EN TOUT SENS OU EN VRAC, SI VOUS VOULEZ (09) – (re) Nouveaux « classiques » - Esther Abrami / Camille Thomas / Lucas Debargue

EN TOUT SENS OU EN VRAC, SI VOUS VOULEZ (09) – (re) Nouveaux « classiques ».


Des albums jeune génération …
En voulez-vous, en voilà et en toile de fond, il y aura un petit débat d’idées rapport à un article paru dans un blog voisin, posant certes un questionnement sur constats mais relayé en comm’s par l’éternel passéisme, la stigmatisation et un militantisme musical qui me révulsent …
Sans parler d’une actualité sauvage et consternante.

L’universalité musique avec certain-es est vaine et relève de l’estampillage, du fronton, de la « citation » … mais dans la réalité, sans même gratter en profondeur, comme en politique (et aujourd’hui ces comparatifs me révulsent d’autant plus), derrière la phrase il y a un sectarisme, un immobilisme et un sens obtus qui enferme – et qui repose sur du séculaire, alors que tout, oui vraiment, tout, évolue et change…
Prendre le train et s’adapter, s’ouvrir et écouter, être curieux-se (et pas que pour la musique).
Accepter …
Ou rester sur le quai.

L’éternelle opposition passéiste entre les styles, les esthétiques, les musiques est et existe encore, comme un vieux truc poussiéreux, qu’on a un mal fou à décrotter, à nettoyer…
Aujourd’hui les musicien-nes, l’enseignement de la musique, ont dépassé depuis un bon moment déjà, ces clivages, ces ornières qui classaient la musique en classes sociales, en sectes, en groupuscules …
Ces comportements d’appartenance, revendicatifs d’identités, vindicatifs de prises de positions, restent l’apanage de générations qui progressivement s’effacent, l’âge aidant par son avancée dans le temps, naturelle, à dépasser cela.
Pourtant ce « débat » stérile entre musique et « Musique » ressort encore, sans réelle connaissance de l’évolution des mentalités, des usages, de la société, comme si l’on restait enfermé dans son vieux sillon de vinyle, ornière certes à la sonorité confortable et flatteuse et qu’on était incapable, inapte à lever la tête et réaliser qu’aujourd’hui la « jeune » génération n’en a rien à foutre des appartenances, car à ce propos, la politique en a échaudé tant et tant que dans leurs vies et choix ils évitent, tant que possible, le sectarisme.
Même si, il tentera toujours d’inciter et de s’inviter … et de récupérer …

Combien d’artistes du « classique » jouent des titres pop, rock, traditionnels, les incluant dans leur répertoire, comme valeur musicale au même registre que le patrimoine de « répertoire » ?...
Certains le font avec une forme de démagogie évidente et ne trompent pas (Capuçon, Berthollet et Rieu) …
D’autres le font avec le naturel de leur génération nourrie à l’ouverture, ne reniant pas, tout simplement, la musique dans sa donnée universelle.
Et, ce faisant, ils-elles démocratisent la musique, la pluralise et ils-elles lui donnent un impact réellement large, concernant le public autre que celui sectarisé dans ses zones de confort.
Ceux-là les boudent, les regardent avec suspicion et affichent un mépris évident sans même avoir la curiosité de les écouter pour au moins argumenter l’option de rejets qu’ils ont choisis.
Quand à ce « nouveau » public il va découvrir là un espace souvent parfaitement interprété, qui va lui ouvrir l’esprit et l’âme, incité, bien souvent par les réseaux sociaux, instigateurs et vecteurs de ces écarts culturels bénéfiques, pour toutes et tous.
Et pour la musique en général.

J’ai pris le classique en exemple car bien sûr, c’est le plus facile à épingler quand on est enfermé dans son bocal – mais combien de rockeurs s’en inspirent, en usent, combien de jazzmens idem… ?
On ne parle aujourd’hui plus de « passerelles », ce terme qui permettait justement d’accepter au-delà des clivages, qu’un artiste estampillé de telle ou telle esthétique puisse jouer « autre chose »… Il faut simplement accepter qu’un-e artiste puisse aimer de façon équivalente, toute la musique et que sa sensibilité lui permette de … tout jouer si ça lui chante et l’enchante.

