EN TOUT SENS OU EN VRAC, SI VOUS VOULEZ (08) … Ana Mazzotti / James Taylor / Heinrich Ignaz Franz Biber / Zao / Joe Hisaishi / John Hingeston
EN TOUT SENS OU EN VRAC, SI VOUS VOULEZ (08) …
Ana Mazzotti / James Taylor / Heinrich Ignaz Franz Biber / Zao / Joe Hisaishi
Schéma bien pratique que de mettre en vrac des albums de toute sorte, style,
années …
On peut faire son marché, son choix, laisser divaguer son humeur du moment et
tenter.
Oui tenter … être curieux-se, oser dépasser les deux premiers titres, puis
adorer, ou pas, retenter, ou pas, bref…
Ecouter.
Cette fois encore, y’en aura pour tous les goûts, à vous de choisir.
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ANA MAZZOTTI : « Ninguém Vai Me Segurar » | Top Tape 1974.
Ana Mazzotti : vocals
José Roberto : all keyboards
Alex Malheiros : guitars & basses
Romildo T. Santos : drums
Ariovaldo Contesini : percussions
Ana Mazzotti – Ninguém Vai Me Segurar (1974) - YouTube
Le jazz fusion made in Brazil …
Une artiste qui a eu son heure de gloire dans son pays, née à Caxias do Sul en
1950, elle va partir vivre à Rio de Janeiro en 1974.
Son mari, le batteur Romildo Teixeira Santos fera partie de leur formation Desenvolvymento
(1968) – impossible d’en trouver trace musicale.
Elle a commencé en chantant les Beatles dans une formation exclusivement
féminine qu’elle dirigeait, en tant que multi-instrumentiste, puis sa courte
carrière (elle est décédée en 1988) a été éclairée par l’utilisation de sa
musique pour des émissions télévisé et des séries.
Peu d’albums donc.
Et celui-ci considéré comme mythique par les musiciens de jazz fusion et en
toute logique les musicien-es brésilien-es.
C’est un peu comme si Airto (et Flora), qui croisa Chick Corea se rejoignaient
ici.
Le sens direct de la bossa nova, traitée avec cette actualité seventies, piano
Fender Rhodes au point central qui est l’axe principal. Pourrait-il en être
autant ?
Je pense aussi à Djavan ou Gilberto Gil dans leurs évolutions respectives, vers
une sensibilité plus actuelle, enracinée dans ce patrimoine intemporel, mais
lui donnant le lustre et la couleur plus populaires, post succès planétaire, en
récupérant des codes de jeu internationaux qui, eux ne se sont pas gênés pour foncer
dans la récup’ bossa.
La production est d’une grande limpidité mettant la voix de l’artiste très en
valeur ce qui permet d’en apprécier les capacités tant vocales qu’imaginatives.
Les compos sont absolument délicieuses et les arrangements font la part belle
aux claviers et l’enchainement des titres ratisse large en tempos, ambiances,
esprit et feeling.
Le rythme est au cœur de l’affaire, pulsé par un sens qui est
traditionnellement inné et qui s’invite même dans les titres qui basculent
groove (« Eu su Mais Eu » où le vocal d’Ana semble rejoindre le Al
Jarreau des moments latins de ses albums).
Idéalement placée au deux tiers de l’album la balade pop « Canto de
Meditaçao », rappellera l’évidence d’une artiste qui a joué les Beatles…
et elle fera le joint avec la subtile reprise de « Feel Like Makin
Love » qui, par son feeling latin sur groove funky FM caresse le palmarès
d’une des meilleurs versions de ce titre avec une sensualité vocale fort à
propos.
« Ninguém Vai Me Segurar » est un album très aisément classé en jazz
fusion, mais qui par son axiome brésilien donne une autre saveur à l’affaire.
Il fera de belles heures d’écoute en boucle tant ses bienfaits apportent une
douce chaleur de soir d’été, à l’image de soleil couchant.
On ne se débarrasse pas si facilement de l’image de la plage d’Ipanema et de ce
qu’elle sous-entend …
« Sou » …
Oui, je suis …
Ana Mazzotti
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JAMES TAYLOR : « In The Pocket » | Warner 1976.
