PROFONDEMENT POURPRE …

PROFONDEMENT POURPRE …


Deep Purple …

« In Rock » symbolise pour moi deux choses importantes de ma vie de passion à la musique.

1- Je viens d’avoir un électrophone, un Phillips, stéréo, couleur orangée.
Il est « tout en un » et dédié aux transports, autrement dit, on joint les deux petites enceintes ensuite on les clipse sur l’ensemble afin d’en faire couvercle.
L’électrophone devient alors une petite valise – et je l’embarquerais partout avec moi ainsi que les disques.
En attendant, c’est l’heure de l’installation…
Deux chevilles et deux crochets, du fil pour accrocher les enceintes, une petite goulotte pour amener les fils de branchement à l’arrière du précieux appareil.
Nous sommes en 1971, j’ai, sur un compte bloqué mais accessible par mes parents, une somme d’argent relative aux cachets de mes prestations musicales de choriste enfant d'opéra.
En principe je peux le débloquer à ma majorité, mais de façon exceptionnelle, mes parents peuvent retirer une somme dont un certain montant ne peut être dépassé – ce certainement afin que des parents ne dépouillent pas le pactole de leur enfant.
Bien verrouillé l’affaire.
Ma grand-mère, Suzanne, toujours attentive à ce que je fais, aura complété le reste.
Par la suite et très vite je vais m’acheter mon premier casque stéréo, auquel on aura adjoint un module permettant par bouton poussoir de passer de casque à enceintes.
Un long cheminement qui m’amènera à prioriser les achats musicaux dans ma vie et ça a commencé là avec … Deep Purple.
2- Mon oncle connait mon penchant pour le groupe.
C’est Noël, il arrive avec le précieux « In Rock » et lui, audiophile averti des premières heures de cette passion socialement naissante, va m’expliquer comment « faire attention » à ce disque, d’une épaisseur à faire pâlir – oui je l’ai toujours et il reste très, très audible, malgré le temps.
Deep Purple « In Rock » est donc mon premier disque, point de départ d’une collectionnite insatiable qui a rempli ma vie … et mes étagères.

Côté CD, mon premier CD sera celui de Masahito Satoh en trio avec Gadd et Gomez – pour le son de Gadd… « As if ».
Mais, et c'est une toute autre histoire.

Alors revenons à Deep Purple.
Ce groupe a littéralement envouté toute mon adolescence, même quand j’ai penché prog, même quand le jazz a pointé son nez, je n’ai jamais lâché l’occasion d’acheter le nouveau Purple, une sorte de tradition, d’usage, de cérémonial quand je le mettais en platine – et un truc de fan inexplicable que je n’ai eu pour les autres groupes.

Il est temps d’en venir au sujet principal.
L’influence de Purple est vérifiable à de nombreux égards, Mark 1, 2, ou 3 voir plus car j’ai arrêté de compter, le groupe a été usé, écouté, recopié, zone implacable d’influence pour tout musicien rock, qu’il soit chanteur, guitariste, batteur, bassiste même et bien entendu claviériste.
Les riffs, les plans, les petits trucs de chacun des héros du groupe sont passés dans les mains et doigts, à la moulinette de tant et tant de musiciens que l’on peut dire qu’ils ont véritablement eu une influence majeure sur le rock
Peut être même plus que Led Zeppelin ou que les Who …
Les premiers carrément inaccessibles en technique, les seconds bien trop identitaires et complexes.

