JOURNEY : « Original Classics » - Coffret 5 CD – Sony 2011. Chapitre 2 : « Escape » / « Frontiers » / « Raised on Radio » + « Captured ».

JOURNEY : « Original Classics » - Coffret 5 CD – Sony 2011. Chapitre 2.

Chapitre 2 – « Escape » / « Frontiers » / « Raised on Radio »
+ « Captured ».

On se ressaisit et après le déluge des premiers albums on reprend le chemin de Journey.
Vous avez fait une pause (moi aussi, un peu-beaucoup de classique), vous avez réalisé qu’il faut rebrancher la chaine hifi car avec Journey, faut envoyer du son, vous êtes venus plus nombreux qu’à l’accoutumée et plusieurs fois même, commenter (et je vous en remercie sincèrement).
Et vous savez maintenant que Journey, même si on le classe uniquement en hard-heavy rock ou en Fm-rock, le mot rock restant maitre, derrière tout ça c’est un groupe avec lequel on pourra dépasser ces appellations.
Seul, c’est certain le mot rock reste, mais si l’on veut bien creuser un tant soit peu, on va découvrir l’incroyable talent, savoir-faire, maitrise à tous degrés que ce super groupe possède.
Des musiciens hors normes.
Des compositeurs en pleine maturité et connaissance d’un sujet tubesque qui est leur fer de lance.
Des arrangeurs pour lesquels rien, mais strictement rien n’est laissé au hasard du jeu, tout est calculé, écrit, souligné, joué, précisé et détaillé.
Et des concepteurs « commerciaux » qui font que leur produit a une destination, un public, une « cible ».

On l’a dit, Steve et Steve sont arrivés et l’un comme l’autre vont faire permuter le groupe vers une destinée qu’ils convoitaient. Avec ce nouvel apport de « personnel » Journey est maintenant en haut du podium et leur vie va très vite, trop vite, excessivement vite, comme un bolide chargé d’énergie et de saturation qui file sur la Highway dont leurs songs est souvent la B.O pour ces américains qui, tiens donc, mettent à fond … la FM.

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« Captured » /  Columbia 1981
Perry, Schon, Rolie, Valory, Smith.

Le jour béni où, vraiment par hasard, j’ai chopé cet album à la discothèque de prêt, pas forcément convaincu et strictement en méconnaissance du groupe, juste et probablement parce que la pochette m’avait attiré, j’ai tiré le gros lot.
Entrer dans la musique d’un-e artiste, d’un groupe par un album live cela peut être directement rédhibitoire, ou susciter un truc dépassant le seul « intérêt ».
Avec « Captured » c’est la seconde option que cette musique m’a procuré.
Et, de là, à partir de cette intro « Majestic » directement et sans transition engagée par « Where were you » avec un « Bonjour Montreal ! » clamé vite fait et acclamé par la foule qui veut sa dose de rock massif, j’ai plongé dans le bain de cette énergie vorace, de cette folie électrique bulldozer qui oblige sans faire réfléchir.
Les titres s’enchainent comme les perles brillantes s’alignent sur le collier d’une top model.
Les chœurs imbattables, justes, fédérateurs, précis, d’un impact vraiment balaise.
Le jeu de Steve Perry, scénique, vocal, charismatique qui n’oublie pas encore Greg Rolie et lui laisse une place vocale qui complète sa voix haut perchée et nerveuse (« Feeling that way »).
L’incroyable Neal Schon qui à lui seul pourrait suffire à être le pôle d’intérêt exclusif de l’album tant il en est central et que chacun de ses traits, riffs, solos, etc. est génial.
Greg Rolie, quant il ne chante pas, reste tributaire depuis ses claviers de ce jeu pianistique rock roots revenu du plus loin que le rock’(n’roll) ait pu l’installer, de cet usage typique de l’orgue ou du synthé lead (l’énormissime « Dixie Highway »), lui aussi…
Ross avant de passer directement à Steve Smith, gros son pilier, socle incontestable.
Et Steve Smith, qui joue absolument toute la musique dans son drumming (mais quelle technique !), chaque détail, chaque appui, écart, insert… et qui tient le tout avec un beat qui, puissamment, mais pas spécialement massivement (ce qui est le cas de nombre de batteurs de hard-métal) se place comme la « centrale » de cette électricité bénéfique.
Et, tradition du genre oblige il offre, en fin de show, un solo des plus époustouflants qui est, en plus, un des rares dans lequel il joue non uniquement technique et démonstratif (comme tant d’autres car c’est la « règle »), mais surtout construit autour et avec la chanson et ça… c’est trop rare pour être souligné.
Et ça vient directement des us du jazz.