James Taylor : vocals, acoustic guitars
Carly Simon, Alex Taylor, Art Garfunkel, Bonnie Raitt, David Crosby, Graham
Nash, Valerie Carter : harmony vocals
Clarence McDonald, Craig Doerge : organ, keys, accordion
Lenny Waronker, Danny Kortchman, Waddy Watchel : guitars
Kenny Watson : cimbalom, dulcimer
Leland Skal, Willie Weeks : bass
Russ Kunkel, Jim Keltner : drums, percussions
Bobbie Hall, Milt Holland : percussions
Victor Feldman : vibraphone
James Taylor, Stevie Wonder : harmonica
Michael Brecker, Ernie Watts : tenor saxophone
George Bohanon : trombone
Oscar Brashear, Steve Madaio : trumpet
Gayle Lavant : harp
Herb Pederson : banjo
David Lindley : dobro
Nick DeCaro : arranger, organ, producer
In The Pocket- James Taylor - YouTube
Du très beau monde sur cet album, que mes récentes écoutes
autour de Nick Decaro m’ont fait ressortir.
James Taylor …
« L’image » sonore de sa voix est marquée dans mon esprit
principalement sur cette période de sa carrière, même si j’ai attentivement
suivi la suite, ce jusqu’à encore aujourd’hui où, quand un album de James
Taylor sort, je ne manque surtout pas de l’écouter.
Et je ne suis jamais , vraiment jamais déçu.
Ni fan, ni accro, si ce n’est à l’idéal de qualité musicale et avec lui, on est
certains d’être servis – c’est comme aller dans tel restau, on connait, on
sait, mais aussi, on est certains que la qualité et ce qui l’enrobe sera au
rendez-vous.
Une sorte de représentation de la douceur, de la finesse que je mets sans
hésiter aux côtés de
Michael Franks, dont Decaro a été également arrangeur.
« A junkie’s lament » est un titre que j’ai souvent écouté,
représentatif, sensible, aux chœurs avec cette double voix absolument
frissonnante d’émotion, sous un aspect d’apparence cool mais si profond.
Je ne vais « extraire » aucun titre de plus, car comme dans tous ses
albums, même si l’on aura un penchant pour tel ou tel moment, les titres se
suivent avec une science de l’enchainement assez rare, qui permet d’apprécier,
chose encore plus rare, un album en son entier.
Et que l’on passe :
du groove gospélisant (« Money Machine ») avec son piano sorti du fin
fond de n’importe quelle église évangéliste et aux cuivres de section
rythm’n’blues affirmés,
au blues revisité et désaccordé avec une volonté roots affirmée
(« Everybody Has the Blues »),
qu’on tape le pur rock Calif’ sur un halftime marqué funky (« Woman’s
Gotta Have it »),
en passant par des racines louisianaises plus profondes (« Nothing like a
Hundred miles »),
les styles importent peu, car ils sont réunis autour de James, de sa voix et
des voix (relisez la liste de ses partenaires vocalistes, y’a de quoi être
émerveillés) qui s’ajoutent à lui, dans la pure tradition de ces folkeux qui
savaient si bien et avec tant de talent associer leurs vocaux.
Cela dit, James reste tout de même un cador de la balade… (« Golden
Moments » en conclusion - magnifique) …
Les artistes de studio qui sont présents ici sont certes des valeurs ajoutées
évidentes.
Et j’admire d’autant plus leur participation qu’elle n’est nullement ancrée sur
la valeur individuelle. Ils mettent juste leur immense talent au service de
James Taylor, décontracté, engagé, comme toujours et porteur poétique (voix et
texte inclus) de messages sociaux, politiques et aussi éternellement – mais
avec quelle classe – d’amour qu’il soit passion ou universalité.
Il y a tant et tant d’albums de James Taylor…
Parmi cette somme il y a celui-ci, sorte d’îlot de perfection, d’écriture, de
musique, d’arrangements, de propos.
Alors ne nous en privons surtout pas…
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HEINRICH IGNAZ FRANZ BIBER (1644-1704) : « Harmonia
Artificioso-Ariosa » | ACCENT 2026.