Deep Purple c’est une usine à riffs, on peut en compter parfois plusieurs fédérateurs sur un seul titre.
Deep Purple c’est un cirque rock organisé, avec des solistes qui croisent le fer là où chez Zep c’est Jimmy Page avec … lui-même.
Deep Purple c’est un sceau fondé sur le blues, durcit à souhait avec une identité très forte due aux membres du groupe et à leur egos divergents respectifs.
Pas de leader réel, même si l’on s’accorderait à refiler trop facilement ce rôle à Blackmore, mage noir, ombrageux et colérique et génie de la guitare.
Un riff = un titre et immédiatement c’est parti mon kiki !
C’est aussi cela Deep Purple, instantané, pas de chichis, pas de sur-facilité non plus à la AC/CD, une recherche musicale qui immédiatement sait accrocher l’auditeur et le fidéliser dans le temps.
On ne se lasse pas d'un titre de Deep Purple, même quand on le connait par cœur.
On aurait pu croire qu’avec les changements de personnel ils y eut déclin et que comme tant d’autres groupes ils seraient passé de la lumière à la pénombre – non.
« Burn » leur aura presque été salutaire et a remis plein de pendules à l’heure du rock.

Alors, cette zone d’influence a occasionné les officiels.
Ian Gillan a réévalué le truc, est parti en tournées et a, sous son nom avant de revenir dans la dernière mouture (depuis un bail d’ailleurs), remis le couvert Purple en reprenant beaucoup de ses titres phares, ceux qui firent sa propre gloire de chanteur - même si aujourd'hui sa voix n'est plus qu'un souvenir légendaire.
David Coverdale a monté Whitesnake et après un premier album solo, relativement funky (dans la lignée de certains titres de « Stormbringer ») il a opéré le virage et est revenu à cette filiation Pourpre.
Quant à Glenn Hughes, il continue à tenir le flambeau, brandissant sa basse épée trempée dans le sang pourpre comme s’il restait seul réel survivant de cette croisade métallique.
Ah, j’allais oublier Rainbow, le Deep Purple de Ritchie Blackmore, épique, médiéval, presque prog parfois, mythique aussi… un bien beau projet sous sa direction autocrate et ombrageuse.
Et les tributes ont fleuri.
Et c’est là que j’écris.
J’en ai choisi quelques-uns, deux ...
Ils peinent à s’échapper de l’original, le modernisent parfois, l’extrêmisent aussi.
Mais dès qu’on les met en platine, ces visions du répertoire Pourpre prennent une belle place dans, justement, ces parallèles qui prouvent là l’énorme influence qu’a pu avoir le groupe, car on y sent bien que tout le monde y connait plus que parfaitement son sujet…

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« BLACK NIGHT – DEEP PURPEL TRIBUTE (Acording to New York) – Fun House 1995.
Joe Lynn Turner, Richie Kotzen, Cory Glover, T.M Sade Stevens, Tony Harnell : vocals
Vinnie Moore, Al Pitrelli, Stevie Salas, Richie Kotzen, Simon Gregory, Lars Y Loudamp (cf Yngwie Malmsteem) : guitars
T.M Stevens : bass
Will Calhoun, Cindy Blackman, Van Romaine : drums
Bernie Worrell : keyboards

C’est sous l’initiative de T.M Stevens, bassiste rap … et métal/funk que nait cette initiative de reprises des titres les plus célèbres de Deep Purple.
L’idée était d’insuffler au répertoire emblématique du groupe une atmosphère et un jeu véritablement newyorkais.
Ici le bassiste qui va être leader des sessions est au cœur d’un véritable projet de groupe, même si quelques musicien-nes sont invité-es à participer.
Peu de claviers, mais avec la présence de Bernie Worrell on est largement servis.
Beaucoup de guitares et c’est brûlant de ce côté-là – j’irais même jusqu’à dire que c’est un véritable festival de schreders … tous s’en donnent à cœur joie. Il faut dire qu’entre les riffs et les possibilités d’ouvertures de solos que Blackmore a laissé en patrimoine, c’est un matériau idéal pour ceux-ci.
T.M Stevens est un bassiste dans la même lignée démonstrative, une sorte de Victor Wooten pro-métal et il déploie un jeu d’une énorme présence tant technique (il slape comme un phénomène) que posée sur un groove urbain qui colle parfaitement au sujet.
Avec lui la crème des batteurs du genre, à faire pâlir Dream Theater et on appréciera la présence de Cindy Blackman, habituée de ces sessions protéiformes qui comme toujours, électrise de son jeu puissant et volubile les titres auxquels elle se joint.
Joe Lynn Turner est un habitué du répertoire – il a tourné avec Rainbow, est un vieux pote de Glenn, bref, Purple c’est sa famille ou du moins il y est raccroché.
Entre lui et les autres chanteurs du projet, côté vocal, là aussi on est impactés – pas de répit pour ces hurleurs métalleux qui se mettent sur la même ligne d’horizon que leurs amis guitaristes et intensifient le propos pourpre d’une omniprésence vocale des plus enthousiasmantes…

