaffirme, magnifique thème en tête, les valeurs fondamentales
de ce mouvement musical.
06- THE BRECKER BROTHERS : « D.B.B » - Album « The Brecker
Brothers » | Arista 1975.
Randy Brecker : trumpet, electric trumpet, flugelhorn | Michael
Brecker : tenor saxophone | David Sanborn : alto saxophone | Don
Grolnick : keyboards | Bob Mann : guitar | Will Lee : bass |
Harvey Mason : drums | Ralph McDonald : drums.
Cet album quand il est sorti a fait l’effet d’une grosse déflagration dans le
petit monde serré des mélomanes du jazz, dans le petit monde tourné vers le
passé des musiciens de jazz, dans le tout petit monde des players et écouteurs
de jazz-rock.
Rien à voir avec tout ça, un truc entièrement nouveau, inédit, aux arrangements
faisant sonner une toute petite section de cuivres comme un grand ensemble, aux
solistes brisant les habitudes et installant un nouveau critère de niveau
semblant d’emblée inaccessible.
Les frères Brecker ont réellement, en 1975, posé les bases d’un jazz qui va
devenir fusion, ni rock, ni swing, ni vraiment blues, pas mal funky (la
présence de Harvey Mason, des Headhunters apporte dans ce premier opus la
touche nécessaire de cette direction).
Une écriture et des compositions qui restent encore d’une rare et grande
complexité tant d’exécution que de « pensée ».
Une virtuosité inégalée à ce jour.
Sans eux, pas de Snarky Puppy, par exemple.
Ils ont redimensionné le jazz qui restait tourné vers le passé, qui s’engluait
dans la ligne transitoire du jazz-rock en créant carrément une nouvelle
direction. Un « autre » jazz.
La progression et l’évolution de cette musique, de cet art, de cette esthétique
mais aussi de cette pensée musicale leur doit beaucoup.
Ils n’ont pas, comme certains dépoussiéré, mélangé et cherché à côté.
Ils ont tout simplement créé, autre chose.
Ici le solo de trompette électrique de Randy, unique, inimitable.
Les traits guitaristiques orchestraux de Bob, les écritures elles aussi
orchestrales de Don, l’acidité lead dans les arrangements de David Sanborn…
Le solo déjà carte d’identité de Michael et le jeu tonique, mat, complexe de
Harvey aux côtés de la basse volubile de Will.
Faire mieux n’était envisageable, il fallait déjà être capables de « faire
comme » …
C’était … indépassable.
07- CLIFFORD BROWN : « Pent-Up House » - Album :
« Clifford Brown, Complete Studio Recordings » | Essential Jazz
Classics 2007.
Clifford Brown : trumpet | Sonny Rollins : tenor saxophone | Richie
Powell : piano | George Morrow : bass | Max Roach : drums.
Issu de l’album « plus 4 » sorti en 1956 chez Prestige, ces sessions,
regroupées en complete recordings permettent un bon coup de spot sur le
trompettiste Clifford Brown.
Un artiste de renommée, adulé en son temps et mort d’un accident de voiture, à
l’âge de 25 ans, laissant derrière lui une poignée d’enregistrements, une
carrière brisée, un respect posthume immense de la part de ses pairs avec
lesquels il joua, comme ici, où il fut membre d’un quintet de Sonny Rollins
avec ni moins que Max Roach, célébrissime, à la batterie.
D’ailleurs c’est ce dernier qui va conclure le titre avec l’un de ses solos
marquants, comme à chaque fois qu’il s’empare de la batterie en lui faisant
repousser ses cadres.
Ici malgré la présence forcément de haute volée de Rollins, c’est Clifford qui
attire le jeu vers lui, qui installe l’attention immédiate et ce une fois le
thème brièvement exposé.
Alors on saisit directement l’engouement et le respect qu’il suscita et qui
reste vivace encore aujourd’hui, car cet artiste a marqué les esprits jusqu’à
une composition qui le célèbre : « I Remember Clifford ».
08- LARS JANSSON : « Autumn in New York » - Album :
« Standards » | Arts Music 2024.
Lars Jansson : piano | Christian Spering : bass | Zoltan
Czörsz : drums.
Un standards de mes favoris, un trio qui l’interprète avec une rare finesse
sous la houlette de Lars Jansson, pianiste suédois à la carrière et discographie
assez monumentale.
Le toucher sensible du leader, le jeu ample et généreux du contrebassiste, le
feulement détaillé et sensuel des balais.
Un espace de quiétude vient de s’ouvrir et l’album tout entier est sur ce
tracé.
09- THE COUNT BASIE ORCHESTRA : « Jada » - Album :
« Prime Time » | Pablo 1977.
Count Basie : piano, direction | Lin Biviano, Sonny Cohn, Pete Minger,
Bobby Mitchell : trumpets | Curtis Fuller, Al Grey, Bill Hughes, Mel
Wanzo : trombones | Bobby Platter, Danny Turner, Eric Dixon, Jimmy
Forrest, Charles Fowlkes : saxophones | Freddie Green : guitar | John
Duke : bass | Butch Miles : drums.
On a commencé en Big Band, on finira ainsi avec le point d’équilibre de Duke,
le Count.
Arrangement de Sammy Nestico, qui a consacré une grande par de son écriture à
l’orchestre de Count Basie, pour ce bon vieux truc qu’est « Jada ».
J’ai joué ce titre en jazz Dixieland il y a tant de lustres que quand j’ai
constaté que ce titre je l’avais en Big Band dans l’un de mes albums de Basie
j’en ai été moi-même surpris.
J’étais passé à côté alors qu’il était sous mes oreilles.
Dans les années 70 Basie adore les contrastes, le swing tenu et retenu (le
phénoménal Butch Miles, le métronomique Freddie Green) et cela lui permet
d’explorer sur cet éternel fond de blues dont il ne sépare jamais, de nouvelles
dimensions.
Des solos de flûte, cela devient récurrent, de même que la flûte en sections.
Les trompettes jouent le jeu de sourdines diverses et variés augmentant ainsi
la richesse sonore de l’ensemble et permettant un jeu de nuances avec des
tuttis pouvant être pétaradants comme discrètement paisibles.
Basie a toujours le sourire, Basie est toujours jovial, facétieux, plaisantin
et heureux.
Basie respire le jazz de bonne humeur et terminer ainsi avec lui, c’est partir
en swinguant, en dansouillant, en sifflotant, en fredonnant et en
s’esbaudissant de ses toujours magnifiques minimales incartades pianistiques,
fines, subtiles, magiques et mirifiques.
Porter le titre honorifique de Comte n’était pas donné à tout le monde, mais ça
lui allait comme un gant (de velours il va de soi).
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On range la K7.
Je la remettrais plus tard, à l’occasion.
Il y en avait pour tous les gouts et j’aime à me promener dans et avec le jazz.
Bonne semaine.
Ca y est, 2026 est bien parti et il va être difficile d’éviter une actualité
déjà pesante et polémiquante …
C’est désormais ainsi et s’y faire même si cela m’est impossible, est pourtant
là, de fait.
Alors le sourire de Basie, fait du bien.
Une liste pour déguster qd on est bloqué au chaud. Je vais attaqué direct avec la 2, ECM oblige. Et bien dans le mille, délicieux, idéal pour écouter la neige tomber. Les petites notes comme des flocons. Coincé depuis hier, repos après avoir subi le naufrage des national lundi (5h pour faire 52km.. prévenu trop tard). Confiné blanc, je vais bosser sur ta liste.. merci ;D
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