Opposer le rockeur avec l’image populo au jazzeux embourgeoisé (dont j’admets user parfois) et, en passant, fustiger l’amateur de classique forcément ringard et passéiste si ce n’est élitiste.
Mettre sur le piédestal à tendance gauchiste la chanson française pour l’opposer à la varièt’ forcément droitarde ou populairement bien-pensante …
Enfermer le rap dans sa cité et l’y cloitrer.
Et la techno, electro dans sa cave et n’en percevoir que le beat monocorde de son kick.
Laisser la musique trad à la campagne tout comme un certain folk … et l’étiqueter ruralité.
Purée, les gars, se rendent-ils compte de leur schématisme, de leurs œillères et de la connerie qui en émane ?
Ce sectarisme volontaire a certes été aidé…
Manœuvre et une clique de journalistes en contributeurs.
En jazz les revues en sont truffées …
Et des types comme Boulez ont bien fait leur boulot pour élitiser la musique classique …
Alors que, Manoukian ou Zygel tentent par leur médiatisation d’inverser les codes en « vulgarisant », preuve active de cette nouvelle donne à prendre plus que largement en considération.

Alors bon, on ouvre les oreilles !…
C’est finit tout ça et d’ailleurs eux aussi que ces sectaires de tous poils …
Et …
Fort heureusement, dans certains blogs, ça ratisse large et prouve que ces crétins has been n’ont plus la parole, sauf quand ils veulent encore l’ouvrir.
Ça s’appelle la liberté d’expression et heureusement elle existe.
Et d’ailleurs j’en use ici.

Fort heureusement l’enseignement musical a évolué, vraiment évolué … mais ça, ils ne le savent pas, car qui s’intéresse à l’enseignement musical en France ?...
Pas le(s) gouvernement(s) en tout cas.
Et pourtant ces artistes … ils sortent bien de quelque part !
Ce qu’ils soient rockeurs, jazzmen ou classicos et bien entendu chanteurs-ses.
Et je lis qu’on vomit sur l’enseignement des musiques actuelles chez nous et sur les parents qui y mettent leurs enfants ?
Que répondre à cela ? Sinon imposer à celui qui salit de se taper, comme on le faisait, à l’armée, la corvée de chiottes et de nettoyer la fange de sa beuverie – à laquelle s’additionnait celle de ses potes, embarqués dans la même beauferie.
Qu’expliquer face à de tels propos tellement hors contexte, ignorants de la situation, de la vérité et de l’évolution réelle des choses ?

Passer son chemin et l’ignorer ?
Non.
Répliquer et tenter d’expliquer ?
Non plus. On ne fera pas changer, moultes arguments à l’appui, un militantisme de base reposant sur des données toutes faites et martelées pour devenir croit-il, vérités.
Alors…
Juste le dire, exprimer un désaccord profond avec de tels modes comportementaux affirmatifs et, non démontrer le contraire – car à chacun de se faire une opinion – mais dénoncer simplement en prenant la parole, ce qui relève d’un passéisme obscurci.
Il faut aussi briser la loi du dernier qui gueule et qui a raison – il existe une autre façon de dire les choses et de s’exprimer, hors la provocation systématique par exemple en rouge et jaune sous un shuffle marqué.

Alors, ce sera bien à chacun-e selon sa sensibilité, sa curiosité et ses « dispositions » (temps, envie, possibilités qu’offrent la vie … amis aussi mode éducatif qui de tt rentre malgré tout qu’on le veuille ou non, en ligne de compte), d’aller naturellement vers telle ou telle musique – le choix est vaste, sa démocratisation par le streaming aussi – ou d’essayer, autre chose, par incitation, par curiosité, par envie de changer d’air…
Tenter au resto, le plat du jour qui n’est pas dans nos habitudes culinaires …
Commencer par aller à la brasserie juste à côté du McDo …

Bon, vous l’avez pigé, j’ai lu ça, j’ai fait plusieurs tours sur moi-même.
J’ai un peu pourri de comm’s le blog (l’article ) en question mais par respect envers l’auteur de l’article j’ai juste longuement (ça vous pouvez me faire confiance) exprimé mon ressenti face à ces incongruités à partir d’un sujet louable.
Mais là, je suis chez moi…
Donc je vais aller un peu plus loin et exprimer clairement à ces malentendants obtus que certes, s’ils veulent encore croire que la musique c’est une affaire de sectarisme, c’est leur droit le plus strict – et qu’ils y croient fondamentalement aussi – mais que ce n’est nullement plus représentatif de la réalité sociale, culturelle et musicale et que effectivement ils ont regardé les trains passer, mais qu’ils sont restés depuis bien longtemps sur le quai et qu’il est temps de passer au snack se restaurer, rester entre eux (le fameux entre-soi qui est d’actualité) et arrêter, surtout, de faire ch … le monde.