Il est des albums live anecdotiques, d’autres qui comptent comme souvenirs d’une tournée pour laquelle on était présents à un concert et d’autres qui par leur seule vitalité nous sont essentiels.
« Captured » fait partie de cette dernière catégorie.
Retenir, faire montre d’un titre plutôt qu’un autre est ici totalement inutile tant ce concert s’enchaine à une vitesse qui ferait exploser tous les radars.
Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il dépasse les albums studio, mais en tout cas il est le témoignage de ce qu’un grand groupe avec des professionnels du plus haut niveau (« Walks Like A Lady » blues, with Mr Greg Rolie on the B3 and Mr Neal Schon on the Stratocaster – qui en final ira franchir les plates-bandes de Van Halen - annoncés tels et Steve Smith aux … balais) était capable de donner, de concerts en concerts, de stades en stades, à un public heureux et participatif.
On est avec eux, côté stade, côté scène et c’est jubilatoire, presque épuisant tant cela sollicite (« felling that way + anytime », grandiose, lead vocaux, jeu de Smith, présence et solos de Neal, soutien de Ross, écriture, arrangements et chœurs et là pour sûr je rhabille direct Queen tant ces chœurs sont « véritables » et collent à la musique, comme un arrangement d’orchestre).

Journey "Captured" (1981 Album w/Bonus Tracks) - YouTube

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« Dream, after dream » | Columbia 1980.
Perry, Schon, Rolie, Valory, Smith + cordes.

Passée complètement hors des projecteurs cette B.O pour le film japonais « Yume, Yume No Ato » transitoire entre les grand albums à tubes et précédent ce live « Captured » suscite la curiosité.
Toto fit son « Dune » dont j’ai retenu principalement l’immense plage dont ils ne sont pas tributaires, celle composée par Brian Eno.
Journey a fait « Dream, after dream », une B.O où leurs penchants prog, symphonique qui fait tout de même partie de leurs racines musicales non voilées dans les premiers albums peut s’exprimer, sans réelle contrainte de créer du tube, de faire de l’audience.
Juste pour l’image…
Voilà probablement ce qui est plus qu’attirant dans cette échappée et qui a certainement mis de côté ce moment musical sur l’étagère apparente de l’anecdotisme.
On note côté ingé son la présence de Geoff Workman qui dimensionne leur musique pour le visuel.
Cet album est aussi le dernier en studio où Gregg Rolie va prêter ses claviers qui tissent avec les cordes, bien réelles, de magnifiques fonds harmoniques et orchestraux.
Neal sort de son jeu une panoplie plus variée que dans les albums de Journey où il s’est progressivement certifié guitar-hero.
Steve Perry se fait plus discret (trois titres sur neuf) et peut démontrer que ses possibilités vocales déjà larges ne se cantonnent pas à pousser des pointes de rock fédératrices.
Steve Smith peut varier sa palette technique (« Sandcastle ») avec Takeshi Ito au sax solo,
Et Ross Valory change son profil de jeu soutenu et passe même au piano sur certains titres.
« Snow Theme » est un petit havre de paix posé avec délicatesse sur un album plein de surprises et qui démontre les multiples capacités que ce groupe a en réserve.

Un voyage se désirant japonisant par un groupe eighties étiqueté heavy-métal, hard-rock ou FM-rock avec des parties instrumentales épiques, qui surgissent d’orchestrations symphoniques somptueuses, ça ne se refuse pas … ça s’apprécie même … et ça dépasse la seule curiosité, car avec de tels musiciens tout le meilleur reste définitivement possible.

