COMME DES RETROUVAILLES … Lew Soloff, Laraaji/Eno, Peter Hammill …

COMME DES RETROUVAILLES … Lew Soloff, Laraaji/Eno, Peter Hammill …

Allez, on fait courir les doigts le long du mur de CD.
Ils sont presque méticuleusement rangés : genre, style, alphabétique …
Somme miraculeuse qui s’est étoffée naturellement depuis que l’on nous a vanté les mérites de ce support révolutionnaire.
Mais la mode est changeante, mais c’est cyclique alors le vinyle – que je n’ai jamais lâché – est revenu en force et sa petite copine analogique, la K7 commence à reprendre du terrain…

Rayon … jazz, pour commencer.

LEW SOLOFF : « Little Wing » | Sweet Basil 1991.
Lew Soloff : trumpet | Ray Anderson : trombone | Gil Goldstein : piano, synthesizers, accordéon | Pete Levin : organ, synthesizers, vocoder | Mark Egan : bass | Kenwood Dennard : drums | Manolo Badrena : percussions.

Je l’avais oublié celui-là, bien trop obsédé par son « Yesterdays » avec Mike Stern, Charnett Moffett et Elvin Jones.
Il faut dire que quand on sort un album de ce niveau, les autres, estime l’auditeur, se doivent d’être au moins équivalents.
Ici Lew Soloff, qui au passage est tout de même l’un des plus grands trompettistes au monde, instantanément reconnaissable, avec un feeling à tomber par terre et représentatif de ce que l’idée de trompette en jazz – qui perce les aigus, qui rauque, feule, braille, hurle, gémit, chante, bluese et jazze – peut représenter, s’est entouré de ses amis piochés au gré des illustres ensembles dans lesquels il s’est distingué.
Quand je parle d’illustres ensembles cela va inclure BS&T, Gil Evans, Carla Bley ou encore le Manhattan Jazz Quintet – juste des sommets d’un iceberg qui peut faire couler un max de Titanic(s).

A l’équipe sortie de chez Gil Evans il ajoute un hurleur tromboniste équivalent à son pote de chez Carla (Gary Valente) en la personne de Ray Anderson (Slickaphonics).
Autant dire de suite que Ray tout au long de l’album n’est pas un figurant… il envoie du très lourd ce ‘tit jeune qui sait mêler free, Nouvelle Orléans, funk-groove et même une certaine idée punky du jazz (« Tapajak » qu’il a composé).
Lew qui est un monstre de pupitre en Big Band connait bien son affaire et forcément, même quand il écrit pour seulement deux cuivres, ça sonne comme une montagne, genre mont Rushmore… tant qu’à faire.

Cet album est festif (« Alligatory Crocodile » - composition de Ray Anderson), funky (« La Toalla » - composition de Kenwood Dennard), caribéen, jouissif, amusant (« Tapajak »), désinvolte, bluesy (« Healing Power » - composition de Carla Bley), latin (« Para los Papines » - composition de Don Alias), fusion (« Coral Canyon ») et en même temps d’un tel niveau instrumental, d’abord, puis de compositions choisies et arrangements parfaits, ensuite, que sa mise en platine va égayer la petite heure pendant laquelle il va prendre place.

En gros, ils se sont réunis, ils s’amusent et s’en donne à cœur joie.
Et ils nous le transmettent – mais attention ce degré simple n’exclue pas le haut degré de jeu qu’ils y mettent…
Lew fait péter des aigus et balance des solos magistraux (« Coral Canyon » avec toute la panoplie Soloff), suivi de Ray, nerveux, excité, si redoutable … (« Para los Papines » franchit les sommets cuivrés) …
Kenwood (mais quel grand batteur celui-là) et Mark (mais quel grand bassiste celui-ci) sont juste énormes de groove, de présence, d’acuité et de feeling – comme les énormes piliers d’un pont gigantesque, ils provoquent et tiennent l’architecture…
Reste les faiseurs d’atmosphères, les dessinateurs d’à-propos, les tritureurs soniques : Gil et Pete qui ont mis les claviers au degré d’objets sonores d’orchestre, écrivant pour, adaptant les textures pour et agissant avec cette donnée que Gil Evans leur a confié dès que ces joujoux entrèrent dans le monde du jazz orchestral (le solo vocoder de « Healing Power » et sa référence à « Jean Pierre » de Miles – les ambiances de « Coral Canyon »).

Et, comme tout émule de Gil qui réalisa, comme Miles, que la musique de Jim Hendrix méritait d’entrer dans le panthéon du jazz – Lew a décidé de ne pas oublier cette filiation et offre un « Little Wing » qui surprendra peut être si l’on en attend une idée préconçue.
Et qui termine par l’entrée en matière de Mark Egan, formidablement cet album.