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ESTHER ABRAMI « Amour » | Sony Music 2026.
Esther Abrami : violon.
Claudio Capeo : accordéon
Jimmy Whoo : electronics
Marina Viotti : mezzo-soprano
The City of Prague Philharmony orchestra, direction Irène Delgado Jimenez
Arrangements : Esther Abrami, Matthieu Gonet, Jan-Peter Klöpfel, Max Knoth.

Amour - YouTube

On peut dire que cette sortie est tombée à pic pour illustrer mon propos.
Esther Abrami pourrait quelque part être totalement représentative de cette nouvelle génération d’artistes à l’étiquette classique qui dépassent largement cet estampillage tout en le revendiquant culturellement, ou du moins en ne le niant surtout pas.

Ester Abrami j’ai commencé à la « suivre » par Instagram.
Tu t’intéresses à la musique, tu as parmi tes ami-es des artistes de tout bord, tu suis tant que possible les ancien-nes élèves qui font carrière, etc.
Classique, jazz, pop, rock, chanson …
Et le fameux algorithme te suggère, te renseigne, t’incite à ...
Parfois tu te demandes tout de même, comment c’est possible de s’afficher ainsi publiquement tant le niveau instrumental, musical … est ras de pâquerettes mais après tout, et j’en reviens à ci-dessus, au moins la donnée d’intérêt culturel et de dépassement de frontières élitiste (comme dans certains piano gare – cf Luchini) s’affiche et se plait à le faire.
Les jeunes stars de la musique, comme tout le monde ont-elles et eux recours à ces espaces actuels de communication et Esther sait s’en servir avec la dextérité de sa génération.

Et là …
J’ai immédiatement compris qu’on était dans une dimension qualitative, représentative de cette nouvelle génération d’artistes à placer en haut de la pile et à découvrir absolument.
Franchement je ne sais pas spécialement pourquoi je n’ai pas parlé d’elle avant, car j’ai écouté chaque sortie de ses albums.
En particulier celui consacré aux musiques de cinéma (un format à la mode, qui permet sous des enrobages à connotation classique, d’inciter l’auditeur par des B.O qu’il a intégré et admis. Une porte d’entrée idéale pour le public au sens le plus vaste possible).
Mais celui qui avait le plus retenu mon attention était celui dédié aux femmes (« Women »), leur musique … je le chroniquerais dans un autre article, car là, au regard des choix de répertoire et de leur mise en lumière, c’est carrément captivant.
Un véritable chef d’œuvre d’actualité musicale, à la prise de son et à l’interprétation bien entendu exceptionnelle.

Ether Abrami sort des albums conceptuels, s’empare d’un axe, d’une idée et elle décline cela musicalement.
Ce n’est pas nouveau, c’est porteur et parlant et en plus quand c’est relayé par les réseaux, par une jeune femme qui sait aussi soigner son packaging global, qui fait participer ses followers à sa vie quotidienne qu’elle soit dans son appart, en répétition, en shooting pour ses pochettes, en nominations officielles, en coulisses, en scène – tout y passe – ça a un impact médiatique considérable.
Esther a donc tout compris, elle est représentative de sa génération, ne s’en cache pas, diffuse ses interviews et a parfaitement compris comment gérer sa carrière.

Elle nous a fait patienter - méthodiquement et savamment - pour la sortie de ce dernier opus « Amour » et nous a même fait participer à la création (installée au piano) des titres qu’elle a composé et qui figurent ici.
Des titres qui démontrent qu’au-delà d’être une violoniste-interprète de haute volée elle est aussi une compositrice et même orchestratrice qui impose le respect et cela fait conséquemment réfléchir.