Était-ce une pause afin de mieux souder l’équipe ?
Une envie de faire autre chose ?
Des vacances musicales ?

Le film, décrit comme fantastique et romantique, n’a pas eu le succès escompté par contre avec cet album, nombre des détracteurs de Journey, et des plus véhéments, ont estimé qu’ils avaient réalisé là, l’un de leurs meilleurs albums… et import japonais oblige, il est devenu collector.
Comme quoi…

Journey- Dream After Dream (Entire LP) - YouTube

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« Escape » / Columbia 1981.
same – Jonathan Cain remplace désormais Gregg Rolie aux claviers.

Sans équivoque, c’est certainement l’album de Journey que j’ai le plus écouté, comme … 80 millions d’autres personnes à travers le monde.
Il y a des choses qui ne s’expliquent pas, en tout cas avec « Escape », le départ significatif de Rolie, l’arrivée de Cain aux sonorités plus actuelles, la domination vocale de Perry, la prise de pouvoir totale de Neal Schon et le renforcement du rôle de Valory-Smith, cet album est une sorte de sommet de carrière.
Trois gros tubes à l’appui : « Don’t Stop Believin’ », « Open Arms », « Who’s Crying Now », une salve de riffs tapageurs et voilà qu’ils vont rafler la mise.
Dans cet album la perfection n’est pas un vain mot, elle s’affiche partout et la production hyper précise et destinée à la plus large audience installe tout en éclairage de façon impressionnante.

J’ai « Escape » en vinyle, en cd, je l’avais mis en K7 et puis mp3, désormais en streaming et franchement, c’est toujours aussi cohérent, massif, bien foutu et conceptualisé, avec un son de mixage qui, quel que soit le support, impose l’album.
Parfaitement réfléchi donc.

« Who’s Crying Now » est un titre que j’ai fait bosser à des élèves, fin cycle II, musiques actuelles.
Ils ne connaissaient pas, logique.
Ils ont très vite adoré, logique.
Partie de piano avec son rythme syncopé qui à l’écoute coule de source mais au jeu demande une précision implacable car sinon placer le chant sur une moindre faille et c’est foutu, si ce n’est irrattrapable.
Vocaux avec des chœurs qui s’emboitent dans le chant lead quand ils entrent en lice, expression vocale de Perry, inimitable mais dans laquelle puiser les marqueurs d’expression est très éducatif.
Parties annexes de claviers qui émaillent le fond et qui sont obligatoires, trouver les bons sons...
Et puis, jouer les parties de solo de Neal Schon avec ces petites notes ghost qui attisent celles, principales, ces bends hyper expressifs, ce solo final d’un rare mélodisme attestant que Neal a bel et bien bossé chez Carlos et qu’il sait largement faire chanter sa guitare.
Ce fut l’un des titres qu’ils préféraient jouer et de là ils ont beaucoup écouté Journey.
Ouf, j’en avais conquis 6…

L’un de mes titres phares de l’album est celui qui suit : « Keep on Running », pour le jeu entre Steve Smith et Neal Schon, ce truc qui trace sur un beat qui se voudrait tenu mais qui respecte en drumming absolument tout ce que la guitare joue. Ils le faisaient déjà souvent et c’est bien ce qui est l’une des composantes du jeu venu du jazz et du jazz-rock de Steve Smith, mais là, on peut donner ça comme leur modèle absolu. Sans oublier le rôle conjoint de Valory.
Super solo au passage … mais dans cet album, Neal a les pleins pouvoirs instrumentaux et la guitare règne, maîtresse absolue de cet album.