Un album où j’ai encore pu admirer l’immense trompettiste – mais pas que (ici en tant qu’arrangeur pour des morceaux particulièrement « choisis ») – qu’est Lew Soloff.
Dès que je vois son nom, je sais que je vais être admiratif, enthousiaste et bluffé – et cet album ressorti de son étagère me rappelle cette puissante vérité.

« Incredible ! », comme ils savent dire …

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AMBIENT 3 : « Day of Radience – Laraaji » | EG Records 1980.
Laraaji (Edward Larry Gordon) :  cithare à 36 cordes amplifiée, dulcimer à marteaux.
Produit et arrangé par Brian Eno.

NY, 1979 …
Edward joue dans la rue, à Washington Square Park – c’est là que Brian l’entend … l’écoute.
Il a commencé sa saga Ambient.
Il fera avec lui son troisième opus.

Je collectionne les albums de Brian Eno comme un philatéliste les timbres.
Ils ont donc un espace conséquent sur mes étagères et côté vinyles j’ai offert mes premiers pressages des ambient à mon fils aîné, adepte lui aussi de cette musique.
Ce troisième volume n’est pas celui que j’écoute le plus souvent (les autres passent plus régulièrement dans mon quotidien) – il mérite une autre approche, mais provoque cette même sensation de plénitude, d’échapper par le son, à l’environnement oppressant que peut provoquer la vie.

La mode des deux faces, prônée par toute une école (Bowie, Roxy) et récupérée par nombre d’artistes jusqu’aux Stones («Tatoo you »), la première énergique et dansante, la seconde lente et méditative s’est invitée également ici.
Mais là encore, Brian sait changer les codes.

La face A intitulée « The Dance », transcendantale, hypnotique à la rythmique tant céleste que répétitive, produite avec une dimension qui enveloppe l’esprit – il faut souligner qu’ici aucune électronique n’est embarquée, on est dans de la prise de son acoustique pure, certes revue et redimensionnée par Eno, mais acoustique – agit comme une drogue sonore.
De plus, elle peut s’appréhender avec de multiples dimensions, découpage, grandeur sonore, multiples pulses de la plus large à la plus spectrale.
Elle offre une infinie possibilité d’entrées.
Elle se veut rapprochée du gamelan balinais, tout en étant jouée avec le dulcimer à marteaux (accordé en open tuning), ce qui lui confère cet aspect nerveux (métallique), sinusoïdal et résonnant tant que rythmique et anesthésique.
Trois danses, trois variations, trois évasions sur le même mode, sur un thème qui n’est pas, puisque cette ambient musique défie les codes usuels de la musique (rythme, même s’il semble être, mélodie qui croit-on pourrait surgir çà ou peut être là, harmonie qui est totalement ouverte, sans « rapports », du fait de l’open tuning).

La face B porte son nom de façon éloquente : « Meditation ».
La première s’étend sur plus de 18 mn et la cithare y est l’élément sonore principal que ponctue le dulcimer – la seconde avoisine les 8 mn … pourquoi citer les temps ? parce que sans ce repère on pourrait bien passer dans l’autre dimension…
C’est d’ailleurs ce que cette face que j’ai souvent privilégié, m’a toujours procuré : ce « détachement ».
Elle respire, inspire, sourit à l’âme et à la vie.
Son infinie délicatesse semble dentelle sonore et avec elle, là encore sans réels repères musicaux traditionnels si ce n’est des respirations permettant de reprendre un souffle qui n’est tangible que sur une donnée horizontale, on est dans un voyage « interne » qui détache réellement de la matérialité.

J’ai repris le chemin Eno avec ses « Ambient » …

Ce jour-là, dans la rue, Edward Larry Gordon dit Laraaji a fait une bien bénéfique rencontre  qui vérifierait presque le « bon endroit au bon moment » …
En attendant, sa musique est un véritable envoutement et enveloppement sonore et dans la rue, à NY, elle devait permettre aux passants l’évasion d’un moment et de s’échapper, en pleine urbanité, du réel.
Eno a su le transposer.
D’anecdotique il en a fait un acte inscrit dans une production et l’a rendu de coin de rue à … universel.
J’aime à prendre cela en considération et à l’inscrire en réalité, bien que cette musique soit, justement tout, sauf tangiblement réelle…

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PETER HAMMILL : « After the Show – A Collection » | Virgin 1996.
Compilation.

Je sais bien qu’en évoquant Peter Hammill on va commenter à tout va – du moins probablement.
Cet artiste a le don de susciter – ce encore aujourd’hui – l’intérêt le plus indescriptible.