Le traitement des titres même s’il en modifie parfois le tempo, ou le groove, est textuellement semblable à l’original, souvent structure comprise.
Le seul écart sera le « Child in Time » réaménagé en reggae – pas forcément heureux, d’ailleurs, mais un choix est un choix et je respecte cette envie de sortir du cadre, d’autant que Bernie était le sideman idéal pour faire revivre ce titre de la sorte.
Des plages urban-rap pour lier le tout  et voilà en gros l’affaire.

On se prend tout de même un énorme uppercut dans la tronche et va direct au tapis avec cet album.
Si cette énergie était renouvelable il suffirait de le mettre et on aurait au moins une année d’électricité gratos – là ça ne s’amuse ni ne plaisante avec la matière en fusion qu’ils ont dans les mains.
On est là, béats, redécouvrant avec un plaisir dépassant l’immense, un ensemble de titres que l’on connait par cœur et qui vient de passer au remodelage coup de jeunesse.

Deep Purple a toujours aimé l’exagération, le don du maximum, la surenchère musicale et scénique – eux sont certainement partis de là et avec leur axe newyorkais ils ont réinjecté une surdose de vitamines à ces titres.

C’est bon.
C’est énergisant comme un pack de Red Bull.
Cela n’a pas pris une ride tant ce traitement actuel reste véridique.
Et Purple est ici dignement servi par ce groupe (car ici c’est plutôt comme cela qu’il faut considérer la chose).

PS : j’ai eu à écrire pour un groupe avec cuivres, un arrangement qui mettait en medley des titres de Purple – deux medleys, un période Gillan, l’autre période Coverdale-Hughes et l’écoute de cet album m’avait, à l’époque, ouvert de nombreuses pistes de travail…

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«  SMOKE ON THE WATER : A Tribute to Deep Purple » | Shrapnel Records 1994.
featured : Glenn Hughes, Joe Lynn Turner, Paul Gilbert, Don Dokken, Kip Winger, Reb Beach, Yngwie Malmsteem, Jens Johansson, John Horum, Tony McAlpine, Vinnie Moore, Kelly Keeling, Russ Parrish, Tony Harnell, Robert Mason, Jeff Scott Soto.

Du terreau pourpre ils sont sortis et nés, ils en connaissent les moindres recoins, le moindre riff, le moindre blues hurlement. Ils sont la filiation directe, nourris et biberonnés à la couleur pourpre ils ont grandi avec mais ne s’en sont que très peu émancipés.
Certains (Yngwie Malmsteem) envoient du schred comme s’ils jouaient à chaque fois leur vie, leur réputation – pour briller comme le fit, mage de noirceur gothique infinie, le maitre Richie.