Esther a donc choisi la musique, plurielle, pluraliste, généraliste et elle l’organise autour de son concept (j’évite le terme de projet que je ne peux plus véritablement accepter), là où, par exemple (et on en verra un d’exemple plus loin) d’autres de ses collègues choisissent un-e compositeur-trice, une œuvre (concerto, duo, trio, etc) du répertoire et y consacrent un éclairage mû par leurs talents respectifs.

Les stars « récentes » telles H.Grimaud, K.Buniatishvili, L.Batiasvili … font de même.
Selon leurs envies, inspiration, idées momentanées et tout cela s’appelle musique et permet au passage et ce souvent, de découvrir du répertoire qui se glisse là, autre que les éternels « grands » qui sont coutumiers et pour lesquels dépasser certaines interprétation sera une réflexion quasi philosophique et d’étude.

On entre dans l’album par une flopée de ses compositions et en premier lieu l’éternelle image violonistique du tzigane vient frapper à la porte.
Celle ou celui qui aborderait l’album sans préliminaire cherchera s’il-elle est curieux-se de qui est cette œuvre…
C’est de l’artiste et franchement, même si d’évidence on n’est pas dans la recherche contemporaine, dans le tri-fouillage intellectuel, dans l’ego d’autorité, les compositions d’Esther Abrami, ont un charme qui, par l’ensemble des qualités musicales qu’elle(s) propose(ent), ne laisse indifférent.

Calme plat dans l’espace familial.
Je mets l’album.
Mon épouse : « C’est beau cette musique – c’est qui ? ».
Et du coup, installés là, on s’est laissé envouter (car c’est bien le terme) par la pluralité tant que l’irrésistible qualité de la musique que nous présente ici Esther Abrami.

Comme je l’ai spécifié, une artiste de cette trempe peut tout jouer et l’inclure autrement que par fausseté démagogique dans son giron de répertoire.
« Amour » dont elle vous livrera dans le livret son idée sur le sujet se retrouvera alors sublimé par tant l’obligatoire Carmen, les délicieuses mélodies de Charlie Chaplin, une version des plus attractives du « All By Myself » de Céline Dion où le chant de son violon met la beauté de cette mélodie en valeur, dépassant par la seule musique l’axe vocal qui lui est accolé.
On croisera avec fascination Gluck (Orphée et Eurydice), Poulenc, on ne se peut plus approprié ici avec « Léocadia », la « Chacone » de Vitali ou plus sentimentalement Romeo et Juliette de Nino Rota – et l’on découvrira une œuvre du compositeur (ainsi que ce compositeur) Zdenek Fibich.
Tout cela est mû par un fil d’une grande cohésion et se laisse apprécier avec une rareté d’émotion qui n’est pas due à un jeu d’interprète ampoulé comme celui désormais des deux frangins de haut de panier Capuçon, certes démocratiquement œuvrant (Gauthier avec ses tournées d’été qu’il ne faut pas négliger) de leur côté, eux aussi, pour la musique au sens large, mais désormais en haut d’un podium où ils feraient bien de laisser un peu de place ... aux autres …

Esther est née en 1996, son parcours d’études est impressionnant tout comme celui de ses partenariats et de ses choix musicaux qui sont véritablement représentatifs d’une ouverture qui brise les codes.
Et, sans retenir plus que cela les débats inutiles entre faux esthètes, entre sectes de mélomaniaques, elle représente avec honnêteté, sérieux et engagement, choix et affirmation de ceux-ci, ce qui se fait de plus haut niveau dans l’esprit qui émane de cette nouvelle génération qui nous propose désormais la musique dans toute sa réelle splendeur plurielle.
Magnifique …

Et je vais vite me procurer son livre « la musique est aussi une affaire de femmes ».

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CAMILLE THOMAS : « Philip Glass for Cello » | DG 2026.
Camille Thomas : violoncelle
Brussels Philhamonic direction & piano : Oscar Jockel
Celli by members of Brussels Philhamonic

Philip Glass for cello - YouTube

Camille, elle aussi, a largement usé des réseaux pour que son nouvel opus dédié à la musique pour violoncelle qu’elle dit injustement jouée, soit suivi, plébiscité, éclairé et digne de l’être.
Elle a eu raison.
Cet album est un pur moment de grâce musicale.
C’est Glass lui-même, raconte-t-elle dans le livret (eh oui, Qobuz propose les livrets et franchement ça aide à faire la différence), qui l’a sollicitée pour interpréter son concerto pour violoncelle.
Elle s’est alors précipité sur la partition et a immédiatement envisagé cette perspective d’enregistrer la musique de l’un des grand noms de la musique « sérieuse » américaine, Mr Philip Glass, maître du minimalisme / répétitif.