Peter je l’ai découvert en carrière solo avec « Over », un album particulièrement bien vendu par Picart-Best si mes souvenirs sont bons.
Directement mis en K7 depuis la médiathèque cet album ne m’a que peu quitté, pendant de nombreuses années.
De ce fait, tout ce qu’a sorti Peter par la suite, je me le suis procuré.
Et j’ai bien entendu adoré sa prestation TV avec le violoniste de Van Der Graff, Graham Smith.
Des albums intimes, anti-commerciaux, à la saveur particulière que peut transmettre un artiste authentique, dans son monde, totalement imprégné et en phase avec son univers.
Un cas d’espèce assez unique en son genre dans une société de normatif, de calibré, où l’artiste est partagé entre velléités personnelles et commercialisation.
Peter Hammill est hors catégories …
L’humain, le personnage, sa musique, ses textes, son implication dans ce qu’il touche, ce don de soi absolument instantané, sans fards, cette façon d’exprimer les choses avec ce souci d’essentiel, d’absolu.

On parlait beaucoup de Van Der Graff, de Peter avec mon ami Roland, de Pulsar, ce groupe et son leader ont tellement influencé par leur identité artistique les musiciens en recherche de, justement, cette identité.
Ils ont agi comme un modèle, une visée, une direction, pas forcément musicale mais comportementale.

Quand « Over » est sorti, malgré toute la tristesse qu’il embarquait avec lui, auréolée d’une beauté brute à fleur de peau, nous avions, adolescents que nous étions, emmené avec nous la précieuse K7 lors de l’un de nos immenses périples que l’on faisait à vélo à l’époque, entre potes. Un bon vieux lecteur K7 Phillips de la première heure (vous savez ce petit truc rectangulaire avec le minima côté boutons et un hautparleur qui, miniature, saturait très vite).
Ca bouffait des piles à tour de bras aussi on avait trouvé l’astuce de le connecter à la dynamo du vélo, ce qui imposait de se relayer pour pédaler, en échangeant ledit vélo, car non seulement il fallait pédaler avec régularité mais en plus vu qu’on était en Ardèche, les routes étaient tant sinueuses qu’aux dénivelés changeants. Par contre à la descente, quel pied !
L’album inondait de sa petite sonorité aigre sortant du mini hautparleur les routes désertes que nous choisissions pour parfaire le périple.
Peter résonnait en nos cœurs avec souvent Neil Young et il continuait aussi le soir, à la veillée.

Puis il y eut la tournée de Van Der Graff mémorisée par l’album « Still Live ».
J’ai assisté à leur concert à Grenoble et, ébranlé, totalement perturbé, j’ai fini par ne pas laisser ce souvenir se disloquer, mais j’ai aussi juste suivi Peter, le groupe s’étant encore une fois, par la suite, séparé.

1996 …
Sort cette compilation de la musique, des chansons, de Peter.
Peu friand des compilations, je me laisse malgré tout tenter…
Après tout, plutôt qu’un album pour lequel il fallait parfois se mettre en condition pour l’écouter en entier, je me dis que replonger par pièces de puzzle dans l’univers de Peter ça doit être sympathique à faire.
J’ai bien fait …
Je crois même que ce « After The Show » peut aujourd’hui permettre à nombre de personnes en mal d’originalité musicale, d’artistique authentique, de « réalité » musicale … de découvrir puis adopter cet artiste insolite, qui redonne du sens à ce terme.
Cette compilation fait également apparaitre une chose indéniable, c’est que Peter est et reste un rocker, pur et souvent dur.
Et que la musique qui sort de ses doigts, de son esprit en est toujours teintée.
Certes, il expérimente ce jusqu’à certains moment free ou usant d’une électronique de home studio lambda représentative des périodes qu’il traverse, certes il pose les affres de sa vie compliquée, certes il parcourt les époques avec un flegme et un recul qui n’ont que peu d’influence causale sur son art, mais en textures, en inspiration, vocalement (avec cet art-astuce de chanter en doubles voix octaviées en re-recording qui rend son chant insistant et textuellement proche et intime), en guitares saturées en piano bastringues, en rythmes soutenus au beats basiques, il reste fondamentalement rock et en tout cas l’idée de prog n’a pas ou que peu sa place ici si l’on considère les critères d’appréciation du genre.

« After The Show » parcoure et illustre véritablement la carrière de Peter Hammill jusqu’en 1996.
Il est une de ces compilations aux titres choisis, une somme et un résumé de l’artiste et une porte d’entrée idéale pour le découvrir.
On y admire ses partenaires réduits à la sphère Van der Graaf – communauté artistique et amicale tant particulière qu’identitaire.
Et dans cet univers si personnel et singulier, la magie qui n’a cessé d’opérer quand le nom de Peter Hammill se prononce, reprend ses droits.

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Voilà, trois albums ressortis des étagères.
Jazz, Ambient, Rock – pour tous les goûts, pour le plaisir et la découverte …
Partez à l’aventure, découvrez ou redécouvrez, comme je le fais.

A bientôt pour la suite.



 

 

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