Pour cette compil tribute ils se sont réunis autour de la table ronde et ont fait surgir les esprits enfouis dans leurs passés respectifs – et ils ont joué, braillé, fracassé, saturé.
Ils ont repris à l’identique ces riffs taillés au cordeau, ils ont déplacé au milieu du studio ce bon gros Hammond et ses cabines Leslie et l’ont saturé, lui aussi, en lui mettant ses copains synthétiques nerveux et canardeux pour le titiller en voisinage.
Ils ont mis dans une cabine qu’ils ont tenté d’insonoriser une batterie format XXL et ils l’ont choisie d’une « marque repère » solide et indestructible car au long des sessions ils se sont employés à la détruire – mais rien n’y a fait – ils ne sont pas gauchers, c’est peut-être là, le truc…
Deux murs d’amplis de la première heure se sont fait face, fumants de lampes surchauffées – d’un côté ceux pour les guitares de l’autre ceux pour la basse..
Dans une autre cabine, ils ont un peu hésité à adopter le micro suspendu ou à refiler aux chanteurs un bon vieux filaire afin qu’ils puissent gueuler, bouger, sauter et haranguer, comme un bon vieux Ian ou un plus jeunot David, sans parler de l’invité surprise, seul à savoir envoyer des aigus inaccessibles, ce bon vieux Glenn, toujours de la partie quand on prononce le nom de Purple.
Mentor professor Glenn…
Et puis ils ont engagé un ingé son qui a vite lâché l’affaire, laissant les vumètres rebondir dans le rouge du rouge de la console, sans jamais en redescendre – et face à ce fait incorrigible, tant dépité que résigné, il a descendu ad lib, entre deux pétards un pack de bière pendant que le producteur hochait du chef, face aux moniteurs dont les membranes ont bien failli se détacher.
Les sessions terminées, aucun déodorant corporel, aucun désodorisant ou parfum d'intérieur ne sont arrivés à effacer l'odeur tenace de sueur alcoolisée et enfumée qu'ils ont laissé en souvenir de ces moment passés en studio et l'équipe de ménage a eu fort à faire pour ramasser diverses canettes, vider nombre de cendriers, nettoyer, réunir les empilements de boites de pizzas livrée à heures anarchiques du temps et redonner au lieu un lustre correct pour les locations suivantes. 

Ont-ils refait, réinventé, relifté, remodelé cette lave pourpre éternellement en fusion et prête à jaillir à la moindre occasion dès que le couvercle de ce volcan est à peine soulevé ?
Non.
Ils sont resté éminemment « fidèles » au sujet.
Ce même quand leurs solos pensaient s’en écarter quelque peu, impossible au sortir de s'en détacher véritablement.
Ils ont Purple dans leurs doigts, dans leurs réflexes, dans leur corps et leur âme toute entière y est vouée dès qu’ils engagent l’un et n’importe lequel des titres, même les plus cachés au fond des albums authentiques, de ce répertoire qu’ils ont en mythe absolu.

Alors dire que ce tribute va vous révolutionner Purple ou vous apporter « autre chose » sera faux, illusoire même.
Mais ils jouent Deep Purple comme Deep Purple, ou presque et finalement on ne leur en demande pas plus, d’ailleurs pourquoi faire ?
Et nous on se refait la tracklist hyper métallisée, redorée en mode scintillant, du presque neuf avec de l’ancien.
Ils y ont même glissé quelques bons vieux trucs qu’on aurait presque oublié (« Rat Bat Blue » - « Maybe I’m a Leo » et aussi « Hush », peut être bien le plus actuel et surprenant de ce tribute) histoire de chromer le tout…

A fond la caisse – ces … « Highway Stars » …

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Il aura suffit de deux tributes bien envoyés pour me refaire une plongée Pourpre.
De là, en toute logique je suis retourné à quelques originaux dont le goût et la saveur restent intacts, tant dans les traces qu’ils ont laissé – inaltérables – dans ma mémoire, que dans ce plaisir qu’ils procurent encore et toujours après tant et tant d’années.
Je me lasse toujours d’un bon vieux Zep sur la distance.
Je peux remettre en boucle un bon vieux Deep Purple sans m’en lasser.
Allez comprendre …

Et si le cœur vous en dit, allez écouter ces natifs spirituels de Deep Purple dans leur élément naturel – l’énergie positive qui s’en dégage ne peut qu’être bénéfique.

 






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