Glass qui est né en 1937, à Baltimore, issu d’une famille d’émigrés juifs orthodoxes russes (rien que de l’écrire j’ai tout LFI sur le dos). Le jeune homme étudie le piano, la flûte, le violon et en même temps la philosophie et les mathématiques.
Puis il va étudier avec Darius Milhaud, Nadia Boulanger. Créer de la musique de scène pour Beckett, tout en faisant des boulots de grutier, plombier, chauffeur de taxi afin de subvenir à ses besoins et créera le Philip Glass Ensemble constitué comme un groupe de rock.
J’en reste là sur sa bio, mais je crois que cela suffira à comprendre quelle est l’origine de son parcours créatif – et je trouve ça génial qu’on puisse ainsi et par là, y penser et faire les rapprochements que notre esprit voudra bien faire.
De Philip Glass je reste un admirateur de son opéra « Einstein on the Beach » que je recommande plus que vivement pour celles ou ceux qui voudraient véritablement écouter une musique autre et autrement, un véritable choc culturel, intellectuel, artistique et musical.
J’aurais pu en rester là, mais Philip Glass a aussi tourné à sa sauce minimaliste la musique de la trilogie berlinoise de Bowie-Eno et vous me savez fan de cette période tant pour l’un (Bowie) que pour l’autre (Eno) – et là je l’ai définitivement adopté.

On a eu de grands et virulents débats d’idées concernant la musique minimaliste américaine avec mentors, étudiants, professeurs, collègues – bref tout ce qui est représentatif des métiers de la musique. Et cette école divise, même si aujourd’hui cela semble s’être calmé.
Ce qu’on peut dire, en tout cas, c’est que soit on est fan, soit on passe son chemin.
L’entre deux semble impossible.

Et c’est un peu le cas avec cet album que nous présente Camille Thomas, car il faut tout de même parler plus qu’un peu d’elle après ce préambule Glass.
Curieusement ces derniers temps, la musique minimaliste semble attiser l’intérêt de nombreux interprètes « classique ».
Et de fait, il semblerait qu’enfin elle entre véritablement, au XXIe siècle, comme un patrimoine de répertoire « classique ».
Ils et elles, interprètes, sont nombreux-ses à s’en emparer, cherchant forcément là d’autres portes d’entrée, des enrichissements de répertoire séculaire, et l’idée d’aborder un autre espace, un autre univers, une autre dimension temporelle.
Camille Thomas met donc son immense talent d’interprète au profit de ce concerto et d’autres ouvrages du compositeur pour nous offrir un concept, autour de lui, qui va très vite fasciner…
Le répertoire présenté est choisi et organisé afin d’une entrée progressive dans sa musique, c’est initiatique, pédagogique et hypnotisant – ce qui, en musique répétitive est une lapalissade vous en conviendrez ...

J’ai souvent remarqué dans nombre d’interprétations de Glass, ce dû aux schémas d’écriture de ces motifs répétitifs, une certaine fausseté dans le jeu des cordes.
Ses partitions supposent des exécutants une technique parfaite et une gestion parfaite des cycles.
Ici, je l’avoue, j’avais une forme de réticence de cet ordre quant à des choix quasi exclusivement réservés aux cordes, mais cet a priori s’est immédiatement estompé ce qui a renforcé mon admiration pour la gestion musicale et la précision que Camille Thomas et ses partenaires (orchestre ou ensembles de celli) installent dans ce répertoire.