Ils ont beaucoup tourné, ça s’entend, ils se connaissent par cœur, ça se remarque, ils savent parfaitement s’orchestrer, se répartir leurs rôles respectifs.
Leur sujet est plus que rodé et Journey est devenu une machine à tubes rock parfaitement huilée, organisée et agencée avec tous les critères cochés pour le succès (riffs instantanés, vocaux et chœurs en respons qui fédèrent, rythmique de plomb, claviers augmentant l’espace, solos schred, etc.).
« Lay it Down »…

Quand Journey entre en studio, tout cela est mis naturellement sur le tapis – il ne reste plus qu’à avoir des ingés son à la hauteur (Bob Ludwig, Brian Lee, Wally Buck), un (des) producteur-s (Mike Stone, Kevin Elson) pour qu’un titre phare et éponyme tel que « Escape » au gros riff, bien massif au piano de gimmick rock à la rythmique de plomb (les breaks de la partie centrale renforcés aux synthés orchestraux pulse !) puisse à la fois faire vibrer les portières de votre voiture, décrasser votre chaîne Hifi et vous faire gueuler dans le stade.
Et on décolle comme le suggère la pochette.

Mon préféré de Journey ?
En tout cas celui que j’ai le plus écouté et à chaque fois qu’il pénètre mes tympans, même sentiment… c’est de la bombe !
« Mother, Father ! » (prémonitoire concernant Perry ?)

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« Frontiers » | Columbia 1983.
same musicians.
Randy Jackson bass (« After the Fall »).

Pleines eighties.
A chacun son point de vue, Journey veut-voudrait évoluer, changer de format, ils désirent sortir de leur autoroute à tubes et l’annoncent.
Résultat …
Avec « Frontiers » côté tubes il y aura le lot et leur directeur artistique a encore le pouvoir de virer deux titres (qui seront utilisés pour la B.O de « Two of a Kind » pour être ensuite réintégrés dans l’album version CD), autrement dit, malgré la volonté des musiciens, la vache à lait sous contrôle n’en est pas encore à reprendre le chemin du prog et du jazz rock…
Mais…

Avec « Escape » Jonathan Cain faisait une entrée remarquée mais relativement discrète côté textures. Du piano, des orgues et quelques tissus synthétiques.
Cette fois, il prend les manettes.
Cet album est bourré de ces synthés qui font le son eighties et qu’on retrouve partout dans nombre de productions dites de variété internationale (Kurzweil, Ensoniq, Yamaha, DMX, Fairlight etc.).
De fait, Journey, progressivement représenté par Steve Perry et Neal Schon en données significatives sonores doit intégrer la présence conséquente de ce nouveau venu et pour les habitués, comme pour eux, cela change.

Là encore, à chacun sa vision de la chose créative, mais c’est peut-être en fait cela le désir de changer à nouveau de cap dont les musiciens parlaient.
L’apport des claviers de Jonathan Cain est indiscutablement le changement de cap et d’approche de production que « Frontiers » démontre.
Neal Schon envoie encore du lourd, insiste même sur le sujet mais il doit « composer » avec cette nouvelle donnée, plus du tout « vintage », aux textures hyper présentes et d’une densité à laquelle il n’avait pas été encore confronté, pour un jeu qui s’imposait de lui-même.
Steve Perry par contre profite de ce nouvel axe sonore pour s’appuyer dessus en place d’être en dialogue-rivalité avec la guitare et sa voix prend ici une dimension encore plus lyrique, même si la fatigue des tournées et de la vie lui a donné une autre « maturité.

Dans « Frontiers » on aura tout de même de bon gros titres, bien lourdingues qui vont permettre de classer définitivement et sans vergogne le groupe, désormais, dans la catégorie des hard-rockeux (« Edge of the Blade » où la bataille rangée voix, guitare, claviers déployée par Ross Valory et Steve Smith, bien seuls face à cet hydre à trois têtes est représentatif de cette nouvelle option que Journey propose).

Changement également de visuel avec une pochette qui va dérouter les fans.
Et ce packaging très E.T robotique renforce, au-delà de la plastique que je laisse à chacun d’apprécier – ou pas, cette entrée vers une proposition musicale qui encore une fois (ils ont déjà changé de cap par le passé) entre de plein pied dans l’actualité.
Avec toujours ce désir de se projeter, de … voir plus loin.

Après « Escape », la pilule est assez dure à avaler.
Mais le respect des choix est légitime et « actuel », même si la critique s’en donne à cœur joie.
Journey se commercialise d’avantage , cède à la mode synthétique, range les guitares sur le côté du mix (enfin presque – « Back Talk » introduit par un Smith en grande forme et un ‘tain de solo de Neal tout de même) et deviendrait presque … pop (?).