Harmonie Universelle :
Florian Deuter, Monica Weissman : musical direction, violin, viola, viola
d’amore
Dane Roberts : violone
Eduardo Eguez : lute, guitar
James Johnstone : organ, harpsichord
Heinrich Ignaz Franz Biber: Harmonia artificioso-ariosa - YouTube
Cet album …
Sa présentation par une pochette mystérieuse pour aborder un compositeur qui
l’est tout autant que sa musique aux caractéristiques très spécifiques,
L’interprétation démontrant un esprit éclairé qui se met au service de toutes
ces Partitas,
La prise de son vivante et précise,
etc.
Cet album …
Qui met en relief la musique de ce compositeur né en Bohème, à Wartenberg, à
côté de l’actuelle Prague, en 1644, qui sera nommé maitre de chapelle de
Salzbourg, par le prince évêque de la ville, permettant une lignée musicale en
y faisant succéder son fils, plus connu, Carl Heinrich Biber.
Qui présente, au passage, les avancées inventives et techniques que le
compositeur, également illustre violoniste, permettant par la scordatura (une
technique de jeu désaccordé), qui consiste à réaccorder les instruments
d’ouvrir le champ des possibles pour ses œuvres.
Qui parallèlement démontre une réflexion quant à l’évolution des possibilités
violonistiques en osant des positions jusqu’alors inusitées.
Avancées qui préfigurent l’art violonistique moderne, Corelli considérant
lui-même ces positions comme … impossibles.
etc.
Bon, cet album dépasse largement le cadre de curiosité ou d’un énième album
baroque d’où sort un compositeur, certes oublié ou encore méconnu, sur lequel
l’envie musicologique se penche.
Il y a dans cette musique une dimension qui frappe dès les premières notes, dès
la Partita N° 1 en Re mineur qui par son entrée dramatique et soutenue
interpelle par son propos inhabituel. Une œuvre qui très vite démontrera une
écriture où la virtuosité se mêle à l’inventivité et au propos émotionnel.
Le tourbillon de notes n’est jamais là pour la seule et pure virtuosité, mais
pour renforcer le sujet musical dont cette technique spécifique d’accordage –
même si l’on n’est réellement « averti » en la matière – attise la
curiosité par ce petit truc qui … change tout.
Des danses, habituels arguments de cette période, organisées et se succédant
pour mettre leurs caractères respectifs en cohérence et selon l’inspiration –
Passacailles, Gigues, Sarabandes, Ballets, Allemandes sans oublier la Chacone.
Des airs, il va de soi.
Des canons, ce schéma si complexe en « logique » d’écriture où tout
doit s’assembler harmoniquement sur la seule conception horizontale.
Et bien sûr des variations qui permettent, à partir d’un sujet de le développer
sous les aspects les plus divers – et ici la donnée virtuose sera un redoutable
argument si, de surcroit, l’on considère l’époque et le fait que Heinrich Ignaz
Franz Biber ait développé cette technique permettant aux cordes, des prouesses
inédites en ces temps lointains.
Un moment précieux que la plongée dans cette musique qui, à quelque moment du
quotidien va installer la beauté tant que la pensée profonde issue et
renaissant du passé comme une sorte de vérité.
Décidément la musique, dans toute sa dimension n’a pas fini de me surprendre et
me réjouir.
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ZAO : « Typhareth » | RCA 1977/Musea 1998.
François Faton Cahen : piano, electric piano, synthétiseurs – compositeur.
Gérard Prévost : basse électrique
Manu Katché : batterie
Michel Seguin : percussions
François Debricon : flûtes, saxophones
Hamid Belhocine : trombone
Typhareth - YouTube
Vous connaissez ma passion pour la musique de François Faton Cahen, en solo,
duo, avec Magma et bien entendu avec Zao.
Pourtant je n’avais pas encore parlé de cet album, qui, au passage il est
important de le signaler, est la toute première apparition studio d’un certain
… Manu Katché.
Et déjà…
Ce sera également le dernier album du groupe et la direction qu’il a prise ici
a été globalement très critiquée – je lis une critique très acerbe d’un blog
concernant cet album le considérant comme « à oublier »… peu importe
à chacun ses choix et avis.
Ici il ne reste effectivement qu’un peu de la racine du groupe.
Yoko est parti et ce sont Faton (avec pléthore de claviers) et Gérard (souvent
en fretless) qui tiennent le flambeau.
Alors l’axe avec cette nouvelle équipe va s’orienter plus vers un jazz-rock à
dimension « populaire » (1977 … l’ère du jazz-rock est en plein boom)
que rester ancré dans le jazz français issu de Magma.