Il m’a fallu cependant plusieurs écoutes afin d’englober avec familiarité cet univers musical autour du violoncelle magistral de l’artiste.
Non que dès la première écoute je ne sois intéressé, bien au contraire, mais j’ai immédiatement supposé qu’il me faudrait attiser le plaisir que ces interprétations supposent – donc « Philip Galss for Cello » ne s’écoute pas à la va vite, il se laisse admirer, il est sur cette dimension d’un temps que nous n’avons plus guère et permet de le retrouver.
Cet album laisse suspendu dans une dimension immatérielle qui enveloppe, fascine et honnêtement, il ne peut que susciter - là où le replay (un comble si on parle de musique répétitive) est généralement rare, tant le streaming et la production actuelle sollicite la boulimie – une envie irrépressible d’un nombre d’écoutes qui, au fil de cet acte simple d’accoutumance, feront immanquablement dépasser le fait d’aimer cet album.
L’aimer certes, mais il va, comme il le fait depuis sa découverte et l’enrichissement quotidien qu’il me procure à chaque remise en platine, très vite (si vous avez au départ été intrigués et curieux de cette musique qui se déploie là) prendre une place prépondérante dans votre sensationnel musical et artistique.

Ce sera aussi probablement l’occasion d’aller ouïr passionnément tant la musique de Philip Glass (et ses BO dont « The Truman Show » présenté en transition ici) que l’interprète Camille Thomas, elle aussi représentante de cette génération actuelle qui s’empare des musiques pour nous les mieux transmettre et nous provoquer l’émotion – ce vecteur indispensable que l’on se devrait de ressentir plus souvent.

Merci Camille, pour ce voyage …

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LUCAS DEBARGUE : « Gershwin Variations » | Sony Classical 2026.
Lucas Debargue : piano
Orchestre de Paris direction Elim Chan.

Gershwin Variations - YouTube

"Ramener le terme de 'variation' au centre de la pratique musicale me semble primordial, car il relie interprétation, composition et improvisation, trois activités qu'on ne trouve plus aussi souvent qu'avant rassemblées chez le même musicien."

Un beau matin, prenant la voiture pour aller très certainement faire quelques courses, comme à l’accoutumée dans cette situation où l’on met le contact en route, la radio prend automatiquement le pas, ce bien avant de connecter le streaming pour lequel il faut un petit délai d’appairage.
Cela est désormais intégré dans notre quotidien que ces effets technologiques.
En général ma bonne vieille 2008, automatique et peu gourmande en diesel si on la ménage, est préréglée sur Radio Classique – parce qu’en général, on y propose de la musique avec peu de palabres. Mais, selon les jours, Radio Classique, chez moi, passe directement à France Musique (je ne me l’explique pas et franchement j’ai autre chose à faire) et, vous le savez, je n’en suis pas spécialement adepte.
Pourtant j’admets que, de temps à autre et selon « l’émission », l’horaire je tombe sur des moments qui attisent mon intérêt et d’autres qui me font très vite me ruer sur le Bluetooth tant cet entre-soi (bien à la mode ce terme, donc j’en use abusivement) nombrillissime me fatigue.
C’est par exemple le cas environ vers 22h30 quand je rentre de répétitions du big band ou de l’harmonie que je dirige et que je me retrouve face à des piécettes musicales « contemporaines » dont il faut plus de temps d’explications que d’écoute afin d’en saisir l’essence créative…
Ce que je comprends car en général le « digne d’intérêt » - et pourtant vous savez si je suis curieux - dépasse  ma capacité d’appréciation d’autant qu’au lieu de me laisser juste le temps musical de me faire une idée, c’est auréolé d’un fatras explicatif qui – crois-t-on certainement – aura l’avantage de faire apprécier l’œuvrette par un préliminaire intellectuelo didactique, alors qu’en fait, c’est exactement l’inverse qui se produit.
Puis fort heureusement s’ensuit dans la foulée, une interview (autre « émission ») d’artiste surgie du passé et là enfin on peut (ou pas, selon comme c’est là encore, mené – ou si j’arrive à domicile) s’intéresser.

J’ai été long j’en convient, mais si je reproche à Radio Classique son peu de programmation contemporaine, je ne supporte plus la branlette intellectuelle qui l’auréole dès qu’elle entre en l’espace auditif chez France Musique.
Pas d’entre deux donc … et c’est bien dommage qu’on en soit à toujours justifier la musique contemporaine au lieu de simplement la considérer comme faisant partie du répertoire – mais cela a toujours été et en tant qu’ancien prof au conservatoire, je me suis éminemment battu contre cela.
Sans effet.