Journey n’est pas « fini » pour autant…
Les stades sont toujours aussi bondés car leur répertoire d’usage a toujours de nombreux adeptes et avec les titres de cet album, les radios ont de quoi se mettre sous la dent.
Et ils vont se classer, de toute façon, en haut des charts…

Personnellement j’ai reconsidéré nombre de fois cet album et selon mon axe d’écoute j’y prend systématiquement plaisir.
Jonathan Cain est un atout de taille et apporte une dimension claviériste qui modifie, certes, l’axe, mais qui orchestre, arrange, redimensionne, le groupe. Un choix majeur.
Neal Schon dont on a dit qu’ici il était en retrait, n’a pas changé son jeu volubile, son inventivité et je dirais même que, rapport à cette masse sonore de claviers, il a ouvert sa proposition tant technique que musicale.
Steve Perry, toujours soutenu par des chœurs – moins remarqués mais toujours aussi actifs, du fait de la prise de pouvoir des claviers (« Frontiers ») – chante plus lyrique, a dû s’adapter à cette nouvelle texture et même parfois force, la fatigue des tournées a affecté la pseudo pureté de sa voix et cela crée une tension qui est, de plus, nerveuse.
Ross Valory est égal à lui-même, son rôle reste quasi à l’identique, sorte de référence, de pilier du passé.
La mode fretless semble être passée et il revient à un instrument plus réaliste (et je ne m’en plains pas – j’ai du mal avec la basse fretless dans le rock, le défaut Pastorius, certainement).
Quant à Steve Smith, batteur protéiforme pour lequel je ne cache pas mon admiration, il est au sommet du langage. Son jeu s’est densifié, alourdi, a gagné en puissance sonore et il est au cœur du mix sorte d’élément central fédérateur des têtes de liste Perry, Shon, Cain.
Il n’a pas encore été remplacé par des rythm-box et il fait savoir qu’en rock, on doit encore compter avec l’humain derrière les fûts.
Et heureusement, pour ça, il peut s’appuyer sur Ross.
Et avec lui ils tiennent tout ça en ordre de campagne et gagnent encore haut la main la campagne face à tant d’albums désormais hybrides où les machines prennent le pouvoir (et on n’en est pas encore à imaginer l’IA).

Un album à prendre à part, comme tel.
En cela il reste un excellent moment Journey.
Et à fond, il fait bien son effet sonique.
Et c’est bien, quelque part, ce qu’on demande aussi … au rock.

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« Raised on Radio » | Columbia 1986.
Steve Perry : vocals, producer | Neal Schon & Jan Hammer : guitars | Jonathan Cain : keyboards, DMX Programming (« Suzanne ») | Randy Jackson, Bob Glaub : bass | Larry Londin, Steve Smith, Mike Baird : drums | Steve Minkins : percussions | Danny Hull : saxophone.

Trois ans de pause…
Journey est en vacances…
Steve Perry enregistre et produit son premier album solo (« Street Talk » - dont j’ai dû parler dans le blog l’an dernier).
Neal Schon fait de même (HSAS –« Through the Fire »).
Journey n’est plus vraiment à l’ordre du jour.
Leurs chansons destinées à un public adolescent qui est devenu adulte sont désormais en bande souvenirs sur des radios FM rock dont l’équivalent chez nous serait Nostalgie…
De son côté Jonathan Cain a des bribes, des trucs et il va demander à Steve Perry si, tout de même, remettre le couvert Journey avec Neal ne serait pas une bonne idée.

Steve récupère les musicos de sessions de son album (Londin et Glaub) et le succès dépassant l’estime qu’il a suscité et décide le groupe dont il ne reste que les trois têtes de liste (Perry, Schon et Cain) à lui filer la production.
Steve Perry va opérer Journey au scalpel et il va virer la section rythmique Steve Smith et Ross Valory. Steve Smith sera tout de même le batteur de quelques titres dans « Raised on Radio » - « Positive Touch », « The Eyes of a Woman », « Why Can’t This Night Go On Forever ».