Comme toujours il faut accepter et comprendre.
La nouvelle génération, dont Manu est représentatif, est nourrie à Weather
Report (« troupeau de bisons sous un crane »), Herbie et nombre
d’autres de ces groupes (Brecker Brothers – « les temps changent »
entre le thème aux cuivres et le solo très Herbie de Faton, sans parler du jeu
influencé par Harvey Mason de Manu) qui sont contemporains et font fantasmer
tant et tant de musiciens hexagonaux.
Les axes de composition vont donc évoluer vers un cadre plus fixe, moins
libertaire, moins free - ce que Yoko
préconisait et jouait. Cette mutation a forcément suscité des incompréhensions
et comme toujours l’acceptation passe par une écoute réorientée et non de ce
qu’on aimerait qu’elle soit.
Le titre éponyme de l’album basé sur un mouvement répétitif peut être soit jugé
comme manquant d’inspiration soit apprécié comme ce que fit Miles sur des
schémas identiques en organisant la musique sur – bien souvent – une seule
ligne de basse autour de laquelle tout vient, prend place, s’invite, entre,
sort, salue, s’en va, repasse, revient, retourne …
Et la magie d’un thème remarquable va alors opérer.
Le titre prendra un sens hypnotique indéniable prouvant justement, là, qu’enfin
le jazz hexagonal était apte à sortir de ses tics free et intellos pour aller
dans cette direction davisienne désormais absorbée.
Et cela permet de rebattre les cartes d’un album qui aurait pu être le point de
départ d’un cycle Zao se permettant de passer à autre chose et de devenir très
rapidement fers de lance de ce mouvement maintenant affirmé (je pense aussi à
Chute Libre).
Mais voilà, Michel a fait de l’œil à Manu…
François est parti vers des contrées pianistiques dont je connais bien les
méandres et nombre de sections vents ont très vite pigé le potentiel de ces
jeunes.
Et puis il ne faut pas oublier que Faton eut cette chance de s’offrir un album
avec Vitous et DeJohnette – donc ce sujet WR, Miles, il le connait bien…
Faisons fi des critiques maussades envers ce dernier opus de Zao, prenons le
tel qu’il se présente à nous (hé oui, « les temps changent » et ce ,
de tout temps) et surtout embarquons avec eux pour leur fougue, leur jeunesse
et leur envie musicale.
PS : J’aurais dû transcrire « Binah » et l’ajouter à mon
album dédié à Faton tant ce thème est la beauté représentative de sa musique …
et ça a commencé ici dans le premier blog le jour où j’ai décidé de chroniquer
« Tendre Piano Solo » … que cette passion pour sa musique – et j’en
profite pour saluer ici, amicalement, son épouse et amie à distance, Clara.
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JOE HISAISHI : « Symphony N°3 (Métaphysica) / Harp
Concerto » | DG 2026
Royal Philharmonic Orchestra direction Joe Hisaishi
Emmanuel Ceysson : harpe
Hisaishi: Symphony No. 3 "Metaphysica": I. existence - YouTube
Hisaishi: Symphony No. 3 "Metaphysica": II. where are we going? - YouTube
Hisaishi: Symphony No. 3 "Metaphysica": III. substance - YouTube
Hisaishi: Harp Concerto: Movement 1 - YouTube
Hisaishi: Harp Concerto: Movement 2 - YouTube
Hisaishi: Harp Concerto: Movement 3 - YouTube
Image, dessin animé, mondes fantastiques – on connait tous la musique de Joe
Hisaishi.
Il a composé pour les films les plus emblématiques des studios Ghibli, signant
des musiques qui maintenant sont jouées en tournées, supports « animes »
(sans le é) à l’appui dans un contexte grand spectacle.
« Nausicaä », « La Vallée du Vent », Le Garçon et le
Héron », « Le Château dans le Ciel », « Mon voisin
Totoro », « Princesse Mononoke » …
Pour les films « Kids Return », « L’été de Kikujiro »,
« Dolls » …
La musique de ce compositeur japonais, né à Nakano en 1950 nous est quelque
part familière.
Nombre des dessins animés sus-cités font partie désormais des incontournables
du patrimoine enfance et ont beaucoup nourri l’imaginaire souvent poétique de
nombre de générations.