En ce beau matin donc, je suis obligé de vérifier si, ayant prêté la voiture à mon fils, il ne m’a pas, encore une fois, changé l’onde radio.
En effet, voilà que « Le Sud » de Nino Ferrer sort des hp.
Inhabituel sur ce type d’onde musicale.
Et qu’on interview un artiste pour lequel, malgré les quelques sollicitations de streaming, je n’avais accordé aucun intérêt, ou presque (Scalatti).
Puis s’ensuit un titre de Genesis et un long moment où il parle de l’improvisation, la replace, lui remet sa place qui devrait être pédagogique et quotidienne, car appartenant depuis toujours à la musique, etc, etc.
Ca y est, il m’a accroché le bougre – je note vite son nom, apprends que c’est à l’occasion de son nouvel album dédié à Gershwin, terrain de jeu idéal pour corroborer ses convictions, que cet éclairage d’une journée en sa compagnie se déroule sur France Musique.
Je n’ai pas passé la journée radiophonique en sa compagnie, mais j’ai passé la suivante et quelques autres par la suite à écouter ses albums dont celui-ci, qui m’a initié à sa jeune mais déjà bien solide (et engagée), carrière.

Bon, déjà, le pianiste…
Quand on connait tant soit peu le catalogue Gershwin, celui écrit (mon père en était un inconditionnel) tant que celui d’usage des standards de jazz (idem via Louis et Ella), on sait qu’il va falloir une bonne dose de technique, de digitalité, d’énergie et aussi du culture entre classique, jazz et comédie musicale pour comprendre, sentir, interpréter et transmettre de façon lucide l’immensité plurielle du compositeur.
Pour les amateur et adorateurs (dont je suis) cet album, décliné en deux CD est obligatoire, impératif et incontournable.

On va y trouver le « Concerto en Fa » et « Rhapsody In Blue », pavés pianistiques du répertoire orchestral du compositeur et leur interprétation qui fait toujours se poser la question de l’absolue virtuosité qu’elle oblige par Lucas Debargue se positionne bel et bien, là, justement, où il fallait le sillon central entre une vue par le classique et une dimension par le jazz.
Et les trois préludes qui servent de pause entre les deux ouvrages orchestraux (mais quelle belle idée) confirment instantanément ce sentiment d’écoute qui fait qu’on joue enfin Gershwin comme le jazz et la comédie musicale l’imposent et non comme un déviant jazzifié pour le classique.
En cela ce jeune artiste a tout compris et encore une fois en cela il entre dans la case de mon article – parce que tout simplement, par cette culture envers toute la musique, sans élitisme, sans sectarisme, sans réduction stigmatisante, il aborde celle-ci de façon actuelle, installant le compositeur sur une donnée qui jusqu’alors était rare et qui fait que l’on chante encore, parfois, « Porgy and Bess » comme un opéra romantique wagnérien, où seule la mise en scène serait actuelle …

Le CD 1 présente ce qu’on a l’habitude de « connaitre » de George Gershwin et on sera ébloui, même en connaissant la partition et ses divers méandres où les mains semblent immenses pour couvrir un clavier qui est exploité dans toute sa magnificence.
Blues, Jazz, Ragtime, Cabaret, Comédie Musicale … allez, sortons cette image post lisztienne du piano et apprécions George Gershwin, enfin, tel qu’il aurait dû être joué et ce, depuis bien longtemps (même si de réelles avancées ont été faites en la matière – j’en ai parlé d’ailleurs précédemment).
Lucas Debargue pose sans équivoque cette vision et son interprétation – même si elle ne renverse pas les choses – s’inscrit comme soit un sommet heureux face au répertoire, enfin gravi, soit un point de départ pour de futures explorations dudit répertoire.
De surcroit, aujourd’hui se rendre compte de ce comment le compositeur désirait que son œuvre soit jouée est facile, il y a des témoignages filmés …