De leur côté, Smith et Valory vont s’accoquiner avec Gregg Rolie pour créer un groupe, The Storm mais surtout, Steve Smith va sortir un album qui va faire date auprès des amateurs de jazz-fusion en mixant le Miles du retour des années 80 (en recrutant Mike Stern) et le groupe phare de cette époque qu’avait Billy Cobham (Tim Landers, Dean Brown) – le genre d’album qui va ouvrir directement la voie à des Satriani…

« Raised on Radio »…
Qu’en est-il exactement ?
Intéressant de constater que la pochette, objectivement minable et d’un goût de restroom, a été confiée à Prairie Prince qui fut le premier batteur de Journey avant de passer chez The Tubes (fantastique groupe au demeurant). Elle se veut un hommage aux parents de Steve Perry, Ray et Mary qui possédaient une radio et des studios (KNGS), à Hanford (Californie).
Voilà pour l’anecdote à ne pas retenir.

Musicalement, Journey est dans le pastiche de lui-même et nos trois lascars semblent reprendre en compte toutes les ficelles qui firent le succès d’antan.
Trois années de pause, pour des fans qui ont laissé leur adolescence avec le gré de leurs vies dans l’album photo des souvenirs, c’est conséquent.
Mêmes astuces choristes, même gros son pour Neal avec toujours ces solos entre Lukather et Van Halen, ces riffs rouleaux compresseurs (« Raised on Radio », le titre), un jeu qui ne vieillit pas et même s’est bonifié avec son époque.
Jonathan Cain n’évite pas la surenchère et va même me hérisser le poil Europe avec quelques entrées cuivrées de synthèse genre ouverture de J.O. On comprend dès l’introduction de « Girl Can’t Help It », qui prépare à affronter l’album, qu’il va falloir compter avec lui, même si Neal prend aussi une place dans ce nouvel espace, une place plus « studio », presque plus session que lead.
Mais au-delà de ce constat et des fautes de goût qui en pleines eighties ne sont que des fautes de mode, son boulot aux claviers est remarquable.

Tiens donc, Journey invite un saxophoniste, assez électrifié en mix et en faisant ainsi, le groupe renforce la direction plus pop studio qu’il est en train de prendre.
Et côté solistes ça propose une alternative rapport à Neal, car Jonathan est peu prolixe dans ce rôle réellement soliste.
Côté « nouveauté » la programmation de « Suzanne », en plein dans le mille cubase-computeur eighties en aura révulsé plus d’un-e.
Mais Journey a l’habitude de chercher les charts, alors ils s’amourachent avec la mode « tout synthé », de la basse au plafond … mais tout de même Neal, quel solo et Steve quels vocaux !

Côté drumming, l’équipe amenée par Perry, Larry Londin et Mike Baird (qui fera la tournée) sont l’exact parallèle de la transition entre Dunbar et Smith. Le son triggé à la « Born in The U.S.A » est désormais dans toutes les oreilles, imposant, massif, pas encore synthétique mais agressif, au kick de grosse caisse violent, à la caisse claire assourdissante et réverbérée très en avant (ce qui impose peu de breaks, roulements et autre, mais des relances simples et basiques et des after beats énormissimes) et les toms sont lourds comme un truck qui file sur l’autoroute. Cymbales quasi inexistantes, si ce n’est pour les accents toniques, rares, car désormais seul compte le beat.
Et côté basse, Randy Jackson a amené avec lui son slap (« Once you love Somebody » - comme pastichant les Roxy Music-Brian Ferry sortis en ces années) ce qui change et réoriente aussi l’esthétique vers des moments parfois plus funky. Son jeu est, disons, plus diversifié et cette tendance sonore qu’offre la basse assise sur cette batterie massive aux afterbeats de snare drum envahissants est peut être bien là ce qui réellement authentifie le changement de direction que veut et peut prendre Journey.