De la K7 vidéo au DVD et maintenant sur de nombreuses plateformes.
Aborder sa musique de concert se fera pour ses fans difficilement sans rapport
direct, tant il est vrai que cette musique, complexe, incroyablement et
savamment orchestrée, a un rapport avec l’imaginaire immédiat.
L’album confirme cette sensation dès sa troisième symphonie,
« Métaphysica » aux sinuosités orchestrales fascinantes.
Elle a été créée en 2021 dans le cadre des célébrations du 50e
anniversaire du Nouvel Orchestre philharmonique du Japon.
Joe Hisaishi ne cache pas ici son influence mahlérienne et la revendique même
au travers de mouvements à message existentiels.
« Existence » - « Où allons-nous ? » -
Substance ».
Cette symphonie demandera de nombreuses écoutes, tant son modernisme est
affiché, ce malgré une écriture généralement tonale ou approchante. Ici, point
d’écarts dodécaphoniques, point de labyrinthes et dédales orchestraux aux
tracés impossibles à suivre.
Juste une musique à la rare richesse, dimension et qui développe un jeu
orchestral et de nuances que ne renierait pas un certain Igor Stravinsky.
Axe rythmique, densité orchestrale contrastée avec un instrumentarium très
conséquent, minimalisme mélodique, la musique de Joe Hisaishi est véritablement
contemporaine au sens le plus large du terme et qui plus est, il la dirige avec
une précision d’orfèvre.
Il ne fait pas dans … la demi-mesure.
Pour la seconde œuvre qui est un concerto pour harpe, il aura composé ce
monument musical spécialement pour le harpiste virtuose Emmanuel Ceysson avec
qui il a travaillé en étroite collaboration afin de réinventer les possibilités
expressives de l’instrument.
Ce n’est pas nouveau que cette idée.
Un compositeur qui désire faire évoluer le répertoire d’un instrument fait
appel à l’un de ses virtuoses contemporains afin de trouver des éléments de
langage et d’écriture permettant d’envisager un tel projet.
Quoi de plus logique que le faire avec un spécialiste de l’instrument ?
C’est en 2023 que cette idée a germé dans l’esprit du compositeur suite au
concert qu’il a donné au Hollywood Bowl avec l’orchestre de Los Angeles devant
plus de 17000 personnes.
Et il faut avouer que, d’entrée, la harpe s’offre à nous dans un nouvel espace,
redimensionnée par une formidable présence et une écriture orchestrale qui lui
autorise ce nouveau rôle de leader, de mise en avant.
C’est un véritable tourbillon rythmique, instrumental, orchestral dont
l’instrument est le centre d’intérêt et autour duquel tout va s’organiser.
Une œuvre absolument lumineuse qui contraste avec la précédente, plus
dramatique et existentielle.
Et qui fera découvrir ce harpiste exceptionnel qu’est Emmanuel Ceysson et dont
l’étiquette de virtuose n’est pas abusive.
Le jeu de dialogues avec le pupitre de flûtes, cet instrument dont l’image
japoniste est souvent accolée est subtil. (Le second mouvement, un pur délice).
Les tuttis orchestraux sont d’une terrible densité et d’une grande charge
émotionnelle.
Un album hautement recommandable.
Il dépoussière l’écriture du répertoire classique contemporain pour le replacer
dans une autre dimension.
Espérons que les admirateurs et souvent fans des musiques de dessins animés de Joe
Hisaishi puissent franchir ce pas et partir à l’aventure de cette musique
symphonique et orchestrale de concert absolument merveilleuse.
En tout cas, pour ma part, je découvre là un immense compositeur à l’œuvre
prolixe et il est évident que je ne vais pas en rester à ce seul album.
- - -
JOHN HINGESTON : « Fantasy-Suites » | CPO 2026
Echo du Danube Ensemble – Christian Zincke
Hingeston: Fantasy-Suites - YouTube
On va replonger dans le passé pour conclure ce chemin diversifié.
John Hingeston ou encore Hingston ou Hinkson (1612-1683) a été joueur de viole,
organiste et compositeur à la cour de Charles 1er d’Angleterre puis
de Charles II.