J’ose, une fois ce déferlement chargé d’émotion réelle passé, le CD 2, avec variations.
Je ne sais qu’en attendre, si ce n’est que l’interview m’a mis tout de même sur quelques pistes et la curiosité m’a forcément collé au mental.
Le pianiste s’est donc servi de thèmes du compositeur pour composer ses propres variations avec une volonté d’y résumer sa culture musicale et pianistique.
Nous voici face à ces « Douze études sur les chansons de Gershwin ».
Douze études, douze sons de la gamme chromatique, cycle de quintes.
Le livret intensément fourni explique avec précision la démarche du pianiste – re-compositeur du sujet Gershwin qui dédie ces variations à Brad Mehldau, fait important s’il en est.
Puis, chacune des variations aura son axe stylistique et sa dédicace.
Et à partir des thèmes connus du compositeur voici une extension de sa musique qui agit comme une somme bien actuelle du langage pianistique depuis que des mains se sont posées sur le clavier et ont fait évoluer la musique par cet instrument captivant et incontournable de la création musicale.
De valses en rumbas, de chacones en fugues, de gavottes en mouvement perpétuel, de tango en polonaise, de sicilienne en marche funèbre … c’est tout un pan de l’expression musicale par le mouvement, comme les suites, qui débarque et embarque nos sens qui – même si avisés – prennent un immense plaisir à s’y perdre et à admirer tant qu’oublier Gershwin.
L’aventure est fascinante, le voyage est captivant et plein de surprises magnifiques.
La musique de Gershwin devient un pays dans lequel on circule, découvre, batifole, explore, rie, pleure, s’émerveille, partage et rencontre.

J’ai adoré cet album.
Je me suis délecté de la musique au sens le plus actuel et large qu’il offre.
Et je me suis abreuvé tant des notes jaillissant du piano que de celles écrites pour un livret tellement bien expliqué, tellement pédagogique.

Une expérience.
Un moment intense de musique et d’intelligence rare et supérieure.
Fascinant est le mot qui me reste avec « Fascinating Rythm », devenu valse … et emmenant George par la main pour un voyage dans le passé où il rencontre Liszt et Chopin…
Merci à Lucas Debargue.

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Je termine cet article en ce 19-10-2026.
La musique n’efface pas la consternation face à une actualité sociale et vandale qui nous heurte et dont toutes et tous savions que cela arriverait un jour, là forcément, sous peu …
Le nier, penser l’éviter, n’y croire, il n’y a que ces politiques méprisants et sous la coupole Macron qui pouvaient imaginer le faire, s’imaginant intouchables, respectables et croyant détenir encore une once de « pouvoir » parce que accrochés à la sphère du pognon.
Macron, de décisions en ministres, a ulcéré et désespéré les français et si des punitions judiciaires arrivent à la hauteur de ce qu’il envisage en toute fourberie habituelle à « instaurer » (car encore une fois il n’est pas capable d’agir mais juste de faire des effets d’annonce) mon réel espoir c’est que cette justice qu’il veut mettre en place fasse aussi son travail envers lui et ses nantis et qu’à égales peines ils soient condamnés, sans discernement ou distinction de caste.
Il y a la violence visible et condamnable et il y a la violence avec laquelle il nous a traité, lente, usante, tactique et progressive. Un travail de haute trahison nationale, de minage méthodique de terrain, un déterminisme à déprimer qui a fait que cette fois, la coupe n’a pas débordé, mais qu’elle a explosé.
On n’arrête pas un peuple désespéré.
Il avait oublié l’histoire, il s’était cru au-dessus de celle-ci.
Elle vient de le rattraper.
Et le donneur de leçons qu’il est, à rebours systématique, moralisateur de pacotille, devrait ressortir ses vieux manuels, ceux que les-ses ministères de dés-éducation nationale ont rangé dans les placards en dé-cultivant les enfants de leurs racines et il devrait en relire les nombreux passages qui ont fait qu’à un moment, l’abus du pouvoir, même absolu, a toujours été puni par ceux qui en ont subi le joug.

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Sur ces paroles, ces faits et ces constats, la profondeur émotionnelle de la musique présentée ici dépassera aussi les clivages des sectaires qui en restent encore à l’utiliser non comme universalisme mais comme outil de fraction et de clivage.
Que ces sourds mais malheureusement pas muets restent enfermés dans leurs blogs respectifs et qu’ils laissent la musique réellement s’exprimer, sans leurs militantisme réducteur et négatif.
A bon entendeur je les salue.
Et je salue mes trois chouchous du moment, Esther, Camille et Lucas – si la vie n’était auréolée que de telles personnes elle serait infiniment … plus belle.













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