Steve Perry est finalement le producteur idéal pour ce changement suscité par Cain.
Coté chanteur et compositeur il n’a pas perdu de sa verve inspiratrice et inspirée (« Happy to Give » et justement ses cuivres en mode Europe-« Final Countdown ») et offre là de belles performances vocales.
Et on se rend compte que l’identité réelle de Journey c’est bel et bien son empreinte vocale.

Alors, c’est certain, il faut considérer autrement « Raised on Radio ».
La mutation seventies jam session, prog, jazz rock s’est faite avec Perry pour entrer en fin seventies dans un rock au profil commercial hyper calibré.
Les deux Steve ont été les chevilles ouvrières de ce changement et l’identité musicale de l’un comme de l’autre a figé en quelques années le son Journey, récupérant au passage le jeu de Neal pour en faire le guitar hero symbolique qu’il reste.
Le succès radio FM des eighties a placé haut et très fort Journey sur la scène américaine, en charts, en radio FM et en tournées, ce dont désire certainement tout groupe, sorte de réalisation musicale d’un certain rêve américain.
Mais voilà, la fin des eighties commence à pointer son nez et le type de prod dans laquelle Journey a fait recette n’est plus (et si j’ai cité Bruce avec son Born in the U.S.A, ce n’est pas pour rien, car c’est ce son qui en rock, prévaut).
De même que l’organisation musicale qui laisse maintenant une large place aux claviers, ce qui est pour Cain du pain bénit.
Aussi, comme Perry, clairement encouragé par Columbia prend les manettes, la collégialité basée sur les critères d’antan n’est plus.
Certes il vire Smith et Valory, au passage … et le regrettera amèrement par la suite mais en même temps il faut comprendre que sans l’envie de Cain de réunir Schon et Perry, Journey (chacun des deux ayant goûté à l’aventure solo), … c’était certainement mort (ça le sera bientôt et même tout de suite après).

Cain n’a pas la stature ni la réelle reconnaissance après Rolie pour être réellement charismatique en soliste sur un projet qui restera de tout façon confidentiel et curiosité pour des fans éventuels. Aussi l’idée de les réunir pour remettre le couvert Journey autour de ses idées de compositions, forcément organisées autour des claviers et avec la tendance de ces sonorités des années 80, typiques, tubesques et de synthèse FM aura permis à Journey de réexister et d’envisager un nouvel axe commercial, comme ils le firent avec « Departure ».

« Raised on Radio » va clore tant cet article que les années phares de Journey.
Il faudra attendre dix ans pour qu’un nouveau Journey refasse surface – 1996 : « Trial by Fire ».
Un album où Ross et Steve vont reprendre leurs marqueurs rythmiques respectifs.
Plus mûr, plus spirituel où le public hard rock ado n’est définitivement plus la cible…
Pas de tournée, l’idée d’un remplacement de Perry par un autre chanteur pour celle-ci suite à sa blessure à la hanche, lui, refusant l’opération, ce qui obligeait « l’intérim », fera fuir Steve Smith.

De là, des hauts, des bas, comme pour tout groupe à succès, de Floyd à Police…
Et pour cette fois, « the show must go on ! » n’a pas été dans l’agenda d’actualité de Journey.

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Journey, de sacrés musiciens, un peu comme chez Toto (Lukather, Paich, Phillips).
Et de ces musiciens, de Journey, arbre tronc, de nombreuses branches vont pousser et ainsi de nombreux groupes ayant profité – ou non – de l’aura de chacun chez Journey.

Je vais faire une pause sonique Journey, mais replonger dans leurs albums m’a vraiment procuré beaucoup de plaisir.
Et puis, qui sait, un jour comme je l’ai fait avec le Lighthouse autour de David Crosby, j’irai voir autour de Journey de quoi il en retourne.

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En attendant montez le volume et laissez-vous embarquer par le déluge provoqué par ces ressortissant d’une autre époque, rêvant d’un succès qu’ils finirent par avoir, au-delà certainement de toutes leurs espérances.
Une idée du rêve musical américain.
Car en France … rock … à part Johnny, la possibilité d’un accès à un tel rêve déplorablement représenté par la m… des sopranos, gimms en tout genre, où est-elle ?











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