Il fut élève d’Orlando Gibbons – à cette époque le savoir se transmettait de
maitre à élève et ce dernier assurait la continuité, mais aussi par cette
transmission installait une évolution logique, sans réelle rupture, mais avec
une adaptabilité tant qu’un axe normal de progrès dû à la personnalité.
Qui sera soit de continuité soit de recherche à partir d’un enseignement afin
de progression.
La réalité sociale jouant également.
Entre les deux Charles c’est le protecteur Oliver Cromwell qui accéda au
pouvoir et il maintint John Hingeston à son poste (ce qui sous-entend que sa
musique était éminemment appréciée et faisait partie des usages conformes à la
cour).
Il lui octroya un bon nombre de responsabilités, hormis le fait de composer et
jouer la viole, pour le Roi.
Il devint alors facteur d’orgue, accordeur et gardien des instruments à vent.
Puis il eut en 1673 avec lui un apprenti que nous connaissons tous (Sting
compris) en la personne de Henry Purcell
Purcell qui fut désigné comme son successeur logique en cas de décès de
Hingeston.
Ce poste d’apprenti était souligné sans salaire, Purcell ne toucherait un dû
que quand le poste lui serait officiellement attribué.
Connaitre aujourd’hui de telles dispositions contractuelles peut faire frémir,
mais entrer à la cour dans la sphère musicale sous entendait probablement ne
pas avoir à subvenir à ses besoins matériels, le salaire n’étant qu’un plus
rapport à un quotidien libéré de toute contrainte.
Du moins j’imagine …
Mais la lecture de la vie de Purcell éclairera ce point.
En tout cas on peut tirer le fil de transmission suivant Gibbons – Hingeston –
Purcell et on avancera aussi, si l’on veut s’amuser un peu à tirer celui-ci
dans le temps jusqu’à nos jours.
Le côté insulaire anglais permet aisément de le faire.
C’est à peu près tout ce que l’on connait de la vie de ce compositeur et encore
une fois il faut saluer le label CPO qui permet d’ouvrir quelques brèches dans
l’histoire si vaste du monde de la musique en faisant découvrir ses acteurs (et
actrices) les plus lointains et oubliés de notre culture dont pourtant l’écriture
et leur imagination créatrice a été participative.
Si l’on aime la musique dite baroque, ces pièces très intimes et souvent
mélancoliques avant l’heure du romantismes, exacerbant ce « trait d’humeur »,
vont se placer dignement dans la somme, reconnaissons, gigantesque de parutions
musicales que revêt ce « genre » depuis qu’on s’y intéresse.
Et surtout considérant que l’on a progressivement mis en place une véritable
éducation pédagogie, réflexion et concept quant à l’interprétation et au jeu
tel que, de la musique de cette époque.
Il y a dans la musique de John Hingeston une similitude de pensée poétique par
le son avec celle que l’on découvrit par Marin Marais au travers du film
« Tous les matins du monde », ce degré d’exigence artistique, de
volonté de faire la musique science parfaite où le langage sera dirigé par le
souci d’une perfection quasi mathématique dans, et de, laquelle les sentiments
doivent émerger.
L’écoute de cet album est une pause vers le passé qui repose, installe en nous
une réelle paix intérieure, de l’âme, de l’esprit et aussi du corps. On
comprend aussi pourquoi un Roi pouvait s’octroyer de temps à autre, couvert
sous ses responsabilités, ces temps de paix intérieure offerts par de tels
artistes.
Et pour conclure sur cet album, cette chronique et ce compositeur, cette
phrase, récupérée sur Wikipédia, qui permet une mise en situation parfaitement
illustrée par cet ensemble précis, juste à tous degrés du terme et sensible
qu’est l’Echo du Danube Ensemble.
« Me trouvant à St. James's Park, j'entendis un orgue joué dans une petite
pièce basse appartenant à un certain M. Hinkson ; j'y entrai et y trouvai
un petit groupe de cinq ou six personnes ; ils me demandèrent de prendre
une viole et de jouer un morceau. Ce que je fis. […] Peu après, sans la moindre
intention ni attente, Cromwell fit irruption. Il nous trouva en train de jouer
et, si je me souviens bien, il nous laissa ainsi » … Roger l’Estrange
« Vérités et Loyautés Justifiées » / 1662.
En passant…
à très vite pour la suite …
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